Hello, hello, voilà enfin la suite ! Encore toutes mes excuses pour les délais entre les chapitres. J'essaie d'être régulière, je vais peut-être y arriver un jour...

Petite précision géographique nécessaire à la compréhension de l'histoire : Leides est une région du Lucis, située à proximité d'Insomnia.

Gros spoilers sur le jeu dans ce chapitre.

Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.


Chapitre 15 : Révélations

C'était stupide à dire, mais Prompto était honnêtement soulagé de voir Stella en chair et en os après de longues semaines de séparation, d'incertitudes et d'angoisses. L'anxiété ne l'avait pas quitté – elle était là, à lui ronger littéralement les entrailles telle une bête féroce – mais il y avait toujours et il y aurait sans doute toujours une part de Prompto qui serait rassurée par la présence de sa sœur. C'était naïf et dangereux de se croire en sécurité avec elle, alors qu'il avait déserté, qu'il avait trahi son empire, son Empereur, sa propre sœur. Stella avait toutes les raisons du monde de le haïr et de le renier pour sa trahison, de le rejeter comme héritier et comme frère.

Et pourtant, il n'arrivait pas à détacher son regard de sa sœur, ne pouvait s'empêcher d'associer sa silhouette familière à un profond sentiment de sécurité. Stella et Prompto, Prompto et Stella. L'or et l'argent réunis. La tenue blanche ceinturée de rouge de la princesse héritière faisait écho à celle du prince. Ils détonnaient tous les deux dans le décor sombre du hall aux couleurs du Lucis. Le médaillon de Stella brillait à son cou, renvoyant les éclats du bijou en or suspendu à celui de Prompto. Inconsciemment, il amorça un geste vers l'avant, prêt à prendre sa soeur dans ses bras. La poigne de Drautos se referma étroitement autour de son bras, le ramena fermement en arrière.

Une colère froide déforma aussitôt les traits de la princesse. Son regard devint plus acéré que la lame de son épée tandis qu'elle concentra son attention sur les lucisiens encadrant son frère. À côté d'elle, le Chancelier observait la scène comme s'il s'agissait du plus charmant des tableaux, l'air particulièrement amusé. C'était à la fois désolant et prévisible de constater qu'il n'avait pas changé depuis sa dernière discussion avec Prompto, des semaines auparavant.

– Votre Altesse, roucoula-t-il en l'adresse du prince en posant brièvement le genou à terre en signe de salut.

Ce dernier avait la bouche trop sèche pour répondre. Et de toute façon, il doutait qu'il soit en position de parler. Son regard revint vers Stella. Même seule et entourée par des dizaines de Glaives armés tandis qu'elle était seule et n'avait que pour seule escorte Izunia, elle ne paraissait pas impressionnée le moins du monde. Son regard s'attarda sur le trône vide derrière Prompto et ses geôliers, mais elle ne fit aucun commentaire. Ses yeux, froids et aiguisés comme des rasoirs, se posèrent sur Livius, Clélia et Drautos.

– Auquel d'entre vous dois-je m'adresser ?

Sa voix était ferme, tranchante. Elle paraissait complètement en contrôle de la situation, pleine d'une assurance que Prompto n'aurait probablement jamais. Le jeune homme déglutit, espérant contre toute attente que sa sœur le sorte de cette situation. Qu'elle le sauve même s'ils n'étaient pas d'accords, même s'ils étaient tous les deux fondamentalement opposés. Car en dépit de leurs avis divergents et de leurs différences, ils avaient toujours été unis. Unis pour l'Empire, unis contre Iedolas, unis parce qu'ils étaient frère et sœur. Du moins supposément. Prompto sentit sa bouche sèche et son cœur battre de plus en plus fort dans sa poitrine en repensant à la menace de Drautos.

Les lucisiens connaissaient son identité, tous sans exception. Stella était la seule personne présente dans la salle à encore l'ignorer. Pour le moment. Le jeune homme inspira profondément, ignorant la sueur qui coulait dans son dos et s'efforça de rester calme.

– Vous nous parlerez à tous les trois, répondit Livius en faisant un pas en avant, le torse bombé comme à son habitude même si le regard qu'il braquait sur la princesse impériale était teinté d'une inhabituelle étincelle d'incertitude. Nous sommes les nouveaux chefs du gouvernement libre du Lucis.

– Nous sommes prêts à négocier, ajouta Clélia d'une petite voix.

La sénatrice était au moins aussi blême que Prompto. Au contraire de Livius qui s'était avancé devant les impériaux avec une témérité qui lui aurait coûté cher en d'autres circonstances, elle resta prudemment dans l'ombre protectrice de Drautos, jetant des regards de lapereau effrayé à Stella. Cette dernière vissa sur Clélia des yeux glaciaux, un regard de prédateur qui n'hésiterait pas à s'amuser cruellement avec sa proie avant de la manger. L'ombre d'un sourire étira les lèvres de la princesse.

– Vraiment ? C'est en négociant aussi que vous avez destitué le roi Régis ? Vous semblez avoir chèrement payé votre nouvelle place, sénatrice.

Elle fixa l'hématome violacé s'étalant sur la tempe de Clélia, que la lumière pâle du soleil faisait d'autant plus ressortir contre sa peau laiteuse. Clélia ne réussit pas à masquer une grimace. Prompto sentit les doigts de Drautos lui broyer les os des bras alors que le commandant irradiait de colère. Il ravala un gémissement, priant intérieurement Stella de se montrer conciliante pour une fois. De trouver un compromis, d'oublier sa colère ne serait-ce que pour quelques heures.

– Nous avons fait ce que nous avons dû faire pour survivre, murmura Clélia sans regarder la princesse ou le chancelier, presque plus à elle-même qu'aux deux impériaux.

– Effectivement, confirma Izunia avec un sourire tellement large qu'il en était clairement insultant. Maintenant que le roi n'est plus là et que le Mur s'est effondré, vous êtes en bien mauvaise position. J'imagine que vous ne pouvez plus vous servir de la magie du Cristal ?

Il ne reçut en guise de réponse qu'un silence de plomb. Le visage de la princesse resta impassible, mais Prompto pouvait jurer qu'un sourire de requin menaçait d'étirer ses lèvres. Il serra vainement les poings derrière son dos, non pas pour se débattre contre ses menottes mais dans une tentative ratée de faire appel à la magie. Il était lié au Cristal, et pourtant il n'arrivait pas à faire apparaître une arme entre ses doigts. Désespérément, il repensa à la facilité avec laquelle Noctis ou Nyx réussissaient à faire apparaître leur épée. Venant d'eux, le geste paraissait aussi naturel que de sortir un objet de sa poche.

Il se figea en sentant les mains de Drautos se serrer autour de ses avant-bras. Le prince craignit l'espace d'une seconde que le commandant avait deviné ses intentions – ce qui était absurde, il ne savait même pas que Prompto avait fait serment d'allégeance à Noctis – avant de se rendre compte que toute l'attention de Drautos était focalisée sur Stella et Izunia. Il poussa le jeune homme en avant.

– Vous n'êtes pas en position de nous menacer, gronda-t-il. Vous oubliez ce que vous risquez si vous refusez de coopérer.

Le cœur de Prompto rata un battement, avant de se mettre à tambouriner dans sa poitrine à un rythme frénétique. Le prince pouvait littéralement se sentir pâlir sous le regard de Stella et d'Izunia. Ses jambes commencèrent à trembler, et il était persuadé qu'il ne tenait debout que grâce à la poigne de Drautos.

