Coucou les poulettes !
Je sais pas pour vous mais y'en a marre du temps de merde (ça doit être le fait que je sois en Angleterre depuis huit mois qui arrange pas ça aussi...) En tout cas j'espère que vous allez toutes (tous ?) bien ! Merci de votre fidélité ! Pour la remercier, allez on publie plus vite ! ;)
Bonne lecture !
Coralie : Ah ben oui hein faut bien faire avancer les choses et ça va pas s'arranger, y va s'en passer pas mal ! :) Comme toujours désolée que ça soit frustrant mais je ne peux rien dire... Pour ce que Scar va dire TADAAAM je te renvoie à ce chapitre ci-dessous ! bisous !
Chapitre 14
« Qu'est-ce qu'il sait ? paniqué-je. Qu'est-ce que tu lui as dit ?! »
Le sang bat à mes tempes comme si un pic-vert tapait furieusement sur mon crane, les griffes de ses pâtes raclait contre mon cuir chevelu pour garder l'équilibre. Je me retiens de porter mes mains à mon front, étourdie par la pression qui grimpe, et monte, et je pressens l'explosion d'ici. Le stresse accumulé de ces derniers jours a déjà commencé à grignoter ma sérénité mais je la sens vibrer comme une plaque de verre soumise à des vagues d'ultra-sons dont la puissance va crescendo. Je le sens, je le sais. Je le lis dans chaque étincelle de malice dans ses yeux, je le vois le long de ses lèvres étendus en un sourire ravi. Les détails de la grande nouvelle de Keir ne va pas me plaire.
« Ben qu'il te plait ? Quoi d'autre ?! »
Mes doigts se crispent sur la dissertation que je relisais, froissant le parchemin, et mon souffle est coincé dans ma trachée. Je le fixe, hébétée. Non. Il ne peut pas sérieusement m'apprendre une telle chose avec autant de légèreté. Il ne peut pas me lâcher comme ça qu'il a tout dit à Alain de mes sentiments pour lui alors que… Il ne peut pas me dire ça comme si ce n'était pas grave ! Comme si… MERLIN !
« QUOI ?! » éclaté-je. Ma voix se répercute le long du couloir désert et me revient en pleine face, et mes mains se mettent à trembler. « Oh, Merlin… »
Il rit, dit quelque chose. L'un de ses commentaires sarcastiques à la con, surement, mais je m'en fous. Le peu de calme qui me restait est volé en éclat. Il a tout dit à Alain. Mais comment je vais faire ? Qu'est-ce que… je marche un peu, tournant sur moi-même, levant mes mains pour les engouffrer dans mes cheveux, essayant de regagner une respiration calme ou me contenir. Me retenir de crier. Parce que, putain, c'est vraiment la goutte qui fait déborder le vase ! J'en ai marre ! Est-ce que je lui ai demandé de se mêler de mes affaires et de tout gâcher ? Est-ce que c'est si drôle que ça de jouer avec la vie des autres ?!
« Eh, ma p'tite, arrête de tourner en rond… c'est pas encore le moment de s'emballer, j'peux pas tout faire à ta place…, rit-il. Et…
-TAIS-TOI, KEIR ! hurlé-je en me retournant d'un coup vers lui. MAIS TAIS-TOI, MERDE ! Arrête avec tes « ma p'tite » ! Je suis pas ta petite, ok ?! Tu crois que c'est drôle ? La vie, c'est pas un jeu, Keir !
