Hello les filles :)

Merci pour toutes vos reviews et votre fidélité ! On espère que vous allez tous bien... Espérons que la suite vous plaise.

Bonne lecture,

Coralie : Nous non plus on reçoit plus les notifications des chapitres... c'est bizarre... Oui Ailein a mis des batons dans les roues de keir mais bon faut la comprendre aussi, elle veut protéger blanchet des frasques de son frère. Merci de ta fidélité coco !


Chapitre 22


Je contemple mes cheveux bruns relevés en un chignon si sophistiqué que je me demande comment Blanchet a réussi ce prodige, laissant mon cou dégagé. Puis mon regard bleu descend sur le tissu saumon de ma robe cintré jusqu'à ma taille avant d'onduler délicatement jusqu'à la hauteur de mes genoux. Je ris en songeant à l'après-midi où Kelly nous a embarquées dans une longue virée pour trouver nos robes de demoiselles d'honneur, Flo, bien entendu, Ailein, Blanchet et moi. Il y avait aussi ma marraine Edwige, Denise, Louis et la belle-mère de Kelly, Hakiko, qui ne l'ont pas quittée tout au long de l'organisation du mariage. Blanchet n'a pas cessé d'essayer de me convaincre de choisir une robe avec un décolleté plongeant plutôt que le col droit qui couvre en cet instant mes clavicules et mes épaules mais je suis contente d'avoir campé mes positions car j'aime beaucoup ma robe. Non seulement, nous sommes le 3 janvier et je suis bien heureuse d'être un tant soit peu couverte et, ensuite, c'est un mariage et celle qui doit attirer tous les regards est Kelly, pas ses demoiselles d'honneur. Et, de toute façon, même si on essayait, je doute qu'on arriverait à lui faire de l'ombre. Elle est absolument époustouflante dans sa robe de mariée au buste en dentelle délicate soutenue par deux petites manches qui couvrent seulement ses épaules, et sa longue jupe en tulle maculées qui accompagne chacun de ses pas. Quand elle avançait vers l'autel, le voile posé sur sa belle cheveux blonde laissés détachés, pas un seul regard ne l'a quitté.

Et puis, Flo nous aurait tué si on avait essayé de supplanter Kelly. Parce que Florence Quinn a beau être une fille adorable et d'apparence inoffensive, je ne donne pas cher de la peau de la personne qui gâcherait le plus beau jour de la vie de sa meilleure amie de toujours. Si Kelly ne nous avais pas tuées elle-même, avant.

« Kell a vraiment bien choisi ses demoiselles d'honneur, j'la reconnais bien là, » fait Blanchet en se réappliquant une couche de gloss sur ses lèvres charnues dans le miroir des toilettes du restaurant, lieu de réception du mariage. Ses mèches noires sont attachés elles aussi en un chignon mais plus lâche que le mien, et sa robe de la même couleur rose saumon que la mienne lui scie à merveille. Elle est cependant plus moulante que la mienne et soutenue par une seule et épaisse bretelle en travers de son épaule gauche, surmontée d'un gros nœud en soie. « On est de loin les filles les plus canons de la réception !

-Kelly est la plus belle, la contredis-je et elle fait la moue, agacée. Et puis, il y a quand même d'autres filles qui…

-Tu trahis le clan des demoiselles d'honneur ! On est les plus sexy avec, admettons, la mariée ! Crois-moi, tous les mecs veulent se faire les demoiselles d'honneur, pas les autres boudins de la salle ! »

Je secoue la tête, amusée, alors que ma sœur range son tube de gloss dans sa pochette noire. La porte s'ouvre sur deux femmes de la famille de Shino. La plus âgée des deux jette un regard désapprobateur aux low-boots en cuir aux talons vertigineux de Blanchet avant de lancer une remarque en japonais à sa camarade qui opine du menton et elles vont s'enfermer dans deux cabines.

« Peau de vaches ! commente Blanchet bien fort avant de m'assurer avec un petit sourire satisfait. Tu vois, toutes jalouses !

-Elles ont au moins cinquante ans, Blanche…, soufflé-je.

