Bonjour/bonsoir, j'espère que vous allez bien malgré le confinement.

Voilà enfin la suite ! Je suis désolée pour les délais de plus en plus longs entre les chapitres. Je les écris au fur et à mesure, et je l'avoue, je travaille lentement.

J'espère que ce chapitre vous plaira.

Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.


Chapitre 14 : Le Roi du Lucis

« Le Cristal désignera le Roi des Rois, Porteur de la Lumière d'Éos. Et il s'élèvera jusqu'à son trône, et il balaiera le Fléau des Étoiles. »

La Prophétie des Rois, Cosmologie Tome I »

Clarus avait quasiment réduit toutes les statues du Sanctuaire en miettes. Seules celles de Bahamut et d'Ifrit et Shiva avaient été épargnées. Le Bouclier était maintenant assis à côté du corps de son fils, fixant le mur en face de lui d'un regard vide. Cela faisait des heures déjà que le roi, son fils et leur escorte avaient trouvé refuge au Sanctuaire. Tellus suivait tant bien que mal la suite des évènements en consultant le site Internet officiel d'Insomnia sur son téléphone. Les cinq rescapés avaient ainsi appris la prise de pouvoir par Livius, Clélia et Drautos, et le chantage qu'ils effectuaient sur l'Empire en servant de Prompto.

Noctis se sentait vide, et complètement vaincu. Il n'avait pas osé approcher Clarus et Gladio, incapable de faire face à la douleur de l'un et au corps sans vie de l'autre. Il n'osait pas non plus croiser le regard hanté de Tellus, et celui démuni de Cor. Personne n'avait la moindre idée ce qu'il fallait faire. Le prince était assis à côté de son père, une main contre sa poitrine pour s'assurer que son père et roi était toujours là, vivant. Á côté de lui, Nyx oscillait entre inconscience et lucidité. Il avait poussé un juron en voyant la vidéo tournée par les révolutionnaires. Noctis n'avait pas pu s'empêcher d'être soulagé de voir Prompto en vie et en bonne santé, même s'il était devenu un otage dont la vie ne tenait certainement plus qu'à un fil.

Le jeune homme poussa un long soupir, étrangement bruyant dans le silence froid et lourd du Sanctuaire. La nuit était tombée, et au lieu des rayons chauds du soleil d'automne, c'était la lune qui déversait sa lumière pâle dans la lucarne circulaire du plafond. Il leva les yeux, croisa le regard de pierre de Bahamut au-dessus de lui. Le Draconéen semblait toiser le roi et le prince du haut de son piédestal. La Prophétie des Rois lui revint immédiatement en tête, et il sentit une colère sourde monter en lui. Qui étaient les Astraux pour décider de la destinée de l'humanité ? Qui était Bahamut pour avoir condamné la lignée de Noctis à un sacrifice ultime ? Noctis aurait voulu saisir son épée et détruire cette statue, renier Bahamut, car ça ne pouvait pas être ça, la solution. Ça ne pouvait pas…

– Noct ?

La voix faible du roi fit tressaillir le jeune homme. Quand il baissa les yeux, ce fut pour croiser le regard fatigué de son père.

– Papa !

Le prince enferma le vieil homme dans une étreinte maladroite, incapable de retenir un élan de soulagement. Il sentit le bras de Régis passer derrière ses épaules et le serrer faiblement. Une odeur persistante de sang émanait du vieux monarque, et lorsque le père et le fils consentirent enfin à se séparer, Noctis constata qu'un nouveau filet de sang coulait de la narine de Régis. Ce dernier n'y prêta aucune attention, le regard rivé sur le prince comme s'il peinait à croire qu'il était vraiment là.

– Tu n'es pas blessé ? demanda-t-il en examinant anxieusement le visage de son fils.

– Nyx m'a protégé, bredouilla Noctis en tentant de contenir ses larmes. On a réussi à échapper aux rebelles grâce à lui.

– Comment vous sentez-vous, Votre Majesté ? demanda Tellus en apparaissant à côté du jeune homme.

Il poussa doucement le prince pour pouvoir examiner le monarque. Réticent à l'idée de s'éloigner de son père ne serait-ce de quelques mètres, Noctis se décala néanmoins à contrecœur.

– Mal, grogna Régis en essayant tout de même de se redresser. Je n'ai plus aucune force… Le Mur… Qu'en est-il du Mur ?

Cor et Tellus l'aidèrent à s'asseoir, adossé contre le piédestal de la statue de Bahamut à côté de Nyx. Le Glaive inclina brièvement la tête en guise de salut, incapable de faire beaucoup plus dans son état.

– Le Mur s'est effondré, annonça sombrement Cor. Et aucun de nous – excepté Noctis – ne peut utiliser de magie depuis.

Régis bascula la tête en arrière et poussa un long soupir fatigué. Ses cheveux et sa barbe brillaient comme de l'argent dans le clair de lune, encadrant son visage usé, plissé par des rides toujours plus nombreuses. Il ne ressemblait même plus au père de Noctis. Il était pareil aux portraits et aux statues des anciens rois de leur lignée. Un sentiment étrange s'insinua en Noctis alors qu'il contemplait cet étrange spectacle, la sensation que son père n'était pas seulement son père ni même seulement le roi du Lucis. Il renvoyait une image intemporelle comme on en voyait sur les peintures et dans les livres d'histoire dépeignant des hommes ayant vécu des siècles auparavant.

C'était étrange de se sentir autant détaché d'une situation dont on vivait chaque seconde comme un drame. Noctis baissa les yeux et tenta de reprendre pied avec la réalité. Aussi vite qu'elle était apparue, la sensation s'évanouit sans plus laisser de trace.

– Je n'ai plus la même connexion avec le Cristal, avoua le roi en tâtant sa poitrine de sa main libre. Le lien qui m'unit à lui est devenu trop ténu. Je ne peux plus me servir de la magie. Et à travers moi, ce sont tous mes Glaives qui en sont aussi privés.

– On s'en était douté, grogna Cor.

– Je suis désolé, dit Régis en regardant ses compagnons.

– Vous avez fait de votre mieux, Majesté, le rassura aussitôt Tellus avec un maigre sourire. L'important, c'est que Noctis et vous soyez sains et saufs.

Á ces mots, le regard de Régis glissa vers les débris des statues éparpillés sur le sol. Au milieu du carnage gisait toujours le corps sans vie de Gladio, veillé par la silhouette affaissée de son père. Clarus n'avait pas bougé même en entendant la voix du roi. Son dos massif était immobile comme celui d'une statue. De temps en temps, ses épaules étaient secouées par quelques brefs soubresauts.

– Clarus…, souffla le vieux roi sans pouvoir retenir les larmes qui coulèrent sur ses joues. Je suis sincèrement désolé…

– Tais-toi, rétorqua le Bouclier d'une voix rauque sans se retourner. Tais-toi, Régis. Je ne veux rien entendre.

Noctis déglutit. La peine et la rage dans la voix de Clarus étaient comme une gifle en plein visage, un rappel douloureux de la réalité. Tout le monde tressaillit – sauf Cor qui se releva et se dressa devant Noctis et Régis – quand l'Amicitia bondit sur ses pieds et s'avança vers les autres hommes. Même dans la pénombre, on ne pouvait pas ignorer l'éclat des sillons humides sur ses joues et ses yeux rougis.

Il s'approcha du roi et désigna le corps de Gladio derrière lui.

– Mon fils est mort. Qu'est-ce que je suis censé faire ?

