Disclamer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni l'histoire

Titre : Long Shadows

Auteur : Cithara

Traducteur : Ange Phoenix

Résumé : Le jour de l'anniversaire de la chute de Voldemort, Severus avait séduit Harry et l'avait entrainé pour passer une nuit en sa compagnie. Peu de temps après, il avait quitté le pays, décidant d'embrasser sa liberté retrouvée. Des années plus tard, il était retourné en Angleterre et avait découvert qu'il avait laissé derrière lui plus qu'il n'aurait pu l'imaginer. Aujourd'hui, alors qu'il devait expier ses erreurs, Severus devait essayer de gagner une place dans la vie d'Harry et prouver qu'il en était digne.

Bêta : Ange Phoenix

Autorisation : J'ai l'autorisation de traduire toutes ses fanfictions

Note : h.t.t.p.s : / / discord . gg / zFp2PHTxDR


Long Shadows


Chapitre 10


Severus avait passé une journée d'enfer. La potion expérimentale sur laquelle il travaillait depuis des jours n'avait rien donné et il avait aussi détruit l'un de ses chaudrons préférés. Il avait une sacrée migraine et n'aimait pas du tout le monde en général.

Harry l'avait remarqué et lui avait laissé son espace, ce dont il était très reconnaissant, mais cela ne changeait rien au fait qu'il aurait bien aimé détruire la moitié de la population juste pour se sentir mieux.

Tu pourrais commencer par Hunter, l'interpella sa voix intérieure en regardant l'homme aider Josh à mettre son manteau. Il savait qu'il n'y avait rien entre Hunter et Harry, mais quelque chose chez cet homme continuait à énerver Severus. Peut-être était-ce dû au fait qu'il était toujours de bonne humeur.

Harry avait proposé d'aller chercher Josh, mais Severus avait besoin de sortir de la maison, loin de sa potion ratée, loin de cette semaine d'échec. Il avait besoin de se promener le long des falaises, même si ça ne l'avait pas beaucoup aidé à se sentir mieux.

Il savait qu'il recevait des regards étranges de la part des autres parents, qui ne regarderait pas un homme regardant le reste du monde d'un air mauvais ? Ils pouvaient tous aller en enfer, il n'était pas là pour les divertir.

Josh s'était précipité vers lui et il avait essayé de faire en sorte que ses traits ressemblent à un sourire. Il faisait tout ce qu'il pouvait pour ne pas imposer sa mauvaise humeur à son fils.

« Salut Sev ! » dit Josh avec enthousiasme.

« Bonjour Josh », lui dit Sev. « Bonne journée ? »

« Pas mal. Mais je déteste les maths, c'est la pire des matières ! »

« Je dois être d'accord avec toi, je n'y ai jamais pris goût non plus », dit Severus alors que la main de Josh glissait facilement dans la sienne.

Ils descendirent la colline en s'éloignant de l'école et en se dirigeant vers le centre-ville de Weymouth. C'était une belle journée et la mer était une pittoresque bande de bleu au loin. D'autres parents se promenaient avec leurs enfants, les faisant monter dans les voitures ou leur disant de lever le pied en marchant. Il était réconfortant de constater que beaucoup avaient l'air aussi fatigués que lui.

« On peut aller manger une glace avant de rentrer à la maison ? » demanda Josh.

« Non, je ne pense pas. »

« Oh s'il te plaît ! »

« Ton père n'aimerait pas ça, tu n'auras plus faim pour le dîner. »

« Mais on ne dînera pas avant des lustres », dit Josh, sa voix prenant des allures de plainte.

« Josh — »

« S'il te plaît ! Juste une cuillère, juste une toute petite cuillère. »

Ce gémissement énervait Severus et commençait à lui faire grincer des dents. Il ne savait pas combien de temps sa patience allait encore durer.

« Nous rentrons à la maison, Josh. Fin de la discussion. »

« Pourquoi es-tu si ennuyeux ? »

« Pourquoi ? Parce que je ne te laisse pas faire ce que tu veux ? J'ai dit non, c'est terminé. Maintenant, viens, il faut qu'on transplanne », dit Severus en entraînant Josh vers une ruelle étroite.

