/Publié le 18 pour le 17\ Cette série a été produite avec un générateur de mots aléatoires. Joyeux anniversaire, sis !


Désir

Raphaël et Marine avaient tout de suite été liés par la force des choses. Ils étaient les deux seules personnes, ou presque, qui étaient capables de comprendre les choix que Corvus et Séréna avaient faits, sans les juger. Et c'était si apaisant de rencontrer une personne qui ne se contentait pas de distiller bêtement des vilenies sans vraiment connaître le pourquoi du comment, qu'ils étaient rapidement devenus indispensables à l'autre. Ils étaient seuls ensemble dans ce monde injuste qui continuait de tourner même si leur meilleur ami respectif n'était plus là et ils tombèrent rapidement amoureux. Raphaël n'aurait jamais pensé éprouver ce type de sentiment ni Marine se retrouver engagée avec un Célestellien, mais ils n'essayèrent pas de contrecarrer ce désir qu'ils avaient de vivre ensemble. Ils s'installèrent dans une petite maison sur une falaise, dans la région de Dracocardis, et eurent plusieurs enfants. Deux d'entre eux, en souvenir de leurs amis disparus, se nommèrent Serein et Raven.

/

Don

Corvus était né avec un don rare, celui d'être capable d'aimer les mortels. Contrairement à ses congénères, il ne méprisait pas ces créatures ignorantes et belliqueuses dont le Tout-Puissant avait été si déçu. C'était une force, elle lui permettait de mettre tout son cœur dans sa tâche de Gardien et de ne pas développer lassitude et aigreur. C'est ça qui le conduisit à être le meilleur Gardien que les Célestelliens avaient jamais connu, mais comme ils ne pouvaient pas comprendre l'amour des mortels, ils préférèrent mettre ce talent sur le compte d'autres grâces : son intelligence, son sang-froid, son attention, sa détermination. Elles entraient en compte dans ses incroyables capacités, c'était sûr, même si elles ne faisaient pas tout. Après tout, le deuxième meilleur Célestellien de l'Observatoire était doté des mêmes vertus. Mais c'était parce que, disciple de Corvus, il avait été entrainé avec conviction et passion, sans lassitude pour sa tâche. De la dévotion et du cœur à l'ouvrage… c'était ça qui devait faire la véritable force des Célestelliens.

/

Mettre

« Pourquoi dois-je mettre ça ? Nous n'allons pas piquer une tête dans la mer, n'est-ce pas ? demanda Bram d'un ton suspicieux en soulevant à hauteur de son regard la bouée qu'Héphaïstos lui avait donnée.

-On ne sait jamais ! rétorqua le maître Célestellien avec sérieux. La qualité première d'un Gardien, mon élève, c'est de toujours être prêt à toutes les éventualités pour protéger son troupeau !

-Tu sais que tes "qualités premières" changent à chaque fois selon les besoins du jour ? Et pourquoi tu parles comme Aquila, maintenant ?

-Ne discute pas et enfile cette bouée ! Tu ne sais pas nager et je n'ai envie que tu coules.

-Parce que toi tu sais, peut-être ?

-Parfaitement !

-Hein ? Tu sais vraiment ? »

À ce moment, une enfant qui jouait au bord des quais de Rivesall glissa dans une flaque et tomba à l'eau. Ni une, ni deux, Héphaïstos plongea au milieu des vagues pendant que les adultes accouraient et ramena en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire le petit garçon à la surface. Bram le dévisagea avec de grands yeux et n'eut même pas envie de se moquer de son air fier et satisfait.

« Incroyable ! s'exclama-t-il en s'équipant immédiatement de la bouée rose. Apprends-moi ! »

/

Beaucoup

Corvus savait s'occuper d'un seul enfant à la fois. Tous les mentors célestelliens, malgré ce qu'on aurait pu en penser, s'ils avaient été compétents dans leur rôle de professeur, savaient bien s'y prendre avec les gamins. Mais six chérubins, ça faisait quand même un peu beaucoup. Corvus tenait sur ses genoux son fils Nathanaël, à qui il avait promis de lire une histoire, mais sa fille Hirondelle était également pendue à son bras, attendant de pouvoir lui demander quelque chose. Séréna essayait de se concentrer pour préparer le repas du midi en portant bébé Gabriel, leur dernier-né, dans des langes nouées autour de son dos, et en trébuchant sur les jouets d'Océane et Arnaud, le jumeau d'Hirondelle, qui s'amusaient dans la cuisine. Aythya, leur premier enfant, quant à elle, était plantée à côté d'Aquila et lui expliquait très sérieusement comment rendre ses vêtements célestelliens vraiment élégants. Le maître Célestellien avait l'air complètement assommé par cette situation et Corvus le raya de la liste des personnes à qui il pourrait avoir recours pour garder ses enfants, quand il sortait avec Séréna. C'était un coup à ce qu'il se retrouve noyé sous la masse de bambins.

