Heureusement, dans cette chambre au demeurant très banale, tous les détails qui pourraient se montrer embarrassants avaient disparu. Planqués en lieu sûr. Plus par habitude que par réelle prévoyance.

Depuis ce jour décoré d'une honte sans nom, sûrement un des moments les plus gênants de sa vie, où sa mère était tombée sur un magazine pornographique en faisant du ménage dans la chambre de son fils. Et qu'elle avait bien entendu puni ce dernier en plus de lui faire la morale au sujet de la dangerosité de ce genre de lecture, que ça allait déformer en mal sa vision de l'amour, qu'il n'allait jamais trouver une petite amie correcte... Mieux ranger ses revues pour adultes avait été la seule chose que son vilain petit garçon avait apprise suite à ce sermon et ce moment ô combien humiliant.

Même après le décès de Betsy Donovan, Clyde continuait d'user de prudence et d'assez de ruse pour parfaitement cacher les magazines, ses cassettes ou d'autres choses pour adultes qu'il n'était pas censé détenir. Mais qui était de toute façon beaucoup moins nocives que la drogue, l'alcool ou les cigarettes. Et d'une grande aide pour oublier certains sentiments que lui vouait peut- être son meilleur ami...

Comme prévu, dès que son hôte lui avait ouvert la porte de sa chambre, l'indésirable s'était empressé de débuter son travail de fouille. Défaire le lit, ouvrir les tiroirs de son bureau, observer minutieusement chaque boite présente sur son étagère... Et, perdant vite patience à ce petit jeu de pistes, Cartman avait donc répondu à la mine à la fois étonnée et vexée de Clyde.

- J'ai plein d'autres choses beaucoup plus importantes à faire. Alors si tu veux que je reste ici à t'écouter te plaindre, faudra y mettre un peu du tien...

On ne pouvait être plus clair. Et désagréable.

En commençant à décidément très bien connaître son mentor officieux et abusif, Clyde avait vite compris que son invité pas du tout convié cherchait en vain une réserve de nourriture. Et, sous une contrainte réelle ou imaginée, il avait rapidement cédé et accepté de partager avec lui un peu de ses précieuses victuailles. Une fois de plus.

À ce train-là, si Cartman continuait de s'inviter chez lui aussi régulièrement, le gamin craignait de ne plus avoir de douceurs à se mettre sous la dent pendant qu'il jouerait aux jeux vidéo ou regarderait un film. Surtout des films comme le Seigneur de anneaux. En version longue, avec les bonus.

Enfin, quelques donuts pouvaient bien être sacrifiés pour le bien de sa relation amicale avec Craig. S'il ne voulait pas que ce gros lard impoli et égoïste prenne sa place en tant qu'ami proche. Déjà que son cher invité bien gênant reprenait trop rapidement ses mauvaises habitudes. À se sentir comme un pacha dans ce terrain conquis, en s'installant confortablement sur les coussins du lit de celui, sûrement qualifié mentalement d'esclave, qui venait de justement le lui arranger.

À force de côtoyer si familièrement Cartman, Clyde se rendait compte de la chance qu'il avait d'avoir un bon groupe d'amis soudés et respectueux. Un groupe plus sain et normal que celui de Stan, bien que le moment ne se prêtait guère à ce genre de comparaison.

Le gamin pourrait presque regretter d'avoir ouvert son cœur et fait confiance à ce psychopathe notoire, jusqu'à se souvenir des raisons qui avaient fixé son choix sur Eric Cartman. Craig le détestait et c'était réciproque. Mais Cartman craignait assez le fan de cochons d'Inde pour ne pas oser l'asticoter trop sérieusement et balancer à la ville entière le terrible secret de Craig Tucker. Pire qu'une simple anecdote embarrassante à son sujet ou une insulte inspirée.

En revanche, la patience de ce gamin terrible avait des limites. Et pouvait disparaître aussi vite que ces sucreries cédées sous la contrainte et dévorées avec donc davantage de délectation. Pour ne pas avoir à lui laisser ses précieux et délicieux doritos, Clyde mettait de côté sa volonté d'améliorer ses talents d'orateur et lui contait avec une simplicité un peu maladroite son arrivée surprise chez son meilleur ami.

En évoquant bien sûr ce pic de stress immense en croyant que Craig allait lui claquer la porte au nez. Et en réussissant même à faire rire Cartman en confiant, avec une certaine pointe d'humour assez discutable amicalement parlant, combien son ami s'était montré mal luné. Si bien qu'il avait presque eu peur en le voyant ouvrir la porte et encore plus tremblé de tous ses membres au moment de devoir prendre la parole face à ce zombie qui avait remplacé son meilleur ami. En oubliant volontairement d'ajouter que son complice avait peut-être mal dormi par sa faute, cela serait trop désagréable et Clyde s'en voulait assez comme ça. Ce dernier préférait briser le suspense et directement avouer que Craig l'avait finalement laissé entrer sans problème. Comme d'habitude...

