Racine - 138 mots
Moineau et Myrtille ne comprenaient pas pourquoi, mais leur mère n'avait pas de racines. Elle semblait avoir été jetée dans l'existence depuis nulle part, comme une créature fantastique apparue du néant et qui habitait sur le Protectorat depuis lors. Il y avait, c'était vrai, un éclat mystique et insondable dans ses yeux, quelque chose que Myrtille ne comprenait pas mais qui ne semblait pas si inconnu à Moineau. C'était quelque chose que les enfants n'avaient jamais retrouvé dans aucun autre regard, à part peut-être dans celui de leur oncle Bram. Mais leur père Geoffrey, lui, provenait d'une lignée constante et sûre, ils avaient même encore des grands-parents, des grands oncles et tantes à rencontrer. Il n'y avait guère que leur mère Daisy qui semblait être née sans racines, et qui était chez elle à la fois partout et nulle part.
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Architecte - 178 mots
On le surnommait le Grand Architecte, celui qui avait façonné le monde et tout ce qui le remplissait, les mers, les vallées, les montagnes, les animaux, les monstres et les Hommes. Ainsi que les Célestelliens. Il était d'une puissance colossale et d'une longévité infinie, et pourtant l'une de ses créatures parvint un jour à le mettre à mal. Frappé par un éclair maudit envoyé par Corvus, le Célestellien déchu, il disparut de la surface du monde. On l'attendit longtemps. Et puis, un jour, la réplique de Corvus, en plus douce, plus fidèle et plus téméraire, finit par comprendre quelque chose. Elle était plongée dans la lecture de livres anciens traitant des monstres à la puissance colossale que ses amis et elle affrontaient dans les souterrains, et soudain...
"Oh. Je crois que je sais où est passé le Tout-Puissant, dit-elle, abasourdie.
-Hein ? Où donc ?
-Les boss que nous combattons dans les souterrains... eh bien je crois bien que c'est lui."
Ils la fixèrent, interdits. Mince, tapaient-ils vraiment sur leur Dieu unique et tout-puissant depuis le début ?
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Fléau - 116 mots
La résurrection de l'Empire Klenfer était le pire fléau que le Protectorat avait connu depuis près de trois siècles. Les maladies, les catastrophes naturelles, les crises politiques, les bandits, les monstres, tout cela était une calamité pour chaque ville qui la subissait, mais avec l'Empire, c'était pire... Ils se propageaient aux quatre coins du Protectorat, soumettaient les villages, capturaient les voyageurs pour les faire travailler jusqu'à la mort... Et, tandis que, l'épée au clair, elle affrontait, seule, les légions de morts-vivants qui attaquaient le monde qu'elle était censée protéger, Daisy ne put s'empêcher de se demander si, plus que la chute, plus que l'errance, plus que l'incertitude, ça ne serait pas l'Empire qui la ferait sombrer.
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Aigu - 150 mots
Cette fois, c'en était trop, il ne supportait plus la voix de cette petite fée, son ton qui devenait parfois insupportablement aigu quand elle était excitée ou contrariée.
"Serait-ce trop vous demander que d'arrêter de prendre ces intonations outrageusement agaçantes lorsque vous parlez ? explosa Aquila un soir, à l'heure du dîner."
Daisy faillit en avaler sa soupe de travers. Elle avala laborieusement son potage et leva les yeux sous ses cheveux blonds pour suivre la scène.
"Outrageusement agaçantes ? s'indigna Stella d'une voix encore plus perçante que d'habitude. Tu ne t'es pas regardé avec ton air d'ours mal léché !
-Vous m'excuserez mais je ne vois pas le rapport !"
Tout à leur dispute, ils ne firent pas attention à Daisy qui s'était mise à rigoler dans sa cuillère. Fort heureusement, car entre son maître et sa meilleure amie, elle n'avait pas trop envie de devoir prendre un parti.
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Je me souviens de tout (Gérald de Palmas) - 148 mots (drabble bonus orphelin de la Fête de la Musique : au lieu d'un mot, basez-vous sur un titre de chanson pour écrire un texte, en dix minutes)
Bien sûr, Phénix n'avait jamais rien oublié. Elle était tombée du ciel et avait été condamnée à devenir une simple mortelle, mais pour elle, rien n'avait disparu vraiment. Dans son coeur, en tout cas, les Célestelliens et leur foyer avaient continué de briller avec force, comme la petite flammèche d'une bougie. Elle n'avait oublié ni les couloirs de pierre blanche, ni les arbres centenaires, ni les mers de nuages, ni le bleu irréel du ciel. Elle n'avait pas oublié ce que c'était de voler, ni le moindre visage célestellien.
"Je me souviens de tout, murmura-t-elle en fixant le ciel piqueté d'étoiles, sa hache et son épée à la main."
Elle n'avait pas oublié qu'elle venait des étoiles. La seule chose qu'elle ignorait, c'était si la disparition de son enveloppe célestellienne l'autoriserait à rejoindre les siens un jour. Ou si elle était condamnée à errer seule ici-bas pour l'éternité.