La question tomba comme une pierre dans le silence. Cor, en dépit de sa stature, était une protection bien fragile pour le roi face au géant de muscles qui se dressait devant eux. Noctis avait l'impression d'être frappé en plein cœur par la douleur qui ravageait le visage de Clarus. Le Bouclier de son père était un homme habituellement rassurant sous ses airs bougons. Aujourd'hui, il paraissait hagard, détruit de l'intérieur.

Le vieux roi resta silencieux. Clarus ne semblait même pas vraiment attendre de réponse.

– On est des Amicitias, reprit-il. Les Boucliers des Rois. J'étais prêt à mourir pour toi, Régis. Pour te protéger. Merde, je savais que ça allait probablement arriver, mais…

Sa voix se brisa. Ses poings se serrèrent. Ses épaules massives tremblèrent juste avant que de nouvelles larmes roulent sur ses joues déjà humides.

– Gladio n'était pas censé mourir, articula-t-il finalement. Pas lui, pas avant moi ! Aucun… Aucun parent ne devrait avoir à enterrer son enfant !

– Je suis désolé, mon ami, répéta Régis dans un murmure.

– Où était Bahamut ? interrogea vivement Clarus sans écouter les vaines paroles de son roi. Où étaient les Astraux quand mon fils est mort ? Où était le Cristal quand sa propre magie a abattu mon garçon ? Où… Où est-ce que moi j'étais, Régis ? Où ?!

Avec son roi, pensa Noctis. Clarus était avec son roi car telle était sa mission. Il aurait sans aucun doute mille fois préféré être auprès de son fils. Être là pour le protéger lui. La culpabilité qui apparut sur le visage du monarque suggéra que des pensées probablement similaires devaient lui traverser l'esprit. Noctis sentit son cœur se fendre en deux. Quel droit les Caelum avaient-ils pour exiger ainsi que les Amicitias se sacrifient pour eux et pas pour les leurs ? C'était une question qu'il ne s'était encore jamais sérieusement posé. Jusqu'à aujourd'hui, Clarus n'avait été que l'imposant garde du corps de son père, et Gladio sont agaçant entraîneur.

Le prince sentit un violent sentiment de révulsion monter en lui. Quelques heures auparavant seulement, il avait rejeté la vérité sur la prophétie des rois, dégoûté par le destin qui l'attendait. Maintenant, il comprenait trop tard qu'il n'était pas le seul à devoir faire des sacrifices. Clarus était lié par le sang à son devoir royal. Le regret qui creusait ses traits et le chagrin qui voilait son regard étaient autant de fardeaux qu'il porterait désormais sur ses épaules. La mort de Gladio resterait gravée dans sa conscience comme une plaie qui ne guérirait jamais. Noctis se sentait malade.

Clarus se couvrit le visage d'une main, cachant les larmes qui s'échappaient de ses paupières rougies.

– J'aurais dû être avec lui… Je donnerai n'importe quoi pour que ce soit moi.

– Ce qui est fait, est fait, Clarus, dit Cor. On ne peut pas revenir en arrière.

Si les paroles étaient cruellement vraies, le ton habituellement intransigeant du Maréchal s'était adouci. L'Amicitia ne répondit rien. Il glissa silencieusement à terre et s'assit sur les dalles de pierres blanches, au milieu des débris des statues.

– Ce qui est fait est fait, répéta Cor en se tournant vers son roi. Et maintenant, Régis ? Que doit-on faire ?

Tout le monde – excepté Clarus – regarda le roi. Noctis sentit sa gorge se nouer. Son père était épuisé, à bouts de forces, et dans une situation désespérée. Régis n'avait pas l'air ni surpris ni même vraiment désemparé. C'était comme s'il avait attendu ce moment, comme s'il s'agissait d'une fatalité à laquelle il ne pourrait pas échapper. Peut-être était-ce parce que toute la vie des rois du Lucis n'était qu'une immense fatalité ?

Le monarque regarda un long moment la silhouette recroquevillée de son Bouclier, les yeux remplis de douleur. Un filet de sang s'échappa de sa narine gauche. Il l'essuya machinalement, avant de pousser un long soupir.

– Je veux parler à Noctis. Seul.

Le prince se figea à côté de son père. Tellus et Cor hochèrent la tête. Ils se levèrent et s'éloignèrent docilement de leur roi, entraînant avec eux Clarus qui était maintenant aussi docile et maniable qu'une marionnette. Nyx amorça un geste pour se lever, mais s'immobilisa quand la main de Régis lui saisit le bras.

– Reste, Ulric. Tu seras notre témoin.

Le Glaive haussa les sourcils de surprise, mais hocha la tête. Noctis se sentait effrayé et perdu.

– Témoin ? répéta-t-il faiblement. Témoin de quoi ?

– De notre conversation, répondit son père. De ce qui va se passer.

– De quoi tu parles ? Qu'est-ce qui va se passer ?

Le visage du roi ne trahissait rien, mais ses yeux regardaient fixement Noctis avec une gravité que le prince n'avait encore jamais vu. Son père avait toujours eu deux facettes à ses yeux : celle de son monarque, et celle de son père. L'une et l'autre se succédaient au gré de la situation, tantôt solennelle tantôt privée. Aujourd'hui cependant, ces deux facettes se superposaient en même temps sur le visage fatigué du vieux roi. Régis était à la fois son père et son souverain en cet instant, et il s'adressait à son fils tout comme au prince héritier.

– Je sais ce que tu as fait, murmura-t-il. Je sais que tu as prêté allégeance à Argentum. Je l'ai senti, quand la magie du Cristal s'est liée à lui.

Il n'y avait aucune trace de reproche sur son visage, ni d'approbation. Il récitait les faits. Engourdi par le choc, effrayé que son père le sache tout en étant conscient que le roi l'aurait su d'une manière ou d'une autre, Noctis se contenta de hocher la tête sans un mot.

– Je ne suis pas en colère, dit Régis. Surpris, mais pas en colère. En vérité, je suis fier.

L'angoisse qui rongeait le jeune homme de l'intérieur se dissipa à cet instant. Mais l'inquiétude demeura malgré les paroles rassurantes du roi.

– Je ne sais pas si tu as pris la bonne décision, reprit ce dernier. Mais je sais que c'est le genre de choix qu'on est prêt à faire quand on est adulte. Quand on est un roi.

– Papa…

Les faibles protestations du prince se turent. Régis avait porté la main à son majeur droit, tâtant l'anneau d'argent qui le ceignait. Nyx les regardait sans dire un mot, même quand le roi ôta le précieux bijou.

– Je n'aurais pas pensé que ça se passerait comme ça, avoua le monarque. C'est moi que les Glaives et les sénateurs ont renversé. Pas toi. Ils ne pourront pas t'empêcher de réclamer le trône, si j'abdique en ta faveur. Mais je regrette de te confier un royaume qui ne tient même plus debout.

– Alors ne me le donne pas, implora Noctis, les yeux brillants de larmes. Je ne suis pas prêt…

La peur s'échappait de ses lèvres avant même qu'il ne puisse la contrôler. Il ne voulait pas recevoir sa succession. Pas maintenant. Pas dans cette situation. Ni dans aucune autre. Il ne voulait pas… Il ne voulait pas être roi ! Son père lui saisit les mains dans une poigne étonnement forte, ancrant le jeune homme à la réalité à laquelle il tentait désespérément d'échapper.

– Ce n'est pas à moi de décider quand tu seras prêt, Noct, dit-il. Ni même aux Astraux. C'est toi, Noct, qui décide d'être prêt. Personne d'autre.