Mais avant de pouvoir continuer son récit et vite résumer le passage avec les tacos et l'intervention mignonne de Stripe, pour pouvoir aborder le choix du film, Cartman l'avait interruption en s'esclaffant et en pointant du doigt ce pauvre gars qui cherchait juste à pouvoir continuer cette belle histoire et y voir un peu plus clair.

- Ha ha je le savais ! Je savais bien que ce connard de Craig était complètement fou amoureux de toi !

Pris de court par cette vérité balancée avec toute la délicatesse dont pouvait faire preuve Cartman, Clyde ne pouvait qu'écarquiller les yeux.

Comme s'il n'était pas déjà au courant que l'heureux élu en question c'était lui. Qu'il avait oublié que son meilleur ami possédait un cœur et des sentiments. Et était gay surtout, en le lui faisant savoir par le biais d'émotions amoureuses ressenties à son contact. Une possibilité qu'il ne voulait pas admettre, qui avait volontairement été mise de côté depuis l'affaire Brenda Love.

- Ce n'est pas possible...

Cartman était un gros con égoïste, instable et machiavélique. Mais il détestait qu'on mette sa parole en doute. Surtout quand c'était la stricte vérité et un sujet à lui tenir étrangement à cœur.

- Réfléchis un peu pour une fois ! Si Craig ne t'aimait pas il n'aurait jamais accepté de te revoir si facilement. Et te laisser participer à cette fête stupide...

Tout à fait. On ne pouvait pas dire mieux. Ou peut-être d'une façon tout de même plus sympathique.

En tant que meilleur ami de Craig Tucker, Clyde aurait dû le savoir et rougir de honte en laissant une évidence pareille lui échapper.

Craig ne donnait pas sa confiance à n'importe qui. Alors, pour ce qui était des deuxièmes chances après une forte déception ou une situation trop compliquée, la chose devenait une véritable rareté à signaler au journal télévisé ! Et même ajouter un flash spécial qui annoncerait une fin du monde à s'abattre sur la ville puisque Craig Tucker était amoureux. Et pas de n'importe qui...!

Mais le petit chanceux vers qui étaient tournés ces tendres sentiments n'avait pas franchement envie d'en rire. Ni de fortement s'émouvoir sur cet amour lui étant destiné.

L'ambiance devenait d'un coup beaucoup plus pesante. À cause de cette nouvelle difficile à encaisser, ne pas savoir comment l'aborder pour convenablement la comprendre. Si Clyde voulait bien commencer par l'accepter déjà... En attendant, il fallait gagner du temps.

- Il l'a peut-être décidé comme ça. Par hasard...

- C'est pas possible, Clyde... T'es trop con pour comprendre que ton pote se branle en pensant à toi ?

Oui, bien sûr. Celui censé être véritablement attardé pour laisser passer cette évidence avait eu l'occasion de le remarquer en détail.

Et puis, d'une manière plus générale, comme beaucoup de jeunes personnes de son âge, son meilleur ami devait découvrir la sexualité en s'exerçant d'abord sur sa petite personne. Explorer son corps en pensant aux différentes anecdotes de ses petits camarades sur leurs connaissances de la sexualité encore fortement balbutiante. Et donc se masturber en pensant à la fille dont il était amoureux. Pourquoi pas aussi en zieutant les femmes voluptueuses en vedette des magazines et films X.

Ou plutôt, pour resituer les choses dans la réalité à entourer Craig Tucker, se tripoter en pensant à son meilleur ami, Clyde Donovan. Le garçon le plus mignon de la classe, un assez bon choix en vérité. Ou d'autres spécimens masculins assez intéressants et excitants pour permettre d'au moins à moitié assumer cette attirance particulière pour les hommes.

Quoique, Craig semblait totalement l'assumer. Sinon il ne se serait pas jeté de la sorte sur son cher ami, pour justement avoir besoin de cette présence rapprochée pour complètement prendre son pied. Et sûrement être assez amoureux pour atteindre un tel degré de plaisir juste en se retrouvant simplement collé à un gars censé être juste son ami.

Tout semblait plausible, bien que terriblement gênant. En plus de lui faire repenser à ce moment précis, quand, avec la compagnie virtuelle de Brenda Love, Craig s'était touché en restant étroitement serré contre lui. Un contact qui n'avait pas été à qualifier de dégoûtant, juste un moment très troublant.

