Voilà le second chapitre. L'ayant relu plusieurs fois, il n'y a normalement pas (trop) de fautes de frappe, de grammaire et d'orthographes.

Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.


Chapitre 2 : Premières impressions

Un brouhaha agité régnait dans la salle du conseil quand Cor y arriva. La venue et la proposition imprévue du prince de Niflheim avaient entraîné l'organisation d'une réunion de conseil extraordinaire, préparée à la va-vite sur ordre du roi. Ce dernier se tenait au milieu d'une petite foule composée de ses plus proches conseillers et de quelques dignitaires. Quelques Glaives surveillanr l'entrée jetèrent un bref regard à l'Immortel quand il se glissa à l'intérieur de la salle. L'arrivée du Maréchal fut immédiatement remarquée par Régis qui lui fit un signe de main.

– Cor, viens par là.

Le roi était entouré du prince Noctis, de l'Oracle Lunafreya, de Clarus Amacitia et de Tellus Scientia *. Tout le monde conversait à mi-voix d'un air pressé, énervé ou inquiet. Lunafreya semblait anormalement agitée, ses doigts tordant le délicat pendentif en forme de croissant de lune suspendu à son cou. Comme tous les autres, elle leva les yeux vers l'Immortel quand ce dernier arriva à la hauteur du roi.

– Argentum est sous bonne surveillance, je présume ? demanda Régis.

– Oui, Majesté. Ulric et son équipe sont chargés de garder le couloir qui mène à sa chambre, et il est sous surveillance vidéo constante, assura Cor.

Le roi hocha la tête d'un air las. Il s'appuyait lourdement sur sa canne, mais refusait obstinément de s'asseoir sur une des chaises disponibles autour de la grande table trônant au milieu de la salle. Normalement, les membres du Conseil s'y installaient pour discuter et débattre des affaires du royaume, mais aujourd'hui, la foule formait de petits groupes éparpillés dans la pièce. Tout le monde était encore sous le choc de ce qui venait d'arriver.

– Il n'est pas venu ici avec des intentions hostiles, mais il vaut mieux rester méfiant à son égard, déclara Tellus en remontant ses lunettes sur son nez.

– Rien ne nous dit qu'il ne joue pas un double-jeu, renchérit Clarus d'une voix agressive. On ne peut jamais vraiment faire confiance aux impériaux.

– Le Prince Argentum est différent des siens, objecta Lunafreya d'une voix calme mais ferme. Il n'a jamais ressemblé à l'Empereur ou à sa sœur. Le geste qu'il vient de faire à l'égard du Lucis en est la preuve.

Le Bouclier du roi lança un regard sceptique en direction de la jeune femme.

– Sauf votre respect, Dame Lunafreya, il peut ne s'agir que d'une façade. N'oubliez pas que l'Empire a envahi votre ville…

Cor et tous les autres grimacèrent face au manque de tact de l'Amicitia. Lunafreya n'avait été qu'une enfant quand sa cité était tombée aux mains de Niflheim, douze ans auparavant. Elle avait vu les impériaux tuer sa mère, prendre son frère en otage et envahir son royaume. A l'époque, Noctis résidait à Tenebrae avec son père pour se faire soigner après avoir été blessé par un attentat perpétré par l'Empire. Lunafreya ne devait son salut qu'à Régis, qui les avait emmenés elle et Noctis quand il s'était enfui in extremis de la ville attaquée. Néanmoins, aucune autre ombre que celle d'une grande détermination n'assombrit le visage de la jeune Oracle qui lança un regard pénétrant à Clarus.

– Je le sais et je n'oublie pas, dit-elle d'un ton sans réplique. Mais je ne souhaite pas m'attarder sur le passé que je n'ai pas le pouvoir de changer. C'est une offre inespérée que nous fait le Prince Argentum, une possibilité de cesser cette guerre…

– Encore faudrait-il qu'il ne s'agisse pas d'un leurre, fit remarquer Cor.

L'offre était presque trop tentante pour y croire. Ce n'était pas un simple soldat en désertion qui était venu les voir avec la proposition de trahir son propre pays pour les aider à gagner la guerre, mais le Prince lui-même. Ça voulait dire avoir accès à la plupart des informations militaires de l'Empire, connaître les projets de Iedolas et de la Princesse Impériale, avoir accès à tous les secrets du gouvernement impérial… Il pourrait y avoir facilement anguille sous roche.

– Quel intérêt l'Empire espère-t-il en tirer s'il s'agit d'un piège ? interrogea Tellus. Il s'agit quand même du prince. Il serait facile pour nous d'en faire un otage et de nous servir de lui pour faire pression sur Iedolas.

– Argentum a dit qu'il n'avait pas de valeur aux yeux de son beau-père, répondit Cor. Il est possible qu'il dise la vérité, et que Iedolas se fiche complètement de son sort.

Clarus et le prince Noctis semblèrent tous deux sceptiques, mais le roi hocha la tête en signe d'approbation.

– Je pense que le prince disait vrai. Comme il l'a dit lui-même, il n'est pas le fils de l'Empereur.

– Il n'est pas de sang impérial ? demanda Noctis, perplexe.

En sa qualité d'ancien précepteur de Noctis, ce fut Tellus qui répondit à sa question avec tout le sérieux d'un professeur donnant son cours.

– Le prince Argentum est le fils illégitime de l'Impératrice Maxima. Elle est tombée enceinte alors que Iedolas était parti combattre sur le front, et n'a jamais essayé de cacher son adultère. Elle a cependant caché le nom de son amant tout le long de sa grossesse, et elle est morte en donnant naissance à son fils, emportant son secret avec elle. Encore aujourd'hui, nous ignorons la véritable identité du père du prince Argentum, mais nous soupçonnons qu'il s'agisse d'un des hauts-gradés de l'armée impériale.

– Je me souviens que ça avait fait un petit scandale à l'époque, ajouta Clarus d'une voix distraite. Tous les journaux en parlaient, même ici.

– Mais l'Empereur Iedolas a quand même fait d'Argentum son héritier ? insista Noctis. Je pensais que les enfants illégitimes ne pouvaient pas accéder au trône.

C'était néanmoins le cas au Lucis. La famille Caelum comptait quelques rares enfants illégitimes dans sa généalogie, et aucun n'avait jamais gouverné.

– Vous avez raison, Prince, répondit Tellus. Mais la décision de Iedolas se justifie d'un point de vue politique. A Niflheim, la tradition exige que l'Empereur engendre au moins deux héritiers. C'est un moyen pour l'empereur de sécuriser l'avenir de sa lignée et d'empêcher d'éventuels coups d'état. L'aîné, qui sera amené à régner, porte le titre d'Aurum. Le cadet, qui servira de conseiller à son aîné, porte le titre d'Argentum. Á eux deux, ils représentent la cohésion entre le pouvoir impérial et le peuple de Niflheim. Comme l'épouse légitime de Iedolas est décédée suite à son accouchement, il était dans son intérêt de reconnaître le Prince Argentum en tant qu'héritier, à la fois pour lui et pour sa fille unique. Sans la naissance du Prince Argentum, le règne de Iedolas et la future accession au trône de sa fille auraient été gravement compromis.