Quelque chose en Noctis se rebella en entendant ces mots. Comment son père pouvait-il le mettre dans une telle situation ? Comment pouvait-il lui confier le trône, alors qu'ils en étaient réduits à se cacher dans le Sanctuaire ? Que Gladio était mort, et qu'Argentum était prisonnier ? Pourquoi Régis lui confiait-il un royaume qui perdait la guerre, un gouvernement qui venait d'être renversé ?

Pourtant la main du prince se referma sur l'anneau du Lucii, que son père glissa contre sa paume. Régis passa son autre main dans les cheveux noirs de son fils.

– Je sais que la situation n'est pas idéale, dit-il. Mais je suis vieux, et fatigué. Je ne peux plus me servir de la magie, je ne suis plus reconnu par mes propres Glaives. J'ai sans doute trop tardé à te passer le flambeau. Tu n'es plus un enfant, et tu as le droit de prendre tes propres décisions.

Des larmes roulaient sur les joues de Noctis. Il retint difficilement un sanglot, épais et rauque, qui resta coincé dans sa gorge.

– Quelles décisions ? demanda-t-il d'une voix cassée. Je connais mon destin. La prophétie…

– La prophétie, le coupa Régis en glissant une main sous son menton pour forcer leurs regards à se croiser, est juste une prophétie. Nous avons tous un destin, Noctis. Mais c'est à nous qu'il appartient de la façon dont nous voulons le vivre. Nous pouvons l'accepter, ou nous pouvons le subir.

Luna disait la même chose. Jusqu'à aujourd'hui, Noctis l'avait admirée sans comprendre le sens de ses paroles. Il l'avait admirée pour sa dévotion et pour son sens du devoir, sans pour autant être prêt à l'accepter lui-même. Il ne s'en sentait toujours pas prêt, mais le choix ne lui était plus donné à présent.

Sans doute l'acceptation se lut-elle sur son visage parsemé de larmes, car Régis sourit. Il glissa ses mains le long de ses tempes et déposa un baiser sur son front. Il se tourna ensuite vers Nyx qui observait la scène sans un mot.

– Sois notre témoin, Nyx Ulric, ordonna-t-il d'une voix grave. Voici le nouveau roi du Lucis. Noctis Lucis Caelum, cent-quatorzième roi du Lucis.

Le cœur de Noctis bondit dans sa poitrine en entendant ses mots. Sa respiration se coupa lorsque Nyx prit la parole d'une voix sonore qui résonna dans le silence du Sanctuaire comme une détonation.

– Longue vie au roi, Noctis Lucis Caelum !

Il se frappa la poitrine, le salut traditionnel accordé aux rois du Lucis. Les mains de Régis retombèrent sur les épaules de Noctis, puis le lâchèrent complètement. Le jeune homme se sentit aussitôt perdu, comme un enfant abandonné par ses parents dans une pièce sombre. Pourtant ses jambes s'activèrent d'elles-mêmes et il se releva lentement, l'anneau du Lucii dans le creux de la main.

Tellus et Cor le regardèrent gravement. Clarus était assis au sol à leurs pieds. Il ne broncha pas, même quand ses compagnons frappèrent leur poitrine du poing et saluèrent leur nouveau roi.

– Longue vie au roi, Noctis Lucis Caelum, répétèrent-ils.

Noctis déglutit, décontenancé en voyant ceux qui avaient toujours été ses mentors le reconnaître comme leur roi. Il ne connaissait pas le protocole à suivre, il ignorait s'il y avait une formule rituelle à suivre. Mais en examinant le visage sombre de ses aînés, il comprit qu'il n'y avait nul besoin de cérémoniel. Ce n'était pas une cérémonie ni un rituel. C'était une passation de pouvoir, c'était le choix de Régis de transmettre la couronne à son fils.

Il avait le cœur lourd et il se sentait terrifié. Son regard s'attarda sur la silhouette recroquevillée de Clarus. Le père de Gladio releva lentement la tête, lui lança un regard inexpressif. Aucune admiration ni aucun ressentiment ne transparaissait sur ses traits ravagés par le chagrin. Il regarda Noctis fixement dans un silence de plomb.

– Longue vie au roi, murmura-t-il finalement.

Puis il détourna brusquement le regard, et frappa sa large poitrine de son poing massif. Le bruit sourd qui en résultat sonna comme un gong aux oreilles de Noctis.

Il était devenu le nouveau roi du Lucis.

OOO

La chancelière Claustra fixait d'un air sinistre l'immense vaisseau impérial qui flottait dans le ciel de sa ville. C'était un engin militaire, pourvu de pas moins de quarante-huit canons, et dont les entrailles étaient certainement remplies de bombes, de soldats et de Magitecks prêts à mettre le monde à feu et à sang. Sa seule présence dans le ciel avait suffi à faire taire les manifestations qui ravageaient Altissia. Quant aux affrontements entre soldats lucisiens et militaires impériaux, ils avaient cessé à l'appel d'une demande de cessez-le-feu lancée par le Niflheim.

Au début, Claustra avait été étonnée que Iedolas ne se contente pas simplement de bombarder l'archipel d'Accordo, qui ne servirait désormais plus rien à ses intérêts maintenant que sa guerre prenait fin. Puis elle avait compris quand, des entrailles de l'immense machine de métal, n'était pas seulement sortie une légion de Magitecks lourdement armés, mais aussi la princesse impériale en personne. C'était une surprise, et pas vraiment de bon augure. Claustra n'avait jamais rencontré la princesse Aurum. L'Empire avait toujours envoyé le Général Ravus pour parlementer avec Accordo.

Claustra fronça les sourcils et se retourna. Deux de ses propres gardes du corps se tenaient dans son bureau, côte-à-côte avec deux Magitecks vers qui ils lançaient des regards nerveux. Assise dans l'un des deux fauteuils placés devant le bureau de la chancelière, la princesse Aurum fixait la vieille dame avec des yeux bleus semblables à deux épées. Elle portait sa tenue d'apparat, l'uniforme militaire impérial blanc ceinturé de rouge. Les manches étaient ornées des insignes d'or réservée au Première Commandante de Niflheim. Ils contrastaient avec le médaillon d'argent suspendu au cou de la jeune femme. C'était là d'ailleurs l'unique bijou porté par la princesse, au contraire de Claustra qui, pour sa part, portait des bagues, des boucles d'oreille et un large collier de perles.

– Je dois avouer, votre Altesse, que votre venue m'intrigue.

Le visage d'Aurum ne trahit aucune autre émotion que celle de la dévorante ambition qui brillait dans ses yeux. Elle inclina légèrement la tête, suivant soigneusement Claustra du regard quand cette dernière retourna s'asseoir à son bureau.

– En quoi cela vous étonne-t-il ? répliqua la jeune femme d'une voix traînante.

Une tasse de café devenu froid trônait sur le bureau de Claustra. La princesse n'y avait pas touché. Elle semblait à la fois aux aguets et étrangement détendue. Elle se comportait comme un chat qui investissait un nouveau territoire. Ce n'était pas très loin de la vérité. Aurum était en position de force, et elle le savait. Si Claustra avait été moins âgée et moins expérimentée, elle en aurait serré les poings de colère, d'être à la merci d'une gamine arrogante qui se croyait maîtresse du monde seulement parce qu'elle était née au sein de la nation la plus belliqueuse et la plus puissante du monde.

Mais Aurum n'était pas qu'une gamine arrogante. C'était un soldat, un chef de guerre, pétrie par la violence et l'ambition. Elle ressemblait à un félin, elle sentait le sang, elle dégageait une aura de violence tranquille, contenue pour le moment. Alors Claustra ne baissa pas sa garde, ne laissa pas sa colère ou sa fierté l'aveugler et fixa son invitée imprévue avec des yeux à la fois prudents et calculateurs.

