Coucouuuu tout le monde !
Alors, je vous préviens, ça va peut-être vous faire bizarre mais moi, Chloé, je suis passée à l'italique plutôt que le gras pour les dialogues, je sais que c'est une lubie bizarre mais je préfère ! J'espère que ça ne va pas trop déranger votre lecture ^^
Coralie : Ah bah fallait bien que ça arrive ! XD Il y aura en effet des tensions, tu vas pouvoir voir ça dans ce chapitre, mais je ne pense pas que ce sera de la façon dont tu l'imaginais... Bisouus, ma poule !
Chapitre 26 :
"Tout est de ma faute, se désole Moira en papillonnant ses paupières sur ses larmes qui coulent lentement, Si Keir est renvoyé, c'est à cause de moi...
-Non, ma puce, bien sûr que non, réffuté-je doucement. C'est ton grand-frère et cette fille te traitait injustement, s'il l'avait laissée faire, il aurait été complice. Ok..., admetté-je en songeant en grimaçant à sa sanction, il y avait des solutions bien plus judicieuses, mais il l'a fait à sa façon. Et tu dois être fière de lui, au contraire.
-Fière ?"
J'ai le bras autour de ses épaules et de mon autre main, je lui frotte gentiment le bras. La grande-salle est en effervescence, tout autour de nous, relatant les faits d'aujourd'hui -d'ailleurs, juste à côté de nous Priscilla, Sam, Paul, Brian et Damodar sont plongés dans une intense conversation. C'est exceptionnel qu'un élève se fasse renvoyer, même pour seulement une semaine. Le directeur Londubat est une personne très clément, et il est bien rare qu'il ne punisse gravement quelqu'un. Mais avec toutes les frasques de Keir, il fallait bien que ça arrive un jour. Que ce soit à cause du mauvais coup qu'il a préparé à Angela, la persécutrice de Moira, c'est plutôt accessoire. C'est le plus pur des hasards et Moira n'a aucune raison de culpabiliser, même si je sais bien que c'est plus fort qu'elle, personne n'a forcé Keir à prendre sa défense. Et d'ailleurs, s'il doit être renvoyé, j'aime autant que ce soit pour ça. Ce n'est pas pour rien, c'est pour Moira. J'adresse donc un sourire rassurant à ma petite rouquine préférée.
"Oui, parce qu'il n'est pas resté sans rien faire, Angela n'avait aucun droit de te traiter de la sorte et ça lui servira de leçon.
-Il va me manquer...
-A moi aussi, Moy, mais il reviendra, ne t'en..."
J'entends mon prénom être prononcé distinctement dans mon dos et je laisse ma phrase en suspens, dressant l'oreille.
"Ah oui, Scarlett Rossi ! s'exclame une voix. La frangine de Blanchet !
-Ouais, la p'tite brune coincée !"
Je jette un coup d'œil par-dessus mon épaule et remarque que les voix qui parlent de moi proviennent d'un petit groupe de filles que je reconnais être de mon année, et qui sont assises à la table de Gryffondor. Je fronce des sourcils, étonnée d'être le sujet de leur conversation, je ne suis pourtant pas...
"Elle fait la gentille, t'sais, mais en vrai, wow, c'est la dernière des salopes !
-Ah ouais, pourquoi ?!
-Elle a piqué le copain d'Adé !
-Quoi, Alain ? Non, t'es sérieuse ?!
-Ouais, ouais, y'a plus de morale de nos jours, plus d'amour-propre non plus d'ailleurs... parce que c'est évident qu'Alain en a rien à carrer d'elle ! C'est juste pour se remettre de sa rupture avec Adé, il était tellement accro d'elle...
-Tu parles, ouais, ces deux-là... c'est pour la vie, de toute façon, ça se voit, ils vont se remettre ensemble..."
Mon coeur bat à tout rompre et mes mains tremblent un peu. Alors, je serre les poings et les posent contre ma jupe sous la table, et j'essaye de regagner mon calme. Surtout quand je me rends compte que Moira a sûrement elle aussi entendu la plupart de ces propos et qu'elle me fixe avec inquiétude. Je force un sourire et le rends sincère en quelques secondes, mais elle continue de m'observer comme si l'on venait de me gifler juste sous ses yeux.