« Je ne veux aller nulle part avec toi, » dit Josh en résistant. « Tu es méchant. »

« Je ne suis pas méchant, » dit Severus en serrant les dents. « Ce n'est pas parce que je ne te laisse pas faire ce que tu veux que tu peux te comporter comme un enfant gâté. »

Josh continua à essayer de s'éloigner, mais Severus le tint plus fermement et le tira dans la ruelle. Merlin voulut que personne ne le voie ; la police serait appelée en une seconde si quelqu'un voyait un homme renfrogné traîner un petit garçon contre sa volonté.

Il les fit apparaître tous les deux à Ringstead et Josh arracha sa main de l'emprise de Severus. « Je n'arrive pas à croire que tu m'aies traité d'enfant gâté ! Tu es une personne méchante ! » hurla-t-il, le visage tordu de colère.

« Comment oses-tu me parler comme ça ? » Severus siffla, les pressions de la journée se sentant lourdes sur ses épaules.

« Je peux te parler comme je veux ! »

Il tourna sur ses talons et s'enfuit vers la maison, Severus s'activant pour le suivre.

« Joshua Potter, reviens ici immédiatement. Je n'ai pas fini de te parler ! » cria-t-il.

« Je ne suis pas obligé d'écouter ce que tu dis. »

« Mais si, bon sang ! » cria Severus en continuant sa poursuite, sentant le contrôle de son tempérament lui échapper à chaque seconde. Il était déjà à ça de craquer et Josh le poussait au bord du gouffre. « Reviens ! »

Il attrapa l'épaule de Josh et le saisit, serrant le pull de l'école du garçon dans son poing. « Laisse-moi partir ! » cria Josh. « Tu es horrible, je te déteste ! »

Il s'arracha à sa prise et courut vers la maison, claquant la porte et s'engouffrant dans les escaliers.

« Qu'est-ce que c'était que ce bordel ? » demanda Harry en sortant la tête de la cuisine alors que Severus arrivait en courant dans le couloir.

Ils entendirent la porte de la chambre de Josh claquer et Severus se sentit comme s'il avait été giflé. Qu'avait-il fait ? Il avait crié sur Josh comme s'il était lui-même un enfant, il l'avait attrapé et avait perdu son sang-froid. Harry allait le tuer.

« Harry, je... »

« Merlin, tu as une mine affreuse », dit Harry en se rapprochant.

« Je... je suis désolé », souffla Severus. « Tout est de ma faute, je n'aurais jamais dû... »

« Whoa, whoa. Ralentis », dit Harry en levant une main apaisante. « Maintenant, que s'est-il passé ? »

« Harry, je suis désolée, je... j'ai perdu mon sang-froid. Josh me harcelait pour avoir une glace, je lui ai dit non, il a commencé à jouer au gamin... on est revenus en transplanant et il a commencé à me crier dessus. J'ai... j'ai crié aussi, il s'est enfui, je l'ai suivi... je l'ai attrapé... il m'a dit qu'il me détestait... je suis désolé, je suis tellement désolé. »

Il leva les yeux pour constater, étonnamment, que Harry lui souriait, avec l'air de vouloir s'empêcher de rire. « Comment peux-tu sourire ? » interrogea-t-il, se demandant si Harry n'avait pas été frappé par une sorte de malédiction.

« Bienvenue dans le monde des parents », dit Harry en lui tapant sur l'épaule. « Viens, on va te faire une bonne tasse de thé », dit-il en guidant gentiment Severus vers la cuisine.

Severus s'assit derrière l'îlot, complètement déconcerté. Harry avait fait le tour de la cuisine, mettant la bouilloire sur la cuisinière et prenant joyeusement une tasse du placard. C'était comme si rien ne s'était passé.

« Harry... je lui ai crié dessus », dit Severus.

Harry se retourna, la tasse de thé à la main, et dit : « Je te promets que ce ne sera pas la dernière fois. »

« Mais — »

« Tu n'es pas le premier parent de l'existence à perdre son sang-froid et tu ne seras pas le dernier », lui apprit Harry en s'approchant de l'autre côté de l'îlot et en s'appuyant sur ses mains. « Est-ce l'idéal ? Non, bien sûr que non, mais j'imagine le petit morveux qu'était Josh et crois-moi, on en reparlera. »

« Je pensais que tu serais tellement en colère, que tu devrais être en colère », annonça Severus, toujours confus.

