Le texte en gras est tiré du livre "Harry Potter et le Prince de Sang Mêlée" de J.K.R
Lorsqu'ils arrivèrent au compartiment C, ils virent qu'ils n'étaient pas les seuls invités, bien qu'à en juger par l'accueil enthousiaste du professeur Slughorn, Harry et Dorea furent ceux qu'il attendait avec le plus d'impatience.
- Harry, mon garçon ! s'exclama-t-il
Dorea vit un homme d'une soixantaine d'année, et d'un physique corpulent du fait de son ventre plus ou moins proéminent, se lever d'un bond à leur entrée. Son crâne à la calvitie luisante et sa moustache épaisse argentée, brillaient au soleil de même que les boutons dorés de son gilet de velours bordeaux. Le professeur lui parut aussitôt sympathique avec ses grands yeux ronds bleus.
- Je vois que Lady Dorea a également eu mon invitation, dit Slughorn en se tournant vers la jeune Artwood.
Il la détailla d'un regard extatique.
- Enchanté, professeur, fit-elle en tendant la main.
- Merlin ! souffla-t-il. Vous êtes le portrait craché de votre mère.
Slughorn prit sa main et s'inclina solennellement devant l'expression surprise de la serpentard. Un rire étouffé se fit entendre derrière lui et Dorea nota que Blaise était aussi présent.
- Vous… Vous la connaissiez ? questionna Dorea alors que le professeur se redressait.
- Si je connaissais Lily Potter ? répéta-t-il comme si c'était la chose la plus risible qu'il entendait.
Il éclata de rire puis se reprit :
- C'était l'une de mes meilleurs élèves ! Tout comme Lord Artwood d'ailleurs. Il était dans ma maison, lorsque j'étais directeur.
- Vous étiez directeur de la maison Serpentard ?
- Bien évidemment, répondit-il. Une sacrée époque, sourit-il le regard dans le vide.
Il y eut un moment de flottement, puis il recouvra son zèle naturel.
- En-tout-cas, quel plaisir de vous voir, quel plaisir ! Et vous, vous devez être Mr Londubat ?
Neville acquiesça d'un signe de tête, l'air apeuré. Slughorn les invitèrent à s'asseoir et Dorea dut se coller contre Blaise pour laisser la place à Neville et son frère.
- Je peux t'assurer que tu étais très attendu Artwood, lui murmura le jeune Zabini. Il n'a pas arrêté de me poser des questions sur toi.
Dorea roula des yeux, exaspérée de cette célébrité qui la rebutait la plupart du temps.
- Vous connaissez tout le monde ? leur demanda Slughorn. Dorea, je crois que Blaise et vous êtes de très bonnes connaissances, d'après ce que j'ai entendu dire ?
- Nous sommes de très bons amis, effectivement, confirma Dorea.
- Voici Cormac McLaggen. Vous avez peut-être déjà eu l'occasion de vous rencontrer ? Non ?
McLaggen était un garçon massif aux cheveux drus qui leva une main en guise de salut. Harry et Neville y répondirent et Dorea lui adressa un signe de tête, l'ayant déjà vu dans les couloirs du collège. Il était en septième année à Gryffondor.
- Marcus Belby. Je ne sais pas…
Belby, qui était mince et paraissait nerveux, eut un sourire forcé. Néanmoins, lorsqu'il campa son regard sur Dorea, ce dernier se mit à rougir soudainement et détourna les yeux quelque peu embarrassés.
- Et enfin, cette charmante jeune fille m'a dit qu'elle vous connaissait ! acheva Slughorn.
Dorea se pencha par-dessus Blaise et remarqua la présence de Ginny seulement à cet instant. Elle leur adressa une grimace et Dorea lui répondit par un sourire rassurant.
- Il m'est bien agréable de vous voir réunis, assura Slughorn d'un ton chaleureux. C'est une occasion pour moi de vous connaître un peu mieux. Tenez, prenez une serviette, j'ai apporté mon propre déjeuner. Le chariot, si mes souvenirs sont bons, est un peu trop riche en Baguettes Réglisses et l'appareil digestif d'un pauvre vieil homme a bien du mal à s'en accommoder. Un peu de faisant, Belby ?
Belby sursauta et accepta ce qui semblait être la moitié d'un faisant froid.
- J'étais en train de dire au jeune Marcus que j'avais eu le plaisir de compter parmi mes élèves son oncle Damoclès, expliqua Slughorn aux trois nouveaux arrivants, tout en passant à la ronde un panier de petits pains. Un sorcier exceptionnel, qui a largement mérité son Ordre de Merlin. Vous voyez souvent votre oncle Marcus ?
