Disclamer : Rien ne m'appartient

Titre : Wild With All Regrets

Auteur : Cithara

Traducteur : Ange Phoenix

Bêta : Antidote

Résumé : Deux ans après la bataille finale, Severus se languissait encore à Azkaban avec peu d'espoir de gagner sa liberté. Mais, finalement, le ministère accepta de tenir un procès, attendu depuis longtemps, à une seule condition : que Severus soit remis à la garde de Harry pendant la période de liberté conditionnelle. Cependant, Severus et le monde des sorciers avaient changé entre-temps, et Severus devait se réconcilier avec ses deux changements.

Autorisation : J'ai l'autorisation pour toutes ses fanfictions

Note : h.t.t.p.s : / / discord . gg / zFp2PHTxDR (vous pourrez voter pour la prochaine traduction / fanfiction, ou encore relever des défis pour écrire vos propres fanfictions)


Wild With All Regrets


Chapitre 2


« Laisser cela sans traitement pendant deux ans est criminel, tout simplement criminel ! » déclara Maggie entre deux coups de baguette alors qu'elle examinait la blessure à la gorge de Severus. « C'est étonnant que vous soyez encore en vie. »

Le comportement de Maggie au chevet de Severus laissait à désirer, mais elle était efficace, utile et c'était une guérisseuse incroyablement douée. Il n'avait pas fallu longtemps à Severus pour décider qu'il l'aimait plutôt bien, et il était clair, au fil de leur séance, qu'elle avait vu beaucoup de cas comme le sien et qu'elle avait l'habitude de soigner ceux qui avaient goûté aux hospitalités d'Azkaban.

« Bon, reboutonnez votre chemise, nous allons avoir une petite discussion », ordonna Maggie, et Severus suivit les instructions pendant qu'elle allait dans la salle de bain et se lavait rapidement les mains.

Il s'installa sur le bord de son lit et Maggie revint se placer devant lui, ramassant ses notes et faisant quelques gribouillis rapides. « Eh bien, vous ne serez pas très surpris d'apprendre que vous n'êtes pas en bonne santé », dit-elle, et Severus secoua la tête. « Vous êtes mal nourri, vous souffrez de carence en vitamines et vous montrez des signes d'une légère atrophie musculaire. Votre système immunitaire a été mis à rude épreuve et l'état de vos reins ne me réjouit pas ».

« Eh bien, je pensais que j'étais un vieux pruneau desséché, mais heureusement, vous m'avez détrompé », dit-il en levant les yeux au ciel, provoquant un sourire de Maggie.

« Mieux vaut être direct, professeur, il ne sert à rien de tourner autour du pot. C'est vrai que les choses vont mal, mais il n'y a rien ici que je ne puisse pas régler. Le plus tôt nous vous mettrons sous traitement, le mieux ce sera. »

Elle posa ses notes sur le lit puis se dirigea vers son sac médical, en sortit une armoire rétrécie qu'elle plaça à côté du lit avant de la redimensionner. Elle passa en revue les étagères pendant une minute ou deux, en claquant sa langue contre son palais. Elle sélectionna par la suite des flacons et les disposa sur le lit, en expliquant le but de chacun d'eux.

« Une potion de nutrition standard, une potion pour votre carence en fer, une potion pour aider votre système immunitaire et une potion qui agit comme une sorte de dialyse. Oh, mais regardez à qui je dis cela », dit-elle en tapant sur l'épaule de Severus. « Comme si vous aviez besoin que je vous dise ce que c'est, vous pourriez vous en prescrire vous-même, si j'ose le dire. »

« En effet. Qui a brassé tout ça ? » demanda-t-il, en prenant une des fioles et en l'élevant vers la lumière.

« Un de mes contacts, je refuse d'utiliser les brasseurs approuvés par le ministère, donc c'est... un peu top secret, dirons-nous ? Ne vous inquiétez pas, la qualité est irréprochable, je vous l'assure. »

« Ça a l'air assez décent », dit Severus, en secouant rapidement le flacon et en regardant les gouttelettes tomber sur le rebord de la bouteille. Il ressentit une douleur soudaine en pensant au temps qui s'était écoulé depuis la dernière fois qu'il avait eu la possibilité de brasser une potion et il se demanda s'il serait un jour autorisé à le faire à nouveau.

