Chapitre 64
- C'était bien Remus, avec ton petit copain ? J'ai presque cru que tu allais dormir dans ses bras cette nuit… Mais non, Remus est, enfin, de retour dans son dortoir. Qu'il n'aurait jamais dû quitter…
Remus tressaillit. Il venait de franchir la porte de son dortoir qu'il ne reconnut pas de suite. Les rideaux, qui tombaient normalement autour de leur lit à baldaquin, avaient été arrachés, comme si, quelqu'un s'était acharné sur eux, des bouts pendaient lamentablement aux attaches par endroit, et des livres, normalement rangés dans la bibliothèque, gisaient au sol.
Et au milieu de cette scène, Sirius, debout, ivre de rage. Peut-être légèrement alcoolisé, assez pour faire des dégâts.
- Qu'est-ce-que c'est que… ? s'étonna Remus en posant les lettres sur la commode près de la porte et en étudiant avec stupéfaction la pièce.
- Tu ne m'as pas répondu, Remus, c'était bien avec ton petit copain ?
Le ton de Sirius était dur, froid, ne laissant aucune place à la réplique, ses yeux étaient brillants de colère, l'alcool le désinhibant de toute précaution avec son meilleur ami.
Il se tenait droit, imposant sa présence dans le dortoir, tel un parfait jumeau de Tomson, renvoyant Remus loin dans ses souvenirs, qui ne savait déjà plus distinguer la réalité de son dortoir aux souvenirs du manoir où il avait été esclave. Sirius lui faisait peur. Vraiment. Ses tripes se broyaient, ses mains tremblaient. Il savait qu'il avait peut-être été trop loin en rejoignant Severus, mais il n'avait pu qu'écouter son cœur. Priant maintenant pour ne pas le regretter amèrement.
- Petit copain ? Voyons Sirius je n'ai pas de … tenta-t-il de se défendre avant d'être coupé brutalement par Sirius les yeux écarquillés de rage.
- ET TU FOUTAIS QUOI AVEC LUI ALORS ?
Remus sentit le bois de la porte l'acculer, tandis que Sirius avait fait deux pas vers lui. Il ne s'était même pas senti reculer. Il n'avait juste senti qu'une chose. L'état de Sirius le mettait clairement en danger. Ce n'était plus son meilleur ami qui lui parlait, c'était un maître, un homme semblable à Tomson qui avait tous les droits sur lui.
- Sirius, calme-toi s'il te plaît, tenta-t-il avec la voix du désespoir.
Un sourire froid, sans âme, naquit sur les lèvres du Gryffondor. Un sourire sarcastique, glacial encore plus accentué par l'alcool ingurgité. Quand il parla, ce fut avec une fureur difficilement maîtrisée :
- Quand tu es parti, que tu m'as dit que tu avais besoin de temps pour toi, je t'ai laissé partir, et j'ai prié Merlin pour que tu ne rejoignes pas ce salaud, et quelle ne fût pas ma triste surprise, quand, ne te voyant pas rentrer à plus de vingt-deux heures passées, je ne pus que constater que tu n'étais nulle part sur la carte du Maraudeur ! Tu avais littéralement disparu du château. J'ai donc pensé immédiatement à une chose. La salle sur demande. Je me suis dit que tu avais dû vouloir trouver un refuge, pour être seul et réfléchir. Et je t'ai laissé ce temps, mais j'ai été subitement pris d'un doute. Un sale doute qu'il me fallait éclaircir. Et devine quoi, Remus, devine qui je n'ai pas trouvé non plus sur cette putain de carte ?
Le ton froid avec lequel lui parlait Sirius figeait Remus.
Evidemment, la carte du Maraudeur….
Et évidemment qu'il savait tout de son escapade avec Severus… Mais il ne put se résoudre à avouer. Que serait capable de faire son maître en réponse ? Lui qui était déjà si furieux, les traits de son visage étaient déformés, distants. Et dans une déglutition difficile, Remus réalisa qu'il lui semblait revoir là le Sirius qui avait sonné chez Tomson, un bel après-midi d'été.
- Severus n'était pas avec moi, glapit Remus, terrifié par son maître.