-Justement ! On est jeunes et magnifiques ! Et c'est bien connu que les asiatiques sont hyper-jalouses des occidentales qui sont les plus belles femmes du Monde ! La preuve, y'en a pleins qui se débrident les yeux ! »

Je décide d'ignorer ce discours ouvertement raciste et on sort toutes deux des toilettes pour regagner la salle principale de la réception que l'on a fini de décoré, il y a quelques jours. Les tableaux et photos que ma mère et Louis ont accrochés un peu partout donnent au lieu un air indubitablement unique qui a charmé Kelly. Elle a eu une véritable crise de joie en voyant la salle une fois finie, baignée dans l'atmosphère mystérieuse et sombre des tableaux de ma mère et nos plus beaux souvenirs de famille. Mélange peu orthodoxe.

« J'suis à côté d'un couple de jap franchement ennuyant à cause de Keir, grogne ma sœur, visiblement pas pressée de retourner à sa place. J'y crois pas qu'il m'ait fait ça ! »

C'est vrai que c'est étrange qu'il soit passé à côté de l'occasion de s'assoir à côté de Blanchet que lui avait fourni Kelly sur un plateau d'argent. Qui n'a été une surprise pour personne, tout le monde aurait pu le prévoir. Comme il était certain que je serai à côté d'Alain et de Prisc. Prisc qui me fait proprement la gueule depuis qu'elle s'est réveillée dans les bras de Roger, il y a trois jours, le 1er janvier. Avec qui elle a couché, fait qu'elle m'a beuglé au visage sitôt qu'elle se soit rhabillée et m'ait trainée hors de la maison d'Anthony. Selon elle, je n'aurais jamais dû céder à son envie de voir Roger puisqu'il était « évident » que c'était l'alcool qui parlait. Je me suis excusée tout en lui disant que j'en avais assez de la voir si triste et que je pensais bien faire. Elle est partie en furie avec pour dernière phrase : « Si jamais je suis enceinte de ce connard, c'est toi qui élève le gosse ! ». Alors, autant dire que je ne suis pas plus pressée que ma sœur d'aller retrouver ma chaise.

« Je suis quand même contente que ça aille mieux entre lui et toi, je suis fière des efforts que tu fais avec lui, dis-je à ma sœur.

-Ouais, bah tu peux te les fourrer où je pense, tes efforts, c'est terminé ! »

Et, avec ça, elle s'en va vers sa table à laquelle je vois Ailein et Jack flirter à qui mieux-mieux. Je baisse les yeux sur mes petits escarpins blancs en soupirant. Pourquoi toutes les relations doivent-elles être toutes aussi compliquées ? Blanchet et Keir, Roger et Priscilla… Damodar et Sam, avant… Alain et moi qui sommes… indéterminés.

Si seulement Cupidon descendait pour nous donner deux-trois conseils, aux mariages, pour qu'on répare nos erreurs et qu'on évite de les répéter. Ou seulement pour nous dire s'il vaut la peine d'essayer d'attraper ce fameux bouquet. Ca éviterait à bien des femmes de se fouler la cheville dans cette dangereuse entreprise. Ou de signer des papiers de divorce. Je grimace en relevant le regard et je me force à me diriger vers ma table où Alain et Priscilla papotent, sachant qu'elle va m'ignorer à la seconde où je reprendrai ma chaise entre eux deux.

Et moi qui pensais que la déprime des mariages était un mythe…

xOxOxO

« Non, j'veux pas de dessert. Déjà que j'ai perdu ma dignité récemment, je vais pas redevenir grosse, en plus. »

Un blanc tombe et Moira s'excuse, comme si elle avait dit quelque chose de mal et non, simplement proposé avec un sourire adorable de servir ma meilleure amie. Je lance un sourire apaisant à Moira tandis que Greg s'exclame qu'il veut bien une part de gâteau et je me tourne vers Prisc pour lui jeter un coup d'œil accusateur. Elle me le rend bien, armé de ses yeux les plus foudroyants qu'elle a en stock, mais je me sens cette fois-ci bien plus énervée que coupable. Ce n'est pas parce qu'elle m'en veut qu'elle doit s'en prendre à Moira et à tous ceux qui osent lui adresser la parole !