« Ça ferait de moi un furieux hypocrite alors, n'est-ce pas ? J'ai déjà perdu mon sang-froid avec lui. J'ai dit des choses que je n'aurais pas dû dire, j'ai laissé ma colère prendre le dessus. Montre-moi un parent qui ne l'a pas fait. »

La bouilloire siffla et Harry se mit à préparer le thé de Severus, ajoutant juste une pincée de sucre alors que Severus le prenait normalement sans. Il devait avoir l'air encore plus mal en point qu'il ne l'était.

« Je... je ne devrais pas le gronder de toute façon. Ce n'est pas à moi de le faire », dit Severus en tenant la tasse entre ses mains.

« Tu es son père », dit doucement Harry. « Tu as tous les droits. »

« Mais... »

« Severus, chaque fois que je confie la garde de Josh à un autre adulte, cette personne a autant le droit que moi de discipliner Josh. Toutes les personnes qui me connaissent savent ce que je vais et ne vais pas permettre quand il s'agit de son comportement et tout le monde sait le genre de discipline que j'attends. Ce n'est pas parce que je ne suis pas là que Josh peut s'en tirer. »

« Je n'aurais quand même pas dû perdre mon sang-froid. »

« Non, tu n'aurais pas dû », convint Harry, « mais les parents ne font pas toujours les bonnes choses. Mais tu as parfaitement le droit de le gronder et d'attendre de lui un certain comportement. »

« J'ai l'impression que ce n'est pas à moi de le faire », dit Severus en secouant la tête. « Josh aussi le ressent comme ça. Il m'a dit qu'il n'avait pas à écouter ce que je disais. »

« C'est des conneries », dit Harry avec émotion. « Il sait que j'attends de lui qu'il se comporte bien avec n'importe quel adulte, il a juste fait le petit con. » Harry fit une pause, la tête inclinée en regardant Severus. « Ça ne te dérangerait pas tant que ça si tu étais à la place de Drake ou de Bill », dit-il doucement.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda Severus en fronçant les sourcils.

« Eh bien, Drake et Bill savent qui ils sont pour Josh. Ils sont des amis de la famille, ses oncles honoraires. Ils savent où sont les limites et ce qu'ils doivent ou ne doivent pas dépasser. Tu n'es pas seulement un ami de la famille, tu es le père de Josh. »

« Il ne le sait pas, » répliqua Severus, « et je ne suis dans le paysage que depuis six mois. Aucun de nous ne sait quel genre d'autorité j'ai ou n'ai pas. Je ne sais pas quelle est ma place. »

Harry soupira et s'appuya contre l'îlot, les bras croisés. « C'est une situation étrange, nous allons devoir apprendre au fur et à mesure, malheureusement Josh aussi. Il va essayer de tester les choses, de voir ce qu'il peut faire, mais nous allons devoir présenter un front uni. »

« Il est normalement si affectueux, » dit Severus, « je ne sais pas ce qui a mal tourné. »

« La plupart du temps, c'est un garçon brillant, mais, comme la plupart d'entre nous, il a ses moments de faiblesse. Il a un sacré tempérament et peut être un emmerdeur quand il n'obtient pas ce qu'il veut. Tu es encore en train d'apprendre, Severus. Vas-y doucement. »

« Je ne veux pas tout gâcher », dit Severus, détestant la faiblesse qu'il pouvait entendre dans sa voix.

« Tu ne vas pas le faire », dit doucement Harry. « Tu crois que je n'ai pas fait d'erreurs ? Tu crois que je n'ai pas remis en question tout ce que j'ai fait à un moment ou à un autre ? Tout le monde passe par la même chose. »

Une main réconfortante se posa sur son épaule et Severus leva le bras pour refermer la sienne sur elle. Leurs doigts s'entremêlèrent et Severus sentit un frisson le parcourir à ce contact.

