Hello tout le monde, voilà la suite. GROS SPOILERS sur le jeu dans ce chapitre, attention si vous n'avez pas fini le jeu. J'ai eu un peu de mal à écrire ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira quand même.
Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.
Chapitre 10 : La Prophétie des rois
Insomnia était au bord de l'implosion. Jamais encore, en vingt-cinq ans de règne, Régis n'avait vu son royaume aussi agité. Pourtant, il avait surmonté de nombreuses situations dramatiques : la déclaration de guerre par l'Empire, la désignation de Noctis comme le Roi Élu, l'attentat contre son fils par l'Empire et la crainte de tout le Lucis de voir l'enfant succomber, la prise de Tenebrae de laquelle il avait réchappé de justesse avec Noctis et Lunafreya. Il avait justement érigé le Mur autour de sa cité pour donner un semblant de paix à son peuple, et pour offrir à son fils unique la chance de grandir dans une relative quiétude et insouciance.
Le temps de la paix était définitivement révolu, constata sombrement le monarque alors qu'autour de lui, conseillers et sénateurs se disputaient violemment. La capture de Lunafreya avait été impossible à cacher au reste du gouvernement, et Régis devait maintenant faire face à la colère des sénateurs, qui s'étaient quasiment tous opposés au départ de Lunafreya. Á celle de son fils également, assis à côté de lui, silencieux mais blême d'effroi. Dans la salle du conseil, seule Gentiana demeurait immobile et sereine, telle une statue de marbre, debout devant une des fenêtres qui donnait une vue plongeante sur la cité.
– Ne nous l'avions-nous pas prédit ?! bramait Livius au milieu des querelleurs. N'avions-nous pas prédit que l'Empire saisirait cette opportunité pour s'en prendre à l'Oracle ? La voilà prise en otage aux mains de ces monstres, maintenant ! Ne nous avez-vous pas affirmé qu'elle serait sous bonne escorte ?
Il s'était tourné vers Cor qui se tenait entre Tellus et Clarus, mais il était clair que le reproche s'adressait indirectement au roi. Le Maréchal monta immédiatement au créneau, gratifiant le sénateur de son célèbre regard glacial.
– L'Oracle était sous bonne escorte, Sénateur. Mais une escorte restera toujours minoritaire face à toute une armée.
– Autrement dit, elle a été totalement inutile ! cracha Livius avec hargne.
Il pâlit néanmoins quand Cor fit un pas menaçant vers lui.
– Vingt de mes soldats sont probablement morts en tentant de défendre l'Oracle, siffla-t-il. Je vous conseille de tempérer vos paroles à leur égard.
Malgré toute sa rage, Livius eut la décence de paraître honteux et baissa le menton. Clélia prit immédiatement le relais. Elle était plus calme que son collègue, mais son visage exprimait une rage contenue. Régis la regarda avec réserve. Il se méfiait davantage de la sénatrice que de Livius. Ce dernier passait son temps à hurler, aveuglé par sa rage, ce qui aidait à le discréditer. Mais Clélia… C'était une habile oratrice, plus expérimentée, qui savait discourir et persuader ceux qui l'écoutaient de se ranger de son côté.
La sénatrice confirma ses craintes quand, se levant de son siège, elle réclama un silence qui tomba presque immédiatement.
– Le sacrifice de nos soldats n'est pas remis en cause, déclara-t-elle en inclinant la tête en direction de Cor avant de reporter son attention sur Régis. Mais la véritable question à se poser est : pourquoi a-t-il été nécessaire ? Majesté, vous connaissiez les risques encourues par Lunafreya en quittant notre capitale, et vous l'avez quand même laissée partir.
– J'en prends toute la responsabilité, répondit Régis d'une voix rauque.
Des murmures furieux s'élevèrent parmi les sénateurs. Régis n'aima pas les regards rivés sur lui. Les yeux des sénateurs ne reflétaient que peur, colère et doutes. Un dangereux cocktail, qui pourrait vite se retourner contre le monarque et sa famille. Il s'était pourtant préparé à l'éventualité d'un coup d'état, mais assister à sa mise en place avait quelque chose de proprement terrifiant. Il savait que personne n'était assez fou pour s'en prendre physiquement à lui, mais tous ses instincts de père étaient en éveil, prêts à attraper Noctis et s'enfuir si la situation l'exigeait.
– Vous vous doutez maintenant de ce qui va se passer, déclara Clélia, autant au roi qu'aux sénateurs. Ce n'est qu'une question de temps avant que l'Empire nous contacte pour une demande de rançon. Nous avions la main en détenant leur prince héritier, mais c'est maintenant eux qui ont le dessus en retenant l'Oracle. Ils peuvent maintenant littéralement acheter notre capitulation. La vie de l'Oracle contre notre reddition !
Sa tirade fut suivie par des exclamations indignées qui fusèrent dans la salle. Régis aperçut Noctis se tasser sur son siège, plus blanc qu'un linge. Il regrettait qu'il doive entendre ces paroles crues et dures, mais il était nécessaire que son successeur soit pleinement informé de la dangerosité de la situation. Comme pour confirmer ses pensées, Livius choisit cet instant pour reprendre la parole.
– N'oubliez pas que nous avons toujours Argentum et ses soldats ! La princesse héritière ne pourra pas gouverner sans lui à ses côtés, n'est-ce pas ? Pourquoi ne pas faire un échange ? L'Oracle contre Argentum.
Régis leva un regard rempli d'avertissement vers le sénateur. Mais ce fut Tellus qui intervint, la bouche pincée et les yeux plissés.
– Argentum est devenu notre allié. Nous ne mettrons pas sa vie en jeu…
– Mais celle de l'Oracle, si ? l'interrompit un jeune sénateur à droite de Livius. Bien qu'il soit un de nos alliés, quel autre choix avons-nous ? Ignorer la capture de l'Oracle ? Si l'Empire menace sa vie, que ferons-nous ?
Le flot de cris d'approbations qui suivit remplit Régis d'une soudaine colère. Il se leva d'un mouvement vif et abattit violemment son poing sur la table. Le bois manqua de fissurer sous l'impact. Un silence choqué tomba sur l'assemblée, alors que tout le monde fixa le roi d'un air effrayé. Les yeux de ce dernier avaient viré au rouge. On pouvait presque sentir la magie du Cristal faire vibrer l'air autour de lui, telle l'eau d'un torrent qu'un simple barrage peinait à retenir.
– Je ne vendrais pas Argentum pour céder à un odieux chantage ! tonna Régis en balayant l'assemblée des sénateurs d'un regard incandescent. Je ne m'agenouillerai pas pour supplier l'Empire de nous rendre l'Oracle, qui de toute manière de nous appartient pas ! Et même si j'acceptai un tel chantage, dans quelle situation cela nous laisserait-il ? Argentum serait de retour au Niflheim, l'Oracle de nouveau derrière le Mur, mais la guerre continuera de toute manière !
Son vieux corps, pourtant usé par la magie dévorante du Cristal, était épris d'une nouvelle vigueur. Le roi se redressa de toute son imposante stature, malgré sa jambe blessée. Il ressemblait à un ogre qui se tenait devant des enfants terrifiés. Seule Clélia ne parut pas impressionnée par le coup d'éclat de son monarque. Mais Régis n'avait pas terminé.