« Une dernière chose », ajouta Maggie, en mettant une main dans sa robe pour en sortir un petit tube et le lui remettre. « Mon propre remède, une solution topique pour votre peau. Une grande partie des dommages sera réparée une fois que vous aurez suivi un régime alimentaire approprié et que nous aurons remédié à la carence en vitamines, mais cela vous aidera tout de même. »

Severus ouvrit le couvercle et le renifla brièvement. Il n'était pas un homme vaniteux, mais la chance que le destin lui avait donnée au niveau de son physique était une sacrée bonne chose, mais l'état de sa peau était embarrassant. Elle était horriblement sèche, moins colorée que jamais, et plusieurs endroits étaient couverts de plaies. Il était dans un état terrible, on ne pouvait pas le nier, mais l'examen assuré et confiant de Maggie lui avait donné le sentiment qu'il n'était peut-être pas irréparable.

« Maintenant, je vais vous laisser une copie de votre programme alimentaire et donner l'autre à Harry. Il sait comment cela fonctionne, mais chaque régime est adapté au patient et c'est lui qui fera le plus gros de la cuisine », dit-elle avec un sourire éclatant.

« Vous... travaillez beaucoup avec lui ? » demanda Severus, et le sourire de Maggie se fit plus complice.

« Nous avons été mis en contact il y a quelques années quand tout cela a commencé. Nous travaillons bien ensemble. »

Severus était trop discret pour remettre en cause cette remarque, mais il se posait des questions. Maggie avait peut-être dix ans de plus que Harry, mais c'était une femme indéniablement attirante, et il n'aurait pas été surpris que l'homme s'intéresse à elle. Severus n'avait vu aucun signe que la fille Weasley était encore dans la vie de Harry et il n'avait fait aucune mention d'elle, faisant clairement comprendre qu'il vivait seul dans cette maison.

« Je vais vous laisser, Professeur, je dois encore parler à Harry. Ai-je votre permission pour lui donner une copie de vos notes de dossier ? Il en aura besoin dans le cadre de la procédure. »

« Oui, il peut les avoir », dit Severus en soupirant. « Cet homme n'est pas un idiot, il a la preuve de ses propres yeux que je suis loin d'être en bonne santé. »

Maggie sourit. « Vous n'avez pas idée à quel point il serait ravi de vous entendre dire qu'il n'est pas un idiot. Je parie que c'est le meilleur compliment qu'il ait jamais eu. »

Severus renifla et dit : « Le chéri du monde des sorciers ? Je pense que non. »

« J'ai oublié que cela faisait un moment que vous étiez loin du monde », dit-elle doucement, en rangeant ses affaires. « Vous verrez, les choses ont pas mal changé pour Harry. »

« Que voulez-vous dire ? » interrogea-t-il avec un froncement de sourcils.

« Vous devriez lui demander vous-même », dit-elle, en lui adressant un dernier sourire avant de quitter la chambre.

Severus soupira et étira ses doigts sur les flacons qu'elle avait laissés sur le lit. Tant de potions, et tout cela pour s'assurer qu'à terme, il pourrait ressembler vaguement à l'homme qu'il avait été. Il dut admettre qu'après un repas chaud et une nuit de sommeil incroyable, il se sentait plus humain qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Il ne sous-estimerait plus jamais le pouvoir de la nourriture et du repos.

Harry avait fait un simple ragoût de légumes et avait pris soin de ne pas en faire trop que ce soit au niveau de la quantité ou des saveurs, sachant que son organisme ne pourrait rien supporter de trop fort. Ce ragoût était plein de bonnes choses et de nutriments, et à chaque bouchée, Severus envoyait une prière silencieuse de remerciement parce qu'il était en mesure de profiter de quelque chose d'aussi satisfaisant.

