Bonsoir ! Voilà le dernier chapitre pour cette courte histoire. J'ignore quand je posterais la prochaine fois.

Je remercie les fidèles : Isatis2013 , Jade181184 et Paige0703.

et encore merci à Isatis2013 pour sa correction !

Note : Person Of Interest est la propriété de la CBS. Fanfiction nous permet de prendre l'existant et de laisser notre imagination créer des histoires qui n'ont pas pu voir le jour dans la série ou qui n'auront jamais pu voir le jour. Je n'écris que pour le plaisir parce que cela fait partir de mes passions. Alors je partage avec vous en espérant que vous apprécierez mes histoires.

Bonne lecture !


Chapitre 2

Finch émergea de son sommeil, confus et perdu. Il mit quelques secondes avant de se rappeler qu'il était dans le lit de John, au loft. Le jour était déjà levé et il se demanda quelle heure il était. Il pivota la tête et croisa le sourire chaleureux de John. Cela le mit instantanément de bonne humeur. John le salua en déposant un doux baiser sur ses lèvres et lui caressa la joue. Finch adorait se réveiller de cette manière et avoir un peu d'attention de la part de l'homme qu'il aimait. Secrètement il avait toujours adoré les petites attentions de l'agent, peu importe lesquelles. Ces derniers mois, John les avait multipliés aux yeux de Finch. L'informaticien n'était pas resté insensible et cela l'avait conduit à se poser des questions sur le comportement étrange de John. Il avait eu deux théories : Soit John cherchait à obtenir des informations sur lui soit John l'aimait. Bien sûr, il avait mit ces suppositions de côté, supposant que c'était de la folie de penser à la deuxième option. Parce que pour lui, cela lui semblait … évident que John ne cherchait qu'à le taquiner et qu'il n'était pas amoureux de lui. Mais il s'était trompé. Et lourdement. Le jour où il n'avait plus réussi à garder le secret pour lui, il avait été agréablement surpris de voir qu'il était aimé. Aimé de nouveau. A cet instant précis, la vie lui avait paru moins monotone, moins dure. Il n'avait jamais pensé qu'il aurait pu de nouveau être en couple, et pourtant le destin en avait décidé autrement.

John cessa de caresser la joue de son patron face à son regard.

-A quoi pensez-vous ?

- A vous.

-Alors que je suis là ? Taquina John.

-Disons que je me demandais comment cela se serait passé si j'avais résisté ce jour où vous m'avez posé la fameuse question.

-Quelle est votre conclusion ?

Finch plissa les yeux, fit semblant de réfléchir.

-Je pense que cela aurait été très différent. Et que j'aurai peut être… regretté.

John sourit et déposa un baiser sur le front de son compagnon.

-John ?

-Moui ?

-Merci. Bredouilla Finch.

-Pour ?

-Pour … cette … nuit.

John se mit à rire de sa gêne évidente. Un rire doux et sincère, loin d'être moqueur.

-Je devrais vous dire merci aussi Harold ! Vous êtes sûr que vous n'aviez jamais fait ça à quelqu'un d'autre avant moi ?

Finch vira au rouge.

-Certainement pas !

-Pourtant vous avez des mains expertes.

-John ! Veuillez cesser !

Finch repoussa la couette et s'assit doucement sur le bord du lit. Il sentit un remous et l'instant d'après, les lèvres de John étaient posées sur son cou. Finch ferma les yeux, savourant cette chaleur et frissonnant. Il rouvrit les yeux et tourna la tête vers le petit radio réveil.

-Il est 8h15 John.

-Et ?

-Mr Hajime ne va pas tarder à se réveiller je pense.

John grogna de frustration et Finch esquissa un petit sourire que l'agent ne vit pas.

- Comment allez-vous Harold ? Murmura John.

Finch soupira longuement.

-Ca va.

-Vous me le diriez si ça n'allait pas ?

John traversa le lit et s'assit à côté de lui.

-Oui, j'essayerai d'y penser John…

-Harold, vous n'avez pas besoin de vous cacher avec moi. Je sais que vous êtes fort et que ça fait des années que vous … avez mal. Seulement je veux savoir quand ça ne va pas.

Finch se sentait mal à l'aise. John le protégeait et visiblement l'idée qu'il souffre ne lui plaisait pas. L'informaticien pouvait comprendre les craintes de son compagnon mais il n'aimait pas particulièrement en parler, ni prévenir. Il ne l'avait jamais fait à vrai dire. Il n'avait jamais dis quand il avait plus mal que d'habitude. Alors prévenir John n'allait pas être simple, car il était habitué à tout garder pour lui. Cependant il s'était fait une promesse. Il s'était promis de ne pas tout cacher à son agent, de le laisser entrer dans sa vie et donc faire quelques exceptions sur certains détails.