"Scar..., commence-t-elle.
-Ca va, c'est rien, lui assuré-je.
-Mais...
-Les filles, les filles !"
Greg bondit sur le banc en face de nous et c'est avec soulagement que je vois les yeux horrifiés de Moira se déloger les miens pour s'intéresser à notre grand arrivant.
"Alors, vous êtes les premières à qui je l'annonce mais j'ai largué Angela !
-Oh non..., soupire Moira avec une nouvelle vague de culpabilité.
-Eh, lui rappelé-je, c'est une bonne nouvelle. Greg méritait mieux qu'une fille qui ne pouvait pas accepter sa meilleure amie de toujours, tu crois pas ?
-Ouais, grave ! assure Greg, Scar a trop raison ! Rien ne peut nous séparer, de toute façon !"
Et Moira retrouve son adorable sourire.
Ce que j'avais pris pour une discussion tout à fait épisodique résonne à mes oreilles en fond où que j'aille, depuis ce midi. Toute l'après-midi, entre les cours et pendant, j'entends mon couple être décortiqué parfois par des parfaits inconnus, et parfois par des camarades à qui je n'ai jamais rien fait. Quand je croise leur regard, leur jugement est moqueur dans les leurs et je sais comment ça marche. Oh, je sais. Prisc a connu ça pendant des années. Des gens qui crachaient sur son apparence en se riant du mal que ça pouvait bien lui faire.
Je me répète inlassablement qu'ils parlent de moi parce qu'ils n'ont pas de meilleurs sujets, sous la main ; qu'ils ne me connaissent pas, qu'ils ne peuvent pas connaître les vrais sentiments d'Alain ; mais c'est entêtant. Et même quand ils se taisent, je les entends encore. En boucle, dans ma tête. Alain s'en fout complet d'elle, c'est juste pour essayer d'oublier Adélaïde. Encore et encore. Scarlett est si pathétique, ça me fait pitié, pauvre fille. Et ça n'arrête pas.
Même maintenant que je suis avec Sam et Raphaël, en attendant que la sonnerie sonne pour notre dernière heure, je les entends. Ils sont loin pourtant, mais ils parlent fort quand je passe. Sam fait mine de rien, mais je vois bien qu'elle est gênée, que ça lui rappelle les propres rumeurs qui circulaient à son sujet, il n'y a pas si longtemps, et qu'elle a envie de fuir. Ça se ressent à la façon dont elle évite mon regard, mais traque tous les autres dans le couloirs, les suspectant de murmurer des insultes à mon égard.
"Je vais aux toilettes, prétexté-je alors, je vous rejoins en cours.
-D'acc, d'acc !"
Et sa jovialité est bien trop accentuée pour sonner juste mais je comprends son malaise. Le cauchemar venait de prendre fin pour elle et voilà que ça recommence à cause de moi. Je m'en vais, répondant comme je peux à son sourire surdimensionner qui m'arrache presque une grimace, et je m'en vais en évitant soigneusement d'écouter ce qu'on a à dire sur mon passage. Nerveusement, je me passe une main dans mes cheveux, désirant plus que tout accélérer le temps parce que j'ai conscience que ça ne va pas durer. Au bout de quelques jours, ils se lasseront.
Je tourne à droite au bout du couloir pour me rendre dans les toilettes de Mimi Geignarde. Je pourrais m'asperger le visage et m'éclaircir les esprits, me calmer les nerfs, sans avoir à croiser qui que ce soit là-bas. Mais Roger et Prisc avancent vers moi, clairement sur le chemin pour notre dernier cours de la journée. Ils ne se tiennent pas par la main mais leurs mains se frôlent, et je souris à les voir à nouveau proches.
"Scarlie ! me lance ma meilleure amie avec surprise, mais tu vas où, ma chérie ? On a Sortilèges !
-Je vais aux toilettes avant, lui appris-je.
-Oh bah je vais t'accompagner ! On a encore le..."
Mais un couple passe à côté de nous, assez proche pour qu'on entende la fille lâcher à son copain "ouais c'est elle, quelle pute", en nous regardant. Priscilla se tourne automatiquement sur elle comme une lionne prêté à fondre sur eux pour leur arracher la gorge et, gênée, je lui attrape la main pour la retenir.