-Wow…, fait-il, éberlué. Ca, c'est d'la réaction…
-Mais qu'est-ce que je t'ai fait pour mériter CA ?! éclaté-je. Franchement, DIS-MOI ! Qu'est-ce que je t'ai fait ? Non mais, parce que là, je comprends pas ! Ma vie est déjà un MERDIER sans nom mais non, fallait encore que ce putain de Keir se la ramène ! »
Je me suis remise à déambuler parce que j'arrive pas à tenir sur place et, à vrai dire, ce n'est même plus sur Keir que je crie. Il faut juste que je relâche la pression, que j'expulse toute cette marée d'émotion, la colère qui la fait bouillir et le désespoir qui la fait tournoyer. Et cette immense ancre d'acier qui est tombée tout au fond de mon estomac, s'y accrochant comme un parasite. Je ne peux pas tout régler. Je ne peux pas toujours réconforter Sam quand elle a besoin de moi, quand Fanny s'en est une énième fois prise à elle, parce que j'ai aussi la tonne de devoirs à effectuer. Je ne peux pas forcer Blanchet à me laisser l'aider. Je n'arrive plus à trouver le temps et, pourtant, j'ai l'impression que tout ce que je fais ces derniers temps, c'est m'inquiéter. M'inquiéter pour Blanchet, m'inquiéter pour Sam, m'inquiéter pour Prisc, même pour Moira dont le garçon qui lui plait est intéressée par une autre. M'inquiéter de louper un exam, de ne pas rendre une dissertation à temps. Je deviens complètement parano, j'attends chaque matin de recevoir une mauvaise nouvelle par hibou, à propos du mariage ou dans la famille. Je sais que je suis complètement déraisonnable mais je n'arrive qu'à me calmer l'espace d'une heure avant que toute l'anxiété revienne en force. Et bien sûr, tout ça est sur fond de toutes mes pensées sur Al. Je savais bien qu'un jour il aurait fallu que je prenne les devants, tente ma chance, que je ne pouvais pas rester toute ma vie amoureuse en vain sans même avoir le choc d'un refus pour trouver la force de passer à autre chose. Mais, bon sang, fallait-il que ce soit maintenant ?! J'en ai vraiment marre !
« Et merde, » soupiré-je, lessivée.
Je n'avais pas envie d'avoir ce genre d'inquiétudes en plus. Parce que maintenant il y a la foule de questions. Qu'est-ce qu'il a dit ? Qu'est-ce qu'il en pense ? Est-ce qu'il est resté choqué, les yeux comme deux ronds de flanc, sans comprendre d'où j'ai sorti ces sentiments ? Ou désolé pour moi parce que ce sera à son tour de me briser le cœur ? Je sens les larmes me monter et je les rejette avec un dernier effort, me laissant flancher contre le mur derrière moi pour m'y adosser. A mes pieds, repose ma dissertation que j'ai dû faire tomber à un moment donné.
« Et bah, laisse-moi te dire que tu jures comme un charretier quand t'es furax ! Ca fait pas du bien de s'laisser aller, de temps en temps, hein ? s'enquit Keir que j'avais presque oublié.
-Laisse-moi crever en paix, Keir… »
Il rit en appuyant son épaule au mur à côté de moi pour me regarder. Je lui lance un vague regard avant de pousser un autre soupir. Quelle vie de merde.
« Tu devrais vraiment arrêter de t'amuser avec la vie des autres et commencer à te préoccuper un peu plus de nos sentiments, lui conseillé-je. Faut pas t'étonner que Blanchet veuille pas de toi.
-Wow… c'était un coup bas, ma…
-P'tite, je sais, terminé-je pour lui, crispée, avant de passer une main dans mes cheveux. Je veux pas être méchante mais c'est vrai.
-Non mais c'est bien ! approuve-t-il. Fallait que t'extériorises comme ça ! Et puis, je t'avais prévenu que j'allais lui dire moi-même si tu le faisais pas ! »
Je ne réponds rien, la voix fatiguée et la gorge bien trop bloquée. J'ai juste envie de me rendre à mon dortoir et d'aller dans mon lit pour y dormir pendant des heures. Et puis, de toute façon, je pourrais toujours lui répéter que c'étaient mes affaires et que le fait qu'il me prévienne ou pas ne le dispense pas de respecter mon avis sur la question. On parle de Keir McFarlan, l'avis d'autrui, il s'en tamponne.
« Bon, alors, fait-il en frappant des mains. Et maintenant, ma p'tite ?
-J'sais pas. T'as une corde et un tabouret ? »
xOxOxO
Je passe le pan du mur qui s'est décalé pour me laisser pénétrer dans la salle-commune après que j'ai dit le mot-de-passe à l'armure enchanté qui est notre sorte de videur personnel. Je descends les quelques marches et mes pieds claquent contre le sol de la salle-commune. Greg est le premier à se ruer vers moi avec un immense sourire en s'écriant :
« Hey, Scar ! Tu sais pas ce qui est arrivé, ce matin ?! C'était trop drôle, Keir a…
-Pas maintenant, fais-je en le dépassant. Tu me raconteras plus tard, Greg.