– Néanmoins, intervint Régis, ça ne veut pas dire que Ieodolas porte une affection particulière pour ce garçon. Maintenant que sa fille est grande et en âge de se marier et d'avoir ses propres enfants, le prince Argentum a moins d'importance… Et s'il a effectivement commis une trahison pour nous permettre de gagner, je suppose qu'il risque l'exécution s'il retourne à Niflheim, prince ou non.

– Mais s'il n'a pas d'importance aux yeux de Iedolas, il est possible qu'il serve de pion pour nous piéger, suggéra Clarus. Si l'Empereur se moque de son sort, alors rien ne l'empêchait de l'envoyer en première ligne ici pour nous raconter un joli mensonge, et nous tendre un guet-apens.

Cor devait admettre que c'était une possibilité, même si l'idée faisait froid dans le dos. Le prince impérial servait alors simplement de leurre, bon à sacrifier pour gagner définitivement la guerre. Ça ressemblerait bien aux techniques de l'Empire. Après tout, Iedolas était assez fou pour sacrifier le jeune homme. Ce n'était que son deuxième héritier et le fruit de l'infidélité de son épouse. Son héritière légitime se battait toujours à ses côtés, bien en sécurité derrière les murs de l'Empire.

A voir la tête du roi, l'Immortel déduisit que Régis pensait la même chose.

– Je ne pense pas que la Princesse impériale aurait laissé son père sacrifier aussi facilement son frère, objecta Lunafreya. Tant qu'elle n'est pas montée sur le trône, elle a toujours besoin de lui pour avoir l'appui du peuple impérial. Et même s'ils ont des opinions différentes, le prince et la princesse s'aiment sincèrement.

Il y avait une douceur nostalgique dans la voix de l'Oracle. Cor échangea un regard avec Régis. Même si Lunafreya avait passé les dernières années à Insomnia, elle n'avait jamais oublié son frère. Elle n'avait que quelques rares nouvelles de son frère, avec qui elle ne pouvait qu'échanger que quelques lettres avec ses messagers divins, Pryna et Umbra. Cor avait entendu que Ravus avait intégré l'armée impériale quelques années pus tôt, et agissait activement dans la guerre contre le Lucis. Cela n'avait pas empêché le jeune homme à poursuivre sa correspondance avec sa sœur.

Peut-être Lunafreya voyait-elle sa propre relation dans celle qui unissait Argentum à sa sœur. Régis se racla la gorge.

– Il est encore trop tôt pour pouvoir statuer, déclara-t-il. Il faut que nous restions aux aguets des agissements de l'Empire. Si Iedolas ignore réellement que le Prince est venu ici de son plein gré, ses actions parleront d'elles-mêmes.

– Ou il pourrait croire qu'on a capturé Argentum, signala Clarus en fronçant les sourcils. Ça pourrait lui servir de prétexte pour attaquer Insomnia de front.

Jusqu'à maintenant, le Mur et la présence de Lunafreya à Insomnia avaient plus ou moins épargné la capitale royale d'un siège. Iedolas était peut-être aveuglé par sa soif de conquête, mais il n'était pas encore totalement idiot. En tant que dernière Oracle, Lunafreya comptait encore beaucoup dans l'estime de la population. S'attaquer à elle une seconde fois pourrait provoquer la colère du peuple de Niflheim et compromettre définitivement la légitimité de Iedolas au pouvoir. Cependant, la présence d'Argentum à Insomnia pouvait constituer une raison suffisamment légitime pour attaquer la capitale.

– Le Prince Argentum a prétendu avoir des troupes encore fidèles à ses ordres, stationnées à Galdina, rappela Tellus. S'il dit vrai et que nous trouvons ces troupes, peut-être pourrons-nous y voir plus clair dans cette affaire.

La proposition fut accueillie par un silence pensif. La baie de Galdina, principal port du Lucis, était la voie la plus directe que possédait le royaume pour rejoindre le Protectorat d'Accordo, un archipel non loin des côtes lucisiennes qui avait refusé de participer à la guerre déchirant le monde. Sa capitale, Altissia, servait de refuge politique aux impériaux comme aux lucisiens à condition qu'aucun conflit n'éclate au sein de l'archipel. Accordo était devenu l'unique endroit au monde où régnait une certaine stabilité politique et où la guerre n'avait pas lieu d'être. Couper l'accès du Lucis à l'archipel, c'était le priver d'un des seuls refuges qu'il détenait encore.

Jusqu'à maintenant, les impériaux n'avaient pas attaqué la baie de Galdina, mais leurs invasions successives des territoires les rapprochaient inexorablement du port. Ce n'était qu'une question de temps avant que Galdina ne bascule dans le giron impérial.

– Si le prince Argentum dit vrai et qu'il souhaite nous aider, sa collaboration et celle de ses hommes nous seraient précieuses pour défendre Galdina, argumenta Lunafreya. Nous savons que depuis son échec à Lestallum, l'Empire cherche maintenant à s'emparer du port de Galdina pour nous isoler d'Accordo.

– Encore faudrait-il que ces troupes ne soient pas constituées de Magitechs, remarqua platement Clarus. Si c'était le cas, leur aide serait inexistante et leur témoignage d'aucune valeur. Ce ne sont que des robots…

– Ce sont peut-être d'authentiques soldats, rétorqua Tellus. Il n'y a pas que des Magitechs dans l'armée impériale. Et la Dame Lunafreya a soulevé un point important : Galdina est menacée par l'Empire. Il vise à nous isoler pour mieux nous attaquer, et il occupe déjà la quasi-totalité de Duscae et une bonne partie de la région de Cleigne. Ce n'est pas parce que nous avons réussi à reprendre Lestallum que nous devons nous reposer sur nos lauriers. C'est déjà une chance que l'armée impériale ne se soit pas emparé de Cap Caem. Les informations du Prince Argentum pourraient vite s'avérer indispensables si nous voulons conserver tous nos avantages durant ce conflit.

Régis regarda son Bouclier et son conseiller en se grattant la barbe.

– Je pense que c'est déjà une bonne piste, déclara finalement le roi. Trouvons ces troupes. Cor, je te laisse t'en charger.

– Bien, Majesté, répondit le Maréchal en inclinant la tête. Dois-je amener Argentum avec moi ?

– Il serait plus prudent de le garder ici pour le moment, intervint Tellus. S'il dit vrai et que l'Empire ne sait rien de ses agissements, il vaudrait mieux éviter qu'on le voit avec nous, ou l'Empereur se doutera de quelque chose. Et s'il s'agit d'un piège pour tromper notre vigilance, nous pourrons toujours nous servir du Prince Argentum pour faire pression.

Le roi hocha la tête.

– Amène juste quelques Glaives avec toi, ordonna-t-il au Maréchal. Sois discret et rapide.

Cor frappa sa poitrine du poing avant de sortir de la salle du conseil.

OOO

Cor passa en revue toutes les affaires qu'on avait confisquées à Argentum lors de son arrivée dans la Citadelle. Il y avait une belle collection de pistolets et un fusil de précision, son portefeuille où se trouvaient quelques billets impériaux, son téléphone portable qui ne contenait aucune information intéressante, et un appareil photo. De toute évidence, Argentum favorisait les armes à feu – ce qui était précisé par le service de renseignement militaire d'Insomnia – et aimait prendre des photos – ce qui n'était pas précisé par le service de renseignements militaires. Quand Cor jeta un coup d'œil sur les écrans des caméras de surveillance de la chambre du prince impérial, il vit la silhouette de ce dernier agenouillée devant sa fenêtre.