« Qu'est-ce qui y'a, Scar ? gronde-t-elle. Attends donc que je finisse cette bouteille avant de m'emmener dans le lit de mon ex ! »

Je me retiens de lui faire remarquer que, d'après ce qu'elle m'a dit, c'était juste un tapis et non, le lit de Roger puisque nous étions chez Anthony, ce qui rend tout ce scénario impossible. Mais comme je suis déjà bien trop embarrassée qu'elle en parle devant toute la table qui –heureusement- ne prête plus attention à sa mauvaise humeur, je garde ma langue bien rangée tout au fond de ma gorge. Et je la regarde se resservir en vin.

Moira repose mon assiette qu'elle a garnie d'une part de gâteau qui m'a l'air délicieuse et je repousse toute mes idées noires pour sourire à la rouquine qui me fait face.

« Merci, Moy.

-Il est TROOOP bon, vas-y, goûte-le, Scar ! m'encourage Greg, la bouche pleine.

-Je confirme. »

Je me tourne vers mon voisin de gauche et croise ses yeux gris qui ne loupe pas d'emballer mon cœur. J'étais très mal à l'aise quand j'ai pris place à côté de lui, surtout en ayant Prisc à ma droite, plus que hostile à mon égard. Mais bien vite la tension s'est dissipée au cours du repas parce que, bien sûr, Alain est toujours aussi gentil qu'à son habitude. Il me sourit de son sourire large et entier, et mon humeur que Prisc vient de marteler se relève.

« Enfin, ma part est dé-li-cieu-se…, poursuit-il. P't-être que la tienne l'est moins, attends voir… »

Je ris alors qu'il plante sa cuillère dans ma part jadis, intacte, et en découpe une bonne partie pour l'engouffrer dans sa bouche. L'appétit mythique des Quinn.

« Merlin ! s'exclame-t-il. Mais c'est qu'c'est meilleur, dans ton assiette, en plus ! »

Et la manie de parler, la bouche pleine. Est-ce normal que ça me donne envie de l'embrasser ? Pas sûr.

« Putain, frérot, c'est vraiment la technique de drague la plus naze que j'ai jamais vu ! lâche Greg en riant et je pique un fard monstre.

-M'a coupé l'appétit, grogne Prisc.

-T'avais déjà refusé du gâteau, lui rappelé-je.

-J't'ai pas parlé, ex-meilleure-amie. »

C'est ce qu'il m'avait aussi semblé, en effet.

xOxOxO

Elle rit fort et amuse toute la réception, inventant des pas de danse extravagants, avec Greg et deux petits garçons que je ne connais pas mais je n'arrive pas à m'en réjouir. Tout ce que je vois, c'est que ça fait maintenant la onzième fois qu'elle doit se rattraper à quelqu'un pour ne pas tomber et que, de temps en temps, elle arrête de danser et grimace soudainement, comme si une vilaine pensée faisait son apparition dans son cerveau englué par l'alcool. Et je ne peux rien y faire.

« Je ne savais pas que Prisc buvait autant. Déjà, au nouvel an…

-Kelly ! » m'écrié-je en la voyant s'assoir à côté de moi. Le regard fixé sur la piste de danse où je l'ai vu danser avec énergie avec Florence et Jack, il n'y a pas cinq minutes, elle arrange désormais la tulle superbement brodée de sa robe éclatante. « Je n'ai pas encore eu l'occasion de te le dire mais ton mariage est très réussi !

-N'est-ce pas ? se réjouit-elle en souriant. J'ai les femmes les plus incroyables du moooonde dans mon équipe, c'est pour ça ! Notre famille est top, tu trouves pas ? Regarde-les… »

Tonton Kyle saute comme un illuminé autour de ma marraine et d'Amélia, qui sont écroulées de rire tandis que Greg entraine Moira par la main en plein centre de la piste. Shino est lancé dans une discussion animée avec Scorpius et Rose mais aussi son désormais beau-père, Julian qui tient sa femme, Denise dans les bras qui elle-même tient sa fille, Simone. Je vois aussi avec le plus grand étonnement mon père, plié de rire, à sa table avec Calum McFarlan, autour d'une bouteille de whisky qui doit très certainement sortir tout droit des contrées des Highlands pour qu'un McFarlan daigne y toucher. Et avec un étonnement encore plus marqué, je repère ma mère qui danse avec mon oncle Louis et qui sont d'ailleurs, au moment où je les regarde, rejoints par Tonton Kyle-Kangourou.

« Si, elle est top » approuvé-je en souriant à Kelly.

