Bonjour/bonsoir pour ce quatrième chapitre. J'espère qu'il vous plaira. Veuillez pardonner les éventuelles coquilles, fautes de frappe, de grammaire et d'orthographe.
Rappel : les phrases en italiques dans le texte (à l'exception des flash-backs de Prompto) sont en gralean, la langue de l'Empire. Les lucisiens (dont Luna) ne la comprennent pas.
Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.
Chapitre 4 : La réponse du Lucis
Le conseil devant décider de la réponse à donner au Prince Argentum ne débuterait qu'à 13h, et naturellement, Noctis y était convié. Lui qui détestait les longues réunions politiques et stratégiques auxquelles il était prié d'assister depuis le début de son adolescence était cette fois impatient que le conseil commence. Luna, en sa qualité de représentante de Tenebrae et Oracle d'Éos, y était également invitée. Elle était d'ailleurs partie dans sa chambre pour se préparer, même si la réunion ne commençait pas avant trois bonnes heures.
– Pourquoi attendre aussi longtemps pour commencer la réunion ? râla le prince en examinant les différentes tenues qu'Ignis avait sorti de sa penderie pour les étaler soigneusement sur les draps sombres de son lit. Le conseil promet déjà d'être long, alors en plus si on retarde le début…
– Il faut laisser le temps au Maréchal d'interroger la Commandante Highwind, Altesse, répondit le jeune Scientia qui sélectionnait les cravates de Noctis. Les informations qu'elle donnera constitueront une variante non-négligeable sur laquelle s'appuiera le conseil pour prendre sa décision ce soir.
– Autrement dit, si Cor estime que les informations que lui donne Highwind sont bidons, le conseil refusera la proposition d'Argentum ?
Ignis hocha la tête avant de sortir une cravate bleu nuit pour aller avec un des costumes noirs du prince.
– Elle semblait très peu encline à coopérer avant que le roi ne lui permette de voir son prince, déclara-t-il d'un air pensif. Elle a tenu tête au Maréchal tout le temps de l'interrogatoire. Je dois avouer, c'était assez impressionnant à regarder.
– Ouais, l'Immortel qui ne terrifie pas un prisonnier, c'est une première, approuva Gladio, disgracieusement avachi sur le canapé trônant devant le large écran plat encastré dans le mur. Même mon père n'en revenait pas.
– Il ne faut pas oublier que cette Highwind appartient est apparemment un Chevalier-Dragon, fit remarquer Ignis. Au vu de la réputation qu'ils jouissent même ici, je ne serais pas étonné que même le Bouclier du Roi soit quelque peu sur ses gardes. Tu ne crois pas, Gladio ?
Ce dernier darda un regard noir à Ignis, qui répondit par un regard moqueur. Les yeux bleus de Noctis valsèrent de son conseiller à son Bouclier avec le sentiment qu'une information importante lui échappait.
– Attendez, c'est quoi, un Chevalier-Dragon ?
Ignis leva les yeux au ciel et poussa un soupir auquel Noctis était tellement habitué qu'il n'arrivait même plus à en être vexé. Ça, c'était l'attitude d'Ignis quand il était profondément affligé par l'ignorance de son prince. Le jeune homme s'attendit donc à un sermon en règle sur l'importance de la culture suivie d'une longue tirade explicative sur cette histoire de Chevalier-Dragons. Mais ce fut Gladio qui prit la parole, abaissant son livre et se redressant dans une position un peu plus convenable.
– Il s'agit d'une guilde secrète et ancestrale de guerriers. On ignore exactement quand et comment elle a été fondée, mais certains livres de Cosmologie en font mention dès l'ère des premiers rois du Lucis. Ils formaient l'élite des guerriers au Moyen-âge, mais sont lentement tombés dans le déclin il y a environ trois cents ans. Au Lucis, ils ont complètement disparu il y a cinquante ans.
– Pourquoi ? interrogea le prince.
Gladio haussa les épaules.
– Personne ne sait exactement. Ils formaient une société complètement indépendante du royaume dans lequel ils vivaient, c'est peut-être à cause de désaccords politiques qu'ils ont été évincés. En tout cas, ils sont toujours célèbres, même ici.
– Ce sont des guerriers aux compétences spéciales, ajouta Ignis. D'après les livres que j'ai consulté sur le sujet – et que, si tu les aurais lu aussi, Noct, tu saurais aussi – ils étaient utilisés pour l'infiltration, les assassinats et l'espionnage. Ils étaient très redoutés, et en vérité, ils le sont encore même ici.
– Et pas pour rien, enchaîna Gladio d'un ton bourru. Certaines légendes prétendent même que certains guerriers-dragons sont capables de manipuler une forme de magie primitive…
Á ces mots, les sourcils de Noctis se haussèrent tellement haut qu'ils disparurent sous sa frange. La magie était et serait toujours l'apanage des membres de sang royal. Seuls les rois du Lucis et leurs descendants, et les reines de Tenebrae et leurs descendantes, étaient capables de manipuler la magie d'Éos. Cela voulait-il dire que des ancêtres de Noctis ou de Luna aient fait partie de cette Guilde ?
– Ce ne sont que des légendes, Noct, dit Ignis comme s'il avait lu dans ses pensées. Aucune de ces rumeurs ne sont fondées, et la possibilité que les Guerriers-Dragons puissent se servir de la magie me semble plus qu'improbable. Ce qui m'étonne plus, c'est que cette guilde existe encore au Niflheim.
– Peut-être que Highwind et Argentum pourront nous apprendre plus sur ce sujet, grommela Gladio. J'avoue être assez curieux sur ces Chevaliers-Dragons. Mon père m'en a souvent parlé.
Effectivement, Gladio semblait assez calé sur le sujet, ce qui ne surprenait pas vraiment Noctis. Pour les Amaticia, cette guilde secrète de guerriers aux compétences inégalées devait apparaître comme une menace à ne pas négliger. Où un rêve d'enfant qui devenait réalité. Peut-être même que Gladio voudrait rencontrer en personne Highwind pour en découvrir plus.
– Ton père t'a dit comment ça s'est passé, la rencontre entre la Commandante et Argentum ? demanda le prince à son Bouclier.
– Un peu. Argentum s'est montré assez coopératif tout le long de l'entrevue. Il a répondu à toutes les questions que le roi et les autres lui ont posé. Il semblait honnête, mais mon père n'exclut pas la possibilité qu'il mente.
– C'est vrai qu'au vu des circonstances, on peut se permettre d'avoir des doutes, reconnut Ignis. Mais on ne peut pas oublier le fait que lui et sa subordonnée sont prêts à nous révéler tous les secrets militaires et tactiques de Niflheim. C'est le genre d'informations qui pourraient nous aider à gagner la guerre.
– Á condition qu'ils ne nous racontent pas de salades, ajouta Gladio en grimaçant.
– Bien entendu, dit Ignis avec un petit hochement de tête.