Ce n'était plus un cauchemar, réalisa-t-il non sans hystérie alors que Stella plissait les yeux dans sa direction. Ce n'était plus un mauvais rêve, c'était réel. Stella… Stella était à deux doigts de réaliser qui il était réellement.

– Vous ne savez rien de mon frère, cracha la princesse. Vos menaces ne me font pas peur.

Des larmes de colère, de frustration et de peur s'accumulèrent dans les yeux de Prompto, qui les emprisonna sous ses paupières. Il avait l'impression de planter un couteau dans le cœur de sa sœur par sa simple présence, sa simple existence. La foi inébranlable de Stella, son assurance à toute épreuve qui l'avait autrefois rassuré, aujourd'hui le terrifiait. Elle croyait aveuglément en sa famille. Elle était incapable de penser que son frère et son père lui auraient menti pendant pratiquement vingt ans maintenant.

La vérité allait la détruire, réalisa brusquement Prompto en rouvrant vivement les yeux, les rivant sur le rictus féroce de Stella. Son cœur serait brisé en apprenant, de la bouche de lucisiens qui plus est, la vérité sur sa famille. Sur lui. Elle était une proie horriblement facile pour Drautos en cet instant, et elle ne le savait même pas, toujours aveuglée par le doux mensonge entretenu par Iedolas et Prompto.

– Nous en savons en tout cas plus que vous sur le prince, rétorqua Livius d'un ton rêche.

– Rien de que vous avez soi-disant découvert le concernant ne saurait nous menacer, rétorqua la jeune femme avec aplomb.

Elle avait posé une main sur la garde de son épée. Autour d'elle, les Glaives se tendirent dans un cliquetis métallique. Prompto regardait la scène comme on regardait un accident de voiture. Il voyait la collision arriver, redoutait le choc terrible à venir, sans pour autant pouvoir l'empêcher de se produire. C'était insupportable. Son impuissance. Sa faiblesse.

Il faillit perdre l'équilibre lorsque Drautos le poussa sans prévenir. Seule la grande main du commandant cramponnée autour de son coude l'empêcha de finir face contre terre. Il sentit l'autre main de son geôlier manipuler ses menottes, puis un des bracelets de métal s'ouvrit dans un cliquetis discret. Avant même que le jeune homme n'ait l'idée de faire le moindre geste, n'importe quoi pour se défendre, Drautos avait emprisonné son bras droit dans une poigne de fer et le leva au-dessus de sa tête, le montrant au Chancelier et à l'héritière impériale.

– Rien du tout ? nargua le commandant. Pas même ses véritables origines ?

Stella ne répondit rien, la mâchoire serrée, les muscles tendus, son regard lançant des éclairs en direction de Drautos. Le silence qui planait dans la salle du trône ressemblait à celui qui planait sur un champ de bataille, juste avant que les deux armés ne s'entretuent. Quand bien même elle se retrouvait seule au milieu de ses ennemis, la princesse héritière trouvait encore moyen de dégager une aura suffisamment dangereuse pour que les soldats lucisiens soient sur le qui-vive. Pourquoi n'avait-elle pas peur, se demanda le prince avec un mélange d'horreur et de colère. Pourquoi, pour une seule fois dans sa vie, son aînée ne pouvait-elle pas tout simplement abandonner la confrontation ?

Clélia semblait penser la même chose, car elle fit un minuscule pas en avant et jeta un regard presque suppliant à la princesse.

– Votre Altesse, je vous en conjure. Nous ne voulons plus nous battre. Vous êtes venue ici pour négocier un traité de paix. Alors discutons.

Un étrange sourire flotta sur le visage du Chancelier à ces paroles. Il paraissait bien trop joyeux, et ça ne présageait rien de bon.

– Je pense que vous vous êtes peut-être mépris sur les véritables intentions de la Princesse Aurum, déclara-t-il de sa voix doucereuse.

Les doigts de Drautos broyèrent tellement le bras de Prompto, qui était certain qu'il allait avoir un bleu impressionnant. Clélia avait l'air d'une petite souris terrorisée, et Livius semblait hésiter entre crainte et colère, le visage déformé par un masque de fureur. Les Glaives encerclant les impériaux ressemblaient à une grosse masse nerveuse, empestant la peur et la colère. Beaucoup lançaient des regards incertains vers leurs nouveaux chefs, conscients que la situation était déjà en train de leur échapper.

– Vous n'êtes pas venus ici pour négocier ? grinça Livius au bout de quelques secondes.

– Bien sûr que si, répondit Stella dont l'air amusé ne présageait vraiment rien de bon. Nous allons négocier les conditions de votre complète capitulation. Mieux encore, vous allez me donner les raisons pour lesquelles je devrais vous épargner une fois qu'Insomnia sera tombée.

Un seau d'eau glacée lancé en pleine figure n'aurait pas eu pire effet. Á peine les mots de la princesse eurent-il quitté sa bouche que des cris indignés fusèrent dans la salle. Plusieurs Glaives s'avancèrent vers la princesse en brandissant leurs armes. Terrorisé, Prompto s'élança inutilement en avant, n'enregistrant qu'à peine la douleur de son épaule lorsque Drautos le ramena brutalement vers lui.

Fidèle à lui-même, Izunia se contenta de lever innocemment les mains, ouvrant de grands yeux l'air faussement surpris par la tournure de la situation. Stella n'avait pas bronché, bien que la main posée sur la poignée ouvragée de son épée se soit crispée. Elle ignora totalement les guerriers qui la menaçaient, focalisant toute son attention sur les expressions estomaquées et outrées des deux sénateurs et du commandant lucisien.

– Vous bluffez, gronda ce dernier.

– Je n'en serai pas si certain à votre place, chantonna le Chancelier en dansant d'un pied sur l'autre, les mains encore levées.

Il leva la tête et ses yeux mordorés croisèrent ceux de son prince. Le jeune homme se figea lorsqu'Izunia lui adressa un sourire presque complice. Il risqua un regard vers Wedge, oublié dans un recoin de la salle du trône, escorté par Elshett. Le mercenaire était pâle et se mâchonnait la lèvre inférieure avec anxiété. Il savait quelque chose, Prompto en était persuadé. Ils savaient tous quelque chose – Wedge, Izunia, Stella – que Prompto et les lucisiens ignoraient. La gorge du prince se noua à cette pensée.

– J'ai une armée entière, prête à faire feu sur la ville sur mon ordre, déclara Stella d'une voix froide.

– Nous connaissons le secret du Prince Argentum ! rugit aussitôt Livius. Un secret qui suffirait à le délégitimer, à faire renverser votre père et à vous priver de votre futur règne !

Prompto pouvait sentir de la sueur glacée se tisser sur son front. Des papillons blancs dansèrent devant ses yeux, et il se demanda un moment s'il n'allait pas perdre connaissance pour de bon. Apparemment, Stella ne fut pas aussi ébranlée que son cadet par la menace. Elle cilla à peine, toujours persuadée d'avoir raison, de n'avoir rien à craindre – parce que Stella Aurum Aldercapt ne ressentait jamais la peur, ne souffrait jamais du doute – et fixa Livius de son regard de tueuse.