– Ça fait presque une demi-heure qu'il est comme ça, l'informa le Glaive chargé de la surveillance vidéo en fronçant les sourcils. J'ai aucune idée de ce qu'il essaie de faire…

– Il doit être en train de prier, grommela Cor.

– Ah bon ? Ils ont des dieux, dans l'Empire ?

– Peu importe. Je vais aller le voir, je dois poser des questions, rétorqua le Maréchal. Je préfère y aller seul, mais je veux une surveillance particulièrement accrue pendant que je le questionnerai. Ce n'est pas parce qu'il n'a plus d'armes qu'il est inoffensif.

– A vos ordres.

Cor se dirigea vers l'aile où était enfermé le prince impérial. Il avait choisi la partie de la Citadelle habituellement réservée aux invités de marque. Elle avait à la fois l'avantage de proposer des chambres confortables, dignes d'un prince demandant l'asile politique, et d'être assez éloignée de l'aile hébergeant les appartements royaux pour ne pas représenter un danger direct au roi ou au prince. Toute l'équipe d'Ulric patrouillait d'ailleurs dans le couloir menant à la chambre d'Argentum, conformément aux ordres de Cor. Le Maréchal trouva Ulric montant la garde devant la porte.

– Vigilance constante, rappela sévèrement l'Immortel en regardant le Garde Royal.

Ulric se contenta de hocher la tête. Il n'avait jamais été du genre particulièrement bavard. Il s'effaça pour laisser Cor frapper deux fois contre la porte de la chambre dans un pur geste de politesse, puisque le Maréchal ouvrit la porte sans attendre d'invitation.

Il trouva sans surprise Argentum toujours agenouillé devant la fenêtre, le dos tourné à la porte. Cor la referma doucement derrière lui sans quitter le prince des yeux. Argentum avait ôté son manteau blanc, dévoilant une silhouette plutôt chétive et étroite, même si on lui devinait des épaules et des bras musclés sous sa tunique. Les mains d'Argentum étaient posées sur ses cuisses, les paumes vers le ciel, et il psalmodiait ce qui devait être une prière en gralean. Cor n'avait pas eu l'occasion d'entendre la langue de Niflheim depuis bien longtemps. Les consonances âpres et rêches de la langue lui rappelèrent les souvenirs du début de la guerre et il réprima une grimace. Poliment, il décida de laisser le prince terminer sa prière.

Argentum releva la tête seulement quelques secondes plus tard. Il resta un moment immobile, les yeux rivés vers le ciel visible derrière sa fenêtre, puis se releva et se retourna vers Cor. Le Maréchal nota la souplesse et l'agilité de ses mouvements. Malgré les apparences, le prince était un homme d'action. Il croisa sans flancher le regard bleu d'Argentum, qui cachait mal sa nervosité et tripotait inconsciemment la manche de sa tunique.

– Prince Argentum, dit Cor d'une voix inflexible. Je dois vous poser quelques questions.

– Je vous écoute, répondit Argentum d'une voix à peine audible.

Il ne semblait pas surpris, seulement résigné. Même dans la lumière du soleil dont un rayon s'était glissé dans la chambre, le visage du prince impérial était pâle, presque maladif. Si tout cela n'était qu'une mascarade pour tromper le Lucis, c'était plutôt réussi. Cor se serait senti inquiet pour le jeune homme, s'il n'avait pas eu le cœur endurci par d'innombrables batailles.

– J'irai droit au but, déclara-t-il d'un ton abrupt. Vous avez prétendu avoir encore des troupes fidèles à votre cause, stationnées à Galdina. Vous confirmez ?

– Oui, répondit doucement Argentum. C'est un bataillon indépendant de l'armée impériale. Il est dirigé par la Commandante Highwind. Je leur ai ordonné de rester à Galdina et d'attendre mes directives. Ils ne sont pas entrés dans la ville, pour ne pas alarmer la population.

– Comment comptiez-vous pouvoir leur communiquer vos ordres en venant ici ? interrogea Cor. Vous deviez vous attendre à vous faire emprisonner ou tuer.

– La Commandante Highwind a ordre de fuir si je ne donne pas signe de vie d'ici cinq jours. Et je pourrais toujours lui donner des ordres par téléphone, si je l'avais encore sur moi…

Cor fronça les sourcils.

– Votre portable ? Nous l'avons examiné, il n'y a aucun numéro enregistré dessus, et pas d'historique d'appels.

Argentum arqua un sourcil vaguement hautain, au grand agacement de Cor qui détestait se sentir largué.

– J'ai mémorisé son numéro, dit le prince en tapotant sa propre tempe. Highwind a toujours été très prudente en ce qui concernait son identité. Elle ne tolère pas qu'on garde de trace de contact avec elle. C'était une des conditions pour qu'elle travaille avec l'Empire.

– Cette Highwind n'est donc pas originaire de Niflheim ?

– Si, mais elle n'est pas entrée dans l'armée. C'est une mercenaire qui va et vient comme elle souhaite. Elle est sous mes ordres depuis un an, et a accepté de me suivre quand je lui ai fait part de mes projets ici.

– Aussi facilement ? répliqua Cor, plus qu'à lui-même qu'au prince.

Argentum répondit quand même, les yeux dans le vague.

– Oui, elle… Elle a ses propres doutes sur les réelles motivations de l'Empereur. Elle trouve qu'il dépasse les limites, même pour lui. Et puis, elle n'aime pas les conseillers qui gravitent autour du gouvernement impérial. Elle a plusieurs ennemis à Gralea.

Cor mémorisa soigneusement chaque information dans sa tête pour les rapporter à Régis. Il était intéressant d'apprendre que des mésententes existaient au sein du gouvernement impérial. Peut-être même des corruptions. L'Empire de Niflheim jouait toujours sur son image d'unité politique et militaire pour intimider le Lucis et annexer toujours plus de territoires lucisiens. Ils avaient même réussi à s'emparer de Lestallum au nord-ouest d'Insomnia, grande capitale industrielle et économique du continent, jusqu'à ce que le Lucis réussisse à reprendre la ville deux mois plus tôt au cours d'une bataille à laquelle Cor avait lui-même participé.

Néanmoins, Iedolas semblait trop aveuglé par sa soif de conquête pour remarquer les tensions internes qui perturbaient ses rangs. Cette Highwind semblait d'un caractère bien trempé, et d'une fidélité douteuse. Cor ne serait pas étonné qu'elle ait uniquement suivi le prince impérial à Insomnia pour s'éloigner de ses ennemis de l'Empire et demander asile et protection au Lucis.

Le Maréchal croisa les bras sur sa poitrine et regarda Argentum.

– Nous avons l'intention de chercher Highwind et ses troupes à Galdina, révéla-t-il en regardant le prince dans les yeux, à la recherche d'une éventuelle tromperie. Le témoignage de votre commandante et de ses soldats serviront à étayer, ou non, la véracité des intentions que vous prétendez avoir à l'encontre de notre royaume. Pouvez-vous nous affirmer que Highwind ou aucun de ses subordonnés n'ouvrira le feu si nous les abordons ?

Les yeux d'Argentum s'arrondirent tellement vite que ça aurait pu être comique.