« Je vais aller lui parler, il ne va pas s'en sortir en se comportant comme un enfant gâté. Finis ton thé, je vais redescendre dans un instant. »

Harry effectua une légère pression sur sa main puis enleva la sienne et quitta la cuisine. Severus reprit sa tasse, repassant toute cette situation misérable dans sa tête. Il n'arrivait pas à croire comment il s'était comporté, avec quelle facilité il avait perdu son sang-froid.

La vérité, bien sûr, était qu'il n'avait jamais été bon avec les enfants. Il avait détesté presque tous les élèves auxquels il avait enseigné et les petits enfants avaient toujours été une énigme pour lui. Il n'avait jamais imaginé avoir ses propres enfants et n'avait que très peu d'expérience avec eux.

Le fait que Josh se soit attaché à lui dès le début tenait du miracle. Peut-être y avait-il quelque chose que le garçon reconnaissait en lui, un cas de génétique les rapprochant. Cela expliquerait pourquoi, jusqu'à ce moment-là, Severus avait trouvé si facile de communiquer avec Josh.

Tout était si compliqué. Harry avait raison de dire que Severus ne savait pas vraiment où était sa place, il ne pouvait s'empêcher de se demander quelle était sa place dans la vie de Josh et comment il pourrait être un bon parent pour lui. C'était bien beau quand tout allait bien, quand ils pouvaient s'amuser ensemble, mais Severus savait que ça ne pouvait pas être comme ça tout le temps.

Il y aurait des moments difficiles, Harry l'avait prévenu. Severus ne pouvait pas choisir les aspects de la paternité qui lui plaisaient. Il ne pouvait pas faire tout ce qui était facile et amusant et laisser Harry s'occuper des moments difficiles.

Il entendit un reniflement dans l'entrée et se retourna pour voir Josh debout, Harry derrière lui, les mains sur les épaules du garçon. Les yeux de Josh étaient rouges et gonflés et il avait l'air complètement malheureux.

« Vas-y », dit doucement Harry, en poussant Josh un peu en avant.

Josh hésita puis se dirigea vers Severus, l'air à la fois grincheux et contrit. « Désolé », dit-il en regardant le sol.

« Correctement », dit fermement Harry.

Josh respira profondément et leva les yeux, croisant le regard de Severus et dit : « Je suis désolé de mon comportement et des choses que j'ai dites. Je sais que ce que j'ai fait était mal. »

Severus lui tendit la main et Josh la prit, se laissant entraîner sur les genoux de Severus.

« Je suis désolé aussi, » dit doucement Severus. « Je n'aurais jamais dû perdre mon calme. Pouvons-nous être à nouveau amis ? »

Josh acquiesça et se blottit contre sa poitrine, reniflant en se serrant contre lui. Severus leva les yeux vers Harry, qui lui adressa un sourire approbateur, et Severus sentit son estomac se desserrer un peu. Pour une courbe d'apprentissage, celle-ci était abrupte. Il semblait avoir beaucoup à apprendre avant de pouvoir se considérer comme un parent.


Les samedi soirs étaient devenus des soirées cinéma. Harry avait une télévision moldue avec un lecteur DVD et une vaste collection de DVD parmi lesquels il pouvait choisir. La décision revenait toujours à Josh, bien sûr, et ils finissaient invariablement par choisir un dessin animé infernal ou une comédie burlesque.

Si on lui avait posé la question, Severus aurait dit qu'il en détestait chaque instant, qu'il ne le supportait que pour Josh. C'était des conneries bien sûr, il adorait ça. Même si ça le surprenait, il aimait se pelotonner sur le canapé avec Harry, Josh blotti entre eux devant un film.

Dans ces moments-là, avec le corps chaud de Josh blotti contre le sien, Harry somnolant très souvent à côté de lui, Severus ressentait un sentiment de contentement qu'il n'avait jamais connu auparavant. Une fois Josh couché, une fois le film terminé, Severus et Harry s'asseyaient dans le salon, discutant agréablement autour d'un verre de vin.

Il semblait à Severus qu'ils étaient de plus en plus à l'aise l'un avec l'autre. Harry baissait lentement ses gardes et ne voyait plus Severus comme une menace, comme un animal dangereux qu'il fallait traiter avec prudence. Il était ouvert et amical, et Severus appréciait le temps qu'il passait avec cet homme autant que celui qu'il passait avec son fils.