Elle me regarde, un instant, puis attrape les pinces de mon chignon et le défait. Je la laisse faire, intriguée, tandis que mes longs cheveux me retombent sur mes épaules et dans le dos. Elle arrange une mèche derrière mon oreille et me confie :

« Je te préfère les cheveux détachés, t'es carrément canon, comme ça, ma puce !

-C'était le chignon de Blanche, elle va te tuer quand elle saura que c'est toi qui l'a défait, rié-je en rougissant face au compliment. Mais merci, Kell…

-Comme si ta sale petite peste de frangine me faisait peur ! plaisante-t-elle avant de reprendre son sérieux. Tu sais, Scarlie, t'as pas à avoir peur de tenter ta chance avec Al, je vois pas comment il pourrait te refuser quoique ce soit… et crois-moi, y'a rien de mieux que d'avoir trouvé l'homme de sa vie. Le laisse pas s'échapper ! »

Et son grand regard chocolat me transmet l'infini de sa sincérité. Je suis tentée de lui dire que j'ai été à la foire avec Alain mais je ne saurais même pas comment définir où on est, lui et moi. Elle a toujours cru qu'on était comme prédestiné, je ne veux pas lui donner de faux-espoirs. Ni à moi. Alors, je me contente de hocher de la tête et elle m'embrasse la joue avant de s'en aller vers la table de ses beaux-parents, Eric et Hakiko, entourés d'autres membres de leur famille.

Je me lève moi aussi et me dirige vers Priscilla qui danse toute seule, tournant sur elle-même se calant à lente cadence de la musique qui a pris le relais des autres, bien plus rythmées. Dès qu'elle me voit, elle m'attire dans ses bras et on devient un couple supplémentaire parmi la foule d'autres qui profitent du morceau pour un petit slow. Je vois d'ailleurs Alain danser avec Moira et je souris tandis que Priscilla me sert contre elle. Elle me dépasse d'une demi-tête alors qu'elle est pieds nus –je me demande où sont passés ses talons aiguilles…- et que je suis, moi, par contre, chaussés de petits escarpins.

« J'suis désolée de t'avoir fait la tronche, Scarlounette…

-C'est pas grave, Prisc, la rassuré-je.

-J'savais très bien ce que j'faisais avec lui, poursuit-elle. J'tais pas si bourrée qu'ça…

-Je sais…

-J'avais vraiment envie d'le voir…

-Je sais, Prisc… »

Elle soupire et je lui souris. On continue à se déplacer en rythme et je croise le regard d'Alain. On échange un sourire et je repense aux paroles de Kelly. L'homme de ma vie. Faut-il croire une femme qui s'est mariée en début d'après-midi ?

« On peut aller le revoir, dis, Lilounette ? »

Je ris alors qu'elle baisse son regard plein d'espoir sur moi.

« Et si on attendait la rentrée, Prisc, t'es d'accord ? »

xOxOxO

Je passe la porte d'entrée qui débouche sur la rue de la bourgade anglaise du restaurant qui abrite la réception de Kelly, grâce aux tuyaux de ma marraine. Un groupe d'adolescents de mon âge passe bruyamment sur le trottoir enneigé d'en face et je fixe les mégots embrasés qui brillent dans leurs mains, illuminant un peu la pénombre de la nuit. La lumière qui s'échappe par les vitres de la devanture projette mon ombre élargie par mon épais manteau sur la chaussée. Il est quatre heures moins le quart et les festivités se poursuivent à l'intérieur, bien qu'un bon tiers des convives piquent du nez ou sont déjà assoupis sur les tables et les fauteuils. Le reste fait vibrer le parquet de la piste de danse et entonne les refrains des musiques qui défilent avec un enthousiasme constant. Beaucoup ont bu leur quota d'alcool. D'autres sont aussi déjà partis, comme Keir qui a été d'une sombre humeur, toute la journée, mais aussi Denise qui est partie coucher Simone, et d'autres parents aux enfants un peu trop jeunes pour tenir une nuit blanche.

Ma respiration dessinant des arabesques de vapeur dans l'air glacial, je lève le menton vers les étoiles qui brillent sur l'infini noir du ciel. Et souris. Le calme de la nuit est un soulagement après les basses assourdissantes qui percutent les tympans sans pitié.