Il avait mieux dormi qu'il ne l'avait imaginé, tombant dans un sommeil profond presque au moment où sa tête avait touché l'oreiller. La révélation de dormir dans un lit, sur un matelas avec une couette chaude sur le dessus, avait été un vrai bonheur. Il s'était réveillé désorienté et un peu confus, mais dès qu'il avait percé la stupeur du sommeil, il avait ressenti un immense soulagement en se rendant compte qu'il n'avait pas rêvé les vingt-quatre dernières heures.

Il rassembla les fioles de potions et les posa sur sa table de chevet, résigné mais néanmoins reconnaissant que sa santé reçoive enfin l'attention dont elle avait besoin depuis si longtemps. Il n'aimait pas penser à quel point sa santé aurait été compromise s'il était resté plus longtemps à Azkaban.

Il descendit les escaliers et découvrit qu'Harry s'apprêtait à raccompagner Maggie. Il s'assit sur le canapé et ramassa le journal local des moldus qu'Harry avait laissé sur la table basse, sentant un petit sourire se dessiner sur ses lèvres à ce simple plaisir.

« Tu es sûr d'être satisfait du protocole de guérison », demanda Maggie en enfilant son manteau.

« Oui, je pense que oui », répondit Harry, « je peux toujours t'appeler si je suis bloqué. »

« Ah oui ? Je suppose que tu penses que je n'ai pas de vie en dehors de toi, hein ? »

« Ca a été remarqué », dit Harry en souriant.

« Attention à ne pas rester coincé dans l'entrée avec ta grosse tête ! Bon, j'y vais, j'ai promis à Ron que je passerais chez lui et que je prendrais des nouvelles de Draco. A bientôt. »

Harry suivit Maggie sous le porche tandis que Severus considérait que c'était le deuxième indice qu'il avait entendu sur le fait que Draco vivait avec Ron. On lui avait dit que les choses étaient différentes, mais cela semblait repousser quelque peu les limites de la réalité. Pourtant, il vivait avec Harry Potter, des choses plus étranges s'étaient produites.

Harry était revenu dans la pièce, le visage pensif en regardant les notes que Maggie avait laissées. Il se promenait avec aisance autour des meubles, comme s'il était habitué à ce que son attention se porte sur des choses plus importantes que de se frayer un chemin, malgré des tibias meurtris. Il s'enfonça dans un des fauteuils et retourna une page, puis passa sa langue le long de sa lèvre inférieure avant de la rentrer dans sa bouche et de la maintenir en place avec ses dents.

Severus n'avait pas réalisé qu'il regardait avant que son corps ne commence à réagir. Le fait de constater que son corps était encore capable d'une telle réaction était déjà assez surprenant, mais le fait de constater qu'il réagissait à l'homme auquel il pensait être indifférent était, au mieux, presque suffisant pour le faire rire à gorge déployée. Il se secoua mentalement et détourna les yeux vers le journal, se rappelant avec sévérité que cela faisait très longtemps et que n'importe qui pouvait paraître dérisoirement attirant sous le bon éclairage.

« Maggie vous a prescrit un traitement assez intensif, à ce que je vois », dit Harry en jetant un coup d'œil aux notes. « Ce sera un processus lent, mais il commencera bientôt à porter ses fruits. J'espère que cela ne vous dérange pas, mais une partie de la guérison dépendra de moi ».

« Oh ? » questionna Severus, reconnaissant que son corps l'ait libéré de l'emprise soudaine de l'excitation qui lui avait donné un tel choc.

Harry posa les notes sur la table basse et dit : « Votre blessure a besoin d'une attention quotidienne et Maggie ne peut pas être là tout le temps. C'est un sort de guérison assez compliqué que nous allons utiliser, cela prendra environ vingt minutes chaque jour ».

« Et quand avez-vous obtenu le titre de guérisseur ? » interrogea Severus avec un sourcil arqué, ce qui lui valut un sourire ironique.