- Rogue n'était pas non plus sur la carte du Maraudeur ! hurla alors Sirius en attrapant la carte qui était posée sur son lit derrière lui, la secouant sous le nez de Remus qui s'était tassé un peu plus encore contre cette porte de bois qu'il rêvait de pouvoir casser pour s'enfuir à travers, peut-être pour retrouver les bras protecteurs de Severus. Ne m'insulte pas, Remus, s'il te plaît ! Il n'y a qu'une seule bonne raison pour laquelle, soudainement, vous disparaissiez tous deux de la carte du Maraudeur. Alors, il sembla chercher à calmer sa colère et articula à voix basse, rauque, comme si, le dire était aussi difficile que d'entendre la voix de Remus, je ne sais pas quelle réponse me mettrait le moins en colère, mais dis-moi, la voix cassée par la jalousie avec laquelle parlait Sirius fit frémir son meilleur ami, l'as-tu suivi volontairement, ou t'a-t-il obligé à y entrer pour te faire du mal ?Donne-moi une seule bonne raison de sortir d'ici pour aller lui fracasser la gueule, dis-moi qu'il t'a obligé, forcé ! Dis-moi que tu n'étais pas volontaire pour aller t'enfermer là-bas avec lui, s'il te plaît, la voix contenue de fureur sonnait toutefois d'accents pathétiques, mués par la peur que l'indicible se soit encore produit sur son meilleur ami, trop terrifié pour comprendre cette peur.
Un silence passa, les deux hommes se faisaient face, Sirius planté à un pas de Rémus, le dos collé à la porte d'entrée du dortoir, hésitant à s'enfuir ou à confronter son maître.
- Réponds, Remus !
La voix qui avait alors hurlé fit sursauter Remus, dont le cœur battait la chamade.
- Non, Sirius, il ne m'a pas fait de mal, concéda Remus espérant que cette réponse suffise à son maître.
Il vit les yeux de son maître s'écarquiller de frustration, de colère, à mesure que Sirius comprenait ce que cela signifiait.
- Il ne t'a pas fait de mal, répéta-t-il d'une voix sans timbre, alors, dis-moi, la voix s'était faite féline, c'est toi ou c'est lui qui est allé à la rencontre de l'autre ?
Remus ne répondit pas. Il savait que ce qu'il avait à dire n'allait pas plaire à son maître.
- C'est toi, annonça alors platement Sirius, contenant mal sa colère ou sa déception, il ne savait plus, je le vois dans tes yeux, l'absence de ta réponse en dit long. Il marqua une pause, soupira et attrapa dans une main l'arrête de son nez dans une tentative vaine de se calmer, tu es allé chercher cet illustre connard. C'est ça. Tu avais besoin de te remémorer de bons souvenirs en sa plaisante compagnie j'imagine… le ton était clairement amer.
Comment arrivait-il à se contenir, étouffé par sa frustration, sa jalousie, sa colère ? Il ne savait même plus contre qui son ressentiment était réellement dirigé. Il ne savait plus qu'une chose, sa bouteille d'alcool était vide, et il n'avait plus rien à se mettre dans le gosier pour oublier. Oublier que son meilleur ami lui avait préféré un autre pour se consoler, oublier qu'il était incapable d'aider celui pour qui il donnerait sa vie. Oublier qu'il se sentait inutile.
- Tu as bu, Sirius.
Ce n'était pas une question. La voix de Remus avait tremblé, il espérait que Sirius se réveille, émerge de son état d'ébriété pour voir sa panique, pour que tout s'arrête, pour que...
- Ne change pas de sujet ! hurla alors Sirius, dépassé par la tournure des évènements, enivré par le seul remède qu'il avait trouvé à sa peine.
- Tu me fais peur, Sirius.
Il s'était tassé un peu plus encore, regrettant d'être revenu au dortoir. Il savait qu'il allait devoir rendre des comptes mais il pensait devoir simplement subir la mauvaise humeur de son maître sans que celui-ci ne perde à ce point le contrôle, embrumé par l'alcool.
- Ho, voyez-vous ça, Je te fais peur, moi ? Tu veux peut-être aller te consoler dans les bras de ton n'amoureux ? répondit sarcastique Sirius en laissant échapper un rire, comme si la situation l'amusait réellement. Mademoiselle veut peut-être que je lui envoie un hibou, pour que son chevalier arrive sur son cheval blanc et vienne la sauver des griffes du grand méchant Sirius ?
- Le cynisme ne te va pas, Sirius. S'il te plait, laisse tomber, tu n'es pas en état pour qu'on discute. On reparlera demain, quand tu auras désaoulé.
