Disclamer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni l'histoire

Titre : Long Shadows

Auteur : Cithara

Traducteur : Ange Phoenix

Résumé : Le jour de l'anniversaire de la chute de Voldemort, Severus avait séduit Harry et l'avait entrainé pour passer une nuit en sa compagnie. Peu de temps après, il avait quitté le pays, décidant d'embrasser sa liberté retrouvée. Des années plus tard, il était retourné en Angleterre et avait découvert qu'il avait laissé derrière lui plus qu'il n'aurait pu l'imaginer. Aujourd'hui, alors qu'il devait expier ses erreurs, Severus devait essayer de gagner une place dans la vie d'Harry et prouver qu'il en était digne.

Bêta : Ange Phoenix

Autorisation : J'ai l'autorisation de traduire toutes ses fanfictions

Note : h.t.t.p.s : / / discord . gg / zFp2PHTxDR


Long Shadows


Chapitre 9


Severus n'aurait jamais pensé que Bill Weasley finirait par être l'une de ses personnes préférées, mais le destin était une étrange créature et il avait décidé de ne pas le contredire. Sans l'intervention de Bill, Severus était sûr que Draco ne l'aurait jamais aidé et que Harry serait resté indéfiniment en colère contre lui.

En fait, Bill avait convaincu Draco d'emmener Severus chez Harry quelques jours plus tard et Severus s'était retrouvé sur le pas de la porte de Harry, attendant nerveusement que la porte s'ouvre. Il savait, presque à coup sûr, que s'il était venu seul, la porte lui aurait été claquée au nez. Il connaissait suffisamment le caractère de Harry pour savoir qu'il ne se calmerait pas rapidement.

En effet, la mine renfrognée de Harry lorsqu'il ouvrit la porte indiquait clairement ce que l'homme ressentait, et cela n'avait pas encouragé Severus. Il se mit debout, légèrement derrière Draco, et se tut.

« Cet idiot, » dit Draco en tournant la tête vers Severus, « a des excuses à te présenter. »

Severus aurait bien aimé jeter un sort à son horrible ancien élève, mais réalisant que cela ne servirait pas sa cause, il s'en était sagement abstenu.

« Et il a besoin d'une baby-sitter pour les faire, n'est-ce pas ? » demanda Harry, l'expression dure.

« Appelle ça un chaperon. Quelqu'un qui s'assure qu'il ne fasse pas d'autres bêtises », confirma Draco, et Severus compta jusqu'à dix dans sa tête pour empêcher sa main de se diriger vers sa baguette.

« Combien de fois penses-tu que je vais continuer à t'ouvrir ma porte ? » demanda Harry, dirigeant sa question par-dessus l'épaule de Draco vers Severus.

Severus secoua la tête et dit : « Si j'étais toi, je ne l'aurais pas ouverte la première fois. Je n'ai rien fait pour mériter ta bonne volonté et je semble déterminé à la saboter à chaque fois. Je ne t'en voudrais pas si tu me disais de ne plus jamais franchir le seuil de ta porte, mais j'espère que tu ne le feras pas. »

Harry soupira et roula des yeux, puis s'écarta en disant : « Je suis au milieu d'un travail très difficile, donc je n'ai pas beaucoup de temps. »

« Ne t'inquiète pas », répondit Draco, alors qu'ils entraient dans la maison, « Je l'emmènerai bien assez tôt ».

« Drake, pourquoi n'irais-tu pas te servir un verre, tu l'as probablement mérité après l'avoir écouté », proposa Harry d'un ton sombre, et Draco gloussa d'amusement.

Avec eux deux, personne ne pouvait rien savoir.

« Toi, » dit Harry en pointant un doigt vers Severus, « viens avec moi. »

Severus suivit Harry jusqu'à l'atelier dans la cave, ses paumes se crispant au fur et à mesure. Il en avait assez d'avoir l'impression d'être un écolier indiscipliné amené devant le directeur, mais il savait que cette situation n'était que de son fait.

