Coucou les filles :D
Merci encore de votre fidélité, je ne sais pas quoi dire pour pas paraître trop planplan alors... pouet !
Bonne lecture !
Coralie : C'est toujours un plaisir de lire les reviews alors on fait toujours l'effort de la poster quand même ! Lilian faut avouer qu'elle a pas froid aux yeux mais avec ces conneries elle s'expose pas mal à un coeur brisé... Je peux pas te dire si ça va marcher ;) faut savourer les déboires et évolutions !
Chapitre 10
«Demain, à Pré-au-Lard, avec Raphaël ?
-Oui ! Et tu sais qu'il m'a dit qu'il trouvait que je prononçais son prénom avec sensualité ? Ecoute ! Ra-phaëëël…
-Ah, si tu l'dis comme ça, c'est clair, intervient Prisc tranquillement. C'est même limite porno, surtout avec la grimace que tu fais. »
Sam pivote une tête offusquée en direction de Prisc qui ne lui accorde même pas un regard, derrière son polard. Ses longues jambes sont croisées devant elle, sa peau couleur caramel nue entre sa jupe d'uniforme et ses longues chaussettes, attirent le regard de Roger qui m'a l'air bien peu concentrée sur son jeu d'échec sorcier, à quelques mètres de nous. Cody doit l'interpeller pour regagner toute son attention et j'ai à peine le temps de sourire que Sam me tapote le genou pour que je revienne vers elle. Elle est assise en tailleur, face à moi, encore fébrile et guillerette depuis que Raphaël ait venu lui proposer de l'accompagner lui et ses amis à pré-au-Lard, demain, à la bibliothèque. Elle qui a déjà du mal à réaliser ses travaux scolaires avec assiduité, j'ai toutes les peines d'imaginer l'état de sa concentration une fois que Raphaël l'a quitté, tout à l'heure.
« Tu le dis très bien, Sam, la complimenté-je.
-Je sais ! Prisc est juste jalouse de mon accent princesse des îles !
-Ma mère est Jamaïquaine, bouseuse ! » s'exclame Prisc en levant ses yeux noirs au plafond. Elle échange avec moi un coup d'œil vaguement ennuyé avant de tourner une page de son roman et de se replonger dans son histoire judiciaire, non sans marmonner : « Une Princesse des îles aux cheveux rouges… Mauvais remake du Petit Chaperon Rouge, ouais, plutôt…
-J'ai hâte d'être demain ! Sortir avec des Septième Année, c'est super classe !
-En quoi ? » s'interroge Priscilla avec mépris.
Et je me fais la remarque qu'elle ne finira jamais son livre si elle continue à répliquer à chacune des remarques que Sam sort. Cette dernière a dû suivre le même fil de pensées que moi puisqu'elle lui lance avec malice :
« Rho, lis-toi, au lieu de jouer la rabat-joie ! Ca intéresse Scar !
-Et Damodar ? m'enquis-je, coupant le caquet de Prisc qui avait déjà ouvert grand la bouche pour couper le caquet de Sam. Il ne te plait plus ?
-Pourquoi tu dis ça ? s'étonne-t-elle.
-Bah, avec Raphaël… Je ne sais pas, Sam… il a l'air de te plaire, non ?
-Oui, consent-elle en haussant une épaule d'un air ingénu. Mais Damodar, je suis amoureuse de lui… c'est autre chose, il me manque tellement, Scar. Avant, on était tout le temps ensemble. Et maintenant y'a Fanny…
-Oui, je sais, ma puce, mais…
-Ben justement ! me coupe Prisc avec force, en baissant son roman pour de bon. Oublie-le ! Il a une copine, une sale petite connasse de copine, par-dessus le marché ! Alors, va t'amuser avec ce Raphaël ! Il a l'air pas très net mais il est grave mignon et métisse ! Et, fait-elle en se désignant d'un grand geste théâtrale, y'a pas plus sexy que les métisses ! ».
