Solide - Fates - 139 mots
Le problème avec les rancœurs qui naissent dès l'enfance, c'est qu'elles sont solides. Parce que sa mère, son frère et sa sœur n'en avaient toujours eu que pour Corrin, leur frère disparu, Takumi en avait conçu colère et jalousie, et ces sentiments peinaient à disparaître maintenant qu'il apprenait à connaître le jeune prince, près de quinze ans plus tard. Pourtant, il aurait aimé être le frère de Corrin… l'aimer et l'admirer et ne jamais rien laisser les séparer. Mais rien n'y faisait. Quand il le voyait, il revivait ces années où Sakura et lui étaient passés à la trappe, il avait conscience d'être devant celui qui aurait possédé son arme légendaire, Yumi Fujin, à sa place. Et il voyait un Nohrien. Parce que, contrairement aux autres, il savait que l'amour de toute une vie, ça ne peut pas s'oublier.
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Quotidien - Fates - 160 mots
C'était l'heure du bain quotidien au palais de Nohr et Xander essayait de mettre tous ses frères et sœurs en même temps dans l'immense baignoire. Ce qui n'était pas facile. Même Élise, qui était pourtant encore un bébé à peine capable de ramper, avait réussi à disparaître à deux reprises sous des piles de linge.
« Léo, Corrin ! Revenez ici immédiatement ! cria Xander tandis que Camilla attrapait la toute petite fille et la mettait dans l'eau avec Azura qui, elle, était déjà très sage. Pas de bain, pas de dessert ! »
Il finit par réussir à attraper ses deux frères et à les plonger dans le baquet malgré les cris de protestations du cadet. Après quoi, il monta avec eux et essaya de les shampooiner. Là encore, la situation tourna vite à la bataille rangée et le jeune prince se dit que, la prochaine fois, autant réquisitionner des sources chaudes au lieu de toujours inonder le palais.
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Constellations - Awakening - 151 mots
Noire ne se rendait même plus compte qu'elle trébuchait sur ses pieds à chacun de ses pas. Parce qu'elle était morte de fatigue et non pas à cause des cailloux, des branches ou des ornières qui pouvaient encombrer le chemin. Mais elle marchait depuis si longtemps, en portant sa petite sœur de sept ans sur son dos, la lanière de l'arc qu'elle portait à la taille lui sciant les flancs, qu'elle ne se sentait pas capable de s'arrêter. Sinon, elle ne s'en relèverait jamais. D'abord, il fallait qu'elles se cachent, même si, dans l'immédiat, elles n'étaient plus en danger. Le chemin sur lequel elle progressait surplombait une vallée et les constellations brillaient dans le ciel immense. Elles la rassuraient un peu. C'était comme si, peu importe où elles iraient, Linfan et elle, le monde serait toujours un peu le même. Parce que les étoiles ne cesseraient jamais de les y accompagner.
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Falaise - Fates - 183 mots
Garon de Nohr était en train de regagner son trône quand il aperçut deux petites mains qui, cramponnées tant bien que mal à l'accoudoir de droite, tentaient visiblement de hisser leur propriétaire sur l'imposant siège royal. En le contournant, le roi découvrit un petit garçon tout blond d'à peine trois ans qui lui rendit un regard sérieux.
« Je peux savoir ce que tu fais ? demanda Garon en s'efforçant d'avoir l'air sévère.
-Je fais de l'escalade, Père ! répondit le petit prince. Regardez, c'est une falaise !
-Une falaise ? »
À ce moment-là, la porte de la salle du trône s'ouvrit et Xander, l'un des enfants légitimes du roi, entra, trois de ses frères et sœurs suspendus à lui.
« Père ! lança le jeune garçon avec déférence en cueillant Léo sur l'accoudoir avant qu'il tombe. Je pense que vos récits sur les fiers peuples de Nohr qui ont conquis ces a-pics vertigineux à la force de leurs bras leur montent un peu à la tête. Ça en fait déjà quatre que je surprends à essayer de grimper n'importe où. »
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Berner - Fates - 157 mots
Alors que les soldats de Nohr s'attendaient à ce que Messire Léo leur ordonne de fouiller les coulisses du théâtre de Cyrkensia, où la chanteuse qui s'en était prise à leur roi allait être obligée de passer pour s'enfuir, il les aiguilla vers l'autre bout de la ville. Et comme il n'était pas réputé pour sa patience ni pour sa clémence, ils furent obligés de lui obéir même si cette décision était absurde. Léo savait que ça pouvait éveiller les soupçons, qu'on pourrait comprendre qu'il essayait de berner leur père en lui faisant croire qu'il recherchait effectivement la criminelle alors que non, et qu'il était plutôt occupé à laisser les autres chanteuses s'échapper. Mais il avait fait ce qu'il avait pu en si peu de temps. Normalement, il aurait consenti à ce sacrifice pour garder sa couverture, mais Corrin répugnait aux morts inutiles et Léo ne pouvait pas s'empêcher de vouloir croire aux idéaux de son frère.
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Bol - Fates - 172 mots
Xander était poli, Camilla était attentionnée, Corrin était toujours gentil et Élise toujours enthousiaste, alors aucun des quatre ne songea à décliner les bols de soupe que Felicia leur tendit. Pourtant, ils savaient très bien que c'était immonde ! Leur teint soudain verdâtre et leurs haut-le-cœur laissaient assez peu de doutes sur la question. Léo observa sa sœur aînée essayer de trouver des aspects positifs à ce breuvage, ses frères aînés tenter l'un de cacher qu'il allait vomir, l'autre s'efforcer de tout avaler, et sa petite sœur essuyer les larmes qui lui montaient aux yeux. Alors, ni une, ni deux, le jeune prince posa la paume de sa main sur la courbe du bol et utilisa sa magie pour y percer un trou, puis posa le récipient par terre. Tout le liquide disparut dans l'herbe et Léo surprit le regard rouge accusateur de Corrin.
« Mais tu triches ! chuchota furieusement son aîné. »
Léo lui lança un sourire narquois. Ça avait parfois du bon d'être le plus intelligent de la famille.
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Le dessin d'un lac de montagne aux eaux bleues teintées de rose par l'aube, surplombé d'une montagne enneigée et entouré d'amas rocheux et de sapins - Fates - 135 mots
Léo trébucha à moitié sur les pierres recouvertes de givre qui tapissaient la rive du lac, mais il se remit rapidement d'aplomb. L'eau n'était pas encore assez profonde, il ne pouvait pas lâcher la silhouette effondrée de son frère qu'il tenait par la taille. Corrin avait beau être doté d'une forte tête, il pourrait se faire mal. Prudemment, le jeune prince contourna l'amas rocheux et laissa doucement glisser son frère dans l'eau bleue, teintée de rose par le soleil qui se levait derrière la montagne enneigée. Dès qu'il fut immergé, Corrin ouvrit grand ses yeux rouges, comme revigoré d'un coup, et plongea sous la surface. Léo eut bientôt l'occasion de voir sa queue écailleuse et ses cornes noires émerger de l'eau, même s'il était toujours à moitié humain. Cette vision ne cessait de le surprendre.