-John. Je pense que vous me connaissez bien. Vous allez… souvent deviner avant que … je ne le dise sans doute. Parce que vous êtes intelligent et très intuitif.

John sourit.

-J'essayerai de … Le dire si … cela ne va pas mais je ne peux pas promettre que je le ferais.

-D'accord Harold, alors je vous le ferais admettre ?

-Vous pouvez essayer. Fit Finch avec un petit sourire réconfortant. Il se leva et testa ses appuis. Soulagé de ne pas avoir de douleur aigue, il rougit cependant lorsqu'il se rappela qu'il était bien trop déshabillé à son goût !

-Vous devriez être plus souvent en caleçon, chemise Harold.

-Non !

-Pourquoi ? Je vous trouve très attirant.

-Voyons ! Ne dites pas de bêtises ! Fit Harold, tentant de se diriger vers le petit couloir menant à la salle de bain. Mais John se leva et le rattrapa en un rien de temps, glissant un bras autour de sa taille.

-Allons ne me dites pas que vous n'aimez pas me voir aussi … déshabillé comme vous diriez ?

Finch déglutit, sentant le piège se renfermer sur lui. Il ne put se détacher de la poitrine dévoilée de l'agent, de ses bras si musclés. Il baissa la tête, sentit ses joues chauffer mais il se mordit la lèvre, contemplant les longues jambes de l'agent.

-Je … ce n'est pas pareil. Affirma Finch, redressant la tête.

-Si c'est pareil. Se moqua John en l'embrassant. Finch gémit mais lui répondit. Il finit par le repousser pour se rendre dans la petite pièce d'eau. John, en caleçon au milieu de la grande pièce, souriait. Même si la soirée avait été un peu surprenante et bouleversée, il était heureux d'avoir pu partager un moment aussi intime avec son compagnon. Il se sentait en forme, encore plus que les autres jours. De bonne humeur, il s'attela à la préparation du petit déjeuner, enfilant un tee-shirt au passage.

-Comment va Mr Hajime ? Demanda Harold, occupé à regarder le cours du professeur qui venait à peine de commencer, le menton dans le creux de ses paumes.

-Il semble faire comme si rien n'était arrivé. Répondit John, qui était sur place depuis une bonne heure, ayant des horaires de « faux boulot » à respecter. Il m'a salué mais il est vite parti par contre.

-Peut être qu'il vous a vu hier soir ?

-J'en doute. J'ai essayé de faire attention. Il y avait du monde en plus.

-Hum hum.

-Et concernant celui qui l'a attaqué ?

-Eh bien, je ne trouve pas de lien.

-Quelqu'un l'aurait engagé pour lui faire du mal ?

-C'est ce que je pense Mr Reese.

-Mais pourquoi s'en prendre à Jacques ?

-Cela reste un mystère pour le moment. J'ai fouillé dans le passé de Mr Hajime mais rien ne semble indiquer qu'il a pu se faire des ennemis. Que cela soit des élèves ou des collègues, rien n'en ressort. Mr Hajime a déjà puni certains élèves, mais ils se sont excusés ensuite et n'ont plus jamais eu de punition.

- Quelle genre de punition?

-Souvent une heure de colle ou un devoir supplémentaire à faire, sous peine d'avoir un zéro.

-Ce ne sont pas de grosses punitions.

-Il n'en a jamais donné. Aucun élève n'a été exclu de ses cours depuis qu'il a commencé l'enseignement.

-Dans l'enseignement supérieur, ils sont peut être plus sages ? Ironisa John.

-Seulement une partie. Répondit Finch.

-Je suis sûr que vous étiez parmi les plus sages à l'université. Affirma John.

Un bruit étonnant parvint aux oreilles de John : Finch riait tout doucement. John haussa les sourcils. Harold se moquait-il de lui ?

-Je crains que vous ne fassiez fausse route Mr Reese.

-Vous, pas sage ! Je ne l'aurai pas cru Harold !

-Il fallait bien… s'amuser parfois. Taquina Finch.

-A votre façon ?

-Hum hum.

-Un jour je saurais toutes les bêtises que vous avez faites ! Rit John.

-Bonne chance Mr Reese. Je n'ai pas dis que j'allais les raconter.

-Pourquoi ? Vous en avez honte ?

-A bien y réfléchir… Non pas vraiment.

-Je saurais vous tirer les vers du nez !