Il était aussi infiniment reconnaissant à Harry pour sa générosité, pour sa volonté de permettre à Severus de développer une relation avec Josh. Il était certain que n'importe qui d'autre à la place de Harry aurait fermé la porte au nez de Severus il y a des mois et ne l'aurait jamais rouverte. Harry était un homme meilleur que Severus ne l'aurait jamais cru. Un homme meilleur que lui, et de loin.

« Bien, c'est tout. Je m'arrête là pour aujourd'hui. Je ne peux plus regarder ces équations, mon cerveau est sur le point d'exploser », dit Harry en jetant sa plume en signe de frustration.

Severus leva les yeux, souriant à l'expression grincheuse de Harry. L'homme était tout simplement adorable quand il était de mauvaise humeur.

« Je déteste les baguettes », dit Harry, qui ressemblait plus à son fils qu'à un adulte.

« Tu dois croiser les bras et taper du pied pour avoir le plein effet », lui dit Severus avec un sourire en coin.

« Tais-toi. Je te déteste aussi. »

Cette remarque aurait fait mal il y a un mois ou deux, mais maintenant Severus la trouvait amusante. Il savait que Harry ne le pensait pas, d'ailleurs il ne l'aurait pas dit s'il avait été sérieux. Il aurait été froidement poli et distant, pas naturel et taquin.

« Si tu continues à faire la moue comme ça, tu vas avoir des rides », dit Severus en esquivant quand Harry lui lança un chiffon humide.

« Un peu de sympathie ne serait pas de refus. J'ai mal à la tête ! »

« Aww, pauvre Harry. Qu'est-ce que je peux faire pour que ça aille mieux ? » le taquina Severus.

« Et si je me consumais ? » demanda gentiment Harry.

Severus rit et dit, « La combustion spontanée n'a jamais été mon truc, j'en ai peur. Un verre de vin suffirait-il ? »

« Seulement si c'est un très grand verre. »

« J'arrive » dit Severus en se dirigeant vers les escaliers. « Oh, » dit-il en se retournant pour faire face à Harry, « je voulais te demander - est-ce que Josh et toi aimeriez venir dîner chez moi demain soir ? Je me sens mal de n'avoir jamais cuisiné pour vous pendant tous ces mois. »

« Josh passe la nuit chez un ami demain », s'excusa Harry.

« Ah, pas de problème alors », dit Severus, déçu.

« Mais... j'aimerais quand même venir... si tu peux supporter de me voir. »

Severus sourit avant de pouvoir s'en empêcher. Une soirée en tête-à-tête avec Harry, c'était le bonheur absolu.

Le lendemain, Severus s'était retrouvé à éplucher des livres de recettes pour trouver le repas parfait à servir à Harry. Il fallait que ce soit quelque chose de spécial, qui sorte un peu de l'ordinaire, mais Severus ne trouvait rien dans les livres sur lesquels il s'acharnait.

Pathétique, lui dit sa voix intérieure. Tu crois qu'un peu de nourriture suffit à tout rattraper ? Assez pour faire oublier à Harry tout ce que tu lui as fait subir ?

Severus essaya de l'ignorer. Il ne s'agissait pas d'essayer de gagner des points ou d'expier ses erreurs passées. C'était simplement l'occasion de passer du temps avec Harry, d'apprécier sa compagnie lorsqu'ils n'étaient que tous les deux.

Le temps passé seul avec Harry était une chose à chérir. Du temps pour partager une conversation facile, du temps pour regarder les traits délicats du visage de Harry se transformer lorsqu'il riait ou s'animait en racontant une histoire. Du temps pour apprendre qui était Harry maintenant et qui il avait été toutes ces années auparavant, quand Severus était aveugle à tout sauf à lui-même.

Il était un être égoïste, il le savait bien. Mais cela avait toujours été un atout dans le passé. Cela avait fait partie intégrante de sa survie et il avait appris très tôt dans sa vie que se faire passer en premier était une technique utile.

Il n'avait jamais eu à penser à quelqu'un d'autre que lui-même. Il avait des responsabilités, bien sûr, et Harry en avait toujours fait partie, d'une manière ou d'une autre, mais il ne s'était jamais vraiment soucié de lui, ni de personne d'autre.

