Résumé complet :
La journée de travail avait été longue, mais tous les quatre avaient appris à apprécier l'espionnage, ensemble. Les "au revoir" ne voulaient plus dire que "à demain !" quand ils se les lancèrent avec chaleur.
Natasha et Steve retrouvèrent leur vie de couple jusqu'à ce que leur fille, Carol, rentre du lycée et tente de devenir une super-héroïne. Sam alla chercher ses jumeaux chez son ex qu'il ne détestait plus tellement. Et Bucky joua avec Alpine sur le bord de la fenêtre, fermant les rideaux sur la camionnette postée dans la rue.
Ils avaient fini, tant bien que mal, par se créer la vie dont ils avaient toujours rêvé. Le passé n'avait pas été tendre avec eux - s'il ressurgissait, arriveraient-ils à en tirer le meilleur ?
Note :
Ma première fiction MCU, et aussi le premier projet long que je termine. L'idée vient d'un tweet qui disait seulement que, pendant cette scène dans Endgame où Carol annonce qu'elle va trouver Thanos et où Nat et Steve la regardent partir, perplexes, on pourrait croire que les deuxième sont les parents inquiets de la première, adolescente rebelle. Depuis, j'ai ajouté une bonne grosse dose de romance, un peu de drama, et surtout du comfort.
Je l'ai commencée le premier août 2019, ai posé le dernier mot le 1er août 2020, et il m'a fallu encore plusieurs mois de correction, procrastination et relecture pour finalement la poster.
23 chapitres et 1 épilogue pour un total de 90k. Elle est terminée sauf pour l'épilogue et je poste les mercredi et samedi. Merci à Ancolympe pour le bêtatage !
On part sur un chapitre introductif. Bonne lecture, en espérant que ça vous plaise !
1. La douceur de la tradition
Carol achevait de disposer les couverts sur la table de la salle à manger, agrandie pour l'occasion, quand l'interphone sonna. Quelques minutes plus tard, les voix enjouées de Sam, Bucky, Peter et May envahirent l'entrée, accueillies par celles tout aussi joyeuses de ses parents. Elle fit la bise aux invités, recevant avec un rire la main de Sam qui vint ébouriffer affectueusement ses cheveux, et tapa dans la paume tendue de Peter. Bucky ne manqua pas sa blague lorsqu'elle dut se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser, même si son sourire était toujours plus retenu, mélancolique, que celui de Sam. May fut plus distante, elle s'était jointe au groupe plus récemment, tout en restant cordiale et Carol vit très bien son regard se réchauffer lorsqu'elle s'approcha de Peter. Ils prirent place dans les canapés, grignotant des pistaches et prenant des nouvelles des uns des autres.
Sam et Bucky venaient de rentrer de missions – ils avaient passé un mois à Miami à courir sur les traces d'un groupuscule influent dans le trafic de drogue tout en se faisant passer pour des touristes en mal de soleil. Par sécurité, le SHIELD, l'agence d'espionnage rattachée aux Nations Unies où travaillaient également Natasha et Steve, leur avait interdit tout contact avec leurs amis new-yorkais. Le chef du groupe avait été envoyé en prison et ses acolytes appréhendés également, aussi les deux espions avaient-ils dit adieu aux plages paradisiaques pour retrouver les gratte-ciels et la pluie de la grosse pomme, ainsi que les blagues sur leurs marques de bronzage. Particulièrement pour Bucky qui arborait de magnifiques traces de tee-shirt jurant avec ses bras écrevisses. Sam, qui avait été plus raisonnable et n'avait pas oublié la crème solaire, n'était pas le dernier à se moquer de la fragilité de sa peau.
Ils racontaient leurs diverses filatures et en étaient au jour où ils avaient feint une dispute et que Bucky avait hurlé sur un parfait inconnu dans un mélange approximatif de russe et d'anglais au milieu d'un bar bondé – « Je l'avais entendu téléphoner à sa maîtresse un peu plus tôt, alors j'ai prétendu qu'elle était ma femme pour m'énerver contre lui et renverser sa table » se justifia le concerné, tout sourire – pour attirer la sécurité et détourner l'attention de Sam qui se faufilait dans la salle privée, où leur cible revendait des sachets de poudre peu anodins.
– L'avantage avec le russe, expliqua l'espion, c'est qu'il y a tellement peu de gens qui le parlent aux États-Unis que je pourrais aussi bien réciter La Reine des Neiges et rester effrayant.