-Charmant. Fit l'informaticien.

-Dites moi Harold, j'étais en train de me demander si Jacques n'avait pas eu d'autres conquêtes ?

-Je n'ai quasiment rien à ce sujet. Apparemment il aurait passé son enfance à l'écart de la ville, et il avait une amie. Amie qu'il ne semble pas avoir revu depuis plus de … cinq ans.

-Bien. Et ses parents ?

-Les parents de Mr Hajime vivent dans l'Ohio, ce qui explique dans un sens son poste de chercheur car son père est également un chercheur très investi. La différence avec son fils, c'est qu'il y travaille tout le temps.

-Chercheur à temps plein ?

-Oui. Sa femme est secrétaire dans un cabinet médical.

-Donc Jacques a vécu son enfance à proximité de New York, puis ses parents ont déménagés dans l'Ohio pour le boulot du père ?

-Plus précisément, le père y travaillait déjà mais étant donné le coût des déplacements, il a finit par acheter une maison dans le coin pour y vivre avec sa femme lorsque Jacques a été en mesure d'être autonome.

-Je vois.

-Il n'y a pas de souci du côté des parents. Ils semblent s'en sortir financièrement.

-Le coût de la vie ne doit pas être le même.

-Non. Affirma Finch.

-Ce cours me fait grincer des dents. Se plaignit Reese, qui venait d'entendre un mot chimique à ne plus en finir.

-Il faut aimer pour comprendre.

-Vous aimez ?

-Disons que je suis curieux.

-Belle pirouette.

Finch sourit et coupa la communication pour se concentrer sur le cours du professeur, gardant toutefois un œil sur le programme qu'il avait lancé pour récolter des informations supplémentaires. Jacques traversait les allées de la classe, passant devant quelques élèves de première année pour leur expliquer à nouveau certains points du cours et les méthodes à utiliser pour réussir un exercice. Finch soupira. Comment cet homme, professeur consciencieux et appliqué, pouvait-il devenir au cours de la nuit un danseur ou un strip-teaseur plus précisément ? Etait-ce vraiment pour une raison d'argent que Jacques avait intégré ce club ? Et comment avait-il réussi à se faire embaucher sachant qu'il n'était pas un sportif, encore moins un danseur si on consultait les détails de son passé ? Il y avait quelque chose qui échappait à l'informaticien. Mr Hajime avait-il rencontré quelqu'un qui lui avait donné un coup de pouce ? Dans ce cas, qui pouvait être cette personne ?

Alors que Jacques écoutait la théorie d'une élève, un autre élève se mit à tousser violemment. Finch sortit de ses pensées et dirigea la caméra sur l'élève indiscret. Le jeune homme semblait s'étouffer, se tenant la gorge d'une main, la langue dépassait un peu. Finch sentit une panique monter mais il vit jacques accourir vers l'élève, sous les regards effarés des autres étudiants dans la salle. Jacques passa derrière l'élève qui s'étouffait et passa ses bras autour de lui, compressant son torse et donnant des coups. Finch eut le sentiment que ce n'était pas la première fois que le professeur pratiquait ce geste de secours.

-Finch, qu'est ce que je dois faire ? Questionna John dans son oreillette.

-Ne bougez pas Mr Reese, Mr Hajime va s'en sortir.

Quelques secondes après l'élève recracha quelque chose et put retrouver son souffle. Jacques l'allongea sur le carrelage de la salle de classe. Finch le vit parler à l'étudiant. Le jeune homme acquiesça et Hajime ramassa le morceau de plastique que l'étudiant avait recraché.

-Les enfants, surtout arrêtez de mâchouiller vos stylos. Un jour vous vous retrouverez dans une situation délicate si vous en venez à avaler le bouchon de votre stylo. Aujourd'hui, ce jeune homme, Antoine, a de la chance car je connais les gestes de secours. Surtout dites-vous que tout le monde n'est pas formé à ce genre de situation. Alors je vous demanderai à partir de maintenant de faire attention. Je l'ai déjà rappelé de nombreuses fois et ce n'est pas pour vous embêter.

-Et si c'est une question d'habitude ? Osa demander une élève, encore sous le choc.

-Essayez de penser à autre chose si cela vous démange. Ou alors achetez des bâtons de dentition.

-Ca existe ? Demanda un autre homme.

-Oui, ce n'est pas connu mais ça existe. Sinon vous pouvez toujours opter pour autre chose : une sucette. Cependant je déconseille parce que c'est sucré et ce n'est pas très discret.

-Et c'est interdit de manger en cours professeur.

