Coquemar - 195 mots
Gilles prit un torchon pour se protéger la main et saisit avec précaution l'anse du coquemar qui avait chauffé sur le feu depuis le moment de leur arrivée. Ça faisait des jours que Robin et lui étaient perdus en forêt, il faisait froid, humide, venteux, son frère était tellement malade qu'il avait été pris de délires terribles, donc Gilles ne voulait pas perdre une seconde pour lui venir en aide. Il avait réussi à dénicher des plantes dont Azeem lui avait expliqué les propriétés et, dès ce moment-là, son seul but avait été de trouver un petit château qui voudrait bien les héberger et le laisser chauffer un peu d'eau pour son frère, puisque ses herbes devaient être dissoutes dedans.
« Allez, Robin, ouvre la bouche, murmura-t-il en caressant les cheveux humides de sueur de son aîné pour le mettre en confiance.
-Non…, marmonna le jeune comte en le repoussant. Cette chaleur, elle ne peut venir que de l'Enfer… Tu ne te rends pas compte… Ce sont ces prisons des Infidèles qui ont tuées Pierre…
-Chut… Tout va bien, Robin. Je suis là. Et personne ne pourra jamais t'atteindre tant que je serai là. »
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Âtre - 119 mots
Gilles surveilla le sommeil de son frère jusqu'à ce qu'il soit bien certain qu'il avait sombré. Et puis, à ce moment-là seulement, après avoir caressé doucement sa forme endormie sous les couvertures, il se rapprocha du feu qui brûlait toujours dans l'âtre et s'accroupit devant. Il ne faisait pas confiance à ce nobliau de compagne. Il avait été bien trop heureux d'accueillir « le grand Robin des Bois » et Gilles ne comprenait pas comment une des potentielles victimes de leurs chapardages pouvait sincèrement être de son côté. Celui-là n'était même pas sous la juridiction du Shérif. Mais, au final, peu importait. Robin était trop faible pour se défendre et le jeune voleur lui avait promis de le protéger.
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Plume - 208 mots
Robin regarda l'oreiller qui se trouvait à côté de lui sur la banquette, puis son frère, assis sur le même canapé, plongé dans un livre particulièrement difficile, l'air concentré et le sourcil froncé. L'archer sentit un irrépressible sourire lui monter aux lèvres. Il se demanda si, à trente-deux ans passés, il était encore permis et tolérable de faire une bataille d'oreillers avec son cadet, mais ils avaient manqué toutes les petites bêtises d'enfance que les frères faisaient d'habitude ensemble. C'était le moment où jamais… Alors, Robin saisit le coussin et l'écrasa sur la tête de Gilles, qui poussa un cri de surprise et faillit lâcher son livre.
« Robin ! s'exaspéra-t-il. Ce n'est pas le moment de… »
Il ne put pas en dire plus. Mais il n'était pas du genre à se laisser faire non plus et il bondit sur un autre coussin pour rendre la pareille à son aîné. Marianne les retrouva bientôt en train de se bagarrer, la pièce dans un état épouvantable et des plumes volant dans tous les sens. Totalement imperméables à sa présence, ils continuèrent jusqu'à ce que la fatigue ait raison de leur combativité et ils s'endormirent sur le canapé, la tête de Gilles enfouie contre le ventre de son aîné.
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Jambonneau - 209 mots
Gilles s'immobilisa devant l'étal de viande et admira les jambonneaux qui étaient pendus à la vue de tous. Son ventre gargouilla par réflexe, même s'il avait déjà bien mangé au château. Mais il fallait dire qu'il en avait passées, des journées, à observer des marchands de nourriture en s'imaginant qu'il était bien accepté par son père et pouvait manger à sa faim ou pour trouver des moyens de la voler. Ce jour-là, il n'en aurait pas besoin… et, après un coup d'œil aux gens qui se pressaient autour de lui, le jeune homme s'avança pour acheter le plus gros des morceaux de viande. Après quoi, il sortit de son sac la miche de pain qu'il avait emportée, un couteau et se mit à découper des tranches pour les offrir aux orphelins et aux femmes seules qui se pressaient autour de lui.