Sam et moi éclatons de rire à l'unisson devant Prisc qui, pas peu fière, reprend son roman pour dissimuler son sourire satisfait qu'elle n'arrive pas à refreiner. Elle a surement raison. A quoi bon attendre désespérément pour Damodar alors qu'il file le parfait amour avec l'une des pires des Triple-S ? Pourquoi s'accabler en silence, pleurer en vain et nourrir un fleuve de désillusions qui n'a de cesse de grossir ? Raphaël pourrait être l'homme de sa vie, pour ce que l'on en sait. Je ne suis quand même pas très rassurée de la laisser avec lui et Keir, et leur autre copain, ce Sebastian, toute seule, pendant toute une après-midi. A Pré-au-Lard, pour ne rien gâcher. Ils sont connus pour leurs mauvais coups d'un goût qui peut s'avérer assez discutable. Et si Raphaël finissait par trouver que son intérêt pour Sam ne vaut pas une bonne tranche de rigolade à ses dépens, ou s'ils l'entrainaient dans un endroit douteux ? Je connais Sam. Je l'adore mais c'est la personne la plus influençable que je connaisse. Elle dirait oui à n'importe quoi. Pour illustrer ce fait, à la soirée du Nouvel An qu'on a passé avec Kelly et Flo chez l'un de leurs amis moldus, je l'ai trouvé dans la cuisine à sniffer des lignes de poudre blanche avec laquelle les moldus se droguent. J'ai dû l'empêcher de faire n'importe quoi pour le restant de la soirée –escalader la gouttière parce qu'une petite promenade sur le toit lui disait bien ou catapulter le contenu du réfrigérateur sur les invités qui avaient le malheur de passer la porte de la cuisine…
« Et si… je
ça ? Je m'entends plutôt bien avec Al, même si on fait plus office de connaissances courtoises t'accompagnais ? proposé-je en souriant.
-Oh ouiiii ! Je suis sûre que ça leur ferait super plaisir ! Keir a l'air de te kiffer grave !
-Ahah, oui, prétendé-je, tendue. Ca va être géniale…
-En plus, y'aura Al ! Tu pourras le séduire ! »
Je déglutis au clin d'œil prononcé que m'envoie Sam. Mince, j'avais oublié que Keir et Alain sont devenus de vrais acolytes entre les cours. Je lance un regard impuissant à Prisc qui me signifie par la façon dont elle me fixe, les yeux exorbité, que j'ai encore le temps de revenir sur mes mots et de trouver la première excuse venue, au risque d'être bidon pourvu qu'elle me sauve de la catastrophe qui se profile à mon horizon proche. Comme un destin tout aussi sombre qu'inéluctable. Mais alors que j'allais formuler ce prétexte providentiel pour m'échapper de cette situation, je me gifle mentalement. Pourquoi je panique comme qu'autre chose, et Keir n'est tout de même pas un monstre… il ne me vendrait pas impitoyablement à Al devant tout leur entourage.
« Il vient de quitter Adélaïde, Sam…
-Ca fait trois semaines, soeurette, tout le monde est passé à autre chose ! » intervient la voix de ma sœur. Deux secondes plus tard, elle s'assoit entre Sam et moi, dans le canapé, ayant attrapé le roman de Prisc au passage. Elle observe la couverture. « Pourquoi cette blondasse zieute la lune comme une demeurée ?
-C'est une lycanthrope, Blanchet, s'agace Prisc. Rends-le moi , au cas où tu l'aurais pas remarqué, j'étais en train de le lire…
-C'est ça, mon œil, rétorque ma sœur en jetant le livre par-dessus l'épaule avec désinvolture. Vous étiez en train de commérer comme des dindes ! Et ça tombe bien parce que j'ai envie de me plaindre !