/

Jeunesse

La mission de Noctua, en tant que Gardien de l'école Saint-Sévaire, avait quelque chose de revigorant. Voir toute cette jeunesse si vive, si enthousiaste, si bouillonnante de vie, ça l'obligeait à se maintenir en éveil constant, il ne fallait pas se mentir. Peut-être que le froid des étendues gelées y était aussi pour quelque chose. Il fallait s'y habituer, voilà tout. Ce qui n'était pas le cas de tout le monde.

« Vraiment, je ne comprends pas comment tes ailes ne se sont pas encore changées en glace, soupira Pincio en s'ébrouant pour chasser la neige qui se déposait sur ses plumes. Et tu me dis que c'est bon pour la circulation du sang ? Dans ces conditions, j'ai du mal à te croire.

-Tu demanderas à Milanus, le taquina Noctua en les rapprochant de l'une des cheminées de l'école. Mais tu viens ici tous les ans et tu me tiens toujours le même discours; pourtant, tes membres sont toujours en place, non ?

-Sans doute, grommela Pincio en cherchant l'apprenti de son ami du regard. Où est Merle ?

-Il veilleur sur les nouveaux pensionnaires. Les enfants peuvent être vraiment cruels entre eux. »

Le Gardien de Bacili hocha la tête et se rapprocha du feu. Il aimait venir à Saint-Sévaire. Ici, il avait l'impression qu'il y aurait toujours de la vie quelque part, et du même coup, de l'espoir.

/

Vague

Une nouvelle vague vint frapper Avica, qui se retrouva avec un paquet d'algues supplémentaire englué dans ses cheveux bouclés. Cramponnée à un rocher, elle ouvrit la bouche pour se plaindre mais les plantes aquatiques lui glissèrent sur le visage et elle faillit avaler du sable. La jeune apprentie toussa, cracha, secoua la tête et s'exclama :

« Mais enfin, Pelicanus, venez donc m'aider !

-J'arrive, Avica, j'arrive, répondit son mentor en guettant le bon moment pour plonger sur elle. Garde bien la bouche fermée ! »

Docile, la novice essaya d'arrêter de se plaindre et ne put retenir un soupir de soulagement quand Pelicanus piqua soudain pour la saisir par les vêtements et l'éloigner de l'eau. C'était bien la dernière fois qu'on la surprendrait à essayer de rattraper des malfrats en piquant directement sur eux au milieu de l'eau !

« Tu es couverte de sable et de saletés, remarqua son maître en la portant littéralement par la ceinture jusqu'à un petit ruisseau au sommet de la falaise. Allez, au bain ! Tu ne peux pas continuer à surveiller les mortels en collant comme ça.

-Maître ! Vous n'êtes pas sérieux !

-Tout à fait ! Ne t'inquiète pas, ici, tu as pied. »

/

Vieille

« Tu ne veux pas que Flore te voie… mais c'est ridicule ! Tu te rends compte, j'espère, que nous aurons l'air bien malins si notre meilleur élément nous fait défaut par manque de soins ? grommela Raphaël en crachant une bouchée des herbes médicinales qu'il était en train de mâcher et en tamponnant la blessure dans le dos de son ami.

-Elle a bien assez de travail comme ça, argumenta Corvus en reculant un peu sous les arbres qui bordaient les étages inférieurs de l'Observatoire quand l'un des leurs passa dans le ciel. Les conflits qui opposent les mortels les uns aux autres sont de plus en plus violents et nous obligent à nous exposer davantage que nous le devrions. Ce n'est qu'une plaie superficielle, tu le vois bien.

-Ce que je vois, c'est que même avec mes problèmes de vue, je distingue encore les bords enflés de cette blessure. Corvus, tu n'es pas celui qui répète sans cesse à Aquila que ce n'est pas grave d'avoir besoin d'aide ?

-Ai-je le droit de te demander de me laisser passer ça ?