En fait, se retrouver si proche de son meilleur ami n'avait pas été désagréable. Ce mélange de sexualité très primaire et de sensualité presque innocente à se mêler dans cette ambiance qui se voulait strictement amicale. Quand le gamin au bonnet péruvien avait progressivement fait pression avec sa main sur le t-shirt de son ami. Sans chercher à masquer sa respiration un peu plus forte et parfaitement perceptible par son compère. Ou bien quand son souffle s'était accéléré, en se manifestant chaudement juste au creux de son cou, pour ensuite y déposer un semblant de baiser...

Si Clyde avait été un parfait inconnu à juger la scène, il aurait peut-être trouvé tout ceci assez excitant. Peut-être romantique aussi. Mais cela ne faisait pas de lui un gay pour autant, sinon il aurait eu une érection en se retrouvant si proche d'un gars.

Ouais, ça tombait sous le sens et ce n'était surtout pas de la mauvaise foi. Et là, si le grand admirateur de Bebe Stevens commençait à rougir, c'était l'unique faute de toutes ces réflexions trop intenses et sérieuses. Purement scientifiques.

Pour ne pas davantage perdre la face devant ce dangereux personnage qui pouvait trop facilement devenir le pire des tourmenteurs, Clyde misait sur la prudence. Et le détournement habile du sujet de conversation. Du moins, il faisait preuve de bonne volonté à défaut d'être particulièrement subtile et inspiré.

- Pourtant, je n'ai pas trouvé de preuves...

- Clyde, parfois je me dis que tu es vraiment pire que Butters. Il n'y a pas besoin de preuves pour ces trucs-là ! En fait, ça se ressent...

Le prétendu parangon de la naïveté, après Butters, avait l'impression que Cartman se mettait à nouveau à lui parler français.

En déblatérant au sujet de tous les types de regard avec lesquels Craig pouvait l'observer. Des échanges de regards purement amicaux et complices, bien entendu. Là, pas besoin de s'y attarder.

Mais aussi, de manière très subtile à débusquer, des coups d'œil plus appuyés que lui aurait lancé son meilleur ami. Pleins de sous-entendus ou propices à une invitation, soulignés par un haussement de sourcil pour capter son attention. Quand ce n'était pas pour le dévorer des yeux, en se disant que ce cher Clyde était particulièrement mignon aujourd'hui, et qu'il avait vraiment un cul magnifique. Ou bien à simplement lui envoyer un regard plein de mélancolie et de résignation, en comprenant qu'il était tombé amoureux d'un gars assez stupide pour ne pas se rendre compte de ses sentiments.

Vraiment, Clyde n'aimait pas du tout quand ce gros lard se permettait de parler de son meilleur ami comme s'il le connaissait par cœur. Encore moins quand ce personnage exécrable osait inventer des pensées complètement ridicules qu'aurait pu avoir Craig. Et puis, il doutait fort que ce dernier soit obnubilé par sa présence. Craig Tucker accordait de l'importance uniquement à son cochon d'Inde, qui passait avant sa famille et ses amis. Un éventuel petit ami devait juste être un agacement supplémentaire, une présence superflue.

Et ce rôle de pseudo expert de l'amour n'allait pas du tout à Cartman, il le faisait même furieusement délirer. Comment une paire d'yeux pouvait dire tant de choses... ? C'était ridicule.

Mais, le gamin avait beau froncer les sourcils et feindre d'ignorer la grande théorie de son confident au sujet de la puissance que pouvait avoir un simple regard, il ne trompait personne.

Clyde ne voulait surtout pas chercher à analyser toutes ces fois où Craig l'avait regardé d'une façon finalement très peu amicale. Peut-être légèrement tendre et affectueuse. Sans oublier des regards trop appuyés pour être complètement purs.

Et, qu'inconsciemment, il s'était rendu complice de ce petit jeu plein de tension sexuelle. En se pavanant devant son meilleur ami pour lui faire admirer des nouveaux vêtements, et au passage lui laisser le champ libre pour se rincer l'œil. Quand il s'était changé de nombreuses fois devant lui, sans se poser de questions puisqu'ils étaient deux potes totalement en confiance, sans savoir que son ami était gay et donc nullement neutre face à ce genre de scène qui se révélait être un sublime strip-tease. Et toutes ces fois où le prétendant de Bebe Stevens s'était montré très familier et amicalement affectueux avec son meilleur ami. En agissant justement comme un meilleur ami normal et exemplaire, qui prenait son ami par le bras, lui étreignait les épaules de façon totalement fraternelle ou lui ébouriffait gentiment les cheveux pour l'agacer.

Sans oublier de lui offrir ses célèbres câlins doux et apaisants, que tout le monde appréciait et s'accordait à dire qu'ils étaient les plus réconfortants.