– Lunafreya est partie en toute connaissance de cause. Elle connaissait les risques et les acceptait. Elle est la reine de Tenebrae avant d'être notre hôte, l'Oracle d'Éos avant d'être une reine. De quel droit aurais-je privé le reste du monde de la lumière de Bahamut ? Pendant trop longtemps, nous sommes restés passifs, paralysés par les doutes et la peur. Mais nous ne pouvons plus nous permettre de reculer maintenant. Le prince Argentum nous a donné une aide inattendue en décidant de nous apporter son aide. Je ne bafouerai pas son acte de bravoure en agissant comme un lâche !
Ses mots étaient durs, son ton passionné. Même Clarus et Tellus le regardaient d'un air interdit. C'était extrêmement rare que Régis sorte de ses gonds en public. Mais le roi était trop usé et trop fatigué pour prendre des pincettes avec ses conseillers. Le monde était en train de changer, leur histoire était à un tournant important, et l'heure n'était plus à la peur. Régis lança un regard austère à ses conseillers.
– Je ne laisserai pas l'opportunité à l'Empire de nous faire chanter, asséna-t-il sur un ton catégorique. Le prince Argentum a accepté de me prêter publiquement allégeance dans l'espoir que son peuple renverse l'Empereur et de contraindre la princesse Aurum de cesser les hostilités si elle veut monter sur le trône. Je compte donner mon accord à sa proposition. Ce sera ma parole contre celle de Iedolas.
Les visages interloqués des sénateurs lui faisaient face. Noctis fixait son père des yeux plus ronds que des billes. Quant à Cor, il dardait sur son roi un regard furieux, comme pour lui ordonner de se taire. Clélia fut la première à se remettre du choc. Elle se leva pour faire face au roi sans en demander l'autorisation – un grave manquement à l'étiquette royale lucisienne – ses yeux ressemblant à deux lames furieusement aiguisées. Elle n'avait pas peur, et elle le montrait.
– Alors le royaume tout entier doit se plier à votre volonté, Majesté ? dit-elle avec une morgue que Régis était plus habitué à entendre de la bouche de Livius. Nous devons sacrifier Lunafreya à cause de votre orgueil qui vous empêche de plier l'échine pour sauver la vie de l'Oracle ?
Si la colère de Régis avait surpris tout le monde, l'impertinence de Clélia, d'ordinaire calme et mesurée, fut pareille à une détonation qui fendit le silence consterné de l'assemblée. Même Livius regardait sa collègue comme s'il la voyait pour la toute première fois, ce qui n'était peut-être pas si loin de la vérité. Tellus semblait lui au bord de l'apoplexie, et Clarus avait les sourcils haussés tellement haut qu'ils menaçaient de frôler son cuir chevelu.
Régis sentit les traits de son visage se figer dans un masque de fureur froide. Il planta ses yeux, qu'il savait littéralement rougeoyants comme deux braises, dans ceux de Clélia. Il connaissait la sénatrice pratiquement depuis l'adolescence. Ils avaient le même âge, s'étaient côtoyés directement depuis le début du règne de Régis. Clélia avait toujours appuyé Régis dans la majorité de ses décisions, offrant un soutien inébranlable au roi. C'était la dernière personne qu'on aurait imaginé s'opposer aussi directement à Régis.
Il ressentit son opposition comme une brisure au sein même de son gouvernement. Son règne était en train de toucher à sa fin, et le visage froid de Clélia en était une preuve irréfutable.
– Je refuse de céder à la peur, répondit-il sombrement avant de lever la main droite pour montrer sa bague. Tant que cet anneau sera ceint à mon doigt, l'Empire ne m'extorquera nul compromis, et surtout celui de vendre un homme que j'ai pris comme un allié en échange d'un simulacre de paix.
– Votre magie ne pourra pas vous protéger éternellement, Majesté. Vous oubliez vos devoirs envers le peuple du Lucis.
– Au contraire, j'y pense, rétorqua le monarque en attrapant sa canne. Le Lucis ne se limite pas à Insomnia, et le monde ne se limite pas au Lucis. Lunafreya savait pertinemment ce qu'elle faisait en partant, tout comme Argentum en venant. Je ne déshonorerai pas leur courage. Cette cérémonie d'allégeance aura lieu, même si ce doit être mon dernier acte en tant que roi.
La mâchoire de Noctis tomba, de même que Tellus et Clarus arborèrent une moue paniquée. Mais Clélia plissa les yeux, imitée par Livius qui se dressait maintenant à côté de sa collègue. Régis savait qu'il devait avoir ligué l'ensemble des sénateurs contre lui avec son discours, mais il était trop tard pour reculer, et il ne comptait rien retirer de ce qu'il avait dit. Il adressa un dernier regard terrible aux sénateurs – agacé quand Clélia ne daigna même pas paraître apeurée – avant de tourner les talons et de prendre congé sans plus de cérémonie. Il entendit ses conseillers et son fils lui emboîter le pas.
Ils attendirent que Régis soit arrivé devant l'ascenseur avant de prendre la parole. Cor fut le premier à lancer les hostilités.
– Vous avez eu tort en agissant ainsi, Majesté. Vous avez réussi à vous mettre tout votre gouvernement à dos.
– Je ne regrette rien, grinça Régis en appuyant rageusement sur le bouton pour appeler l'ascenseur.
– Je suis d'accord avec Cor, renchérit Clarus. Si après ça, on ne va pas se prendre un coup d'état…
– N'exagérons rien, répliqua Tellus d'une voix tendue. Même s'ils sont mécontents, les sénateurs savent très bien que nous avons tous besoin du roi pour protéger Insomnia.
Régis rentra la tête dans les épaules. Tellus disait vrai, mais cette situation était temporaire. Régis était en train de mourir à cause du Mur, et ce n'était plus qu'une question de mois – semaines ? Jours ? – avant que ses forces ne l'abandonnent complètement. Les sénateurs en étaient également conscients. Et puis, il y avait Argentum. Á cette pensée, le roi se tourna vers le Maréchal, qui l'observait avec les sourcils froncés.
– Ils n'oseront pas s'en prendre à moi, mais Argentum est une cible vulnérable, s'alarma-t-il. Cor, je veux que tu renforces le système de sécurité autour des quartiers du prince. Que personne que tu n'as pas toi-même autorisé ne puisse l'approcher.
Il avait consigné le prince impérial dans ses appartements juste après avoir appris la capture de Lunafreya, effrayé à l'idée qu'on puisse s'en prendre à lui pour se venger. Cette probabilité devenait dangereusement concrète. Cor hocha la tête, mais n'exécuta pas immédiatement ses ordres.
– Majesté, vous savez qu'une partie des Glaives ne vous soutient pas. Je ne peux garantir son absolue sécurité dans un délai aussi court…
– Fais ce que tu juges nécessaire, répliqua sèchement Régis. Mais il doit être protégé, tu entends ?
Cor ne répondit pas immédiatement. Les muscles tendus de sa mâchoire et ses sourcils profondément froncés étaient autant d'indices qu'il s'efforçait de ne pas avouer ses quatre vérités au roi. Régis l'affronta du regard, presque arrogant dans l'expression rigide qui figeait son visage. Finalement, Cor plaça son poing contre son cœur et inclina la tête.
– Á vos ordres, Majesté.
