Le texte en gras est tiré du livre "Harry Potter et le prince de sang mêlée" de J.K.R


Dorea soupira alors qu'elle prenait place en bout de table. À cet instant, des applaudissements retentirent au centre et elle vit Malefoy mimer quelqu'un se faire fracasser le nez. Daphné, Blaise et Théo lui lancèrent un regard navré, ne participant pas aux rires destinés à Harry qui se trouvait à la table des rouges et or.

La jeune Lady secoua la tête de dépit, soupirant une nouvelle fois et préféra porter son attention vers son assiette. Elle se mit alors à savourer son plat, tout de même ravie d'avoir de nouveau le plaisir de goûter les délicieux plats préparés par les elfes. Bien loin de ses céréales ou de ses pâtes à moitié cuites qu'elle se préparait lorsqu'elle était à Guadalajara.

- Hé Artwood !

Elle releva la tête et vit Colin Warrington lui faire signe, installé avec quelques-uns de ses camarades. Il adressa un mot au jeune homme qui était face à lui, un septième année qu'elle reconnut comme étant Aidan Vaisay, le nouveau préfet-en-chef de Serpentard, son insigne doré se reflétant sous la lumière de la Grande Salle. Warrington se leva donc et se dirigea vers elle.

- Alors comment va la sorcière la plus célèbre de Poudlard ? demanda-t-il en s'installant face à elle.

- Bien, et heureuse d'être de retour, dit la jeune femme.

- J'ai tout lu de ton audience à New-York dans la Gazette, ajouta-t-il d'un ton précipité.

Dorea, qui touillait pensivement sa purée de pommes de terre, haussa le regard vers Colin, soulevant un sourcil.

- Comme tout le monde ici, je crois, répondit-elle avec un brin d'ironie dans la voix.

- Je ne vais pas te cacher que dès que tu as fait ton apparition dans la Grande Salle, tu as été le principal sujet de notre discussion avec mes amis, grimaça Colin.

Dorea avala une bouchée de purée, baissant les yeux de gêne.

- Ils t'admirent tous beaucoup, poursuivit-il un peu plus assurément.

Elle releva le chef, quelque peu prise au dépourvue.

- Ce que tu as fait… Ce que tu as vécu… Et retourner à Poudlard après tout ça…

Il expira, revêtant une expression tout à fait admirative.

- T'es une sacrée petite femme, Artwood, souffla-t-il.

- Je… Je ne sais pas quoi dire.

- Ne dis rien, mais je voulais que tu saches que tu bénéficies de notre soutien à Serpentard. En tout cas, mes amis et moi sommes de ton côté. Tu n'as fait que te défendre et tu as eu bien raison de le faire contre tous ces moldus.

- Si j'avais pu faire autrement, je l'aurais fait.

- Hé – il lui prit la main avec une certaine douceur – tu t'es défendue pour survivre. Tu n'as rien à te reprocher.

Dorea lança un coup d'œil perplexe à sa main emprisonnée dans celle de Warrington et se demanda d'où lui venait cette soudaine proximité.

- Au fait, je ne t'ai pas dit, mais j'ai été nommé capitaine de l'équipe.

- C'est formidable Colin ! félicita Dorea avec un grand sourire, extirpant tout de même sa main de la sienne.

- Je compte sur toi pour refaire partie de l'équipe !

- Ho Colin… C'est très aimable à toi de penser à moi, mais… je n'ai plus de balai de course. Je l'ai laissé ici quand j'ai quitté Poudlard et connaissant le professeur Rogue, il a certainement dû le bazarder.

- Ton balai est bien au chaud dans ton casier dans les vestiaires, déclara le nouveau capitaine.

- Quoi ? haleta Dorea, surprise.

- Blaise me l'a donné pour que le cacher justement et que personne ne le prenne. Il était persuadé que tu en aurais besoin lorsque tu reviendrais.

Une lueur brilla dans les prunelles de la jeune femme, émue par le geste qu'avait eu son meilleur ami. Il avait cru en elle alors qu'elle, avait renoncé à tout espoir en quittant Poudlard.