Harry s'assit contre son établi et regarda Severus pendant quelques instants, son expression reflétant sa pensée sans pour autant être aussi furieuse qu'auparavant.

« Tu sais vraiment comment foutre les choses en l'air, n'est-ce pas ? » finit-il par dire, et Severus ne put s'empêcher de rire.

« C'est une de mes spécialités », répondit sèchement Severus.

« C'est impressionnant, vraiment. »

« Et est-ce que j'ai tout foutu en l'air cette fois-ci ? » demanda Severus avec hésitation.

« Une partie de moi a envie de dire oui, » dit Harry, et Severus savait qu'il le pensait vraiment. « Je suis tellement en colère contre toi que j'ai du mal à réfléchir correctement. »

« Tu as tous les droits de l'être. »

« Je n'ai pas besoin de ton approbation pour être en colère », répliqua Harry, et Severus hocha la tête d'un air contrit. « Je ne sais pas ce que tu attends de moi. Tu es si déroutant que j'ai l'impression de tourner en rond la moitié du temps. D'abord, tu dis que tu veux te rapprocher de Josh et je te laisse passer du temps avec lui. Ensuite, tu décides que ma vie privée te regarde, que tu as le droit de savoir qui je fréquente ou non et tu te comportes comme si tu étais presque... jaloux. »

« J'étais jaloux, » dit Severus avant de pouvoir s'en empêcher. L'honnêteté ne lui venait pas naturellement, mais quelque chose chez Harry semblait la faire ressortir.

« Tu n'avais aucun droit de l'être. »

« Je sais », dit Severus à voix basse. « J'ai perdu tout droit de l'être il y a bien longtemps, mais je ne peux pas m'empêcher de ressentir ce que je ressens. Ce n'est pas rationnel. »

« Tu n'es pas rationnel », réplique Harry. « Rien de ce que tu fais n'a le moindre sens. »

« Je sais », dit Severus avec un soupir. « Je regarde mon propre comportement et je me reconnais à peine. Je te dois des excuses. »

« Tu me dois bien plus que ça. »

« Que veux-tu que je te dise, Harry ? »

« Pourquoi est-ce que je dois être celui qui a toutes les réponses ? C'est toi qui n'arrêtes pas de tout gâcher, c'est toi qui n'arrêtes pas de dire qu'il faut faire amende honorable ! »

« Je sais », dit Severus en levant les mains en signe de défaite. « Harry, je n'ai jamais présenté d'excuses à personne pour quoi que ce soit dans ma vie. Je ne me suis jamais soucié de savoir qui je blessais et j'ai toujours tout fait pour mon propre intérêt. Je suis un homme égoïste et amer qui n'a pas l'habitude de rendre des comptes à qui que ce soit. »

« C'est une évaluation assez précise de tes défauts », confirma Harry, croisant ses bras sur sa poitrine.

« Est-ce que j'ai des qualités rédemptrices ? » se risqua à demander Severus.

« Je te ferai savoir si j'en trouve », répondit Harry d'un ton acerbe.

Il y avait eu un silence pendant un moment et Severus savait qu'il ne faisait pas un travail adéquat pour cette réconciliation. Il devait commencer ce qu'il avait eu l'intention de faire, prouver à Harry qu'il était sincère.

« Je ne suis pas un homme gentil, Harry. Je crains de ne pas être un homme bon non plus », avoua-t-il, peiné par son propre aveu. « Je voudrais essayer de l'être cependant et je dois commencer par m'excuser de tout mon cœur auprès de toi. Je n'avais pas le droit de te dire ce que je t'ai dit l'autre jour et j'ai honte de l'avoir fait. Je suis désolé de m'être immiscé dans ta vie privée et je suis encore plus désolé d'être la raison de ta situation actuelle. Je — »

« Arrête », dit Harry en levant une main. « Si tu t'excuses encore une fois, ma tête va exploser. Je n'ai pas envie de ressasser le passé, je n'ai pas envie de remuer les vieilles blessures, ça ne sert à rien. »

Il se frotta les yeux, puis se passa une main dans les cheveux en signe de frustration. Il leva les yeux vers Severus, avec le même regard que Severus avait vu l'homme porter lorsqu'il essayait de résoudre une équation particulièrement délicate.