-Et bah tu vois, Sam, j'sais pas pourquoi tu coures après les Septième Année, on en a une juste là, raille Prisc en croisant les bras sur sa poitrine. Elle peut tellement pas se passer de nous qu'elle infiltre notre salle-commune et balance nos livres !
-Techniquement, je suis une Huitième Année, réplique Blanchet avant de se tourner vers Sam. Alors, poulette rouge, c'est quel Septième Année qui t'intéresse ? »
Sam pousse un petit cri excité, ravie de pouvoir déballer son affaire avec Raphaël à ma grande sœur, mais Prisc lui chipe le privilège sans remord :
« La bande à ton grand admirateur rouquin, Blanche.
-Keir ?! grince-t-elle comme une malédiction. Keir McFarlan ? C'est une blague, les filles ? » Ma sœur vrille alors son regard sombre sur moi comme si j'étais la seule ici qui lui dirait la vérité. « Scar, elles ont quoi, comme problème, tes copines ?
-Non, Blanche, c'est Raphaël qui lui plait, la corrigé-je. Keir y est pour rien…
-Rien qu'hier, j'ai dû le supporter pendant mon heure de colle ! éclate-t-elle avec colère. Il m'a fallu toutes les peines du MONDE pour ne pas lui péter les dents à coup de trophée, à cette enflure ! Tu sais qu'il a osé me parler de mon vieux béguin pour Dean ?
-Ah…, fais-je. C'était pas forcément méchant…
-C'est ça, ouais ! Ce mec… ce mec, cherche-t-elle ses mots avec frustration, est insupportable ! INSUPPORTABLE, prévient-elle Sam en se tournant vers elle. Et fais gaffe à son pote, ma poule, il vaut pas mieux que Keir. Ca les éclate de nous pourrir la vie. Et plus tu t'énerves, plus ça les excite.»
Keir est bien la seule personne qui puisse mettre ma sœur dans ces états de fureur avec la seule appellation de son prénom. Je ne sais pas trop si ça joue en sa faveur ou non. A vrai dire, quand il vient de Keir, c'est tout de suite dur d'affirmer quoique ce soit. C'est dur de savoir ce qu'il a derrière la tête. Est-ce qu'il est vraiment sincère dans sa chasse éperdue de Blanchet qu'il cherche et provoque inlassablement jusqu'à la rendre complètement folle ? Pourquoi est-ce que mes sentiments pour Al l'intéressent autant ? Pourquoi s'en prend-il à tel individu plus qu'un autre ? Allez savoir.
Ce que je sais c'est qu'il n'a pas son pareil pour mettre Blanchet hors d'elle.
xOxOxO
« Ah bah vous êtes là ! nous accueille joyeusement Keir en levant un bras, tout sourire. On vous attendait… Oh, Priscilla Thomas, avec nous ? Quel honneur !
-Seulement pour superviser »,décrète-t-elle, sévère.
Elle me laisse m'assoir à côté de Keir qui est en bout de la longue table, tel le maître de l'assemblé, et je souris à l'écossais avec réserve, jaugeant son humeur avec méfiance. Je sens très moyennement cet après-midi qui a tous les aspects d'une réunion suspecte. Je suis légèrement apaisée par l'idée que seule Sam était invitée, en premier lieu, et que ça ne devrait pas se révéler être un effroyable piège que Keir abattrait sur moi mais, vu l'éclat coquin qui brille dans ses yeux vert foncé, je continue de nourrir mon appréhension. Mais je suis bien décidée à user du bouclier célèbre de mon père une indifférence enrobée de pacifisme passif. Son ami brun Sebastian me toise, peu avenant et suspicieux, tandis que je m'installe devant lui et je me garde bien de le regarder plus d'une seconde. Ce qui m'amène à croiser les magnifiques yeux gris d'Alain qui me lance son large sourire habituel, de sa place en diagonale à droite de la mienne.
« Salut Al ! » lui lance Prisc, en s'asseyant à ma droite et en face de lui.