« Quelle est cette citation qui dit que la nécessité est la mère de l'invention ? Tous les guérisseurs sont actuellement contrôlés par le ministère, ce qui fait de ceux en qui nous avons confiance une denrée rare. »

« Ce qui veut dire seulement Maggie, je présume ? »

Harry fit un signe de tête. « Je l'ai réussi du premier coup. Je ne dis pas que je suis prêt à prendre un poste à St Mangouste ou autre, mais Maggie m'a bien formé et je suis bon dans les domaines où je dois être bon. Ne vous inquiétez pas, vous êtes entre de bonnes mains ».

Il y avait eu de nombreuses fois dans sa vie où il avait été reconnaissant de ne pas être enclin à rougir, et le fait d'être assis en face de Harry alors qu'il faisait ce qui aurait dû être une remarque innocente était à ajouter à ces moments. « Eh bien, c'est un soulagement », dit-il, et Harry sourit en réponse. C'était vraiment déconcertant ; il n'avait jamais reçu un seul sourire de cet homme et, pendant vingt-quatre heures, il en avait déjà reçu plusieurs.

« Je vais commencer à préparer le déjeuner », dit Harry en se levant. « Une omelette nature, ça vous va ? »

Severus fit un signe de tête et Harry se dirigea vers la cuisine, s'arrêtant dans l'embrasure de la porte lorsque Severus dit : « Il y a quelque chose que je voulais vous demander. »

« Oh ? » répondit Harry en se retournant.

« Ce ne sont pas mes affaires bien sûr, mais... Draco... vit-il avec M. Weasley ? »

« Ah », commença Harry, en ajustant ses lunettes et en grattant l'arête de son nez. « J'allais attendre un peu pour vous le dire, mais je suppose que je n'ai pas réussi à être aussi discret. Oui, oui, il vit avec lui. »

« Pourrais-je avoir la permission de savoir comment diable cela s'est produit ? »

Harry tapa ses doigts contre sa cuisse pendant un moment avant de dire avec une sorte de sourire discret : « C'était notre première affaire. »

« Draco est allé à Azkaban ? » demanda Severus, horrifié.

« C'est l'un des premiers qu'ils ont arrêté, avant de décider que tous les Serpentard devraient être jetés en prison », déclara Harry avec tristesse. « Les circonstances sont compliquées et trop laborieuses pour être décrites maintenant, mais nous l'avons finalement fait libérer et il n'avait nulle part où aller — »

« Lucius et Narcissa ont été incarcérés aussi ? » coupa Severus.

Harry s'arrêta, choisissant clairement et soigneusement ses mots, avant de dire tranquillement : « Non, ils sont tous les deux morts. »

« Morts ? » répéta Severus, surpris.

Harry soupira et se rassit dans le fauteuil en face de Severus. « Ils se sont tous les deux enfuis immédiatement après la fin de la guerre. Draco a choisi de rester pour faire face à la situation, je suppose. Je ne connais pas les détails, mais il semble que Lucius... était devenu déséquilibré, mentalement, et quand les aurors les ont finalement trouvées, il a pris Narcissa en otage et a fini par se livrer à un meurtre-suicide avec elle. »

Severus s'arrêta un instant, choqué d'apprendre que deux personnes qu'il connaissait depuis si longtemps, des personnes pour lesquelles il n'avait peut-être pas les sentiments les plus profonds, mais avec lesquelles il partageait un lien, étaient néanmoins mortes. « Il est donc allé vivre avec M. Weasley ? »

« Pas immédiatement. Il est d'abord allé vivre chez les Weasley. » Les yeux de Severus s'élargirent d'incrédulité et Harry émit un léger rire, en disant : « Je sais que cela semble improbable, voire impossible, mais c'est arrivé. Il était... très brisé quand il a été libéré, il avait besoin qu'on s'occupe de lui. Molly était encore... si malheureuse d'avoir perdu Fred que s'être occupée de Draco lui a donné un but, quelque chose pour canaliser toute cette énergie. Ils se sont guéris l'un et l'autre, je suppose. »

« Et maintenant ? » demanda Severus, pas sûr de pouvoir supporter d'autres révélations sur le monde dans lequel il avait été libéré.