"Ohh ! T'as dit quoi ? Eh, meuf, je te parle !" s'énerve-t-elle.
Mais le couple a accéléré le pas, tout en lançant des petits regards par-dessus l'épaule à Priscilla comme si elle était folle, et ma meilleure amie se retourne vers moi avec un air incrédule.
"Pourquoi elle m'a insultée, cette connasse ? Je la connais même pas ! Tu la connais ?
-Non, répondis-je, mais c'était pour moi, pas pour toi.
-Pour toi ? rétorque-t-elle en me regardant de haut en bas comme si j'étais un alien. Pourquoi elle te traiterait de pute ?!
-Je..., commencé-je avant d'avouer, je sais pas. C'est en rapport avec Alain et... aussi, Adélaïde.
-Tu déconnes, là ?
-Mais qu'est-ce que t'as fait ? me demande Roger avec perplexité. Ils avaient rompu avant que tu sortes avec lui !"
J'essaye de trouver quoi répondre mais je suis bien incapable de lui expliquer. Peut-être que j'ai brisé un couple, ou que j'entrave leur réunion, ou que je n'aurais jamais dû sortir avec l'ex d'une autre fille que je connais plutôt bien, surtout quand il parait évident pour tout le monde qu'Alain ne l'a quittée que pour mieux la retrouver. Il ne m'a après tout jamais prétendue le contraire. Les larmes me montent aux yeux et je secoue la tête, en me traitant d'idiote. Je ne vais pas pleurer en plein couloir, non. Au même moment, la sonnerie retentit et j'en profite pour tousser un peu, et reprendre contenance.
"Allez, viens, ma chérie, me dit Priscilla en enroulant un bras autour de mon cou, on va finir cette journée."
"Il caille, là, non ? me dit-il en baissant le menton vers moi pour me regarder frissonner un peu, t'as pas froid, tu préfères pas qu'on rentre ?
-Non, on est bien ici."
Je lui souris avant de reporter mes yeux devant moi sur le soleil qui décline dans le ciel embrasé. Le vent tourbillonne autour de nous, froid mais indolore, et son fracas contre les rempares du château pousse un peu mes pensées grises et noires au fond de mon cerveau. A la fin du dîner, Alain est venu me voir, s'inquiétant de ne pas m'avoir vue de la journée, ce qui est assez vrai. Avec tous les bruits qui m'ont accompagné, aujourd'hui, je ne pensais pas supporter d'être avec lui et de faire comme si de rien n'était. Mais en fait, sa présence me réconforte un peu parce que je connais Alain, peut-être pas aussi bien que lorsque nous avions douze ans et que nous étions inséparables, mais assez bien quand même pour savoir que je ne suis pas rien pour lui. Sans doute aime-t-il encore Adélaïde mais ce ne sont pas vraiment mes affaires, et je n'ai jamais eu le courage de lui poser la question, donc si c'est le cas, je n'ai à prendre qu'à moi-même, mais, au moins, il tient à moi. Il ne m'a jamais fait de promesses, après tout.
Alors, ça me fait du bien d'être avec lui. Il voulait qu'on aille à la bibliothèque, ou dans une de nos salles-communes, mais je lui ai plutôt proposé qu'on aille à la tour d'Astronomie pour regarder le coucher de soleil. Je savais qu'il n'y aurait personne. Fort heureusement, il semble ignorer que notre relation fait tout un foin en ce moment, comme il ignore les milles choses dites sur nous, et c'est mieux ainsi. Autant que ça dure, ça ne sert à rien qu'il ne l'apprenne, à part remuer le couteau dans la plaie.
"Ca va ? T'as l'air fatiguée...
-Oui, assez, avoué-je en hochant la tête avec un sourire, mais je vais bien dormir ce soir, au moins !"