Le Maréchal s'éloigna en dégainant son téléphone portable. Au même moment, la sonnette de l'ascenseur résonna et les portes de métal coulissèrent. Régis s'engouffra à l'intérieur, suivi de ses conseillers et de son fils. Tellus appuya machinalement sur le bouton de septième étage, où se trouvait le bureau du roi. Il se tourna ensuite vers Régis.
– Je suppose que vous voulez que j'organise la cérémonie d'allégeance le plus vite possible, Majesté ?
– Après-demain, confirma Régis en s'appuyant contre le mur de la cabine. Il faut agir vite, avant que l'Empire ou les sénateurs ne puissent agir.
– Quarante-huit heures, ça leur donne déjà beaucoup de temps pour comploter, grogna Clarus. J'espère que tu sais ce que tu fais, Régis.
– Moi aussi, murmura le roi.
Il s'appuya plus lourdement sur sa canne et poussa un soupir usé. Quelque part, il avait presque envie que tout cela finisse, que la magie du Cristal finisse par l'achever une bonne fois pour toute, et qu'il puisse enfin se reposer. Il n'était plus qu'un vieux roi qui voyait sa fin approcher. La main fine de Noctis agrippa soudainement son bras, arrachant son père à ses sombres pensées. Régis avait presque oublié sa présence. Son fils tentait de conserver une expression indifférente, mais ses yeux le trahissaient, reflétant une peur viscérale.
– T'étais pas sérieux, en parlant de Luna, hein ? demanda le prince. On… On va la sauver, pas vrai ?
Sa question tomba dans le silence comme une pierre fracassait la surface calme d'un étang. Tellus et Clarus échangèrent un regard lourd de sous-entendus. Régis soupira, incapable de soutenir le regard implorant de son fils. Par les Six, mais il aurait tellement voulu une vie plus simple pour son garçon. Une existence paisible, heureuse, entouré d'amis et d'une famille aimante. Pour lui, et pour Lunafreya.
L'ascenseur arriva à destination avant que le roi ne puisse répondre. Tellus et Clarus allèrent dans le couloir, laissant le père et le fils dans la relative intimité offerte par la cabine. Régis posa une lourde main sur l'épaule de Noctis.
– Papa ? demanda encore le prince d'une petite voix.
– Noct…, soupira Régis, rempli de mélancolie. Lunafreya a fait son choix. J'ai fait le mien. Et bientôt, ce sera à toi de faire de même.
– Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? souffla Noctis qui refusait de comprendre les paroles de son père. On ne peut pas l'abandonner comme ça !
Une boule se tissa dans la gorge de Régis. Il laissa tomber sa main de l'épaule du prince et se redressa péniblement, s'appuyant lourdement sur sa canne.
– Te souviens-tu des histoires que Lunafreya te racontait quand vous étiez enfants ? demanda-t-il soudainement. L'histoire des Astraux, et de la prophétie des rois ?
Noctis le regarda comme s'il avait perdu la tête, déconcerté par le brusque changement de sujet.
– Je… Oui, peut-être, bredouilla-t-il avant de s'énerver. Qu'est-ce que ça à voir avec ce qui se passe ?!
Régis regarda son fils. Son petit garçon. Encore innocent malgré la carapace d'indifférence sous laquelle il se protégeait. Tout changeait trop vite sous ses yeux. Peut-être Régis l'avait-il trop longtemps préservé de la vérité de leur destin. Le temps lui était compté, il le savait, mais le roi voulait prendre le temps de tout pouvoir expliquer à son fils. Alors il appuya sur un bouton de l'ascenseur, ignorant le cri surpris et indigné de Clarus quand les portes de métal se refermèrent sur eux.
– J'ai de nombreuses choses à te raconter, Noct, murmura Régis. Peut-être qu'une fois que tu les auras entendues, tu comprendras la décision de Lunafreya, ainsi que la mienne.
Il l'espérait, de tout son cœur en tout cas. Il pouvait supporter de perdre sa couronne, de perdre sa vie. Mais pas de perdre son fils.
OOO
Dino Ghirenze était un journaliste d'investigation. Un vrai. Il n'était pas de ceux qui restaient bien cachés dans leur bureau pour écrire des articles aussi longs qu'insipides sur le mode de reproduction des Chocobos ou sur le fructueux marché des fleurs de Scylle grâce auquel Niflheim parvenait à se faire des sommes astronomiques et financer sa guerre absurde. Dino Ghirenze ne se contentait pas de la théorie, non monsieur. Il préférait de loin se rendre directement sur le terrain pour suivre l'action le plus près possible.
C'est pourquoi quand il avait appris que la Dame Lunafreya allait enfin sortir d'Insomnia pour reprendre son pèlerinage, il aurait voulu directement aller à Lestallum dans l'espoir d'obtenir une interview avec la jeune Oracle. Ca faisait des années qu'on ne l'avait plus vue sur la scène publique, après tout. Seulement, Dino n'était pas dans le coin. Il n'était même pas sur le territoire lucisien à vrai dire. Il se trouvait à Altissia pour faire un article sur les réfugiés impériaux coincés sur l'archipel d'Accordo. Personne n'avait jamais fait un reportage sérieux sur les immigrés qui fuyaient la dictature militaire de Niflheim, mais étaient incapables de rejoindre le Lucis et se retrouvaient bloqués sur l'archipel. Ils ne pouvaient que remercier la Chancelière d'Accordo de ne pas les renvoyer directement à Gralea, leur conférant à la place le statut de réfugiés de guerre.
Si Dino ne regrettait en rien sa décision de s'être rendu à Altissia pour faire son reportage – l'archipel était un endroit étrange, presque surréaliste où on pouvait croiser dans la même rue des soldats impériaux attendant d'être transférés au Lucis, des Glaives lucisiens blessés auxquels l'état d'Accordo accordait le statut de réfugiés politiques et des civils impériaux accueillis au titre de réfugiés de guerre – il ragea de ne pas pouvoir rejoindre Lestallum pour assister à la Consécration de l'Archéen. Même si la baie de Galdina avait miraculeusement résisté aux assauts des impériaux ces dernières semaines, il serait suicidaire pour un homme seul d'entreprendre le voyage dans la région occupée de Duscae pour regagner gagner Lestallum.
Il dût se résoudre à suivre l'affaire de loin, avec la télé et les journaux. La consécration de l'Archéen avait été diffusée en directe sur les principales chaînes de télé lucisiennes. Lunafreya avait refusé toutes les demandes d'interviews, mais avait accepté de prononcer un discours à l'attention de la population traumatisée de Lestallum. La capitale de Cleignes était toujours dans un piteux état depuis la bataille dont elle avait été le théâtre quelques mois auparavant. La majorité des bâtiments officiels étaient en ruines, sans parler des maisons. La population peinait à se remettre de son occupation par Niflheim, aussi les gens avaient littéralement bu les paroles que l'Oracle leur avait adressées. Elle avait même conduit une cérémonie pour bénir la ville et la mettre sous la protection des Astraux. Dino n'était pas du genre croyant, mais il devait avouer que le geste avait quelque chose d'appréciable. Faute de protection, peut-être l'intervention de l'Oracle avait-t-elle instaurée un nouvel élan d'espoir aux gens de Lestallum…
Bien entendu, comme pour écraser le peu d'optimisme que Lunafreya avait réussi à instaurer, le Niflheim l'avait capturée à peine deux jours après son départ de Lestallum. Á Accordo, la nouvelle avait été accueillie avec consternation et douleur, mais sans surprise aucune. Personne au monde n'avait cru un instant que Iedolas ne saisirait pas cette occasion de récupérer l'Oracle. Á commencer par la Chancelière d'Accordo. Dino l'avait rencontré il y avait deux semaines, à l'occasion d'une interview sur les réfugiés d'Accordo. Leur discussion avait été brève et professionnelle, aussi le journaliste fut très surpris lorsque, au lendemain de la capture de l'Oracle, il reçut un message lui informant qu'il était attendu par la Chancelière en personne à l'hôtel de ville.