Le sourire suivant d'Harry était dépourvu de toute trace de tristesse et il dit : « Ron et Draco sont devenus proches alors qu'il vivait au Terrier. Ron y vivait aussi et ils passaient beaucoup de temps ensemble. Il a trouvé un cottage non loin d'ici et il leur a semblé logique que Draco l'accompagne ».

« Est-ce qu'ils... » Severus fit un vague geste de la main et Harry sourit.

« Ils sont tous les deux un peu lents à comprendre. J'espère qu'ils finiront par se rendre compte qu'ils s'aiment et qu'ils mettront fin à leurs souffrances. Pour l'instant, c'est une chambre séparée et des déclarations constantes disant qu'ils ne sont qu'amis ».

« Alors M. Weasley et Mme Granger ? » demanda Severus, se demandant depuis quand il s'intéressait à la vie amoureuse de ses anciens élèves.

« Strictement platonique, merci Merlin. Ils ont essayé pendant environ cinq secondes et ont réalisé qu'ils étaient hideusement incompatibles. Hermione ne voit personne en ce moment, je pense qu'elle préfère que ce soit comme ça ».

Severus savait que c'était l'occasion d'interroger Harry sur l'état de sa propre vie amoureuse, mais au fil des secondes, il se rendit compte qu'il n'était manifestement pas assez courageux. D'ailleurs, quelle importance cela avait-il de toute façon ? Que Harry soit sans attaches ou non, cela ne faisait aucune différence dans sa vie.

Harry prit son silence comme le signal qu'il devait retourner préparer le déjeuner et il retourna dans la cuisine. Severus reprit donc le journal, bien que son esprit soit bien trop préoccupé pour se concentrer sur la nouvelle selon laquelle le groupe d'entraide local organisait une collecte de fonds pour le toit de l'église. Il avait beaucoup de choses à penser et il faisait de son mieux pour s'assurer que la lèvre inférieure de Harry, tenue délicatement entre ses dents, ne soit pas la première de ces pensées.


« Nous prévoyons que le procès sera programmé pour janvier ou février », déclara Hermione alors qu'elle était assise en face de Severus, un dossier ouvert sur ses genoux, un stylo moldu à la main.

« Si loin ? » demanda Severus, en jetant un coup d'œil à Harry, qui se tenait sur le seuil de la cuisine, en train d'essuyer une tasse de thé avec un torchon.

« Ce n'est pas inhabituel », dit doucement Harry. « Nous étions préparés à cela. »

Severus comprit que c'était pour cela qu'Harry lui avait dit qu'il était prêt à partager sa maison pendant toute cette période, mais l'idée qu'il serait une telle contrainte pendant près de cinq mois mit Severus mal à l'aise.

« Cela jouera en notre faveur de toute façon, cela nous donne amplement le temps de préparer notre dossier. Remarquez », ajouta Hermione, en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule à Harry, « certaines personnes travaillent sur cette affaire depuis près de deux ans ».

« J'avais du temps devant moi », dit-il avec une sorte de sourire amusé avant de disparaître à nouveau dans la cuisine.

Severus savait que Harry avait passé beaucoup de temps à faire campagne pour sa libération, mais il n'en connaissait pas toute l'étendue. Connaissant Harry, il n'imaginait pas que l'homme avait fait les choses à moitié.

« Nous avons une bonne liste de personnes qui ont accepté de parler pour vous », informa Ron, reprenant là où Hermione s'était arrêtée. « Nous devons commencer à mener des interrogatoires et à les préparer au cas où ils seraient appelés. Mais beaucoup de choses vont dépendre de vous, Professeur ».

« Moi ? » demanda Severus, réfléchissant une fois de plus à l'apparence très adulte de Ron. C'était la deuxième fois qu'il le voyait depuis sa libération et il pensait qu'il faudrait plusieurs autres visites avant qu'il ne s'habitue à considérer Ron comme un adulte, et compétent en plus de cela.