Belby venait malencontreusement d'enfourner un gros morceau de faisan. Dans sa hâte de répondre à Slughorn, il avala trop vite, devint violet et commença à s'étouffer.
- Anapneo, dit calmement Slughorn, sa baguette pointée sur Belby dont les voies respiratoires se libérèrent aussitôt.
- Non… Non, pas vraiment, répondit Belby dans un hoquet, les yeux ruisselants.
- Bien sûr, j'imagine qu'il est très occupé, reprit Slughorn en regardant Belby d'un air interrogateur. Je doute qu'il ait pu inventer la potion Tue-Loup sans y consacrer un travail considérable !
- Je suppose… dit Belby, qui paraissait avoir peur d'avaler une nouvelle bouchée de faisan avant d'être sûr que Slughorn en avait fini avec lui. Euh… Mon père et lui ne s'entendent pas très bien, voyez-vous, je ne sais donc pas grand-chose sur…
Sa voix s'éteignit tandis que Slughorn lui souriait avec froideur et se tournait plutôt vers McLaggen.
- Et vous, Cormac, lança Slughorn, j'ai appris que vous voyiez souvent votre oncle Tiberius, car figurez-vous que j'ai eu sous les yeux une magnifique photo de vous deux prises lors d'une chasse de Licheurs, dans le Norfolk, je crois ?
- Ah oui, nous nous sommes beaucoup amusés, ce jour-là, répondit McLaggen. Nous étions avec Bertie Higgs et Rufus Scrimgeour – c'était avant qu'il ne devienne ministre, bien sûr…
- Ah, vous connaissez aussi Bertie et Rufus ? dit Slughorn, rayonnant.
Dorea haussa un sourcil, face à l'expression dédaigneuse du gryffondor. Slughorn remarqua le visage dubitatif de Dorea tandis qu'il faisait passer parmi ses invités un petit plat de tarte. Curieusement, Belby fut oublié.
- Je crois Cormac que si vous voulez impressionner la sorcière la plus ravissante de l'année, il va falloir faire plus, s'esclaffa-t-il.
Tous les visages se tournèrent vers Dorea qui resta de marbre.
- Il parait que c'est mon dernier titre de gloire en effet.
- Je me suis tenu au courant de vos aventures durant l'été. Quel courage vous avez fait preuve ! ajouta Slughorn admiratif. Comme je l'ai dit dans ma dernière lette à vos grands-parents : « Elle est la digne héritière des Potter ».
- Vous connaissez les Beaumont ?
- Bien évidemment et d'ailleurs, je suis chargé de garder un œil sur vous, Lady Dorea.
- Comme c'est charmant de votre part, répondit-elle d'un ton poli, mais qui transparaissait l'insolence.
Seuls Harry et Blaise sourirent discrètement devant l'agacement de la jeune femme.
- Mais je suppose que le… Phénix Noir, nous réserve encore des surprises ? N'est-ce pas ?
Dorea comprit que Slughorn venait de poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Vous savez, professeur, ce n'est qu'une légende. J'ai des pouvoirs, en effet, mais rien d'exceptionnel. Beaucoup de sorciers, qui possèdent une magie bien plus avancée que la mienne, peuvent en faire autant.
- Mais vous, vous êtes née avec cela, rajouta l'ancien directeur de maison tout sourire. Je me demandais si… vous ne pouviez pas nous faire une petite démonstration ? Je crois que nous serions tous très heureux – il lança un regard aux autres élèves – si vous pouviez nous montrer l'ampleur de vos pouvoirs ?
L'expression de Dorea changea du tout au tout. Elle, qui avait été plutôt enjouée et allègre jusque-là, se retrouvant parmi ses amis et accompagnée de son frère, éprouva soudainement une tristesse sans nom. Elle se sentait utilisée, à l'instar d'une bête de foire.
Un silence s'abattit sur le compartiment alors qu'ils attendaient la réponse de Dorea. Cette dernière, cherchait tout simplement un moyen de s'échapper.
- Dott', intervint alors Harry. Tu ne voulais pas aller voir le nouveau capitaine de Quidditch de Serpentard ?
- Oui, c'était important que tu le fasses pour ta réintégration dans l'équipe, ajouta Blaise avec insistance. Si tu veux pouvoir le faire avant que l'on arrive à Poudlard, tu ne dois pas tarder.