C'est pourquoi Dino se retrouva, le matin du 8 octobre, dans le bureau de Camélia Claustra, Chancelière d'Accordo, pour la deuxième fois en l'espace de deux semaines. Claustra était une grande femme aux épaules larges et un visage sec. Ses cheveux blonds coupés courts s'accordaient avec ses yeux bleus, plus froids que deux blocs de glace. Dino avait déjà constaté que la Chancelière n'était pas une femme très souriante. Ce matin-là, sa bouche formait une ligne encore plus tombante qu'à l'ordinaire.
– Il y a vingt-neuf ans, j'ai rencontré sa Majesté le Roi Régis, annonça-t-elle de but en blanc. Il n'était encore qu'un prince alors, et plus jeune encore que l'est son fils aujourd'hui. Un brin austère pour un garçon de dix-huit ans, mais rempli d'espoirs concernant l'avenir, alors que le Niflheim avait déclaré publiquement la guerre à son royaume huit mois plus tôt. Je n'étais moi-même qu'une petite secrétaire naïve, au service de mon prédécesseur le Chancelier Véclus. Le prince Régis désirait le voir pour s'entretenir avec lui. Savez-vous ce qu'il lui voulait ?
Dino, que cette tirade avait surpris venant d'une femme qui n'avait pas l'habitude de se perdre dans des interminables discours, secoua bêtement la tête de droite à gauche. Un mince sourire étira les lèvres maquillées de la Chancelière.
– Une alliance. Une alliance entre notre Protectorat et le royaume du Lucis, s'unir contre l'ennemi commun qu'était Niflheim. Sa Majesté n'avait pas froid aux yeux à l'époque.
– Cette alliance n'a jamais eu lieu, lança timidement Dino.
Claustra leva la tête pour croiser son regard pour la première fois depuis son arrivée. Les glaçons qu'étaient ses yeux semblaient avoir fondu, laissant transparaître une insoupçonnable douceur au fond de ses iris.
– Effectivement, ça ne s'est jamais fait. Vous êtes sans doute un peu trop jeune pour vous en souvenir, mais mon prédécesseur était très attachés aux valeurs anciennes de notre archipel : ne jamais s'associer ni à l'un ou l'autre parti d'un conflit. Accordo s'est toujours historiquement distingué pour n'avoir participé à aucune guerre depuis près de mille ans.
Sachant qu'Accordo était un groupuscule d'îles qui ne voyaient jamais ses frontières menacées par une possible invasion, c'était sans doute logique, pensa Dino. Il se garda néanmoins de partager son opinion avec la Chancelière. Inutile de blesser l'éventuelle fierté patriotique de son hôte avec des remarques qui avaient davantage leur place dans un de ses articles qu'au fil d'une conversation qu'il devinait de la plus haute importance.
– Je ne regrette pas la décision prise par le Chancelier Véclus, ajouta Claustra en durcissant le ton. Quand bien même la situation actuelle n'est pas à notre avantage, Accordo s'est toujours démarquée par sa neutralité. Sans cette neutralité, nous ne serions pas en mesure d'accueillir à la fois des réfugiés lucisiens et impériaux, ou d'autoriser le flux d'armes et de soldats qui passent par notre archipel pour passer d'un continent l'autre.
Elle oublia de préciser que le Niflheim payait grassement le Protectorat d'Accordo pour que ce dernier confère le droit de passage aux troupes impériales. Étant donné qu'Accordo était un archipel qui devait pratiquement importer toutes ses matières premières pour vivre, le comportement mercantile d'Altissia n'était pas vraiment étonnant. Encore une fois, Dino ravala fermement ses remarques.
– Aujourd'hui, l'histoire se répète, soupira finalement la Chancelière en se carrant dans son large fauteuil de cuir noir. La guerre est toujours la même, et une fois encore, le Roi Régis nous appelle à l'aide et nous demande de sortir de notre neutralité.
– Il veut une nouvelle alliance ? demanda Dino en haussant les sourcils. Maintenant ? Pour quoi faire ?
Accordo n'avait qu'une très petite armée, plus symbolique que véritablement utile. Claustra répondit pas la négative.
– Pas une alliance, Monsieur Ghirenze. Une faveur, pour reprendre les mots de Sa Majesté. Je viens de recevoir un appel téléphonique d'Insomnia. Le roi voudrait que nous retransmettions sur nos chaînes et dans nos journaux une cérémonie d'allégeance. C'est d'ailleurs pourquoi je vous ai fait venir ce matin.
La curiosité du journaliste fut aussitôt titillée. Il s'avança sur son siège, posant ses coudes contre ses genoux et regarda attentivement le visage austère de la Chancelière.
– Quelle cérémonie ?
Claustra examina quelques secondes le visage interrogateur du journaliste, puis s'humecta les lèvres. Elle paraissait hésitante, ce qui était très déstabilisant venant d'une femme qui n'avait jamais eu peur de prendre ses décisions. Elle poussa un petit soupir et passa une main lourdement chargée de bagues dans ses courts cheveux blonds qui viraient au blanc sous le soleil.
– Le Lucis craint un chantage venant de Niflheim, révéla-t-elle d'une voix presque lasse. La vie de l'Oracle contre la reddition du Lucis. Sa Majesté le Roi Régis souhaite prendre de court l'Empire.
Elle s'interrompit une nouvelle fois, plongeant un regard indéchiffrable dans celui de Dino.
– Le roi Régis vient de m'annoncer que le Prince Impérial Argentum Aldercapt a déserté son pays. Et non seulement le prince a fui l'Empire, mais il a également rallié le Lucis et a l'intention de prêter publiquement serment à Sa Majesté.
Un silence de plomb suivit son annonce, mais c'était comme si une bombe s'était déclenchée dans l'esprit de Dino. Il écarquilla les yeux et ouvrit la bouche sans émettre le moindre son, comme un poisson hors de l'eau. Son cerveau prit quelques secondes à réaliser la gravité des paroles de la chancelière, et encore quelques secondes de plus pour comprendre tout ce que ces informations impliquaient. Un traître ? L'Empire avait un traître dans ses rangs ? Dans la propre famille de l'Empereur ?
– Et ben merde…, laissa échapper le journaliste avant de rougir et lança un regard intimidé vers Claustra. Si vous me permettez l'expression…
La chancelière balaya l'excuse d'un revers de main, elle-même trop perturbée pour se soucier de la bienséance.
– Le prince Argentum espère que son allégeance entraînera un coup d'état au sein même de l'Empire, dit-elle. Le Lucis pense que par notre biais, il y aurait de plus fortes chances de toucher le public impérial, grâce aux soldats et aux réfugiés qui transitent sur l'archipel.