- Mais je suis en retenue avec le professeur Rogue durant un mois entier, tous les soirs, je ne pourrais pas participer aux…

- Ce n'est pas un problème, j'organiserai les entraînements le week-end, interrompit Colin.

- Eh bien… c'est d'accord ! sourit Dorea emballée de pouvoir réintégrer l'équipe de Quidditch de Serpentard.

Ils continuèrent à parler ensemble, tandis que les assiettes se vidèrent, aussi étincelante qu'au début du banquet.

0o0

- Hé ! dit Drago qui épiait depuis un moment déjà la rousse et le septième année. Qu'est-ce qu'il lui veut Warrington ?

Daphné haussa les sourcils, pas dupe pour une mornille face au comportement possessif et jaloux du blond.

- Il lui parle certainement de Quidditch, dit Blaise en jetant un coup d'œil aux deux élèves. Il doit vouloir la réintégrer dans l'équipe.

- Arrête, tu n'es pas sérieux, là ?! contesta Drago d'un ton scandalisé.

- Dorea est un très bon élément et Warrington est bien décidé à remporter la coupe cette année.

Le jeune Malefoy reporta son attention vers Dorea et inhala puis souffla profondément, tâchant de garder son calme.

0o0

- On fait une soirée de rentrée ce soir dans une salle des cachots, annonça Warrington. Elle est réservée aux septièmes années, mais on peut faire une exception pour toi.

- C'est extrêmement gentil à toi, mais je préfère aller me coucher tôt pour être en forme demain, dit Dorea de plus en plus déconcertée devant la soudaine proximité du jeune homme.

Et dire que l'année dernière, ils s'étaient à peine adressé deux mots…

- C'est toi qui vois. Mais mes amis et moi serions très heureux que tu viennes.

Les desserts apparurent et Dorea entreprit de se servir un peu de tout.

- Une prochaine fois, peut-être, mais pas ce soir. Je te remercie en tout cas, d'avoir pensé à moi.

- Entendu, pas de soucis ! dit-il en levant les mains en signe de réédition. Je te laisse en paix – il se leva – humble Dorea, termina-t-il en une révérence pompeuse.

Dorea entendit des ricanements non loin d'elle et tourna la tête pour voir ses amis rires sous cape face au comportement étrange du septième année. Elle pouffa à son tour, échangeant un regard mi-horrifié, mi-amusé avec Daphné. En revanche, elle nota que Malefoy, lui, ne riait point. Bien au contraire, il avait l'air plus fâché qu'autre chose. Elle l'ignora superbement, ne voulant pas chercher ce qu'il lui prenait d'agir de cette façon et emboucha un énorme éclair au chocolat.

Tout compte fait, eut-elle à peine achevé son dernier dessert, que les assiettes se vidèrent ainsi que les mets sur les tables disparurent. À ce moment, Dumbledore se leva de la table des professeurs et les conversations et les rires qui résonnaient dans la salle s'évanouirent presque aussitôt.

- Je vous souhaite chaleureusement le bonsoir ! dit-il avec un grand sourire, les bras largement écartés comme s'il avait voulu étreindre tout le monde à la fois.

Quelques chuchotements traversèrent la Grande Salle et la raison pour laquelle il y eut une agitation manifeste n'était pas difficile à deviner. La main droite de Dumbledore était toujours aussi noircie que lorsqu'elle l'avait vu à New-York.

Le directeur se contenta de sourire et tira sa manche pourpre et or sur sa main blessée.

- Rien d'inquiétant, assura-t-il d'un ton dégagé. À présent…je souhaite la bienvenue aux nouveaux élèves et je salue le retour des anciens ! Une nouvelle année d'apprentissage de la magie vous attend. Je vous rappelle donc quelques règles pour le bien vivre de tous dans cette école : il est strictement interdit de courir et d'utiliser la magie dans les couloirs et Mr Rusard, notre concierge, m'a chargé de vous informer que tous les objets du magasin des frères Weasley, Farces pour sorciers facétieux sont rigoureusement prohibés, sans aucune exception. Comme d'habitude, ceux qui voudraient jouer dans leur équipe de Quidditch devront donner leur nom au directeur ou à la directrice de leurs maisons respectives. Nous cherchons également de nouveaux commentateurs pour les matches. Les candidats devront se signaler de la même manière. Nous sommes heureux d'accueillir cette année un nouvel enseignant dans notre équipe, le professeur Slughorn.