Gros mensonge. Je ne vais certainement pas bien dormir. Je reporte les yeux sur le soleil qui se cache derrière la forêt interdite, en bas, et Alain me sert un peu contre lui en embrassant ma tempe. Tout va bien, me rassuré-je en sentant mon cœur se serrer, tout va très bien. Je pose ma joue contre son épaule un petit moment et souffle lentement en fixant l'horizon qui s'assombrit. Tout va bien, c'est le cours des choses. Ça arrive, c'est comme ça, mais tout va bien. Le soleil se couche, le soleil se lève, les amours vont et viennent, et qu'est-ce qu'on y peut ? J'aurais essayé, c'est le principal. Tout va bien, Scar, arrête d'y penser.
Mais ça ne marche pas, j'ai la trachée qui brûle et brûle, et j'ai envie de pleurer, et je ne tremble pas seulement à cause du froid. Ça fait plus mal que je ne l'aurais imaginé, à vrai dire. Il y a des mots, des questions qui grattent ma gorge et qui me supplient de sortir, d'en avoir le cœur net, d'arrêter cette torture. Une voix qui siffle, cogne ; A quoi bon persister, espèce d'idiote ? Dis lui, qu'il puisse tout te confirmer ! Je n'en sais rien mais je persisterais. L'ignorance est une bénédiction, et le doute, parfois c'est l'espoir -dans mon cas, en tout cas. On a rien sans rien, pas de bonheur sans peine, pas de chance sans coups du sort, pas de victoire sans déception. Au bout du compte, ça ira, ça ira. Ça ne sert à rien d'essayer si on n'y croit pas un minimum, de toute façon.
"Ça va être bientôt le couvre-feu, dis-je alors, on a qu'à rentrer, c'est vrai qu'il fait froid !
-Ah, j'espérais que tu le dises !"
"Alors, quoi, c'est toi, la méchante ?"
Je m'applique à me brosser les cheveux avant ma douche. Je ne le fais jamais, parce que mes cheveux sont naturellement lisses, simplement ondulés, et c'est complètement inutile, mes cheveux n'ont plus aucun nœud mais le contact des dents de ma brosse contre mon cuir chevelu m'apaise, alors ça fait cinq minutes que je continue mon petit manège dans la salle de bain. Priscilla est avec moi, parfaitement indignée de la situation, et je sais bien qu'elle a envie de tous les tuer mais vraiment, ça ne changerait rien. Sam, quant à elle, est assise sur le rebord de la baignoire, bien silencieuse mais je ne fais aucun commentaire.
"Je n'arrive pas à croire qu'il lance des rumeurs sur toi, comme si t'étais une fille qui..
-C'est pas des rumeurs quand c'est la vérité, contré-je.
-La vérité ?! En quoi, c'est la vérité ? Y'a rien de vrai, là-dedans ! Vas-y, dis-moi ce qui est vrai ? Tu lui as fait à quoi à Adélaïde, sérieusement ? Remettons les choses, en place, s'il-te-plait ! En troisième année, c'était de toi dont il était fou amoureux donc s'il est à quelqu'un, c'est à toi, si jamais elle vient...
-Adélaïde ne m'a jamais rien dit, Prisc ! m'exclamé-je, les nerfs à fleur de peau. C'est pas elle qui...
-Ouais, c'est ça, ouais ! ironie-t-elle, furieuse, je suis sûre qu'elle s'est plainte à ses copines, et voilà maintenant, tout le monde prend sa défense comme si t'étais le monstre de son existence ! Ouais, bah t'inquiète pas, ma poule, t'inquiète pas !"
Je ris un peu de son soutien illimité, malgré le poids qui se réaffirme dans mon estomac à chaque seconde que l'on continue à parler de ça, ça me touche qu'elle soit prête à me défendre contre tout Poudlard s'il le faut. J'aimerais autant qu'elle n'assassine pas verbalement le premier qui ferait un commentaire sur la situation, mais c'est réconfortant. Pas surprenant, bien sûr, Priscilla ne m'a jamais laissée tomber, après tout.
"V'pouvez vous la fermer ?! nous beugle alors Bevin du dortoir. Les connasses de votre genre l'ouvrent beaucoup, j'trouve !
-Toi, tu la fermes ! lui hurle en réponse Priscilla.
-Non, j'me la fermerais pas, pétasse ! Vous trois, vous êtes des putain d'salopes, qui kiffent piquer les mecs des copines ! Rossi a que c'qu'elle mérite, faut arrêter de chouiner !