Dino regarda son interlocutrice, mais le visage de la chancelière ne laissa transpercer aucune émotion, aucun geste qui aurait pu trahir son opinion personnelle sur le sujet. Elle était juste immobile, droite comme un I et aussi grave qu'une tombe derrière son large bureau.
– Ils n'ont pas tout à fait tort, s'avança prudemment le journaliste. Accordo héberge sans doute la population la plus hétéroclite du globe. C'est le seul endroit où lucisiens et impériaux peuvent se fréquenter sans se lancer littéralement des bombes à la figure.
– Sans doute, répondit froidement Claustra. Mais que faites-vous de la neutralité d'Accordo ? Si j'accepte la demande du Lucis, nous ne pourrons plus nous prétendre impartial dans ce conflit. Nous ne tiendrons pas une semaine contre Niflheim si l'Empereur venait à nous attaquer. Je refuse de risquer la sauvegarde de mon peuple pour une tentative bancale d'ébranler le gouvernement impérial.
Elle avait sans doute raison. Jusqu'à maintenant, Iedolas avait épargné Accordo, trop focalisé sur le Lucis et leur Cristal. Mais le moindre pas de travers de la part d'Accordo, et les vaisseaux impériaux qui se contentaient de flotter comme des ombres de mauvais augure dans le ciel limpide d'Altissia orienteraient leurs canons vers la capitale et la détruiraient impitoyablement, comme ils avaient détruit Lestallum.
– Bien sûr, reprit la chancelière après un bref silence, cette conversation n'a rien de… professionnelle. C'est une confidence, d'ami à ami, si vous me considérez comme telle.
Elle regardait intensément Dino. Le journaliste haussa les sourcils.
– D'ami à ami ? répéta-t-il.
L'ombre d'un sourire étira brièvement les lèvres maquillées de la chancelière.
– Les confidences d'un ami peuvent êtes révélées au grand jour en conservant son anonymat, non ?
Pendant un instant, Dino n'osa pas comprendre. Son cerveau connecta brusquement toutes les connexions, et il réalisa soudain la scène dans laquelle il jouait. C'était comme une partie d'échecs. Dans le rôle de la reine, Claustra. Dans le rôle du roi, Régis Caelum. Et dans le rôle du fou ? Dino Ghirenze, journaliste d'investigation, devenu du jour au lendemain l'outil par lequel la chancelière allait œuvrer. Car elle venait de choisir son camp, sous les yeux de Dino, mais ce n'était pas parce qu'elle avait fait son choix qu'elle était prête à entraîner tout son peuple avec elle.
Le roi du Lucis voit trop grand. Á quoi bon faire de grandes déclarations officielles, quand une simple fuite pourrait suffire à ébranler tout un gouvernement ? Parfois, il suffisait d'un grain de sable pour enrayer tout un rouage. Dino espérait pour sa part que ça suffirait. L'avenir du monde en dépendait.
OOO
« Les âges défileront. Les Astraux protégeront Éos et ses habitants, jusqu'à ce qu'apparaisse le Fléau des Étoile, qui éteindra la lumière d'Éos. Le Fléau progressera lentement et dévorera Éos en son cœur. L'espoir disparaîtra, la peur assombrira les cœurs, les peuples se déchireront. Pour sauver Éos, le Cristal émettra une prophétie : le temps viendra où les deux lignées sacrées par Bahamut s'uniront pour un ultime combat, et ensemble repousseront à jamais les ténèbres de leur Étoile. Quand naîtront le Roi des rois au Lucis, véritable et dernier porteur de la lumière du Cristal, et l'Oracle des oracles, dernière reine de Tenebrae, désignée par Bahamut lui-même, alors le Fléau des Étoiles à jamais sera banni d'Éos.
La lumière naîtra du roi des Rois, et le mal disparaîtra.
La Prophétie des Rois, Cosmologie Tome I »
La tête de Noctis bourdonnait. Il avait la désagréable impression de flotter dans une autre dimension, loin, très loin d'Insomnia, ou même d'Éos. Les battements de son cœur, étrangement lents, faisaient trembler sa poitrine, menaçaient de lui briser les côtes. Le prince déglutit avant de poser une main incertaine contre sa poitrine. Son tee-shirt était trempé de sueur.
Son père lui adressa un regard inquiet.
– Noct ? Ca va aller ? Tu es pâle comme un linge.
Même la voix de Régis lui paraissait lointaine, comme provenant d'une autre galaxie. Noctis regarda le roi comme s'il était fou.
– Si ça va ? répéta-t-il d'une voix étranglée. Après tout ce que tu viens de me dire, tu crois que je vais bien ?!
– Noctis…
Le soupir de Régis provoqua un soudain élan de colère au jeune homme. Il se leva brusquement, grimaçant quand sa jambe affaiblie craqua douloureusement en signe de protestation.
– NON ! tonna-t-il, surpris par la violence de sa propre voix. Attends, tu te fous de moi, Papa ? Tu crois vraiment que je vais rester calme ?
– Oui, répondit son père sans se démonter. Parce que ça ne servirait à rien de s'énerver. Nous n'y pouvons rien.
Son ton fataliste ne fit qu'alimenter d'autant plus la colère grandissante de Noctis. Le jeune homme serra les poings jusqu'à enfoncer ses ongles dans ses paumes. Il devait être blême, oui, mais blême de rage.
– Alors c'est ça, l'avenir ? siffla-t-il avec dédain et indignation. La mort ?!
Le regard de Régis se voila de douleur, mais Noctis était trop aveuglé par sa rage pour s'en rendre compte, ou même s'en soucier. Les derniers fragiles piliers de son existence venaient de s'effondrer à l'instant, par la faute de son propre père. Lui qui avait tout fait pour lui donner une enfance heureuse et aussi ordinaire que possible malgré son statut de prince, lui qui lui avait toujours donné espoir en la vie, voilà qu'aujourd'hui il était celui qui brisait littéralement toutes les convictions auxquelles Noctis avait cru et s'était accroché. L'espoir d'une vie épanouie malgré le poids du trône, d'un avenir aux côtés de Luna, d'une liberté qu'il n'atteindrait jamais…
La lignée Caelum n'était pas bénie par les Six. Leur magie n'était rien d'autre qu'une malédiction. Noctis se sentait soudain profondément stupide de ne pas s'en être rendu compte par lui-même. Il avait eu tant d'indices autour de lui : la santé défaillante de son père, les peintures dépeignant la Prophétie des Rois devant lesquels il passait tous les jours pour se rendre dans la salle du trône, la Faucheuse brodée sur les insignes royaux du Lucis, sur la propre veste de Noctis. Le prince éprouva un dégoût nouveau pour sa tenue. Il ressentit une irrésistible envie de la jeter au feu, d'oublier tout – le trône, Insomnia, le Lucis – et juste fuir. Fuir sans se retourner.
– Pourquoi tu ne m'as rien dit plus tôt ?
Sa voix était rauque. Il ne regardait même pas son père. Il ne pouvait pas, pas avec la colère qui brûlait dans ses veines. Il entendit un second soupir derrière lui.
– Je voulais te donner une enfance heureuse. Tu n'étais qu'un enfant…
– Dis plutôt que t'étais trop lâche pour m'avouer la vérité ! cracha le prince.