« Écoute, » dit finalement Harry, « c'est une sacrée situation et je ne pense pas qu'on puisse s'en sortir autrement qu'en travaillant ensemble. Josh tient à toi et, malgré mes doutes, je crois que tu tiens à lui. C'est la chose la plus importante. Si nous pouvons mettre nos différences de côté et nous concentrer sur lui, ce sera la meilleure chose. »

Severus hocha la tête et dit : « Et nous ? »

« Et nous ? » interrogea Harry en fronçant les sourcils, sa posture devenant défensive.

« Nous étions... mieux l'un avec l'autre, n'est-ce pas ? Jusqu'à ce que je te contrarie, bien sûr. »

Harry haussa les épaules et répondit : « Nous devons avancer, pour le bien de Josh. Nous sommes ses parents, nous lui devons d'être courtois. »

Courtois, ça fait un peu mal. Tu espérais quelque chose de plus que de la courtoisie, n'est-ce pas ?

Ce qu'il voulait ou ne voulait pas n'était pas pertinent. Il n'avait aucun droit d'espérer quoi que ce soit et il allait devoir apprendre à danser au rythme du tambour de Harry à partir de maintenant.

Harry jeta un coup d'œil à l'horloge et dit : « On va chercher Josh à l'école ? Il sera ravi de te voir. »

« Qu'est-ce que tu lui as raconté pour ces derniers jours ? » demanda Severus.

« Que tu étais malade » dit Harry. « Je savais que tu reviendrais », avoua-t-il en se dirigeant vers les escaliers.

Ce que Harry n'avait pas dit, mais que Severus avait entendu haut et fort, c'était : « Je savais que tu reviendrais, et je savais que je te laisserais revenir. »

Cette pensée était plus réconfortante que Severus ne l'aurait imaginé.


« Merde », siffla Severus lorsque la potion devant lui devint turquoise. C'était, malheureusement, la réaction à laquelle il s'attendait, mais pas celle qu'il espérait.

Quelque part, il s'était trompé, et il le savait, mais trouver l'erreur commise pourrait devenir un problème. Il regarda ses notes, essayant de voir s'il pouvait repérer l'anomalie.

« Oh là là, c'est devenu bleu alors ? » dit Harry en rentrant dans la salle de travail, deux tasses de café à la main.

« Pas bleu, turquoise », dit Severus, résistant à l'envie de jeter parterre l'ensemble de l'établi. Il accepta la tasse de café de Harry d'un signe de tête et jeta un regard noir à la potion abîmée.

Harry se tenait à côté de lui, une main posée sur le dossier de la chaise de Severus, l'autre serrant sa tasse contre sa poitrine. Il jeta un coup d'œil à la concoction grésillante et inquiétante, puis jeta un coup d'œil aux notes de Severus.

« Tu n'as pas les bons rapports » dit-il en posant sa tasse sur l'établi et en désignant un endroit dans les notes de Severus.

« Impossible », dit Severus, résistant à l'envie de se moquer. Qu'est-ce que Harry pouvait bien savoir de tout ça de toute façon ?

« Non, écoute », insista Harry en se rapprochant un peu plus. « Si tes calculs sont corrects plus haut, alors l'ellébore et la valériane devraient être à 3:2, et non à 4:2, ce qui expliquerait la réaction de l'ellébore avec la racine de pissenlit sous tension. Ce serait trop fort pour lui. »

« Bon sang, » souffla Severus, « tu as raison. »

« Pas besoin d'avoir l'air si surpris, » dit Harry avec un sourire. « On m'a dit que j'étais modérément intelligent. »

« Modérément en effet », dit Severus en plissant les lèvres. « Je crois que j'ai passé trop de temps à étudier ces satanées formules. Je ne devrais pas faire des erreurs comme ça. »

Une main se posa sur son épaule, chaude et réconfortante, et Severus résista à l'envie de fermer les yeux pour se prélasser dans cette intimité.