Ron mit une boucle rouge derrière son oreille et dit d'un ton mesuré : « Les choses qui seront abordées au tribunal seront profondément personnelles et personne ne peut vous faire parler d'elles. Cependant, notre meilleure chance sera que vous soyez aussi honnête et aussi ouvert que possible, et je crains que cela ne soit pas facile pour vous ».

Severus fit une pause et baissa les yeux sur ses mains, se demandant si Ron avait toujours possédé une telle perspicacité ou si elle avait été acquise lors de sa soudaine propulsion vers l'âge adulte. Parler de ses affaires privées devant un tribunal, voire devant n'importe qui, n'était pas une pensée qu'il appréciait, mais son incarcération et le fait qu'il ait été dépouillé de toute fierté et dignité l'avaient amené à réévaluer ces choses entre-temps.

« Je ferai ce qu'il faut », dit-il doucement, et Ron acquiesça en souriant.

« Vous avez tout le temps nécessaire pour préparer ce que vous voulez dire, et nous avons une bonne équipe de juristes qui sont très doués pour élaborer des témoignages », annonça Hermione. « Quelqu'un viendra vous voir dans quelques semaines pour entamer ce processus, mais, comme le dit Ron, cela ne sera pas facile ».

Severus soupira et décroisa les jambes, reculant inconsciemment un peu plus loin dans le canapé en disant : « Pourquoi ne pas tous s'adresser à l'éléphant dans la pièce et reconnaître que l'obstacle le plus difficile à surmonter est le fait que, quelle que soit la raison, je suis le responsable de la mort d'Albus ? »

Harry réapparut sur le seuil de la porte, le torchon pendu à son épaule. Il y avait quelque chose dans son expression, quelque chose que Severus n'avait jamais vu auparavant, et cela lui rappelait que le garçon, qu'il avait autrefois connu, avait été remplacé par un homme que Severus n'avait pas encore entièrement compris.

« J'ai moi-même témoigné à ce sujet, mais l'élément décisif sera vos souvenirs, si vous nous permettez de les partager », apprit Harry tandis que Severus le regardait avec surprise.

« Vous voulez dire que vous ne les avez pas encore montrés ? » demanda-t-il.

« Ce n'était pas à moi de les rendre publics », répondit Harry avec douceur, et Severus n'était pas préparé à la vague de honte qui l'avait frappé en réalisant que son évaluation de Harry dans le passé avait été pour le moins mesquine.

Sentant le changement de l'atmosphère, Hermione s'éclaircit la gorge et poursuivit : « Ce sont des choses dont nous pourrons discuter plus tard. Ron et moi voulions juste vous parler des bases aujourd'hui. La chose la plus importante pour le moment est de régler votre problème de santé et de vous acclimater à la vie en dehors d'Azkaban.»

Severus apprécia son efficacité et se sentit sur un terrain plus stable grâce à la dimension concrète de ce qu'elle disait. Il hocha la tête et dit : « Y a-t-il quelque chose que je ne sais pas déjà sur les conditions de ma probation ?

Hermione feuilleta les pages de notes et jeta un coup d'œil à la dernière page avant de dire : "Vous pouvez aller n'importe où dans un rayon de 30 miles, comme vous le savez déjà, mais vous ne pouvez pas utiliser la magie pour voyager —"

"Je ne peux pas utiliser de magie du tout", intervint Severus, incapable d'arrêter le ton de ressentiment qui se glissa dans sa voix.

Ron et Hermione échangèrent un regard et Ron se pencha légèrement en avant, disant de la même voix grave et mesurée qui surprenait encore Severus, "Ce n'est pas tout à fait vrai".

"Que voulez-vous dire ?" demanda-t-il.

Ron pressa ses doigts sur ses lèvres pendant un moment, puis dit : "Il y a actuellement une pénurie de fabricants de potions compétents dans le pays. Le ministère contrôle tous ceux qui ont une licence de brassage, mais parmi eux, il n'y a personne qui possède une maîtrise. En d'autres termes, ils sont désespérés, et votre caution dépend de votre accord pour brasser pour eux".