Sa propre violence le prit de court. Jamais encore il n'avait parlé ainsi à son père. Mais tout comme ses principes, Régis avait également ébranlé leur complicité. Comme si elle aussi était fausse. Tout était foncièrement fauxdans la vie de Noctis. Tout le monde s'était fichu de lui, lui avait menti, parce que tout le monde était trop lâche pour le regarder dans les yeux et lui dire… juste lui dire…
– Luna sait ? demanda Noctis avant de secouer la tête avec dérision. Bien sûr qu'elle sait… Elle devait savoir depuis le début.
– Sa mère ne lui a jamais caché la vérité sur le destin des Oracles, répondit tristement Régis. Ni celle des rois du Lucis.
Noctis se sentit encore plus idiot. Plus immature. Luna n'avait que quatre ans de plus que lui, et elle supportait tellement plus de responsabilités sur ses épaules. Noctis grinça des dents.
– Elle avait quoi, quand elle a appris la vérité sur la Prophétie ? Onze, douze ans ? C'était qu'une gamine.
– Elle a toujours été très mature, répondit Régis, les yeux voilés de mélancolie. Quand je l'ai rencontrée pour la première fois, elle me paraissait trop sérieuse pour son âge. Elle s'est beaucoup déridée en te fréquentant. Et même après la prise de Tenebrae, elle a appris à se conforter à ce que lui réservait l'avenir.
– La mort tu veux dire, précisa Noctis en sentant sa gorge se nouer. Alors c'est ça, la bénédiction de Bahamut ? Deux lignées de viande sacrée nées juste pour faire le sale boulot des Astraux et chasser le Fléau ?
Régis ouvrit la bouche comme pour protester, mais n'émit aucun son, visiblement à court d'arguments. Au lieu de ça, ses épaules se ployèrent sous un poids invisibles et il poussa un douloureux soupir. Son père, vieillissant bien avant son heure, qui avait sacrifié vie et santé pour les desseins de soi-disantes divinités sans bonté ni compassion. Tous leurs ancêtres qui s'étaient succédés sur ce trône maudit, attendant l'Élu du Cristal qui libérerait leur Étoile du Fléau. L'Élu… Un beau nom pour ce qui allait être rien de plus qu'un sacrifice.
– Qu'est-ce qu'il y a de juste là-dedans !? explosa Noctis en sentant des larmes de fureur lui monter aux yeux. Je croyais que la lumière du Cristal était pure, vivante ! Qu'est-ce qu'il y a de compassionnel dans cette… cette prophétie tordue ?
Basculer dans un trou noir n'aurait pas pu être pire de ce qu'il ressentait à l'instant. Il se sentait perdu, seul, trahi. Trahi par son père, par son pays, par le propre sang qui coulait dans ses veines. Il se tourna vers le roi, espérant malgré lui une réponse logique, une explication raisonnée. Mais Régis secoua la tête avec impuissance.
– Un jour, tu comprendras Noctis… J'espère seulement que ce jour n'arrivera pas trop vite.
Noctis fut assailli d'une soudaine envie de vomir. Il pivota sur ses talons et courut hors des appartements royaux sans demander son reste.
OOO
Depuis l'annonce de la capture de Lunafreya, Prompto était enfermé dans ses appartements, probablement sous surveillance vidéo, avec Nyx pour seule compagnie. Wedge et Aranea avaient été enfermés de leur côté, séparés de leur prince. La tension était palpable dans la Citadelle. Prompto était conscient qu'il se trouvait dans une situation plus que précaire. Son pays venait de perpétrer une attaque directe à l'encontre de l'Oracle, sous la directe protection d'Insomnia. Les lucisiens avaient toute la légitimité de s'en prendre directement à lui en guise de représailles.
Aussi le prince ne fut-il pas vraiment étonné quand il vit l'Immortel entrer dans sa chambre plusieurs heures après qu'il y eût été enfermé. Ce n'était pas pour autant qu'il accueillit la venue du Maréchal avec plaisir. Ses muscles se tendirent et son regard se voila d'un mélange de peur et de violence tandis que Nyx saluait son supérieur d'un coup de poing sur sa poitrine. Cor posa son regard glacial sur Prompto – qui entendit les cris, le sang, le rire dément de Loqui – sans pour autant chercher à approcher le prince, lequel avait conservé autant de distance entre eux que le permettait la taille de la chambre.
– Prince Argentum, le salua l'Immortel d'une voix bourrue. Inutile de vous annoncer que la situation est délicate.
Prompto resta silencieux, la gorge trop nouée pour parler. Cor hocha la tête comme s'il lui avait répondu et poursuivit.
– Sa Majesté m'a chargé de vous protéger de toutes éventuelles attaques. Il m'a permis de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir votre sécurité.
Les paroles énigmatiques titillèrent la méfiance de Prompto. Il plissa les yeux, laissant son regard glisser vers Nyx en quête d'indice. Mais le visage grave et impassible du Glaive ne trahit rien de la véritable signification des paroles de l'Immortel.
Le Maréchal s'avança d'un pas vers Prompto, qui sentit ses poils se hérisser sur sa nuque. Il résista difficilement à l'irrésistible envie de reculer et de se coller contre le mur juste derrière lui. Le regard analytique de l'aîné l'examina méticuleusement de la tête aux pieds.
– Écoutez, soupira-t-il finalement. Je suis de votre côté, même si vous ne me croyez pas. Je suis ici pour vous aider.
Un violent sentiment de révulsion monta en Prompto, qui ne put réprimer un grognement de dégoût. Nyx et Cor l'observèrent comme on observait un loup sauvage et blessé qu'au aurait acculé contre un mur, ce qui n'était pas si loin de la vérité. Il tressaillit lorsque l'Immortel leva le bras un peu trop rapidement, suivit le mouvement de sa main qui plongea dans les replis de son long manteau pour en sortir un objet familier aux reflets argentés.
– Ce bracelet est à vous, n'est-ce pas ? questionna inutilement l'Immortel. Je l'ai retrouvé par terre après notre... confrontation.
Automatiquement, Prompto recouvrit son poignet droit de sa main gauche sans quitter son bracelet des yeux. Il n'y avait pour ainsi dire plus pensé du tout depuis des jours. Il avait cru que quelqu'un de la Citadelle l'avait subtilisé pour le faire fondre et récupérer l'argent. Il aurait mille fois préféré cette alternative que de voir son bijou entre les mains – de meurtrier, les mêmes qui avaient tué Loqui – du Maréchal. Ce dernier n'amorça pas le moindre mouvement pour le lui rendre, se contentant de l'exhiber comme si c'était une prise de guerre. Au lieu de ça, il planta un regard insondable dans celui du prince impérial.
– Je sais ce qu'il cache, murmura-t-il. Je sais pourquoi vous le portez.
Prompto sentit son souffle se couper. Il perdit le peu de couleur qu'il avait sur les joues et ses yeux s'écarquillèrent, même s'il essayait vainement de garder contenance. Sa respiration devint hachée, difficile. Ses poumons le comprimèrent douloureusement.
– Im… Impossible, hoqueta-t-il. Personne ne sait.
Sa voix ressemblait au feulement d'un animal blessé, agressif, tombé dans ses derniers retranchements. Le visage du Maréchal resta impassible.