Noctis resta silencieux. Il ne savait pas du tout quoi penser à propos d'Argentum, de sa proposition et même de Niflheim. Il n'avait jamais vu l'Empire autrement qu'à travers les rapports de guerre et les conseils militaires. Nombreux étaient les Glaives blessés qui revenaient à Insomnia et incapables de retourner sur le front. Ils parlaient des monstres de l'Empire, des robots tueurs qui exécutaient leurs ennemis sans état d'âme. Niflheim avait lentement envahi les côtes du Lucis, puis avaient occupé la totalité de la région de Duscae. Ils avaient progressivement étendu leur emprise sur une bonne partie de Cleigne, jusqu'à leur prise partielle de Lestallum. Les populations avaient alors émigrés par milliers vers les territoires encore libres du Lucis. Insomnia avait accueilli un nombre toujours plus croissant de réfugiés derrière son Mur ces dernières années. Les noms de Iedolas et de ses héritiers avaient toujours été associés à cet Empire violent qui avait envahi le royaume de Luna et qui menaçait celui de Noctis.
La venue imprévue d'Argentum à Insomnia avait chamboulé son point de vue sur la situation actuelle. Noctis ne parvenait pas à comprendre le prince impérial. Il s'était livré en son âme et conscience à son ennemi en leur proposant de les aider à vaincre sa propre nation. En écoutant les conversations de son père avec Clarus, Tellus, Cor et Luna, Noctis réalisait qu'Argentum semblait être le mouton noir de sa famille et ne partageait pas les idéaux guerriers de l'Empereur. Du moins, c'est ce qu'il essayait de faire croire. Noctis ne pouvait pas s'empêcher d'avoir des doutes. Argentum pouvait être un leurre utilisé par Iedolas pour tromper la vigilance du Lucis…
Le prince se passa une main nerveuse dans sa tignasse de cheveux noirs. Ça l'agaçait d'être aussi partagé en ce qui concernait Argentum. Son attitude, ses photos de Ravus et des villages campagnards de Niflheim, son ton implorant et ses regards de chien battu… Il était très difficile de ne pas vouloir croire à ses bonnes intentions. Mais si c'était un piège ? Si c'était une machination particulièrement bien travaillée de l'Empire pour infiltrer Insomnia de l'intérieur ? Pour assassiner le roi ? Pour kidnapper Luna ? Après tout, si les légendes étaient vraies sur les Chevaliers-Dragons, Highwind pouvait représenter une réelle menace. Les possibilités étaient multiples. Il repensa à sa discussion avec Luna et rougit violemment en repensant à l'odeur parfumée de l'Oracle, la douceur de ses cheveux entre ses doigts, et la sensation de ses lèvres contre les siennes. Pendant longtemps, il n'avait jamais considéré Luna comme autre chose que l'Oracle qui avait promis de l'accompagner et le soutenir pour accomplir sa destinée, sa meilleure amie qui serait toujours à ses côtés. Mais maintenant, elle était devenue autre chose. « Une âme sœur », souffla une voix douce dans l'esprit du prince. Une chaleur diffuse se répandit dans son cœur à cette pensée.
Ignis se racla la gorge, faisant sursauter Noctis qui fit de son mieux pour paraître tout à fait composé.
– Bon, Noct. Costume noir avec cravate bleue, ou costume bleu avec cravate noire ?
OOO
Il était 21h58, mais le conseil était loin d'être à son terme. Assis à côté de son père, Noctis frotta ses yeux fatigués d'un geste bref mais las. Il en avait assez d'être assis sur une chaise, enfermé dans une salle dont l'air commençait par être alourdi par la sueur des autres personnes, toutes aussi épuisées que lui. Seuls Luna et deux conseillers – dont l'un était l'homme le plus agaçant que Noctis avait eu l'occasion de fréquenter – avaient encore assez d'énergie pour mener un débat animé.
– On ne peut pas croire aveuglément tout ce que nous raconte Argentum ! martelait, un homme joufflu aux cheveux noirs jais, qui répondait au nom de Livius. Les impériaux ne nous ont jamais donné aucune preuve de vouloir trouver une solution pacifique au conflit. Ils se contentent d'attaquer et d'envahir notre royaume depuis près de trente ans ! Ce n'est qu'une question de temps avant que ces sauvages s'attaquent à Galdina et nous coupent définitivement du protectorat d'Accordo!
– Mais que se passera-t-il si nous ignorons la proposition du prince impérial ? rétorqua Luna. L'alliance proposée par le prince Argentum représente peut-être notre unique et seule chance de terminer cette guerre pacifiquement…
– Où ce pourrait être un piège, fit remarquer Clélia, une femme aux cheveux bruns parsemés de mèches argentées. Pardonnez-moi, Dame Lunafreya, mais cette possibilité n'est pas à exclure…
Luna fronça les sourcils d'un air résolu.
– Le prince Argentum s'est livré à Insomnia, il nous a permis de retrouver et récupérer ses troupes armées et est parvenu à convaincre sa subordonnée, la commandante Highwind, de coopérer avec nous et de nous transmettre toutes les informations qu'ils avaient sur l'Empire, récita-t-elle. Ces actions sont autant de preuves que les intentions du prince Argentum sont motivées par la paix et non la guerre.
Des grognements à peine étouffés se firent entendre ça et là autour de la grande table ronde qui accueillait les conseillers, le roi, le prince et l'Oracle. Noctis se pinça les lèvres en apercevant un de ses voisins les plus proches rouler des yeux. Ils pensaient tous que Luna était naïve, candide. Cela agaça profondément Noctis dont la jambe gauche fut agitée d'un tic nerveux. Ils oubliaient tous un peu vite que Luna était l'Oracle, et pas juste une pauvre petite réfugiée de Tenebrae…
Un homme aux tempes grisonnantes se racla la gorge avant de relancer le débat, se tournant vers Cor.
– En parlant de cette Commandante Highwind, Maréchal, que pouvez-vous nous dire à son sujet ? Vous l'avez longuement interrogée…
– C'est exact, répondit Cor de sa voix éternellement caverneuse. Elle s'est montrée très coopérative après avoir pu voir son prince de ses propres yeux. Elle a répondu à toutes mes questions sans broncher. Nous avons déjà pu collecter quelques données précieuses sur les effectifs militaires de l'Empire, non seulement à Gralea mais également sur le territoire occupé par les impériaux. Toutes les informations qu'elle nous a donné jusqu'à maintenant sont résumées dans le dossier.
Il montra une épaisse chemise plastifiée contenant une petite pile de papiers que le Maréchal avait distribués en plusieurs exemplaires aux conseillers avant le début de la réunion. Noctis n'avait que balayé l'ensemble du dossier d'un œil distrait. Highwind avait surtout révélé l'effectif militaire présent sur le territoire du Lucis, ainsi que les troupes en réserve qui résidaient à Tenebrae.
– Comme vous avez pu le constater, poursuivit Cor, l'armée impériale se divise en trois branches distinctes : les soldats impériaux qui sont des hommes de chair et de sang, les Unités Magitecks qui constituent le plus gros de l'effectif militaire impérial, et les mercenaires comme la Commandante Higwind. J'ai trouvé très intéressant que les mercenaires ne fassent pas partie à proprement parler de l'armée officielle, et qu'ils constituent un corps indépendant qui travaille pour l'Empire en échange de primes.