Je parie que tu n'aurais jamais pensé qu'une main sur l'épaule pouvait être considérée comme intime.

« Tu as besoin d'une pause, ça te dirait d'être mon assistant pendant une heure ou deux ? » interrogea Harry, et Severus leva les yeux pour trouver l'homme, qui lui souriait, cette main ferme toujours sur son épaule.

« T'assister serait une pause, n'est-ce pas ? »

« Un changement de rythme pour le moins. »

« Très bien, je ne me vois pas faire plus de progrès avec ça aujourd'hui », dit Severus avec un soupir, légèrement déçu lorsque la main se retira pour qu'il puisse se lever.

Il suivit Harry jusqu'à l'établi de l'homme, impressionné, comme toujours, par le fait que Harry puisse garder la trace de n'importe quoi dans le désordre de ses affaires. Harry sortit un autre tabouret et lui fit signe de s'asseoir, ce qu'il fit, se demandant quelle utilité il pourrait avoir pour Harry.

« Tu es un homme très adroit, n'est-ce pas ? » lui demanda Harry, la malice scintillant dans ses yeux.

« Je ne suis pas sûr de savoir comment répondre à cette question, » répondit Severus en plissant les yeux.

Harry lui tendit un petit couteau aiguisé et lui indiqua un grand tas de ce qui, aux yeux non exercés de Severus, ressemblait à des brindilles.

« J'ai besoin que tu enlèves l'écorce de celles-ci pour moi. Des coups bien réguliers. »

Severus leva un sourcil, se demandant si Harry faisait ça juste pour s'amuser. L'homme affichait un large sourire après tout.

« Est-ce que je t'ai trop sollicité ? » demanda Harry, et Severus lui lança un regard noir. « Tout le monde n'est pas fait pour être assistant, tu sais. »

« Sale gosse impudent », dit Severus en attrapant l'une des grosses brindilles et en commençant à la tailler avec le couteau tranchant.

« Non, non, ça n'ira pas ainsi », dit Harry. « Je vois que tu n'as jamais été un boy-scout. »

« Il s'agit d'enlever l'écorce, ça ne peut pas être si compliqué », s'emporta Severus.

« Quand tu travailles pour moi, je m'attends à la perfection », dit Harry avec douceur, en se plaçant derrière Severus.

Severus était sur le point de demander ce que l'homme faisait quand il sentit la main de Harry se poser sur la sienne, la poitrine de l'homme se pressant dans son dos. Merlin, mais c'était le bonheur. L'autre bras de Harry l'encerclait, maintenant la brindille en place, tandis que Harry guidait la main qui tenait le couteau.

« Tu vois ? Des balayages fermes et précis loin du bois, » dit Harry, son souffle caressant l'oreille de Severus. « Tu dois juste effleurer l'écorce du bois, en le laissant aussi intact que possible ».

« Je vois », dit Severus, heureux que sa voix soit égale à elle-même.

Les mains de Harry étaient douces contre les siennes, sa poitrine était chaude alors qu'elle se pressait doucement contre son dos. Il sentait le frais et le propre, comme la lessive que Josh sentait toujours à chaque fois que Severus le câlinait. Son fils. Leur fils. L'odeur de la maison.

« Je peux te faire confiance pour cette tâche ? » demanda Harry, d'une voix taquine.

« Nous le saurons bientôt, n'est-ce pas ? » répondit Severus, et Harry se mit à rire, relâchant sa prise et retournant s'asseoir à l'établi.

La sensation de ces bras autour de lui manqua immédiatement à Severus, qui aurait voulu rester en contact avec Harry aussi longtemps que possible. Les occasions étaient si rares qu'il les savourait quand elles se présentaient.

Harry semblait toujours le faire inconsciemment. Un contact par-ci par-là, une main sur son épaule ou dans le bas de son dos. Parfois, leurs genoux se touchaient lorsqu'ils s'asseyaient l'un à côté de l'autre sur le canapé et une décharge électrique parcourait l'échine de Severus.