Il est bien le seul des quatre garçons à privilégier de l'amabilité de ma meilleure amie, marque de notre ancienne amitié. Il était le meilleur ami de Prisc autant que le mien et, même s'il s'est éloigné au cours de notre Troisième Année, elle continue à entretenir avec lui une amitié assez proche.
« Bonjour Alain », renchéris-je. Heureusement, mon sang froid me permet d'user d'un ton calme et poli qui ne me fait que rarement défaut, même si mon cœur s'emballe au simple fait de lui adresser la parole. « Désolée pour notre retard mais on a…
-Mais j'ai dû botter le cul à Bevin, en passant, dévoile Prisc sans détour.
-Ca fait rien, les filles ! nous rassure Alain. Au moins, on a pu nous prendre l'une des grandes tables, le pub est plein à craquer, aujourd'hui !
-Normal, avec le froid de canard qui fait dehors ! justifie Sam, en déroulant sa longue écharpe verte pomme. Va pas tarder à neiger ! Coucou, Ra-phaëëël…
-Salut, ma belle. »
Je regarde, un demi-sourire aux lèvres, le beau métisse trainer sa chaise de sa place d'origine à côté d'Alain, à l'autre bout de la table, tout près de Sam qui lui sourit, des étoiles dans les yeux, à droite de Priscilla. Cette dernière me glisse moqueusement « en ce samedi 19 Octobre 2053, nous sommes heureux de vous présenter la nouvelle prestation X de notre adorable Petit Chaperon Rouge et de sa co-star, le Grand Méchant Loup… ». J'éclate de rire en secouant la tête avant que Keir s'avachisse à moitié sur moi, en s'appuyant sur mes épaules, pour lancer à Prisc :
« J'te paye un verre, Priscilla ?
-J'attendais justement que tu me le proposes, McFarlan. »
Et ça m'étonne que je sois la seule à trouver ce subit élan de générosité suspecte.
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« … ma mère m'a dit que t'avait bien réussi tes BUSES !
-Oui, lui accordé-je, bien que j'ai été assez déçue par mon A en DCFM. Dans l'ensemble, ça a été. Et toi ?
-Bah je…
-Hep hep hep, les intellos, vous nous emmerder là, nous interrompt Keir, accoudé à la table avant de me regarder d'un air badin. Dis moi, ma p'tite… Mon p'tit doigt m'a dit que t'avait pas de cavalier ! Quelle coiiiincideeeence, le joli-cœur ici présent, indique-t-il Alain qui roule des yeux, n'en a pas non plus !
-Ah ouais…, fait Prisc d'une voix sombre et légèrement éraillée, son quatrième verre à la main, Rupture, rupture… »
Alain observe Prisc finir son verre cul-sec en face de lui, un peu inquiet, et si c'était possible, je pense que je tomberai encore un peu plus amoureuse de lui. Mais Keir me lorgne de son regard de prédateur, attendant que je réagisse à sa petite provocation, sur fond des rires retentissants de Sam qui, à l'autre bout de la table, écoute avec attention son admirateur lui raconter les nombreuses fois où ils ont fait tourner notre pauvre concierge en bourrique.
« Le bal de Noël est encore loin, expliqué-je, faisant mine de n'avoir décelé aucune de ses supercheries. Mais tu as déjà décidé avec qui tu y allais, Keir ?
-Avec le paquet de bombe-à-bouse le plus sexy que je pourrais trouver.
-On reconnait tes standards…, raille Prisc.
-Jalouse ? »réplique-t-il en lui remplissant son verre en faisant léviter la bouteille de whisky pur-feu.