– Le Lucis ne vient-il pas d'adresser un message à votre père ? demanda-t-elle lentement. Avec votre frère en otage, j'aurais cru que vous vous seriez précipitée à Insomnia.

– Nous sommes en route vers la capitale lucisienne, répondit Aurum dont les yeux étincelèrent d'une vive colère à la simple mention de son frère.

La chancelière nota la réaction de la jeune femme sans la commenter. Elle fronça les sourcils.

– « Nous » ? répéta-t-elle.

– Le Chancelier Izunia m'accompagne pour cette délicate mission de négociation. Il a préféré rester à bord du vaisseau. Vous comprenez, c'était mon idée de venir vous voir. J'ai cru judicieux de faire une halte à Accordo pour mettre certaines choses au clair.

Claustra plissa les yeux. Elle n'aimait pas la tournure que prenait la conversation.

– Et quoi donc ? demanda-t-elle froidement.

– Le nouveau statut d'Accordo sur la scène internationale, répondit Aurum du tac-au-tac. Après tout, vous étiez neutres pendant la guerre. Quel sera votre nouveau statut dans un monde en paix ?

Elle s'était redressée dans son fauteuil. Ses mouvements étaient graciles, contrôlés. Elle ressemblait au chat qui jouait à la souris. Claustra constata qu'à même pas encore vingt-cinq ans, la jeune femme avait un culot monstre. Elle parlait comme quelqu'un qui avait l'habitude d'avoir la main, le contrôle, quelqu'un qui avait l'habitude de menacer et de ne pas être menacée.

Accordo n'était peut-être pas une nation guerrière, ne faisait certainement pas le poids face à Niflheim, mais Claustra ne comptait pas se laisser intimider par une gamine qui aurait pu être sa propre fille. Elle posa les coudes sur son bureau, tourna distraitement une de ses bagues autour de son doigt sans quitter Aurum des yeux.

– Vous parlez comme si vous aviez déjà gagné, observa-t-elle. Jusqu'à preuve du contraire, votre frère est toujours aux mains des révolutionnaires lucisiens.

Elle avait conscience de jouer à un jeu dangereux. On pouvait entendre les rumeurs les plus variées et les plus folles concernant la princesse Aurum – une guerrière acharnée, une commandante impitoyable, une fervente admiratrice de son père, une folle assoiffée de sang et de pouvoir – mais il y en avait une dont Claustra ne doutait pas de la véracité : c'était l'amour qu'elle portait pour l'héritier Argentum. Son frère était tout pour elle, et pas simplement parce qu'il lui permettrait de gouverner après Iedolas. On disait qu'elle était allée chercher elle-même le prince dans les ruines de Lestallum, sous les feux ennemis, pour l'arracher des bras de la mort.

Comme elle s'y était attendue, une nouvelle étincelle brilla dangereusement dans les yeux glacés de la princesse. Ce fut le seul signe trahissant sa colère.

– Je ne crains pas pour la vie du prince, répondit-elle d'un ton catégorique. Il est l'unique raison pour laquelle Insomnia n'a pas encore été réduite en un tas de cendres.

Claustra haussa les sourcils.

– Vous ne pensez donc pas que les lucisiens puissent le tuer ?

– S'ils avaient voulu l'exécuter, ils n'auraient pas pris la peine de m'envoyer leur message. Le Mur s'est effondré, Régis est certainement mort. Ils croient tenir les rênes avec leur petit chantage, mais ils sont aux abois.

Alors pourquoi faire le déplacement jusqu'à Insomnia, se demanda intérieurement Claustra. Si la princesse ne craignait pas pour son frère, pourquoi acceptait-elle de rencontrer les rebelles ? Était-ce à cause de l'étrange secret que Drautos avait découvert et qu'il menaçait de révéler au monde ? La chancelière était tentée de poser la question, mais se ravisa. Aurum avait l'air calme et contrôlé pour le moment, mais elle pourrait rapidement s'énerver. Argentum était un sujet sensible, et Claustra n'avait ni le luxe ni l'envie de lui tirer les vers du nez. Elle avait sa propre nation à protéger.

– Que me voulez-vous ? demanda-t-elle finalement.

Elle détesta le sourire carnassier qui s'étala sur le joli visage de la princesse. Elle avait des traits délicats et presque ingénus, mais arborait une expression digne d'un requin affamé.

– Votre coopération entière et totale, annonça-t-elle sans détour.

– Qu'est-ce qui vous fait croire que vous ne l'avez pas déjà ? rétorqua la chancelière d'une voix rêche. Vous venez armée, accompagnée de bataillons entiers, les canons de vos vaisseaux sont braqués sur ma ville. Si vous le vouliez, vous pourriez envahir Altissia, annexer Accordo.

– Accordo ne m'intéresse pas, asséna la princesse. Je suis à la tête d'un Empire de la taille d'un continent, que voulez-vous que je fasse d'un archipel ? Non, Chancelière. Ce que je veux, c'est vous.

Ses yeux se plantèrent dans ceux de Claustra. La vieille dame resta de marbre, mais elle réfléchissait à toute allure sous son masque impassible. Elle ne comprenait pas les paroles de la princesse, et à vrai dire, l'intensité de son regard l'effrayait un peu. Aurum n'était certainement pas facilement intimidée. Elle paraissait un peu trop sûre d'elle, comme si elle suivait les étapes d'un plan dont elle avait déjà prédit minutieusement chacune des étapes.

– Moi ? répéta la chancelière au bout de longues secondes d'un silence glacial. Que pourrais-je vous apporter, Altesse ?

– Vous savez de quoi je parle, rétorqua aussitôt la jeune femme en secouant la tête, faisant onduler ses longs cheveux blonds. Votre influence, votre réputation. Accordo ne pèse pas lourd sur la scène internationale, mais vous, Chancelière, vous avez une influence importante sur le plan diplomatique. Les gens vous écoutent, les peuples vous respectent. Vous avez accepté d'héberger des lucisens et des impériaux sur votre territoire pendant des années. Je vais gagner cette guerre, mais avec votre soutien, je gagnerais la faveur populaire.

Cette fois, la vieille dame ne put s'empêcher de hausser un sourcil à la fois stupéfait et suspicieux.

– Vous ne manquez pas de culot ! laissa-t-elle échapper. Vous me demandez mon appui pour que l'opinion publique vous soit favorable ? Á vous, alors que votre pays s'acharne à envahir le reste du globe depuis près de trois décennies ?

Elle vit un de ses gardes du corps se décaler subtilement vers l'avant, comme pour refréner un mouvement protecteur envers elle. La tension dans le bureau était monté d'un cran à l'exclamation de la chancelière. Cependant, la princesse resta de marbre, l'air nullement offensé par la colère de son hôtesse.

La jeune femme se contenta de hocher la tête très calmement.

– C'est exactement ce que je vous demande. Niflheim a gagné la guerre. Nous avons récupéré l'Oracle, nous avons Tenebrae. Que peut encore vous proposer le Lucis ? Son roi est mort, et la magie du Cristal est morte avec lui.

– Accordo ne se range avec personne ! rétorqua sèchement Claustra en fusillant son interlocutrice du regard. Nous sommes et nous demeurons neutres, que nous soyons en temps de guerre ou de paix !

– Pourtant il vous faudra choisir, répondit Aurum avec un soupçon d'impatience dans la voix. Si vous n'êtes avec l'Empire, vous êtes contre l'Empire.

