Biiiiien le bonjour, mes amis !
Bon, alors, comment amener ça... vous voyez des boulets ? en plus gros, et plus lourds, et plus nazes ? Bah, c'est nous ahah ! On faisait un petit tour par nostalgie sur notre profil quand -BAM !- on a remarqué qu'on n'avait pas publié la fin de cette histoire. Se trouvant qu'elle date un peu -come nous, hmhm-, ça n'aurait pas fait grande différence mais vous êtes tellement formidables que certains d'entre vous, d'irréductibles gaulois, semblent encore attendre la suite, donc... l'appel du devoir !
Bref, on a farfouillé dans nos dossiers et effectivement, on l'avait fini cette histoire -ahah, nous sommes les pires, ahah. Bon, la fin n'est pas bien loin non plus, donc on va vous publier les derniers chapitres. Sans plus attendre, ou je sens qu'on va tous mourir de vieillesse d'un moment à l'autre, le voici, le voilà, le chapitre suivant !
Chapitre 30
Je me promenais dans le parc avec Moira en l'aidant à réviser son prochain examen de Métamorphose quand une tornade brune fonce alors sur nous, balayant le givre de l'herbe sur son passage. Et il s'agit de nulle autre que ma grande sœur qui est dans l'une de ses crises de furie. J'ai beaucoup de peine pour la fille qui l'a mise dans cet état.
"Tu vas pas croire ce que Keir m'a fait !" s'exclame-t-elle.
Ah oui, c'est vrai que maintenant que Keir est revenu, il semble le suspect idéal pour avoir causé une telle colère chez Blanchet.
"Enfin, cette petite espionne rousse doit déjà tout avoir dit ! s'énerve Blanchet en baissant un regard accusateur sur Moira, ce sale morveux de Greg sait pas tenir sa langue !
-Non, Blanchet, j'ai rien dit ! Je te jure !
-Blanchet, qu'est-ce qui s'est passé ? lui demandé-je.
-Il m'a littéralement jetée ! s'indigne-t-elle, le souffle encombrée par l'énervement, Je suis allée le voir, dans un sentiment de paix, de profond magnanisme !
-Magnanimité, la repris-je.
-Oh c'est pas le moment, Scar ! Donc je suis allée le voir et une chose en entraînant une autre, je l'ai embrassé !
-Une chose en entraînant une autre ? souligné-je en riant, d'accord !"
Elle me lance un regard puissament sévère et j'échange discrètement un coup d'œil amusé avec Moira qui cache ses rires dans ses gants. Il n'y a bien que Blanchet pour venir nous annoncer qu'elle a décidé d'enterrer la hache de guerre avec son ennemi juré slash prétendant résolu en scellant la trêve par un baiser que j'imagine très facilement passionné, connaissant la façon dont ma sœur aime accomplir les choses. Ca ne m'étonne pas réellement, à vrai dire, à la manière dont Keir avait de l'atteindre autant par sa présence que par son absence, il ne pouvait pas la laisser indifférente.
"Je suis heureuse que vous vous soyez réconciliés, lui dis-je.
-Sœur indigne ! Tu écoutes quand je cause ?! Il m'a tèj ! Il m'a repoussée si fort que j'ai failli me vautrer sur la table !
-Quelle table ? s'enquit Moira.
-On était dans la bibliothèque et je me suis assise sur lui, lui explique-t-elle, et ton espèce de furoncle de frère s'est levé en m'éjectant ! Il a de la chance que j'ai pas de bleus ! Tiens, va lui dire ! Dis-lui que si jamais j'ai un bleu demain, il est mort !
-D'accord !"
Blanchet serre les bras sur sa poitrine et regarde Moira partir rapidement vers le château. Quand elle reporte ses yeux pour moi, j'ai encore le rire au bord des lèvres et elle grince :
"Qu'est-ce qui te fait glousser comme une dinde ?!
-Vous deux ! m'écrié-je en secouant la tête, vous êtes tellement... identiques sur certains points.
-Euh, excuse-moi mais depuis quand tu m'insultes, Scarlett ?
-Je suis sérieuse. Il a passé tout ce temps à te pourchasser de manière si agressive qu'on aurait dit une course de dragon, et toi... la première chose que tu fais en comprenant qu'il te plait c'est aller lui sauter dessus à la bibliothèque."