Slughorn se leva, son crâne chauve brillant à la lumière des chandelles, son gros ventre dans son gilet, plongeant la table dans l'ombre.

- Le professeur Slughorn est un de mes vieux collègues qui a accepté de reprendre son ancien poste de maître des potions.

- Des potions ?

- Des potions ?

Le mot se répéta en écho dans toute la salle, les élèves se demandant s'ils avaient bien entendu. Dorea fronça des sourcils, perplexe par cette annonce. Mais alors qui allait assurer les cours de Défense Contre les Forces du Mal ? Elle avait sa petite idée, mais elle n'osait pas y croire.

- Le professeur Rogue, quant à lui, poursuivit Dumbledore en élevant la voix pour étouffer la rumeur, se chargera des cours de Défense Contre les Forces du Mal.

Elle entendit un « Non ! » si fort provenant de la table à l'opposé de la leur, qu'elle n'avait pas besoin de tourner la tête pour comprendre que Harry était furieux.

Des applaudissements et des sifflets éclatèrent de la table des serpentards. Dorea frappa dans les mains avec politesse. Elle n'avait rien contre le fait que le professeur Rogue reprenne en main les cours de Défenses Contre les Forces du Mal. Après tout, si Dumbledore avait enfin pris la décision de le nommer à ce poste, c'était qu'il devait y avoir une excellente raison. Néanmoins, elle appréhendait déjà la rivalité entre Rogue et son frère qui allait devenir insoutenable durant les cours.

- Autre chose à présent : comme tout le monde le sait dans cette salle, Lord Voldemort et ses partisans sont à nouveau en liberté et se renforcent de plus en plus.

Un silence total s'abattit sur la salle, devenant peu à peu tendu, voire pesante.

- Je n'insisterai jamais assez sur les dangers que représente cette situation et sur les précautions que chacun d'entre nous doit prendre pour assurer notre sécurité. Les fortifications magiques du château ont été consolidées au cours de l'été, nous disposons désormais de moyens nouveaux, plus puissants, pour assurer notre protection. Mais nous devrons nous garder soigneusement toute imprudence, que ce soit de la part des élèves ou celles des enseignants. Je vous demande donc instamment de respecter les restrictions qui pourraient vous être imposées pour des raisons de sécurité aussi détestables qu'elles vous paraissent – en particulier l'interdiction de vous trouver ailleurs que dans votre lit en dehors des heures autorisées. Je vous supplie, au cas où vous remarqueriez quelque chose de suspect à l'intérieur ou à l'extérieur du château, d'en informer immédiatement un professeur. Je compte sur vous pour accorder dans votre conduite quotidienne la plus grande attention à votre sécurité et à celle des autres.

Dumbledore balaya la salle de son regard bleu, puis il sourit à nouveau.

- Mais maintenant, des lits tièdes et confortable vous attendent et je sais que votre priorité sera d'être parfaitement reposés pour vos cours de demain. Souhaitions-nous donc bonne nuit. Salut !

Dorea se leva d'un geste las, prenant conscience qu'elle était bien plus épuisée qu'elle ne l'aurait cru. Elle chercha des yeux son frère et le vit se baisser pour relacer ses chaussures. Elle entreprit de le rejoindre, s'étant promise de réclamer des explications de sa part à face à son comportement tout à fait impudent dans le Poudlard Express.

Quelques Poufsouffle lui barrèrent le passage et elle n'eut le temps de l'atteindre que déjà, il sortait de la Grande Salle en compagnie de Ron.

- Dott', tu viens ? la héla Daphné près de la porte d'entrée de la Grande Salle.

