Bonjour/bonsoir, voici un second interlude pour vous faire patienter en attendant le prochain chapitre.
Désolée pour les éventuelles fautes de frappe, grammaire et orthographe. J'essaie de faire attention, n'hésitez pas à me prévenir si vous en voyez.
Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.
Interlude II
Prompto
La Citadelle était une forteresse cachée sous l'apparence d'un palace. C'était probablement le lieu le plus sécurisé de toute la ville, mais le bâtiment n'avait rien d'austère ni de militaire. C'était un lieu de vie, où même les civils – surtout des journalistes – pouvaient entrer pendant certaines plages horaires. Prompto était jaloux, même s'il refusait de se l'avouer. Le Lucis était une terre hospitalière, privilégiant la paix et l'art de vivre. Et le soleil… Le soleil brillait continuellement sur Insomnia, comme attiré par le Cristal, qui devait résider quelque part dans une chambre forte, bien caché des yeux du monde.
Debout dans un des petits jardins intérieurs, Prompto admirait la lumière rasante du soleil couchant. Septembre touchait à sa fin, et le soleil projetait ses rayons rougeoyants au travers des branches des arbres qui poussaient entre les murs de la Citadelle, comme une parure végétale. Assis directement sur le gazon impeccablement tondu, Prompto se laissait aller à un rare moment de détente. Les feuilles des arbres arboraient des reflets mordorés, offrant au prince impérial un spectacle de couleurs dont il ne parvenait pas à se lasser. Á côté, Niflheim était une terre morne où seuls le blanc et le gris dominaient des paysage où la végétation se faisait rare. Quant aux jardins, il n'y en avait jamais eu aucun. L'Empire était une terre de neige et de glace, où seuls proliféraient des minerais de charbon et de cobalt. Autrefois, les flancs des montagnes de Niflheim regorgeaient de filons d'or, d'argent et de diamants, qui avaient jadis fait la richesse de l'Empire. Mais les gisements avaient été épuisés depuis longtemps et les mines laissées à l'abandon depuis des décennies.
Le monde avait besoin de lumière pour vivre. C'était une évidence, mais Prompto le réalisait de plus en plus chaque jour passé à Insomnia. Il avait l'impression d'ouvrir les yeux pour la première fois, et de découvrir la beauté et l'étendue du monde comme un enfant. Il avait passé tout le temps libre de sa journée à prendre des photos avec l'appareil offert par Noctis. Il s'était amusé à photographier les feuilles rouges et or sous tous les angles, ou le ciel où s'étiraient des nuages orangés, ou encore la silhouette familière de Nyx, adossé à un mur. Prompto aurait aimé que la vie soit toujours aussi simple et tranquille. Mais le poids de son bracelet autour de son poignet et du médaillon autour de son cou lui rappelait toujours qui il était, et ce qu'il devait faire. Parfois, les ornements impériaux ressemblaient à des chaînes, dont il était incapable de se débarrasser.
L'aboiement d'un chien brisa le silence serein des lieux. Prompto leva la tête pour voir Umbra trottiner vers lui, seul depuis le départ de Lunafreya. L'Oracle avait quitté Insomnia hier matin, malgré les protestations des conseillers et de la population. Elle avait emmenée avec elle son chien blanc, mais avait décidé de laisser son chien noir à la Citadelle, sans doute pour qu'il reste avec Noctis. Le blond vit justement ce dernier entrer dans le jardin, à la suite du chien qui renifla les jambes de Prompto.
– Wow, tout doux, murmura Prompto qui manqua de lâcher son appareil photo.
– T'inquiète pas, Umbra est du genre amical, l'informa Noctis en s'approchant, les mains dans les poches. Il a l'air de t'apprécier.
Prompto hocha la tête, caressant maladroitement Umbra entre les oreilles. Bien qu'il ait eu plusieurs fois l'occasion de voir Umbra lorsqu'il ramenait un message à Ravus, il n'avait jamais osé approcher le chien de l'Oracle. C'était un peu étrange de le voir ici, sans le carnet rouge attaché au dos, et de pouvoir le caresser sans que Ravus ne soit dans les alentours.