C'était toujours innocent et anodin, Harry ne se rendait probablement pas compte de ce qu'il faisait, mais ça avait toujours un effet sur Severus.

Ils travaillèrent tranquillement pendant une heure environ. Severus se concentrait sur le décapage de l'écorce, ses gestes devenant plus précis avec la pratique. Plus il se familiarisait avec la tâche, plus il lui était facile de jeter des coups d'œil furtifs à Harry de temps en temps.

Il le faisait de plus en plus et ces jours-ci, il ne pouvait plus s'en empêcher. Il était tellement frappé par la beauté de Harry que c'était presque un péché de ne pas le regarder. Il aimait les lignes du visage de Harry, l'angle ferme de sa mâchoire, les pommettes définies. Ses doigts avaient envie de tracer ces lignes, de suivre leur beauté.

Pour être tout à fait honnête, ses doigts avaient envie de toucher tout Harry. Il voulait sentir la peau lisse de l'homme sous ses mains, il aspirait à découvrir les réponses qu'il pouvait susciter juste en touchant. Il imaginait Harry très sensible, réagissant au moindre stimulus.

Il avait beau essayer, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer Harry allongé sous lui, des petits gémissements et des soupirs s'échappant de ses lèvres tandis que Severus aimait son corps. C'était ce qu'il aurait dû faire toutes ces années auparavant et maintenant il n'en aurait jamais l'occasion.

Harry ne connaîtrait jamais le plaisir que son propre corps pouvait lui procurer, ne saurait jamais à quel point le toucher d'un amant pouvait être doux et recherché. Tout ce qu'il connaissait, c'était l'agression et la force, et cela l'avait tellement marqué qu'il n'irait plus jamais au lit avec quelqu'un. De toutes les erreurs que Severus avait pu faire dans sa vie, celle-ci était sûrement la pire.

« Aïe ! » siffla-t-il, sa préoccupation pour Harry l'amenant à se couper le pouce, plutôt que la brindille sur laquelle il travaillait. Il laissa tomber le couteau et examina son pouce, qui saignait joyeusement d'une petite, mais profonde coupure.

« Et tu t'en sortais si bien », dit Harry avec un regard compatissant, se levant de son tabouret et se dirigeant vers Severus. « J'aurais dû savoir qu'il ne fallait pas te faire confiance avec des instruments tranchants. »

« Amusant », dit Severus, surpris quand Harry prit la main de Severus dans la sienne et regarda son pouce.

« Oh là là, c'est plutôt profond. Heureusement pour toi, en tant que père d'un enfant extrêmement maladroit, je connais tous les sorts de guérison possible. »

Harry tendit la main et invoqua sa baguette, montrant un degré de puissance qui fit frissonner Severus. En quelques coups de poignet et quelques sorts murmurés, le sang fut arrêté et la plaie refermée.

« Merci », dit Severus en baissant les yeux sur sa main, qui était doucement bercée dans celle de Harry.

« Des mains si intéressantes », murmura doucement Harry. « De longs doigts, des paumes lisses », dit-il en passant légèrement ses doigts sur la main de Severus. Severus était si choqué qu'il pouvait à peine réfléchir.

Harry le touchait, le touchait de son plein gré et avec un sourire sur les lèvres. C'était trop étrange pour être crédible.

« Toujours une tache d'encre, toujours une légère teinture d'un ingrédient de potions », continua Harry en retournant la main de Severus et en passant ses doigts sur les jointures. « Ce sont des mains très expressives, vraiment très belles. »

« Harry... » souffla Severus, la bouche soudainement sèche. Harry leva les yeux, son expression étrangement ouverte, ses yeux doux.