– En quoi ce détail a-t-il pu retenir votre intention ? houspilla Livius d'un air mauvais. Á part nous indiquer que cette Highwind et ses soldats sont des opportunistes dont le sens de la loyauté se limite à la quantité d'argent qu'on leur offre ?
La moue méprisante du sénateur fondit comme neige au soleil lorsque l'Immortel le gratifia d'un regard foudroyant.
– Cette information, Sénateur, siffla le Maréchal d'une voix glaciale, est significative sur le fonctionnement de l'Empire, dont nous ne connaissons presque rien. D'après ce que Highwind a pu me dire, les mercenaires sont considérés comme des soldats de seconde zone. Certains travaillent pour l'Empire, mais la plupart vivent dans les campagnes où ils chassent les daemons qui menacent les villages isolés. Ils ne partagent pas la volonté de conquête de Iedolas et se rangent du côté du peuple. Je ne suis pas étonné qu'ils aient rallié la cause du prince Argentum.
– Y aurait-il donc une possibilité que les mercenaires restés à Niflheim puissent se retourner contre l'Empereur sur ordre d'Argentum ? demanda Tellus à côté de Luna.
Noctis sentit son estomac se tordre d'excitation. Une révolte interne de l'Empire ne pourrait être qu'au bénéfice du Lucis. Une guerre civile pourrait détourner le Niflheim de sa conquête des territoires lucisiens, et donner enfin à Insomnia l'occasion de riposter et chasser une bonne fois pour toutes l'ennemi de leurs terres. Mais le visage de Cor resta sombre.
– Même si ce serait le cas, les mercenaires représentent une part trop minoritaire au sein de l'Empire. Ils se feraient écraser par l'armée impériale et les Magitecks.
– Maréchal, intervint Régis, faisant taire les messes basses que s'échangeaient les conseillers. Highwind vous a-t-elle dit comment le Prince Argentum est parvenu à rejoindre Insomnia sans attirer les soupçons de l'Empire ?
Tout le monde regarda Cor avec une attention particulière.
– D'après Highwind, le Prince Argentum et elle-même ont participé à la bataille de Lestallum, répondit le Maréchal. Argentum a été blessé pendant la bataille, et sa sœur a ordonné son rapatriement à Gralea pour recevoir des soins. Highwind et son bataillon ont été réquisitionnés à Duscae pour assurer la surveillance du territoire envahi. Après quelques semaines, Highwind a reçu un appel du Prince l'informant de sa décision de rejoindre Insomnia et lui enjoignant de gagner la Baie de Galdina. Le Prince l'y a rejointe deux jours plus tard.
– Et comment le Prince s'y est-il pris pour quitter le territoire impérial ? interrogea Tellus.
– En passant par Tenebrae, apparemment. Comme vous le savez, la ville est devenue un point de transit par lequel passent les troupes impériales avant de rejoindre notre royaume. Argentum se serait faufilé à bord de l'un des vaisseaux de combat à destination d'une base militaire à Duscae pour déserter de son poste.
– Sans se faire voir ni aider ? lança un conseiller d'un air sceptique. Cela est dur à croire…
– Pour le moment, aucun nom n'a été révélé, admit Cor en fronçant les sourcils. Mais peut-être que Highwind préfère attendre de savoir quelle sera notre décision vis-à-vis de la proposition d'Argentum avant de nous en dire plus.
Un brouhaha agité secoua les conseillers autour de la table. Noctis, qui avait attentivement écouté le discours du Maréchal, ne put réprimer un frisson en apprenant qu'Argentum avait participé à la bataille de Lestallum. C'était un des affrontements les plus directs et les plus violents de la guerre, sans compter un des plus récents. Lestallum était tombée aux mains impériales six mois plus tôt. D'après les espions lucisiens, les impériaux cherchaient à tirer profit de l'énergie du Météore grâce à laquelle la ville était devenue le centre économique de sa région. Insomnia avait fondé un partenariat avec la capitale de Cleigne afin de bénéficier de l'énergie du Météore. Cela expliquait pourquoi Régis avait choisi, deux mois auparavant, d'attaquer de front la ville occupée.
Autant Noctis comprenait la décision de son père, autant la simple pensée de la bataille de Lestallum ne lui évoquait qu'horreur et dégoût. Même si le Lucis était sorti victorieux, la bataille de Lestallum avait été un sanglant massacre où des Glaives et soldats impériaux avaient perdu la vie par centaines. La ville avait été à demi détruite par les bombardements impériaux, et de nombreux civils avaient perdu la vie malgré les tentatives d'évacuation de la population par le Lucis. Le prince royal grinça des dents en réalisant que peut-être Argentum avait croisé Cor pendant ce bain de sang, lequel s'était une nouvelle fois distingué lors de cette bataille en tuant l'un des principaux généraux de l'armée impériale.
La sénatrice Clélia se racla la gorge pour attirer l'attention sur elle.
– Et concernant les Magitecks, dit-elle, pensez-vous que nous pouvons en tirer quelque chose ?
– C'est très probable, affirma aussitôt Cor. Selon Argentum, il les a amenés avec lui afin que nous les examinions. Je dois avouer que cette proposition est tentante. Nous ignorons tout du fonctionnement des unités Magitecks. En apprendre plus sur eux nous permettrait de mieux nous défendre sur le champ de bataille.
Un silence songeur accompagna les déclarations du Maréchal. Il était clair que la possibilité d'en apprendre plus sur la plus redoutable des armes impériales était alléchante. Même l'expression orageuse qui froissait le visage de Livius céda la place à un air plus pensif. Il tapota un instant la surface brillante de la table avec des doigts potelés, puis leva une main pour demander à faire une déclaration. D'un geste de la tête, le roi lui donna la parole. Livius se leva.
– Je refuse de croire sur paroles ces impériaux, déclara-t-il. Ils demandent l'asile politique en échange d'informations dont nous ne pouvons pas vérifier la véracité. Comment savoir s'ils jouent franc jeu ? Comment savoir si ce n'est pas une tentative de l'ennemi pour nous manipuler ?
– Nous ne pourrons pas le savoir si nous ne faisons rien, lança Luna d'une voix froide.
– Justement ! s'écria Livius. Ne leur donnons pas l'opportunité de nous rouler dans la farine ! Je propose que nous examinions les unités Magitecks, et que nous envoyions les soldats impériaux dans un centre pénitentiaire adéquat, loin de la Citadelle pour plus de sécurité. Je suggère également de garder le Prince Argentum en état d'arrestation et de nous servir de lui comme otage pour faire pression sur Niflheim. Même si, d'après ses dires, l'Empereur se fiche de son sort, la princesse impériale se montrera peut-être sensible à nos demandes. On pourrait trouver là un moyen de négocier la fin de la guerre à notre avantage.
– Si nous menaçons Argentum de quelque manière que ce soit, Highwind et ses hommes cesseront de coopérer, rétorqua le Maréchal en fronçant les sourcils. Nous risquerions de perdre de précieuses informations sur Niflheim.
– Dont nous ignorons la véracité, insista le sénateur avec force. Nous pourrions tomber dans un piège, suivre des informations erronées qui ont pour but de précipiter la chute d'Insomnia.