– Vous avez raison, admit-il. Et jusqu'à très récemment, je ne savais pas non plus. Mais on voit beaucoup de choses quand on se donne la peine de regarder, Prince Argentum. Quand votre bracelet en argent est tombé de votre poignet, votre bracelet de cuir était relevé et j'ai vu ce qu'il y avait en-dessous. Vous étiez trop occupé à m'étrangler pour vous en être aperçu.
Le cœur de Prompto rata un battement. Ses doigts se resserrèrent plus étroitement autour de son poignet, ses ongles s'enfonçant dans le cuir de son bracelet jusqu'à en imprimer des croissants de lune avec ses ongles. Il essaya désespérément de se rappeler de ce jour-là, dans la salle d'entraînement. Il se souvenait parfaitement de sa rage, de sa douleur, de sa volonté de tuer l'Immortel de ses mains. Il revoyait l'image du Maréchal alors qu'il était en train de l'étrangler, revoyait les yeux bleus plongés dans les siens, affrontant la mort sans peur. Il ne se souvenait pas de son bracelet ni de son tatouage qui avait été, l'espace d'un instant, découvert à la vue de tous.
Il avait vaguement conscience que des gouttes de sueur grosses comme des perles lui coulaient des tempes. Il pouvait entendre le sifflement de sa respiration laborieuse, presque inexistante, qui résonnait silence oppressant planant dans la pièce, sentir le regard brûlant de l'Immortel dans le sien, celui inquiet que Nyx braquait sur sa silhouette tremblante.
– Dès le départ, votre soi-disant nom de code m'avait mis la puce à l'oreille, reprit le Maréchal, imperturbable. Mais quand j'ai vu la même série de chiffres tatouée sur votre poignet en-dessous d'un code-barres, le doute ne m'était plus permis. Je sais ce que vous êtes.
Le blond secoua stupidement la tête, incapable d'appréhender ce qui était en train de se passer. Il voulut reculer, trébucha, et son dos se cogna contre le mur. Ses jambes cédèrent aussitôt sous lui et il se laissa glisser jusqu'au sol comme une poupée de chiffon. Il respirait trop vite. Son sang battait frénétiquement contre ses tempes. Il serrait son bras droit contre son corps comme pour le faire disparaître. C'était impossible, se répétait-il en boucle, impossible… !
– Monsieur, je crois qu'il est en train de faire une crise de panique.
La voix de Nyx. Lointaine, comme perdue dans un océan de coton. Prompto ne le voyait même plus. Son univers s'était voilé de blanc, au centre duquel se dressait la silhouette imposante et détestable de l'Immortel, immuable comme un roc.
« Si j'avais eu une arme entre les mains, je l'aurais tué sans hésiter ! » avait clamé Prompto au visage résigné du roi Régis. Il se réitéra ses propres paroles, qui sonnaient toujours plus vraies. S'il avait vraiment accès à son pistolet, il tuerait Cor l'Immortel sans hésiter. Pas seulement pour venger Loqui, mais pour le faire taire. Qu'il meure et emporte le secret de Prompto avec lui.
Prompto se recroquevilla pitoyablement sur lui-même. Des papillons blancs dansaient au centre de sa vision, mais il s'accrochait toujours obstinément à la conscience. Ne jamais perdre connaissance face à un ennemi. La règle numéro un de la survie par Loqui Tummelt. Prompto le détesta aussitôt de venir le hanter même après sa mort. Même après que son corps sans vie écrase celui de Prompto, que son sang inonde le visage du prince…
– Prince Argentum ?
Nyx s'était agenouillé devant lui. La silhouette de l'Immortel se dressait toujours derrière lui, imposante et menaçante, mais toute l'attention de Prompto se focalisa sur le Glaive. Nyx, qui ne l'avait pas une seule fois quitté depuis son arrivée à Insomnia, qui avait veillé sur ses nuits hantées par les cauchemars, qui avait regardé Prompto droit dans les yeux en lui révélant la mort de sa sœur. Nyx, qui avait refusé de tuer Prompto. Dans le chaos qu'était devenu l'univers du blond, le Glaive ressemblait à une ancre à laquelle il pouvait désespérément s'agripper.
Une main se posa soudainement contre son crâne, arrachant un cri faible et surpris au prince. Elle poussa sa tête jusqu'à la loger entre ses deux genoux. Une autre main était posée sur son épaule. Prompto se concentra dessus. Un contact ferme qui le retenait à son corps, à une version de la réalité qui était constante, concrète. Lentement, très lentement, Prompto sentit son cœur ralentir la cadence. Les tendons de sa gorge se détendirent non sans une douleur sourde, libérant enfin sa trachée. Il inspira maladroitement une première goulée d'oxygène, remplissant allègrement ses poumons d'air. Le voile blanc de sa vision s'estompa progressivement, et il prit doucement conscience de son corps tremblant, sa peau constellé de sueur froide, des gémissements pathétiques qui roulaient hors de sa gorge. La main contre son crâne frottait ses cheveux.
– Bien, murmura la voix de Nyx, plus nette. Respirez lentement, Altesse. Inspirez, expirez…
Prompto suivit le rythme de Nyx. Des larmes ruisselaient sans discontinuer de ses joues et ses épaules étaient secouées par des sanglots hachés qui résonnaient bruyamment dans le silence de la pièce. Lentement, il releva la tête. Nyx le laissa faire, déplaçant sa main contre sa tempe. Prompto garda les yeux hermétiquement fermés, se concentrant sur sa respiration. Inspiration, expiration. Inspiration, expi…
– Prince Argentum ? demanda Nyx, d'un ton hésitant.
Prompto rouvrit des yeux injectés de sang. Le visage inquiet de Nyx apparut au centre de sa vision brouillée par les larmes. L'Immortel se tenait derrière lui, impassible.
– Vous ne pouvez rien dire, coassa Prompto d'une voix cassée.
Il regardait Nyx, mais parlait à Cor. Nyx était comme un écran, un bouclier, une protection contre le monde extérieur. Nyx était un compagnon d'armes – comme Loqui, comme Biggs et Wedge – avec qui il n'avait partagé aucune bataille, et pourtant un lien de camaraderie s'était tissé entre eux. Peut-être que l'Immortel le savait, car il n'amorça pas le moindre mouvement pour dégager Nyx.
– Je n'en ai pas l'intention, rétorqua-t-il en regardant Prompto qui fixait toujours le Glaive.
Prompto voulut ricaner, mais ne réussit qu'à pleurer. Son nez était encombré, son visage rouge. Il s'essuya rageusement les joues avec les manches de sa veste. Il en avait assez de pleurer continuellement devant ses alliés et ses ennemis. Assez de se découvrir aux yeux des autres, de révéler à quel point il était… défectueux. Une machine cassée. Un prince qui n'était pas un prince. Un imposteur. Son pire secret, révélé à nul autre que son pire ennemi. La destinée avait un goût d'ironie amère.
– Je suppose que votre sœur n'est pas au courant de vos véritables origines ? questionna l'Immortel.
Le prince resta silencieux. Les deux mains de Nyx étaient sur ses épaules maintenant. Le plus jeune examina le visage du Glaive, à la recherche de choc, de surprise, de dégoût. Il ne trouva rien d'autre qu'une calme détermination. Cor soupira.
– C'est bien ce que je pensais.
– Vous ne pouvez rien dire, répéta Prompto.
– Je vous ai déjà dit que je ne le ferais pas, rétorqua sèchement l'Immortel. Cela ne me servirait à rien.