Pas étonnant que Craig ne l'ait jamais repoussé lors de ces fameuses étreintes offertes sans malice. Alors que le fan de cochons d'Inde disait à son ami qu'il était vraiment un bébé et qu'ils avaient passé l'âge de se faire des câlins, ses pulsions devaient joyeusement hurler le contraire. Ce n'était pas pour rien si son complice s'était tout de même toujours légèrement collé à lui pour un peu participer à cet échange de tendresse. Dans son esprit d'ami comblé, il avait toujours pris ça comme une marque d'estime de la part du très cool Craig Tucker. Maintenant, Clyde essayait juste de se souvenir si par hasard Craig ne s'était pas un petit peu trop rapproché de lui ou avait eu un début d'érection.

En tentant également de se demander depuis quand cette si belle relation amicale avait basculé vers quelque chose de si chaotique et suggestif. Et s'il était parfaitement normal d'inclure son meilleur ami dans autant de réflexions à connotation sexuelle.

Pour une fois, Cartman venir d'agir tel un super héros en lui sauvant la mise dans ce tourbillon de pensées aussi confuses que dérangeantes. Au lieu de l'y enfoncer encore plus en voulant lui tirer les vers du nez, son confident finalement peut-être pas si cruel concluait ses explications sur les ficelles de l'amour, vaillamment et avec une précision se voulant très professionnelle.

Même si cette intervention ne sonnait pas vraiment comme un compliment bon à rassurer son petit protégé.

- Je t'assure, seule une personne vraiment amoureuse pourrait supporter un gars aussi chiant et insupportable que toi.

Une chance que la suite de ces élucubrations soit plus douce aux oreilles, sinon Clyde comptait mettre ce gêneur à la porte. Par la force s'il le fallait. Sans se soucier des représailles. Ou bien trop tard pour s'en inquiéter sérieusement.

Dès que le gamin avait entendu Cartman évoquer Feldspar, il n'avait pu s'empêcher d'afficher un franc sourire. Encore plus radieux en repensant au moment aussi magnifique que marquant où Feldspar, alias Craig Tucker, avait trahi ses anciens compagnons pour rejoindre l'armée des Ténèbres dirigée par Clyde, et devenir l'assassin personnel de ce dernier. Malgré leur cuisante défaite et les commentaires orduriers de Cartman au sujet de ce sale traître de Craig, Clyde devait bien admettre que la loyauté de son meilleur ami l'avait sincèrement touché. Doublement motivé dans son sombre et cruel dessein. Pour finir par lui être d'un soutien sans faille après la terrible débâcle. Sans fuir et rentrer tranquillement chez lui en laissant ce pathétique Super Vilain se noyer dans ses larmes.

Le Seigneur des Ténèbres déchu se souvenait encore des paroles réconfortantes du voleur toujours à ses côtés, lui avouant qu'il ne regrettait pas sa trahison. Et serait même prêt à trahir encore n'importe qui, sauf Stripe, pour refaire des plans diaboliques avec lui. De toute façon, le mystérieux Feldspar préférait se ranger du côté des méchants plutôt que des gentils aux plans trop compliqués et voués à l'échec.

D'après l'avis avisé d'Eric Cartman, ce genre de choix très lourd de conséquences n'était pas du tout anodin. Seuls des sentiments assez forts pouvaient l'éveiller et l'animer.

Pour ensuite passer à des exemples plus simplistes, mais tout aussi révélateurs. Ce gars assez immonde pour avoir créé l'association des bébés du crack, mais pas complètement aveugle pour également remarquer que deux de ses collègues partageaient une certaine complicité. Une complicité presque aussi pathétique que celle entre Stan et Kyle, mais en plus discrète. Néanmoins, pas assez discrète pour échapper à la vigilance de leur implacable patron. C'est donc avec une petite satisfaction pas du tout dissimulée que Cartman énonçait à un des deux coupables toutes ces fois où son cher ami Craig l'avait aidé pour des dossiers administratifs de l'association. Avec un calme et un zèle exemplaires, alors que l'incompréhension de Clyde face à un problème pourtant ridiculement facile pouvait en faire sortir plus d'un de ses gonds. Mais pas son meilleur ami, habitué à prêter main forte à son complice ou uniquement être gentil dans le but d'un jour pouvoir le sauter. Une sorte de monnaie d'échange, un moyen de remerciement où il fallait y mettre du sien.