Maintenant, son cœur brûlait de mieux connaître Harry. Il voulait être capable de le faire rire comme Draco le faisait, il voulait être quelqu'un sur qui Harry pourrait compter, la première personne à laquelle Harry penserait quand il aurait besoin de quelqu'un.

Il ne savait pas quand ces sentiments étaient apparus, quand il avait commencé à penser à Harry pour lui-même plutôt que pour développer une relation avec Josh, mais ils étaient là et ils étaient forts. C'était étranger et incroyablement déconcertant.

Quand le samedi soir arriva, il était à bout de nerfs. Il essaya d'avoir un mot sévère envers lui-même, de se dire d'arrêter d'être si stupide, mais cela ne servit à rien. Quand on sonna à la porte, il faillit sursauter.

« Salut », dit Harry avec un sourire facile alors qu'il se tenait sur le pas de la porte.

« Bonsoir », dit Severus, ne faisant pas entièrement confiance à sa propre voix. « Entre, je t'en prie », dit-il en s'écartant pour laisser entrer Harry.

Il prit sa cape et l'accrocha puis fit entrer Harry dans le salon où il avait étalé une énorme pile de coussins devant le feu. Harry le regarda d'un air interrogateur et Severus dit,

« J'ai pensé que nous pourrions essayer quelque chose d'un peu plus informel ce soir. Je n'ai pas préparé ce que l'on pourrait appeler un dîner "traditionnel". »

« Je suis intrigué. »

« Et affamé, j'espère. Je t'offrirais bien un verre, mais j'ai soigneusement associé nos plats à certaines boissons. »

« Maintenant je suis encore plus intrigué », dit Harry en riant. « J'aurais dû savoir qu'il ne fallait pas s'attendre à quelque chose de simple quand il s'agissait de toi. »

Décidant de laisser ce commentaire de côté, Severus fit signe à Harry de prendre place parmi le monticule de coussins tandis qu'il se retirait dans la cuisine. Il s'était donné beaucoup de mal pour préparer une soirée de nourriture qui ravirait et titillerait les papilles gustatives, et il avait associé la cuisine moldue et magique dans sa quête de bien faire les choses.

Faisant passer la première partie du repas dans le salon, il posa le plateau sur le sol entre lui et Harry. Harry regarda la nourriture avec intérêt et Severus lui tendit une petite demi-pinte de bière croate qu'il avait trouvée dans une petite boutique à Londres.

Severus sourit et fit tinter son verre avec Harry en disant « Živjeli ».

« Ziv quoi ? » demanda Harry.

« C'est la façon croate de dire "santé". »

« Je vois que je vais avoir une soirée éducative », dit Harry avec un sourire. « Alors, qu'est-ce qu'on a là ? »

« Un plateau de dégustation de délices et de plats croates. Nous avons du schnitzel, du jarret de porc fumé, du pain plat, du fromage de brebis, du canard sauvage et de l'agneau rôti », dit Severus en indiquant chaque plat.

« J'en ai l'eau à la bouche rien qu'en regardant tout ça, » dit Harry, l'air de le penser.

« S'il te plaît, mange. »

Harry s'exécuta avec enthousiasme et Severus se délecta des bruits d'approbation que l'homme faisait en mâchant. Ses exclamations sur le goût de chaque plat renforçaient la confiance de Severus, qui avait hâte de le conduire au plat suivant.

Severus raconta à Harry l'histoire derrière sa découverte de chaque plat et lui raconta des histoires de son séjour en Croatie. Il avait aimé faire de ce pays sa maison pendant tant d'années et avait apprécié à la fois la culture et le paysage.

Harry avait plus voyagé que ce que Severus attendait de lui. Lui, Draco et Bill avaient emmené Josh en vacances, de courts séjours en Europe à des voyages plus longs en Asie et en Amérique du Nord. Il ne le mentionnait pas, mais Severus espérait qu'il serait lui-même inclus dans les prochains plans de vacances.

Il était heureux que, bien qu'ayant eu Josh à un âge relativement jeune, Harry ait vu et fait autant de choses que n'importe quelle autre personne de son âge. Sa vie avait changé, certes, avec l'arrivée de Josh, mais Harry s'était adapté, comme il avait eu l'habitude de le faire tout au long de sa vie.