Cette fois, Prompto leva les yeux pour regarder directement son ennemi au-dessus de la tête de Nyx.
– Alors pourquoi prendre la peine de m'en parler ? cracha-t-il. Si vous ne comptez pas vous en servir pour me faire chanter ?
– Parce que je veux que vous ayez conscience que je connais votre secret, et que je ne vais rien dire. Pas même au roi ou au prince.
Un ricanement désabusé roula dans la gorge du blond.
– Votre parole n'a aucune valeur pour moi.
– Croyez-moi, la vôtre n'en a pas davantage à mes yeux, grinça l'Immortel. Et pourtant, je m'apprête à commettre un acte qui va contre l'ensemble de mes principes.
Sur ces paroles énigmatiques, l'homme s'avança d'un pas. Nyx ne bougea pas d'un iota, servant de bouclier entre les deux ennemis. Prompto se demanda vaguement s'il essayait de protéger son supérieur du prince impérial, ou l'inverse, ou les deux. Son corps tout entier se raidit lorsque l'Immortel rangea son bracelet dans sa veste, avant d'en ressortir cette fois un pistolet à la crosse argentée, finement ouvragée.
Prompto écarquilla les yeux en reconnaissant sans mal son arme. Il ne la quitta pas du regard alors que le Maréchal la prit par le canon et l'offrit à son propriétaire, directement par-dessus l'épaule de Nyx. Prompto resta immobile, même si ses doigts brûlaient d'envie de se saisir de l'arme, de la cacher dans les replis de sa veste.
– Je vous propose un accord, déclara le Maréchal. Si vous promettez de n'utiliser cette arme que pour vous défendre en tout dernier recours si votre vie est menacée, je vous jure que je garderai votre secret pour moi.
Les sourcils du blond se froncèrent. Il jeta un regard méfiant à son propre revolver, puis à son ennemi, immobile comme une statue. Et si c'était un piège ? Si le Maréchal attendait simplement qu'il saisisse sans réfléchir cette occasion de récupérer son arme pour déclarer au roi qu'il n'était pas digne de confiance ? C'était de longues semaines d'efforts et d'une lente collaboration qui seraient ruinées en l'espace de quelques secondes.
– Qu'est-ce qui me garantit que vous tiendrez parole ? demanda le prince.
– Je vous autorise à me tuer si jamais votre secret viendrait à se savoir dans la Citadelle, répondit très sérieusement l'Immortel.
Prompto lui adressa un regard interloqué, et même Nyx haussa les sourcils. Le blond se demanda un instant s'il s'était évanoui après sa crise de panique, et qu'il était en train de délirer. Parce que Cor l'Immortel ne pouvait pas lui offrir la possibilité de le tuer. L'occasion était trop belle pour être vraie. Et pourtant, les 750 grammes de métal lui parurent plus vrais que nature quand il enroula finalement ses doigts autour de la crosse. Le Maréchal ne lâcha pas immédiatement le canon, retenant l'arme au-dessus de l'épaule de Nyx. Le revolver faisait office de lien entre le prince et son ennemi, un lien tordu dont Prompto n'avait jamais voulu et ne voudrait jamais.
– Ulric restera toujours à vos côtés, assura le Maréchal. Mais si votre vie est directement menacée dans les prochaines heures, vous avez le droit de tirer sur vos agresseurs. Que ce soient des personnes armées ou non. Qu'elles portent les couleurs du Lucis ou non.
Le blond sentit les muscles de sa mâchoire se contracter. Régis craignait donc tellement un coup d'état qu'il était prêt à armer Prompto. Sans doute les sénateurs s'étaient-ils opposés à la cérémonie d'allégeance entre leur roi et le prince impérial. Prompto ne serait pas étonné qu'ils cherchent à le capturer pour le proposer comme monnaie d'échange contre Lunafreya. Il récupéra son revolver d'un geste raide lorsque le Maréchal consentit enfin à lâcher le canon.
– Gardez-la hors de vue, ordonna-t-il comme si Prompto était un de ses subalternes. Ne vous en séparez jamais, pas une seule seconde.
Le jeune homme ne répondit que par un bref hochement de tête, serrant son revolver contre sa poitrine. Le contact familier du métal lui procura un sentiment de sécurité qu'il n'avait plus éprouvé depuis son arrivée à Insomnia. Un sentiment d'allégresse aussi, et de puissance. De pouvoir. Prompto Argentum n'était pas un bon soldat, mais c'était un tireur d'élite.
Le Maréchal fixa le jeune homme encore quelques longues secondes sans rien dire, avant de reculer d'un pas.
– Venez Ulric.
Nyx se releva presque à regret, laissant ses mains sur les épaules de Prompto jusqu'à ce qu'il fût obligé de s'éloigner pour suivre son supérieur qui se dirigeait déjà à grandes enjambées vers la porte. Prompto poussa un hoquet surpris quand le Glaive le lâcha, se sentant comme un naufragé qui venait de perdre sa bouée en pleine tempête. Il se raccrocha désespérément à son revolver, au contact froid et rassurant de la crosse entre ses doigts. Il fixait le dos de Nyx et celui du Maréchal, alors qu'ils s'éloignaient. Des cibles vulnérables, faciles. Quelque chose de viscéral et de sauvage s'éveilla en Prompto, quelque chose de violent et instinctif.
Avant même qu'il prenne totalement conscience de son geste, son pouce avait ôté le cran de sécurité de son arme, puis son bras s'étendit jusqu'à ce que son canon s'aligne parfaitement avec le crâne de Cor. Une simple pression sur la gâchette, et c'en était fini de l'Immortel. Une simple pression, et Loqui serait vengé. Une simple pression, et le secret de Prompto serait protégé.
C'était ça le pouvoir, l'allégresse. Prompto pouvait sentir son cœur s'emballer dans sa poitrine, même si son bras resta parfaitement stable.
Au fond, réalisa-t-il alors qu'il détenait littéralement le droit de vie ou de mort sur Cor Léonis, au fond, il n'était pas si différent de Stella. Il était rongé comme elle par la haine. Incapable de passer outre sa rancœur malgré les sages paroles de Régis. Pas quand son corps bouillonnait de colère, de rage à l'état pur.
L'Immortel se trouvait maintenant dans l'encadrement de la porte. Il marqua une pause, le dos toujours tourné au prince et à l'arme pointée vers lui, comme pour lui donner ce qui serait sans nul doute l'unique opportunité de Prompto d'assouvir sa vengeance. Prompto rajusta sa visée de quelques millimètres sans cligner des yeux. S'il avait été le héros d'un de ces livres ou de ces films que Noctis affectionnait, il aurait entendu la voix de sa conscience lui conseiller de baisser son arme, d'abandonner sa rancœur, d'être le vrai héros de cette histoire.
Mais dans la réalité, il n'y avait aucune autre voix que celle de son cœur qui hurlait vengeance. Prompto n'était pas un héros. Il ne le serait jamais.
Et c'est pourquoi son doigt pressa la détente.
Cette fic devient plus longue que prévue. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez (si vous trouvez que l'intrigue avance trop lentement, trop vite, s'il y a trop de personnages ou trop de descriptions, etc ...), ça m'aide beaucoup pour écrire la suite. Merci d'avoir lu ce chapitre :)