Claustra était furieuse, et effrayée malgré elle. La princesse ne bluffait pas, elle en était certaine. L'ombre de son vaisseau planait toujours dans le ciel bleu d'Accordo. Au moindre ordre de la Première Commandante, ses canons feraient feu sur la ville, sur les habitants, qu'ils soient lucisiens ou impériaux, qu'ils soient civils ou militaires. Les mains blanches d'Aurum était mortelles, tâchées de sang.

La chancelière se rencogna dans son fauteuil. Le dossier de cuir ressemblait à un mur auquel elle était acculée.

– Vous parlez de choix, cracha-t-elle entre ses dents serrées. Mais ce que j'entends, c'est un chantage. Si je réponds par la négative, vous bombarderez Altissia.

Pour la première fois depuis son arrivée, un large sourire étira les lèvres de la princesse. Elle se rassit au fond de son siège, croisa les jambes et prit enfin la tasse de café froid qu'elle sirota sans grimacer.

– Bienvenue sur le champ de bataille, Chancelière, susurra-t-elle.

Moins d'une heure plus tard, Accordo publia un communiqué indiquant son soutien indéfectible à l'Empire de Niflheim. Les lucisiens encore présents sur l'archipel abandonnèrent tous l'île comme des rats fuyant un navire en train de couler. Les manifestations cessèrent, et la capitale retrouva un calme qui ressemblait à celui qui précédait la tempête.

Claustra resta rivée devant la fenêtre de son bureau, les yeux fixés sur le lourd vaisseau impérial dans lequel Aurum était remontée, et qui s'éloignait maintenant en direction du Lucis. Ses mains tremblaient sans qu'elle n'arrive à les immobiliser. Elle était furieuse et terrorisée, humiliée et remplie de honte.

Elle avait perdu cette bataille.

Mais elle refusait de perdre la guerre.

OOO

Noctis leva les yeux quand Tellus jura. Malgré la situation, ça avait toujours quelque chose de choquant d'entendre une personne aussi raffinée que Tellus Scientia émettre un juron. Cor et Régis regardèrent leur ami qui pianotait furieusement sur son téléphone portable.

– Accordo vient de se ranger derrière Niflheim, révéla Tellus d'un ton dépité. Apparemment, la chancelière a reçu une visite de la princesse impériale.

– La princesse impériale a quitté Gralea ? questionna Régis en tamponnant le filet de sang qui coulait de sa narine droite.

Il ignora le regard insistant de son fils. Tellus hocha la tête.

– L'Empire a accepté d'envoyer des émissaires à Insomnia pour négocier. La princesse Aurum et le Chancelier Izunia font partie des… négociateurs.

Il grimaça en prononçant le dernier mot. C'était un rappel trop douloureux et trop évident que l'histoire s'écrivait sans eux. Le soleil était levé depuis plusieurs heures, et déversait maintenant sa lumière automnale dans la verrière de la coupole. Les murs blancs du Sanctuaire avaient viré à l'ocre, et même les débris des statues jonchant le sol avaient pris une teinte plus douce. L'endroit semblait terriblement paisible, hors du temps, comme si rien ne s'était passé. Noctis commençait à comprendre pourquoi Luna avait tant aimé se recueillir ici après le sac de Tenebrae. En fermant les yeux, en oubliant ses souvenirs, on pouvait croire que tout n'avait été qu'un mauvais rêve.

– Aurum a réussi à retourner Accordo contre nous, se désola Tellus.

– La chancelière doit penser que le roi est mort, marmonna Cor en croisant les bras. L'Empire aussi d'ailleurs. On peut peut-être tirer ça à notre avantage.

Régis secoua négativement la tête, mais Tellus et Nyx levèrent un regard intéressé vers le Maréchal. Même Clarus, replié près du corps de Gladio, l'observait du coin de l'œil. Cor se redressa en sentant qu'il avait capté l'attention générale.

– On pourrait faire sortir Noctis. En s'y prenant bien, il peut quitter Insomnia sans attirer l'attention, et rejoindre Cap Caem.

– Et après quoi ? s'irrita Tellus. L'ensemble du territoire est sous domination impériale, désormais ! Accordo vient de se ranger derrière la princesse Aurum. Lunafreya est à Tenebrae. Où veux-tu que Sa Majesté aille ?

– C'est toujours mieux que de rester là, à attendre qu'on nous trouve et qu'on nous égorge, s'impatienta Cor.

Noctis se mordit l'intérieur de la joue. Ça lui faisait un choc qu'on parle de lui en disant « Sa Majesté » – le titre habituellement réservé à son père – mais ce qui le dérangeait le plus, c'était la proposition de Cor. L'idée de fuir le révulsait au plus profond de son être. Il était impossible de partir. Noctis, qui avait toujours rêvé d'une vie tranquille, d'une existence ordinaire, s'interdisait même à ce ne serait-ce que penser à cette option. Il ne portait aucune couronne, aucun ornement royal, mais déjà le poids de la royauté pesait lourd sur ses épaules comme sur sa conscience.

Les mots lui échappèrent avant qu'il n'ait pu les retenir.

– Je ne vais pas fuir. Je refuse de quitter Insomnia.

Sa voix était étrangement grave, rauque, comme s'il ne l'avait pas utilisée depuis longtemps. Il se rendit compte, distraitement, que c'était les sanglots ravalés tout au long des heures précédentes qui épaississait sa voix. Il se racla la gorge, énervé, et lança un regard autour de lui. Son père, Cor, Tellus, Nyx et Clarus le fixaient gravement. C'était la première fois que le jeune homme ne voyait aucune trace d'impatience ou de compassion sur le visage de ses mentors. Ils le regardaient avec solennité, avec attention, exactement comme ils regardaient Régis lorsqu'il donnait un ordre, lorsqu'il prenait une décision.

– Que proposes-tu ? demanda justement son père.

Le cœur de Noctis se serra. Ses poings aussi. La réponse à cette question lui apparut, claire comme de l'eau de roche. Il inspira calmement, et regarda Régis droit dans les yeux avant de répondre.

– Je vais sortir d'ici. Et je vais réclamer mon trône à ceux qui me l'ont pris.

Il n'aurait jamais cru vivre le jour où il allait devoir prononcer ces paroles. Elles résonnèrent étrangement en lui, lui pincèrent le cœur mais il n'y avait aucune douleur, aucun regret. Il ressentait quelque chose qui le secouait profondément sans lui faire mal, qui l'effrayait sans le faire douter. Il se sentait étrangement calme en dépit de l'anxiété qui le rongeait de l'intérieur, et même s'il rêvait toujours de fuir – loin de ce pays et de ce monde, loin de cette destinée qu'il ne voulait toujours pas et qu'il n'acceptait pas – le poids de l'anneau du Lucii dans sa poche l'ancrait à la réalité.

Comme il s'y était attendu, son annonce reçut un accueil mitigé. Tellus ouvrait et refermait la bouche sans émettre un son, apparemment à court d'arguments. Nyx avait les sourcils froncés, mais il semblait plus perplexe que foncièrement opposé à ce qu'il venait d'entendre. Clarus demeura impassible. Ce fut Cor qui réagit aussi violemment que s'il avait été du bois sec et Noctis un briquet.

– Tout ce que tu vas réussir à accomplir, c'est te faire tuer ! siffla le Maréchal en s'avançant vers son jeune roi.

– Parce qu'une tentative de fuite désespérée, c'est mieux ? rétorqua Noctis avec une répartie qu'il ne se serait pas soupçonné.

– Mieux que de se jeter dans la gueule du loup, en tout cas. Tu crois que Drautos va t'épargner parce que tu es devenu roi ?