-Tu as bien de la chance d'être mon meilleur ami. »

D'une main experte, Raphaël appliqua le cataplasme sur la plaie et ne put s'empêcher de soupirer. Elle rejoindrait sans doute la liste des cicatrices dont Corvus ne serait jamais vraiment débarrassé. Comme cette vieille blessure sur son omoplate, souvenir d'une époque où il n'osait de plaindre de ses douleurs à cause de son cruel mentor. Raphaël les connaissait par cœur. C'était lui qui les avait toutes guéries, ou presque.

/

Descendant

Il était le descendant d'une famille pour qui les principes et les progénitures nombreuses étaient très importants. Et pendant très longtemps, toute sa vie, en fait, il s'était conforté à ces valeurs. Il se disait que c'était ce qu'il voulait aussi, que c'était de bons principes et qu'il serait heureux d'agrandir sa famille pour qu'elle continue d'être un clan soudé, prospère et reconnu comme la plus grande guilde de marchands de la région. Mais ce fut sans compter sur sa rencontre avec un Célestellien aux ailes brisées. Alexander était une créature divine, vénérée et célébrée dans le monde entier, à la sagesse, disait-on, proche de celle du Tout-Puissant, et à la puissance, on en était sûrs, qu'il ne fallait pas sous-estimer. Mais le mortel ne pensa pas du tout à tout cela, ni aux principes de sa famille, lorsqu'il rencontra le Célestellien pour la première fois. Au contraire, il en tomba instantanément amoureux. Et, Alexander en fut le premier stupéfait, le Célestellien tomba instantanément amoureux de lui aussi.

/

Raid

Aquila et Paona se retournèrent exactement en même temps quand le groupe de décarions émergea des flots, la lance à la main, pour se tourner vers le village que les Célestelliens venaient de quitter dans leur quête désespérée de retrouver Corvus. Sans se concerter, les jumeaux lâchèrent la même phrase :

« C'est un raid. Ils viennent piller et massacrer les habitants du village, maintenant qu'ils n'ont plus de protection. »

Derrière eux, deux Patrouilleurs plus âgés, et également des jumeaux, Nathanaël et Évaëlle, se mettaient déjà en position pour défendre l'entrée de Dracocardis. Aquila et Paona se tournèrent vers Colombe qui les accompagnait pour rechercher Corvus. Ce n'était qu'une simple documentaliste. Même si elle avait appris à se battre, comme tous les novices, elle n'avait aucune chance face à ces monstres.

« Protège-la, lança Paona en se mettant en position d'attaquer les monstres. Nous devrions être assez de trois pour en venir à bout. »

Son frère hocha la tête, déjà concentré à l'extrême pour protéger sa meilleure amie. Il la rejoignit d'un coup d'aile et la prit par le bras.

« Allons-nous-en, Colombe. Tu dois retourner à l'Observatoire. »

Il baissa la voix et ajouta :

« Je refuse qu'il t'arrive quoi que ce soit, à toi aussi. »

/

Crocodile

Luscinia ne s'était pas vraiment méfiée de l'animal inconnu qu'un montreur d'animaux étranges avait amené à Bacili. Justement parce que c'était un animal, pas un monstre, et que ceux qu'elle connaissait étaient toujours doux et gentils : les chiens, les chats, les moutons, les vaches, les chevaux… Même si ce "crocodile" avait de grandes dents aiguisées dans une gueule féroce, il ne pouvait pas être si méchant que ça. Elle s'aventura donc dans la cage où il était enfermé, tapi dans une mince épaisseur d'eau, et, heureusement pour elle, ne put retenir un hurlement de terreur lorsqu'il bondit sur elle, ses mâchoires claquant in extremis dans le vide, et l'accula à l'autre bout de la cage. Il était sur le point de la dévorer lorsqu'une silhouette châtaine s'engouffra à une vitesse ahurissante sous la tente rouge et jaune et s'abattit d'un coup sur la tête du crocodile. Puis, Pincio, car c'était lui, saisit Luscinia dans ses bras et fila hors de la cage pendant que la bête était encore sonnée.

« Luscinia ! gronda-t-il son élève sans la lâcher. N'approche pas ce que tu ne connais pas, c'est dangereux !

-P… pardonnez-moi, Maître… Je ferai plus attention la prochaine fois, bégaya la novice, encore sous le choc. »

Pincio lui sourit, rassuré, et lui lissa les cheveux pour la calmer.