Quelques têtes hochèrent autour de la table, tandis que d'autres visages demeuraient fermés, dont celui de Luna. Noctis regrettait d'être séparé d'elle par trois sièges, ou il aurait tendu la main pour prendre la sienne sous la table. Á la place, le prince reporta son attention sur Tellus qui avait repris la parole tandis que Livius se rasseyait.
– Je pense que nous gagnerons plus à accorder ne serait-ce que le bénéfice du doute au prince Argentum, déclara le conseiller. La collaboration d'Argentum pourrait nous aider à mettre fin à la guerre bien plus vite que si nous nous contentons de nous servir de lui comme simple otage. De plus, il pourrait nous aider à négocier avec sa sœur.
Livius afficha un rictus mécontent, mais resta silencieux. La sénatrice Clélia se racla à son tour la gorge pour prendre la parole.
– Néanmoins, Argentum pourrait mentir, tout comme ses subordonnées, dit-elle. N'oublions pas que nous avons fait entrer l'ennemi derrière le Mur, au cœur même d'Insomnia. Sa Majesté et Son Altesse vivent entre les mêmes murs où est détenu le Prince Argentum, sans oublier que le Cristal est conservé ici-même, à la Citadelle. Jamais encore notre ennemi ne s'est trouvé aussi proche de notre roi et du Cristal. Ne nous montrons pas trop crédules et évitons de baisser notre garde.
Cette fois, des approbations plus franches se firent entendre. Noctis vit même Clarus hocher ouvertement la tête, alors qu'il ne faisait pas techniquement parti du conseil, mais se trouvait là pour escorter le roi comme toujours. Luna semblait elle aussi partagée. En tant qu'Oracle, son destin était directement lié à celui de la lignée royale du Lucis, et la sécurité de Régis et plus particulièrement de Noctis lui tenait à cœur. Sans compter Insomnia, qui dépendait toute entière de Régis et de Noctis pour ne pas tomber face à Niflheim. La capitale et ses alentours directs représentaient les derniers bastions de liberté face à l'Empire de l'ouest. Ils ne pouvaient pas risquer aussi facilement la sécurité de leur ville à cause d'Argentum.
– Que proposez-vous ? demanda Tellus à Clélia.
La sénatrice se leva à son tour. Elle examina les visages autour d'elle d'un regard sévère.
– Je suggère un compromis. Accorder une confiance aveugle à un prince ennemi, aussi inoffensif et sincère puisse-t-il paraître, me semble irréfléchi dans la situation où nous nous trouvons. Accordons notre protection au Prince Argentum et la Commandante Highwind. Mais ne laissons pas un bataillon entier de mercenaires impériaux ici, dans la Citadelle, à proximité de Sa Majesté, du Prince et du Cristal. Qu'ils soient transférés dans un centre pénitencier. Á défaut de l'asile politique, ils bénéficieront de la protection des prisonniers de guerre. Quant au Prince Argentum et à sa Commandante, qu'ils ne puissent pas se déplacer librement dans la Citadelle, et qu'ils ne puissent jamais accéder à des armes ou des informations sensibles sur notre gouvernement.
Le roi se pinça discrètement les lèvres, puis jeta un coup d'œil à sa montre. Sous la lumière agressive du plafonnier, ses traits tirés et ses yeux cernés étaient clairement visibles. Cette réunion s'était trop longtemps éternisé. Régis se leva, attirant tous les regards sur lui.
– Cette réunion n'a que trop duré, et nous ne pouvons nous permettre d'étaler le débat plus longtemps, annonça le monarque. Il est temps de voter notre réponse. Qui souhaite accepter la proposition du Prince Argentum et se range du côté de la sénatrice Clélia ?
Plusieurs mains se levèrent, dont celles de Luna et de Tellus. Noctis leva également la sienne, tout en jetant un regard autour de lui. Il estima grosso modo qu'une bonne moitié des membres du conseil avaient voté pour. La différence contre le camp adverse serait minime, et se jouerait certainement à une ou deux voix près seulement. Le roi lança un regard vers le greffier qui était assis à un petit pupitre de bois à côté de la grande table du conseil. Ce dernier avait la charge de comptabiliser les voix. Il adressa un hochement de tête au roi, et celui-ci se tourna de nouveau vers les conseillers.
– Qui refuse la proposition du Prince et s'aligne avec la proposition faite par le sénateur Livius ?
Plusieurs conseillers levèrent le bras. Le roi laissa le temps au greffier de compter et de noter le nombre sur une feuille avant de poursuivre.
– Qui s'abstient de voter ?
Aucune main ne se leva. Les conseillers s'entreregardèrent sans rien dire. Un lourd silence s'était abattu sur la table. On pouvait pratiquement sentir la tension vibrer dans l'air. Noctis risqua un petit coup d'œil vers son père. Ce dernier demeura impassible et se tourna finalement vers le greffier, l'invitant à se manifester d'un geste de la main. Le petit homme malingre se leva maladroitement de son pupitre, sa feuille entre ses mains moites, et sa voix chevrotante s'éleva dans le silence de la pièce.
– Votre Majesté, Votre Altesse, messieurs et mesdames les conseillers, voici les résultats du vote. Vingt-quatre voix pour, vingt-quatre voix contre, aucune abstention.
La surprise se peignit sur pratiquement tous les visages. Même Tellus, ordinairement composé, haussa les sourcils. Noctis, les yeux écarquillés, croisa le regard du conseiller de son père. De toutes les réunions politiques auxquelles le prince avait assisté, il n'avait encore jamais vu un tel cas de figure. Le vote présentait une égalité parfaite, et en l'absence d'abstention, il n'y avait aucun moyen de trancher.
Tellus tourna la tête vers le roi, imité peu à peu par tous les conseillers, Noctis et Luna. Dans une telle situation, il revenait au roi de prendre la décision finale. C'était une des lourdes tâches du trône, et Noctis en comprit toute l'étendue en apercevant une lueur d'incertitude briller brièvement dans les yeux de son père avant de disparaître la seconde suivante. Le roi resta de longues secondes silencieux et immobile, sans aucun doute conscient que tous les regards étaient braqués sur lui.
– Majesté ? demanda doucement Tellus. Votre décision ?
Le roi leva la tête. Ses traits étaient tendus, sa mâchoire contractée, et ses yeux résolus.
– Je me range de l'avis de la sénatrice Clélia. Je choisis l'alliance avec le Prince Argentum.
OOO
Noctis suivit son père, Clarus et Tellus dans les appartements privés du roi. Le prince avait une boule dans la gorge sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être à cause de la décision de son père, ou bien de la tension qui avait régné parmi les conseillers alors que tout le monde se dispersait pour enfin se retirer pour la nuit. Noctis avait surpris plus d'un regard noir ou dédaigneux dirigés vers le dos de Régis, qui avait quitté la salle du conseil sans attendre, flanqué de Tellus et Clarus. Luna était restée derrière, en plein débat avec Livius qui contestait la décision du roi.