- Oh, parce que maintenant tu sais ce qui est le mieux pour moi ? A cause de qui j'ai bu à ce point ? Hein ?
Mais Remus préféra ne pas l'écouter, il chercha à l'esquiver, s'éloigner de lui, fuir ce dialogue impossible. Il voulait aller s'enfermer dans la salle de bains, ne revenir que lorsque Sirius ne serait plus pour lui un danger, mais malheureusement pour lui, son maître n'était pas décidé à le laisser s'en aller. Une main agrippa son bras et l'obligea à se retourner, le faisant grimacer sous la prise qui n'était pas tendre.
- Non, tu vois, moi je crois qu'on devrait plutôt en parler, maintenant !
Et sans se rendre compte de sa force, Sirius l'attira près de lui, avant de le pousser sur son lit constatant la panique qui avait encore plus grandi dans les yeux de son meilleur ami. Il laissa à nouveau échapper un rire, semblable à un jappement douloureux, ivre d'alcool et de ressentiment.
- Je te fais peur ? murmura-t-il finalement d'un ton blessé, Moi ? Je te fais peur ? Et Severus Rogue, après tout ce qu'il t'a fait, ne t'a jamais fait peur, lui ? Je dois peut-être rafraichir ta mémoire, Remus ?
Il attrapa alors les lettres qu'il avait jusqu'à aujourd'hui cachées à Remus, révélées ce soir, comme un explosion la nuit dans un ciel sans étoile, posées sur la commode sagement. Elles étaient la cause du cyclone qui détruisait en ce moment même les âmes dans ce dortoir.
- « Je sais que vous me haïssez, dit Sirius après en avoir choisi une qu'il commença à lire à haute voix, il s'interrompit pour dire, ça ne te fait pas peur, ça Rémus ? Je dois continuer ? alors soit écoute ce qu'il a à dire, ton chevalier servant : J'ai dû encore abuser de Remus, il s'est ensuite enfermé dans la salle de bains de sa chambre après la fellation qu'il a dû me faire. Je me déteste pour ça, mais j'ai malgré moi aimé ça. »
- Tais-toi, articula la voix tremblante de Remus, allongé sur le lit dans une position inconfortable.
- Quoi ? les yeux de Sirius se révulsèrent, avant qu'il laisse échapper un gloussement, tu veux que je taise ce qu'il a eu l'audace de nous révéler ? Ce fils de pute a pu te torturer, te violer et voilà que tu te mets à lui courir après ?
Il fouilla dans le paquet de lettres, et en piocha une autre, pas au hasard. Il savait précisément laquelle chercher, il l'ouvrit avec lenteur, grogna en posant les yeux sur les mots ancrés et fit la lecture à voix haute à l'intention de Remus :
- Tomson a fait encore une soirée, J'ai vu Remus se faire violer par chacun des hommes, et ça a ensuite été mon tour, encore une fois contre ce mur, il me suppliait, ses yeux étaient vides, désespérément vides tandis que je violais ce corps qui ne semblait même plus lui appartenir. Vous ne pourrez jamais me détester autant que je me déteste. Ce que je lui ai fait, j'y ai pris du plaisir, malgré moi, je ne sais pas s'il a entendu mon pardon, je sais juste que j'ai violé un garçon qui ne mérite pas un tiers du quart de ce qu'il subit actuellement, prononça Sirius d'une traite avant de reporter les yeux sur Remus. Il laissa planer un silence pesant avant de dire
- Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Hein, Remus, peux-tu me le dire ? Pourquoi tu nous évites, nous, tes meilleurs amis ? Pourquoi tu es incapable de nous parler, de te confier, à nous ? Hein ?
La folie qui s'était emparée des yeux de Sirius faisait peur, très peur. Remus ne se savait pas asthmatique et pourtant il sentit ses poumons se remplirent d'une lave si brûlante qu'elle l'étouffait. Qui était l'homme devant lui ? Ce maraudeur, ce meilleur ami qui savait si bien jouer le rôle de maître. Il ne savait plus vraiment où il était avec qui il était. Il savait juste qu'il puait actuellement la peur, la terreur dont se repaissent les maîtres, les autres, tous ceux qui n'étaient pas lui. Sirius se tenait debout, droit comme un I, devant le lit de Remus qui n'avait pas quitté la position dans laquelle il avait atterri depuis que son maître l'avait jeté dessus, paralysé, une boule monstrueuse grandissait dans son ventre au fur et à mesure que son maître parlait.