Elle émet un petit hoquet de mépris mais accueille sa nouvelle rasade d'alcool avec joie, tandis que je me retiens en me mordillant la lèvre de le lui ôter des mains. Quand je lui ai conseillé de freiner sa consommation, il y a moins de cinq minutes, elle m'a dit de la « laisser se mettre la tête à l'envers au frais de la Princesse d'Ecosse en paix ». Et je connais trop bien ma meilleure amie pour me lancer dans une nouvelle tentative si tôt. N'empêche que… il n'est même pas trois heures de l'après-midi…
« Et sinon, t'as appris que Kelly et Shino avaient fixé leur date de mariage pour le 3 janvier ? me demande Alain.
-Ah oui !
-C'était sûr qu'elle pourrait pas attendre jusqu'en mai ! » rit-il.
Mon cœur se prend bien trop pour une chaloupe piégée dans une mer tempétueuse pour me permettre de me rallier à son éclat de rire. Ses yeux gris pétillent et sa pomme d'Adam danse le long de son cou masculin alors qu'il rejette le menton. Je suis le contour parfait de sa mâchoire et je me maudis de ressentir le besoin d'accompagner Sam lors de ses sorties parce que, en ce moment précis, c'est surtout le besoin d'attraper le visage d'Alain pour l'embrasser par-dessus la table qui est dure à contenir. Je souris de façon qui doit paraitre un peu forcée, crispant mes doigts sur le Jean de mon slim, en-dessous de la table.
« En mai, ça s'trouve ce sera l'divorce. »
Et il n'en faut pas plus que la phrase philosophique de Prisc pour rabattre mon élan de désir aussi sec. Honnêtement, je ne sais pas si j'en suis heureuse ou pas. Devant nos regards appuyés, Prisc hausse les épaules et finit son verre.
« Wow, c'était glauque…, note Raphaël, que Prisc ignore en indiquant son verre vide à Keir.
-Ah ça ? Non, t'en fais pas, elle a deux-trois affaires irrésolues avec Cupidon, le renseigne Sam. Scar et moi la soignons !
-AHAHAHAH ! ironise Prisc avant de remercier Keir pour le remplissage de son verre.
-Tu devrais peut-être euh… manger quelque chose ? lui proposé-je.
-Nope.
-T'sais, ma poule, lance Keir de sa même posture, accoudé sur la table. Ca te va bien tous ces kilos en moins. Tu trouves pas, Al ? D'ailleurs, notre petite Scarlett aussi a bien embelli avec les années… »
Si je lançais un coup d'œil dans la vitre qui est juste derrière Keir, je devrais pouvoir admirer mon teint rouge pivoine mais comme j'évite tout aussi consciencieusement d'aventurer mon regard vers lui ou vers Al, je n'ai pour preuve que la chaleur soudaine qui enflamme mes joues. Que Merlin me venge et fasse brûler Keir McFarlan ! Non mais sérieusement, a-t-on idée de débiter des trucs pareilles comme ça ? Je lui lâche un vague remerciement avant de lever mon verre de jus de citrouille glacée pour me rafraichir et Prisc se charge de répondre elle-même :
« Et ouais, on est les filles les plus canons… ca vous fait quoi de nous avoir à notre table ?
-Bof », fait Sebastian. C'est bien le premier mot qu'il nous a adressé, bien trop occupé à nous étudier étrangement, tout particulièrement moi. Et j'évite soigneusement de le regarder car, de tous, c'est surement celui qui me met le moins à mon aise et, en plus, celui qui m'inspire le moins de sympathie.
« T'es pas trop notre genre, ma poule.
-Tant mieux pour toi, McFarlan…, minaude-t-elle, pas le moins du monde touchée par ces réponses. Ca t'évite d'être frustrée… encore plus que tu ne l'es déjà, s'entend.
-Je suis pas frustré, j'ai mes heures de bon temps tout comme toi, ma poule. Et toi, ma p'tite, s'adresse-t-il de nouveau à moi. Quelqu'un avec qui rendre ton célibat plus… agréable ? »
Je crispe la mâchoire et lui lance un regard franchement noir pour le coup. Il garde son air diaboliquement hypocrite et je me lève alors, ou sinon je risque de lui attraper sa tignasse rousse et de lui aplatir sa face de tortionnaire contre la table. Et je sais très bien qu'il déballerait tout à Alain sans la moindre pitié.