- Vous devez nous quitter, Lady Dorea ? s'enquit le professeur Slughorn.
- Oui, je dois régler cette histoire d'équipe, fit Dorea sur un ton d'excuse.
- Faites, faites ! s'exclama Slughorn tandis qu'elle se levait. Nous aurons d'autres occasions de discuter ma chère Dorea.
Elle sourit poliment, mais sans répondre pour autant et se fraya un chemin pour sortir du compartiment après avoir salué le professeur.
Le serpentard s'adossa contre le mur à côté de la porte coulissante et ferma les yeux un instant, essayant d'apaiser ses battements cardiaques qui s'étaient soudainement accéléré lorsque l'attention s'était portée sur elle. Il fallait s'y attendre. À présent que sa condition avait été révélée publiquement, la plupart des personnes qu'elle rencontrerait seraient curieuses de voir ce qu'elle pouvait faire de ses pouvoirs.
Elle inspira profondément, puis expira avec longueur. En fin de compte, la respiration plus calme, elle continua son chemin dans le but de retrouver ses amis au fond du train.
La jeune femme passa devant le compartiment de Drago Malefoy et jetant un coup d'œil, elle vit la tête du jeune homme poser contre les cuisses de Parkinson, alors qu'il était allongé le long de la banquette. La brune lui caressait les cheveux blonds d'une infinie tendresse.
Dorea plissa les yeux, se demandant à quoi jouer le blond. N'était-il pas censé être en couple avec Astoria Greengrass ?
Ses pensées dérivèrent et elle se surprit à imaginer que c'était elle qui se trouvait à sa place, introduisant ses doigts avec douceur dans ses mèches lisses.
Dorea vit alors Drago lui adressait un majeur dressé et sans réfléchir, elle rétorqua par le même geste. Elle crut déceler un infime sourire en coin, comme s'il s'attendait à ce qu'elle riposte avec autant de verve. Néanmoins, elle préféra l'ignorer et poursuivit sa route.
- Enfin, tu es de retour ! fit Daphné qui jouait aux échecs version sorcier avec Théo. Tu as vu Blaise chez Slughorn ?
- Comment vous savez que j'y étais ? questionna la jeune Artwood en prenant place à côté de Théo.
- Enfin Dorea, soupira ce dernier. Tu es la sorcière la plus célèbre, qui non seulement a fait la une des journaux durant deux mois, mais également la une de Sorcière Hebdo, pouffa-t-il.
- Oh, ne m'en parle pas, geignit la jeune femme. Hermione m'a informé de mon dernier titre de gloire. Tordant…, dit-elle d'un ton désabusé.
- En-tout-cas, toutes les filles sont jalouses de toi et tous les garçons veulent sortir avec toi, dit Daphné en grignant le front avec concentration. Le Roi en C2, annonça-t-elle fière d'elle.
- Mais vous êtes folle ! protesta d'une petite voix la pièce d'échec. Regardez où est sa Dame ?
- Ah oui, mince !
- Je ne savais pas que vous jouiez aux échecs, tous les deux, s'intéressa Dorea.
- C'est Théo qui m'apprend, fit Daphné.
Daphné se reconcentra sur le jeu et la jeune Artwood colla sa tête contre la vitre et contempla le paysage qui défilait sous ses yeux. Les champs et les arbres flous devenant peu à peu au fil de la journée des collines verdoyantes qui indiquait qu'ils n'étaient pas loin d'arriver à Poudlard. Lorsque le soleil se coucha, les trois amis entreprirent de se préparer et revêtirent leur uniforme.
- Où est Blaise ? demanda Dorea en accrochant sa cravate au tour de son cou.
- Il est passé voir Drago, histoire d'anticiper les futures tensions qui pourraient y avoir entre vous, pour les apaiser. Il nous rejoindra sur le quai.
- Il n'y a rien à apaiser entre Malefoy et moi. Il a pris plaisir de se foutre de ma gueule et de m'humilier devant l'école entière. Une histoire, qui de plus, a fait le tour de la communauté sorcière. Il a eu ce qu'il voulait et maintenant il n'y rien à en dire de plus.
- Mais Dorea, tu ne crois pas que…
- Non, Daphné, coupa la jeune femme, c'est ton ami, et je respecte votre relation. Mais ne cherche pas à l'excuser. Il m'a littéralement roulé. Et maintenant tout est fini. D'autant plus qu'il s'est trouvé une nouvelle petite copine. Il est donc passé à autre chose et c'est à moi d'en faire autant à présent.