Elle rattrapa ainsi ses amis remettant à plus tard sa conversation avec Harry.

- Vous avez le mot de passe de l'entrée de la salle commune ? demanda Dorea à ses amis alors qu'elle arrivait à leur hauteur.

- Pansy vient de me le donner, informa Daphné qui se mit en marche.

Dorea la talonna ainsi que Blaise et Théo alors que Drago Malefoy les dépassait d'un pas vif pour atteindre les escaliers de marbre. Il s'y engouffra pour dévaler les étages inférieurs menant aux cachots.

- Alors qu'est-ce que te voulait Warrington ? demanda Théo, lorsqu'ils débouchèrent vers le rez-de-chaussée.

- Il veut me réintégrer dans l'équipe de Quidditch, déclara Dorea avec un sourire réjoui.

- Je suis ravie pour toi, répondit Théo.

- De toute manière, il ne pouvait pas en être autrement, intervint Blaise qui les précédait aux côtés de Daphné.

Dorea le harponna par la manche de sa robe de sorcier pour le retenir. Il se retourna vers elle et elle se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la joue. Quand elle se recula, il avait froncé les sourcils, quelque peu décontenancés par ce geste.

- En quel honneur ai-je droit à un geste tendre de ta part ?

- Tu n'as jamais douté de moi n'est-ce pas ? murmura Dorea.

- Jamais, réagit le brun avec mi-sourire éloquent.

- Bon, vous venez ! s'impatienta Daphné. Vous vous ferez des déclarations de « meilleurs amis pour la vie » plus tard.

Ils s'étaient arrêtés en plein milieu du couloir. Le jeune Zabini l'attrapa par l'épaule, la serrant affectueusement contre lui.

Lorsqu'ils arrivèrent devant le mur de brique refermant la salle commune des verts et argents, Théo révéla le mot de passe d'une voix forte.

- Wigentree

Instantanément, le mur coulissa sur la gauche révélant une salle vaste et circulaire où un joyeux tapage régnait.

Les quatre amis la pénétrèrent et Dorea souriait tellement qu'elle en avait mal aux joues.

La salle commune n'avait pas changé d'un iota. C'était peut-être ridicule de penser qu'elle aurait changé en deux mois puisque cela faisait des centaines d'années qu'elle était similaire. Mais elle qui avait pensé, il y a de cela moins d'un mois, qu'elle ne retournerait plus jamais à Poudlard. Elle était ainsi heureuse de retrouver son foyer, sa maison, aussi semblable que lorsqu'elle l'avait quitté.

Il y avait toujours les canapés en cuir sombre près de l'immense cheminée où un feu ronflait dans l'âtre. La table du fond, réunissant quelques élèves de dernières années. Les plus jeunes s'étaient éparpillés ici et là près des escaliers menant aux dortoirs.

Oui, c'était un soulagement d'être enfin présente en ce lieu. Du moins, c'est ce que pensa Dorea jusqu'à ce qu'une voix haut perchée la sortie de ses songes.

- Tiens, tiens, mais c'est Artwood, dit Pansy Parkinson, assise sur l'un des fauteuils près de la cheminée.

- Parkinson, salua poliment la rousse en descendant les escaliers, pour rejoindre ses amis qui avaient pris place près de la brune entourée de Crabbe, Goyle, Tracy Davis, Millicent Bulstrode, et au plus grand désarroi de la jeune Lady, d'Astoria Greengrass, installée sur les genoux de Drago Malefoy.

- Alors, attaqua la jeune Parkinson, qu'est-ce que ça te fait d'être de nouveau ici ? Pour une recluse du M.A.C.U.S.A qui a échappée à une condamnation à perpétuité, cela doit être une aubaine, non ?

Le silence se fit soudainement dans la salle commune, comme si tout un chacun avait été tout ouïe depuis le début de leur conversation.

Malefoy ricana sous cape, l'air moqueur et Dorea lui lança un regard dédaigneux avant de reporter son attention sur sa rivale de toujours.