-C'est bien, vous avez retenu la règle Mademoiselle Anastasia.

Finch vit Jacques redresser le jeune homme qui avait retrouvé ses esprits. Le jeune adulte pu reprendre sa place, encore un peu choqué par ce qui lui était arrivé. Pour le restant du cours, Harold remarqua que tous les élèves avaient cessés de mâchouiller leurs stylos et que le professeur gardait un œil sur l'élève qui avait été victime d'étouffement. A la fin du cours, il vit que le jeune homme était resté dans la salle et qu'il allait remercier le professeur. A cet instant, Finch capta un sourire honnête de la part de Jacques et celui-ci posa une main réconfortante sur l'épaule de son élève, tout en lui rappelant les dangers et en lui disant de faire attention. L'adolescent lui sourit franchement et le remercia une nouvelle fois avant de filer pour son prochain cours. Jacques fit signe aux autres élèves qui patientaient dans le couloir pour leur indiquer qu'ils pouvaient entrer.

-Il se débrouille bien. Remarqua John.

-Il a le contact facile avec ses élèves aussi. Admit Finch.

-C'est naturel chez lui on dirait.

-C'est ce que je pense également. Je ne le vois pas comme un … prédateur comme on peut dire.

-Non Finch, il ne l'est pas. S'il était un prédateur, aucun élève ne le respecterait. Il a quelle classe là ?

-Les cinquièmes années.

-Ouch. Ca va être du haut niveau.

-Je ne vous le fais pas dire.

-Je vais aller faire un tour ailleurs et tenter d'interroger d'autres personnes.

-Soyez prudent Mr Reese. Je vous avertirai s'il se produit quelque chose.

-Bien.

John s'éloigna de la salle et se mit à parcourir les différents couloirs. Il assura son travail de couverture et n'hésita pas à rappeler certaines règles à certains étudiants un peu étourdis. Heureusement pour John, tous les jeunes qu'il croisa ne lui parurent pas étranges. Certaines filles s'étaient retournées sur son passage. Il y eu quelques sifflements et des compliments que John ignora. Si Finch voyait et entendait tout ce qu'elles disaient, il en serait jaloux. Il entendit un bip sur son talkie Walkie, suivi de son prénom. Il prit l'appareil et enclencha la conversation.

-Oui ?

-John, tu pourrais venir au bâtiment A, à côté de la salle A208 ?

-Il y a un souci ?

-Oui, quelqu'un s'est enfermé dans le local de la femme de ménage.

-J'arrive Louis.

John prit son temps pour quitter le bâtiment dans lequel il se trouvait et il traversa une bonne partie du campus pour aller rejoindre son collègue. Il monta au deuxième étage et le trouva devant la porte, à côté d'une femme revêtue de la tenue officielle de femme de ménage de l'université. Louis discutait avec elle et s'interrompit lorsqu'il vit John arriver.

-Ah John ! Je te présente Marie, elle est la responsable des femmes de ménages dans ce bâtiment.

-Bonjour Marie. Salua John en lui donnant une poignée de main.

-Bonjour Monsieur. Vous êtes le fameux John dont Louis me parlait ?

-En personne. Que se passe-t-il ?

-Apparemment une élève s'est enfermée là dedans.

-Vous n'êtes pas sûr ? Demanda John, suspicieux.

-C'est surtout qu'on ne sait pas si c'est une ou un élève. Expliqua Louis.

John s'approcha de la porte et colla son oreille. Il distingua des sanglots étouffés et des reniflements perceptibles.

-Ça fait combien de temps ?

-Dix minutes. J'ai essayé de lui parler mais je n'ai eu aucune réponse. Répondit Marie

John toqua à la porte mais n'obtint aucune réponse. Il devina bien que ses collègues avaient déjà essayé d'ouvrir la porte avec leurs clés. Il tenta à son tour mais quelque chose bloquait la porte. John soupira et réfléchit. Il prit son portable et tenta de voir si l'élève planqué en avait un. Il sourit en voyant que l'appareil fut reconnu et il obtint le prénom et nom de l'élève : Jordan Cocheret. Il demanda à Louis et à Marie s'il était connu. Ils répondirent que non. John s'aperçut que les pleurs du jeune homme semblaient s'amplifier. Heureusement que ce n'était pas l'intercours, sinon il aurait eu du mal à l'écouter.

-Jordan ?

Un hoquet de surprise lui parvint.

-Pouvez-vous ouvrir cette porte ?

-Non ! S'exclama Jordan.

-Pourquoi ?

-Parce que je veux rester seul ! Renifla le jeune homme.