– Quoi ?! Bien sûr que non ! s'étrangla-t-il. Aranea ne tirera pas sur des Glaives royaux, à part si elle cherche à se défendre. Nous sommes venus ici avec des intentions pacifiques.

– Certes, c'est ce que vous répétez. Vous affirmez donc qu'elle et ses soldats nous suivront sans faire d'histoire à Insomnia si nous le leur demandons ?

Argentum referma sa bouche – ouverte sous le choc et la peur sans doute – et poussa un petit soupir. Il dansait nerveusement d'un pied sur l'autre en regardant le sol. Il se mordit les lèvres et lança un regard dérobé vers Cor avant de détourner les yeux. Sa posture respirait le manque d'assurance et la peur. Cor s'était attendu à un guerrier plus inflexible, surtout venant d'un prince d'une nation militaire qui avait activement participé à la guerre. Comme Loqui, par exemple, hargneux et fier comme un paon. Ça lui avait coûté la vie d'ailleurs, transpercé par le katana de l'Immortel.

Le prince secoua finalement la tête, puis ôta le bracelet de cuir, serti d'une plaque d'argent frappé d'une variante des armoiries impériales, qu'il portait au poignet droit. Un morceau d'étoffe noir était noué autour de son poignet en-dessous, mais Argentum tendit le bracelet au Maréchal.

– Montrez-lui ceci, dit-il. Ça devrait lui suffire pour la convaincre de venir avec vous.

– Elle pourrait croire que nous l'avons retiré de votre cadavre, rétorqua Cor en prenant quand même le bracelet. Il serait plus simple que vous l'appeliez vous-même et la tenez informée de la marche à suivre.

Les sourcils d'Argentum se froncèrent et ses yeux reflétèrent une détermination butée.

– Non. Je sais que vous allez vouloir récupérer son numéro et sa localisation. Elle risque de tout lâcher et de disparaître dans la nature. Ce bracelet sera une preuve suffisante à ses yeux que je suis encore bien vivant et que le Lucis est prêt à écouter ma proposition.

– Encore une fois, elle pourrait croire qu'on vous l'a pris contre votre volonté, Prince Argentum.

Le jeune homme soupira.

– Alors dites-lui que NH-0186-7 vous envoie, et qu'il lui demande de coopérer avec le Lucis.

Comme le Maréchal haussa un sourcil en signe d'interrogation, le prince précisa :

– Mon nom de code dans l'armée. Vous ne l'auriez pas su si je ne vous l'avais pas dit. Ça lui indiquera que je suis en vie.

Cor ne dit rien sur l'étrangeté du nom de code – les Glaives aussi en avaient, mais des surnoms avec des lettres et pas une série de chiffres – ni sur la main d'Argentum qui enserrait nerveusement son poignet droit, comme s'il se sentait nu privé de son bracelet. Il glissa le bijou du prince impérial dans sa poche et se contenta de hocher la tête. Argentum lui révéla enfin les coordonnées de la Commandante et ses troupes, lui conseillant de venir de jour et de ne pas chercher à cacher leur identité.

Le Maréchal hocha la tête une nouvelle fois sans dire un mot. Il en avait fini ici, mais avant de partir, il regarda Argentum droit dans les yeux.

– Je tiens à vous prévenir, Prince Argentum, que si un seul de mes hommes tombe durant cette opération, vous allez devoir répondre de vos actes et ceux de vos troupes devant notre roi. J'espère pour vous qu'il ne s'agit pas d'un piège.

Sans laisser le temps au jeune homme de répondre, Cor sortit de la suite sans un regard en arrière. Ce faisant, il ne remarqua pas le regard d'Argentum rivé sur son dos avec de l'inquiétude, mêlée à ce qui ressemblait à une grande fureur.

OOO

La première nuit de Prompto à Insomnia fut blanche. La ville portait bien son nom. Même dans le cœur de la nuit, Prompto pouvait entendre l'activité de la capitale malgré l'isolation de ses quartiers. Il pouvait également entendre les pas incessants des gardes patrouillant devant sa porte. De toute manière, il était trop nerveux pour s'endormir, malgré l'aspect terriblement confortable de son lit. Il ne cessait de se répéter la conversation qu'il avait eue avec l'Immortel, son intervention auprès du roi Régis, et la réaction d'Aranea quand les Glaives les aborderont à Galdina. Avait-il seulement bien agi ? Même s'il ne pouvait pas mettre en doute sa véritable motivation – la paix, la lumière – il s'interrogeait sans relâche sur la manière dont il avait exécuté ses plans. Il s'était mis en danger en venant ici, et avait également mis en danger Aranea et ses troupes, même si ces derniers l'avaient volontairement suivi au Lucis.

Et si tout dérapait ? Si la rencontre entre Aranea et les Glaives dégénéraient et finiraient en un bain de sang ? Prompto serait certainement exécuté sur le champ, et le Lucis clamerait que le Niflheim avait tenté de les infiltrer, aggravant encore plus le conflit… Pire encore, si l'Empereur ou Stella s'apercevaient un peu plus tôt que prévu de son absence ? Prompto avait compté sur l'indifférence que lui portait Iedolas et l'emploi du temps surchargé de sa sœur qui contrôlait les troupes autour de Lestallum pour se donner un peu moins d'une semaine de marge avant qu'on remarque finalement sa disparition. Mais s'il y avait un imprévu ? Si Stella essaierait de le contacter, et s'apercevrait qu'il avait quitté Gralea ? Si le Chancelier Impérial s'apercevait de son absence ? Ce dernier courait généralement le monde et passait peu de temps dans la Capitale Impériale. C'était un être imprévisible, fourbe et d'une redoutable intelligence. Prompto ne l'avait jamais aimé.

Le prince passa donc la nuit à se ronger les ongles d'inquiétudes, et ne finit pas dormir que deux courtes heures dans un des fauteuils. A son réveil, la lumière pâle de l'aube se glissait déjà par la fenêtre, révélant un ciel duquel les étoiles disparaissaient progressivement. Le jeune homme avait mal à la tête et les muscles raides à cause de la position dans laquelle il s'était endormi. Il tituba jusqu'à la salle de bain et consentit à prendre une douche rapide pour se réveiller.

Ce ne fut que plusieurs heures après son réveil – à 10h38 si on pouvait se fier à l'horloge high-tech accrochée au mur – que Prompto entendit frapper à sa porte. Il se figea, les mains toujours contre l'écran de la télé qu'il avait passé les dix dernières minutes à essayer d'allumer, sans succès – et comme personne n'essaya d'entrer dans sa chambre après plusieurs secondes de silence, le jeune homme se racla la gorge.

– En…Entrez, appela-t-il.

Il recula de plusieurs pas, prêt à voir débarquer une armada de Glaives, ou peut-être même le Roi en personne ! Mais ce qu'il vit fut bien pire : l'Oracle Lunafreya apparut dans l'encadrement de la porte. Elle était suivie de près par le Prince Noctis, Ignis Scientia et Gladiolus Amicitia. Un grand garde aux cheveux tressés fermait la marche, et il referma la porte derrière lui avant de s'appuyer contre le mur, ses yeux rivés sur Prompto. Ce dernier déglutit, certain d'avoir perdu le peu de couleurs qu'il avait réussi à récupérer. Il regarda prudemment chacun des nouveaux-venus, gardant une distance de sécurité avec eux.