- Si tu as lu les journaux Parkinson, tu dois alors être mieux renseignée que ça. Je n'ai jamais risqué la perpétuité.

- Tu as fait de la prison.

- Effectivement, mais c'était voulu. Je me suis rendue aux autorités, sans contrainte.

Pansy Parkinson croisa les bras sur sa poitrine et observa les élèves qui se trouvaient autour. Elle tourna alors de nouveau la tête vers la rousse et plissa les yeux.

- Ce que nous voudrions tous savoir, c'est pourquoi tu as fui Poudlard pour aller jusqu'au Mexique ?

- Je ne suis pas là pour donner une deuxième audience Parkinson, riposta Dorea sèchement. Si vous voulez satisfaire votre curiosité mal placée, dit-elle à haute voix à l'adresse des élèves présents dans la salle commune, je vous invite à lire la Gazette du Sorcier. Ils ont fait une retranscription exacte de mon audience à New-York. Sur ce, bonne nuit !

La jeune femme, exaspérée, fit volte-face et se dirigea vers les escaliers sous l'œil hagard de ses camarades. Elle gravit les marches deux à deux et lorsqu'elle localisa la porte de son dortoir, elle s'y engouffra avec empressement, n'ayant qu'une hâte retrouver son lit.

Lorsqu'elle referma le battant, elle s'y accola, exhalant son soulagement. Elle resta ainsi quelques instants recouvrant son souffle.

Elle avait été consciente que cette rentrée n'allait pas être facile, mais entre la théorie et la pratique, il y avait immanquablement un large fossé qui les séparaient. Et de plus, voir le jeune Malefoy si proche de la cadette Greengrass…

Dorea secoua le chef. Non, il ne fallait pas qu'elle y pense. Ça ne ferait que croître grandir son mal-être.

La jeune fille se dirigea alors vers son lit, dont elle effleura du bout des doigts les draps de soie verts et argent. Elle se sourit à elle-même, satisfaite d'avoir fait le bon choix en acceptant de retourner au collège Poudlard. De retrouver une vie d'étudiante, de jeune sorcière en apprentissage.

Elle chemina vers sa malle qui avait certainement dû être acheminée plus tôt dans la soirée du train jusqu'ici et l'ouvrit, un sentiment subitement las le gagnant à la vue de sa toute nouvelle garde-robe que sa grand-mère lui avait imposé.

Cette après-midi de shopping sur la Cinquième avenue sorcière à New-York avait été un véritable enfer pour elle. Sa grand-mère s'était considérablement donnée pour mission de lui restaurer une image de « jeune Lady convenable » et surtout de la rendre folle.

Elle avait donc dit adieu aux jeans troués, aux perfectos en cuir et aux t-shirt dix fois trop grand pour elle. Et Dorea Artwood avait en conséquence dû dire bonjour aux tailleurs pantalon, aux robes colorées et féminines, aux chaussures à talons (elle s'était promis de trouver un sortilège de cousinage pour les rendre aussi confortables que des baskets.) et à son plus grand malheur à de la lingerie tout ce qu'il y avait de plus féminin. Elle avait même cru faire une attaque lorsque sa grand-mère avait déterminé qu'elle fixe dorénavant ses bas avec des porte-jarretelles.

« Toutes les jeunes sorcières de seize ans qui se respectent, en passe de devenir majeur, en portent, Dorea. Alors cesse de faire l'enfant, et grandit un peu » avait rétorqué Émilie devant la vendeuse.

Bien évidemment, elle avait vu Daphné en porter à plusieurs reprises, mais Dorea s'était systématiquement dit que ce genre de dessous n'était pas pour elle.

Soupirant d'abattement, elle se saisit d'une longue robe de satin noire qui lui servait de nuisette et de son déshabillé.

Qu'est-ce qu'elle détestait sa grand-mère… Demain elle demandera à Harry un t-shirt déjà usagé. Il était hors de question qu'elle dorme dans un tissu qui pourrait nourrir toute une flopée d'enfants du tiers-état.