Avec une petite moue, elle m'observe avant de rouler les yeux dans ses orbites, en bougonnant quelque chose sur ma science infuse et mon air miss-je-sais-tout.
"Pourquoi n'irais-tu pas plutôt lui parler ? proposé-je. Pour lui expliquer que tu as appris à le connaître et que tu as aimé ce que tu as découvert chez lui.
-Parce que c'est affreusement cucul-la-praline ?
-Peut-être, consenté-je, mais tu n'atterrirais pas sur une table."
Elle semble réfléchir à mon idée et l'envisager réellement avant de pousser un soupir déchirant qui lance une volute de vapeur d'eau dans l'air de février. Elle va s'assoir sur le banc qui était à côté de nous et je l'y rejoins, avant de m'inquiéter :
"Qu'est-ce qu'il y a ?
-C'est tellement... déroutant. Les mecs... ils ne sont jamais ce qu'ils font style d'être. Joshua me disait tous les jours qu'il m'aimait, que j'étais la femme de sa vie et il m'offrait des cadeaux superbes, mais... c'était surement pour cacher qu'il me faisait cocul avec cinq autres pouffiasses. Et tu te souviens de Rémi ? Mickaël ? Phill ? Exactement les mêmes. Je ne sais même pas si je croyais vraiment leurs promesses.
-Et Keir ? demandé-je doucement.
-Au vernissage de Maman, tu sais, pendant les vacances ? Il était tellement gentil et drôle, il avait l'air vraiment sincère, et je me suis dit que... peut-être que c'était l'inverse avec lui. Qu'il faisait le connard alors qu'il n'en était pas un. Je ne sais plus quoi croire, Scar."
Silencieusement, j'observe ma grande soeur qui attend, désespérée, que je lui donne toutes les réponses et malheureusement, je ne peux pas; Je ne suis pas Keir, et je ne suis pas non plus sa grande confidente, mais, oui, au fond de moi, je suis quasiment certaine qu'il l'aime. Et je ne pense pas qu'il n'ait jamais voulu jeter le trouble sur la situation, seulement voilà nous sommes pas tous des professionnels quand il s'agit de ce long chemin tortueux qu'est l'amour. Il est caillouteux, fait des zigzagues, monte et descend, et une colline peut cacher un ravin ; quand on décide de foncer, c'est bien souvent à nos risques et périls. Mais le voyage en vaut la peine, et on peut y survivre si on sait freiner à temps quand on comprend que tout est perdu. Tout ce qui compte c'est de ne pas avoir rebroussé chemin trop tôt.
Et Blanchet a toujours rêvé du grand amour, celui avec le A tout en courbe et élégance, celui dont la pointe ne pique plus. Elle a été bien assez déçue, et bien assez mentie, elle mérite qu'on l'aime vraiment.
"Alors, demande-lui, lui dis-je fermement, et si la réponse te convient, alors, là tu peux l'embrasser. Je suis sûre qu'il ne te repoussera pas deux fois.
-Oh, ça ! J'embrasserais plus jamais cette bouse de dragon !"
Elle se lève d'un bond, rejette ses longs cheveux noirs qu'elle a pour une fois détaché et me lance un clin d'oeil malicieux qui contredit parfaitement sa dernière affirmation, avant de s'en aller.
"Embrasse-le de ma part ! lui lancé-je en riant.
-VA TE FAIRE !"
"Ok, rentre bien, Scar, me souhaite-t-il, A demain.
-Oui, à demain, bonne ronde !"
Il soupire, blasé à l'avance à l'idée de devoir passer une heure à tourner dans les couloirs pour vérifier qu'aucun élève ne transgresse le couvre-feu, et je l'embrasse pour retourner vers Prisc, Sam et Roger qui m'attendent pour rentrer à nos quartiers Poufsouffle. Nous avons passé toute la soirée tous les cinq entourés de nos devoirs, à la bibliothèque, mais la bibliothécaire nous a tous congédiés à l'approche du couvre-feu.
"Alors, vous êtes à nouveau ensemble ?! demande Sam à Roger et Priscilla qui se tiennent par la main tandis qu'on marche, on veut savoir !"
Roger et Priscilla échangent un regard pour décider quoi répondre mais manifestement c'est assez évident pour l'un comme pour l'autre puisqu'ils finissent très rapidement par sourire.
"Oui, enfin ! annonce alors Roger.