Daphné et Théo échangèrent un regard discret, sachant ce que chacun pensait de toute cette histoire. Le train se mit alors à ralentir et Dorea lança un regard à travers la vitre, constatant qu'ils étaient arrivés à la gare de Pré-au-Lard. Elle éprouva une certaine agitation à l'idée de retourner enfin à Poudlard.
- Allons-y ! s'exclama-t-elle avec un certain engouement.
Elle sortit du compartiment, accompagnée de ses amis. Ils débouchèrent sur le quai et s'engagèrent vers un chemin cahoteux pour rejoindre les calèches attelées par des Sombrals.
- Dott' ! Dott' ! entendit-elle dans son dos.
Dorea fit volte-face et vit Hermione Granger et Ron Weasley se précipiter vers elle.
- Tu n'aurais pas vu Harry ? On ne l'a pas revu depuis que vous nous avez quittés pour aller dans le compartiment du professeur Slughorn.
Dorea fronça des sourcils, pensant qu'il était étrange que son frère ait soudainement disparu.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Blaise qui venait de les rejoindre.
- On cherche Harry, tu ne l'aurais pas vu ? questionna de nouveau la gryffondor.
- Non, fit Blaise en haussant des épaules. La dernière fois que je l'ai vu, c'est quand nous sommes sortis du compartiment de Slughorn.
La jeune femme eut un long soupir, se remémorant les intentions du brun alors qu'il quittait leur compartiment pour se diriger vers celui de Slughorn.
- Je crois savoir où il peut se trouver, dit-elle en rebroussant chemin.
- Mais Dott', tu ne seras jamais à l'heure pour le banquet, enraya Daphné.
- Ne vous inquiétez pas pour moi ! s'exclama-t-elle en se tournant vers eux. Je vous rejoins dès que je l'ai trouvé !
La jeune femme se dirigea vers le train d'un pas précipité, alors que les élèves commençaient à déserter le quai. Dans la nuit apparente, elle aperçut des cheveux blonds reconnaissables entre tous, venir à sa rencontre.
- Tiens Artwood, sourit le jeune homme. On s'est perdu ?
Ils s'arrêtèrent face à face et Dorea prit soin de revêtir une expression ennuyée et indifférente.
- Et toi Malefoy, tu as réussi à te débarrasser de ton pot de colle ? Dis-moi, ce n'est pas trop dur de jongler entre Greengrass et Parkinson ?
Un sourire en coin fendit ses lèvres charnues. Il s'avança de quelques pas, jusqu'à ce que Dorea puissent sentir son parfum musqué. Elle retint son souffle et croisa les bras sur sa poitrine en signe de barrage.
Le blond se pencha vers elle et effleura son oreille de sa bouche. À cet instant, un frisson parcourut l'échine de la serpentard. Une sensation qu'elle n'avait pas ressentie depuis plusieurs mois déjà.
- Ne sois pas jalouse Artwood, lui chuchota-t-il d'une voix presque sensuelle. Si tu veux réitérer l'expérience, j'aurai toujours une place dans mon lit pour toi.
Il se redressa et son sourire s'agrandit en constatant les joues vermeilles de la rousse. Toutefois, elle recouvra très vite conscience et se mit à l'observer avec condescendance. Il voulait jouer à ça, alors ils allaient jouer. Dorea ne voulait pas se laisser humilier une fois de plus.
- Malheureusement Malefoy, j'ai pu faire la comparaison depuis… Notre petite… Expérience.
- Et ?
- Et tu vois, je me suis rendu compte que tu n'étais pas si bon que ça. Je crois que j'ai besoin d'un homme, un vrai. Quelqu'un qui sache prendre les choses en main, si tu vois ce que je veux dire, termina-t-elle d'un ton railleur.
Sans attendre de réponse, elle se détourna de lui et continua son chemin.
- Espèce de conne ! jura-t-il dans son dos d'une voix courroucée.
- Connard ! rétorqua-t-elle sans lui jetait le moindre regard.
Elle ne vit pas le jeune homme sourire et l'observait bien plus longuement qu'il ne l'aurait dû. Elle ne vit pas non plus que le sourire du blond s'effaça aussitôt pour retrouver une expression tiraillée, alors qu'elle disparaissait de son champ de vision.
Dorea entendit le sifflet du train et distingua par-dessus les murs de la gare de Pré-au-Lard les panaches de fumée annonçant que le Poudlard Express allait repartir. Prise subitement de panique, elle se mit à courir vers le petit escalier de pierre menant au quai tandis que les roues de la locomotive s'enclenchaient sur les rails.