– Ce qui me donne une raison de plus de vous éliminer, répliqua-t-elle. Apparemment, toutes les personnes présentes ici connaissent le soi-disant secret de mon frère.

– Je doute que vos soldats soient assez rapides pour empêcher nos agents de tout divulguer sur Internet, contra Clélia d'une voix tremblante. Si vous donnez l'ordre de faire feu, nous donnerons l'ordre de tout révéler. Et peu importe que vous gagniez la guerre après ça. Votre propre gouvernement sera destitué. Votre peuple refusera de vous suivre.

La princesse haussa les épaules avec dédain.

– Mon peuple aime mon frère. Il se fiche d'où il vient, tout comme moi. Il est le prince Argentum avant d'être un enfant illégitime.

Ça y est, pensa Prompto en se sentant dangereusement tanguer. Stella venait de tendre le bâton pour se faire battre, où plutôt le bouton de la bombe qui allait faire voler en éclats sa vision de la vérité. Les yeux de Livius s'illuminèrent d'une étincelle machiavélique.

– Un enfant illégitime ? ricana-t-il. Ce n'est rien à côté de ce qu'est véritablement votre frère, princesse Aurum. Votre père vous a menti toute votre vie, à vous et à votre peuple, sur la véritable origine de cet individu qui se fait passer pour un prince.

Le commandant lucisien serra le bras droit de Prompto dans son poing, levant l'autre main pour désigner le bracelet rouge autour de son poignet.

– Dernière chance, Aurum, lança-t-il, abandonnant les simagrées de l'étiquette royale et impériale. Vous acceptez de négocier, ou vous perdez toute légitimité à votre trône.

Prompto lança un regard implorant à Stella. Accepte, accepte, accepte, supplia-t-il sans pouvoir remuer les lèvres, sans pouvoir sortir les mots de sa gorge noueuse. Mais le visage de sa sœur était intransigeant, sa bouche formant une ligne étroite, ses yeux plissés et remplis de défi. Elle ne cèderait pas. Elle ne plierait pas. Elle préférait faire face à une vérité qui la détruirait plutôt que de ployer l'échine, d'oublier sa colère et d'accepter un compromis.

Drautos comprit lui aussi les intentions de la princesse sans qu'elle n'ait à l'exprimer de vive voix.

– Comme il vous plaira, dit-il après quelques secondes d'un silence qui sembla durer bien plus longtemps.

Sa main libre agrippa le bracelet, et cette fois, Prompto ne réussit pas à contenir un mouvement de recul. Drautos se contenta de glisser un bras épais conte la gorge de son captif pour l'immobiliser contre lui, tandis que son autre main jeta le bracelet rouge au sol. Il saisit le bras de son otage, et montra dans la lumière le tatouage, reconnaissable entre mille pour les impériaux, à la vue de tous et surtout de Stella.

Un sanglot s'échappa de la gorge de Prompto, rauque et sonore. Seule sa complainte, remplie d'agonie, rompit le silence de plomb dans la salle du trône. Des larmes de douleur et de rage s'échappaient en rigole sur ses joues, et il refusa d'ouvrir les yeux, refusa de ne serait-ce qu'apercevoir l'expression sur le visage de Stella. La réalisation sur ses traits, la compréhension dans ses yeux, la trahison et le rejet et l'horreur de ce qu'elle avait en face d'elle. L'horreur du monstre qui était en vérité son frère, l'horreur de ce que son propre père avait fait pour garantir son règne.

– Votre frère, cracha la voix de Livius quelque part devant Prompto, n'est rien de plus qu'un vulgaire Magiteck. Il n'est pas le fils de votre mère. Il n'est même pas humain !

Prompto voulait que le sol se coupe en deux et l'engloutisse. Il voulait disparaître, oublier. Il aurait voulu ne pas être né, ne pas avoir participé à cette mascarade qu'était sa vie toute entière. Il aurait voulu ne jamais avoir menti à Stella. Il aurait voulu…

Un cri de crécelle força le jeune homme à rouvrir les yeux par instinct. Un paysage brouillé par les larmes lui apparut, mais il n'avait pas besoin de voir nettement pour reconnaître la silhouette vêtue de blanc se dressant soudain à quelques mètres de lui. Stella avait littéralement bondi par-dessus le rang de Glaives qui l'encerclait et tenait maintenant Livius en joue, le tranchant de son épée chatouillant la carotide vulnérable du sénateur. Ce dernier avait poussé le cri avant de basculer en arrière. Il était allongé de tout son long au sol, face à la princesse impériale qui se dressait telle la Mort en personne au-dessus de lui.

Clélia avait bondi en arrière, derrière l'ombre protectrice de Drautos, lequel avait dégainé lâché le bras de Prompto pour dégainer son poignard et le plaquer contre la gorge du prince, se servant de son otage comme d'un bouclier. Mais Stella ne les regardait même pas. Ses yeux, brillants comme deux braises, lançaient de véritables éclairs à Livius.

– N'insultez plus jamais mon frère, siffla-t-elle au sénateur terrifié. Il a plus d'humanité que vous n'en aurez jamais, espèce de cloporte !

– Il est sorti d'un laboratoire, réfuta Drautos sans baisser son poignard. Votre mère n'a jamais eu de deuxième enfant. L'équilibre impérial sur lequel repose le règne de votre père n'existe pas. Vous n'avez pas de frère.

Prompto fixait Stella avec incrédulité. C'était comme si sa sœur n'avait pas réalisé l'étendue de ce qu'elle venait de découvrir. Comme si elle n'appréhendait pas la signification du tatouage – du code-barres, vraiment – ornant le poignet pâle de son frère, ou celui qui se faisait passer pour son frère. Pourtant, elle mieux que quiconque devrait savoir. Devrait comprendre. Les paroles de Drautos et Livius faisaient mal, atrocement mal, parce qu'elles étaient vraies. Prompto n'était pas né pour régner. Il n'avait aucun lien avec l'Impératrice Maxima pas plus qu'il n'en avait avec Stella. Il était le secret de Iedolas, l'imposture d'un règne qui n'aurait pas dû exister selon les règles ancestrales de l'équilibre impérial.

Mais la princesse leva les yeux vers Drautos et Clélia, vers Prompto et son expression n'avait pas changé. La colère déformait toujours ses traits, mais il n'y avait aucune trace de dégoût, de trahison, ni même de déni. La résolution dans ses yeux d'acier n'était même pas ébréchée.

– Je le savais déjà, dit-elle, et elle semblait plus s'adresser à Prompto qu'aux lucisiens. Petit frère, je le savais déjà. Je sais tout. Et ça ne change rien, tu m'entends ? Ça ne change rien ! Je te reconnaîtrais officiellement devant notre peuple s'il le faut pour qu'il t'accepte. D'où que tu viennes, tu es et tu restes mon frère, le prince Argentum, protecteur du peuple impérial. L'or et l'argent, pour toujours.

Prompto se figea, le visage strié de larmes mais les yeux grands ouverts par la stupeur. Il avait craint pour Stella, avait redouté que la vérité sur ses origines ne la brise littéralement, ne la réduise en un amas de rage et de déni, de douleur et d'incompréhension. Mais Stella était un roc, et par Prompto ne savait quel moyen, elle était déjà au courant. Elle ne regardait même pas son tatouage, elle s'en fichait. Elle fixait son cadet dans les yeux, et rien dans son regard n'avait changé. Il reflétait la même affection féroce, la même confiance, la même chaleur. Rien n'avait changé.