– Je ne sais pas ce qu'il peut me trouver, bredouilla le prince impérial tandis qu'Umbra commençait à lui lécher les doigts.
– Umbra sait lire dans le cœur des gens, enfin, c'est ce que dit Luna. Il doit voir que t'es sympa…
Il y avait quelque chose d'étrange dans la voix de Noctis. Prompto arracha son regard du chien pour examiner le visage de son homologue. Noctis refusait de le regarder dans les yeux et semblait gêné, ou énervé, si on en jaugeait par sa posture raide. Il était peut-être perturbé par l'absence de Lunafreya. Prompto savait que l'Oracle et lui étaient proches, et que Noctis n'avait pas approuvé son départ. Á vrai dire, le prince impérial ignorait la raison de son départ. La situation hors du Mur était loin d'être suffisamment stable pour que la jeune femme s'aventure ainsi en terrain miné. Il espérait juste qu'elle échappe aux griffes de l'Empire.
Après quelques secondes de silence, Noctis finit par s'asseoir en tailleur à côté du blond. Il ignora totalement Nyx qui, debout près du mur, les surveillait d'un œil de lynx comme à son habitude. Prompto l'observa arracher nerveusement plusieurs brins d'herbes, avant de s'essuyer les mains sur son pantalon.
– J'aimerai savoir un truc, annonça-t-il brusquement.
Il avait l'air presque en colère maintenant. Le cœur de Prompto se serra dans sa poitrine. Est-ce que Noctis était énervé contre lui ? Y avait-il des nouvelles de l'Empire qui le bouleversaient ? Prompto n'était au courant de rien. Il resta immobile, attendant que le prince royal poursuive avec la même appréhension qu'un accusé attendant que le juge rende son verdict.
– Tu m'as dit ton véritable nom, dit Noctis d'une voix presque accusatrice. C'est pas anodin, je me trompe ? Tu n'étais pas censé me le dire en fait…
Le brun lança un regard furieux à son homologue. Prompto avait l'impression qu'une main lui comprimait la poitrine et rendait sa respiration difficile. Il n'avait pas prévu que Noctis se rende compte de l'importance de son geste si tôt. Le blond déglutit et baissa les yeux.
– Je voulais juste te prouver ma confiance, murmura-t-il d'une petite voix.
– Mais c'est plus que de la confiance, non ? rétorqua vertement Noctis en serrant les poings. Luna m'a dit que ça équivalait à un serment d'allégeance dans ton pays.
Prompto se sentit soudain très bête. Il n'avait pas pensé que l'Oracle puisse connaître les us et coutumes de Niflheim. Mais Lunafreya venait de Tenebrae. Elle venait du même continent que lui, bien sûr qu'elle connaissait les traditions impériales ! Il aurait dû y penser plus tôt, peser le pour et le contre avant de donner une telle information à Noctis. Mais il n'avait pas réfléchi, et il avait parlé avant de réfléchir. Ce n'était pas la première fois : Stella avait toujours dit qu'il était trop impulsif. Loqui aussi.
Le blond se mordit les lèvres et détourna les yeux pour échapper au regard scrutateur de Noctis. Il se mit à caresser nerveusement la fourrure épaisse d'Umbra, couché à côté de lui dans l'herbe.
– L'Oracle a raison, avoua-t-il d'une voix morne.
– Pourquoi avoir fait ça ? Tu aurais pu prêter allégeance à mon père ! Si tu voulais faire un geste politique…
– Politique ? l'interrompit Prompto en laissant échapper un ricanement désabusé.
Noctis arbora une moue vexée. Ce fut au tour du brun de détourner les yeux.
– Je croyais que tu m'avais dit ton nom parce que tu voulais qu'on soit amis, des vrais amis, grommela-t-il.
– C'est le cas, répondit aussitôt le prince impérial. C'est… C'est vrai que je t'ai fait serment d'allégeance en te donnant mon véritable nom, mais… je voulais te faire un cadeau. Au Niflheim, ceux qui connaissent le prénom des héritiers impériaux sans faire partie eux-mêmes de la famille impériale sont des privilégiés. Ce n'est pas seulement un acte d'allégeance d'un vassal à un roi. C'est un acte de confiance. De vraie confiance. Pour de vrais amis.