Quoique, Clyde n'aimait pas du tout cette dernière possibilité. Craig n'était pas un gars altruiste et immensément serviable, mais ce n'était pas non plus une fouine vicieuse prête à abuser de la confiance de son meilleur ami. Le meilleur ami en question préférait chasser cette machination graveleuse et abracadabrante de son esprit en hochant vivement la tête lorsque son confident de fortune évoquait toutes ces fois où le fan de cochons d'Inde partageait de la nourriture avec lui. Ou acceptait d'aller une fois de plus à Taco Bell avec son compère, à force de subir la douce insistance bien appuyée mais tellement enfantine de ce dernier.

Toujours pour illustrer cet amour à toute épreuve, Cartman avait remarqué ce cas assez rare pour être relevé et analysé, quand Craig usait de plus de délicatesse et d'intérêt que d'habitude pour serrer son meilleur ami dans ses bras (en gardant tout de même une certaine retenue...), dans l'idée de le consoler si un élève de leur école se moquait gravement de lui. Les remarques qui blessaient le plus Clyde étaient celles à concerner son physique et son image. Si bien que l'éternel soupirant de Bebe Stevens se sentait profondément blessé si un petit farceur bien inspiré lui rappelait ses mauvaises notes mais le rassurait en disant qu'il restait toujours en bonne position pour être le plus gros après le célèbre Eric Cartman. Et que si les filles sortaient avec lui c'était uniquement par intérêt.

Au lieu de donner satisfaction à ces plaisantins se prenant pour des maîtres de l'humour, la malheureuse victime allait toujours se réfugier auprès de son ami préféré. Qui laissait son compère pleurer sur son épaule (Ou plutôt se moucher sur lui...), tout en lui répétant de ne pas croire toutes ces conneries. Et penser très sérieusement à régler leur compte aux auteurs de ce méfait.

Les adultes de l'école ou les parents des concernés n'avaient jamais cherché à savoir pourquoi cet élément perturbateur qu'était Craig Tucker s'en prenait plus violemment à certains gamins. Ceux pourtant censés représenter la sagesse et la sécurité s'étaient contentés de prévenir les parents de ne pas laisser leur charmante progéniture trop jouer avec ce sale gosse toujours aussi indiscipliné.

Comme bien souvent, Cartman avait l'impression d'être le seul à réfléchir dans toute cette folie. Il avait très bien remarqué que Craig était un intimidateur sévère mais juste, à particulièrement s'acharner sur ceux qui avaient eu le malheur de s'en prendre à son meilleur ami.

Et ce personnage lui aussi peu recommandable avait particulièrement adoré quand le gamin au bonnet péruvien avait cassé le nez de cet abruti de Mark Cotswolds. Cet esclandre lui permettait en plus d'appuyer sa théorie sur cette étrange loyauté qu'un gars aussi distant que Craig vouait pourtant à son ami.

N'en finissant plus d'être chamboulé à cause des agissements d'une certaine personne, l'ami concerné pouvait seulement admettre qu'il n'avait pas remarqué que Craig faisait autant attention à lui. Ou alors il avait trouvé cela très naturel venant d'un meilleur ami...

Grossière erreur, comme l'avait souligné le regard lourd de reproches que son confident très impliqué avait posé sur lui, en plus d'ajouter d'une voix intransigeante que ça allait maintenant être à son tour de faire des efforts.

Et sans plus tarder, car la patience n'avait décidément pas sa place dans ce genre de situation : Le plus sérieusement du monde, Cartman glissait à présent sur Clyde un regard impitoyable pour entamer une inspection de la plus neutre et constructive des façons, d'après lui.

Bien que celui à être fixé de la sorte ne se sentait pas vraiment à l'aise ni en confiance, il préférait encore le regard un peu trop troublant de Craig. Être désiré restait plus agréable qu'un regard trop critique. Et se maudissait mentalement d'avoir osé penser ce genre de chose sur son meilleur ami avec lequel il voulait conserver une relation strictement amicale. Enfin, peut-être pas complètement non plus. À confirmer plus tard... Non en fait c'était entièrement de la faute de Cartman et de son foutu regard trop intense s'il venait de penser tout ça !

- Pour commencer, tu vas devoir faire attention à ton apparence. Les gays sont très à cheval sur ça. Ils veulent uniquement des gars très beaux, sexy, bien habillés...

Très intéressant.

Clyde approuvait en hochant modestement la tête, comme s'il était parfaitement au courant de ce fait purement esthétique tout juste découvert.

Étrangement, et sûrement pas juste parce que ce détail flattait sa fierté, le gamin adorait cette information propre à l'homosexualité masculine. Si les filles de l'école le trouvaient terriblement mignon, et qu'en plus un gay le jugeait à son goût, alors il devait vraiment être sans aucun doute super canon ! Comme ces acteurs acclamés majoritairement par le public féminin, davantage pour leur prestance que leur interprétation purement professionnelle. Mais cela ne dérangeait pas vraiment Clyde qu'on vante sa beauté plutôt que son intelligence. Il avait des amis intelligents, c'était suffisant.