-OHHHH ! se réjouit Sam en me prenant par le bras, t'entends ça, Scarlounette ?! Enfin, nos efforts sont récompensés !
-Comme si vous aviez fait quoique ce soit ! ironise Prisc.
-Oh bah, on était quand même de bonnes Pompom Girls, lui rappelé-je.
-Exact ! Donnez-moi un R, donnez-moi un O, donnez moi un G, se met à chanter Sam en bondissant à mes côtés, donnez...
-J'crois que l'idée est assez claire, marmonne Prisc tandis que Roger est plié de rire.
-On va pouvoir s'organiser un triple mariage ! imagine Sam, l'air rêveuse, moi avec Raphi, toi avec Rogie et Scar avec Al ! Je vous avais bien dit que notre année se finirait bien !
-De une, l'année n'est pas finie, contre Prisc, et de deux, c'est avec Damodar que tu nous bassinais !
-Des détails, ça, des détails !"
Prisc me lance un regard exaspéré et je ris à leurs chamailleries, alors qu'on arrive à la porte d'entrée de notre salle-commune.
"N'empêche que t'as rien dit à propos du triple mariage ! lui rappelle Sam en lui tirant la langue.
-Parce qu'il fallait vraiment que je relève ?"
Non, pas vraiment, en effet. Si Prisc est bien loin d'imaginer se marier avec Roger même pour plaisanter, Al et moi sommes à des années lumières, à l'heure actuelle. Au moins, on a passé la Saint-Valentin. Les rumeurs se sont nettement calmées et je pense que leur orage d'intérêt pour nous s'est envolé ailleurs, semer la tempête et la discorde dans un autre couple. Prisc a supposé que ça a grandement aidé que je ne réagisse pas à leurs piques et provocations, et qu'ils se sont lassés de ma passivité. Mais le problème c'est que Blanchet avait raison, au fond les bruits qui couraient à mon sujet n'avaient pas grande importance, c'était la vérité qu'ils traînaient avec eux qui m'a touchée. Plus personne n'en parle à présent mais, bien malgré mes efforts acharnés, je n'ai rien oublié de ce qu'ils disaient.
Il y a toujours le même taux de chance qu'Alain soit encore attaché et amoureux d'Adélaïde, encore la même possibilité qu'il n'arrive jamais à passer à autre chose et que je sois juste un amour pansement. Si tel est le cas, peut-être qu'il finira par l'oublier et par tomber amoureux de moi, ou alors il rompera. Et même si la douleur est entêtante et que l'anticipation ne s'en va jamais bien loin, je préfère garder espoir plutôt qu'abandonner. Ce sera dur dans les deux cas, alors autant essayer jusqu'au bout.
Des exclamations sévères me tirent de mes idées noires alors qu'on s'installait sur l'un des canapés près du feu, aux côtés de Brian, Paul et Damodar, et je me retourne pour voir Maria, la préfète de notre maison, engueuler Keir. Alertée par la vue de la bouteille de whisky dans ses mains, je décide de me lever et d'aller voir ce qui se passe.
"Si tu refuses de me donner cette bouteille, alors je serais contrainte de te dénoncer au directeur et il te renverra encore ! Et cette fois, ce sera sûrement définitif !
-Fais-toi plaiz, Weasmoche ! lâche-t-il en buvant une nouvelle rasade au goulot.
-Très bien, je...
-Attends, Maria ! intervins-je en trottinant vers eux. S'il-te-plait, ne fais pas ça ! Il est seulement à quelques mois de passer ses ASPICS...
-Je sais bien, Scarlett ! Mais il ne fait que m'insulter et me cracher dessus, il veut rien entendre ! Je peux pas le laisser se bourrer la gueule, c'est moi qui aurais des ennuis !"
J'observe avec inquiétude Keir qui nous ignore totalement et se balance sur sa chaise, à deux doigts de tomber à chaque poussée. Il a les yeux ravagés par un tourbillon d'émotions, et la mine sombre qui va avec. Il a la tête de quelqu'un qui veut foncer dans le mur rien que pour s'assommer et avoir la paix pendant quelques minutes.
"Je m'en occupe, Maria, je te promets que tu n'auras aucun problème... Je l'emmène dans son dortoir, il va juste... pas très bien.
-D'accord... mais il est collé ce week-end, samedi et dimanche.
-Merci, Maria," lui répondé-je avec un sourire.