Le jeune homme bascula la tête en arrière, sur l'épaule de Drautos dont l'importance avait soudain diminué, rien de plus qu'un mur contre lequel il s'appuyait pour tenir debout. C'était lui qui était brisé, réduit en morceaux par les paroles de Stella. Une multitude de questions tambourina dans son esprit – depuis quand ? Comment ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi, Stella ? – mais il les ignora toutes, parce qu'il réalisait que Stella venait de l'accepter.

L'accepter. Lui, Prompto Argentum Aldercapt, fils de personne, un monstre qui était devenu le frère de la princesse impériale. Quelque chose se brisa en lui, et l'espace d'un instant, il se crut revenu à l'instant où il avait été noyé dans la magie du Cristal, la main de Noctis sur son front, l'orage et la pluie tonnant à ses oreilles, et le crochet planté dans son cœur, qui tirait et qui tirait jusqu'à l'extraire de sa poitrine…

Un hurlement résonna dans la salle du trône, et Prompto comprenait qu'il s'agissait du sien seulement parce qu'il sentait l'air vider ses poumons et vibrer dans sa gorge. Il se sentait brûler de l'intérieur, son sang était devenu de la lave, non, de la magie et le Cristal vibrait en lui, puissant et imposant et Prompto ne voyait plus rien et ne ressentait plus rien si ce n'était la cette force brûlante, vibrante, qui courait sous sa peau.

Des exclamations fusèrent autour de lui. Le bras de Drautos disparut de sa gorge, et le prince se retrouva soudain seul, et surtout libre. Il écarquilla les yeux, chassant de ses cils les larmes – rouges ? Du sang ? – qui s'y étaient accrochées. Le visage interloqué de Stella lui faisait face, ainsi que la figure horrifiée de Livius qui s'était ratatiné sur le sol comme pour essayer d'y disparaître. Le prince prit une inspiration fragile, les narines chargées de l'odeur métallique du sang et tressaillit en sentant la brûlure cuisante sous sa chair s'estomper en une vague de chaleur plus diffuse, presque agréable.

Le poids froid et familier de son pistolet dans sa main le choqua. Il arracha son regard de sa sœur et tourna la tête pour voir son arme se matérialiser entre ses doigts dans un tourbillon d'étincelles bleues.

OOO

« Les Étoiles confièrent Éos aux Astraux pour que les divinités veillent sur l'humanité. L'aîné, Bahamut, était le plus sage d'entre eux. La puînée, Shiva, était amoureuse du troisième, Ifrit. La quatrième, Léviathan, était la plus impulsive et le plus impétueuse. Le cadet, Ramuh, était le plus raisonné, avide de savoir. Le benjamin, Titan, était le plus silencieux et ne se mêlait jamais des disputes de ses aînés.

Le Commencement, Cosmologie, texte apocryphe »

Régis venait peut-être de céder sa couronne à son fils unique et seul héritier – son annulaire était étrangement nu, léger – mais il comptait bien aider Noctis du mieux qu'il pouvait. Ajouter sa propre pierre à l'édifice que serait le règne de son successeur. Il n'aurait jamais cru vivre assez longtemps pour voir ce jour – il avait toujours redouté cet instant, redouté le jour où son fils devrait embrasser sa destinée – et il voulait l'aider du mieux qu'il pouvait. Noctis était le Roi Élu, mais il ne connaissait pas encore tous les secrets entourant sa lignée.

Le vieil homme insista pour se relever. Depuis que le Mur s'était effondré, la douleur qu'il ressentait constamment s'était estompée, mais n'avait pas disparu pour autant. Cor et Tellus l'aidèrent à se percher sur ses jambes faibles et tremblantes. Il se serait probablement effondré si les deux hommes ne le maintenaient pas fermement, chacun par une épaule. Il s'appuya lourdement sur eux pour clopiner jusqu'au milieu du Sanctuaire, où se tenait Noctis. Son fils contemplait la statue d'Ifrit et Shiva d'un air circonspect.

– C'est ça ton idée ? demanda-t-il à son père une fois que ce dernier soit arrivé à sa hauteur. Demander de l'aide aux Astraux ?

Sa voix oscillait entre sarcasme et désarroi. Il n'avait jamais été un grand adepte de la Cosmologie après tout. Á ses yeux, les Astraux s'apparentaient davantage à des figures mythologiques qu'à de véritables êtres. Il était conscient de leur existence sans vraiment l'appréhender, leur attribuant le même rôle qu'au vent : il le sentait souffler, mais ça ne restait qu'une sorte d'hypothèse. Rien de concret, rien de réellement vivant. Seule l'existence de Bahamut lui paraissait plus ou moins concrète, par l'intermédiaire de la magie du Cristal, bien qu'il n'ait jamais vu l'Astral face-à-face.

– C'est un pari risqué, soupira le vieux roi. mais c'est sans doute notre meilleure chance. Si tu veux récupérer le trône, tu auras besoin d'aide. Les Astraux peuvent lier un serment avec toi, et te prêter leur force.

– Tu en parles comme si tu pouvais les faire apparaître ici en claquant des doigts, observa le jeune roi d'une voix hésitante.

Il lançait maintenant des regards méfiants vers la statue d'Ifrit et Shiva, redoutant peut-être de les voir brusquement prendre vie et lui sauter dessus. Régis sourit malgré lui – et malgré la situation – avant de glisser le bras autour des épaules de Noctis. Il avait cédé la couronne à son héritier, mais il était toujours un père.

– Ils sont bien plus proches que tu ne le crois, murmura-t-il.

– C'est-à-dire ?

Le vieil homme secoua la tête d'un air énigmatique.

– Dis-moi, Noct, ne t'es-tu jamais demandé pourquoi Shiva et Ifrit sont les seules divinités à avoir été représentées ensemble ? demanda-t-il en guise de réponse.

Noctis fronça les sourcils au brusque changement de sujet, mais après un regard insistant de son père, il soupira.

– Non. Enfin, je crois que Luna m'a parlé d'une histoire d'amour entre eux, mais je ne m'en souviens pas vraiment.

Régis s'en était douté. Son fils adorait la compagnie de Luna, mais il n'avait pas toujours prêté beaucoup d'attention à tout ce qu'avait pu lui raconter la jeune Oracle.

– L'histoire d'Ifrit et Shiva est un mythe qu'on a oublié au fil des siècles. Plus personne ne se demande aujourd'hui pourquoi Shiva, la Glacéenne protectrice de Niflheim, est tombée amoureuse d'Ifrit, l'Infernien, prince de Leides. Le feu et la glace, enlacés l'un à l'autre. C'est contradictoire, tu ne trouves pas ?

– Attends, Ifrit était l'Astral de Leides ? répéta le tout jeune roi en se tournant vers son père. Mais c'est une région du Lucis… C'est là où se trouve le Mont Ravatogh.

Régis hocha la tête sans un mot. Il pouvait presque voir les rouages tourner furieusement sous l'épaisse chevelure de Noctis. La Cosmologie, songea-t-il distraitement, était devenue un sujet bien trop secondaire à leur époque. Beaucoup la prenait aujourd'hui pour des histoires pour enfants, basée sur l'imaginaire collectif. Pourtant, les légendes recélaient d'informations sur leur propre époque, sur leur passé et sur leur futur.