« Tout en toi est expressif, vraiment », annonça Harry comme si Severus n'avait jamais parlé. « Il faut juste savoir ce que l'on regarde. Je crois que j'apprends... lentement. »

Ils se touchaient encore, la main de Severus dans celle de Harry. Il en voulait plus, il voulait être plus proche, sentir le corps de Harry contre le sien. Il ne savait pas ce qui motivait les actions de Harry, mais il n'était pas prêt à les remettre en question. Il se contentait d'être un partenaire passif pour tout ce que Harry attendait de lui.

« On est de retour ! » fit la voix de Draco depuis l'étage supérieur, suivi de près par Josh qui descendait les escaliers en criant :

« Oncle Drake et Oncle Bill organisent une fête pour leur anniversaire ! Nous sommes tous invités ! »


Severus ne s'était pas attendu à ce que l'invitation de Bill et Draco s'étende à lui, mais, étonnamment, ce fut le cas. Pour fêter leurs cinq ans de mariage, ils organisaient une fête au terrier, ce qui coïncidait parfaitement avec les vacances de Pâques.

Sentant peut-être la nervosité de Severus à l'idée de revoir tous les Weasley, Harry proposa que lui, Severus et Josh y aillent tous ensemble. Severus lui en était reconnaissant et, alors qu'ils transplanaient ensemble, Severus se sentit conforté par la présence de son fils dans ses bras et la main de Harry sur son épaule.

Ce n'était pas qu'il était inquiet de les voir, mais il n'était pas sûr de la façon dont il serait reçu. Ils savaient tous, bien sûr, qu'il était le père de Josh, mais il doutait fort qu'ils sachent comment il avait été conçu.

Harry avait toujours été très doué pour dissimuler la vérité lorsque cela s'avérait nécessaire. C'était un côté très Serpentard de sa nature et il était capable de donner juste assez de vérité pour satisfaire les gens sans tout dire.

« Mamie ! Nous sommes là ! » appela Josh alors qu'ils entraient tous dans la maison.

Il y avait eu plusieurs bruits venant de la cuisine et, après un moment, Molly passa la tête par la porte, un large sourire sur le visage.

« Te voilà, mon chéri ! » dit-elle en serrant Josh dans ses bras. « Tu arrives juste à temps. Grand-père espérait que tu l'aiderais à installer les tables dans le jardin. »

« Il a toujours besoin de mon aide », dit Josh avec un sourire, puis il partit en courant à travers la cuisine et dans le jardin.

« Bonjour Severus, ravi de te voir après tout ce temps » dit Molly, le sourire toujours bien présent.

« Molly », dit Severus en hochant la tête. « Merci de me recevoir », dit-il en tendant le vin qu'il avait apporté avec lui.

« Oh merci, j'aime bien un bon vin rouge. Pourquoi n'irais-tu pas rejoindre les autres dans le jardin ? »

« Tu es sûr que nous ne pouvons pas t'aider ? » demanda Harry, et Molly voulut lui donner une petite tape sur la joue.

« Non, mon chéri, va te détendre. Le déjeuner sera bientôt prêt. »

Harry se tourna vers Severus et inclina la tête, lui faisant signe de le suivre dans la maison. Cela faisait des années que Severus n'était pas venu dans la maison des Weasley et peu de choses avaient changé depuis.

Ils se dirigeaient vers le jardin, où Josh « aidait » Arthur à assembler deux tables à tréteaux. Ayant été plusieurs fois victime de l'aide de Josh, Severus n'enviait pas Arthur.

Tous les enfants Weasley et leurs différents partenaires étaient présents et Severus les avait tous salués poliment. C'était gênant, mais pas autant qu'il l'avait imaginé. Harry était resté à ses côtés tout le temps, une présence réconfortante dans une situation autrement intimidante.

À un moment donné, la main de Harry s'était posée dans le bas de son dos dans un geste désinvolte, mais intime. Severus avait dû lutter pour ne pas sourire et avait essayé, très discrètement, de se pencher vers le contact de Harry.

« Félicitations à vous deux », félicita Severus, réussissant enfin à parler avec Bill et Draco. Au moins, avec ces deux-là, il était en terrain connu.