-Mais… »
Je trace en direction de l'escalier qui mène aux dortoirs des filles, n'ayant qu'un but, aller me coucher. Au diable mes révisions pour l'exam de Sortilège de demain ou le commentaire composé sur les vertus du sérum de Palagicas. Je crois que je n'ai même pas ramassé ma fichue dissertation à laquelle j'espérais avoir un O. Pas un bon dieu de E. Prisc se retourne dans le canapé où elle parlait avec Sam, Damodar, Paul et Brian, et scande mon prénom. Je ne réponds que par un « Plus tard ». Tout plus tard, n'importe quoi plus tard. Plus tard, je ferai tout ce qu'il faut. Mais plus tard.
Je pose ma main sur la rambarde et gravis les marches lentement. Une fois à l'étage, je m'engage dans le petit couloir et me rends tout au fond pour ouvrir la porte où les lettres dorées m'informe que c'est bien mon dortoir, celui des filles de Poufsouffle de Sixième année, avec un petit blaireau qui me souhaite la bienvenue. Une pression sur la poignée et j'ouvre la porte avec un soupir. Je passe mon gilet par-dessus ma tête, le lance sur mon lit avant de m'y laisser tomber en me détachant les cheveux que j'avais attaché sans même y penser. Je m'attaquais à mes chaussures quand Prisc entre à son tour dans notre dortoir, refermant la porte derrière moi que j'avais laissé ouverte sur mon passage.
« Eh, Scar… ma poule, ça va ? » s'inquiète-t-elle en se rapprochant.
Je la regarde, pense à mentir. J'enlève mes deux chaussures et retire mes chaussettes tandis qu'elle vient s'assoir à côté de moi, repoussant mes mèches foncés de mon visage. Je me décide plutôt à lui dire la vérité.
« Pas vraiment, » avoué-je en tournant mes yeux vers elle. Elle fronce les sourcils, me motive d'un haussement de sourcil et d'un mouvement de menton incrédule de forcer un peu plus dans les explications. « Keir a tout déballé à Alain. Il lui a dit que je l'aimais.
-PARDON ?! réagit-elle avec un mouvement de recul sidéré et furieux. Il a fait quoi ?! Quel pauvre mec ! Oh ! Je vais le massacrer !
-Non, Prisc, soupiré-je. Je pense pas qu'il avait de mauvaises intentions. Et, franchement, ça va comme ça.
-Comment ça « ça va comme ça » ? Il avait pas à faire ça ! T'imagines maintenant ?! Merlin, Scar, ma pauvre chérie… »
Je la fixe, le sang qui se glace dans mes veines et je sens un frisson me parcourir. Elle secoue la tête en faisant courir son regard noir et rageur dans toute la pièce, sur les lits des filles et les murs jaunes.
« T'es vraiment certaine, hein ? dis-je. Qu'il ressent rien pour moi…
-Quoi ? » s'étonne-t-elle avant de comprendre. Aussitôt, la culpabilité ronge ses traits et elle pose une main sur mon genou. « Non, Scar, c'est pas ce que je voulais dire. Je… Scar, eh, j'ai jamais dit ça, d'accord ?
-Ca va, Prisc, la rassuré-je. C'est pas grave si c'est ce que tu penses.
-Tu crois qu'il n'est plus amoureux d'Adé ?
-J'en sais rien, avoué-je en haussant les épaules. Mais y'a de grandes chances qu'il le soit encor, pas vrai ?
-Oui. Il est sorti avec elle pendant des années et… je suis désolée, ma puce, mais regarde-moi avec Roger, c'est une telle merde ! »
Elle me lance un petit sourire désolé et j'opine du menton, avalant ma salive. Bien sûr qu'elle a raison. Je repousse tous les scénarios de ce qui se passent dans la tête d'Alain, quelque part dans Poudlard, en ce moment, et laisse Priscilla m'attirer dans ses bras.