La rousse grimpa deux à deux les marches et déboucha sur le quai. C'est à cet instant qu'elle aperçut Nymphadora Tonks sauter à l'autre bout du quai du train en marche. Harry suivit quelques secondes plus tard et Dorea se précipita vers eux.
- Harry ! scanda-t-elle.
L'aurore et son frère se tournèrent vers elle pendant qu'elle courait à leur rencontre.
- Hermione m'a dit qu'elle ne t'avait pas revue, je me suis douté qu'il s'était passé quelque chose.
- Harry a été pétrifié dans l'un des compartiments, expliqua Tonks. Heureusement, qu'il n'avait pas sa cape sur lui, je ne l'aurais jamais retrouvé. Qui a fait ça ? demanda-t-elle en se tournant vers le brun.
- Drago Malefoy, répondit Harry d'un ton amer. Merci de… enfin…
- Pas de quoi, dit Tonks sans sourire.
Dorea trouva Tonks bien plus cerné et la mine sinistre que lorsqu'elle l'avait vu à Guadalajara.
- Je peux soigner ton nez si tu restes parfaitement immobile.
La jeune Lady vit son frère grimacer, et même lui lancer un regard implorant qu'elle préféra ignorer. Jamais elle ne se risquerait à soigner de ses propres méthodes le nez de son frère.
- Peut-être devrait-on aller à l'infirmerie ? proposa la rousse.
- Je connais un sort, dit Tonks en levant sa baguette vers Harry. Ne bouge pas, d'accord ?
Le jeune homme ferma les yeux si fortement que de petite ride se formèrent autour.
- Episkey, dit Tonks.
Un « crac » sonore se fit entendre. Harry ouvrit ses prunelles et effleura son nez avec précaution.
- Merci beaucoup !
Hochant la tête, l'auror leva de nouveau sa baguette et l'agita vers le quai. Une silhouette argentée d'une immense créature à quatre pattes surgit alors et fila dans la nuit.
- C'était un patronus ? demanda Harry
- Oui, j'annonce au château que vous êtes avec moi, sinon ils vont s'inquiéter. Venez, il ne faut pas traîner.
Ils se mirent en route, abordant très vite le chemin qui menait à l'école.
- Comment m'avez-vous retrouvé ?
- J'ai remarqué que tu n'avais pas quitté le train et je savais que tu avais cette cape, dit-elle en esquissant un signe de tête vers l'étoffe que portait Harry sous le bras. Donc je me suis dit que tu te cachais peut-être pour je ne sais quelle raison. Et quand j'ai vu les stores baissés sur la porte de ce compartiment, j'ai décidé de jeter un coup d'œil à l'intérieur.
Dorea secoua le chef avec un dépit contenu. Elle lança un regard de reproche à son frère et se promit de s'expliquer plus tard avec lui. De ce qu'elle comprenait, il avait certainement dû vouloir épier une conversation de Malefoy et ce dernier l'avait découvert et s'était vengé. Mais pourquoi Harry voulait espionner Malefoy ?
- Mais qu'est-ce que vous faites là ? demanda Harry.
- J'ai été affectée à Pré-au-Lard, une mesure de sécurité supplémentaire pour protéger l'école, répondit Tonks.
- Gabriel Kowalski fait partie du groupe d'aurors qui ont pris poste à Pré-au-Lard, non ? questionna Dorea.
- Oui, et également Fiertalon, Savage et Dawlish.
Dorea, faisant ce trajet pour la première fois, prit conscience de la distance qui isolait la gare de Pré-Au-Lard de Poudlard. Le chemin était plus ou moins boueux, bordant la forêt interdite et c'est avec soulagement qu'elle distingua plus loin en hauteur, après plusieurs minutes dans un silence embarrassant, le portail encadré par des hauts piliers surmontés de hauts sangliers ailés. Elle entendit le ventre de Harry gronder tandis que Tonks marchait d'un air lugubre entre eux deux.
Cela l'interpella d'ailleurs. Car les rares fois où elle l'avait côtoyée l'année passée, elle ne se souvenait pas que l'auror était si… sépulcral. Presque comme abattue.
Tonks poussa les grilles, cependant ces dernières furent scellées par une chaîne. Harry sortit sa baguette, le regard plein d'espoir.
- Alohomora ! lança-t-il d'une voix assurée sa baguette pointée sur le cadenas, mais rien ne se produisit.
- Ça ne marchera pas, dit Tonks. C'est Dumbledore lui-même qui a ensorcelé le portail.