« Merci », dit Bill avec un sourire, son bras entourant fermement son mari. Draco était sur le côté de Bill, comme s'il avait toujours été là.

« Je n'arrive pas à croire que je supporte ce lourdaud depuis si longtemps », dit Draco d'un air abattu. « Eh bien, plus longtemps en fait. Ça fait sept ans en tout. Je dois être fou. »

« Follement amoureux », dit Bill en ébouriffant les cheveux du blond.

« Je ne te supporte que pour la belle-famille. La cuisine de ta mère est incomparable. »

Molly rayonna en passant, faisant léviter un ensemble de plats sur les tables qu'Arthur et Josh étaient en train de dresser avec des couverts.

« Sale type », dit Bill, bousculant Draco, qui poussa Bill en retour.

« C'est parce que ta mère me préfère à toi » dit Draco en allant aider Molly à préparer le repas.

« Je commence à croire que c'est vraiment le cas », dit Bill à Severus, en prenant une gorgée de sa bière. Severus observa autour de lui, regardant finalement vers l'endroit où Harry poussait Josh sur l'une des balançoires. Un contingent d'enfants Weasley était également présent, harcelant Harry pour avoir leur tour.

Bill sourit et dit : « Il a toujours été génial avec les enfants. Je savais qu'il ferait un excellent père. »

« C'est un père merveilleux », approuva Severus à voix basse. « Josh l'adore. »

« Je sais de source sûre que Josh t'adore aussi », dit doucement Bill.

« Je ne sais pas ce que j'ai fait pour le mériter. »

« Tu as été un père pour lui. »

« Seulement depuis quelques mois. J'ai beaucoup à rattraper, tant de temps perdu à essayer de récupérer. »

« Il me semble que c'est ce que tu essayes de faire. L'homme que je connaissais ne serait jamais venu nous demander de l'aide, à Draco et moi, s'il avait fait une erreur. Bon sang, tu n'aurais même pas admis avoir merdé il y a quelques mois. Le changement doit être reconnu, Severus, » dit fermement Bill, le regard doux, mais inflexible.

Severus soupira et dit, « Les vieux péchés ont de longues ombres, Bill. Je crains qu'il ne faille un certain temps avant que je puisse sortir des miennes. »

« Alors, laisse le temps au temps », dit Bill de manière pragmatique, « mais n'abandonne pas pour autant. La plupart des choses qui en valent la peine demandent des efforts. »

Il tapa dans le dos de Severus et alla aider Draco et sa mère, souriant lorsque Draco se mit sur la pointe des pieds pour un baiser.

Severus prit son verre de vin et s'assit sur le mur de soutien délabré. Ses yeux reviennent sur Harry, qui rit en faisant léviter plusieurs enfants, dont Josh, au-dessus de la rivière qui coulait derrière la propriété des Weasley.

Severus avait toujours préféré rester un observateur passif dans les situations sociales, et c'était pourquoi il avait choisi d'être présent à la fête. Il était poli et répondait lorsqu'on lui adressait la parole, mais la plupart du temps, il restait assis et faisait le point sur la situation.

Voir Draco si à l'aise, si à l'aise chez les Weasley était une révélation. Bien sûr, cela faisait de nombreuses années que Draco faisait partie de la famille, mais la chaleur authentique avec laquelle il interagissait avec eux était surprenante.

Molly l'aimait visiblement beaucoup, Draco faisant clairement ressortir le côté maternel de la femme et son besoin de materner tout ce qui avait un soupçon de cœur. Ginny semblait également avoir développé une certaine proximité avec l'homme, riant et bavardant tout au long du déjeuner.

Il aperçut Harry à plusieurs reprises, le sourire ayant légèrement disparu de son visage et il savait que l'homme pensait à Ron et Hermione. Dans des occasions comme celle-ci, Severus savait que l'homme ressentait vivement leurs pertes. Même pour lui, c'était étrange de ne pas voir Harry entouré de ses acolytes et il se demandait, comme Harry l'avait fait, ce que Ron et Hermione feraient s'ils étaient encore en vie.