L'Oracle était sans doute celle qui l'intimidait le plus. L'aura qui se dégageait d'elle était presque… trop. Trop étouffante, trop… lumineuse ? Prompto grimaça. Lui qui recherchait la lumière, voilà qu'il se plaignait d'en avoir trop. Avait-il donc vécu si longtemps dans les ténèbres de Niflheim qu'il ne pouvait plus supporter la lumière ? La jeune femme portait la même robe blanche que Prompto lui avait vue la veille. Elle lui souriait avec gentillesse, mais Prompto n'osa pas croiser son regard. Il regarda involontairement en direction du prince du Lucis, qui se tenait à côté de Luna, l'air nonchalant. Mais les yeux bleus du Prince Noctis étaient vifs et acérés, et l'examinaient méticuleusement des pieds à la tête. Prompto essaya de ne pas rougir. Amicitia et Scientia se tenaient derrière la paire royale, le premier l'air menaçant et le second méfiant.

Le silence était tendu. Prompto ignorait si c'était à lui de briser la glace. Il commença à réfléchir à un moyen d'entamer la conversation sans paraître trop suspect – « Vous avez bien dormi ? » semblait un peu trop hors-sujet, « Qu'est-ce que vous voulez ? » faisait trop agressif, « Puis-je faire quelque chose pour vous ? » sonnait trop lèche-bottes, voire même carrément insultant – quand Lunafreya décida finalement de prendre les devants.

– Prince Argentum ? Pouvons-nous vous déranger quelques minutes ?

– Euh… bien sûr… Faites comme chez vous… Enfin, vous êtes déjà chez vous, mais je vous en prie…

Maladroitement, il désigna les fauteuils. Prompto se sentait idiot, mais Lunafreya inclina poliment la tête et s'assit sur un des fauteuils. Noctis, après avoir lancé un regard indéchiffrable vers Prompto, s'installa dans le second avec un exceptionnel manque de grâce. Prompto s'assit sur le bord du lit en leur faisant face, cherchant vainement à cacher sa nervosité. Il n'aimait pas être encerclé par tant d'étrangers à la fois, et la présence de l'Amacitia et du Glaive le rendait d'autant plus nerveux.

Noctis désigna Scientia d'un vague geste de la main.

– Ignis vous a apporté un plateau, si vous voulez manger.

– Vous devez avoir faim, renchérit Lunafreya.

Le regard de Prompto convergea vers Scientia quand ce dernier s'avança d'un geste raide. Il remarqua pour la première fois le plateau de nourriture que tenait le conseiller royal. Après avoir prudemment regardé le prince impérial, Scientia déposa le plateau sur le lit à côté de Prompto. Le jeune homme regarda l'assiette remplie de ce qui ressemblait à du riz et des épinards. Une bouteille d'eau était posée à côté, et il y avait une cuillère pour seul couvert. Prompto inclina la tête en signe de remerciement, même s'il n'avait pas vraiment d'appétit. Il attrapa la bouteille d'eau et la dévissa lentement. Ses yeux passaient de l'Oracle au prince royal. Lunafreya le regardait avec la mine patiente d'une mère aimante, tandis que Noctis semblait plus renfrogné, les bras croisés sur sa poitrine.

Le silence devenait affreusemement pesant. Prompto pouvait entendre son cœur battre avec force dans sa poitrine, et avait l'impression que ses battements résonnaient dans la pièce toute entière. Il se força à parler malgré sa bouche sèche.

– Ce n'est pas… que je ne souhaitais pas vous voir, Dame Lunafreya, Prince Noctis. Mais je pensais que vous seriez les dernières personnes à vouloir me voir.

– Le roi Régis à lui-même autorisé notre visite, le rassura Lunafreya. Nous nous sommes dit que si vos intentions sont honnêtes que vous souhaitiez réellement travailler avec le Lucis, nous devrions au moins faire l'effort ne pas complètement vous traiter comme un prisonnier de guerre.

Prompto était étonné de voir l'Oracle encline à le croire aussi vite. Apparemment, elle était bien la seule dans le groupe, car tous les autres le regardaient avec réserve. Le prince impérial hocha néanmoins la tête en signe de remerciement. Un étrange silence tomba dans la chambre, lourd et gênant. Prompto aperçut du coin de l'œil les regards que s'échangeaient Scientia et Amicitia. Il garda néanmoins la majeure partie de son attention focalisée sur l'Oracle et le prince du Lucis.

Lunafreya reprit la parole, permettant d'évacuer quelque peu la tension générale.

– Prince Argentum, pardonnez mon indiscrétion, mais je voudrais vous poser une question quelque peu personnelle.

Le prince impérial leva brièvement les yeux vers elle. Son regard était doux, mais à la fois franc, direct et pénétrant.

– Pas… Pas de problème…, bégaya Prompto. Je vous écoute.

– Le Maréchal Cor, qui vous a interrogé hier, a dit qu'il vous avait vu prier. Je ne suis pas vraiment familière avec la culture impériale, mais j'ignorai que les Six étaient encore vénérés sur vos terres.

Prompto haussa les sourcils. Ce n'était pas exactement la question qu'il attendait, mais il supposait qu'il était compréhensible que Lunafreya la lui pose. Elle était l'Oracle, l'intermédiaire entre les Six et les humains, la parole d'Éos personnifiée. Il intercepta le regard intéressé de Scientia, qui semblait lui aussi intrigué par la question. Prompto hésita brièvement à répondre honnêtement – on lui avait appris dès son enfance à garder secret les fondements de sa culture natale, Niflheim était avant tout une base militaire avec ses secrets – mais l'aspect religieux de l'Empire n'était pas vraiment ce qu'on pouvait appeler un secret d'état.

– Vous n'avez pas tort, Dame Lunafreya, répondit-il après quelques secondes de silence. L'Empire ne croit plus vraiment dans le pouvoir des Six. Ça doit faire presque un siècle que les Astraux ne sont que des légendes à Niflheim. Vous ne trouverez personne à Gralea qui prie encore pour leur demander leur faveur. Plus aucun temple n'a été construit depuis trente ans. Mais on peut encore trouver des personnes âgées qui continuent à honorer les Six, dans les campagnes. J'ai appris les incantations de prière avec eux.

Lunafreya hocha doucement la tête.

– A qui adressiez-vous vos prières, hier ? demanda-t-elle.

Automatiquement, Prompto tourna la tête vers sa fenêtre pour regarder le ciel. Il était encombré de nuages sombres aujourd'hui, prêts à déverser des litres de pluie sur Insomnia.

– La Glacéenne, la déesse mère de l'Empire, répondit le jeune homme.

Amacitia ne retint pas un ricanement désabusé qui s'attira tous les regards.

– L'Empire de Niflheim a une déesse mère ? Vous rigolez. Ça fait des années que plus aucun culte n'est rendu aux Six à Niflheim.

Prompto ne vit pas Scientia écraser lourdement le pied du Bouclier car Lunafreya se pencha légèrement vers lui pour accrocher son regard. Le visage du prince impérial passa au rouge vif tandis qu'il fixait les prunelles sans âge de l'Oracle.