Elle se passe les mains dans ses cheveux roux, lançant un dernier coup d'œil à Keir qui la nargue de sa chaise, et je me penche vers lui pour qu'il me regarde.
"La p'tite Scarlett à ma rescousse... c'est-y pas mignon tout plein, ça ! Ton mec s'rait fière d'toi !
-Et si on allait dans ton dortoir, Keir ? proposé-je, tu seras plus tranquille...
-Ah j'vais p't-être pas lui raconter ça, par contre, il kifferait moyen..."
Je lève les yeux au plafond et lui attrape son bras libre pour l'inviter à se lever. Etrangement, il ne résiste pas trop et consent à me suivre, même s'il continue de boire son whiksy sur le chemin. Nos camarades nous observent bizarrement, et j'imagine d'ici les nouvelles rumeurs sur Keir et moi qui vont naître demain. Je décide en refermant la porte de son dortoir, tandis qu'il va se vautrer sur son lit, que je m'en fiche complètement. Je suis vaccinée des rumeurs, ils peuvent bien raconter tout ce qu'ils veulent, ils ne pourront jamais faire pire que raconter à tous les quatre coins de Poudlard qu'Alain est toujours fou amoureux d'Adélaïde pour que je l'entende du matin au soir.
"T'en veux ? me propose-t-il en m'indiquant la bouteille de whiksy.
-C'est tentant mais une autre fois, plaisanté-je avant de demander sérieusement, qu'est-ce qui se passe, Keir ?
-Qu'se passe toujours ?! Ta putain de frangine."
Ce n'est pas une grande surprise alors je hoche la tête et vais m'asseoir sur son lit. Je ne me risque pas à lui piquer la bouteille des mains, sachant qu'il deviendrait très certainement agressif et ça ne servirait pas à grand-chose.
"Qu'elle s'foute de ma gueule, ok, rit-il jaune, j'ai l'habitude mais pas comme ça ! Elle sait pas comment ça fait mal, putain ! Comment ça.. ça va pas s'passer comme ça, ça va pas se..."
Il serre si fort les dents que je les entends grincer et il se relève, porte la bouteille de whiksy à la bouche et la bascule en arrière, bien décidé à la finir cul-sec, visiblement. Prise d'un moment de panique, je sursaute et la lui prends des mains aussi vite que je le peux. De grosses giclées tombent sur son uniforme mais, honnêtement, je préfère que ses vêtements puent l'alcool plutôt qu'il se finisse une bouteille entière en moins de dix minutes. J'ai l'impression de revoir Priscilla quand elle n'allait pas bien, et je reconnais ce besoin viscéral d'échapper à la réalité.
Je le vois s'apprêter à s'énerver mais je lève une main vers lui pour le calmer.
"Laisse-moi en un peu," lui dis-je avec un sourire.
Je prends une petite goulée pour refroidir ses ardeurs et le goût amer et brûlant du whiksy m'enserre la gorge, et je grimace avec dégoût. Mais au moins, il se laisse retomber dans son lit en se moquant de mon manque d'entrainement.
"Alors, c'est bon ?
-Délicieux, ironisé-je, t'avais pas plutôt du kir ou du panaché ?
-J't'avais pas prévue à la fête !
-Bah pourquoi ? demandé-je. C'est pas très sympa...
-J'suis pas sympa..."
J'aimerais aborder à nouveau le sujet Blanchet, lui dire qu'aller l'embrasser sans introduction n'était pas un plan machiavélique pour se venger de tous les mauvais coups que Keir a pu lui faire subir mais juste une manière assez bancale de tenter un nouveau départ. J'aimerais lui raconter toute la complexité de ma grande sœur, combien elle est fantastique et bien plus sensible qu'il n'y paraît, et qu'elle veut vraiment lui laisser une chance. Et que s'il ne sait pas à quoi s'attendre avec elle, elle ne sait pas plus à quoi s'attendre avec lui.
Mais il est bien trop ivre et en colère pour ça, et si je veux que tout ça s'arrange, alors il faut empêcher Keir de se faire virer définitivement de Poudlard.
Et ça ne va pas être simple.
Je laisse rapidement tomber sur la première table de libre qui se présente tous les livres que j'ai pu trouver sur les cycles lunaires et leurs diverses influences sur la flore magique d'Amérique du Sud. Notre prof de botanique a littéralement pété une crise ce matin, à cause de l'agitation de la classe, et elle nous a à tous assignés une dissertation, sur deux mètres de parchemin minimum, pour demain, première heure. Toute notre classe est légèrement en panique, Sam et Prisc sont en pleine discussion avec des Septième Années pour savoir s'ils ne peuvent pas nous donner des pistes.