« Ca va aller… T'auras juste à aller le voir, il… Eh, c'est Al, me réconforte-t-elle. Il sera gentil, de toute façon ! Et on sait jamais ! »
Le problème c'est que, qu'il soit gentil ou non, ça ne changera rien, au fond.
« Je vais juste me coucher, d'accord ? la renseigné-je en me retirant de ses bras.
-Te coucher ? Mais il est même pas dix-huit heures ! » s'étonne-t-elle mais elle croise mon regard appuyé et elle comprend. Faut vraiment que je dorme un bon coup. « Ok, d'accord… je te ramène un truc des cuisines ?
-Okay, accepté-je en souriant.
-Avec des p'tits desserts pleiiiins de calories parce que, poulette, t'as qu'la peau sur les os ! »
Je ris alors qu'elle se lève pour me laisser me glisser sous ma couette. Toujours avec sa manie de faire grossir tout le monde. Elle me lance un clin d'œil et je la regarde quitter le dortoir avant de me positionner sur le côté et de remonter la couette au-dessus de ma tête.
Va quand même falloir que je fasse ce foutu commentaire composé.
xOxOxO
« OHHH MERLIN ! NOOON ! »
Je me réveille en sursaut, paniquant dans ma couette. Qui est-ce qui crie ?! Qu'est-ce qui se passe ! Qu'est-ce… Oh… Sonnée, je porte la main à mon front, fermant les yeux, des étoiles brillant sur le fond noir de mes paupières. Un sifflement aigue encombre mes tympans quelques infimes secondes avant qu'il se calme et que je réentende les cris hystériques. Je papillonne des paupières, me rendant compte que, dans ma précipitation, je me suis violemment mangée l'un des poteaux en bois brut de mon lit en baldaquin. Je reste assise, me massant le front. Je préfère largement quand c'est mon mini-piano qui se charge de la désagréable tâche de me réveiller…
« PRISC ! SCAAAR ! »
Un peu plus alerte, je sors de mon lit en panique pour fuser en direction de la salle-de-bain, reconnaissant enfin la voix de Sam qui hurle dans la salle-de-bain. Elle s'est fait mal, c'est sûr ! Oh, bon sang, j'espère que… Je me fige à l'entrée de la salle-de-bain, les yeux exorbités. C'est d'abord ses cheveux orange citrouille qui me sautent aux yeux, puis la façon qu'elle a de les tirer. Puis, c'est l'état d'hystérie dans lequel elle se retrouve.
« Oh, oh, oh ! m'écrié-je en marchant à grands pas vers elle. Arrête de tirer sur tes cheveux, Sam !
-REGARDE MES CHEVEUX ! REGARDE ! ILS SONT ORANGE ! SCAR, REGARDE MES CHEVEUX ! ».
Je lui saisis ses poignets alors qu'elle pleure à chaudes larmes. Je vois par la petite fenêtre magique –puisque nous sommes sous la terre- que c'est un ciel clair qui s'étale dehors, je devine alors qu'on est le matin et que j'ai dormi non-stop depuis hier soir. Mais mes pensées s'envolent quand Sam tire violemment pour me faire lui lâcher les mains.
« MES CHEVEUX ! ARRANGE MES CHEVEUX !
-Sam, ma puce, calme-toi, l'apaisé-je. C'est rien, on va…
-Qu'est-ce qui s'passe, putain ?! rage la voix de Bevin de l'autre bout du dortoir. VOUS POUVEZ PAS LA FERMER, PAUV' CONNASSES ?!
-C'est quoi ce foutoir ?! surgit Priscilla avec colère. Vous jouez à quoi, les filles ? Il est cinq heures, merde ! »
Je me retourne vers elle alors que Sam se jette dans mes bras en sanglotant, me suppliant d'arranger ses cheveux et gémissant que le bal est dans cinq jours, que tout est foutu. Que Fanny a ruiné sa vie, qu'elle veut que tout s'arrête. Je lance un regard implorant à Prisc qui, tout aussi choquée que moi au début, est plantée devant la scène.