– « Au commencement des âges, les Étoiles confièrent Éos aux Six Astraux, et les divinités se partagèrent le monde », récita-t-elle. « Le géant, l'Archéen, sauva Cleigne et ses gens du Météore, qu'il soutient depuis sur ses épaules et accorde à son peuple force et protection de la terre. La dragonne aquatique, l'Hydréenne, s'est lové dans les eaux nourricières d'Accordo et est devenue la gardienne d'Altissia, capitale sur les eaux. La grande déesse, la Glacéenne… »

– « …choisit de demeurer sur les terres de l'Ouest », termina Prompto d'une voix timide. « Elle se prit d'affection pour les gens vivant dans le froid et la neige, et leur accorda ses faveurs. »

Il avait lu cette légende dans un des rares livres de cosmologie qu'il avait pu trouver dans un petit village reculé du nord de l'Empire, à flanc de montagne. Il y avait appris que chaque région du monde avait sa divinité attribuée, avec la particularité que Tenebrae et le Lucis se partageaient les faveurs du même Astral, le Dragonéen Bahamut. Il était heureux de constater que l'Oracle connaissait bel et bien cette légende, qui devait donc avoir au moins un fondement de vérité.

– Je ne comprends pas, intervint pour la première fois le Prince Noctis, faisant tressaillir Prompto, mais Noctis regardait Lunafreya d'un air interrogateur. Si l'Empire a voué un culte à Shiva dans les temps anciens, comment ça se fait que Niflheim ne croit plus dans le pouvoir des Astraux aujourd'hui ?

Lunafrrya ouvrit la bouche comme pour répondre, mais elle resserra les lèvres sans émettre le moindre son avant de tourner la tête vers Prompto. Sous son regard expectatif, Prompto comprit bien vite qu'elle lui laissait le soin de donner les explications à Noctis.

– C'est un peu long à expliquer, dit-t-il en regardant Noctis d'un air un peu intimidé. Pour que vous compreniez, je dois vous raconter la légende de Shiva.

Il reçut des hochements de têtes et des regards curieux en guise de réponse. Apparemment, tout le monde semblait intéressé. Prompto commença donc son récit, en tentant vainement d'ignorer ses joues en feu et son cœur qui battait la chamade contre sa poitrine.

– La légende, commença le jeune homme d'une voix tremblotante, dit que Shiva a accordé ses faveurs aux ancêtres du peuple impérial au début des âges. Cependant, elle dût s'absenter de Niflheim car elle voulait rejoindre son aimé, l'Infernien Ifrit qui résidait sur le continent du Lucis. Avant de quitter Niflheim, la légende dit que la Glacéenne désigna parmi la population celui qui allait devenir le premier Empereur. La Glacéenne lui donna son titre et a instauré le système des héritiers Aurum et Argentum afin d'assurer la protection et la pérennité du peuple de Nilfheim pendant son absence.

– C'est donc Shiva qui a fondé la dynastie impériale ? interrogea Scientia d'un air très intéressé. Voilà qui est surprenant…

– C'est en tout cas ce que dit la légende, précisa Prompto avant de poursuivre. A partir de là, deux versions de la légende coexistent. La version du pouvoir impérial prétend que la Glacéenne est revenue en Niflheim il y a environ un siècle. L'Empire s'était depuis beaucoup développé sur le plan technologique et militaire. L'Empereur était à cette époque mon arrière-arrière-grand-père. Afin de tester la puissance de son armement, il a ordonné à ce qu'on tire sur la Glacéenne avec des canons. La déesse aurait été tuée sur le coup, et c'est à cette époque que le pouvoir impérial s'est détourné définitivement du culte des Astraux, convaincu que leurs pouvoirs étaient supérieurs à celui des divinités.

Tout le monde l'écoutait avec telle attention que Prompto essaya de respirer profondément pour se calmer. Le sang lui battait littéralement aux oreilles tant il était nerveux.

– La seconde version, reprit-il tant bien que mal, est celle du peuple et je l'ai apprise dans les petits villages de campagne et au pied des montagnes. La Glacéenne n'a pas succombé aux attaques de l'Empire. Elle avait le cœur brisé par le rejet de son aimé Ifrit. Elle est revenue épuisée à Niflheim et elle a sombré dans un profond sommeil. Néanmoins, elle continuerait d'accorder ses faveurs au peuple impérial, malgré le mépris que lui porte aujourd'hui l'Empire.

Prompto pouvait sentir le goût amer des regrets dans sa bouche. Il était plus que probable que c'était grâce à Shiva que le pouvoir impérial avait été fondé à Niflheim, et que se soit également elle qui avait instauré le système des deux héritiers impériaux que Prompto et Stella représentaient aujourd'hui. C'était terriblement ironique qu'aujourd'hui, ni Iedolas ni Stella ne croient encore à cette même déesse qui avait aidé à fonder leur dynastie. Á leurs yeux, les Astraux n'étaient plus que des outils, des réserves inépuisables d'énergie dont l'Empire manquait cruellement.

– Je suppose que l'Empire a choisi de croire à la première version de la légende ? devina Scientia.

– Un prétexte de plus pour envahir le monde, grommela Amacitia.

Prompto fit semblant de ne pas entendre. Plongé dans ses pensées, il songea que ça faisait un peu moins de deux ans qu'il priait régulièrement la Glacéenne, comme pour la supplier de s'éveiller pour sauver l'Empire. Comme pour lui montrer que, si l'Empereur et sa première héritière avaient choisi de l'ignorer, un des membres de la famille impériale croyait toujours en elle, et lui demandait toujours de protéger le peuple impérial. Il ignorait sincèrement si la déesse entendait ses prières…

– Peut-être certains Astraux ont-il cessé d'écouter l'humanité, déclara la douce voix de la Dame Lunafreya. Mais d'autres sont toujours là, parmi nous, et continuent de nous accorder leurs faveurs.

Le prince impérial leva la tête et son regard plongea dans les iris bleu océan de l'Oracle. Il y avait dans son regard une lumière pâle, pareille à la lueur des étoiles, et une sagesse ancestrale pétrie d'une force ancienne.

– Le Fléau des Étoiles ne peut pas toucher celui dont le cœur se remplit d'espoir, poursuivit la jeune femme. Malgré toute sa noirceur, l'Empire ne pourra pas éternellement oppresser son peuple dans les ténèbres.

Ses doigts fins effleurèrent les mains de Prompto. Ce dernier ne réprima qu'au dernier moment un sursaut nerveux. Il ignorait pourquoi, mais Lunafreya lui rappelait un peu Stella. Pourtant, malgré une petite ressemblance physique, les deux femmes n'avaient rien en commun. Lunafreya était une force tranquille et sage, Stella était vive et meurtrière comme une flamme. Brusquement, Prompto se sentit noyé par un immense sentiment de nostalgie, comme si la présence de Lunagreya lui rappelait l'époque bénie où, enfant, Stella était son guide, sa meilleure amie, la sœur qui l'avait guidé et protégé.

– Moi, j'aimerai poser une question d'ordre plus pratique, intervint brusquement le Bouclier du prince d'une voix sonore.

Toutes les têtes se tournèrent vers l'Amacitia. Scientia lançait un regard furieux à ce dernier, redoutant certainement que son collègue face encore une remarque désobligeante. Cependant, le géant de muscles n'avait d'yeux que pour Prompto, qu'il fixait d'un regard féroce. Prompto croisa son regard sans flancher, habitué depuis longtemps à des yeux bien plus durs – comme ceux de Stella, ou de Iedolas. Comme le prince Noctis restait muet, autorisant silencieusement son Bouclier à poser sa question, Amacitia poursuivit.