A la fin de son monologue, Sirius tomba sur le lit, à côté de Remus, il pouvait sentir le mollet de Remus frotter contre sa cuisse, tandis qu'il pianotait sur le matelas de ses doigts, en éparpillant les lettres près de Remus qui ne rêvait que d'une chose, émerger de son cauchemar. Il n'avait même pas osé amorcer un mouvement pour s'éloigner de lui, paralysé de peur.
- Je ne comprends pas pourquoi tu t'efforces de te rapprocher de lui et de t'éloigner de nous. Qu'avons-nous fait de mal, avec toi ?
La voix était illisible, Remus n'écoutait que sa peur tandis que, désinhibé, Sirius ouvrait les vannes de sa jalousie et de sa colère malhabilement.
- Sirius, je crois que…
- TAIS-TOI ! Qu'est-ce qu'il se passe, hein, Remus, dis-le-moi, que dois-je faire ? Je ne sais plus quelle attitude adopter avec toi.
Puis sans crier gare, il donna un grand coup sur le matelas, proche bien trop proche de Remus qui commença à trembler comme une feuille.
- Et arrête de trembler, parle-moi, dis-moi bordel ! Dis-moi ce que je dois faire ! Ce que tu veux mais parle-moi !
La voix commençait à prendre des accents rauques, désespérés, brisée entre ses hurlements et l'alcool, la fatigue venant encore accentuer ses intonations. Les pupilles de Sirius étaient complètement dilatées, de là où il était, Remus pouvait sentir son haleine empestant l'alcool, et de ce fait multipliant la force qu'il allait bientôt affronter sans le savoir.
Car sans crier gare, Sirius se jeta sur lui, s'allongeant définitivement de tout son long emprisonnant ses poignets dans ses mains, au-dessus de sa tête, le dominant par le poids de son corps qui écrasait totalement Remus, son visage à quelques centimètres du sien.
- J'ai tout fait, chuchota Sirius, cela le rendait encore plus terrifiant aux yeux de Remus, j'ai tout fait pour que tu me fasses confiance, j'ai tout fait, te laissant le temps, te protégeant, acceptant le temps qu'il te fallait pour t'ouvrir. Et toi, tu préfères te jeter dans les bras de ton violeur ? Dis-moi, Remus, est-ce là cette cruelle vérité que tu n'arrives pas à me dire, est ce que c'est ça que tu attends de moi pour être suffisamment à l'aise et me parler ?
Remus, qui était resté aussi mou qu'une poupée de chiffon jusqu'ici, se rigidifia à l'entente de ces derniers mots qui résonnaient à ses oreilles comme un bourdonnement. Quand ils prirent tout leur sens, brusquement, il fût emporté par l'angoisse que les mots de Sirius avaient fait naître, et commença à se débattre dans les bras de son meilleur ami et maître.
Il se figea quelques longues minutes plus tard, alors qu'un jeu de domination avait commencé et où il savait qu'il avait perdu d'avance, Sirius restait stoïque, naturellement plus fort, des larmes dans les yeux que Remus lui attribua à tort à l'excitation de la situation. Lutter ne servait à rien, il le savait depuis longtemps, il l'avait appris dans les bras de plus terrible que Sirius. L'homme au-dessus de lui changea de visage, il ne savait plus qui le dominait, qui tenait ses mains au-dessus de sa tête sans qu'il ne puisse se libérer. L'homme du marché aux esclaves, Tomson, Bargue, Rogue, Sirius, son maître. La tête lui tourna. Il avait peur, il avait mal. Aussi il débanda ses muscles, si son maître l'avait décidé, il ne pourrait rien faire pour lutter. Il n'était pas assez fort, il ne l'avait jamais été. Sirius éclata d'un rire qui lui rappelait avec aigreur celui de Tomson.
- Tu as peur ? De moi ? Ça me semble si irréel, Remus ! articula-t-il d'une voix cassée, frustrée. Qui suis-je pour t'interdire de préférer ton violeur à ton meilleur ami, hein ? Qui suis-je, moi, à part celui qui t'a sauvé de la mort, qui t'a tiré des griffes de Tomson et de ses amis, qui a tout fait pour te rendre ta liberté de corps, d'esprit, pour te permettre de vivre cette vie dont on avait privée. Dois-je en passer vraiment pas la case de maître pour que tu me fasses confiance ?