- Alors, à ta place Clyde, je ferai un régime. Et peut-être que tu devrais aussi faire un truc pour tes cheveux, ils ne ressemblent à rien.

Ce gros porc l'aurait giflé ou donné un coup bien placé, l'effet aurait été le même. Sa fierté venait de se faire mettre à terre, piétinée et saccagée de la plus immonde des façons par ce sadique. Cartman ne laissait pas échapper le moindre petit rire, mais son regard le trahissait. Il brillait du plaisir malsain récolté en torturant mentalement celui qui était pourtant son protégé. Mais celui qui se prenait également comme l'unique beau gosse de l'école, et Eric Cartman ne pouvait que jubiler de l'avoir faire légèrement basculer de son piédestal.

D'ailleurs, cet être impitoyable n'en avait pas terminé avec lui...

- Je pense même que tu devrais changer de style vestimentaire. Craig va vite se lasser du style beau gosse qui se croit intéressant. Essaye donc de porter des lunettes, ça te donnera un air plus intelligent.

Si sa fierté avait été un être vivant, elle aurait été misérablement achevée par ces remarques lâchées avec un professionnalisme sans cœur et sans grande considération pour son interlocuteur.

Un interlocuteur qui avait fait du chemin depuis l'époque pas encore si lointaine où le pauvre petit Clyde Donovan perdait trop facilement ses moyens devant des gens trop cruels et influents, tel Eric Cartman. Pour ensuite pleurer comme un bébé dans les bras de son meilleur ami, si jamais quelqu'un osait lui dire qu'il était gros. À présent, il avait appris à laisser sortir sa peine uniquement en privé. La chose en devenait beaucoup moins humiliante pour son image et sa crédibilité.

Certains événements marquants, dont le décès de sa mère, l'avait profondément marqué et fait un peu grandir. L'influence de Craig Tucker y avait été pour beaucoup aussi. Pour le rendre assez mature et ne plus démarrer au quart de tour s'il y avait un mot de trop prononcé à son sujet, comme le faisait toujours Kyle Broflovski. Clyde restait futilement charmé par les compliments sincères ou hypocrites, mais il avait également appris à gérer les remarques acerbes. Et savoir parfaitement y répondre pour clouer le bec à celui qui le lui balançait sournoisement. Il faut dire qu'il avait un bon professeur, qui était également son meilleur ami...

- Si Craig m'aime comme je suis, je ne vois pas pourquoi je devrais changer quelque chose.

Du grand art, digne de l'enseignement de Craig, aux méthodes discutables mais à faire leurs preuves. Ce dernier aurait sûrement été très fier de lui, et peut être même encore plus amoureux. Mais son élève et ami préférait ignorer cette dernière constatation bien incongrue mais peut-être assez agréable à penser...

Clyde préférait se concentrer sur le plus important et prudent pour ses émotions : Il venait de remettre à sa place ce gars détestable qui adorait user de ses talents de manipulateur pour humilier les autres. Mais qui brillait aussi dans l'art de se venger de ceux à lui avoir manqué de respect. Une information pourtant capitale dont il était hélas aisé de s'en rappeler. La façon aussi effrayante que fascinante avec laquelle Eric Cartman s'était vengé des moqueries de Scott Tenorman restait gravée dans les esprits.

En moins macabre, Clyde allait juste devoir supporter les railleries de ses camarades de classe et le mépris cette fois éternel de son futur ancien meilleur ami devenu son pire ennemi dans ce futur proche.

Sauf que, aussi étrange que cela puisse paraître, Cartman semblait plus sincèrement étonné que bouillir monstrueusement de colère. Il venait même d'esquisser un petit sourire en se disant sûrement que ce cher Clyde n'était peut-être pas si pitoyable et attardé finalement. Qu'il pouvait presque aussi bien se défendre que son meilleur ami gay et fan des cochons d'Inde. Et que ce loser qui s'ignorait avait à présent le droit de s'asseoir à ses côtés au lieu de bêtement rester assis sur une chaise, en face de lui. Et d'afficher un air trop sérieux pour être amusant. Bien que son impitoyable confident lui faisait au moins la grâce de ne pas le brusquer ou le forcer à cracher plus vite le morceau.

Certes, Clyde devait sincèrement être soucieux pour ne pas s'être inquiété plus que ça de la réaction supposée violente de Cartman, ou de consciencieusement lui livrer au pas de course la suite des événements de la soirée passée. En soignant bien sûr chaque détail, dans l'espoir d'impressionner un peu son seul spectateur pire qu'un critique de cinéma.