– J'aimerai savoir exactement quel rôle vous avez joué dans cette guerre jusque là. Vous êtes entré dans l'armée impériale, non ?

– Oui, murmura Prompto en sentant sa gorge se nouer. Qu'est-ce que vous voulez savoir, exactement ?

– On pourrait commencer par le poste que vous occupez dans l'armée, proposa Amacitia.

Le prince impérial réprima un soupir.

– Je suis… ou plutôt j'étais Second Commandant, juste en-dessous de ma sœur qui est Première Commandante.

– Pardonnez-moi, intervint Ignis en inclinant poliment la tête. Mais n'êtes-vous pas un peu jeune pour occuper un poste d'une telle importance ? Au Lucis, les grades de dirigeants sont limités aux personnes de plus de vingt-cinq ans.

Prompto haussa les sourcils, incapable de masquer son étonnement. Certes, il savait plus ou moins que le Lucis était une nation moins militaire que le Niflheim, mais il n'avait pas imaginé que les règles régissant l'armée lucisienne soient si différentes de celles de l'armée impériale.

– Á Niflheim, l'armée joue un rôle central, expliqua-t-il. Le service militaire est obligatoire pour les citoyens, par exemple. Et dans la tradition impériale, chaque héritier de l'Empereur intègre l'armée à dix-huit ans. C'est une sorte de rite de passage à l'âge adulte. Ma sœur et moi-même avons été formés depuis longtemps pour nous préparer à ce rôle. Ma sœur est devenue Première Commandante à dix-huit ans, c'est-à-dire qu'elle est chef des armées impériales. En temps que Second Commandant, j'avais la charge des troupes Magitecks, et je commandais aussi le Grand Général. Votre frère, ajouta-t-il en regardant Lunafreya.

L'Oracle entrouvrit la bouche, les yeux brillants de larmes soudaines. Prompto se sentit immédiatement très mal à l'aise. Ravus Nox de la maison Fleuret avait vécu seul à Tenebrae après que l'Empire ait annexé son royaume et que sa sœur avait réussi à fuir au Lucis. Il avait rejoint Gralea quand il avait eu vingt ans pour suivre la formation militaire de Niflheim. Prompto avait grandi aux côtés du jeune homme austère qu'était Ravus, et avait combattu également à ses côtés. Ravus ne ressemblait pas beaucoup à sa sœur, à l'exception de ses yeux. Ils avaient les mêmes iris, et le même regard.

– Ça fait longtemps qu'il a intégré l'armée ? demanda Scientia.

– Dix ans maintenant, répondit Prompto. Il a rapidement gravi les échelons. Ma sœur et lui ont beaucoup combattu ensemble.

Stella avait toujours aimé se battre. Quand Prompto y repensait, il trouvait de moins en moins étonnant que Ravus et elle se soient plutôt bien entendus. Quand Ravus avait intégré l'armée, il avait été désigné comme instructeur personnel de Stella. De ce début précaire était née une complicité ambiguë entre eux.

« Accroupi au bord du tatami, Prompto regardait avec attention les deux combattants. La salle d'entraînement de Gralea était vide à l'exception de lui, Stella et Ravus.

Chacun d'un côté du tatami, les deux adversaires se jaugeaient du regard. Á gauche, Ravus avait dégainée son épée dont la lame nue brillait à l'éclat des néons. Ses longs cheveux d'or blanc étaient noués en catogan, ne laissant qu'une unique mèche ondulée danser le long de sa tempe droite. Ses yeux bleus étaient rivés sur son adversaire, acérés comme ceux d'un faucon. Face à lui, Stella se tenait droite et fière, comme le voulait son héritage impérial. Sa propre épée, un long sabre effilé et tranchant, était pointé en direction de Ravus. Ravus et Stella devaient bien être les deux seuls soldats de l'armée impériale à préférer les armes blanches aux armes à feu. Même Prompto avait toujours favorisé les pistolets aux épées.

Néanmoins, quand les deux adversaires se lancèrent soudain l'un contre l'autre, le jeune prince ne put ignorer la pointe de jalousie qui perça son cœur. Ravus et Stella se déplaçaient silencieusement, rapidement et surtout gracieusement. Stella virevoltait littéralement autour de Ravus avec des gestes souples et des bonds aériens. Ravus faisait danser sa lame avec dextérité et élégance dans l'air, chaque fois parée par celle de Stella. Leur combat s'apparentait plus à une danse parfaitement orchestrée, mais Prompto n'était pas dupe. La férocité de leurs coups se reflétait dans l'éclat métallique avec lesquels leurs épées se rencontraient. Stella faillit trancher le bras de Ravus, lequel esquiva d'un pas de côté et riposta par un coup de pied. Stella réussit à ne pas basculer à terre, mais se figea en sentant la lame de Ravus sous son menton.

Prompto se redressa à demi en voyant sa sœur en délicate posture. Il savait que Ravus ne tenterait rien contre Stella – il n'était qu'un soldat tandis qu'elle était la princesse, et plus important encore, ils étaient amis – mais c'était un instinct qu'il n'arrivait pas à réfréner : chaque fois qu'il voyait sa sœur en danger, il voulait s'élancer et la défendre à tout prix. Cependant, il se força à se rasseoir et ne pas déranger l'entraînement, certain que Stella lui en voudrait s'il intervenait. Il savait combien sa sœur affectionnait ces moments d'intimité avec son instructeur et celui qui devait probablement être son meilleur ami.

Ravus et Stella se regardèrent un long moment dans les yeux, complètement silencieux. Enfin, le plus âgé recula d'un pas, la lame le long de sa jambe. Stella se redressa et rengaina sa propre épée.

Bien joué, Général, lança-t-elle.

Ravus cilla à peine et rengaina à son tour.

Merci, Votre Altesse. Vous avez également bien combattu. Puis-je vous suggérer de mieux surveiller vos déplacements pour notre prochain combat ?

Stella hocha la tête avant d'essuyer la sueur coulant sur son front. Elle était en nage, mais Ravus ne transpirait pas d'une goutte. Il paraissait tout aussi composé qu'avant sa passe d'armes. Prompto était secrètement impressionné. Comment Ravus faisait-il pour paraître toujours impeccable, quelle que soit la situation ?

Voulez-vous que j'entraîne également Son Altesse votre frère, Princesse Aurum ? demanda Ravus en lançant un bref regard vers Prompto.

Le blond se sentit blêmir. Combattre Ravus en combat singulier, et à l'épée ? Hors de question ! Prompto était doué avec les pistolets, pas les épées ! Il lança un regard paniquée à sa sœur. Les lèvres de Stella s'étirèrent en un sourire moqueur.

Prompto, avec une épée ? Je ne sais pas, Ravus, ça me semble assez dangereux.

Je ne lui ferai aucun mal, Altesse, assura solennellement le jeune général.

Ce n'est pas ça qui m'inquiète, répondit Stella. J'ai plutôt peur que Prompto s'ampute lui-même d'un doigt avec sa propre épée. Il n'est vraiment pas doué avec une lame…

Hé ! Stella ! s'exclama Prompto d'une voix outrée.