Sam eut l'air très fier de son acolyte quand il expliqua que le tapage ainsi créé avait couvert le bruit de ses pas, lui permettant de prendre les dealers en photo avant de les arrêter, et le téléphone de Carol choisit cet instant pour vibrer.
Elle ouvrit machinalement tumblr mais se figea aussitôt qu'elle vit le pseudo dans ses notifications. Peter lui coula un regard interrogateur alors elle lui tendit l'appareil, et il serra les dents en lisant le commentaire insultant – et incroyablement vulgaire – publié sous son post sur les avions de l'US Air Force dans les années 80. Cet anonyme, se cachant sous le nom de Yon-Rogg, prenait soin depuis quelques mois d'insulter le moindre trait de sa personne, depuis sa personnalité jusqu'aux angles qu'elle choisissait pour prendre ses photos, et semblait avoir tant besoin de son attention qu'il lui envoyait le même message sur chacun de ses réseaux sociaux. Il l'avait même harcelée sur son site de jeux de rôle favori avant de se faire bannir par les admins. Peter se contenta de signalements avec le compte de Carol puis le sien, avant de la spammer de gifs de chatons par sms. Malgré la colère et la fatigue qui s'étaient allumées dans ses yeux, Carol eut un sourire reconnaissant et empli de douceur pour son ami, geste qui n'échappa pas à Sam. Il se pencha vers May, assise à côté de lui, et souffla sur le ton de la plaisanterie que les deux adolescents étaient mignons ensembles. May eut un sourire crispé et acquiesça dans le doute, car spéculer sur la vie amoureuse de son neveu était bien moins dans ses habitudes que pour le quatuor de ses amis.
Ils finirent par s'installer à table pour entamer les plats apportés par chacun d'eux – les repas patchwork où tout le monde mettait la main à la pâte étaient les meilleurs selon eux et diminuaient en plus la charge de travail individuelle. D'autant plus quand Bucky amenait des pommes de terre sautées.
– Pour fêter le retour de mission, dit-il, soudainement gêné par les sifflements admiratifs.
– Je vois pourquoi tu as tant insisté pour faire ton poulet au four, taquina Natasha à l'intention de son partenaire.
Steve ne dit rien et prit une bouchée de chacun des plats qui allaient si bien ensemble. La pomme de terre fondit doucement dans sa bouche et il ferma les yeux pour mieux les déguster, avec un air de pleine satisfaction.
– C'est, commença-t-il. Exactement comme dans mes souvenirs. Je pourrais presque souhaiter que tu partes en mission plus souvent si tu en cuisines à chaque fois.
Bucky ne manqua pas de rouler des yeux au compliment, mais rosit et évita son regard.
– Désolé mec, j'ai beau aimer partir en mission, si tu touches à mes vacances je change ta sonnerie par du Ed Sheeran pour les semaines à venir, recettes de maman Rogers ou non, fit Sam.
– Papi Stevie ici présent a toujours du mal avec son téléphone, continua Natasha en tapotant l'épaule du concerné.
– Vraiment, c'est à se demander ce qu'il ferait sans toi.
– Il se serait fait avoir par tous les démarcheurs possibles et aurait pris des abonnements pour quatorze chaînes différentes alors qu'il ne regarde pas la télé.
– Je comprends, les publicités pour le câble sont les pires, intervint May. Il m'a aussi fallu du temps pour saisir quelque chose à ce que Peter m'expliquait, mais je peux essayer de t'aider si tu veux.
– Tu es trop gentille avec lui. Alors qu'il était prêt à me renvoyer à l'autre bout du pays.
– Ne vous inquiétez pas May, j'ai déjà essayé mais il est une cause perdue, assura Carol ce qui fit sourire Peter. La technologie n'est juste pas faite pour lui.
– Vous pouvez m'attaquer à trois contre un mais je resterai debout, contra Steve en lançant un regard faussement courroucé à Natasha, Sam et Carol. Ma revanche sera terrible.
– Mince, c'est qu'il fait peur.
– J'en tremble encore.
– Il n'y a que Bucky qui me comprend ici, de toute façon !
– Je croyais que May t'avait proposé son aide ? contredit celui-ci. A moins que l'âge fasse trop décliner ton ouïe pour que tu puisses entendre une alliée se proposer…
– Sam, dis-moi si je rêve. Papi numéro deux vient de se rebeller contre son ami de toujours.