La voix du Maréchal était froide et cruelle. Noctis leva des yeux brillants de colère vers le visage sinistre au-dessus de lui.

– Je me fiche de Drautos et de sa clique ! Je veux récupérer Ignis et Argentum !

Cor haussa les sourcils, comme s'il avait momentanément oublié l'existence du neveu de Tellus et du prince impérial. Puis son visage se rembrunit, et il recula d'un pas. Noctis regarda d'abord son père, puis Clarus, et enfin Tellus. Chacune des trois hommes arboraient une mine où se mêlaient douleur et colère. Du coin de l'œil, le jeune homme aperçut la main de Clarus se refermer autour du poignet de Gladio.

Il savait qu'il venait de frapper une corde sensible. Il s'en servit sans vergogne, fixant Tellus droit dans les yeux.

– Si Ignis est encore en vie, il a dû être pris en otage, exactement comme Argentum, insista-il. Je ne vais pas l'abandonner ni attendre qu'il se fasse tuer.

– Noctis…, soupira Tellus d'une voix brisée. Ce n'est pas aussi simple… Tu ne pourras pas libérer Ignis si tu te fais tuer.

– Vous parlez tous comme si j'allais être exécuté, gronda Noctis. C'est mon père qui a été renversé, pas moi !

Sans laisser le temps aux autres de lui répondre, il fit apparaître son épée dans un tourbillon d'étincelles bleues.

– Mon droit au trône est légitime ! Et j'ai toujours ma magie. Mais je ne vais pas laisser un autre de mes amis, un autre de mes vassaux, se faire tuer sans réagir.

Il regarda le corps sans vie de Gladio. Son cœur se serra. Il n'arrivait pas à croire qu'il n'avait rien senti quand son Bouclier avait été tué. Rien, pas une seule sensation à travers la magie du Cristal. Furieux, il jeta un regard accusateur vers la statue de Bahamut. Il se sentait toujours plus trahi par l'Astral qui était censé être celui dont sa famille était le plus proche. Mais à quoi lui servait sa magie si elle ne lui permettait pas de protéger ceux qu'il aimait, ceux dont il avait la charge ?

Á voir l'expression décomposée de ses mentors, ses paroles n'avaient pas fait mouche. Noctis s'en fichait. Il tourna le dos à Cor et regard la porte du Sanctuaire sans pour autant faire un pas dans sa direction. Il se sentait seul, perdu, incompétent et déconcerté, mais incapable de revenir sur ses paroles. La mort de Gladio était un comme une marque au fer rouge dans son cœur, un réveil douloureux qui lui rappelait que même s'ils étaient protégés par la magie, ses vassaux n'étaient pas invulnérables. Il pouvait perdre chacun d'eux. Il pouvait perdre Luna. Il pouvait perdre tous ceux qu'il aimait.

Plongé dans ses pensées, le jeune homme ne vit pas la large silhouette qui apparut dans son dos. Une lourde main se posa sur son épaule. Clarus le dominait de toute sa taille. Son visage était aussi froid et inexpressif que du granit. Rien ne laissait deviner ce qu'il pensait, pourtant Noctis n'arriva pas à être surpris quand l'Amicitia s'agenouilla devant lui.

– Je te fais serment d'allégeance, annonça-t-il en fixant le jeune roi avec des yeux éteints.

Les mots sonnaient comme un ordre. Ce n'était pas une demande. Les larges doigts de Clarus s'étaient enroulés autour des poignets de Noctis, les enfermant dans une poigne de fer qui ne se libérerait pas tant que le jeune homme ne s'était pas plié à la demande de l'Amicitia. Noctis le regarda sans un mot.

– Partage ta magie avec moi, insista Clarus d'une voix rauque. Fais de moi ton vassal, et je deviendrais ton Bouclier.

– Clarus…

C'était la voix de Tellus, hésitante et choquée. Les mains du géant se serrèrent douloureusement autour des poignets de Noctis et il ne quitta pas le jeune homme des yeux tandis qu'il répliqua :

– Ne m'en empêchez pas ! Noctis est le roi, et le roi a besoin d'un Bouclier.

Noctis n'y croyait pas du tout, malgré la soudaine vague d'émotion qu'il ressentit en voyant Clarus agenouillé devant lui. Ce n'était pas par fidélité qu'il voulait faire serment d'allégeance à son jeune roi. Il voulait simplement récupérer la magie du Cristal, et retrouver ceux qui avaient tué Gladio. Où alors il voulait se lancer tête baissée dans une bataille, n'importe laquelle, en espérant mourir au combat parce qu'il ne parvenait pas à imaginer un futur sans son fils.

Honnêtement, Noctis avait envie de refuser. Clarus était noyé par sa douleur et sa rage. Il ne croyait plus aux Astraux, ne croyait plus en rien. Et pourtant, il était incapable de lui dire non. Quel droit avait-il pour refuser à Clarus de prendre la place de son fils ? Noctis aurait besoin de toute l'aide possible, il le savait. Son père n'était plus en mesure de l'aider, Nyx était blessé et lui aussi incapable de prendre les armes. Tellus allait devoir rester avec eux. Ne restaient plus que Cor, s'il voulait bien le suivre, et Clarus.

La gorge sèche, le jeune homme finit par hocher la tête très lentement. Il tenta d'ignorer l'étincelle de satisfaction enragée qui brilla dans les yeux ambrés de Clarus, et se tourna vers le Maréchal qui les observait, les traits déformés par un rictus furieux.

– Je vais récupérer mon trône, répéta-t-il d'une voix ferme.

Cor le fixa de longues secondes sans bouger, et Noctis crut un terrible moment qu'il allait refuser. Mais le Maréchal poussa un long soupir qui affaissa ses larges épaules. D'une démarche raide, il s'approcha de son jeune roi et le toisa de toute sa hauteur.

– Tu veux risquer ta vie pour sauver Argentum, murmura-t-il. Est-ce que tu lui as rendu son bracelet avant qu'il ne se fasse enlever ? Est-ce que tu sais ce qu'il cache ?

Noctis cligna des yeux, ignorant d'abord de quoi lui parlait l'Immortel, avant de se souvenir du lourd bracelet d'argent de Prompto. Il était toujours dans son Arsenal Fantôme. Noctis l'avait complètement oublié. Il n'avait même pas cherché à le rendre à son homologue avant qu'ils tissent leur lien d'allégeance. Parce qu'il avait vu Prompto perdu et désemparé. Parce que lui-même s'était senti complètement perdu et trahi. Parce qu'il y avait eu plus important qu'un simple bracelet, et d'un quelconque secret qu'il pouvait cacher.

Cela avait-il vraiment de l'importance ? Le regard de Cor était lourd de sous-entendus, porteurs de sombres nouvelles. Vingt-quatre heures plus tôt, ce seul regard aurait suffit à mettre Noctis sur ses gardes, à se poser des questions. Aujourd'hui, il n'arrivait tout simplement pas à se méfier, à douter de sa décision. Prompto était son vassal, son ami. Il avait choisi de faire une alliance avec lui plutôt qu'avec sa propre sœur. Alors peu importait ce que Cor savait.

– Je sais tout ce que je dois savoir sur Argentum, répondit-il sans hésiter.

Il défia l'aîné du regard, et fut honnêtement surpris lorsque Cor hocha la tête sans autre forme de procès, puis posa un genou à terre devant lui.

– Dans ce cas, je serais ton épée, déclara l'Immortel. Donne-moi ta magie, et je combattrai à tes côtés.