Il pouvait sentir le rouge lui monter aux joues, mais il se força à regarder le brun dans les yeux. Il souhaitait que Noctis comprenne ses intentions réelles. Il voulait être son ami, et pas seulement parce qu'il voulait fonder une alliance et arrêter la guerre. Noctis et lui se comprenaient sur de nombreux aspects : leur enfance sans leur mère, leurs responsabilités royales, mais aussi leurs hobbies communs et leur rêve d'une vie tranquille. Á côté de Noctis, Prompto ne se sentait plus comme le second héritier, le fils illégitime de Iedolas, le petit frère stupide de Stella, ni même comme le traître qu'il était devenu. Il avait l'impression d'avoir une nouvelle valeur, d'être compris et apprécié pour qui il était, et pas ce qu'il représentait.
Il entendit Noctis pousser un grognement exaspéré. Le prince du Lucis se frottait furieusement le front.
– T'aurais pu faire autre chose, si tu voulais qu'on soit amis ! Me faire un cadeau normal, quoi !
– Comme quoi ? rétorqua Prompto non sans exaspération. C'est pas comme si je pouvais sortir en ville et faire du shopping pour t'acheter quelque chose !
– Je sais pas, moi ! T'aurais pu me donner ton bracelet, ou ton collier !
Noctis amorça un geste pour désigner le bijou autour de son cou. Aussitôt, la main de Prompto se referma sur son médaillon d'or dans un geste protecteur. Le mouvement n'échappa pas à Noctis, qui se figea. Son regard remonta lentement du poing que le blond avait refermé autour de son pendentif jusqu'à son visage qui devait exprimer une myriade de sentiments, mêlant crainte, incertitude, et une bonne dose d'embarras. Le lourd bracelet d'argent qu'il portait au poignet droit était lui toujours bien en vue, et brillait de mille feux dans les rayons crépusculaires du soleil.
La frustration qui déformait les traits de Noctis s'estompa, remplacée par une expression incertaine.
– Ton collier a beaucoup de valeur…, devina-t-il.
Prompto rougit malgré lui, furieux d'être aussi transparent. Mais il hocha néanmoins la tête.
– Si je te l'avais donné, ça aurait été un geste encore plus fort que t'avoir révélé mon prénom, marmonna-t-il en desserrant lentement son poing, laissant apparaître son médaillon entre ses doigts. C'est le pendentif de ma sœur. Elle me l'a offert quand j'ai eu dix-huit ans.
Il joua maladroitement avec la fine chaîne en or autour de son cou, les yeux dans le vague. Il s'en souvenait comme si c'était la veille.
« Prompto avait les paumes moites, et son cœur battait un peu trop vite à son goût dans sa poitrine. Il resta immobile et silencieux, espérant que son visage n'était pas trop blême et que ses yeux ne reflétaient rien de la panique qu'il ressentait. Face à lui, Stella paraissait admirablement composée, presque même patiente, elle qui était d'ordinaire toujours agitée. Comme lui, elle portait son uniforme d'apparat et une fine couronne sur le crâne. La silhouette austère de Iedolas se dressait à côté d'eux, son visage ne trahissant aucune expression.
Les trois membres de la famille impériale se retrouvaient seuls dans l'immense salle du trône. Même les gardes, qui en surveillaient habituellement l'entrée, avaient été renvoyés par l'Empereur. Le silence des lieux intimida Prompto encore plus qu'à l'ordinaire. La salle lui paraissait encore plus immense et plus austère maintenant qu'elle était vide. Il déglutit le plus discrètement possible et s'efforça de croiser le regard de sa sœur.
– Mes enfants, déclara Iedolas d'une voix caverneuse qui se perdit dans les hautes voûtes du plafond, vous êtes aujourd'hui tous deux en âge de prendre les armes et de m'aider à diriger l'Empire.
Il s'approcha et tendit les bras. Sa main droite se posa lourdement sur l'épaule de Stella, et un minuscule sourire étira ses lèvres.
– Vous êtes ma chair et mon sang, reprit-il. Á vous deux, vous représentez ma couronne…
Stella redressa aussitôt le menton. Prompto réprima à peine un sursaut quand il sentit la main gauche de son beau-père s'abattre sur son épaule.