Steve en était à lâcher de longs soupirs dramatiques accompagnés de « Nooon, Bucky, pourquoi toi aussi ! » et May se tourna vers les deux adolescents l'air profondément confus. Carol haussa les épaules : ces adultes étaient une cause perdue.
– J'ai eu la même réaction au début, la rassura Peter. Monsieur Stark passe son temps à les chasser de son laboratoire, mais je crois qu'au fond il les aime bien.
Steve faisait à présent des yeux de chaton à Bucky, qui finit par craquer et lui assurer qu'il serait avec lui jusqu'au bout dans sa bataille contre les modes d'emploi des téléphones portables.
– Et puis, on ne s'ennuie jamais vraiment, ajouta Carol.
La conversation enchaîna sur des questions plus terre-à-terre. May racontait ses déboires au travail – elle était employée dans une association d'aide au logement pour les personnes expatriées ou en difficulté financière, et courait sans cesse entre les collectes de dons et les dossiers administratifs. Elle croisait toutes sortes de personnes étonnantes et chaque relogement lui donnait une anecdote joyeuse. Elle était en pleine description d'une de ses collègues psychologues qui décorait son bureau avec une infinité de plantes, à tel point qu'un patient de huit ans avait fini par se construire une cabane entre deux ficus un jour qu'elle avait dû s'absenter au milieu d'une séance. Sam, assis à côté d'elle, riait et répondait par des histoires égales de ses séances avec les vétérans, en tant que bénévole dans un centre pour anciens soldats. Bucky, installé de l'autre côté de Sam, s'immisçait parfois dans la conversation tout en essayant d'amadouer Goose, roulé en boule sur le buffet et parfaitement indifférent à ses avances. Natasha et Steve, en face, alternait les commentaires à chacune des personnes invitées. Carol, à la droite de ses parents, et Peter, à sa droite, avaient totalement décroché et parlaient de leur côté de leurs vies respectives – évitant tout de même les sujets sensibles en telle compagnie, c'est-à-dire celle d'un groupe d'adultes fournis avec les blagues assorties et un peu gênantes. Autrement dit, leur vie sur internet disparaissait subitement et Maria et MJ étaient des amies auxquelles le problème de proposer un rendez-vous ne se posait absolument pas. Les plats inspirés de Sarah Rogers ainsi que la salade de May furent débarrassés, le dessert – un gâteau au chocolat préparé par Sam – fut entamé et les voix s'arrêtèrent un instant, surprises.
– Je ne pensais pas voir ça un jour, commença Carol en regardant le morceau piqué sur sa fourchette avec le plus parfait étonnement.
– Pas de mensonges entre nous Wilson : vous avez pris des cours de cuisine pendant la filature ? accusa Natasha.
– On a joué aux gentils voisins qui offrent des pâtisseries à la grand-mère du dessus. Idée de Barnes pour entrer chez elle et avoir la vue sur le bar.
– Le beurre salé est bien équilibré, il relève parfaitement le goût du chocolat, commenta l'intéressé en connaisseur. La cuisson est pile-poil. Je le verrai bien avec des copeaux de caramel.
– Il faudra que tu me donnes la recette ! s'exclama May.
– Et puis soyons honnête, poursuivit Sam, la seule chose que Terminator aime autant que l'espionnage doit bien être la cuisine, alors ça l'occupait quand on n'avait pas assez d'informations sur nos gars pour les suivre.
– Et les chats, ajouta Steve. N'oublie surtout pas les chats.
– Oh, j'en connais un autre qui pourrait en dire autant, répliqua Bucky en désignant les multiples jouets disséminés sur le parquet et les traces de griffes sur les chaises.
– Ces bestioles sont le diable incarné, dit Natasha. Un regard et on leur pardonne tout, il est impossible de s'énerver contre elles.
Goose, comme pour lui donner raison, s'étira et sauta gracieusement au sol. Il évita soigneusement toutes les chevilles sous la table, feula même quand Bucky tendit la main pour le caresser, et grimpa sur les genoux de Carol, frottant sa tête contre son visage en ronronnant. Il s'installa en boule et joua à mordiller les doigts de l'adolescente.
– Et c'est ingrat avec ça. Ce chat n'accepte que personne ne le touche à part Carol. On lui met des croquettes et on lui achète des griffoirs, tout ça pour qu'il grogne après deux caresses, non mais vraiment.