Dorea et Harry regardèrent autour d'eux.
- On pourrait escalader la muraille, suggéra la rousse.
- Non, vous ne pourrez pas, répondit Tonks d'un ton catégorique. Elles sont toutes protégées par des maléfices Anti-intrusion et Anti-évasion, dit-elle en lançant un regard vers Dorea du coin de l'œil. La sécurité a été multipliée par cent cette année.
- Dans ce cas, répliqua Harry où l'agacement perçait sa voix, j'imagine qui ne nous reste plus qu'à dormir ici jusqu'à demain matin.
- Quelqu'un vient vous chercher, dit Tonks, regardez.
Une lanterne se balançait au pied du château. Dorea fut surprise de ressentir de la joie à l'idée de revoir Rusard. Seulement, lorsque la lueur jaune s'approchait progressivement, elle comprit, tout aussi rapidement qu'Harry à en juger par son expression répugnée, que ce n'était pas Rusard qui venait les chercher, mais bien le professeur Rogue.
- Tiens, tiens, tiens, ricana Rogue.
Il sortit sa baguette et donna une petite tape sur le cadenas. Aussitôt, les chaînes glissèrent d'elle-même à travers la grille qui s'ouvrit dans un grincement cuivré.
- C'est gentil à vous deux de venir nous voir.
Ses yeux noirs pilèrent sur Harry.
- Dommage que vous jugiez les robes de l'école indignes de votre élégance naturelle, Potter.
- Je n'ai pas eu le temps de me changer, je n'avais pas mes…, commença Harry, mais Rogue l'interrompit.
- Inutile d'attendre Nymphadora, Potter et Artwood sont tout à fait en… Heu… Sécurité entre mes mains.
- C'était à Hagrid que j'avais envoyé le message, dit Tonks, avec un froncement de sourcils.
- Hagrid était en retard au festin de début d'année, tout comme Potter et Artwood, maintenant. C'est donc moi qui l'ai reçu. Au fait, ajouta Rogue en reculant d'un pas pour laisser passer Harry et Dorea, j'ai été très intéressé par votre nouveau Patronus.
Il referma la grille au nez de Tonks, dans un grand fracas métallique et assena un autre coup de baguette sur les chaînes qui reprirent leur place dans un cliquetis sonore.
- Je crois que l'ancien vous réussissait beaucoup mieux, dit Rogue avec une indéniable malveillance. Le nouveau paraît un peu faible.
Rogue balança la lanterne et Dorea vit une expression fugitive d'indignation et de colère sur le visage de Tonks. Puis l'obscurité la recouvrit à nouveau.
- Bonne nuit, lança Dorea en lui adressant un signe de main tandis qu'il prenait la direction de l'école aux côtés de Rogue.
- Bonne nuit, fit Harry à son tour. Merci pour… Tout.
Pendant une minute environ, Rogue ne prononça pas un mot. Dorea pouvait déceler des éclats de haines puissantes crépité autour d'eux. Cela la mit rapidement mal à l'aise et l'envie irrépressible de retrouver ses amis se faisait de plus en plus forte.
- Je pense que je vais enlever cinquante points à Gryffondor pour votre retard, dit Rogue devant la mine outrée du rouge et or. Et, voyons encore vingt pour votre accoutrement de Moldu. Je crois qu'aucune maison n'a eu un nombre négatif de points si tôt dans le trimestre – nous n'en sommes même pas au dessert. Il se peut que vous ayez établi un record, Potter.
- Mais Monsieur, Dorea est tout en aussi en retard que moi, et vous ne lui enlevez pas de points à elle ! suffoqua Harry.
- Miss Artwood a déjà un mois de retenue à son décompte, son attitude de l'année dernière étant en cause. Si vous ne souhaitez pas la rejoindre, n'aggravez pas votre cas Potter.
Dorea put sentir la fureur encercler Harry tel un halo. Elle lança un regard d'excuse à son frère tout en haussant les épaules, lui signifiant qu'elle n'y pouvait rien.
- J'imagine que vous aviez l'intention de faire une entrée remarquée tous les deux, poursuivit Rogue. Et comme il n'y avait pas de voiture volante disponible, vous avez pensé que surgir dans la Grande Salle en plein milieu du festin aurait un effet spectaculaire. N'est-ce pas Potter ?