C'était la première fois que Noctis vivait un tel cas de figure. C'était comme une petite révolution, une perturbation d'un ordre bien établi que son propre père avait bouleversé. La décision de Régis allait à l'encontre de tout ce qu'il avait enseigné à Noctis : se montrer prudent, et jamais ne mettre en danger le royaume ou lui-même. Et pourtant, le roi venait d'accepter de collaborer avec l'ennemi. Noctis déglutit. En voyant son père se ruer vers le cabinet où il conservait sa réserve personnelle d'alcools, il sut que les mêmes doutes devaient ronger le vieux roi.
Clarus attendit que Régis ait englouti un premier verre avant de prendre la parole, rompant le silence tendu qui régnait sur le petit groupe.
– Tu sais ce que je pense de ta décision, Régis.
La voix de l'Amacitia était grave et n'avait plus rien de sa chaleur habituelle. Le roi ne se retourna même pas pour regarder son Bouclier.
– Je sais, confirma-il d'une voix rauque.
– Votre popularité risque de chuter, indiqua platement Tellus en prenant la bouteille d'alcool des mains du monarque pour lui servir lui-même un second verre.
Régis poussa un long soupir à ces mots.
– Au diable ma popularité, rétorqua-t-il sans entrain. Il y a bien longtemps que je l'ai perdue auprès des immigrés et de mes propres Glaives.
– C'est différent cette fois, gronda Clarus. Ce n'est pas un simple désaccord politique que tu risques, c'est carrément ta vie ! Bordel, Régis, qu'est-ce qui t'as pris ? Accorder l'alliance à un prince ennemi ? Pour ce qu'il pourra nous rapporter ? On est déjà en train de perdre la guerre, comment veux-tu qu'un prince et une quarantaine de soldats impériaux puissent nous aider à changer la donne ?
– Clarus…, tenta de tempérer Tellus.
Mais le Bouclier l'ignora complètement. Ses yeux brillants d'une rage soudaine étaient rivés sur le dos tourné de Régis.
– Tout ce que tu as accomplis ce soir, c'est d'avoir accepté la présence d'un potentiel assassin dans la Citadelle ! Un prince guerrier d'une nation ennemie et un Chevalier-Dragon dont nous ne savons rien du danger qu'elle peut représenter ! Qu'espères-tu faire avec cette décision ? Tu es prêt à risquer ta vie et celle de ton fils ?
Noctis écarquilla les yeux quand son père jeta brusquement son verre contre un buffet. Les éclats de verre tintèrent en se répandant au sol, en même temps que quelques gouttes d'alcool. Des morceaux de verre étaient fichés dans la main du roi. Régis serra les doigts, ignorant les gouttes de sang qui coulaient entre ses jointures. Le regard qu'il riva sur Clarus était incandescent, presque rougeoyants dans la lumière douce de l'halogène. Le prince sentit un violent frisson lui parcourir l'échine. Jamais encore il n'avait eu peur de son père, mais à la vue du roi qui se dressait maintenant de toute sa hauteur face à son Bouclier, Noctis ne put retenir un mouvement de recul.
Toute la rage de Régis n'était pourtant que focalisée sur Clarus, lequel n'ayant même pas la décence de paraître effrayé.
– Qu'est-ce que tu proposes, Clarus ? tonna le roi d'une voix anormalement grave. Que je me serve d'Argentum comme d'une monnaie d'échange ? La vie de ce gamin contre la fin de la guerre ? Nous savons tous ici très bien que Iedolas n'acceptera aucun pourparler !
– Alors tu préfères laisser un héritier impérial et un Guerrier-Dragon se balader dans la Citadelle à leur gré ? Tu as toujours été trop crédule, Régis, siffla Clarus en lâchant un ricanement désabusé.
– Clarus, ça suffit ! s'exclama Tellus en se dressant entre le roi et son Bouclier.
Reclus dans un coin de la pièce, Noctis observa la scène avec la gorge serrée. Il n'avait encore jamais vu Clarus s'opposer aussi sauvagement à son père, La colère du Bouclier l'impressionnait autant que celle du roi. C'était comme voir une force ancienne, inamovible, qui l'avait protégé et guidé toute sa vie, se fendre en deux, se distordre, et finalement de se briser. Il fut incapable de dissimuler son malaise, même quand Régis posa finalement les yeux sur lui. La colère qui déformait son visage s'estompa presque aussitôt, remplacée par une profonde mélancolie.
– Noct…
Le roi fit un geste de main. Noctis s'avança d'un pas hésitant vers lui. Il pouvait sentir Clarus littéralement bouillonner de colère, mais l'Amacitia recula docilement quand le prince passa devant lui pour rejoindre son père.
– Laissons sa Majesté et son Altesse discuter, grommela Tellus en poussant l'Amacitia.
– Oui, railla Clarus qui ne parvenait pas à faire taire sa fureur. Essaie donc de changer l'avis de ton père, Noct. S'il a un peu de jugeote, il t'écoutera !
Tellus souffla au Bouclier de se taire. Heureusement, Régis ne daigna pas réagir à la provocation de Clarus. Noctis avait espéré que la tension s'estomperait lorsque les deux hommes auraient quitté la chambre, mais il n'en fut rien. Régis se laissa tomber sur l'élégant canapé de cuir noir, un troisième verre à la main. Noctis s'assit silencieusement à côté de lui. Il le trouva brusquement très vieux. Il s'était habitué aux rides naissantes au coin de ses yeux et autour de sa bouche, à ses cheveux et sa barbe argentée. Mais c'était la première fois que la vue des épaules voûtées de son père lui parut aussi… nette. Il pouvait voir la fatigue et la peur ronger le corps et l'âme de Régis, pesant de plus en plus lourd sur son dos ployé. Son père était un vieux monarque fatigué, usé par la tâche qui lui avait été confiée. Les attributs royaux de son costume ressemblaient à des chaînes, l'anneau du Lucii glissé à son majeur était comme un talisman maudit.
Un violent frisson parcourut l'échine du jeune homme.
– Papa…, murmura-t-il finalement après plusieurs secondes d'un trop lourd silence.
– Si tu veux me dire que Clarus a tort, ce n'est pas la peine, déclara Régis d'une voix morne. En réalité, j'ignore qui a tort et qui a raison dans cette histoire.
– Je pense que tu as pris la bonne décision, osa souffler le prince du bout des lèvres.
Un sourire sans joie étira les lèvres de son père.
– Tu dis ça parce que tu as voté pour l'alliance avec Argentum. Mais ce qu'a dit Clarus n'est pas vide de sens. Je nous mets tous les deux en danger.
– Clarus exagère, non ? répliqua Noctis. Il n'y aura qu'Argentum et sa commandante dans la Citadelle. Tous les autres soldats impériaux seront envoyés en prison. Ce n'est pas à eux deux qu'ils pourront nous atteindre…
– Il faut toujours se méfier de l'eau qui dort, Noct. Les Guerriers-Dragons sont redoutés pour de bonnes raisons. Quant à Argentum, il a activement participé à la guerre. Il n'est pas aussi inoffensif qu'il paraît.
Régis vida son verra d'un trait et le reposa d'un mouvement un peu brusque sur la table basse face à lui. Sa main blessée saignait toujours et répandait des tâches pourpres sur le canapé. Sans réfléchir, Noctis attrapa la main de son père, puis leva la sienne au-dessus de la paume coupée. Un voile bleuté émana de ses doigts alors que la magie du Cristal bourdonnait dans ses veines et sous sa peau. Lentement, la plaie sur la main de Régis se referma.