Le rire de son aînée lui répondit. Prompto se sentit rougir, d'autant plus quand sa sœur s'approcha de lui pour lui ébouriffer les cheveux comme s'il avait encore trois ans. Il la chassa d'un geste du bras en grimaçant. Il jeta un coup d'œil à Ravus, rouge d'humiliation. Il crut voit l'ombre d'un sourire sur le visage impassible du jeune général. Comme à chaque fois qu'il regardait le prince et la princesse interagir ensemble, une douceur mélancolique teintait son regard habituellement froid.

Au fait, Ravus, mon père va-t-il t'envoyer sur le front prochainement ? demanda Stella en se retournant vers le général. J'ai cru comprendre qu'il voulait t'envoyer à Tenebrae pour que tu organises l'envoi des troupes vers le Lucis ?

Á ces mots, Prompto observa pensivement Ravus. Depuis son annexion, Tenebrae était devenu l'avant-poste militaire de Niflheim. L'Empire y faisait transiter ses troupes militaires avant de les envoyer dans le royaume du Lucis. Une persistante rumeur prétendait que Iedolas pensait à nommer Ravus commandant de Tenebrae afin qu'il organise lui-même l'avancée des troupes sur les territoires lucisiens. Sa prochaine cible était notamment Lestallum, dernière convoitise de l'Empire à cause du Météore, une puissante source d'énergie dont Niflheim voulait s'emparer. Réussir à prendre la ville s'apparenterait à une prouesse et une grande victoire militaire. Connaissant l'ambition de Ravus, Prompto ne serait pas étonné que le jeune général veuille s'emparer de Lestallum. Cependant, Tenebrae était également la ville de naissance de Ravus, et un lieu de souvenir douloureux pour lui.

Sa Majesté Impériale ne m'a pas encore fait part de ses projets à mon égard, répondit Ravus en croisant ses mains dans son dos. Néanmoins, j'espère être rapidement envoyé sur le front. Je veux pouvoir apporter ma contribution à la guerre.

Tu parles comme si tu n'avais encore rien fait, rit Stella. Cela fait pratiquement neuf ans que tu combats pour l'Empire.

Il y a une différence entre l'action d'un simple soldat et celle d'un général.

La princesse impériale regarda Ravus, les bras croisés, un sourire amusé aux lèvres.

Tu sembles très ambitieux depuis ta nomination, observa-t-elle. Laisse-moi deviner : des grands projets pour le futur ?

L'expression faciale de Ravus ne changea pas d'un iota. Mais ses yeux semblèrent briller d'un feu nouveau. Il croisa le regard de Stella sans hésiter.

Plus que vous ne pouvez l'imaginer, Votre Altesse.

Stella inclina la tête sur le côté. Lorsque Prompto leva les yeux vers elle, il vit que son regard était ardent, comme à chaque fois qu'elle se sentait prête à relever un défi.

Oh ? Ne me dis pas que tu comptes me voler ma victoire ? lança-t-elle d'une voix espiègle. Le Lucis tombera, mais ce sera par mes mains et seulement les miennes, Général.

Il y avait du challenge dans la voix de la princesse. Ravus laissa un bref sourire percer sa mine austère.

Je relève le défi, Votre Altesse, répondit-il. Que le meilleur gagne.

Que le meilleur gagne ! répéta Stella avec un sourire carnassier. »

C'était un an auparavant. Ravus venait d'être nommé Grand Général. Il y avait toujours eu un vif esprit de compétition entre Ravus et Stella, sans que Prompto n'ait jamais vraiment su pourquoi. Par ailleurs, Ravus avait gagné en assurance après sa nomination. L'année suivante, il avait enchaîné les victoires militaires, organisant avec ingéniosité les attaques sur les villes stratégiques du Lucis. Pendant que les troupes de Stella avaient pris le contrôle de la région de Duscae, Ravus avait supervisé la construction de bases à Cleigne puis avait organisé l'attaque et la prise de Lestallum. Grâce à lui, l'Empire avait pu instaurer son emprise sur la ville et son précieux Météore pendant près de six mois. Ravus était alors devenu un des héros de la guerre, jusqu'à ce que le Lucis parvienne à reprendre Lestallum au court d'une bataille sanglante, à laquelle Prompto avait lui-même participé. Il n'aimait pas y repenser, et refusait obstinément de partager cette morbide anecdote de sa vie au Prince Noctis et à l'Oracle.

Maintenant qu'il avait l'Oracle Lunafreya devant lui, Prompto devinait facilement que Ravus était certainement motivé par la perspective de revoir sa sœur, ce qui expliquait son acharnement à multiplier les victoires militaires pour se rapprocher de la capitale royale. Le Mur d'Insomnia était après tout l'unique obstacle qui l'empêchait de la revoir. Son échec à Lestallum avait été un coup particulièrement dur qui l'avait poussé à se retrancher à Tenebrae. Prompto l'y avait d'ailleurs croisé, alors qu'il se rendait au Lucis pour rejoindre Insomnia. En voyant l'émotion qui brillait dans les yeux de Lunafreya, Prompto se sentit coupable de posséder sans doutes plus de souvenirs de Ravus que Lunafreya pouvait en avoir. Il lui lança un regard hésitant.

– Si… Si vous voulez, je peux vous montrer quelques photos de Ravus, proposa-t-il d'une petite voix. J'ai apporté mon appareil photo avec moi. On me l'a confisqué, mais si vous voulez…

Sa voix mourut quand Lunafreya, d'abord surprise, hocha la tête avec force. Elle avait les yeux remplis de larmes qu'elle retenait obstinément. Prompto regarda alors d'un air perdu vers Noctis, lequel se tourna vers Scientia, ce dernier regardant le garde à côté de la porte. Celui-ci porta une main à son oreillette, les sourcils légèrement froncés, avant de murmurer quelque chose à Scientia qui se racla la gorge.

– Toutes mes excuses, Prince Argentum, dit-il. Mais il semblerait que notre service de sécurité ait totalement démonté votre appareil photos afin de s'assurer qu'il n'y avait aucune arme cachée à l'intérieur.

Prompto sentit son cœur se serrer. Son appareil était un cadeau de Stella pour ses seize ans. C'était un bijou de technologie cher et particulièrement fragile. De toute évidence, il serait impossible de le remonter maintenant. Prompto se mordit les lèvres et ignora la colère sourde qui montait en lui.

– Pas de problèmes, rétorqua-t-il non sans une certaine raideur. Vous pouvez juste nous apporter la carte mémoire. C'est là-dedans que sont stockées toutes mes photos. On peut les récupérer avec un ordinateur.

Le garde murmura aussitôt quelque chose dans la minuscule radio cachée dans le col de sa veste noire avant de hocher la tête.

– Quelqu'un nous apporte tout cela tout de suite, confirma Scientia.

Prompto se permit un minuscule sourire en direction de Lunafreya. Il était heureux de pouvoir l'aider à sa manière. C'était comme un premier geste de rédemption de la part de l'Empire envers l'ancienne royauté de Tenebrae.


* Tellus Scientia est l'oncle d'Ignis et donc le conseiller de Régis.


Voilà, j'espère que ce nouveau chapitre vous a plu, et merci d'avoir pris le temps de le lire. A bientôt pour la suite!