– …et mon peuple, termina l'Empereur en braquant un regard peu amène sur le prince. Vous êtes les deux facettes d'une même pièce, deux forces qui s'opposeront et se complémenteront pour le bien du peuple et de Niflheim. Vous êtes le socle sur lequel reposera mon trône, jusqu'à ce que vienne le moment pour moi de vous céder le flambeau.
Il lâcha ses deux héritiers et recula d'un pas. Dans le silence quasi-religieux, Stella et Prompto s'avancèrent chacun d'un pas l'un vers l'autre. Le regard du plus jeune se vissa instinctivement sur le médaillon d'or pur passé autour du cou de sa sœur. Depuis aussi loin qu'il pouvait se souvenir, Stella avait toujours porté le bijou autour de son cou, tout comme Prompto avait toujours porté son propre médaillon d'argent autour du sien. Les deux héritiers les avaient reçus le jour de leur naissance.
– Mon pouvoir et le vôtre ne sauraient subsister sans l'équilibre impérial, dit Iedolas en examinant ses deux enfants. Vous représentez aujourd'hui cet équilibre. Il incombe de votre responsabilité de le maintenir, jusqu'à la naissance de nouveaux héritiers.
Son regard s'attarda de longues secondes sur Stella en prononçant ces dernières paroles, ce qui n'échappa pas à Prompto. Le jeune homme resta de marbre, même s'il sentit son cœur se serrer douloureusement. Bien sûr, c'était sur Stella que reposaient tous les espoirs d'héritiers de Iedolas. Elle seule pouvait faire perdurer la lignée de l'Empereur, elle seule importait. Prompto n'était qu'une béquille dont Iedolas avait eu momentanément besoin au plus dur moment de son règne, mais son utilité toucherait bientôt à sa fin. Il ravala tant bien son amertume et se concentra sur l'instant présent.
Stella avait brièvement froncé des sourcils. L'expression torturée de son frère ne lui avait pas échappé. Elle lui intima de se reprendre du regard, incapable de parler en plein milieu de la cérémonie. Prompto tenta tant bien que mal de se recomposer. Iedolas n'avait rien remarqué, ce qui n'était même plus étonnant.
– Vous savez qui vous êtes et qui est l'autre, poursuivit-il.
– Je suis l'or et il est l'argent, répondit aussitôt Stella.
– Je suis l'argent et elle est l'or, enchaîna Prompto.
– Nous sommes le peuple et la couronne, conclurent-ils en chœur.
Iedolas hocha machinalement la tête. Il était aussi habitué à cette ritournelle que ses héritiers.
– Vous connaissez le but de cette cérémonie : qu'aucun de vous n'oublie qu'il n'est rien sans l'autre. Procédez à l'échange, ordonna-t-il.
L'aînée fut la première à réagir. Elle défit aisément la délicate chaîne d'or, puis serra son médaillon dans son poing. Elle riva des yeux ardents sur Prompto quand il l'imita avec des gestes plus patauds. Prompto eut un pincement au cœur en ne sentant plus le contact familier de la chaîne autour de son cou. C'était la première fois de sa vie qu'il ôtait son pendentif.
Les deux héritiers tendirent leur médaillon respectif à l'autre dans un même geste. Le médaillon d'or brillait dans la paume ouverte de Stella, celui d'argent dans la main de Prompto. Il y eut un instant où Prompto crut le temps figé. Il voyait sa main tendue devant lui, le visage de Stella face au sien. Iedolas ne semblait plus exister en cet instant, et même les murs froids du palais avaient disparus. Il n'y avait plus que Stella et Prompto, Prompto et Stella, l'or et l'argent réunis.
Il y avait une raison pour laquelle la cérémonie d'échange des médaillons était toujours tenue secrète, uniquement mise en place dans le cadre personnel de la famille impériale. C'était plus qu'un échange de médaillon. C'était un gage de confiance, de foi, et de fraternité. En cet instant, Stella et Prompto se promettaient d'être toujours ensemble pour gouverner ce pays malade qui était le leur. Les formules cérémoniales qu'ils répétaient depuis l'enfance prendraient à partir d'aujourd'hui tout leur sens.