Je m'assois et m'attache les cheveux en un chignon vite fait, avant d'attraper le plus petit des livres qui concerne les lianes violettes de Caracas, et l'ouvre à la page du sommaire.
"Pourquoi tu m'as rien dit ?!"
Je sursaute en voyant que c'est Alain qui est apparu brusquement juste à côté de ma chaise et s'appuie à ma table. Il est particulièrement énervé et son regard gris m'épingle sur place, accusateur. N'ayant pas du tout l'habitude de le voir comme ça, je reste un peu trop longtemps à le regarder sans savoir comment réagir et, manifestement, ça ne fait qu'empirer son humeur.
"Scarlett ! Je te parle !
-Oui ! m'écrié-je avant qu'il ne se mette complètement à crier, je t'écoute ! C'est juste que je ne sais pas...
-Tu sais très bien de quoi je veux parler."
Le reproche ne pourrait pas être plus évident dans sa voix et, en effet, j'ai bien une idée. J'imagine que c'était impossible à prévenir, il fallait bien que ça lui arrive aux oreilles, un jour ou l'autre. J'espérais contre toute vraisemblance que ça puisse passer entre les mailles du filet mais, non, on va devoir avoir cette conversation. L'appréhension me fait déjà trembler les mains, et il tapote avec impatience le dossier de ma chaise, en me disant qu'il préférerait qu'on continue cette discussion hors de la bibliothèque. Tant qu'à faire, c'est aussi ce que je préfère. Les pires conclusions de cette conversation forment déjà une longue ronde dans ma tête, et si elles peuvent se faire sans un public bien trop enthousiaste pour ma santé mentale, c'est mieux.
Je referme mon livre et laisse mes affaires sur ma table, même si je doute que je serais capable de me concentrer à nouveau après ça. Avec cette sensation d'avancer vers l'abattoire, je marche vers la sortie de la bibliothèque. Une fois dans le couloir, je lui fais face en me triturant les mains et comme je n'ai absolument aucune idée pour justifier notre situation, je préfère le laisser lancer les hostilités. Il me toise du regard, hésitant sous quel angle attaquer, et se passe une main dans les cheveux de frustration.
"Je n'arrive pas à croire que tu m'aies rien dit, fait-il alors, d'ailleurs, est-ce que tu me l'aurais dit un jour ?"
Je baisse les yeux, mon cœur battant si fort dans ma poitrine que je suis bien étonnée d'être en capacité d'entendre un seul mot qu'il prononce.
"Ok, donc ça veut dire non, comprend-il.
-A quoi ça aurait bien pu servir que tu le saches ? finis-je par lâcher avec emportement, Ils n'auraient pas arrêté pour autant !
-Je leur aurais dit d'aller se faire foutre !
-Ah bon ? le défié-je, en me sentant partir en morceaux, et comment t'aurais fait ça ? Tu les entendais pas. Qui te l'a dit ?"
Un ange passe, nous frigorifiant, et je me doute bien qu'il ne sait pas quoi répondre. A vrai dire, je ne veux pas qu'il réponde, je ne veux pas qu'on en parle. Je veux qu'il oublie tout ça, je pourrais essayer d'en faire autant.
"Gregory," lâche-t-il alors.
Je détourne les yeux, observe le couloir dans lequel on se trouve. C'est un bien sinistre endroit pour rompre. Bien impersonnel, et à l'écho retentissant.
"Scar, je comprends pas..."
Il vient se placer juste en face de moi et je suis bien obligée de le regarder à nouveau. Je n'en ai aucune envie parce que je sens déjà les larmes monter et quand il est si proche, et qu'il est si conscient de la situation, quand il sait tout, c'est tellement plus dur de les retenir, d'empêcher mes lèvres de trembler. De garder tout ça au fond de moi et de me maîtriser.
"Si tu les as cru, alors pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Parce que... Parce que... c'est pas de ta faute ! m'exclamé-je, au bout de mes réserves, Et te parler de ça revenait à t'accuser de... tellement de choses, de te mettre au pied du mur, et j'avais précisément pas envie d'avoir cette conversation. Mais c'est trop tard, maintenant.