« Tu sais comment changer de couleur les cheveux ? lui soufflé-je. Je…
-Fanny, gronde-t-elle. Y'en a vraiment MARRE !
-Prisc, la supplié-je. T'énerves pas… est-ce que tu connais un sortilège pour… ? »
Mais elle a déjà fait volte-face et je ferme les yeux, essayant de garder mon sang-froid, en caressant le dos de Sam pour la consoler. J'entends des hurlements dans le dortoir, Priscilla qui vocifère contre Bevin, la traite de tous les noms et lui dit de la fermer, d'arrêter de nous insulter avant qu'elle ne l'étrangle. Les genoux de Sam lâchent et j'arrive de justesse à nous faire tomber doucement contre le carrelage froid de la salle-de-bain.
« On va te rendre tes jolies cheveux rouges, Sam, lui promis-je. C'est pas grave…
-Oh, Scar, j'en peux-j'en peux plus… »
Elle s'accroche à mon haut de pyjama, me poussant contre la baignoire dans ses sanglots et j'entends une porte claquer. Un instant plus tard, c'est Maria qui nous rejoint, les cheveux roux dans tous les sens. Elle est pâle, la marque de l'oreiller contre la joue, et nous observe, alarmée.
« Priscilla est partie chercher Damodar, nous apprend-elle.
-Elle gâ-gâche tout, pleure Sam contre moi.
-Je suis désolée, me souffle Maria en s'agenouillant à côté de nous. Fanny est… Je suis tellement désolée.
-C'est pas de ta faute, Maria, » l'apaisé-je.
Elle acquiesce, peu convaincue, mais je pense ce que je dis. Ce n'est la faute de personne à part de Fanny.
« Sammy ? retentit la voix de Damodar.
-Regarde l'état dans lequel elle est ! tonne Prisc. Ta putain d'ex sait que foutre la merde ! Tu sais même pas protéger ta chérie ! On doit tout faire ! MERDE ! »
Ils sont tout deux arrivés dans la salle-de-bain et Prisc ne tient pas en place, ses traits tirés par la fureur. Damodar s'accroupit à côté de nous, me lance un regard plein de détresse et je lui souris comme je peux, détestant cette atmosphère de tempête. Il caresse d'une main tremblante les cheveux orange de Sam qui continue à pleurer contre mon épaule.
« T'es… t'es aussi super mignonne comme ça, Sammy, pleure pas, souffle-t-il en me regardant comme pour me demander ce qu'il doit faire. Et on va te… euh re-rougir les cheveux… »
Avec bien du mal, j'arrive tout de même à détacher Sam de mes épaules et de la placer dans les bras du bel indien qui la serre contre lui, lui parlant maladroitement. Je me relève, ignorant la légère douleur dans mes reins à cause de la position inconfortable dans laquelle je suis restée… pendant je-ne-sais combien de temps. Après un dernier regard pour Sam qui pleure dans les bras de Damodar, Maria lui frottant son bras nu, je me rapproche de Prisc qui bouillonne près du lavabo.
« Y'en a ras le cul, me lâche-t-elle. Ca peut plus durer, cette histoire ! Je vais lui régler son compte, une bonne fois pour toute, à cette pétasse !
-Prisc, ça ne changera rien, lui dis-je. Il faut la dénoncer au directeur.
-Allons, Scar, ça servira à rien... je vais la coincer et lui péter la tronche.
-Prisc, arrête ! m'écrié-je. Tu vas te faire renvoyer !
-QU'EST-QUE TU VEUX QU'ON FASSE ?!
-Les filles ! nous appelle la voix de Damodar. LES FILLES !
-QUOI ?! hurle Prisc.
-Je vais m'en occuper. »
Prisc et moi sommes étonnées par la fermeté et la détermination dans la voix de Damodar qui continue à caresser les cheveux de Sam. Mais je suis surtout alerté par la peine dans ses yeux noirs.