0o0

Le lendemain, Dorea était assise à table dans la Grande Salle guettant l'arrivée de son frère.

- Salut Artwood ! s'exclama Aidan Vaisey qui lui barra son champ de vision.

Dorea rehaussa lentement les yeux vers un jeune homme à la carrure bodybuildé, les cheveux châtains dans un brushing parfait et un sourire étincelant. Elle avait dû lui adresser la parole peut-être une fois l'année dernière… pour lui emprunter un encrier alors qu'ils faisaient leur devoir non loin l'un de l'autre à la bibliothèque.

- Salut, répondit-elle quelque peu hésitante.

- Je peux m'installer déjeuner avec toi ?

- Heu… Eh bien…

Il n'attendit pas sa réponse qu'il s'installait déjà face à elle. Elle crut ainsi défaillir lorsqu'il se retourna et fit signe à un groupe de garçons tous de septième année. Les jeunes hommes s'avancèrent vers eux et prirent place à leur côté. Des gloussements fusèrent dans la Grande Salle tandis qu'elle se mit à rougir autant qu'une écrevisse.

- Salut Dott', fit Warrington à sa droite. Tu as l'air plus reposé ce matin.

- Apparemment…

Elle posa ses coudes sur la table, tentant de dissimuler son visage cramoisi.

- Alors, la sixième année, hein ? dit Vaisey tentant de lancer la conversation.

- Mmmh, fit sobrement Dorea qui remuait son bol de chocolat.

- Moi, j'aimerais que tu nous racontes ton escapade à Mexico ? demanda avec enthousiasme un septième année dont elle connaissait à peine le nom.

Un garçon brun du nom de Piggs ou Higgs…

- Suis un peu Terence, elle n'était pas à Mexico, mais à Guadalajara, intervint un de ses amis qu'elle reconnut comme étant Bletchley Miles.

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Drago, qui était déjà d'une humeur massacrante, crut qu'il allait commettre un meurtre lorsqu'il entra à son tour dans la Grande Salle.

La première chose qu'il vit fut la rousse entourée d'un harem de septième année de serpentard, jouant les gros bras pour captiver son attention.

- Beurk ! fit Pansy avec dégoût alors qu'elle arrivait à ses côtés. Artwood a un harem maintenant ?

- Comment c'est possible ? demanda Milicent Bulstrode.

- Parce que c'est la fille la plus populaire du moment, ajouta Tracy Davis.

- Oh la pauvre ! s'exclama Astoria en débarquant à son tour.

- Mais qu'est-ce qu'ils font ?! s'outra Daphné arrivant main dans la main avec Blaise, Théo à leur côté.

- C'est ce qu'on appelle une démonstration de testostérone, mesdemoiselles, ricana ce dernier. On peut sentir les hormones qui frétillent autour.

- Ta gueule Zabini, rétorqua crûment Drago.

Astoria lui lança un regard dérouté.

- Je m'en occupe, fit Théo l'air déterminé.

Le jeune homme, suivit de ses amis, se dirigea vers Dorea qui donnait l'impression de vouloir se fondre dans la table.

- Messieurs, Dott', je vous dérange ? intervint Théo qui se posta derrière la rousse.

Cette dernière releva la tête, son visage exprimant un soulagement qu'elle ne chercha même pas à contenir. Elle vit Blaise, Daphné et les autres serpentards de sixième année passer derrière son meilleur ami et s'installer au centre de la table, à leur place habituelle.

- Comme tu le vois, on est en train de discuter, dit Colin.

- Dorea, Rogue va bientôt passer pointer nos emplois du temps, si on veut être ensemble en cours cette année, il faudrait que l'on s'accorde avant que ça ne soit trop tard.

La jeune femme lança un regard vers ses amis qui la dévisager tous avec circonspection. Si elle acceptait, elle allait devoir faire front à Malefoy, Astoria et toute la clique. Mais dans le même temps, si elle refusait, elle se retrouverait acculée par tous ces garçons qui la mettait bien plus que mal à l'aise.

- Heu… Je…

Théo se pencha vers elle tandis que les septièmes années poursuivaient leur conversation.