« Je n'ai jamais goûté de canard comme ça », dit Harry en portant le dernier morceau à sa bouche. « Tout ça est délicieux. »

« Merci », répondit Severus, heureux de voir à quel point Harry avait apprécié la nourriture. « J'espère que tu as encore de la place pour en reprendre. »

Harry sourit et dit, « Je suis un puits sans fond quand il s'agit de nourriture. Vas-y. »

Severus lui rendit son sourire et fit léviter le plat terminé hors du chemin puis appela le suivant de la cuisine. Bien qu'il ait eu envie de faire goûter la Croatie à Harry, ce n'était pas le plat qui l'enthousiasmait le plus.

Il n'était pas sûr de l'expérience de Harry en matière de nourriture magique, mais il espérait lui faire découvrir quelque chose de nouveau. Et à en juger par l'expression du visage de l'homme qui regardait le nouveau plateau, il avait au moins partiellement réussi.

« Tu es sûr que tout ça est comestible ? » interrogea Harry, en regardant les différents bocaux et pipettes devant lui.

« Si je voulais t'empoisonner, il y a des moyens plus faciles », dit Severus avec douceur et Harry rit, ses yeux se plissant d'une manière que Severus essaya de ne pas considérer comme adorable. « Je suggère que nous commencions par ça », dit-il en tendant à Harry ce qui semblait être un morceau de fromage inoffensif.

Harry en prit une bouchée, ses yeux s'écarquillant alors qu'il commençait à mâcher. Severus le regarda, appréciant l'expression du visage de Harry.

« C'est incroyable ! Qu'est-ce que c'est ? » demanda Harry, faisant toujours tourner le goût sur sa langue.

« C'est un composé fabriqué par des gobelins en Roumanie. J'ai demandé à Bill s'il pouvait m'aider à en importer. »

« Incroyable, je n'ai jamais goûté quelque chose comme ça. Oserais-je demander pourquoi il y a des pipettes sur l'assiette ? »

Pendant l'heure qui suivit, Severus emmena Harry à la découverte de la nourriture magique du monde entier. Harry était fasciné, chaque bouchée qu'il prenait était une découverte. Ils riaient et parlaient tout au long du repas, Severus expliquant les choses au fur et à mesure.

Il n'était pas surprenant que, étant élevé par des Moldus, Harry n'ait pas été exposé à de telles choses dans le passé. La plupart des aliments qu'ils mangeaient provenaient également des confins du monde, des choses que peu de gens avaient la chance de connaître.

Une grande partie de la nourriture nécessitait des interactions avec des potions comestibles pour libérer les saveurs et Harry regardait, fasciné, Severus préparer chaque offrande. Ses yeux s'écarquillaient comme ceux d'un enfant lorsque Severus mélangeait plusieurs de ces concoctions, et Severus imaginait à quel point Josh aurait apprécié une telle chose.

Il était heureux d'avoir pu initier Harry à quelque chose de nouveau, à quelque chose qui le captivait tant. Tout ce que l'homme mangeait était accueilli par une exclamation de surprise ou de plaisir et Severus se félicitait d'avoir fait le bon choix.

Lorsque Severus apporta le plateau de desserts, l'atmosphère était détendue et confortable. Il n'y avait pas eu une minute de silence de toute la soirée et Severus n'avait jamais autant apprécié la compagnie de quelqu'un.

« C'est toi qui les as faits ? » demanda Harry en montrant les éclairs miniatures. Severus hocha la tête et Harry dit : « Ils sont vraiment délicieux. Tu sais, j'avais une telle envie d'éclairs quand j'ai eu Josh, mais je n'en ai jamais eu d'aussi bons que ceux-là. »

Severus appuya sa tête sur son poing fermé et dit, « C'est assez normal, comme envie. »

« Oui, mais... tu n'étais pas là quand je mangeais du charbon. Je suis surpris que Josh ne soit pas sorti couvert de suie. »

Le feu crépitait agréablement et Severus le regarda un moment, les mots de Harry s'installant dans ses pensées.