– Je sais à quoi tu penses, dit le vieux roi après quelques secondes de silence. Ifrit était l'Astral protecteur de notre continent dans les temps immémoriaux, bien avant que le Cristal ne soit confié au premier roi de notre lignée par Bahamut. En vérité, les toutes premières cartes établie de notre monde font état non pas de deux continents comme aujourd'hui, mais d'un unique continent au milieu de l'océan. D'après les légendes de la Cosmologie, le monde était uni en un seul et même peuple, et les Astraux veillaient ensemble sur l'humanité.

– Luna ne m'a jamais parlé de ça…, murmura Noctis. Je n'en ai pas non plus entendu parler pendant mes cours de Cosmologie.

Il coula un regard vers ancien précepteur. Tellus se pinça les lèvres, l'air contrit.

– Ce sont de très vieilles légendes, Votre Majesté. Elles remontent même avant l'apparition de votre lignée et de celle de l'Oracle. Toutes les sources d'informations datant d'avant la naissance du premier roi du Lucis et de la première reine de Tenebrae sont davantage considérées comme des mythes plutôt que comme de véritables informations historiques. C'est d'ailleurs pourquoi l'existence physiques des Astraux reste très hypothétique dans l'opinion populaire.

Noctis tiqua à son nouveau titre, mais ne le releva pas.

– Ifrit et Shiva sont tombés amoureux à cette époque-là ? demanda-il à la place. Avant que le monde ne soit… coupé en deux ?

– En fait, il a été coupé en deux à cause d'eux, précisa Régis. Vois-tu, les anciennes légendes font état d'une dispute violente entre Ifrit et Bahamut, et ils étaient irréconciliables. Incapables de trouver un compromis, ils demandèrent à Shiva de trancher. Contre toute attente, elle décida de se ranger du côté de Bahamut au lieu de prendre le parti de son amant. Cela aurait rendu Ifrit fou de rage, et il aurait déclenché le premier cataclysme recensé par l'humanité. De très vieux textes font état d'irruptions volcaniques à répétitions et de tremblements de terre dévastateurs. Des milliers de gens auraient péri.

Clarus émit un grognement sourd. Régis sentit son cœur se serrer douloureusement et ferma les yeux. Noctis lança un regard à son nouveau Bouclier, ses yeux bleus inhabituellement ternes, avant de reporter son attention sur son père. Il paraissait impatient – se demandant certainement pourquoi le vieil homme prenait la peine de lui raconter l'histoire d'un ancien mythe oublié en un instant pareil – mais en même temps attentif.

– La colère d'Ifrit ne se calmait pas, reprit Régis malgré sa gorge nouée. Pour sauver ce qui restait de l'humanité, Bahamut a coupé la terre en deux. Un morceau a dérivé à l'Ouest, et c'est devenu le continent de Niflheim. Le deuxième morceau a dérivé à l'Est, donnant le continent du Lucis. Les légendes précisent même que l'archipel d'Accordo se serait formé à partir des fragments de la fissure taillée par Bahamut, et resta au centre de l'océan.

– Toutes ces légendes, elles remontent avant l'époque du premier roi du Lucis ? interrogea Noctis.

– Bien avant sa naissance, oui, confirma son père. Le reste de l'histoire, tu la connais déjà. Les Astraux se sont partagés le monde pour le protéger. Bahamut demanda à chacun d'eux de choisir un territoire. Pour éviter un nouveau conflit, il imposa à Ifrit et Shiva que l'océan les sépare. Shiva choisit le Niflheim, et Ifrit choisit le Lucis. L'Hydréenne, Léviathan, fut la seule Astrale à s'établir dans l'océan. Elle se serait servie de son propre corps comme d'une barrière pour séparer Ifrit et Shiva définitivement.

– Il s'agirait de la dorsale méridienne océanienne *, ajouta Tellus à l'attention de son nouveau roi. La chaîne de volcans sous-marins qui traverse l'océan du nord au sud.

Noctis amorça un hochement de tête, mais fut interrompu par le poids de son père qui s'alourdissait contre lui. Épuisées, les faibles jambes de Régis cédaient lentement sous lui. Le vieil homme haletait de douleur et de fatigue. Cor s'avança aussitôt pour aider le jeune homme à escorter son père jusqu'au piédestal de la statue d'Ifrit et Shiva, loin des débris tranchants de pierre éparpillés sur le sol dallé. Ensemble, ils aidèrent le vieux roi à s'asseoir, adossé contre le pied de la statue.

– Pourquoi m'avoir raconté tout ça ? demanda Noctis, agenouillé à côté de son père. Quel rapport avec nous ?

– Tout, soupira Régis en massant ses tempes pour apaiser un début de migraine. Tu te rappelles de ce que t'as raconté Argentum sur son pays ? Historiquement, Niflheim vouait un culte à Shiva, sa déesse protectrice. Alors pourquoi ici, au Lucis, nous ne vouons aucun culte à Ifrit, puisqu'il est l'Astral protecteur de notre continent ?

– Parce que nous avons Bahamut.

Le jeune homme désigna la statue du Draconéen faisant face à celle d'Ifrit et Shiva. Son père hocha la tête.

– Exactement. Bahamut a supplanté Ifrit, par l'intermédiaire de notre lignée. Nous avons directement accès à la magie du Cristal grâce à lui. Tu dois comprendre que notre famille et celle de Lunafreya n'existent que par la volonté de Bahamut. Elles n'ont été désignées que pour la finalité de la Prophétie des rois : éradiquer le Fléau des Étoiles. Mais ça ne veut pas dire que le monde n'a pas existé avant le premier roi du Lucis et la première reine de Tenebrae. Il y avait des royaumes sur Éos avant l'apparition du Fléau. Le Niflheim en est la preuve vivante.

– C'est vrai qu'Argentum m'a dit qu'une légende de Niflheim prétend que le système de l'équilibre impérial a été instauré par Shiva elle-même, marmonna Noctis. Que c'est elle qui a choisi le premier Empereur. Si on suit cette logique, ça voudrait dire qu'Ifrit aurait pu désigner la famille royale du Lucis ? Je veux dire, avant la nôtre ?

Régis sentait les regards brûlants des quatre autres hommes, braqués sur lui. C'était la première fois qu'il parlait des anciennes légendes à autre que Lunafreya. Clarus, Tellus et Cor n'avaient jamais entendu parler de l'ancienne légende d'Ifrit, et encore moins Nyx. Il s'efforça de ne porter son attention que sur son fils, qui rassemblait lentement les pièces de cet immense puzzle.

– C'est une hypothèse, admit-il. Lunafreya, et sa mère avant elle, a beaucoup réfléchi à la question. Le problème, c'est qu'Ifrit a littéralement disparu de la surface d'Éos depuis des siècles. Il n'y a aucune trace de lui, pas même une stèle, et plus personne ne lui voue le moindre culte. On ignore s'il avait désigné un monarque avant que Bahamut ne choisisse le premier Caelum. On ignore même s'il est encore vivant.

Son fils encaissa l'information silencieusement. Il paraissait presque mieux encaisser le choc que lorsque Régis lui avait révélé la vérité sur la Prophétie des Rois. Pourtant, ses yeux bleus lui parurent voilés lorsqu'il regarda son père.

– Est-ce… Est-ce que ça veut dire qu'on est imposteurs ? souffla-t-il. Luna et moi ? Nos deux familles ?