J'entends la porte s'ouvrir derrière moi et je me retourne avant que mon cœur accueille le nouveau venu comme il se doit. Avec un tonnerre de palpitations désordonnées. Le temps que la porte se referme derrière lui, Alain finit d'enfiler sa veste gris anthracite par-dessus sa chemise bleu clair. Il a fait fi de la cravate mais sinon, on le croirait prêt pour un rendez-vous archi-professionnel dans la city londonienne. Et Merlin que ça lui va bien ! Une bourrasque fait voler quelques flocons blancs dans ses cheveux bruns et il me lance un sourire. Je me demande un instant si son but est de faire trembler mes jambes et que mes escarpins blancs glissent sur le verglas du trottoir. Mais Alain est bien trop gentil pour ça, il est juste naturellement irrésistible, je suppose. Ou alors, c'est juste moi ?

« Besoin d'air frais ? » me demande-t-il, en enfonçant ses mains dans son pantalon en toile du même gris que sa veste. Il s'avance tranquillement vers moi et je fixe ses yeux gris. « C'est vrai qu'il fait une chaleur de dingue là-dedans !

-En fait, non, je voulais juste sortir un peu, avoué-je en lui souriant. Sans raison précise.

-Scarlett Rossi est très mystérieuse, en fait… »

J'acquiesce en riant. Sachant que je lui ai caché près d'un an les sentiments que j'avais pour lui, on peut dire ça, je suppose ! Il se poste juste à côté de moi alors qu'une voiture passe devant nous un peu trop rapidement, à mon humble avis, compte tenu de la fatigue qu'aspire une telle heure de la nuit, la pénombre et l'état glissant des routes. Je me retourne vers lui.

« Au fait, repris-je en essayant de ne pas céder à la nervosité que me provoque notre proximité. Ta soirée de nouvel an s'est bien passée ? On n'a pas trop pu parler…

-T'étais avec Paul et Brian.

-Oui, admis-je avec un peu d'étonnement, inspectant l'expression de son beau visage. Et tu étais avec des amis à toi…

-C'est vrai, fait-il en souriant à nouveau. Et ouais, ça s'est bien passé, ça va ! Une grosse soirée comme les autres, quoi. Et toi ? J'ai cru entendre qu'avec Priscilla…

-Oui, répondé-je à l'allusion en riant, assez embarrassée. C'était une soirée plutôt compliquée. »

Je lui épargne le détail que j'ai dû fuir Brian, le plus clair de la soirée, avec, heureusement, la précieuse aide de Paul.

Il hoche du menton et jette un regard du côté de la devanture du restaurant, observant certainement ce qui se passe à l'intérieur. Il se passe une main sur sa mâchoire et son menton parfaitement rasé tandis que son autre main reste au fond de sa poche de pantalon, et je comprends qu'il ressent la même anxiété que la mienne. Parce qu'il va bien falloir de parler de ce rencard et de ces baisers… le tout est de savoir ce qu'il s'apprête à me dire. Je déglutis mais décide de conclure cette histoire moi-même. Pas d'envol sans le grand saut, pas vrai ?

« Alain, l'appelé-je et il retourne son regard gris vers moi. On… »

Mais comment on demande un truc pareil ? J'essaye de me souvenir la façon dont Paul m'a demandé de sortir avec lui, l'année dernière, après notre premier rencard. Mais, pas moyen. Je regarde le sourire d'Alain grandir d'amusement et il répète :

« On ? »

Je ris et passe une main un peu fébrile dans mes cheveux. Il fait un dernier pas vers moi et penche légèrement la tête pour m'observer. Je décide de changer ma formulation.

« Quand tu m'as embrassée à la fête foraine, ça voulait dire quoi ?

-Qu'est-ce que tu voulais que ça veuille dire ? » fait-il d'un ton malicieux.

Je lui frappe le torse, entre l'amusement et l'agacement. Il me regarde en souriant un instant puis baisse son visage pour m'embrasser avec simplicité et tendresse. Ses lèvres restent contre les miennes juste le temps d'infimes secondes mais c'est amplement suffisant pour que tous mes organes partent en fusion. Et mes doigts se nouent à sa ceinture en cuir d'eux-mêmes pour l'empêcher de reculer ou revenir en arrière.

« J'ai pas de réponses beaucoup plus claires, Scar…

-On va faire avec, alors, » rié-je.

Et cette fois-ci, c'est moi qui l'embrasse.