« Comment peux-tu douter de faire un bon seigneur, demanda soudain la voix de Robin tandis que ses mains se posaient sur ses épaules, alors que tu es tellement généreux ? »
Gilles inspira à fond et rejeta la tête en arrière pour le regarder. Oui, profiter de son statut pour aider les pauvres qui souffraient comme lui avait souffert… cette idée lui donnait du baume au cœur.
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Soirée/Plat/Lentilles - 259 mots
C'était une belle soirée qui s'annonçait. L'air était froid et démoralisant, comme toujours en ces fins d'automne, et les voleurs étaient assemblés autour d'un feu qui réchauffait assez peu l'atmosphère et éclairait mal la nuit sombre qui tombait si tôt. Malgré tout, Gilles était heureux. Il était assis près de ce foyer, au lieu de se tenir à l'écart de ces hors-la-loi qui le toléraient mais ne le tenaient pas en amitié. Mieux encore, il était assis près de Robin, si chaleureux, si drôle, si fort et si gentil, qui lui parlait en souriant et lui donnait enfin une place. Le chef des voleurs prit même la grande louche que Fanny lui tendait et puisa dans le grand plat de lentilles pour en servir un plein bol à son frère.
« Régale-toi, lui dit-il en lui passant le récipient.
-Est-ce que tu ne m'en as pas donné un peu beaucoup ? s'enquit le jeune voleur en fronçant les sourcils devant la nourriture qui débordait, ô autre sujet de réjouissance.
-Elles seront ponctionnées sur ma part, répondit son frère en servant les autres hommes.
-Robin, tu n'as pas à te priver pour moi !
-Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es encore en pleine croissance. »
Gilles ne put pas résister à son grand sourire innocent et se mit à rire, avant de lui donner une boutade dans les côtes. Robin rit à son tour et passa un bras autour de ses épaules. Belle soirée… qui était comme une promesse de vie meilleure, surtout maintenant que le Shérif était mort.
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Alacrité - 149 mots
Gilles ne comprenait pas comment son frère pouvait faire montre d'une telle alacrité. À croire que tout ce qui lui arrivait était forcément formidable, réjouissant ou, au pire, pas si grave que ça. Lui qui était toujours pessimiste et qui s'attendait au pire à chaque instant, il en venait parfois à se demander s'ils étaient vraiment de la même famille. Comment Robin pouvait-il être aussi joyeux, drôle et spontané ? Ce devait être grâce à l'enfance bénie qu'il avait eue, loin du froid, de la faim, de la solitude et des dangers extérieurs. Cependant, à chaque fois que Gilles regardait dans les yeux bleus de son frère, il comprenait qu'il avait tort. Robin était joyeux et innocent car tel était son tempérament. Et c'était une des choses pour lesquelles le jeune voleur s'était mis à l'aimer tellement, même contre son gré, au cours de leurs mois de cohabitation forcée.
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Spalière - 175 mots
« Bon… Ça, ça va là… Et ça, ça s'attache là. Et ça… »
Gilles fronça les sourcils en contemplant la pièce d'armure qu'il tenait à la main.
« Où est-ce que je l'attache ? demanda-t-il en retournant la spalière pour essayer de trouver une sangle. Tu as vraiment besoin de tout ce fatras pour te battre ? Et puis, je croyais que tu étais un archer.
-Et alors ? Les archers n'ont pas besoin de protection ? rit Robin en lui désignant ce qu'il cherchait.
-Tu es supposé te battre de loin, non ?
-Oui. Mais les cavaliers archers se font aussi renverser de leurs montures, tu sais. »
Gilles ne répondit rien et finit d'aider son frère à s'équiper. Ce n'était qu'un tournoi, mais il n'aimait pas ça.
« Et sois prudent, lui ordonna-t-il.
-Oui, maman, s'amusa Robin en lui caressant la joue avec sa main gantée.
-Ne te laisse pas trop distraire par Marianne ! Inutile de faire le paon !
-Mais oui, c'est ça ! À tout à l'heure ! »
