Médiateur - 113 mots
Azeem avait essayé de servir de médiateur entre Robin et Gilles, au début. L'affaire de la main transpercée était trop grave pour qu'il laisse ces rancœurs se développer, elles pourraient empirer encore davantage par la suite. Mais Gilles avait absolument refusé de communiquer avec Robin. Ce dernier, à force d'essuyer sa hargne, en avait eu assez, alors qu'il l'aimait bien au tout début, pour ne le traiter qu'avec dédain et froideur. Azeem finit lui aussi par abandonner. Gilles avait refusé de lui dire vraiment pourquoi il détestait Robin, et le maure avait de la sympathie pour lui, mais il n'y avait qu'une seule personne qu'il avait juré de protéger, et c'était son Chrétien.
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Flèche - 144 mots
C'était quelques jours après la révélation de Gilles et la mort du Shérif, les deux frères étaient assis dans la clairière avec les autres hommes et discutaient gaiement quand les yeux de Robin étaient tombés sur la main gauche de son frère, nonchalamment appuyée sur son genou. Il ne portait pas de mitaines, ce jour-là, et la cicatrice causée par la flèche qu'il lui avait envoyée dans la paume était encore bien visible.
"Je suis désolé, murmura Robin brusquement, interrompant son frère en plein milieu d'une phrase. Tu aurais pu te faire amputer à cause de moi.
-Azeem l'a envisagé, répondit le jeune voleur en détournant les yeux. Mais j'aurais causé bien plus de dégâts si ce poignard t'avait atteint...
-Pardon."
Robin saisit doucement ses doigts et souleva sa paume pour embrasser tendrement la cicatrice. Gilles sourit.
"Tu crois encore aux bisous magiques ?"
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Pleurs - 178 mots
Gilles essayait de se persuader que ce n'était peut-être pas si dramatique que ça, qu'après tout il n'était frère avec Robin que depuis quelques jours et qu'il n'avait sûrement pas eu le temps de vraiment s'attacher à lui. Ce n'était pas si dramatique... La mort de sa mère avait été bien pire, par exemple, parce qu'il l'avait aimée durant toute sa courte vie et qu'elle lui manquait tous les jours. Mais la mort de Robin... Gilles essayait de se persuader de tout ça, mais il ne pouvait quand même pas empêcher les pleurs de déborder de ses yeux et tremper son visage. Pas plus qu'il ne put empêcher son coeur de faire un bond plein d'espoir et de gratitude quand son frère émergea, plein de terre et de sang, du lourd nuage de fumée.
"Hé, tout va bien, assura-t-il à Gilles en essuyant délicatement ses joues et en l'attirant contre lui. Tout va bien."
Son frère se serra immédiatement dans ses bras. Ça ne faisait peut-être que quelques jours, mais en fait, il aimait déjà tellement, tellement Robin.
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Ceinture - 155 mots
Gilles n'avait pas exactement fait partie de ces enfants, nombreux, qu'on châtiait à coups de punitions corporelles quand ils faisaient des bêtises. Même s'il était casse-cou et impertinent, ce n'était pas quelque chose que sa mère pratiquait. Quand un homme avait partagé sa vie quelques temps, par contre... Dans ses cauchemars, le jeune voleur se souvenait encore de cet individu qui l'attrapait par le col, le soulevait littéralement de terre avant de le pousser presque contre un mur et de lui asséner de puissants coups de ceinture. Heureusement, il n'était pas resté plus de quelques mois, Ann ayant fini par se défaire de son emprise. Gilles pensait ne jamais le revoir, mais il était dans le camp, là, maintenant... Et quand il se réveilla en sursaut une nouvelle fois, quand Robin chercha son épaule dans le noir pour le calmer et l'apaiser, il ne put toujours pas lui dire de quoi il avait aussi peur.
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Apaiser - 175 mots
Gilles s'était préparé à vivre une nuit insupportable, peuplée de douleurs ininterrompues dans le dos et sur le torse, à cause des coups de fouet dont les hommes du Shérif lui avaient déchiré les chairs. Il savait qu'au bout de quelques heures, il ne pourrait plus endurer la souffrance malgré les potions d'Azeem, mais qu'il serait obligé de la supporter quand même. Les brûlures commençaient déjà quand Robin se glissa soudain près de lui en lui apportant une couverture, des baumes apaisants, une tisane de plantes pour l'aider à dormir.
"Tu vas avoir besoin de forces pour demain, murmura son frère doucement. J'espère que tout ça pourra t'aider.
-Viens t'allonger près de moi, répliqua Gilles avant de changer d'avis."
Robin s'exécuta en souriant dans le noir et s'enveloppa dans la couverture avec son frère, avant de détacher délicatement les pansements dans son dos pour calmer ses plaies avec la pommade. Gilles n'eut même pas besoin de la tisane. Il s'endormit instantanément dans les bras de son frère, qui étaient si nouveaux et qui l'apaisaient déjà.
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Évasif - 161 mots
"C'est quoi, cette cicatrice ? demanda Gilles en remarquant pour la première fois une longue strie dans le dos de son frère.
-Je ne sais plus... Probablement une blessure que j'ai récoltée à la guerre, répondit Robin, évasif, en tirant sur sa chemise pour la cacher à son cadet."
Le jeune homme fronça les sourcils, soupçonneux.
"Et tu ne veux pas m'en dire plus ? J'ai répondu à toutes tes questions sur mon enfance, même si certaines ont été dures à formuler. Pourquoi tu ne veux pas me parler de ce que tu as vécu en Terre Sainte ? Tu ne me fais pas... confiance ?
-Non, ce n'est pas ça, soupira Robin en passant un bras dans son dos pour l'attirer contre lui. Je ne veux pas te donner trop de cauchemars à ce sujet. Ce n'était pas une partie de plaisir, tu sais.
-Te voir crier et gémir dans ton sommeil, c'est ça qui me brise le coeur, Robin."
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Frisson - 161 mots
Gilles essaya de son mieux d'écouter jusqu'au bout ce que Robin avait à raconter, mais il finit par atteindre ses limites. Le flot de souvenirs tous plus horribles les uns que les autres qui sortait de la bouche de son frère, la boucherie du sang de bataille, la cruauté de ses geôliers, la faim, la torture, la peur, tout cela en continu pendant cinq ans, ces souvenirs affreux finirent par faire naître de vrais frissons de choc sur l'épiderme du jeune homme.
"Arrête, arrête, finit-il par demander, la gorge nouée, culpabilisant déjà de ne pas pouvoir aider Robin à évacuer tous ces souvenirs en lui en parlant. Je crois que... je ne peux pas en entendre plus...
-Je t'avais prévenu, soupira son frère en appuyant sa joue, puis sa bouche sur son front. Je suis désolé. Je ne voulais pas te traumatiser. Mais, je dois dire que... ça m'aide... un peu... de te parler...
-Dans ce cas, c'est le plus important..."