Le moment fut brisé par Stella, qui tendit sa main libre pour prendre le médaillon d'argent au creux de la paume de Prompto. Le cadet suivit le mouvement en prenant le médaillon d'or dans la main de Stella. Le frère et la sœur se regardèrent. Le visage de Stella était figé dans une expression solennelle, mais son regard était tendre. Les lèvres de Prompto s'étirèrent presque contre son gré. Il referma lentement les doigts autour du médaillon d'or, puis recula d'un pas en même temps que Stella.
– Que l'or devienne l'argent, récita cette dernière en glissant le médaillon d'argent autour de son cou. Que la couronne n'oublie jamais le peuple.
– Que l'argent devienne l'or, souffla Prompto en attachant la chaîne d'or autour de son cou. Que le peuple soutienne toujours la couronne.
Le médaillon de Stella reposait contre sa poitrine, étrangement brûlant. Il pouvait voir le sien – celui qu'il avait toujours porté, pendant dix-huit ans – briller au cou de Stella. Les deux héritiers se regardèrent. Ils avaient accompli la dernière cérémonie qui concluait leur alliance. Ils étaient prêts à gouverner, ensemble. Et à voir le regard brillant de Stella, l'aînée y croyait dur comme fer. »
– Nous nous sommes jurés mutuellement allégeance ce jour-là, confia Prompto d'une voix rauque. Ce pendentif est à la fois gage de confiance et un avertissement : ne jamais oublier la couronne impériale. Ne jamais oublier ma sœur.
Á ce stade, il ne sentait même plus la chaleur du soleil sur sa peau ni ne voyait les reflets cuivrés des feuilles rouges au-dessus de sa tête. Il était revenu à Niflheim, dans le froid et la toundra blanche. Le visage de Stella dansait devant ses yeux, l'ombre de son beau-père l'engloutissait de la tête aux pieds. Sa place n'était pas à Insomnia, réalisa-t-il douloureusement. Sa place était là-bas, auprès de sa sœur et de ses hommes. Et pourtant… il avait renié tout ce qu'il connaissait pour venir ici.
La tête d'Umbra, posée sur ses jambes, était un poids chaud et rassurant qui le ramena doucement à la réalité tandis qu'il flattait le chien entre ses deux oreilles. Noctis était toujours assis, immobile, à côté de Prompto.
– Tu dois comprendre ma position, Noctis, soupira Prompto en basculant la tête en arrière pour regarder le ciel marbré de nuages roses et orangés. Au Lucis, un seul roi gouverne. Mais l'Empereur dépend de l'équilibre impérial pour gouverner. Aurum et Argentum sont dissociables, mais ils constituent un tout sans lequel l'Empereur ne peut diriger le pays.
– Je sais, répondit le brun d'une voix hésitante. Tellus m'a déjà expliqué que les héritiers impériaux représentent la cohésion entre le pouvoir et le peuple…
Prompto hocha brièvement la tête, le regard toujours au loin.
– Nous avons chacun un rôle, expliqua-t-il. L'héritier Aurum est celui qui est destiné à succéder à l'Empereur au pouvoir. Il est associé au pouvoir souverain, reconnu par le peuple. Son étendard est de couleur rouge, comme la ceinture de l'uniforme militaire. Argentum est associé au peuple et au territoire impérial. Son étendard est blanc, comme les terres blanches de Niflheim, et comme le manteau de l'uniforme. Il est à la tête du pouvoir législatif, et Aurum dirige le pouvoir exécutif et les armées.
– C'est pour ça que ta sœur combat sur le front ?
– Oui. On attend de l'héritier Aurum qu'il prenne les armes pour protéger le peuple en cas de conflit. L'héritier Argentum est celui qui reste normalement au Niflheim pour gouverner le pays et défende les frontières de l'Empire des invasions extérieures…
Sauf que la situation s'était inversée : Stella était au Niflheim, et Prompto avait rejoint Insomnia. Ça aurait dû être le rôle de Stella de quitter l'Empire, de défendre la couronne au-delà de leurs frontières, que ce soit en combattant ou en fondant des alliances. Ça aurait dû être à Stella de venir à Insomnia pour implorer le roi Régis de faire cesser cette guerre interminable, de fonder une alliance avec le Lucis plutôt qu'a chercher aveuglément à voler leur Cristal. Pourquoi est-ce que sa sœur ne pouvait-elle pas voir que Iedolas avait sombré dans la folie ? Était-elle si avide de combat, de gloire, de sang ? Elle ne cessait de se battre depuis six ans, et ne se lassait pas, alors que Prompto avait pris les armes depuis à peine deux ans, et était déjà tourmenté par des cauchemars.