L'expression de trahison sur le visage de Bucky fit rire toute la tablée, ce qui accentua encore le sentiment choqué.
– Je jure que je ne vous mérite pas ! Vous rirez moins quand vous devrez m'appeler en panique pour un gâteau ou pour une mission de surveillance !
– Eh, le mien était très bon ! s'écria Sam. Par contre, je te l'accorde, peu de personnes arrivent à jouer la comédie comme tu le fais, et c'était très pratique à Miami.
Seul Steve parut avoir pitié de lui et il se pencha pour poser une main sur son épaule :
– Ne t'inquiètes pas Buck, on est avec toi, on sait à quel point tu es précieux et on ne pourrait pas se passer de toi.
Ce qui prit Bucky par surprise, dissipant la blague pour laisser place à un petit sourire attendri et gêné.
– Je sais, sans moi Sam n'aurait jamais attrapé ce type… répondit-il, mais la conviction n'y était plus.
– Miami avait l'air tellement cool, souffla plus tard Carol à Peter.
Ils étaient entre deux parties de pictionnary. Steve commençait à somnoler sur le canapé, car l'effet des médicaments se dissipait et son corps ressentait la fatigue d'avoir tourné à plein régime toute la journée. Enfant, il en avait collectionné tant qu'il aurait pu en faire un bingo : asthme, problèmes de cœur et d'audition, scarlatine et rhumatisme articulaire aigu après une angine qui avait dégénéré. Il avait eu la chance d'accéder à la branche médicale du SHIELD avant même d'être embauché en tant qu'espion, et les docteurs avaient pu le soigner en partie. Il lui restait un sérum à prendre quotidiennement pour palier aux problèmes cardiaques résultants et prévenir les rechutes – mais même le sérum ne faisait pas de miracles. Il se contenta donc de regarder son entourage essayer de deviner ce que pouvait bien représenter les gribouillis de leur équipe – Peter ne se débrouillaient pas trop mal en dessin, Bucky avait appris des bases pendant sa rééducation, mais les autres… L'ancien étudiant en art qu'il était mourait d'envie de leur expliquer l'importance des proportions et de la profondeur. Carol, May et Peter affrontaient Bucky, Natasha et Sam et le score était serré.
– Une table ? Un… Un oreiller ? Un ananas ! Ah non, c'est un chien ! Un chien qui fait le beau !
Sam eut l'air d'hésiter entre rire et abandonner. Il ajouta un triangle dans le fond, surmonté de plein de traits énergiques et d'autres en zigzag le long d'un des côtés.
– Oui, répondit Peter à son amie, sur le même ton. J'aimerais tellement pouvoir partir avec eux.
– Un volcan ? Un volcan ! Pourquoi un volcan avec un chien ?
– Je sais, moi aussi. Mais mes parents trouvent que je suis trop jeune et que ce serait trop dangereux.
– Un dinosaure ! clamèrent Bucky et Natasha d'un même mouvement. Jurassic Park !
– Monsieur Stark dit la même chose. Et ce n'est pas May qui convaincra le SHIELD, elle ne me laissera pas y aller à moins qu'un escadron de gardes du corps ne m'accompagne.
– Papa est pareil. Maman voulait bien y réfléchir au début, mais entre Sam et Jamie qui sont rentrés de Miami et sa mission à Saint-Pétersbourg l'année dernière avec Clint Barton, elle n'a plus jamais voulu en entendre parler.
– May a peur aussi quand elle les entend raconter ce qu'ils font, elle est hyper protectrice mais je ne demande pas de grosses missions…
– Juste de quoi s'entraîner, oui.
– Tic et Tac, c'est votre tour !
Sam leur tendit l'ex-boîte à cookies qui servait de chapeau pour l'occasion et Carol piocha un mot. Elle commença à dessiner et son parrain se pencha vers Bucky pour lui glisser :
– Je leur donne deux semaines.
– Même pas. The Greatest Showman sort dans quinze jours.
– Je parierai plus sur Star Wars pour leur premier rendez-vous. C'est plus le style de films de Carol.
Sam voulut demander à May ce qu'elle en pensait, si selon elle Peter apprécierait une comédie musicale se déroulant dans les années 1870, mais elle était trop occupée à déchiffrer l'espèce de nuage sur la feuille de Carol et, si elle les entendit, elle se garda bien de sourciller.