« Je vais aux toilettes, » annoncé-je.
Et j'ignore l'invitation qu'il lance à Al de venir me garder la porte, en véritable gentleman. Si Al ne se doute pas de ce qui se trame dans le cerveau cruel de son copain alors, franchement, c'est que Merlin est de mon côté et lui a fait baissé son Q.I de moitié pour l'après-midi. Au comble de l'embarras et les nerfs tendus à l'extrême, je traverse le pub pour me rendre au fond de la salle et m'engager dans le petit couloir qui mène aux toilettes. Mais sitôt que je pose la main sur la poigné de la porte des toilettes pour femmes que celle d'en face s'ouvre à la volée, une grande brune s'en voyant propulsée violemment et manquant de peu de m'aplatir contre le mur. Je reconnais alors la préfète-en-chef, Jennifer Baxton, le chemisier complètement ouvert sur un soutien-gorge rouge vif. Inquiète et éberluée, je me penche vers elle.
« Ca va ? Qu'est-ce qui…
-ESPECE DE SALOPARD ! COMMENT T'AS PU ME FAIRE CA ?! T'ES MORT ! MORT ! »
Par la porte encore grande ouverte des toilettes pour hommes, c'est Blanchet que je trouve, poussant avec fureur Joshua contre les lavabos. Je baisse mon regard sur Jennifer qui est au bord des larmes et dont le visage affiche la plus grande honte. Je l'aide à se relever tandis qu'elle reboutonne son chemisier, en me murmurant des remerciements. Mais je les entends à peine car ma sœur continue de hurler, à quelques mètres de nous.
« T'as plutôt intérêt à me dire toutes les putes que t'as sauté derrière mon dos, fils de pute ! JE VEUX TOUS LES NOMS !
-C'est que du cul, bébé, ça veut rien dire ! Je m'en fous d'elle ! Blanchet, écoute-moi ! C'est fini, je…
-Blanchet ! » l'appelé-je en entrant dans la pièce. Je jette un regard pour voir Jennifer qui se rue dans les toilettes des femmes et m'approche de ma sœur qui tient son copain des deux mains, par le col de son sweat. Ses escarpins à hauts talons lui permettent d'être nez-à-nez avec lui qui essaye de la calmer en vain. Elle lui administre une gifle magistrale dont le bruit se réverbère dans toute la pièce et je vois son visage dont les traits sont durcis par la colère la plus féroce.
« Blanchet ! Lâche-le ! »
Elle m'ignore et est bien partie pour lui en coller une nouvelle quand je l'attrape par les épaules pour la reculer de force. Elle tremble tellement que je suis choquée qu'elle puisse tenir debout sur ses talons aiguilles de dix centimètres. Son regard ne lâche pas Joshua qui se masse la joue.
« Dans les chiottes d'un pub de merde…, grince Blanchet, écoeurée. Tu me fais ça dans les chiottes d'un pub de merde alors que je t'attends depuis…
-Blanchet, écoute-moi, putain ! Je me rattraperai, ok ? Je te promets que…
-Joshua, le coupé-je. Il vaut mieux que tu t'en ailles...
-Blanchet…
-Tu vas le regretter, Josh, lui assène-t-elle en agrippant mon avant-bras avec lequel je la retiens d'aller étrangler Joshua. Tu vas vraiment le regretter. Retourne sauter Baxton et toutes les autres, et DEGAGE DE MA VUE ! »
Il doit trouver les derniers mots hurlés de ma sœur plus convainquant que mon précédent conseil puisque, cette fois-ci, il obtempère et s'en va. Et s'il connait Blanchet de la façon qu'un garçon doit connaître la fille avec qui il est sorti depuis cinq mois, il doit savoir que s'il était resté une seconde plus, elle lui aurait sauté dessus pour l'expédier hors des toilettes comme elle l'a surement fait avec Jennifer, il y a quelques minutes.
