Canard - Fates - 175 mots

Depuis leur plus tendre enfance, tout avait semblé séparer les deux petites princesses. Carolina était la fille du roi, et surtout de la reine. Elle avait droit à tous les égards, au respect dû à son rang. Camilla, née à peine trois jours plus tard, était la fille du roi et d'une concubine. Elle était une bâtarde royale, elle n'avait droit à rien, même si leur père, qui aimait sincèrement tous ses enfants, faisait en sorte de lui prodiguer presque autant d'attention qu'à ses frères et sœurs légitimes. Carolina et Camilla avaient partagé peu de choses, en-dehors du sang et d'un même mois de naissance. Mais, souvent, elles allaient ensemble avec leurs nourrices jusqu'au grand lac qui se trouvait derrière le château et nourrissaient les canards. Des années plus tard, alors que Carolina était morte assassinée et que Camilla était encore là, elle repensait à cette histoire à chaque fois qu'elle voyait des colverts. Étrange sœur qui lui avait laissé si peu de souvenirs et qui était restée une grande partie de sa vie, pourtant.

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Myosotis - Fates - 182 mots

Depuis que la guerre était finie, Corrin et Niles avaient décidé de partir faire le tour du monde, et d'aider les gens qu'ils rencontreraient sur leur route. C'était bien sûr le jeune prince qui en avait eu l'idée. Il avait été prisonnier de la forteresse nord pendant si longtemps... Il voulait tout voir, tout découvrir, et c'était avec Niles qu'il s'était lancé dans cette aventure. Ses frères et sœurs, eux, étaient restés au château Krakenburg. Il y en avait des choses à faire, pour remettre le royaume en état.

Ils étaient en train de traverser un gigantesque champ de myosotis en se tenant par la main, et puis Niles s'était tourné vers le jeune prince pour l'embrasser. Il lui avait rendu son baiser, et ils s'étaient retrouvés allongés l'un à côté de l'autre dans les fleurs. Des fleurs si éphémères, comme le temps que les deux amants avaient à passer ensemble. Car Corrin était un dragon, doté d'une longévité d'exception. Alors que Niles n'était qu'un humain. Mais, malgré les siècles qu'ils lui restaient à vivre, Corrin n'oublierait jamais ce champ de myosotis.

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Plage - Fates - 116 mots

Il avait protesté, râlé, tempêté lorsque ses frères et sœurs et ses vassaux avaient décidé de l'expédier une semaine à la plage, seul, tous frais payés. Et, dans la foulée, il s'en était aussi voulu à lui-même. C'était de sa faute, après tout : il n'avait qu'à pas gagner le stupide tournoi qu'ils avaient organisé pour décider lequel d'entre eux profiterait de ce voyage. Seulement voilà, il avait horreur de perdre. Et maintenant, il passait sa journée à boire du jus de tomate sur la plage, et bien à l'ombre des palmiers. Il voulait bien se trouver dans les îles devant une mer bleu turquoise, entouré d'oiseaux multicolores, mais il restait un mage noir, non mais.

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Cocktail - Fates - 148 mots

C'était un cocktail au parfum étrange, mélange de plantes et de fruits que Corrin ne connaissait absolument pas. Non, vraiment, il n'arrivait à en reconnaître aucun à l'odeur, et la couleur était absolument fascinante. C'était peut-être l'alcool qu'il contenait qui éclipsait toutes les autres composantes ? Toujours prêt à goûter à tout, le jeune prince porta la coupe à ses lèvres.

"Attendez, Corrin, s'opposa soudain Niles en posant sa main sur son bras.

-Qu'y-a-t-il ?"

Son époux paraissait méfiant et presque hostile.

"Laissez-moi y goûter d'abord."

Le hors-la-loi porta la boisson à ses lèvres et, quelques minutes plus tard, il s'effondra sur le sol, agité de tremblements.

"Niles ! Niles !"

Corrin se jeta à genoux près de lui et saisit en tremblant son visage entre ses mains.

"Niles ?"

Il y avait quelque chose dans ce cocktail... quelque chose de bien différent de l'alcool ou des fruits.

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Sandale - Fates - 146 mots

Lorsqu'il ne fut plus capable de dissimuler ses claudications de plus en plus prononcées, Corrin quitta les grandes rues pavées et illuminées par des dizaines de lanternes en papier, et s'enfonça dans le noir. Son pied lui faisait atrocement mal. Au début, il avait cru que c'était à cause des sandales qu'il devait porter, afin que le peuple le voit comme un véritable hoshidien... Mais, plus les jours passaient, plus il soupçonnait autre chose que de simples ampoules.

"Ça ne s'est pas arrangé ? soupira une voix dans le noir."

Corrin redressa la tête et reconnut la silhouette de son frère Takumi. Celui-ci s'assit près de lui sous un porche et saisit doucement son pied délicat.

"Je vais te passer de la pommade, murmura-t-il en sortant un pot d'onguent de son sac.

-Merci..."

Corrin ferma les yeux et se laissa faire. Soudain, il était très fatigué.

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Bouée - Fates - 194 mots

"Qu'est-ce que c'est que ça ? s'enquit le prince héritier en fronçant les sourcils.

-Votre valise, Messire Xander. Vous n'avez quand même pas oublié que vous partiez en vacances à la plage ?"

Xander lui renvoya un regard sombre. Non, il n'avait pas oublié que ses frères et sœurs et ses vassaux l'avaient expédié sur une île déserte suite à une compétition stupide. Oui, il savait que c'était ses valises qui attendaient dans le hall du château, avec un parasol, des serviettes de plage, et... Le prince héritier donna un coup de pied discret à l'objet volumineux qui l'attendait sagement dans un coin et l'écarta pour que personne ne le remarque. Laslow et Peri soulevèrent ses bagages pour les emporter vers les chevaux, et Xander allait les suivre, digne et soulagé, lorsque la voix de sa sœur résonna derrière lui :

"Xander ! N'oublie pas ta bouée, mon frère ! Tu sais bien que tu ne sais pas nager !"

Et elle agita le gros dragon rouge, blanc et bleu, gonflable, dans sa direction. Bien sûr, on pouvait toujours compter sur Camilla pour laisser échapper ce genre de détail devant tout le monde !

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Feu d'artifice - Fates - 175 mots

Les fusées des feux d'artifice jaillissaient dans la nuit, explosaient, illuminaient le ciel de mille nuances multicolores. Comme d'habitude, cette déferlante de sons, de lumières et de couleurs servait à célébrer le jour où la guerre s'était terminée, où une aire de paix et de sérénité avait remplacé des décennies de souffrance et de larmes. Xander, Corrin et Léo étaient assis tous les trois sous un arbre et regardaient le ciel.

"J'aurais tellement aimé que Camilla et Élise soient avec nous, murmura le cadet.

-Moi aussi, jeune prince. Moi aussi, murmura Xander."

Léo ne répondit rien, mais, comme ses deux frères, il déplorait chaque jour le départ de leurs deux sœurs. Elles avaient suivi leur mari, dans une contrée lointaine, si lointaine qu'ils n'avaient jamais su exactement où elles étaient parties.

Et c'était il y avait quarante ans de ça. Ils avaient bien vieilli, les trois princes de Nohr. Seuls tous les trois, sans leurs sœurs qui avaient été une part si brève de leur vie, finalement. Mais, de loin, la part la plus importante.