– Tu as fait des progrès en magie médicale, observa tranquillement le roi.
– Luna m'a pas mal aidé.
L'ombre d'un sourire éclaira brièvement la mine austère du roi. Il regarda son fils avec une tendresse non-dissimulée.
– Je suis heureux tu sais. Pour vous deux.
Noctis se sentit violemment rougir. Régis lui lança un regard amusé, laissant pour la première de la soirée son visage s'adoucir dans une expression attendrie.
– Comment tu sais… ? balbutia le prince en tentant de cacher ses joues cramoisies.
– Il y a des choses qu'un père ne peut pas ignorer, Noct. Je pense sincèrement que vous formez un très beau couple.
En l'espace d'une seconde, la conversation était devenue terriblement gênante pour le jeune prince. Pourtant, une douce chaleur se propagea dans sa poitrine en entendant les paroles de son père. Il ne put retenir un sourire quand la main de Régis ébouriffa ses cheveux noirs.
– Je veux que tu puisses vivre heureux, Noct. Avec Luna, avec le peuple tout entier, dans un monde en paix.
– C'est pour ça que tu as choisi d'accepter la proposition d'Argentum ?
La main de Régis retomba lourdement sur son épaule. Le prince regarda son père dans les yeux. Ses prunelles, rouges de colère quelques minutes plus tôt, étaient maintenant baignées d'une profonde mélancolie. Régis lui-même ne croyait pas à ce monde en paix auquel il rêvait, Noctis en était persuadé, mais pourtant, le vieux monarque continuait à s'accrocher à cet unique espoir.
– Je veux simplement croire en un monde meilleur, Noct, murmura Régis.
« Je veux croire en un monde meilleur » avait dit Luna juste avant que Noctis ne l'embrasse. Pendant un instant, juste un instant, plus rien n'importait, sauf Régis et Luna. Pendant cet instant, Noctis voulut s'autoriser à rêver à un futur meilleur, sans frontières ni guerres. Lui aussi voulait croire à cet espoir irréel, car à quoi bon avancer sinon ?
OOO
Une frénésie toute particulière bourdonnait dans la Citadelle. Prompto avait l'impression de flotter sur un nuage. Il venait d'apprendre que le Lucis avait accepté sa proposition. C'était une victoire en demi-teinte, il le savait. Après tout, ses hommes n'avaient pas obtenu l'asile politique qu'il leur avait demandé, et seraient bientôt transféré dans une prison quelque part dans la ville. Prompto s'était senti trahi, mais Aranea avait plutôt bien pris la nouvelle. Elle et le prince impérial avaient récupéré certains de leurs effets personnels – à l'exception de leurs armes – et ils n'étaient plus confinés vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans leurs quartiers, même s'ils devaient être impérativement escortés par des soldats chaque fois qu'ils sortaient de leur chambre. Bien évidemment, ils restaient enfermés dans la Citadelle.
Comme on pouvait s'y attendre, la décision du roi avait déclenché un immense tollé parmi les dignitaires du Lucis. Depuis ce matin, les conseillers royaux se disputaient ou protestaient en chœur dans la salle du trône ou même dans les couloirs. Pour des raisons de sécurité, le roi avait interdit au public l'accès au couloir menant aux appartements de Prompto, séparant le prince impérial du reste de la Citadelle. Bien loin du tumulte qui agitait le palais, le jeune homme se reposait dans la quiétude de sa chambre. Il peinait toujours à croire que le Lucis avait accepté sa demande insensée. Á côté de lui, Arena ricana.
– Pourquoi est-ce que vous faites vos yeux de chiot battu, Altesse ? Vous devriez être content que le roi du Lucis ait pris pitié de vous…
– Ne te moques pas, grogna le plus jeune. Je n'ai réussi à obtenir qu'un compromis. Seules quelques-unes de mes revendications ont été respectées.
– Oui, et bien, on ne pouvait pas non plus s'attendre à ce qu'ils nous accueillent à bras ouverts. Nous restons ennemis.
Elle envoya un regard appuyé au jeune homme. Prompto soupira d'un air dépité. Aranea avait raison. Même si le roi avait décidé de coopérer avec lui, ce n'était pas ça qui allaient rendre les lucisiens indulgents ou amicaux à son égard. Ils étaient des adversaires qui s'étaient battus les uns contre les autres. Aranea comme Prompto avaient forcément abattus des Glaives dont ils pouvaient croiser les camarades ou même la famille dans les couloirs de la Citadelle. L'inverse était tout aussi vrai. Prompto savait qu'Aranea était encore affectée par la mort de Biggs, son sous-lieutenant, tué dans la région de Cleigne lors d'un guet-apens conduit par les Lucisiens six mois auparavant.
– Tu n'es pas inquiète pour tes hommes ? demanda Prompto.
– Que peut-il leur arriver ? soupira Aranea en levant les yeux au ciel. Ils seront emprisonnés, pas exécutés. On a vécu bien pire au Niflheim.
– J'aurais voulu obtenir l'asile politique pour tout le bataillon.
– Bienvenue dans le monde réel, Altesse, railla la mercenaire. Vous devriez être content de ce que vous avez réussi à obtenir. On aurait pu nous tuer ou nous vendre à l'Empire en échange d'un processus de paix.
Prompto grimaça et se regarda dans l'immense miroir de sa chambre. Les cernes sont ses yeux et son teint blafard faisaient vraiment peine à voir. Combien de fois ses instructeurs lui avaient répété que l'apparence était primordiale pour une personne de haut-rang ? Il devait irradier le pouvoir, la confiance en soi et la force. Pour le moment, il ne ressemblait à rien, malgré le ruban de soie rouge et les ornements qui le marquaient comme membre impérial de Niflheim. Frustré, il passa une main dans ses cheveux déjà désordonnés.
– Combien de temps avant que votre père ou votre sœur comprenne où nous sommes et vos intentions ? demanda soudain Aranea.
Prompto grinça des dents, lança un regard à la commandante dans le miroir avant de détourner rapidement les yeux. Il prit une longue et lente inspiration, puis commença à arranger la ceinture de son uniforme avec des gestes nerveux.
– Ne joue pas à ça, murmura-t-il finalement.
– Ah, fit Aranea en souriant comme une tigresse. Je vois… Ils se doutent déjà de quelque chose, c'est ça ?
Les mains de Prompto s'immobilisèrent. Aranea savait toujours frapper là où ça faisait mal. Elle lui rappelait Stella. Elle avait au moins pris la peine de parler en gralean pour que leur conversation – probablement sur écoute – ne soit pas comprise des lucisiens. Ça risquait d'attiser les soupçons, mais c'était toujours mieux que de laisser les lucisiens comprendre ce qu'ils disaient.
Prompto attendit que les battements devenus frénétiques de son cœur se calment avant de répondre.
– Je l'ignore, répondit-il à mi-voix sans se retourner vers Aranea. Mais j'ai des doutes.