Le silence retombe dans la pièce alors qu'elle inspire et expire profondément pour se calmer mais elle ne fait que trembler davantage dans mes bras et elle me murmure mon nom, me demandant de la lâcher. J'obéis, voyant ses yeux s'embuer avec horreur, tandis qu'elle pose une main agitée sur ses lèvres. Elle s'éloigne et déambule devant moi comme pour évacuer toutes les émotions qui l'habitent, et je l'observe, impuissante. Je n'avais aucun doute sur l'infidélité de Joshua et j'aurais voulu qu'elle me croit la première fois que je lui avais exprimé ma suspicion mais la voir dans cet état me fait espérer qu'elle ne l'ait jamais découvert. Et encore moins pris sur le fait.
« Sa culotte est encore dans la cabine des toilettes, m'apprend-elle d'une voix blanche. Quelle… quelle…
-Tu veux que…, hésité-je, cherchant mes mots.
-QUELLE GROSSE PUTE ! explose-t-elle. Il me connait pas, Scar ! Oh ça, non ! Sinon, JAMAIS il m'aurait fait ca ! Je vais le DETRUIRE, CET ENCULE DE SALE MENTEUR A LA CON ! »
Je m'avance vers elle pour la prendre dans mes bras et elle me laisse l'étreindre. Elle continue de proférer des insultes et des menaces de mort, et j e lui passe une main réconfortante contre son dos pour tenter de l'apaiser. Mais quand un garçon pénètre dans la salle en rigolant et lançant un « bah alors, jolies demoiselles, on s'est trompé de… », le peu de résultats que mes efforts avaient pu réaliser volent en éclat et Blanchet fait volte-face en beuglant :
« DEGUERPIS OU JE T'EVISCERE, PETIT CON ! »
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« Non ?! Dans les toilettes ? s'exclame Sam, choquée. Sacrée journée…
-'v'demment qu'y la trompait… 'ct'enculé d'sa mère… tous des… cons, » marmonne furieusement Priscilla, un bras appuyé sur mon épaule et un autre sur celles de Sam. Dire qu'elle est soule serait presque flatteur pour son état actuelle. « Comme l'autr'là… 'vec sa blondasse… »
Sam et moi échangeons un regard, redoutant qu'elle se lance dans le gouffre sentimental que représente le sujet Roger Noil, alors qu'on continue à la guider vers la boutique de potions qui est au bout de la rue et où on pourra lui acheter une flasque d'anti-gueule-de-bois. Il est 17 heures et demi, et on a à peine deux heures avant que les dernières diligences ne partent pour nous reconduire à Poudlard. Et si jamais Frog-nas coince Prisc dans cet état d'enivrement alors elle peut être sûre de passer la fin du week-end en retenue.
On a laissé les garçons au pub avec beaucoup de peine, du côté de Sam qui s'est pendu au cou de Raphaël en lui demandant ce qu'il faisait demain, et tout un océan de soulagement, de mon côté. Après m'être séparée de Blanchet qui est sortie du pub avec Bianca, je n'ai pas eu le temps de reposer les fesses sur ma chaise que Keir avait repris sa partie « Vouons notre existence à torturer Scarlett Rossi » en m'interrogeant sur les causes de mon absence prolongée pour un simple voyage au petit-coin. Il avait alors laissé entendre que je m'étais refaite une beauté pour certains petits chanceux des parages et avait prétendu passer en revue le pub de son regard espiègle avant de s'intéresser tout particulièrement à Alain en scandant « une idée, Al ? ». Et c'était reparti pour une longue heure de supplice.
« Blanchet doit être tellement triste…, s'alarme Sam. Elle va surement aller se consoler dans les bras de Keir…
-Ca m'étonnerait, » contré-je.