- Si tu t'évertues à vouloir rester seule parce que tu veux éviter de côtoyer Malefoy, c'est ça qui t'attend pour le reste de l'année à venir, lui chuchota-t-il.

- Ok ! fit-elle soudainement.

Ses congénères sursautèrent à ce soudain revirement et contemplèrent la jeune femme se lever et saisir son sac avec empressement.

- Tu t'en vas ? demanda Vaisey dont la voix suintait la déception.

- Oui, je ne veux pas vous déranger, vous avez certainement des choses à vous dire entre… euh… garçons. Salut !

Elle se précipita derrière Théo qui marchait déjà en direction de leurs amis. Eux-mêmes éclatèrent tout bonnement de rire en voyant son expression affolée.

- Ben alors Dott' ? On fuit le loup-garou ?! ricana Blaise lorsqu'elle prit place entre lui et Théo.

- Si seulement ce n'était que ça, soupira-t-elle.

Elle ne vit pas le blond tartiner rageusement son pain jusqu'à ce qu'il se délite en quelques miettes dans son bol de lait.

Dorea termina son petit déjeuner en compagnie de ses camarades, se retournant de temps à autre pour flanquer quelques coups d'œil à son frère. Malheureusement, le brun était plongé dans une conversation avec Ron et Hermione. Il fallait vraiment qu'elle lui parle.

- Un problème Miss Artwood ? interrogea Rogue qui arrivait à leur hauteur.

- Heu… Non Monsieur. Simplement pressée de retourner en cours, dit-elle en cessant de gigoter sur le banc.

- Bien puisque je vous ai sous la main – il fit apparaître un parchemin devant lui d'un geste de baguette – nous allons établir votre emploi du temps. Je crois savoir que vous avez obtenu des Optimal dans quasiment toutes les matières sauf un malheureux Acceptable en Botanique, un Effort Exceptionnel en Arithmancie et en Astronomie.

- Oui monsieur, dit Dorea.

- Vous entretenez toujours le projet de devenir Briseuse de Sort ?

- Eh bien, je ne suis pas complétement décidée, mais… pourquoi pas, dit-elle en haussant des épaules.

- Affligeant, murmura le professeur. Vous n'êtes plus autorisée à suivre les cours de Botanique, le professeur Chourave n'acceptant que les Efforts Exceptionnel et les Optimal pour les A.S.P.I.C.S. En revanche, vous pouvez poursuivre l'étude des sortilèges, la DFCM, les potions, l'Arithmancie, L'Étude des Runes ancienne, la métamorphose, l'Histoire de la magie et l'Astronomie.

Il dit tout cela en pointant sa baguette sur le parchemin, puis la lui tendit.

- Et n'oubliez pas votre retenue, ce soir à dix-sept heures, dans mon bureau.

Dorea découvrit son emploi de temps, et c'est avec enchantement qu'elle constata que Théo, Blaise et Daphné possédaient semblablement les mêmes. En revanche, elle fut bien moins ravie lorsqu'elle comprit qu'elle allait devoir se « coltiner » Drago Malefoy dans chacun de ses cours. Elle se demandait même s'il n'avait pas fait exprès de prendre les mêmes cours qu'elle, histoire de l'asticoter au vu de son sourire narquois. Un sourire qu'elle se ferait un plaisir d'arracher à mains nues s'ils avaient été seuls.

- On commence par les Runes Anciennes, déclara Daphné avec un grand sourire.

- D'accord, dit Théo. Moi, j'ai une heure de temps libre, donc je vous retrouve devant la salle de Défenses Contre les Forces du Mal.

- On se passera de ta compagnie Nott, dit Malefoy méchamment.

- Drago, s'il-te-plaît, intervint Astoria. Laisse-le, tu veux, fit-elle en apposant délicatement manucurée sur l'avant-bras du blond.

C'est encore une fois que le comportement du blond se métamorphosa du tout au tout, ce qui interloqua la jeune Artwood. Drago haussa des épaules et retourna à son petit-déjeuner.