– Laissez-moi deviner… Le Grand Général, c'est ça ? Il vous a vu à Tenebrae quand vous avez rejoint Galdina.
La commandante ne reçut qu'un lourd silence en guise de réponse. Prompto sentait la peur et les doutes lui ronger littéralement les os. Il avait effectivement croisé Ravus quand il s'était rendu à Tenebrae. Prompto était resté à peine plus d'une heure dans l'ancienne capitale des Oracles, le temps d'embarquer dans un vaisseau de Magitecks destinés à renflouer les troupes occupant Duscae. Mais ça avait été suffisant pour que Ravus le voie, au détour d'un couloir de l'aéroport militaire. Le Grand Général avait plissé les yeux en l'apercevant, mais quand Prompto s'était éloigné de lui, il ne l'avait ni appelé ni suivi.
Il était impossible que Ravus n'ait pas compris que Prompto avait déserté. Le prince impérial était supposé rester à Gralea pour une durée encore indéterminée. Il en avait forcément informé Stella… Ou bien…
– Peut-être qu'il n'a rien dit à personne, souffla pensivement Prompto.
Aranea resta silencieuse, mais arqua un sourcil, le sommant de développer.
– Peut-être qu'il n'a rien dit, répéta Prompto. Parce qu'il veut récupérer sa sœur.
Était-ce une théorie qui tenait debout ? Prompto l'ignorait, mais ça expliquait pourquoi Ravus n'avait pas essayé de le retenir quand il l'avait vu à Tenebrea. Rien ne l'avait empêché de mettre Prompto aux arrêts : après tout, le prince avait désobéi aux ordres de sa sœur et future impératrice. Et pourtant, il n'avait rien dit. Ce détail, qui avait échappé au jeune homme dans le feu de l'action, titillait maintenant sa curiosité avec insistance. Était-il possible que Ravus l'ait laissé partir pour tenter de récupérer Luna ?
– Vous pensez que c'est un allié ? demanda finalement Aranea.
– Un complice, corrigea Prompto en se passant une main sur la bouche. Peut-être.
Il entendit Aranea soupirer derrière lui. Quand il leva la tête, ce fut pour voir la mercenaire secouer la tête comme une enseignante devant un enfant têtu.
– Vous êtes trop naïf, votre Altesse. C'est votre plus gros défaut.
– Qu'est-ce que ça veut dire ? s'offusqua Prompto en pivotant sur ses talons.
Un sourire mauvais étira les lèvres d'Aranea.
– Ça veut dire que les ennemis sont partout, mon prince, susurra-t-elle. Dans l'Empire comme dans ce royaume. N'allez pas croire que la magie des Oracles et celle des Rois épargnent le peuple lucisien de la traîtrise…
– Qui suis-je pour accuser les autres de traîtrise ? cracha Prompto non sans une colère sourde mêlée d'un profond dégoût. N'est-ce pas ce que je suis devenu pour mon Empire ? Pour mon peuple ?
– Vous avez fait ce choix en votre âme et conscience, Altesse, rétorqua la commandante sans une once de compassion dans la voix. Il est trop tard pour reculer maintenant.
Le regard de Prompto s'assombrit aussitôt. Aranea ressemblait à une lionne cruelle qui jouait avec sa proie, qui s'amusait de la détresse de son prince. Il se demandait pourquoi elle avait accepté de l'accompagner : pour fuir ses ennemis à Gralea, ou bien pour le torturer sur son choix moral ? Sans doute les deux. Il la détesta de sa cruauté, de son soutien qui ressemblait à une lame à double tranchant. Il se détesta ensuite lui-même de sa propre faiblesse, surtout quand il sentit des larmes lui picoter les yeux. Il tourna aussitôt le dos à sa commandante et feignit l'indifférence.
C'était sans compter que le miroir qui lui faisait face et qui reflétait son visage tordu par la tristesse, parfaitement visible pour la mercenaire dont le visage resta parfaitement impassible.
– J'ai trahi mon peuple et j'ai trahi ma sœur, marmonna le prince d'une voix tremblante. Tu ne sais pas ce que ça fait.
– Vous oubliez que j'ai moi aussi tout quitté pour vous suivre, rétorqua l'aînée d'une voix sèche.
– J'ai trahi ma sœur, répéta Prompto en levant ses yeux rougis, fixant ceux d'Aranea dans le miroir. Tu ne sais pas ce que ça fait.
Aranea n'avait pas de sœur, pas de parents. Sa seule famille était ses hommes, ses soldats, et ils l'avaient tous accompagnée au Lucis.
– Et qu'est-ce que ça fait ? demanda la mercenaire, provocante. Dites-moi, prince, qu'est-ce que ça fait d'être un traitre ?
Son ton était goguenard, ses yeux plus froids que l'acier. C'était sa petite vengeance personnelle contre Prompto. Le jeune homme refusa de se laisser démonter, malgré la douleur vive qui fusa dans sa poitrine.
– Ca fait mal, répondit-il. Ça fait un mal de chien.
« – Levez-vous, Prince Argentum.
La voix grave et solennelle de Caligo Ulldor résonna dans l'immense salle du trône impérial. Littéralement rongé par le stress qui faisait trembler ses mains et inondait son uniforme sous des litres de sueur, Prompto se releva d'un mouvement qu'il espérait majestueux et gracile. Des dizaines de regards étaient rivés sur sa personne, remplis de jugements et peu d'entre eux amènes, mais tout le monde applaudit quand, au signal de Caligo, Prompto se retourna pour faire face à la foule des plus hauts gradés de l'armée et des hauts-conseillers du gouvernement réunis dans la salle du trône.
La cérémonie de la majorité civile coïncidait toujours avec celle d'entrée dans l'armée à Niflheim. Prompto se souvenait parfaitement de celle de sa sœur, quatre ans plus tôt. La cérémonie, bien que très pompeuse, avait été grandiose et accueillie avec plus de ferveur que la sienne. Après l'investiture de Stella au grade de Grande Commandante, un banquet immense avait été organisé, plongeant le royaume impérial dans un rare moment d'insouciance. Ravus s'était même laissé tenter par quelques verres sous l'insistance d'une Stella déjà pompette, alors que Loqui avait été pour sa part plus qu'éméché et avait braillé un chant patriote au milieu d'une troupe aussi alcoolisée que lui.
Aujourd'hui, l'ambiance était bien plus convenue pour la cérémonie de Prompto. Les invités ne semblaient accorder que la moitié de leur attention à la cérémonie et répétèrent la formule de salutation au prince du bout des lèvres. Était-ce parce qu'il n'était que le second héritier, donc théoriquement jamais destiné à régner ? Ou bien à cause d'une lassitude causé par la guerre contre le Lucis, à laquelle Stella participait activement depuis maintenant quatre ans ? Ou tout simplement, parce que l'empereur lui-même n'accordait aucune intention à son propre héritier ? Il n'avait pas bronché quand Prompto lui avait solennellement juré allégeance, l'air ouvertement impatient d'en avoir fini avec cette cérémonie.