-De me mettre au pied du mur ? Scar, je ne serais jamais sorti avec toi si j'aimais encore Adélaïde ! s'exclame-t-il, Ca faisait longtemps qu'on n'était plus un vrai couple, même avant notre rupture, et c'est moi qui voulais t'inviter au bal, je te rappelle, et... tu crois que je t'aurais fait ça ? Non, Scar, je t'aurais jamais fait ça."
Je le dévisage, voulant lui demander s'il est bien sûr, que ce ne serait pas grave s'il ressentait encore quelque chose pour elle, que c'était naturel mais désormais que nous étions devant le fait accompli, autant qu'il me dise la vérité. Même si ça fait horriblement mal, même si je pleure comme une madeleine. Mais je vais pleurer de toute façon, je pleure déjà et je recule un peu parce que c'est soudainement dur de respirer. Seulement, il m'attire contre lui, me bloquant dans ses bras, le visage contre son torse et je me mets à pleurer encore plus fort.
"Je vais pas rompre avec toi, ok ? me souffle-t-il dans mes cheveux, parce que je veux que ça marche, et que je veux être avec toi mais faut que tu me dises quand il y a quelque chose qui ne va pas, sinon je peux rien faire. Et, Merlin, je déteste te voir pleurer !"
Et j'aimerais bien pouvoir arrêter, surtout que c'est idiot, je n'ai plus aucune raison de pleurer mais il faut que ça sorte. Pour la première fois depuis des jours, je me sens libérée, il n'y a plus de poids dans mon ventre et de doutes persistants dans ma tête. Je ne pensais pas que c'était possible que tout s'en aille comme ça, en une seule conversation, et pourtant.
"Ces géraniums font méga flipper ! s'exclame Sam, Ils vivent 40 ans en moyenne ! Et ils bouffent des singes !
-Fais voir, demande Prisc en se penchant vers elle pour voir la page, s'tu veux mon avis, c'est pas des géranium...
-Ah si, si, j'suis quasiment sûre que si !"
Prisc lui pique carrément le livre pour le lire elle-même, et pendant ce temps, je lis le chapitre sur des arbres dont les feuilles deviennent argentées à la lumière de la lune. Ça fait à peu près une heure qu'Alain est parti, il avait cours de Métamorphose et avec toutes ses histoires, il est sûrement arrivé avec pas loin d'un quart d'heure de retard. Je m'en veux assez de m'être mise dans un état pareil, j'ai conscience de ne pas lui avoir rendu la tâche très facile et il avait raison, il fallait qu'on en parle. Ce n'était pas une partie de plaisir, c'est le cas de le dire, mais je suis soulagée que ce soit derrière nous.
"Donc c'est vraiment arrangé avec Al, maintenant ? me demande Prisc.
-Ca n'allait pas mal, à proprement parler, protesté-je.
-Enfin, tu t'attendais à ce qu'il te plaque, j'sais pas comment t'appelles ça...
-Ok... peut-être que ça n'allait pas super bien, concédé-je en secouant la tête, mais oui, ça va mieux maintenant. Si on omet le fait que je lui ai pleuré dessus pendant vingt minutes...
-Eh, c'est ton copain ! si tu dois pleurer sur quelqu'un, c'est sur lui !"
Je ris à sa logique et me dis qu'elle a sans doute raison ! Même si je préférerais que ça n'arrive pas à nouveau avant quelques temps ! J'en ai encore les yeux lourds comme des boules de bowling, ce qui n'est franchement pas très agréable.
"Tiens, regarde-moi qui revient..., roucoule Prisc.
-Salut, les filles !"
Je me retourne avec surprise pour voir Alain qui marche vers nous avec un mug fumant dans les mains. Je ne m'attendais pas à ce qu'il revienne, une fois sa journée finie ! Éberluée et un sourire émerveillé aux lèvres, je le regarde s'asseoir juste à côté de moi et me mettre son mug qui sent bon le chocolat chaud dans les mains.
"Je me suis dit que ça te donnerait des forces!
-Oh, merci !
-Ah, Al, soupire Priscilla en s'accoudant sur la table pour le regarder, j'vois qu'on sait faire rêver les filles..."
Il pose son bras sur mon dossier et rigole en posant ses beaux yeux sur moi comme pour me demander mon avis.
"Il est assez doué," accordé-je.
Et moi, je suis carrément douée pour les euphémismes !