Visiblement, son unique souci concernait le cas de son meilleur ami. Un détail à la fois romantique et pathétique, si le jugement habile d'Eric Cartman était passé par là.

- De toute façon maintenant ça ne sert plus à rien tout ça...

Avant de se faire agresser par l'impatience de son invité, Clyde sautait quelques épisodes et passait directement au passage clef. Le moment prophétique à l'avoir plongé dans cet état d'incompréhension face à certaines de ses émotions aussi nouvelles que déroutantes.

Quand Craig lui avait proposé de rester dormir à la maison, et que lui, en ami indigne, s'était enseveli volontairement sous les fausses excuses à dormir debout. Et se dépêtrer de son tissu de mensonges avant de complètement se ridiculiser, bien que le summum avait été presque atteint quand Clyde avait lâchement refusé l'invitation d'une façon tout à fait lamentable. D'ailleurs, le gamin n'avait pas censuré son récit, et ajoutait bien que Craig avait flairé son mensonge sans cacher sa déception. Une vive déception qui devait maintenant s'être muée en une terrible colère...

En parlant de colère et autres joyeusetés de ce genre, le responsable de ce fiasco amicalement amoureux s'attendait à se faire insulter à cause de sa nullité par son cher confident. Que celui-ci le traite de tous les noms et ne se gêne pas pour lever la main sur lui. Histoire de voir si sa tête était définitivement creuse, ce qui pourrait expliquer toutes ces erreurs inqualifiables de stupidité.

Mais pas du tout, pas question d'inclure de l'animosité alors que Cartman paraissait très satisfait. Après avoir écouté très attentivement les confidences de son nouvel ami proche, ce gars lui avait offert un petit sourire... Admiratif. Oui, admiratif. Alors que Clyde n'avait pas l'impression d'avoir accompli un acte très glorieux en fuyant ainsi. Heureusement que son confident était là pour le remettre sur le droit chemin et balayer tous ses doutes.

- Non, au contraire, tu as très bien fait de refuser.

- Vraiment ?

Si Clyde ignorait réellement le côté positif de son acte décevant, il aurait dû se douter de la nature de la réponse de Cartman. En voyant son petit sourire carnassier pendant qu'il lui tapotait l'épaule d'un air faussement sympathique pour accompagner la fameuse explication digne de son esprit malsain.

- Si tu étais resté chez Craig, il t'aurait menotté sur son lit pour pouvoir faire de toi sa chose. Et te baiser dans toutes les positions possibles, bien sauvagement. Pour ensuite te laisser complètement prostré, toi, ce pauvre ami naïf à se l'avoir pris bien profond. Tellement que tu en aurais pleuré et hurlé de douleur toute la nuit ! Et même les jours suivants au moment de t'asseoir !

Touché ou pas par la sainte sagesse propre à tous les confidents digne de ce nom, Cartman restait en tout cas le pire des connards. À éclater d'un rire tout bonnement insupportable en voyant l'air choqué de son interlocuteur, et redoubler d'hilarité quand Clyde avait lâché sèchement que ce n'était pas drôle. En le repoussant brutalement, mais en ne pouvant pas non plus nier les paroles tout à coup désagréablement censées de Cartman. Ce dernier venait de se calmer, et essuyait d'un revers de main les quelques larmes à illustrer l'expression "pleurer de rire", en ajoutant que si lui, cet ami irréprochable, avait faussé compagnie à son pote adoré, c'était bien pour cette raison. Cette peur non avouable de se faire violer par son propre meilleur ami. Son meilleur ami gay, et donc indigne de confiance.

Absolument. Celui à se définir comme l'unique fautif ne pouvait pas dire le contraire, ni cogiter encore des heures au sujet de cette soirée terminée trop brutalement.

En revanche, son confident était encore assez généreux pour lui délivrer quelques conseils à prendre ou non avec des pincettes. Ayant totalement fait disparaître son fou rire pour reprendre une attitude on ne peut plus sérieuse tout en joignant les mains, Cartman débutait ses saintes paroles en expliquant à son petit protégé encore si innocent qu'il avait décidément beaucoup de choses à apprendre. Et surtout à savoir. Notamment par rapport à l'homosexualité et la sexualité gay.

À vrai dire, n'ayant personne pour éclairer sa lanterne à ce sujet, Clyde ne disait pas non pour acquérir quelques connaissances qui pourraient lui être utiles la prochaine fois qu'il croiserait Craig. Si son ami ne l'ignorait pas exprès, ou s'était juré de rendre sa vie impossible pour lui faire payer son mauvais comportement...