« Sammy, bébé, s'adresse-t-il doucement à Sam. Priscilla a raison, Sammy, ça peut plus continuer. On va casser et Fanny te laissera plus tranquille…
-Mais-mais… j'veux pas-pas te perdre en-encore…
-Ca arrivera pas, lui assure-t-il. On restera amis, comme avant. Les meilleurs amis, comme avant. Au fond, je crois que c'est ce qu'on a toujours été, non ? »
Sam lève son regard pour croiser le sien et Damodar lui sourit un peu tristement mais avec tendresse. Prisc et moi échangeons un coup d'œil. Je crois que c'est bien la première fois que je vois Damodar être aussi courageux et sage. Il a toujours été le beau garçon naïf et un peu influençable, que tout le monde adorait mais que personne n'écoutait parce qu'il était juste beau, pas très malin.
« J'arrive pas à te protéger, se lamente-t-il. Mais je peux au moins éviter que Fanny continue à te faire pleurer. »
Sam ne répond rien et rebaisse le menton, et elle se calme. Damodar lève les yeux vers moi et je lui souris, le remerciant de prendre cette décision avant que ça ne dérape vraiment et qu'il soit trop tard. Prisc a les bras croisés sur sa poitrine, le visage impassible.
« T'as toujours été mon meilleur ami, finit par répondre Sam. Tu m'as manqué. »
Alors que Damodar répond à Sam qu'ils seront toujours amis et qu'il ne reparlera plus jamais à Fanny, Priscilla se retourne vers moi, pointant un index sur moi.
« J'te préviens, Scar, je vais quand même la défoncer ! »
xOxOxO
« Quelle girouette, marmonne Prisc. Elle nous fait une crise à 5 heures du mat avec son Damodar chéri, et regarde-là à glousser avec son mannequin pour slip de bain…
-Slip de bain ? rié-je.
-M'cherche pas, Georgette. »
Je secoue la tête, amusée mais j'ai l'impression qu'un immense poids s'est envolé de mes épaules. Je me sens déjà plus en forme et entendre les rires extatiques de Sam qui embaument la pièce de son parfum de bonheur me fait un bien fou. Après toutes ces semaines, à surveiller Sam, me préparant à fondre sur elle pour la prendre dans mes bras ou à la calmer si elle avait une de ces crises d'angoisses ou de larmes, c'est une vraie bouffée d'air frais. Elle aurait dû être heureuse puisqu'elle sortait enfin avec Damodar, celui qu'elle croyait être amoureuse depuis presque autant de temps que moi, d'Alain. Mais ce n'était pas le cas. Non, elle vivait dans la peur que Fanny lui fasse un nouveau mauvais coup. Elle avait les oreilles pleines des rumeurs horribles qu'elle jetait dans Poudlard comme une armée de rats qui gambadaient dans les couloirs, dans les trous des tapisseries, se faufilaient dans la tuyauterie et faisaient s'esclaffer Mimi Geignarde. Ses yeux ne brillaient plus, à part pour la brève soirée où on a dégoté nos robes. Le reste du temps n'a été qu'un cauchemar pour elle. Sam n'est pas faite pour la hantise, la tension et les confrontation, et elle ne pourra jamais faire face à Fanny sans se brûler les ailes.
Quand on est allé à l'infirmerie pour que Beaucarreaux, l'infirmière, lui donne des calmants et rende à ses cheveux leur couleur rubis, elle a eu tout du long cet air pensif au visage. Après une demi-heure, elle m'a regardé droit dans les yeux et m'a déclaré « je l'aimais mais je n'en étais pas amoureuse. C'est mon meilleur ami, et je l'aime ». Elle m'a raconté l'énorme vide qu'avait laissé dans sa vie Damodar quand sa grande dispute avec Fanny a éclaté, en Troisième Année. Damodar a laissé Fanny la séparer de Sam parce qu'il n'a jamais eu les épaules pour s'imposer face à une peste méchante telle que Fanny. En plus, à cette époque, tout le monde pensait que Sam avait couché avec le copain du moment de Fanny. Sam a donc perdu son meilleur ami, et ça lui a fait du mal, blessé comme on perd une main. Ce que je peux comprendre, je n'imagine pas perdre Priscilla ou Greg. Et petit à petit, elle a traduit ce manque comme elle a pu, et elle a cru qu'elle était amoureuse de lui. Elle m'a même dit qu'elle essayait d'éviter d'embrasser Damodar parce qu'elle ne ressentait rien. Pas ce qu'elle a ressenti quand Raphaël l'a un jour embrassé, dans un coin de Poudlard.