Noctis posa une main contre le front de Cor, l'autre contre celui de Clarus. Nyx, Régis et Tellus les observaient sans un mot depuis l'autre côté du Sanctuaire. Ils arboraient tous une mine sinistre et résignée. Comme s'ils étaient persuadés que leur nouveau roi courrait à sa mort, mais qu'ils ne pouvaient rien faire pour l'en empêcher. Fuir, se répéta Noctis, mais fuir où ? Son avenir était ici, et maintenant.

Alors il partagea la magie du Cristal avec Clarus et Cor. Aucun des deux hommes ne saigna ni ne hurla pendant le rituel. Ils se relevèrent immédiatement une fois la cérémonie terminée. Noctis ne put s'empêcher de s'interroger. Pourquoi Prompto avait-il payé un si lourd tribut pour obtenir la magie du Cristal ?

Il secoua la tête et s'efforça d'ignorer ses interrogations. Le moment n'était pas à l'introspection, songea-t-il en regardant Clarus et Cor faire apparaître et disparaître leurs armes dans un tourbillon d'étincelles bleues, tous deux satisfaits de pouvoir à nouveau se servir de la magie.

– J'ose espérer, déclara soudainement Tellus, que vous avez ne serait-ce que le début d'un plan, et que vous ne comptez pas foncer tête baissée ?

Cor et Clarus se tournèrent vers leur jeune roi en haussant les sourcils, inquisiteurs. Noctis secoua la tête en signe d'ignorance et d'impuissance. Foncer tête baissée, ça ressemblait déjà à un plan, non ? Tellus poussa un soupir dépité en voyant l'expression perdue se peindre sur le visage du jeune homme. Mais Régis se racla la gorge, et toutes les têtes se tournèrent vers lui. L'ancien roi essuya le filet de sang de son nez avant de prendre la parole.

– J'ai peut-être une idée…

OOO

« – Comment oses-tu ? » gronda l'orage. Tu introduis les ténèbres dans la lumière, tu souilles notre Étoile !

– Tu le refuse mais la pierre sacrée l'accepte, rétorqua la pluie. Qui es-tu pour décider qui peut porter la lumière et qui peut porter les ténèbres ?

Prompto ouvrait grand les yeux, mais ne voyait rien. Il se sentait flotter dans de l'air épais, comme allongé dans une mer de coton. Une douleur lancinante le traversait des pieds à la tête, lui brûlait les veines et les poumons. Un crochet était accroché dans son corps et tirait. Il avait mal, il avait mal mais n'arrivait pas à crier ni à bouger. Quelque part au-dessus de lui, l'orage et la pluie se disputèrent encore.

– Il a été choisi par le Roi Élu, dit la pluie. Et il a choisi la lumière.

– Il n'est que ténèbres, répliqua l'orage. Et la lumière le détruira. »

Une main se posa sur l'épaule du prince et le secoua rudement. Prompto grogna, avant de s'éveiller dans un hoquet effrayé. Drautos le fixait d'un air sinistre. Derrière lui, la sénatrice Clélia le regardait avec de grands yeux désolés. Elle était accompagnée de Livius, qui semblait peiner à contenir sa joie. Tous trois étaient habillés de leur tenue officielle, et escorté par un impressionnant nombre de soldats lourdement armés.

– Ce n'est pas le moment de dormir, le rabroua le commandant lucisien en forçant son prisonnier à se relever. Votre sœur est en route.

– Quoi ? balbutia Prompto en écarquillant les yeux.

La simple mention de Stella chassa instantanément les dernières traces de sommeil sur son visage. Le dernier souvenir qu'il avait, c'était d'avoir été enfermé sans cérémonie dans une chambre après avoir tourné la vidéo destinée à sa famille. Il ignorait combien de temps avait pu se dérouler depuis le moment où il s'était écroulé de sommeil et son réveil. Clélia lui apporta quelques informations précieuses, prise de pitié pour le jeune homme.

– L'Empire a répondu à notre message, dit-elle. Il a accepté notre demande de cessez-le-feu et envoyé un émissaire à Insomnia pour entamer des négociations.

– Si on avait fait ça dès le départ, la guerre serait finie depuis longtemps, décréta Livius.

Une l'étincelle surexcitée brillait dans ses petits yeux noirs. Il était ravi d'être enfin en position de pouvoir, tout comme il était sûrement ravi que le roi ne soit plus là pour s'opposer à lui. Drautos arbora un sourire patibulaire.

– Je suppose que nous avions un argument de poids pour qu'il soit enclin à nous écouter ? susurra-t-il.

Il serra les poignets du jeune homme dans ses poings. Les bracelets rouges qu'il avait enfilés à Prompto avant le tournage de la vidéo étaient toujours en place. Le prince avait refusé de les enlever, refusé de voir son tatouage et encore moins de le montrer à ses ennemis. Il sentit la peur le ronger de l'intérieur à la simple pensée que Stella puisse découvrir sa véritable identité.

– Vous avez dit que ma sœur venait ? demanda-t-il d'une petite voix en regardant Clélia.

Elle avait beau s'être retournée contre Régis, elle était la seule figure un tant soit peu amicale dans l'entourage de Prompto. En dépit des circonstances, il n'arrivait pas à la considérer comme une mauvaise personne. La sénatrice hocha doucement la tête.

– Elle fait partie des ambassadeurs envoyés à notre rencontre. Elle est accompagnée du Chancelier Izunia.

Les cheveux du prince se hérissèrent sur son crâne en entendant ce nom. Voilà des semaines qu'il n'avait plus côtoyé le Chancelier, et il ne s'en portait pas plus mal. C'était un individu de mauvais augure. Le fait qu'il avait été désigné comme ambassadeur ne présageait rien de bon. Les paroles que Wedge lui avait murmurées avant qu'ils soient interrompus lui revinrent brusquement en mémoire. Stella, Ravus et Aranea, liés par un étrange complot. Stella, fomentant un coup d'état contre Iedolas…

C'était tellement abracadabrantesque que Prompto n'arrivait pas à y croire. Il n'imaginait pas du tout Stella s'élever contre son père. Elle le suivait aveuglément, elle croyait en lui, elle détestait le Lucis… Pourquoi vouloir renverser Iedolas alors qu'il menait une guerre contre le roi de l'Ouest ? Wedge avait affirmé que l'Empereur ne viendrait jamais à Insomnia. Qu'il y avait une raison derrière l'étrange silence de l'Empire depuis sa désertion.

– Mon beau-père..., murmura-t-il. Mon beau-père ne fait pas le déplacement ?

Livius ricana.

– Apparemment, vous n'êtes pas assez important à ses yeux pour qu'il juge utile de quitter son trône. Quand on sait ce que vous êtes, on peut le comprendre.

La pique était grossière, mais pas moins cruelle. Prompto tenta d'ignorer la douleur sourde qu'il ressentit en entendit l'insulte et regarda Clélia. Elle parut sincèrement peinée pour lui.

– Je suis désolée, Altesse. Nous n'avons pas eu de communication directe avec lui. C'est le Chancelier Izunia qui a pris contact avec nous, au nom de l'Empereur.

Prompto déglutit. Ainsi, même le renversement de Régis n'avait pas réussi à sortir Iedolas de son mutisme. Que faisait l'Empereur depuis son départ de Gralea ? Prompto ne comprenait pas. Il avait cru que le silence de Niflheim n'était qu'un moyen détourné de gagner la guerre, que son beau-père espérait renverser Insomnia avant que Prompto n'ait pu faire de véritables dégâts. Peut-être que si le prince avait tout de suite révélé sa véritable identité à Régis et au reste du monde dès le début, il aurait mis fin à la guerre plus vite. La position de Iedolas et Stella aurait été contestée, l'équilibre impérial brisé, la lignée Aldercapt déchue.