L'intervention de Cartman l'avait empêché de sombrer une fois de plus dans cette sombre vision de son avenir amical (Et peut-être amoureux)

- Tu vois, dans les relations gays il y en a un qui joue le rôle de l'homme, et l'autre de la femme. Le dominant et le dominé. Et dès le début tu dois montrer que c'est toi qui domine !

Malgré l'absence de mots savants dans ces explications et cette manière très calme et posée dont ce gros lard finalement assez patient faisait preuve, Clyde n'était pas sûr de tout bien saisir. Enfin si, il comprenait très bien, n'étant pas le meilleur ami de Craig Tucker pour rien. L'admirateur sans cesse éconduit de Bebe restait donc le mieux placé pour savoir que son complice détestait qu'on lui donne des ordres ou si quelqu'un décidait à sa place. Il n'était donc pas du genre à se laisser dominer comme une jeune fille caricaturalement niaise. Encore moins à se laisser marcher sur les pieds. La présence d'un adulte trop moralisateur l'incitait même à exagérer son attitude insolente.

- Je ne pense pas que Craig soit du genre à aimer se faire dominer...

- Clyde, tu es si naïf... Les gays adorent se mettre des trucs dans le cul. Pourquoi tu crois que Craig aime autant les cochons d'Inde, à ton avis ?

Assez naïf en effet, ou juste très peu habitué au second degré qui évoluait dans le domaine sexuel. Gay plus précisément. Encore et toujours.

Et à inévitablement commencer à le faire rougir en comprenant l'aspect tellement ingénu de sa réponse renforçant le quiproquo tout juste découvert. Clyde était parti dans de grandes théories au sujet du style rebelle de son complice, alors que la conversation parlait en fait d'un aspect de la sexualité entre deux hommes consentants. En évoquant ensuite la masturbation anale, de façon bien sûr très particulière...

Déjà que l'ami complètement déboussolé face à ce monde totalement nouveau pour lui se sentait perdre pied en imaginant son compère l'embrasser, ce n'était pas la peine de songer y ajouter des détails d'une étreinte trop physique et rapprochée, de rendre la chose encore plus troublante et compliquée à comprendre.

Fort heureusement, le plus enclin à se moquer de sa crédulité n'avait pas remarqué cette bévue. Il devait penser qu'en lecteur assidu de Playboy et amateur de jolies blondes, Clyde Donovan savait reconnaître les sujets explicites évoqués en double sens.

Pour un peu, Clyde s'en serait épongé le front de soulagement. Une nouvelle humiliation venait d'être évitée. Toutefois, les nouvelles instructions de son coach officieux ne lui laissaient pas le loisir de souffler un peu.

Au lieu de sauter sur une belle occasion de blâmer une cible facile, Cartman continuait ses recommandations. En expliquant que pour méthodiquement fixer son autorité sur le gars à soumettre, il fallait l'inviter en premier et fixer soi-même le lieu, la date et l'heure du premier rendez-vous.

Et ce confident plein de ressources avait jugé bon d'ajouter que Clyde devait bien connaître la chose puisqu'il sortait souvent avec des filles à bien vouloir de lui, et passait donc du bon temps dans des lieux typiques pour les jeunes couples bien niais.

Sans relever cette petite pique signée Eric Cartman, le supposé bourreau des cœurs passait rapidement en revue tous les endroits parfaitement romantiques qu'il avait fréquenté avec ses petites amies ou de simples filles à l'avoir intéressé un court instant. Le lieu qui pourrait plaire à Craig, assez calme, tranquille, sans oublier d'être un minimum cool pour arriver à avoir son approbation. Sans oublier de lui convenir à lui aussi. À part la Casa Bonita.

En pensant tout haut, le gamin évoquait une enseigne devenue habituelle pour ses premiers rendez-vous galants. Denny's, un endroit où il allait souvent partager un dessert romantique avec sa compagne féminine du moment. Et cette fois avec son meilleur ami gay officiellement amoureux de lui, comme venait de doublement le confirmer Cartman.

- Tu vois que tu peux être intelligent quand tu veux !

Le futur génie qui s'ignorait peut-être avait fait la sourde oreille à cette énième réflexion condescendante. Il avait plus important à penser.

Pour le moment, Clyde n'était pas stressé en pensant à ce simulacre de premier rendez-vous amoureux. Autant que le gamin ne le visualisait pas encore très clairement, c'était encore un projet issu de l'imagination dangereusement fertile de Cartman.

Encore fallait-il que cet événement puisse avoir lieu, comme il y avait de fortes chances pour que son meilleur ami soit mortellement fâché...

Voilà, la pire épreuve de force qui se dressait actuellement devant lui était le moment fatidique du coup de téléphone pour faire le premier pas et proposer ce fameux rencart. Si Craig ne lui raccrochait pas au nez...