-Viens là pour nous le dire en face ! Je vais t'expliquer la vie, sale petite...
-Prisc, l'arrêté-je en allant fermer la porte moi-même. Ca ne sert à rien de t'énerver avec elle...
-Et puis depuis quand, Adélaïde est ta pote ? enchaine-t-elle avec un air exagérément intriguée. Genre, t'es sa coéquipière en potion et comme par magie, tu lui dois soudainement quelque chose ! Et pourquoi personne dit rien à Al, hein ? Tout ça parce que c'est un mec, alors rien n'est de sa faute ? Pourquoi c'est toi qui prend tout alors que t'as RIEN fait ?!"
Le dos contre la porte, mes mains tremblent à nouveau. Celle contre la poignée, et celle qui tient ma brosse.J'ai la gorge si étriquée que je suis bien incapable de répondre à sa rafale de questions chargées de poudre à canon.
"Et pourquoi tu dis rien toi ?! s'emporte-t-elle en se tournant vers Sam. Qui t'a défendue tout du long quand t'étais... ?
-Priscilla ! la coupé-je. Arrête !
-Non, j'arrêterais pas, Scar ! C'est injuste !
-La vie est injuste, ok ?! crié-je soudainement avant de me calmer presque instantanément, on n'y peut rien, je vais quand même pas me battre contre tout Poudlard quand je suis même pas sure qui a raison.
-Scar... tu dois pas les croire."
La colère de Priscilla est complètement retombée et je lis clairement dans ses yeux à quel point elle est réellement triste pour moi. Ce n'est pas si grave, pourtant, on a connu pire. J'avale difficilement ma salive mais tout est bloquée, et je sais bien que je vais pleurer. Elle s'avance vers moi et pose ses deux mains sur mes épaules pour me regarder de ses grands yeux noirs, combatifs, toujours.
"Et moi, je vais me battre, hors de question qu'ils te traitent comme ça, me promet-elle. Tu étais là avec moi quand on se foutait de moi, et je serais là pour toi.
-Moi aussi, je suis là, ajoute Sam timidement.
-Je sais, Sam, ne t'inquiète pas, répondis-je en m'obligeant à sourire. Je veux juste... je veux juste prendre une douche, d'accord ? Vraiment, ça va, les filles."
Elles ne me croient pas, mais Sam est soulagée que je prétende que tout va bien, tandis que Priscilla soupire de lassitude. Toujours est-il qu'elles quittent toutes deux la salle-de-bain alors je peux poser ma brosse à cheveux et me déshabiller pour entrer dans la douche.
J'active le jet d'eau à pleine puissance et, enfin, enfin, je peux pleurer sans provoquer une avalanche. Les larmes qui s'échappent enfin de mes yeux me font du bien, ils étaient si lourds et irrités que ça soulage tellement, mais les sanglots... les sanglots me font un mal de chien. C'est si ironique, si représentatif de ce que je ressens. Je suis enfin avec Alain, et c'est tellement inespéré, mais c'est voué à l'échec, au fond de moi, ça prend patiemment son allure d'évidence. Le côté doux-amer de la situation ne fait que redoubler l'intensité de mes pleurs mais la douche efface tout, le bruit, les larmes.
Je me demande ce que me dirait Keir. S'il continuerait de m'assurer que j'ai gagné, que je suis avec Alain et, vraiment, n'est-ce pas la seule chose qui compte ? Arriverait-il à trouver une façon d'alléger la situation, de même peut-être rire de tout ce qu'on dit sur moi ? Il me dirait surement que je n'ai jamais été aussi intéressante que maintenant. Peut-être arriverait-il même à me convaincre que je me suis bien battue. Mais il n'est pas là, et c'est forcément un signe. C'est quand même grâce à lui qu'Alain s'est à nouveau intéressé un tant soit peu à moi, même si ce n'est qu'en tant de candidate parfaite pour un petit amour pansement, c'est mieux que rien.
C'est mieux que rien, c'est mieux que rien.
Je porte alors mes deux mains sur ma bouche pour attraper dans mes paumes les sanglots qui s'aggravent. Merlin, bien sûr, bien sûr que c'est tellement pire que rien.