Mais que serait-il arrivé à Stella ? Prompto n'aurait pas pu se résoudre à lui voler son héritage légitime. Elle n'avait pas choisi d'avoir un Magiteck pour frère. Elle n'avait pas choisi de perdre sa mère avant qu'elle puisse lui donner un héritier Argentum. Elle aurait vu l'Empire qu'elle s'était juré de protéger se déchirer de l'intérieur. Et Prompto n'aurait de toute façon jamais été capable de révéler par lui-même ses véritables origines au monde. Il n'en avait ni la force ni le courage.

Il se laissa menotter sans un mot par Drautos, puis fut de nouveau escorté jusqu'à la salle du trône. La Citadelle bourdonnait d'agitation. Glaives et sénateurs s'activaient pour préparer la venue imminente des émissaires impériaux. Tous levèrent la tête et lancèrent des regards incrédules ou remplis de dédain au prince impérial sur son passage. Ils oubliaient que c'était parce qu'il était encore là, bien en vie, que les canons de l'Empire ne faisaient pas feu sur Insomnia. Depuis la chute du Mur, et en l'absence d'un roi, Prompto était l'unique garantie de survie des lucisiens.

La salle du trône était grouillante de monde quand ils arrivèrent. Des Glaives armés se déployait pour former ce qui serait probablement le comité d'accueil le moins aimable que Prompto avait vu. Le trône vide dominait la pièce. Le prince impérial le regarda avec un cœur rempli de chagrin. Quelques semaines auparavant, il s'était présenté ici dans l'espoir de fonder une alliance, de mettre fin à la guerre, d'apporter la paix désirée par son peuple. Qu'avait-il réussi à accomplir en fin de compte ? Il n'était plus qu'un vulgaire otage à la solde des lucisiens.

Wedge était là, menotté comme son prince et escorté par Elshett. Son visage anxieux s'illumina en voyant Prompto.

Altesse ! s'écria-t-il.

– Pas de graléen ! l'avertit aussitôt sa geôlière.

– Pas de graléen, confirma Drautos en serrant douloureusement le bras de Prompto. Ni avec votre subordonné ni avec votre sœur. Nous devons comprendre tout ce qu'il se dit.

Prompto hocha la tête. Au même moment, la radio d'Elshett crachota une voix qui déversa un flot de paroles incompréhensibles. Tout le monde se tourna vers la rousse, qui leva un regard déterminé en direction de Drautos.

– Commandant, les émissaires envoyés par l'Empire sont arrivés aux portes de la ville. Le Chancelier Ardyn Izunia et de la Princesse Aurum en personne.

Prompto se sentit défaillir. Il se serait probablement tombé dans les pommes si Drautos ne le maintenait pas d'une poigne de fer sur ses pieds.

– Ils ont bien vérifié qu'il ne s'agisse pas d'une doublure ? demanda-t-il d'un ton factuel.

– Affirmatif. Elle ressemble bien aux portraits officiels. Et elle porte le médaillon d'argent.

Celui du prince impérial sembla lui brûler sur la poitrine. Son cœur s'emballa brusquement et tambourina dans son corps jusqu'à lui en faire trembler les épaules. Drautos le secoua rudement par les épaules.

– Ce n'est pas le moment de vous évanouir, Argentum, gronda-t-il. Qu'on les fasse monter ici, ordonna-t-il ensuite à Elshett. Je veux qu'ils soient désarmés et escortés. Ils ont amené des gardes avec eux ?

– Ils ont laissé leurs soldats dans un campement à quelques kilomètres de la ville, répondit Elshettt après une brève conversation dans sa radio. Le Chancelier n'est pas armé. La princesse refuse de se séparer de son épée.

– Dites-lui qu'elle ne sera pas accueillie si elle ne se conforme pas à nos exigences ! intervint Livius dont la joie jubilatoire cédait déjà la place à une colère intempestive. Nous avons la vie de son frère entre nos mains !

Drautos ouvrit la bouche, mais ce fut Clélia qui prit la parole. Ses yeux étincelaient d'une brusque rage.

– Elle sera encerclée de soldats armés jusqu'aux dents ! répliqua-t-elle d'une voix sèche. Et la Citadelle grouille de soldats à tous les étages. Laissez-lui son arme, par Bahamut ! Que voulez-vous qu'elle puisse accomplir, même si elle tentait de nous attaquer ?

La sénatrice ne savait clairement pas avec qui elle allait bientôt avoir à faire. Stella était une guerrière accomplie, acharnée et surtout impitoyable. Peu importe que devant elle se dresse un ou mille hommes. Elle était capable d'attaquer n'importe qui, même en infériorité numérique, si tant est que sa colère était suffisamment échauffée. Et avec son frère comme otage, Prompto ne doutait pas que la rage de Stella devait être à son paroxysme.

Livius retrouva les lèvres comme un fauve, outré de la colère de sa consœur. Drautos paraissait en revanche partagé. Il inclina la tête avant de finalement trancher :

– Soit. Laissez-lui son arme.

– Quoi ? s'étrangla Livius. Mais…

– Que craignez-vous, sénateur ? l'interrompit le commandant. Elle n'est qu'une seule femme contre une armée entière.

Sa voix dégoulinait de sarcasme et dans ses yeux brillaient une lumière de défi. Il toisait Livius de toute sa hauteur, dominant le petit homme rond qu'était le sénateur de sa carrure d'ours, aux os épais et aux muscles développés. Livius rentra la tête dans les épaules et se tassa sur lui-même, tout autant intimidé par son interlocuteur qu'humilié par ses mots. Il croisa les bras sur sa poitrine et s'enfonça dans un silence buté, ses petits yeux braqués sur les grandes portes de la salle du trône.

Prompto grimaça lorsque son geôlier le poussa rudement devant lui pour prendre place au bas des marches menant au trône, aux côtés de Livius et Clélia. Il se sentait affreusement inutile, incapable de se défendre ou de se dépêtrer de cette situation qu'il n'avait jamais voulue. Il avait déjà tenté de faire appel à la magie du Cristal, mais rien ne s'était produit. Ce qui avait parut tellement facile à Noctis et à Nyx relevait pour lui de l'impossible.

Comment invoquer la magie ? Comment faire apparaître une arme de nulle part ? Noctis lui avait déjà brièvement expliqué le principe de sa magie des semaines auparavant. Ses armes étaient stockées dans son Arsenal Fantôme, une poche à laquelle seuls lui et ses vassaux avaient accès. Prompto était devenu son vassal, mais le savoir lui échappait toujours. Il avait cru que la maîtrise de la magie serait innée une fois connecté à Noctis. Il se trompait lourdement, et le constata une fois encore tandis qu'il essaya de nouveau d'invoquer la magie des rois.

Drautos resserra étroitement les doigts autour de son épaule.

– Tenez-vous tranquille, murmura-t-il alors qu'il gardait les yeux rivés vers les portes. Et faites bonne impression.

Le jeune homme déglutit. Au même moment, les portes de la salle du trône s'ouvrirent dans un grincement sonore. Une poignée de Glaives s'engouffra à l'intérieur, encadrant de très près deux individus qui détonnaient dans le décor, tant par leur démarche altière que par leur tenue, dont l'une était un uniforme blanc ceinturé de rouge. Le regard de Prompto se vissa aussitôt dans celui, glacé, de sa sœur.

Stella était là.


Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu ! Merci de l'avoir lu.

Prenez soin de vous !