Régis s'humecta les lèvres, se sentant plus épuisé que jamais. La peur qu'il entendait dans la voix de son fils, lui aussi l'avait ressenti. Pourtant, une profonde conviction, ancrée en lui, le poussa à secouer lentement la tête de droite à gauche. Il ouvrait la bouche pour répondre, pour affirmer que non, non ils n'étaient pas des imposteurs, aucun d'eux, mais il fut devancé par une silhouette qui venait d'apparaître soudainement au milieu du Sanctuaire.

– Que le Roi Élu apaise son cœur, car ni sa lignée ni celle des Oracles ne sont des imposteurs. Ils ont été choisis. Ils sont l'héritage vivant de Bahamut.

Noctis tressaillit avant de se retourner rapidement vers l'escorte divine. Cette dernière se tenait au milieu des débris des statues sans paraître s'en incommoder. Ses yeux étaient grands ouverts, et rivés sur Régis et son fils. Le vieux roi était trop épuisé pour faire autre chose que cligner des yeux, Cor, Tellus et Clarus observèrent la nouvelle-venue en silence et à une distance respectable, et Nyx ne cilla même pas, dans un état de semi-conscience.

– Gentiana ! s'exclama Noctis en bondissant sur ses pieds.

– Je salue le nouveau roi du Lucis, le véritable roi choisi par la Pierre Sacrée, souffla Gentiana en s'inclinant dans un élégant bruissement d'étoffes.

Elle s'avança d'une démarche aérienne vers le jeune monarque et son père, semblant presque flotter au-dessus des débris de pierre avant de s'agenouiller devant Régis. Son éternelle odeur de fleurs était accompagnée d'un souffle frais, une aura glacée qui apaisa la peau enfiévrée du vieil homme. Ce dernier poussa un soupir lorsque la divinité posa sa main blanche et froide sur ses doigts usés. Les yeux de Gentiana ressemblaient à deux étoiles, brillantes et anciennes, scintillantes dans un ciel nocturne. Régis n'arrivait pas à en détourner les yeux, ébloui comme un enfant par la lumière qu'il apercevait derrière ce regard sans âge.

– Le jour, enfin, semble être venu, souffla la divinité.

L'ancien roi resta muet, la gorge nouée, la poitrine remplie d'une tornade d'émotions qui ressemblaient à la fois à de la peur et de la colère, du désespoir et du déni, mais aussi du soulagement et quelque chose qui semblait être de la confiance. Un infime fragment d'une foi que Régis ne croyait plus avoir. Il s'accrocha à la main de Gentiana, si frêle et si forte contre ses doigts fragiles.

Noctis les observait, perplexe et anxieux. Il cacha mal son sursaut lorsque la divinité leva la tête vers lui, plantant ses prunelles grises dans celles du jeune homme.

– Je suis venue aider le Roi Élu, dit-elle. Qu'il accepte mon soutien.

– Pas avant qu'on réponde à mes questions ! rétorqua aussitôt le jeune homme, rempli d'angoisse. Est-ce que c'est vrai, toute cette histoire avec Shiva et Ifrit ? C'est vrai qu'Ifrit aurait choisi un roi du Lucis avant que n'apparaisse notre lignée ?

Tous les regards étaient rivés sur Gentiana, qyu se releva dans un mouvement gracile, posant sur Noctis un regard bienveillant. Mais un voile mélancolique tomba sur son visage diaphane. Elle se tourna vers la statue d'Ifrit et Shiva, observant les visages taillés dans la pierre blanche. Bien qu'enlacés, Shiva et Ifrit regardaient dans des directions complètement opposées, comme séparés malgré leur proximité.

Le silence s'étira longuement, de plus en plus lourd. Noctis était au bord de la crise de panique, cachant son anxiété sous une colère sourde.

– Gentiana…, s'impatienta-t-il. S'il te plaît.

– La Glacéenne a choisi le premier Empereur de l'Ouest, avoua Gentiana de sa voix éthérée. Et l'Infernien a choisi le premier Roi du l'Est. En ces temps immémoriaux, le Fléau ne menaçait pas encore notre Étoile. Mais la rancœur tourmentait déjà l'âme des Six. Ifrit était séparé de son aimée, incapable de la rejoindre car Bahamut le leur interdisait. La Glacéenne et l'Infernien espéraient que l'Empereur de l'Ouest et le roi Roi de l'Est franchissent l'océan qui les séparent et se réunissent à nouveau, en leur nom. Le feu et la glace, de nouveau ensemble jusqu'à la fin des temps.

Régis enregistra silencieusement les informations, observant la mine de plus en plus pâle de son fils du coin de l'œil. Il avait déjà entendu parler de cette histoire, mais elle n'avait été alors qu'une théorie émise par la reine Sylvia voila plus de vingt ans. La mère de Lunafreya s'était longtemps interrogée sur la véritable origine de la famille impériale de Niflheim.

Ses recherches l'avait menée à remonter l'arbre généalogique de la famille impériale sur plus de deux mille ans, avant même la naissance de la première Oracle. Des textes impériaux, antérieurs aux premières archives du royaume du Lucis, faisaient déjà mention de Shiva, la Déesse Mère des Terres de Glace. Sylvia s'était alors interrogée sur l'existence d'une lignée royale semblable à celle de Niflheim sur le continent de l'Est, antérieure à la lignée des Caellum. Mais elle n'avait jamais trouvé la moindre trace d'une telle royauté, choisie par Ifrit. Et à l'époque, Gentiana était restée obstinément muette sur le sujet.

Entendre que la théorie énoncée par Sylvia s'avérait finalement vraie avait quelque chose de profondément libérateur. Régis bascula la tête en arrière et pensa à son amie, qu'il avait longtemps amèrement regrettée. Il ne remarqua pas le regard humide que lui lança Noctis, plus perdu que jamais. Le jeune homme tremblait presque à cause du choc, la bouche réduite en une mince ligne et le teint dangereusement blême.

– Où… où ils sont maintenant ? articula-t-il d'une voix rauque à l'adresse de la divinité. Les vrais rois du Lucis ?

Gentiana se tourna vers lui, lui décochant un regard sévère.

– Le Roi Élu et sa lignée sont les vrais rois du Lucis, tout autant que le furent les rois choisis par l'Infernien.

– Furent ?

– La lignée choisie par l'Infernien s'est éteinte, murmura la divinité en baissant les yeux. Celle de la Glacéenne perdure. Peut-être était-ce leur destinée. Désormais, la Glacéenne marche seule dans la lumière.

Á ces mots, le vieux roi se redressa autant qu'il le put contre le piédestal de la statue.

– Elle n'est pas seule, réfuta-t-il. L'espoir demeure dans le cœur de l'humanité.

Il regarda Gentiana poser sur lui un regard presque surpris, comme si elle se souvenait brusquement de sa présence. Les yeux de Gentiana s'ouvrirent plus largement, chassant la mélancolie qui ternissait son regard. Un sourire doux plissa ses lèvres et éclaira son visage.

– Tant que subsistera l'espoir, la lumière continuera de briller, murmura-t-elle. La lignée choisie par Ifrit n'est plus, mais celle choisie par Bahamut demeure. Que le Roi Élu accepte mon aide, répéta-t-elle alors en se tournant vers Noctis.