L'après-midi se prolongea agréablement et Josh s'amusa à jouer avec ses cousins pendant que les adultes continuaient à converser. C'était étrangement réconfortant d'être parmi les Weasley, de ressentir un sentiment de famille, un sentiment d'appartenance.

Harry était heureux et à l'aise, parlant de politique une minute, du travail scolaire de Josh la suivante. Severus observait ses yeux qui dansaient quand il riait, sa lèvre tenue entre ses dents quand il réfléchissait.

Il regardait aussi Bill et Draco, il les observait alors qu'ils célébraient leur anniversaire et leur mariage heureux. Ils se mêlaient à toutes les personnes présentes, mais semblaient toujours graviter l'un vers l'autre, ne serait-ce que pour un instant, pour voler un baiser ou se blottir l'un contre l'autre. C'était vraiment écœurant, mais Severus ne pouvait pas les mépriser. Au contraire, il les enviait.

L'après-midi s'était transformé en soirée, et la soirée s'était transformée en nuit. Severus avait presque terminé l'un des excellents grogs chauds d'Arthur quand il sentit une main sur son épaule. Il leva les yeux pour voir Harry qui lui souriait.

« Je pense que nous ferions mieux de ramener notre fils à la maison, il dort sur le sol de la cuisine ! »

Notre fils. La maison. Y avait-il d'autres mots qui pouvaient sonner aussi doux ?

Severus déglutit et dit : « Va faire tes adieux, je vais chercher Josh. »

Harry acquiesça et alla informer les autres de leur départ tandis que Severus se rendait dans la cuisine. Bien sûr, Josh était là, recroquevillé dans un coin et ronflant doucement. La raison pour laquelle le garçon avait choisi de dormir là alors qu'il y avait un grand nombre d'espaces pour dormir de disponibles n'était pas évident, mais peut-être que les activités de la journée l'avaient accablé.

S'agenouillant, Severus prit délicatement son fils dans ses bras et le coucha soigneusement sur sa poitrine. Harry les rejoignit avec un sourire et les entoura de ses bras avant de les faire transplaner dans la chambre de Josh.

Entre eux, ils enlevèrent les vêtements de Josh, à l'exception de ses sous-vêtements et de son t-shirt, et le mirent soigneusement au lit. Le garçon ne s'était pas réveillé une seule fois, ce qui prouvait à quel point il devait être épuisé.

Ensemble, ils regardèrent la forme endormie, bien bordée et dormant profondément. Ils avaient l'impression d'être en famille et quelque chose se resserrait autour de la poitrine de Severus.

Ils étaient sortis discrètement dans le couloir et Harry avait levé les yeux vers lui, l'air fatigué, mais satisfait. « Pourquoi tu ne restes pas cette nuit ? » demanda-t-il, et le pouls de Severus s'accéléra.

« Je — »

« La chambre d'amis est prête et je sais que Josh serait ravi de te voir ici pour le petit-déjeuner. »

Bien sûr qu'il ne t'invitait pas à passer la nuit avec lui, espèce de crétin.

Il se racla la gorge et dit : « Merci, j'aimerais bien. »

Harry sourit et dit : « Si tu as besoin de quoi que ce soit, sers-toi. L'armoire à linge est au bout du couloir. On se voit demain matin. »

Et là, Harry fit l'impensable. Il se mit sur la pointe des pieds et embrassa la joue de Severus. C'était si léger que c'était à peine perceptible, juste un doux frôlement des lèvres contre la peau, mais c'était la chose la plus excitante que Severus ait jamais connue.

Harry traversa le couloir pour rejoindre sa propre chambre, la porte se refermant doucement derrière lui. Severus se rendit dans la chambre d'amis et s'assit sur le lit, comme s'il était étourdi. Il porta la main à sa joue, le baiser de Harry brûlant encore sur sa peau. Le sommeil allait être long à venir pour lui cette nuit-là.


Et voici le neuvième chapitre !

Ca avance, ça avance !