« Je suis désolé de ne pas l'avoir vécu avec toi », dit-il finalement, la voix douce. « Je suis désolé de ne pas avoir été là. »

Harry soupira et s'essuya les doigts sur une serviette. « C'était il y a longtemps. Ce qui est fait est fait », dit-il d'un ton égal.

« Quand même », dit Severus en regardant ses propres mains, « J'aurais dû être là. J'aurais dû être là pour te soutenir... pour t'aider. Je suis désolé d'avoir manqué tant de choses, je suis désolé de ne pas avoir vu Josh grandir en toi. »

Il leva les yeux pour trouver Harry qui avait l'air surpris et il sentit ses joues chauffer à cause de sa confession. « Ça semble étrange, je sais. Plus j'y pense, plus je ne peux m'empêcher de ressentir... du regret. J'aurais dû être avec toi, te regarder changer pendant que notre fils se développait. J'imagine que tu devais être magnifique. »

Harry éclata de rire, mais c'était tremblant et incertain. « Je suis sûr que j'étais à des millions de kilomètres de la beauté. J'étais une baleine. »

« Tu portais notre enfant. Je t'aurais trouvé beau », dit Severus, son pouls s'accélérant quand il vit les larmes dans les yeux de Harry. « Je suis désolé, je... »

« Non, » dit Harry, secouant la tête en reniflant, « non, ce n'est pas... je... ». Il fit une pause, se calmant un moment, puis il dit : « Tu n'as pas idée du nombre de fois où j'ai souhaité que tu sois là... même après tout ça. Je veux dire... j'avais Drake, et il était fabuleux, mais je voulais le partager avec toi, je voulais que le père de mon bébé soit avec moi. »

Harry prit une gorgée de son verre, le visage pâle et crispé. « La première fois que Josh a donné un coup de pied, je voulais tellement pouvoir tendre la main pour prendre la tienne et la poser sur mon ventre, pour que tu puisses sentir ton bébé bouger. Quand j'ai découvert que j'allais avoir un garçon... j'ai pensé à t'écrire. J'ai écrit tant de lettres qui ont fini dans le feu... je n'étais pas assez courageux pour les envoyer. »

« Tu es l'homme le plus courageux que je connaisse », répliqua Severus avec toute la conviction dont il était capable. « C'est moi qui suis un lâche. Le fait que je n'étais pas là est le résultat de mes propres actions, pas des tiennes. Tu n'as rien à te reprocher. »

Harry l'observa, son expression étant ouverte et vulnérable, ses yeux le cherchant. Severus n'avait pas pu s'en empêcher. Il avait envie de le faire depuis si longtemps, il avait rêvé de ce moment de cent façons différentes, qu'il avait finalement cédé et il avait comblé la distance pour embrasser Harry.

C'était doux et tendre, plus une suggestion qu'un vrai baiser, mais les lèvres de Harry avaient bougé sous les siennes. C'était chaste et doux, et un frisson le parcourut à ce contact. Il essayait de se convaincre de se retirer pour ne pas accabler Harry, mais ce dernier s'était détaché le premier.

Le souffle de l'homme était irrégulier et il avait l'air troublé. « Je suis désolé », chuchota-t-il. « Je suis désolé, mais je ne peux pas. »

Il avait l'air si petit, si triste, que le cœur de Severus en souffrait. Cet homme, ce bel et merveilleux homme aurait pu être à lui maintenant si seulement il l'avait traité correctement. Il avait eu quelque chose de précieux et l'avait perdu. Il pleurait cette perte maintenant.

« Tu n'as pas à être désolé, Harry », murmura-t-il, en posant sa main sur la joue de Harry. « Le regret est le mien, comme il le sera pour le reste de ma vie. J'espère cependant pouvoir sauver quelque chose — j'aimerais beaucoup gagner ton amitié et m'en montrer digne. »

Plusieurs larmes glissèrent sur les joues de Harry qui avait posé sa main sur celle de Severus et l'avait serrée. Il lui adressa un sourire triste et Severus sentit son cœur se serrer alors que tout espoir de rallumer les flammes de ce qui aurait pu être semblait s'être évanoui. Mais il était sincère dans ses propos ; si l'amitié était tout ce qu'il pouvait espérer, il s'efforcerait de la mériter.


Et voici le dixième chapitre.