Sam fait la moue, dépitée avec une pointe de caprice, irritée que je contrarie son fantasme sentimental. Puis, sa mine renfrognée s'éclaire d'un coup et elle s'écrie :
« Oh ! Les garçons ! Qu'est-ce que vous faites ? ».
Je suis son regard noisette pour tomber sur les garçons de notre classe qui sont, en effet, regroupés sur un banc. Sam dévie brutalement notre trajectoire et, Priscilla nous liant l'une à l'autre, je me retrouve bien forcée à la suivre. Je ravale mes protestations pour réconforter Prisc qui gémit avec douleur en repérant la tête ronde aux cheveux châtains de Roger. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de s'arrêter pour faire un brin de causette avec Roger, Cody, Damodar, Paul et Brian, alors que Prisc menace à tout moment de régurgiter le contenu de son estomac…
« Les filles ! s'exclame Paul avec entrain.
- Bah alors, on nous avait lâché pour trainer avec des Septième Année ? poursuit Brian.
-Mais on vous oublie pas ! »assure Sam avant de s'inquiéter, voyant Damodar. Sa jolie tête d'indien est posée dans ses mains tandis que ses lèvres ne présentent aucun signe qu'un sourire puisse poindre pour éclairer son visage de dix pieds de long. Il est assis sur le dossier du banc, ses converses dénouées posées à la limites des planches en bois. « Dam ? Qu'est-ce qui va pas ? »
Il hausse juste des épaules et Sam s'éloigne de Prisc d'un coup pour aller se faire une place à côté de son grand béguin. Je frôle la chute, Prisc se laissant de tout son poids sur moi mais Paul a le réflex de venir m'apporter son aide, l'attrapant de justesse avant qu'on ne s'écroule toute les deux sur le chemin, devant le banc. J'entends vaguement Brian et Cody révéler à Sam que Fanny a rompu avec Damodar, alors que Paul s'enquit en désignant Prisc :
« Hé ! Elle est bourrée ?
-Et bien…
-Oh la ferme, Paulo, grogne Prisc.
-Un peu, atténué-je, en arrangeant ma prise autour de sa taille et croisant le regard brûlant d'inquiétude de Roger.
-Attends, je vais la porter, m'offre-t-il. T'es un peu trop maigrichonne pour ça, Scar ! »
Je ris de bon cœur, soulagée qu'il me propose son aide parce que j'avais vraiment peur de la faire tomber. Grâce à sa large stature de batteur de Quidditch, il l'attire dans ses bras où il la tient fermement, ne tenant pas rigueur à ma meilleure amie pour les « Arrête de bouger, abruti » et les « tu m'fais mal, tête de poireau » qu'elle lui bougonne.
Roger s'approche de moi et j'enfonce mes mains emmitouflées de moufles dans les poches de mon manteau, engourdies par le froid. Je comprends aussitôt qu'il s'en fait pour son ex qui se retrouve tellement ivre qu'elle est obligée d'être soutenue par Paul et lui rassure :
« Keir abuse un peu trop de son compte en banque pour payer des verres à tour de bras. On va lui acheter de l'anti-gueule-de-bois.
-Elle va pas bien, pas vrai ? »
Je le regarde un moment puis tourne mon regard vers Sam quand elle lâche un « Sacrée journée… », abasourdie par la nouvelle de la rupture de Damodar et Fanny, et console l'indien en lui faisant un câlin sur le banc. Puis, je croise le regard bleu et racoleur de Brian qui m'adresse un sourire entendu. Je regarde derrière moi, espérant trouver Blanchet en train de pester et passer ses nerfs sur Bianca, brillant de sa force et de se verve. Mais je la connais trop et je sais qu'elle pleure quelque part, et seule. Et qu'elle ne me laisserait jamais assister à une telle scène. Je soupire profondément en me passant la main dans mes cheveux noirs et me retourne vers Roger:
« Non. Honnêtement, c'est la merde. »