– Y a un truc que je ne comprends pas, lança Noctis, arrachant le blond à ses pensées. S'il faut toujours deux héritiers, pourquoi Iedolas gouverne-t-il seul ?
– Aujourd'hui c'est le cas, dit Prompto d'une voix placide. Mais il a longtemps gouverné avec son frère cadet, l'ancien héritier Argentum. Il est mort à la guerre quelques mois avant ma naissance. Mon beau-père aurait pu perdre son trône, si je n'étais pas né. L'Empereur doit toujours être soutenu par l'équilibre impérial, qu'il soit représenté par lui-même et sa fratrie, ou par ses propres enfants.
– Donc, même quand ta sœur deviendra Impératrice, tu continueras à être Argentum et elle Aurum ?
– Oui, jusqu'à ce que l'Impératrice ait ses propres enfants, qui deviendront les nouveaux héritiers. Quelle que soit la situation, Niflheim est toujours gouverné par deux personnes, l'une garante du peuple, l'autre de la couronne.
– Et… qu'est-ce qui se passerait si l'héritier Aurum ne pourrait pas monter sur le trône ? Où s'il refuserait ?
La main de Prompto se figea dans la fourrure d'Umbra pendant une seconde, avant de reprendre ses caresses machinales. Malgré la chaleur ambiante, il avait des frissons dans le dos à la simple idée que Stella refuse le trône. La connaissant, c'était une alternative impossible. Heureusement pour lui.
– Dans ce cas, l'héritier Argentum deviendrait le nouvel héritier Aurum et monterait sur le trône. Si ça devait m'arriver, ma situation serait compliquée, étant donné que je n'ai pas de frère ou de sœur cadette pour remplir le rôle d'Argentum à ma place. Je devrais vite avoir des enfants pour rétablir l'équilibre impérial, sinon je serais renversé par un coup d'état.
– Ce serait aussi facile de renverser l'Empereur ? rétorqua Noctis qui n'avait pas l'air d'y croire.
Un sourire sans joie barra le visage de Prompto.
– Au Niflheim, nous n'avons pas la magie des Six pour asseoir notre souveraineté, dit-il en laissant échapper un ricanement désabusé. Nous ne devons notre légitimité qu'à la confiance qu'on veut bien nous accorder. Le système de l'équilibre impérial a fonctionné pendant des siècles, mais il a été corrompu.
Il repensa à son beau-père, engoncé dans son trône, sombrant dans la folie qui était la sienne. Prompto soupçonnait le Chancelier de ne pas y être complètement innocent. Et pendant ce temps, Niflheim était toujours rongé un peu plus par le Fléau, sans que personne au gouvernement n'agisse pour endiguer le mal.
– Les gens meurent à petits feux, marmonna Prompto plus pour lui-même que pour Noctis. Je les ai regardés s'éteindre sous mes yeux pendant trop longtemps. Mon beau-père m'a envoyé combattre sur le front dès que j'ai eu dix-huit ans, et j'ai cru que ça suffirait pour sauver mon peuple. Mais tout ce que je vois aujourd'hui, c'est un Empereur qui a failli à sa tâche. Il n'est plus digne du pouvoir que le peuple lui a confié.
Iedolas se fichait du peuple. Il ne rêvait plus qu'au Cristal, aveuglé par un pouvoir qui n'était pas le sien, et s'était lancé dans une guerre sans merci contre le reste du monde, dans le seul but de subtiliser au Lucis la pierre dont ils avaient la garde.
– Je ne pouvais plus rester les bras croisés, reprit Prompto d'une voix plus dure. Je suis le seul héritier Argentum de Niflheim. Le peuple ne peut compter que sur moi. Si je dois prêter allégeance à la nation que mon propre pays essaie d'anéantir pour le sauver, alors je le ferais.