Harry resta silencieux, mais sa respiration se fit plus haletante que jamais. Dorea pria Merlin, Morgane et tous les autres pour que son frère garde son calme durant les derniers mètres qui les séparaient du hall d'entrée. Elle observa le brun, qui lui, jetait un coup d'œil à sa cape d'invisibilité et comme si Rogue avait lu dans ses pensées, il dit aussitôt :
- Pas de cape. Vous traverserez la salle en marchant normalement pour que tout le monde puisse vous voir, ce qui était votre intention, j'en suis sûr.
À cet instant, ils franchirent le hall d'entrée, les conversations et le tintement des couverts emplissant les murs du château. Dorea vit alors les quatre longues tables filaient le long de la grande salle, menant jusqu'à l'estrade où se trouvait la table des professeurs. Les chandelles et le plafond étoilé semblable à la nuit qui était tombé à l'extérieur rajoutait un air mystique à cette ambiance festive de début d'année. Elle avait cru qu'elle ne connaîtrait plus jamais ça.
Ils avaient certainement dû rater la répartition puisqu'elle vit de jeunes élèves, le blason de Poudlard cousu sur leur robe, manger en bout de chaque table de maison.
Elle vit Harry s'en aller vers la table de Gryffondor, d'un pas rageur, néanmoins, le professeur Rogue resta à ses côtés pendant qu'elle contemplait avec admiration les élèves manger.
- Bon retour à Poudlard, Miss Artwood, lui murmura Rogue.
La verte et argent crut déceler un petit sourire satisfait, presque de fierté, mais elle ne put aller plus loin dans son examen puisque le maître des potions chemina à son tour vers la table des professeurs. Elle orienta le regard vers la table des professeurs où Hagrid lui faisait un signe de main auquel elle répondit avec un grand sourire. Puis ses prunelles dévièrent vers la table des serpentards qui se situait dans le fond à gauche et vit Daphné, Blaise et Théo lui faire à leur tours de grands signes, l'air soulagés. Néanmoins, elle prit conscience, alors qu'elle s'avançait vers eux, que ses trois amis se trouvait non loin de Malefoy, Astoria, Crabbe et Goyle.
Elle prit donc place, bon gré mal gré, ne souhaitant pas faire de vague, ni donner d'ultimatum à ses meilleurs amis, entre Blaise et Théo, face à Daphné, Astoria et Drago.
- Qu'est-ce que tu fais là Artwood ? attaqua le blond alors que cette dernière fut à peine installée. On ne t'a pas autorisé à venir manger avec nous.
- Drago, Dorea est notre amie, intervint Blaise dans un soupir. Donc vous allez tous bien vous tenir et fournir un effort, ok ? Vous n'êtes même pas obligés de vous parler ! proposa-t-il en haussant un sourcil.
- Voir sa face de Chartier, nous suffit amplement, murmura Drago.
- Drago ! réprimanda Astoria en lui donnant une tape sur l'épaule.
Celui-ci tourna son regard gris vers la brune et leva les yeux au ciel devant la mine insistante de cette dernière. À la plus grande surprise générale, le jeune homme murmura un « désolé » à son égard et l'embrassa brièvement avant de reporter son attention vers son assiette.
Dorea resta interloquée par cette attitude qu'elle ne lui connaissait pas. Elle eut presque envie de lui hurler dessus, lui demandant pourquoi il ne s'était jamais comporté de cette façon avec elle. Ils avaient l'air si proche… Si fusionnels. Néanmoins, elle voulait faire un effort pour Daphné, Blaise et Théo. Et si elle devait endurer la présence de cet idiot de Malefoy avec la jeune Greengrass – qui soit dit en passant n'y étais pour rien dans cette histoire – alors elle en passerait par là.
Elle se saisit d'un plat, se dépêchant de se servir de pommes de terre et d'une cuisse de poulet. Mais son regard bloqua sur le blond qui dévisageait la sœur de Daphné avec un regard affamé, lui chuchotant manifestement des mots enivrant à l'oreille au vu de la rougeur qui apparaissait ostensiblement sur les joues de la brune.
Dorea lança un regard à Daphné, qui elle, était bien trop occupée par son plat. La rousse compris que son amie s'était accommodée de cette situation depuis bien plus longtemps qu'elle ne l'aurait pensé.
Malgré elle, elle baissa les yeux, plus qu'attristée par cette démonstration qu'elle trouvait des plus blessantes. Drago Malefoy l'avait définitivement reléguée au rang de petite copine de « passage », à l'instar de Pansy Parkinson.
- Alors Potter va bien ? s'enquit Blaise en jetant un coup d'œil vers la table des gryffondor.