Le jeune homme était pâle, encore en train de digérer ce qu'il venait d'entendre. Régis avait le cœur fendu en voyant son enfant vaciller sous ses yeux, appréhender la nouvelle réalité qui se substituait à l'ancienne. Il craignait de la voir tomber, de le voir abandonner, et il crut bien un instant que Noctis allait vraiment baisser les bras, mais Gentiana prit les devants.

Elle s'avança vers le nouveau roi, attrapa ses mains dans les siennes et le regarda dans ses yeux écarquillés, perdus et trahis une nouvelle fois.

– Le prince impérial a prêté serment au Roi de Lumière, annonça-t-elle, ignorant les regards choqués de Cor, Tellus et Clarus dans son dos. Le Roi de Lumière a partagé la magie de la Pierre Sacrée avec le prince impérial. Que le Roi Élu accepte mon aide. Qu'il récupère son trône. Qu'il sauve et protège ceux qui lui sont chers.

Pendant de longues secondes, Noctis resta silencieux. Une unique larme coula sans bruit sur sa joue, y traçant un sillon brillant. Tout le monde les fixait en retenant leur souffle. Clarus tremblait silencieusement, encadré par Cor et Tellus. Les trois hommes avaient les yeux ronds comme des billes, qui s'élargirent d'autant plus lorsque leur tout nouveau souverain finit par hocher la tête.

– Argentum et Ignis. Aide-moi à les sortir de là.

– Le Roi Élu veut-il prêter serment ? demanda Gentiana sans lâcher le jeune homme.

Le soleil de ce qui devait être une magnifique journée d'automne brillait toujours à travers la coupole du plafond, pourtant l'air devenait de plus en plus froid. Régis frissonnait sans pouvoir contrôler son corps fatigué. Tellus dût remarquer lui aussi la température étrangement basse de la pièce, car il s'accroupit à côté de la silhouette inerte de Nyx et le recouvrit avec son propre manteau.

Noctis, déjà très pâle, était presque devenu blafard. Ses lèvres avaient perdu leur teinte rosée, et ses cils se recouvraient de minuscules filaments de givre. Il hocha de nouveau la tête.

– Oui, murmura-t-il.

Gentiana sourit. Elle inclina la tête vers l'avant, cachant son visage derrière le rideau soyeux de ses longs cheveux d'ébène. Les riches étoffes de sa robe commencèrent à changer de couleur, virant du bleu anthracite à une nuance de plus en plus claire. L'escorte divine se mit à grandir progressivement alors que sa robe se transformait en une délicate broderie de givre recouvrant une peau qui passait du blanc diaphane au bleu pâle. Un vent glacial souffla dans le Sanctuaire, ébouriffant la chevelure six hommes, qui, estomaqués, regardèrent la déesse Shiva apparaître sous leurs yeux là où quelques secondes auparavant se tenait Gentiana.

Noctis était le plus éberlué de tous. Il dévisageait l'apparition divine comme s'il n'arrivait pas à croire à ce qu'il voyait. Sous sa véritable forme, la Glacéenne dominait le jeune homme de plus de deux têtes. Sa longue chevelure noire avait viré au blanc poudreux, retombant en une épaisse cascade sur ses épaules.

– La Glacéenne accepte de prêter serment au Roi Élu, déclara-t-elle.

Même sa voix avait changé. Elle était devenue plus grave, et résonnait contre les murs du Sanctuaire, ressemblant au grondement lointain d'un orage. Noctis cligna stupidement des yeux, et, littéralement muet de stupeur, se tourna vers son père. Régis eut l'audace de lui adresser un faible sourire.

– Je t'avais dit que les Astraux étaient bien plus proche que tu ne le croyais.

OOO

– Voilà une perspective très intéressante ! commenta Izunia sur un ton jovial.

C'était sans doute le seul à trouver la situation particulièrement amusante. Prompto n'arrivait pas à détacher son regard de son pistolet, entre ses doigts, présent lorsque quelques secondes auparavant, sa main était désespérément vide. Il était tellement stupéfait qu'il ne prêta pas attention aux sillons rouges tracés sur ses joues, aux gouttes de sang coulant de son nez. Il sentait une force en lui, quelque chose de brûlant et de prégnant, tapi au creux de son être. La magie du Cristal ressemblait à un orage, un ouragan grondant et puissant, une force qu'il n'arriverait définitivement pas à contrôler s'il la lâchait entièrement.

La voix du chancelier tira le jeune homme de sa transe. Il releva brusquement la tête, croisa les yeux écarquillés de sa sœur juste avant que son instinct de survie ne reprenne le dessus. Son dos se raidit, son bras se tendit et il pointa son arme droit vers Drautos, qui était de loin la plus grande menace de la salle. Un masque de surprise et de fureur s'était peint sur le visage du commandant lucisien, mais il leva docilement les mains en signe de reddition, lâchant son poignard dans le même mouvement. La lame tomba au sol dans un bruit métallique.

Clélia se tenait peureusement derrière le commandant. Elle regardait Prompto comme s'il avait deux têtes. Elle était vraiment pâle, c'était probablement un miracle qu'elle n'avait pas encore tourné de l'œil.

– Que… Comment… ? balbutia-t-elle, les yeux remplis de larmes.

– Vous avez prêté serment au roi, cracha Drautos qui n'arrivait pas à contenir son dédain.

Prompto cligna des yeux. Le bracelet gauche de ses menottes, toujours attaché à son poignet, pendait le long de son bras. Il se sentait étrangement calme, en cet instant, révélé aux yeux de tous et surtout de Stella.

– Noctis, corrigea-t-il d'une voix détachée. J'ai prêté serment à Noctis.

– Impossible ! siffla Livius depuis le sol.

Il amorça un geste pour se lever, mais Stella, sortie de son état de choc momentané, le rappela à l'ordre en abaissant son épée jusqu'à ce que la lame aiguisée soit plaquée contre le cou gras du sénateur. Ce dernier poussa un cri, mais elle l'ignora en faveur de son frère. Si rien n'avait changé dans son regard en voyant le tatouage de son frère, un voile d'incertitude teintait désormais ses yeux bleus. Ces derniers oscillaient vers le pistolet dans le poing de son cadet, s'attardait sur les gouttes de sang sur son visage.

Tu peux te servir de la magie ? murmura-t-elle.

Le graléen ressemblait à de la musique aux oreilles du prince.

C'est une longue histoire, soupira-t-il.

Son aînée fronça les sourcils, la bouche soudainement pincée. Le choc venait de céder la place à la colère, pourtant elle ne la laissa pas exploser tout de suite. Pas sous les yeux des lucisiens qui n'arrivaient toujours pas à croire leur otage maîtrisait la magie du Cristal et venait de retourner la situation en leur défaveur. La princesse impériale garda la tête froide et, sans écarter son épée du cou de Livius, se tourna vers Wedge et Elshett.

– Vous, libérez mon subordonné, ordonna-t-elle à Elshett d'une voix claquante comme un coup de fouet. Ou votre commandant va finir avec une balle dans le crâne.

C'était du bluff. Prompto n'avait aucune intention de tuer Drautos, mais il n'était pas au-dessus de lui tirer dans l'épaule ou les genoux pour l'immobiliser. Les yeux verts d'Elshett valsèrent vers lui, plissés, et le jeune homme espéra que son expression ne trahissait rien de ses pensées. La chance était avec lui, car la lucisienne décida de libérer Wedge de ses menottes. Elle recula aussitôt, les mains levées, tandis que le mercenaire s'avança aussitôt pour rejoindre le chancelier.