Le jeune homme de maintenant dix-huit ans tenta d'ignorer sa déception et, après que Caligo annonça la cérémonie achevée et que tout le monde quitta la salle du trône, alla rejoindre sa sœur. Debout à côté d'un Ravus impassible, Stella bourdonnait littéralement d'excitation. Ses yeux brillaient comme des gemmes, encadrés de ses mèches d'or. Elle enferma son frère dans une étreinte d'ourse une fois qu'il fut à portée de main.
– Aïe ! Stella, doucement, se plaignit le plus jeune, même si un grand sourire barrait son visage.
– Ce n'est pas le jour pour faire ta chochotte, Prom, riposta Stella en l'enlaçant. Félicitation, Second Commandant !
L'insigne d'argent, identique à celui d'or pur de Stella, brillait sur les manches du manteau de Prompto. Après celui de Stella, c'était le grade le plus important de l'armée impériale. Au contraire de sa sœur, Prompto n'était pas foncièrement heureux d'avoir été promu à l'armée. Il était trop bien conscient que sa nouvelle fonction l'obligerait à participer activement aux campagnes militaires de Niflheim, à l'instar de Stella. Les mêmes devoirs tomberaient immanquablement sur les épaules de Prompto.
– Merci, répondit le jeune prince d'une voix étranglée, à moitié étouffé par l'étreinte de son aînée.
– Je suis fière de toi, Prom.
Une joie immense – et certainement très enfantine – engloutit Prompto qui sourit jusqu'aux oreilles. Il laissa sa sœur lui ébouriffer les cheveux dans un geste familier d'affection, sans ressentir l'habituel agacement de constater que Stella le dominait encore de quelques centimètres. Il se retourna vers le trône et regarda l'empereur qui échangeait maintenant des conciliabules avec le chancelier. Il n'avait pas l'air de vouloir descendre du dais pour féliciter lui-même son héritier.
Stella avait suivi son regard et il ne fut pas bien difficile pour elle de comprendre les pensés de son cadet. La princesse héritière attrapa son frère par le bras pour l'entraîner hors de la salle du trône, suivi par un Ravus toujours aussi impassible.
– Ne pense pas à Père, ordonna-t-elle. Aujourd'hui est un jour de fête, et nous allons le célébrer dignement !
– Qu'est-ce que ça veut dire, concrètement ? demanda Prompto d'un ton méfiant.
Stella ne répondit rien, évidemment. Le frère et la sœur – et Ravus – parcoururent plusieurs longs corridors avant de finalement débouler dans… les cuisines. Ce n'était pas la première fois que Prompto s'y rendait. Enfants, lui et Stella s'y étaient souvent rendus en douce pour se gaver de gâteaux et de bonbons, à l'époque où il y en avait encore dans l'Empire. Les cuisines impériales étaient vastes et froides, ressemblant aux cuisines de grands restaurants avec du matériel dernier-cri et d'immenses frigos. Les quelques cuisiniers qui y travaillaient quand le prince et la princesse débarquèrent s'inclinèrent profondément, mais Stella les ignora, préférant entraîner Prompto vers le fond de la salle.
Un joyeux boucan résonnait d'une des tables de métal alignées contre le mur. Prompto écarquilla les yeux en voyant une troupe de soldats – dont la Commandante Highwind – trinquant joyeusement des chopes remplies d'un liquide ambré. Un énorme pichet en fer passait de main en main. Loqui, debout sur la table, les joues aussi rouges que ses cheveux, regarda Stella et Prompto, avant qu'un large sourire étire ses lèvres.
– Regardez qui va là, les gars ! brailla-t-il en levant son verre si brutalement que la moitié de la liqueur qu'il contenait tomba sur la figure. V'là le nouveau Second Commandant !
Une clameur alcoolisée salua l'arrivée de Prompto qui se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux. Stella attrapa deux chopes sur la table et en tendit une à Prompto, qui grimaça en sentant les effluves de la liqueur envahir ses narines.
– Stella, je ne sais pas si…
– Pas de jérémiades ! le rabroua sa sœur en passant son bras libre autour de ses épaules. Aujourd'hui, petit frère, tu deviens un homme !
Elle se tourna vers la troupe qui les regardait, certains encore lucides, d'autre ricanant bêtement. Elle leva bien haut son verre et cria :
– Á mon frère, le Prince Argentum Aldercapt !
– Au Prince Argentum ! crièrent les voix comme celle d'un seul homme.
Tout le monde éclata de rire et descendit son verre cul-sec. Prompto suivit le mouvement avec moins d'entrain, peu habitué à sentir une liqueur aussi forte lui brûler littéralement l'œsophage puis l'estomac. Il toussa dès la première gorgée, provoquant l'hilarité générale.
– Le Prince n'a pas l'air dans son assiette ! lança un homme à la droite de Highwind – il s'appelait Biggs, Prompto l'apprendra le lendemain – en riant.
– Il sait pas boire ! renchérit Loqui qui s'agitait tellement qu'il manqua de perdre l'équilibre. Mais on va lui apprendre, hein les gars ?!
– OUAIS ! hurlèrent les soldats.
Plusieurs verres plus tard, Loqui était par terre et riait comme un dément tandis que deux hommes tentaient de le relever pour le reconduire dans ses quartiers. Ravus n'avait consenti à tremper ses lèvres que dans un unique verre qu'il n'avait pas fini, clamant qu'il ne boirait pas de « l'alcool destiné à déboucher les tuyaux de canalisation ». Cela provoqua un éclat de rire général qui se termina en concours de beuverie entre Highwind et Ravus. Prompto regardait, impressionné, Ravus boire les verres alignés devant lui sur la table en rivalisant de vitesse avec Highwind, quand il sentit Stella l'attraper par l'épaule pour l'entraîner un peu à l'écart.
Stella avec les joues rouges, mais elle était encore loin d'être ivre. Prompto, de son côté, avait l'esprit embué par l'unique verre qu'il avait bu. Mais pas même le début d'ivresse qui lui engourdissait les doigts ne pouvait lui faire oublier les paroles que Stella lui glissa à l'oreille :
– Á partir de maintenant, on sera toujours ensemble, hein Prom ? On gagnera cette guerre et on gouvernera ensemble.
– L'or et l'argent, bafouilla Prompto par habitude, un sourire idiot aux lèvres.
– L'argent et l'or, confirma Stella avec un sourire féroce. »
Il aura fallu moins de deux ans à Prompto pour rompre le serment qu'il avait fait à son pays, et pour trahir la promesse qu'il avait faite à sa sœur. Sa main gauche frôla du bout des doigts la surface de son bracelet d'argent autour de son poignet droit. Il pouvait sentir le regard vif d'Aranea suivre chacun de ses mouvements, mais choisit de l'ignorer. Il pensa à Stella sur le champ de bataille, enivrée de violence et rêvant de victoire pendant que son père, terré derrière les murs épais du palais impérial, délirait sur le Cristal du Lucis, s'imaginant déjà le Roi de Lumière.
La lumière était ici, au Lucis, Prompto en était persuadé. Mais ça ne suffisait pas à estomper la douleur qui fusait à chaque battement de son cœur.
Voilà, merci d'avoir lu ce chapitre. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, les critiques positives comme négatives m'aident beaucoup quand j'écris la suite.