« Ils sont mignons, je trouve, dis-je à Prisc en direction de Raphaël et Sam qui sont assis dans un autre canapé de la salle-commune.
-T'es pire qu'une mémé gâteuse, râle-t-elle. Sam peut faire toutes ces conneries tranquillement, t'approuves n'importe quoi ! Bientôt, on va découvrir qu'elle a un harem caché quelque part dans Poudlard et j'te vois d'ici : « Oh, Prisc, regarde comme elle souriiiit, comment on peut se fâcheeer ? »
-T'exagères ! Elle peut bien se tromper, ç'aura pas été la première à s'embrouiller entre amitié et amour !
-Et elle continue à la défendre ! » s'écrie-t-elle, ahurie, à un auditoire invisible. J'éclate de rire. « Et, en prime, elle se paye ma tête !
-Mais nooooon… »
C'est alors que Blanchet passe devant nous. Je souris en voyant une énième fois ma Gryffondor de sœur dans notre salle-commune et encore plus quand elle s'arrête dans son avancée, en regardant bizarrement Raphaël et Sam qui continuent leur joyeuse danse des amours. Elle se retourne vers Prisc et moi avec un sourcil haussé et, s'avançant vers nous, elle pointe le couple d'un pouce par-dessus son épaule.
« Il est passé où le beau-gosse indien ? Qu'est-ce qu'elle fout à faire ses yeux de biche coiffée comme Charlotte aux fraises à Raphaël ?
-J'suis en dehors de cette histoire, décrète Prisc.
-Damodar et elle ont rompu, ce matin, clarifié-je.
-Ouais, cette nuit, plutôt, corrige Prisc.
-Ouuh, c'est une rapide, votre copine ! commente ma sœur en s'asseyant sur notre table-basse. J'ai de grands espoirs pour elle !
-Dommage qu'ils soient pas cousins, raille Prisc.
-Elle a encore deux-trois trucs à apprendre, » concède Blanchet avec un petit haussement d'épaule.
Prisc éclate de rire puisque elle approuve complètement les desseins de vengeances de ma sœur. J'allais lui demander combien de temps elle comptait encore se servir de Karim pour faire payer à Joshua quand je repère Brian qui s'avance vers nous, dans le dos de Blanchet. L'approche de Brian me fait penser à Alain pour une raison qui m'échappe, peut-être parce qu'ils font tous deux parties de ma vie sentimentale désastreuse de diverses façons, et ma gorge se bloque. Blanchet le regarde venir s'appuyer au dossier du canapé et elle me lance un regard perplexe qui veut clairement « c'est qui, ce beau blond, et pourquoi tu m'as pas dit qu'il te tournait autour ? ». Je roule des yeux en sa direction avant de les lever vers lui qui me réserve son sourire charmeur habituel.
« Ca va, Brian ? m'enquis-je, par politesse.
-Comme toujours, ma belle, répond-il. C'est juste que t'avais pas l'air bien, hier, et que Prisc n'a pas voulu me dire pourquoi…
-T'es son cavalier pour le bal, cow-boy, pas son copain, minaude Priscilla avec un clin d'œil.
-T'es le cavalier de ma sœur, blondinet ? » lui lance Blanchet en se repositionnant sur la table-basse pour mieux le toiser de ses yeux d'aigle. Elle me lance un rapide coup d'œil de reproche parce que je ne lui ai pas dit et je jure intérieurement. Génial. « Depuis quand ?
-Blanchet ! interviens-je, outrée.
-Oui, j'le suis, répond Brian avec un grand sourire. Et je suis un très gentil garçon.
-C'est vrai donc le mords pas tout de suite, Blanche, se marre Prisc.
-J'ai encore mon commentaire composé de Botanique à faire, lancé-je en me levant rapidement du canapé. Faut que j'aille à la bibliothèque ! »
J'ignore la myriade de protestations qui suit mon annonce et fuis sans plus de subtilité avant que Blanchet me dissèque sur place, et que Priscilla ne l'encourage avec ses insinuations et que Brian… bref.
