Voile - Fates - 118 mots
En Nohr, le voile de mariée était aussi important que la robe. Il symbolisait l'envol de la promise vers une vie nouvelle, vers une large étendue de bonheur, aussi légère et transparente qu'un voile, qui s'étendait devant elle. Mais en Nohr, les voiles étaient également décorés par la famille de la mariée, afin qu'ils soient également artisans de son bonheur, qu'ils restent auprès d'elle malgré les années. Ce jour-là, alors qu'elle avançait vers sa promise de la tribu du vent, ses beaux cheveux blancs recouverts du voile transparent semé de minuscules perles scintillantes que ses sœurs, ses vassaux, ses amis et même ses frères y avaient brodé pour elle, Kamui s'était rarement sentie aussi heureuse et aussi légère.
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Parapluie - Fates - 155 mots
Bien sûr, ses sœurs de sang l'avaient convié à l'enterrement de leurs deux frères, mais Corrin n'avait pas pu se résoudre à s'y rendre. Après tout, leurs frères, c'était lui qui les avait tués. Pas par choix, jamais par choix, mais le résultat était le même. Tout le monde en Hoshido le haïssait. Il s'était rendu sur la tombe de Ryoma et de Takumi un jour pluvieux où personne ne se risquait dans le cimetière royal. Il pleuvait tant qu'il remarqua à peine les larmes qui débordaient de ses yeux. Jusqu'à ce qu'une corolle de tissus apparaisse au-dessus de sa tête et l'abrite de la pluie. Il releva alors son visage baigné de pleurs et croisa le regard triste de son frère adoptif Xander.
"Allez, jeune prince, murmura celui-ci. Rentrons à la maison."
Corrin secoua la tête et se jeta dans les bras de Xander. Le parapluie s'envola mais l'abri contre les larmes, lui, resta.
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Fatalité - Fates - 158 mots
Corrin était né parmi eux, en Hoshido. Il avait été choisi par Yato, l'épée divine. Il ne pouvait que se battre du côté du bien et de la justice. Et le reste, les douleurs qui venaient avec cet état de fait, ce n'était après tout que la fatalité. Sa famille adoptive qu'il avait décimée, son grand frère adoré et sa petite sœur chérie qui avaient péri ? La fatalité. Flora qui s'était brûlée vive, Lilith qui était morte pour le sauver ? La fatalité. La ruine de son royaume d'adoption, l'humiliation de la terre qui l'avait élevé ? La fatalité. Le fardeau de roi qu'il imposait à son petit frère adoptif, le coeur brisé de sa grande sœur adoptive ? La fatalité. Mais un jour, comme une révélation épouvantable, Corrin se demanda... était-ce vraiment la fatalité, ou malgré ses racines hoshidiennes, aurait-il pu faire un autre choix ? Un choix qui aurait épargné la famille qu'il aimait ?
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Douleur - Fates - 153 mots
Jamais de sa vie Corrin n'aurait cru ressentir une douleur aussi atroce. C'était plus déchirant que toutes ses peines, plus terrifiant que toutes ses solitudes, plus atroce que la mort de sa mère qu'il avait si peu connue. C'était tout simplement impossible à supporter.
"Xander ! Xander !"
Et Corrin eut beau hurler, se griffer la poitrine comme s'il voulait arracher son coeur et ne plus souffrir, tenir le visage blême de son grand frère dans ses mains, il n'y avait rien qu'il pouvait faire. Xander était mort, ce frère qu'il avait tant aimé -plus que lui-même, plus que sa vie-, il était mort et c'était lui qui l'avait tué.
"Xander !"
Corrin était presque fou de douleur, et les mots de Xander résonnaient encore dans sa tête :
"Nous tous les cinq ensemble... c'est le souvenir que je chéris le plus au monde..."
Et c'était pire, tout cet amour, c'était encore pire.
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Fantôme - Echoes - 140 mots
Celica ne se cachait jamais lorsqu'elle faisait des bêtises. Invariablement, par acquis de conscience, la petite fille finissait par se dénoncer. De toute façon, elle n'en faisait pratiquement jamais, des bêtises, et elle n'avait donc rien à craindre du fantôme qui emportait les enfants pas sages. En revanche, lorsqu'elle aperçut son grand frère Conrad caché sous son lit, elle comprit que lui avait sans doute des choses à se reprocher. Il avait cassé le grand vase de l'entrée ! Celui que tout le monde cherchait partout ! A force de parler, elle réussit à le convaincre de se dénoncer. A la condition qu'elle lui tienne la main, et puis de s'excuser elle aussi, même si elle n'avait rien fait. Mais ce n'était pas si grave. Pour rien au monde elle n'aurait voulu qu'un fantôme vienne emporter son grand frère adoré.
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Aveuglement - Fates - 155 mots
Xander s'était persuadé que ce qu'il faisait était la bonne chose à faire. En défendant avec acharnement son royaume contre les assauts de l'armée de Corrin, il protégeait sa patrie, son peuple, son histoire et ceux qu'il aimait. Son père avait raison de s'acharner sur Corrin, après tout il l'avait voulu ainsi !
En vérité, l'aveuglement de Xander sur les agissements cruels de son père, et la volonté de paix de son frère, venait de sa profonde blessure. Ce frère qu'il avait chéri et protégé toute sa vie, même en sachant qu'ils n'étaient pas liés par le sang, les avait trahis. En s'alliant aux Hoshidiens, il travaillait à leur perte !
Tout à sa douleur de devoir se battre pour son royaume, Xander ne voulait surtout pas voir l'amour que Corrin leur portait encore. Car s'il le voyait, il verrait que lui aussi l'aimait encore. Et alors il n'aurait plus la volonté de se battre.
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Désir - Fates - 151 mots
L'amour charnel, ce n'était pas une chose que l'on s'était soucié d'enseigner au prince Corrin, reclus et enfermé au fin fond de la forteresse nord. A la limite, Gunther avait bien essayé, mais s'était vite retrouvé très mal à l'aise. Il avait donc bouclé le sujet, et le jeune prince savait à peine ce qu'impliquait le désir. En vingt ans, il n'en avait jamais ressenti.
Au détour d'un arbre, Corrin attrapa du bout des doigts la cape bleue de Niles et l'entraina avec lui. Il se sentait tellement chaud, tellement fébrile et un peu déboussolé. Le désir qu'il ressentait pour son époux était presque insupportable, par moments. Il en était horriblement gêné après coup, mais Niles se contentait de sourire. Et, heureusement pour le jeune prince, du peu de choses que le hors-la-loi s'interdisait de faire, "faire l'amour dans la forêt pendant que l'armée est au repos" n'en faisait pas partie.