Il s'inclina très brièvement devant la princesse.

Je suis contente de vous revoir sain et sauf, Wedge, dit Stella.

J'aurais voulu pouvoir en dire autant pour tous mes compagnons, souffla le rouquin en baissant ses yeux cernés.

Le Lucis paiera pour ses crimes. Soyez-en certain.

Prompto braqua un regard paniqué vers sa sœur. Ce n'était pas parce que les lucisiens ne comprenaient pas un mot de gréalen qu'il fallait ainsi user de menaces en leur présence. Il crut voit Drautos froncer les sourcils, comme s'il avait compris ce que venait de dire la princesse, mais resta docilement immobile au bout du pistolet du prince. Son regard resta néanmoins vissé sur Stella.

– Qu'allez-vous faire maintenant ? demanda-t-il froidement.

– Et bien, il serait peut-être temps de passer à ces négociations ? proposa la princesse héritière sur un ton arrogant. Vous venez de perdre votre seul avantage. Votre pitoyable tentative de chantage vient de se retourner contre vous. Le prince Noctis vous a trahi en confiant sa magie à mon frère. Je le remercierai personnellement d'ailleurs, s'il est encore en vie.

Les paroles de Stella étaient remplies de fiel. Prompto connaissait bien sa sœur. Il avait la terrible impression que le « remerciement » qu'elle réservait à Noctis s'apparenterait à lui planter son épée dans le cœur. Prompto sentit le sien se serrer douloureusement, tandis que la magie du Cristal rugissait d'indignation en lui.

Clélia poussa un cri révolté derrière Drautos.

– Le prince Noctis est encore en vie ! s'exclama-t-elle, mi-offusquée mi-soulagée. Autrement, le prince Argentum ne pourrait pas se servir de la magie du Cristal.

– Je suppose qu'il sera heureux de vous retrouver dans ce cas, ironisa Stella en haussant les sourcils. Après tout, vous n'avez que renversé son père et usurpé son trône.

La sénatrice se recroquevilla aussitôt sur elle-même comme une pauvre chose, dévorée par le chagrin et la culpabilité. Prompto lança un regard de reproche à son aînée. Elle était inutilement cruelle. Cette dernière haussa les épaules avec indolence. Maintenant qu'elle se trouvait en position de force, elle ressemblait à une louve se pavanant au milieu d'un troupeau de chocobos terrorisés.

Les Glaives encadrant le Chancelier et Wedge étaient littéralement figés, certains par la stupeur, d'autres par la crainte que Prompto n'abatte leur commandant et que Stella égorge Livius. La plupart étaient tout simplement pétrifiés par le fait que le prince impérial puisse contrôler la même magie dont eux ne pouvaient désormais plus bénéficier. Izunia, qui avait bien entendu réalisé que les Glaives ne tenteraient rien contre lui, se délassa aussitôt, baissant ses mains toujours levées pour applaudir comme s'il venait de voir un excellent film au cinéma.

Le crépitement solitaire de son applaudissement sarcastique résonna comme les coups donnés sur un gong, rebondissant dans l'immense salle du trône. Il marcha jusqu'à la première marche du dais et ôta son couvre-chef pour effectuer une de ses révérences ridicules.

– Toutes mes félicitations, Altesses ! roucoula-t-il. Vous avez magistralement contrôlé la situation ! Votre père aurait été fier de vous, Princesse !

La simple mention de Iedolas suffit à raidir tous les muscles de Prompto. Aussitôt, les paroles insensées de Wedge lui revinrent en tête. Stella, fomentant un coup d'état contre son propre père, avec la complicité d'Aranea. De nouvelles questions s'ajoutèrent à celles qui bouillonnaient déjà dans son esprit confus. Il enregistra l'emploi du conditionnel avec un temps de retard.

– Aurait ? couina Livius au même instant, ses petits yeux révulsés en direction du chancelier.

Prompto sentit une main glacée lui étreindre les entrailles. Le visage de Stella se ferma subitement, et pour toute réponse, elle appuya dangereusement la lame de son épée contre le cou de sa victime. Le sénateur brailla lorsque la lame traça une ligne rouge sur son cou.

– Peut-être est-il opportun de tout révéler, Princesse Aurum, suggéra Izunia d'une voix doucereuse.

Stella ne desserra pas les lèvres, mais le regard qu'elle leva en direction de son frère le frappa en plein cœur. Sa sœur n'avait jamais peur, n'avait jamais mal. Elle préférait hurler de rage plutôt que pleurer de chagrin, elle préférait courir droit vers le danger plutôt que de le fuir. Mais le regard qu'elle lui adressa à cet instant, Prompto ne l'avait jamais vu. Ses yeux reflétaient une douleur crue, viscérale, un chagrin qui semblait la dévorer de l'intérieur.

Face à son mutisme, le sourire d'Izunia s'élargit. Il inclina la tête.

– Je me charge de cette pénible tâche, dit-il d'un ton conciliant qui sonnait terriblement faux. Après tout, vous êtes encore en deuil.

– En deuil ? répéta Prompto qui commençait à vraiment craindre le pire.

Il résista à la soudaine envie de braquer son arme sur Izunia lorsque le chancelier releva les yeux vers lui. L'étincelle malsaine y dansait avec plus de vivacité que d'habitude. Il ressemblait à un enfant s'apprêtant à révéler le nom du coupable d'un roman policier – ça lui rappelait une anecdote de Noctis dans laquelle un gamin lui avait spoilé la fin d'un film alors qu'il se rendait au cinéma pour le voir.

– Je crains devoir vous annoncer une sinistre nouvelle, mon Prince, susurra-t-il avant de hausser la voix pour que tout le monde l'entende clairement. Iedolas Aldercapt, Empereur du Niflheim, est mort ! Son Éminence nous a malheureusement quittés il y a maintenant quatre jours.

Izunia avait l'air presque ravi. Stella cachait mal sa douleur derrière son masque de fureur. Wedge ne feignit même pas d'être surpris. C'était ça, comprit alors Prompto qui se sentait défaillir, tandis que les lucisiens reçurent la nouvelle dans un silence consterné. C'était ça, que ses compatriotes savaient et que Prompto ignorait.

Ils savaient que l'Empereur ne réagirait pas à la désertion de son plus jeune héritier. Il savait qu'il ne viendrait jamais au Lucis pour tenter de sauver son règne, négocier un accord. Ils savaient que ce ne serait pas l'Empereur Iedolas qui irait sauver son beau-fils.

Parce qu'ils savaient que c'était l'Impératrice qui sauverait son frère. Prompto fixa Stella droit dans les yeux, oubliant momentanément l'existence de Drautos et de Clélia, oubliant la force du Cristal qui rugissait en lui.

Stella ne lui sourit pas.

J'ai pas eu le choix, petit frère, murmura-t-elle. Je te jure que j'ai pas eu le choix.

Tels furent les premiers mots que l'Impératrice de Niflheim adressa officiellement au Prince Argentum.


* Ce relief sous-marin est directement inspiré de la dorsale médio-atlantique qui traverse l'océan Atlantique.

Voilà pour ce chapitre. Il y avait beaucoup de parlotte, mais j'espère qu'il vous aura plu quand même. Dans tous les cas, merci de l'avoir lu, et n'hésitez pas à laisser une petite review si le cœur vous en dit !