Il tourna la tête pour adresser un regard indéchiffrable à Noctis. Le prince du Lucis était immobile et silencieux, une expression interdite sur le visage. Prompto crut le voir pâlir quand leurs yeux se croisèrent.
– Je suis désolé si je t'ai mis dans une situation délicate en te confiant mon allégeance. Mais tu dois savoir que je suis prêt à tout pour l'Empire. Je ne peux pas laisser tomber ceux que je suis censé protéger.
Il avait déjà atteint le point de non-retour. Il avait brisé l'équilibre impérial pour supplier leur ennemi de sauver son peuple. Il avait juré son l'allégeance à Noctis, parce qu'il voulait croire en lui. Parce qu'il rêvait d'un futur où le Fléau des Étoiles ne serait plus qu'un mauvais souvenir, et où la guerre céderait enfin la place à la paix. Prompto fixa le ciel en essayant d'ignorer sa gorge soudain serrée.
Le pendentif de Stella brûlait sur sa poitrine. Il aurait voulu gouverner avec elle. Il espérait de toutes ses forces qu'elle renonce enfin à la guerre, et qu'elle s'oppose à Iedolas. Qu'elle prenne le trône, et qu'elle devienne l'Impératrice dont leur pays avait désespérément besoin.
– Hé…, fit Noctis à côté de lui, d'une voix qui paraissait à la fois lointaine et étranglée. Je… Je m'excuse. Je ne voulais pas t'accuser. Si tu me crois vraiment digne de ton allégeance, je devrais plutôt te remercier.
Prompto cligna des yeux et regarda Noctis. Le prince royal arborait une mine penaude qui le rajeunissait. Prompto le trouva brusquement vraiment innocent. Comme un enfant. Les deux princes étaient différents, malgré leurs similitudes. Noctis n'avait pas encore pris le pouvoir, et ne réalisait pas pleinement la responsabilité que cela engendrait. Pas encore, mais il allait en prendre conscience bien assez tôt.
– Si ça peut te rassurer, mon allégeance ne t'engage à rien, dit le prince impérial avec un faible sourire. Elle n'a rien de publique, et de toute façon, tu n'es pas encore roi. Mais peut-être qu'on pourra la rendre officielle, si nous arrivons à mettre fin à la guerre.
Noctis hocha lentement la tête, l'air très incertain.
– Ouais, marmonna-t-il. Peut-être… Peut-être qu'une alliance sera fondée entre nos pays.
Il n'avait pas l'air enthousiaste, mais pas pessimiste non plus. Il lança un regard timide vers Prompto. Le blond s'autorisa un sourire plus chaleureux, réconforté malgré tout par les paroles du prince royal. Il apprenait à devenir un roi, sous les yeux de Prompto. Un lourd fardeau pèserait sur lui une fois que le roi Régis ne serait plus. Prompto voudrait être présent pour l'aider, comme un allié et comme un ami. Peut-être bâtiraient-ils un avenir ensemble, sans guerre et sans frontières.
– J'espère, Noctis, soupira-t-il. J'espère que ce sera possible.
– … au fait, si j'ai le droit de t'appeler Prompto, alors t'as le droit de m'appeler Noct, proposa le brun d'un ton dégagé.
Le prince royal avait détourné le regard quand Prompto tourna la tête vers lui, mais ça n'empêcha pas le plus jeune de sourire de toutes ses dents, comme un idiot.
– Ok… Noct.
Le surnom avait une consonance étrange dans la bouche de Prompto. C'était comme une porte, ouverte par le prince royal du bout du doigt. Parfois, même dans les moments les plus sombres, une lueur d'espoir pouvait se mettre à briller. C'était ce que Prompto avait l'impression de voir, un mince espoir en la timide acceptation de Noctis : la lueur frêle d'une bougie au milieu des ténèbres. Il refusait de la laisser s'éteindre.
Voilà, j'espère que ça vous aura plu. Et que les personnages ne vous semblent pas OOC (j'ai toujours un peu l'impression d'écrire un Prompto OOC en fait).
Merci d'avoir lu ce petit chapitre bonus. Si le cœur vous en dit, laissez une petite review.