"Ce n'est pas si simple", dit Severus en fronçant les sourcils. "Pour faire des potions, il faut être en possession d'une baguette."

"Nous le savons", dit Ron, et Severus ne comprenait pas le sourire qui se dessinait sur ses lèvres. "Le ministère vous a donné une de ces baguettes", dit-il, en fouillant dans sa robe et en sortant une baguette magique qui ressemblait à celle que les familles de sorciers donnaient aux enfants qui avaient des problèmes pour contrôler leur magie et qui avaient besoin de quelque chose pour la canaliser. "Il s'agit d'une baguette à usage restreint, fortement surveillée et réglementée, qui vous a été remise."

Ron la posa sur la table et Severus la regarda avec mépris. Il aurait préféré ne rien avoir plutôt que ce bâton humiliant qui servait à peine plus qu'un crayon. Il entendit un rire doux et il leva les yeux pour voir Harry le regarder avec un sourire complice.

"Je pensais bien que vous réagiriez comme ça", dit-il. Il se dirigea vers la petite table qui se trouvait sous la fenêtre et ouvrit le tiroir, en sortit quelque chose et revint pour se tenir devant Severus. "Vous préférez votre propre baguette, j'ose espérer", dit-il, en tendant la main, dans laquelle Severus pouvait voir une baguette qui ressemblait étrangement à la sienne.

"Elle était cassée", dit-il doucement, "ils l'ont cassée en deux".

Harry s'assit à côté de lui sur le canapé, en tenant toujours la baguette, Severus étant trop méfiant pour la prendre. "Ils ont cassé un double", dit-il, comme si c'était la chose la plus évidente au monde.

"Ce n'est pas possible", répondit Severus, plus perplexe qu'il ne l'avait été depuis un moment.

Harry sourit et regarda Ron, qui lui répondit avec son propre sourire et dit : "George a un... ami qui a un talent particulier pour cloner des baguettes. C'est extrêmement illégal et s'il était pris sur le fait, je n'aimerais pas savoir ce qui lui arriverait... ou ce qui nous arriverait si nous l'employions".

"Le fait est," continua Hermione, en reprenant le fil, aussi heureuse que les deux autres, "que lorsqu'ils ont cassé ce qu'ils croyaient être votre baguette, ils l'ont désenregistrée. En ce qui concerne le ministère, cette baguette n'existe plus".

"Ce qui signifie bien sûr," dit Harry, en la plaçant sur le canapé à côté de Severus, "que vous pouvez l'utiliser à votre guise."

Severus la fixa un instant, ayant du mal à comprendre que c'était sa baguette qui était là, innocemment. Il avait cru qu'elle était partie pour toujours, que peut-être un jour il parviendrait à s'en procurer une autre, mais que ce ne serait jamais pareil, qu'il ne serait jamais aussi lié à elle qu'il l'avait été à l'instrument qui lui avait permis de canaliser sa magie si efficacement, sans lequel il s'était senti si perdu au cours des deux dernières années.

Il l'attrapa lentement et passa ses longs doigts dessus avec légèreté avant de les laisser s'enrouler autour du bois sombre et brillant. Il tint la baguette en l'air et la retourna dans ses doigts, se rappelant son poids, sa forme, la sensation qu'elle lui procurait. Il ne pouvait pas se tromper, c'était la sienne, elle bourdonnait le long de ses nerfs et réveillait les braises profondes de sa magie endormie.

"C'est vous qui avez fait ça ?" demanda-t-il en regardant Harry.

"La pensée de vous sans elle ne me plaisait pas", répondit l'homme. "De plus, je savais que vous en auriez besoin quand vous sortiriez."

"Vous ne pouviez pas savoir qu'ils me laisseraient sortir", répliqua Severus, et l'expression de Harry était une fois de plus une expression que Severus ne connaissait pas.

"Je savais que je n'allais pas m'arrêter avant qu'ils ne le fassent."


Et voici le second chapitre de cette fanfiction !

Je suis vraiment pressée de découvrir ce qui s'est passé depuis la fin de la guerre pour Harry !