- Je vois que l'albinos vous a tout raconté, soupira Dorea en touillant ses pommes de terre dans l'assiette.
L'intéressé dévia ses prunelles vers elle et la fusilla du regard.
- Hé, il l'a bien cherché ! s'exclama-t-il soudainement rageur.
- J'avoue qu'il n'avait pas à écouter notre conversation dans le train, rajouta Blaise.
- Qu'est-ce qu'il lui a pris ? interrogea Daphné.
- C'est Potter, répondit Drago, il est curieux comme un veracrasse.
- Je veux bien partager mes petits-déjeuners, mes déjeuners, mes dîners ou encore faire nos devoirs ensemble à te regarder bécoter ta nouvelle conquête, en revanche, je n'accepterai pas que tu insultes mon frère devant moi.
- Et sinon quoi Artwood ? susurra Drago en se penchant au-dessus de la table vers elle. Tu vas utiliser tes pouvoirs sur moi ?
Elle sourit donc au jeune homme d'un air fielleux et reposa ses couverts sur la table avec une délicatesse appuyée.
- Non, je n'oserais jamais me servir de mes pouvoirs sur toi. En revanche, je suis certaine que le chien de Hagrid raffolerait de tes chers bijoux de famille. Après tout ça servirait bien mieux à nourrir Crockdur que de leur utilisation initiale. Bander, c'est sûr que tout le monde ne sait pas le faire. N'est-ce pas Malefoy ?
- Espèce de salope ! C'est la deuxième fois que tu m'insultes de la sorte dans la soirée.
- Et toi tu n'es qu'un connard condescendant ! rétorqua sèchement Dorea en frappant du poing sur la table.
- Connasse toi-même !
- Couille molle !
- Frigide !
- Hé Ho ! Temps mort ! intervint Blaise d'une voix forte. On se calme, d'accord ?
- Vous ne pouvez pas vous tenir deux secondes sans vous insulter ? s'offusqua Daphné.
- C'est lui qui a commencé !
- C'est elle qui a commencé !
Ils débitèrent cela en même temps, pointant le doigt vers l'autre, comme des enfants pris en faute.
- Vous êtes désespérant tous les deux, souffla Blaise.
- Vous n'avez pas compris qu'on ne voulait pas faire de choix entre vous, ajouta Daphné. Vous êtes tous les deux nos meilleurs amis, alors faites un effort pour que l'on entretienne un semblant de paix dans notre groupe d'amis.
- Réconciliez-vous ou essayez au moins d'être cordial lorsqu'on est ensemble, acheva Blaise.
Dorea et Drago se fuyaient du regard, chacun sachant que les deux serpentards n'avaient pas complétement tort. La jeune Artwood tourna la tête vers son ami Théo, qui celui-ci haussa des épaules, démontrant qu'il ne voulait pas s'en mêler.
- Vous avez un sacré passif tous les deux, mais cela ne vous empêche pas de repartir sur des bonnes bases. Non ?
- Je n'ai certainement pas envie de devenir ami avec elle. Elle me dégoûte ! dit le blond en l'observant avec une expression rebutée.
S'en fut trop. Dorea ne pouvait pas endurer le regard écœuré du jeune homme. Même si elle voulait fournir des efforts, il était clair que lui, ne voulait pas en faire. Son cœur se déchira en voyant comment Drago l'observait. C'était de la haine. Et au demeurant, ça avait été perpétuellement de la haine. Il n'y avait jamais rien eu d'autres que de la haine. C'était lui-même qui l'avait dit d'ailleurs : tout ce qu'ils avaient vécu, tous ces semblants de moments intimes n'avaient été qu'une immense farce, une mascarade dans l'unique but de l'humilier.
- Vous savez quoi, dit-elle alors sentant ses yeux s'humidifier, je vais manger seule. Je n'ai pas envie de gâcher votre repas.
Dorea se leva, saisit son assiette, ses couverts et son verre.
- Mais Dorea…
- Ne t'inquiète pas Daph', on se retrouvera dans la salle commune, d'accord ? Et d'ailleurs, je préfère manger au calme, ça me fera un peu de bien.
La jeune femme enjamba le banc et prit la direction du bout de table, quelques mètres plus loin où se trouvaient quelques septièmes années.
- Tu n'es vraiment qu'un abruti, Drago, houspilla Daphné.
Drago ne répondit pas, mais suivit la rousse du regard, ses orbes métalliques s'éteignant soudainement de cette lueur vivace qui l'avait animé lors de son échange avec elle.