Dorea échangea un regard morne avec son amie Daphné et c'est à ce moment que Blaise indiqua qu'il était temps d'y aller pour eux.

Les trois comparses se levèrent et se mirent en route pour leur premier cours de la journée. Malefoy, d'un pas traînant, les suivit quelques mètres derrière eux. Ils arrivèrent très vite à destination et entrèrent dans la salle de classe surmontée de hauts gradins. Dorea vit Hermione installée à une table où une chaise vacante se trouvait à côté d'elle.

- Dott', tu veux que l'on se mette ensemble, proposa Daphné, alors que Blaise avait trouvé une autre table au premier rang.

- Je vais me mettre avec Hermione, certifia Dorea.

- D'accord, répondit Daphné en se dirigeant vers le jeune Zabini.

Dorea entreprit de rejoindre la rouge et or, mais pila net sur place en constatant que la chaise à côté de la brune était déjà prise. Cette dernière lui adressa un regard d'excuse. Dorea soupira en comprenant qu'il ne restait plus qu'une place de libre, au fond de la salle, tout juste à côté de Malefoy.

C'est donc d'un pas pesant qu'elle chemina vers sa table, grimpant les marches des gradins, tira la chaise dans un raclement sinistre et s'installa lourdement sur cette dernière.

Le sourire en coin du blond ne lui fit que confirmer ce qu'elle savait déjà : l'année promettait d'être longue. Pour autant, il ne dit mot et le professeur Babbling fit son entrée et le cours débuta.

Dorea ressortit une heure plus tard, un peu plus légère qu'elle ne l'avait été au début du cours. En définitive, si Malefoy l'ignorait autant qu'elle le faisait en retour, ce ne serait pas si cauchemardesque que ça.

Elle défit sa sacoche pour y ranger son Syllabaire Lunerousse et se rendit compte qu'elle avait tout à fait omis de prendre son livre de Défense Contre les Forces du Mal : Affronter l'ennemi sans visage.

- Ho zut ! s'exclama-t-elle en plein milieu du couloir.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Daphné.

- J'ai oublié mon livre de DFCM, dit-elle en examinant le fond de son sac.

Drago les dépassa sans leur jeter le moindre regard.

- Tu vas devoir aller le chercher, grimaça Blaise.

Dorea expira son agacement rejetant la tête en arrière et pivota sur ses talons pour rebrousser chemin. Elle courut presque vers le rez-de-chaussée, dévalant à toute allure les marches des escaliers de marbre pour atteindre finalement le corridor menant à sa salle commune dans les cachots. Elle salua le Baron Sanglant qu'elle croisa au passage alors qu'elle pénétrait l'antre des serpents, monta à l'étage, s'engouffra dans son dortoir et se précipita vers sa malle qu'elle ouvrit pour y chercher son livre de cours. Elle le trouva rapidement et c'est avec un sourire fier, qu'elle referma la malle et se releva pour y ranger le grimoire. C'est là qu'elle remarqua sur les draps de soie de son lit, face à elle, un petit paquet vert entouré d'une ficelle argentée. Un carton de papier glacé y avait été glissé entre les nœuds soigneusement accroché.

Fronçant les sourcils, Dorea contourna sa malle pour atteindre la couche et se saisit du paquet rectangulaire. Intriguée, elle consulta la note d'une écriture qu'elle ne connaissait pas. C'était une écriture qui ressemblait plus à celle d'un enfant de quatre ans qu'à un élève faisant partie de cette école, quelle que soit son année.

« À Dorea Artwood,

Ceci est un journal de conversation. N'hésite pas à en faire usage au moindre besoin, et je répondrai.

Un admirateur »

Dorea, dont les sourcils ne formaient qu'une seule ligne à présent, déchira le papier pour trouver un cahier cuirassé vert bouteille. La page, bien que jaunie et cornée, était vierge de toute écriture. Elle tourna et retourna le journal entre ses mains et remarqua que la quatrième de couverture était gravée d'initiales brodées en fil argenté : « D.B. ».