La poupée désarticulée qu'il tenait ne bougea pas, ne dit rien, accentuant sa frustration qu'il ne sût maîtriser à cause de son ivresse. Le lendemain il le regretterait certainement. Réunissant ses deux poignets dans une seule de ses mains avec aisance, semblant insensible aux supplications et aux tremblements de Remus, Sirius attrapa de sa main libre le menton de Remus et tourna sa tête, l'écrasant contre l'oreiller pour murmurer contre son oreille :
- Faut-il que j'en arrive là, Remus ? Faudrait-il que je passe, moi aussi, entre tes cuisses pour qu'enfin tu aies confiance en moi ? Peut-être que tu n'acceptes de parler qu'à ceux qui ont abusé de toi, Remus ?
La main délaissa le menton, glissa sur ce corps en le frôlant simplement, ressentant les tremblements qui l'agitaient, le faisant tiquer, mais pas assez pour réaliser qu'il allait trop loin.
- Rogue nous a raconté comment tu te précipitais sur lui, pour le déshabiller, parla Sirius, sa main se figeant au niveau de l'uniforme, où la chemise était rentrée dans le pantalon de Remus, maintenu par une ceinture de cuir sur laquelle Sirius tira. Tu ne bougerais donc pas Remus ? Tu ne ferais rien, si j'allais plus loin maintenant ?
Un silence passa, aucun des deux ne bougeait, puis finalement Sirius jappa, les yeux révulsés.
- Tu veux vraiment m'obliger à ça, Rémus ? Soit, articula-t-il, il faut bien que tu comprennes d'une façon ou d'une autre, et puisque ce n'est pas la méthode douce qui semble te convenir, préférons celle que tu connais.
Remus sentit qu'il tirait sur l'ouverture qui céda en un clic, une larme glissa de son œil pour tomber sur l'oreiller. De blême, le teint de Remus passa à blafard. Les mots qu'il venait d'entendre faisaient résonner trop de choses en lui. Et soudainement, il accepta son sort. Son meilleur ami n'était en ce moment plus que son maître, et il était trop saoul, trop fort pour qu'il puisse de toute façon échapper à son destin, si c'était là, la volonté de Sirius, incapable de comprendre au-delà des mots, de l'attitude brute qu'il avait devant lui. Son meilleur ami, ivre de toutes sortes de choses cherchait juste à le faire sortir de ses gonds. A grand renfort de jalousie, typique de Sirius, il agissait sans réfléchir, mué par les embrumes que provoque l'alcool. Remus relâcha la pression, décontracta tous ses muscles et attendit en essayant de faire le vide dans son esprit. Devenir un automate, obéir aveuglément pour avoir moins mal, partir loin dans ses pensées que pour l'éternité du viol dure un peu moins longtemps.
Il ne sut combien de temps il passa, là, les poignets douloureusement emprisonnés dans la main de son meilleur ami qui n'avait pas cessé de le fixer du regard, sans rien dire, comme perdu dans ses pensées, et qui finalement grogna puis le lâcha, tombant en arrière, en travers du matelas, les yeux mi-clos, semblant avoir pris dix ans.
- Je ne serai jamais comme lui, tant pis si tu ne veux pas me faire confiance, je ne m'abaisserai jamais à son niveau, tu m'entends Remus ?
Mais Remus n'entendait pas. Ses oreilles bourdonnaient trop fort à ses oreilles, son corps entier hurlait d'un cri qu'il ne laisserait pas sortir. Il n'était en ce moment que terreur.
Il ne retenait qu'une seule chose, son maître ne lui avait rien fait, il s'était contenté de le regarder, comme s'il essayait de lire à travers lui, de son regard troublé par l'alcool. Et Remus ne lui laissa pas le temps de changer d'avis, il profita de ne plus sentir son corps peser sur lui, et se précipita à la salle de bain, où il s'enferma, comme dans une habituelle ritournelle.
À moitié comateux, Sirius, allongé sur le lit de son meilleur ami ne remarqua même pas sa fuite, l'alcool l'entraîna vers les limbes du coma, et avant de sombrer dans un sommeil de plomb, il articula dans un murmure déchiré, la voix perçant d'accents pathétiques :
- Tu n'as toujours pas compris que tu n'avais pas besoin d'avoir peur de moi.