John jeta un regard à Marie et à Louis.

-Est-ce que vous pouvez nous laisser ?

-Ça va aller John ? Demanda Louis.

-Oui, je te contacte si j'ai un problème.

Louis réfléchit puis fit signe à la responsable de le suivre. John inspira un bon coup et toqua doucement.

- Laissez-moi… Implora Jordan.

-Il y a un problème ?

-Cela ne vous regarde pas.

-En fait si, puisque vous êtes caché ici et c'est interdit selon le règlement.

-J'avais pas d'autre endroit pour être en paix.

-Pourquoi voulez vous être seul ?

La réponse ne vint pas tout de suite, mais John, par instinct, décida de ne pas le brusquer.

-Parce que j'en ai besoin. J'ai besoin de réfléchir.

-Vous semblez triste surtout.

-C'est pour ça que je veux que personne ne me voit.

-Vous avez surtout besoin de parler non ?

-J'ai personne pour m'écouter.

-Et si je pouvais vous aider ?

John sentait que le jeune homme s'ouvrait peu à peu. Cependant il avait le sentiment qu'il avait besoin de parler, de raconter quelque chose. Jordan avait beau être derrière la porte, il sentait la détresse chez l'adolescent. Et il savait par expérience que jamais on ne pleurait pour un rien, surtout à l'université.

-On ne devrait pas raconter sa vie à des inconnus. Fit Jordan, dans un sanglot.

-Il est parfois plus facile d'en parler à des inconnus qu'a sa famille ou à des amis.

-Je n'ai pas d'ami. Personne ne veut de moi.

-Pourquoi dites-vous cela ?

-Parce qu'ils se moquent tous de moi.

-C'est sans doute de la jalousie ? Tenta John.

-Ils n'ont aucune raison d'être jaloux.

A nouveau, des sanglots se firent. John pinça les lèvres et tenta d'ouvrir la porte, mais de toute évidence, c'était pareil.

-Jordan, ouvrez cette porte. Ensuite nous parlerons d'homme à homme.

-Seulement si on discute ici. Je refuse de sortir.

John réfléchit et accepta. Un déclic se fit et John poussa la porte doucement. Il ne vit personne mais en refermant la porte il aperçut l'adolescent assit au sol, la tête posée sur ses genoux, ses bras masquant le fait qu'il était en train de pleurer. John ferma la porte à clé et s'assit à côté de lui. Il resta silencieux, prenant le temps de contempler la petite pièce dans laquelle ils se trouvaient : Il y avait quelques étagères murales où étaient disposés certains produits neuf pour l'entretien. En face de lui, un lavabo avec des serpillières qui séchaient sur les bords. A côté il y avait trois chariots d'entretiens, tous équipés.

-Jordan ?

-Oui Monsieur ?

- Appelez-moi John. Intima Reese.

A cette phrase, Jordan leva la tête et Reese le vit pour la toute première fois. Il eut le souffle coupé. Jordan semblait fragile, les larmes sur ses joues, les cernes traduisaient son état de fatigue et ses yeux bleus reflétaient tout un monde de désespoir. Mais en plus de cela, ses cheveux bruns, ébouriffés et mal coiffés, lui rappelèrent son compagnon.

-John. Vous êtes nouveau ici.

-Oui.

Jordan quitta le regard de l'agent pour regarder face à lui, les yeux dans le vague, le dos adossé contre le mur. John poursuivit son analyse sur l'adolescent. Il portait une chemise bleue ouverte sur un tee-shirt vert pâle. Il avait un jean foncé et des toiles bleues montantes.

-Qu'est ce qui s'est passé ? Questionna doucement John.

La pomme d'Adam de Jordan trembla et il laissa à nouveau des larmes couler sur ses joues. Il ferma les yeux et prit une inspiration profonde.

-Ma copine a rompu.

-Ça ne marchait plus ?

-Je le croyais mais … elle m'a trompé. Et je ne peux pas lui pardonner.

Les pleurs redoublèrent d'intensité et Jordan reprit sa position initiale.

-L'infidélité ne se pardonne pas Jordan. Quelqu'un qui vous trompe n'est pas la bonne personne. Vous finirez par la trouver.

-Je sais. Mais le fait qu'elle m'a trompé parce que je ne m'occupais pas assez … d'elle…

-Que voulez vous dire ?

-Sois disant je ne lui prêtais pas assez d'attention. Mais je faisais ce que je pouvais. Il fallait bien que j'étudie aussi. Cette école… Je paye pour étudier et réussir. Ce n'est pas facile alors elle a cru que … mes études étaient plus importantes que l'amour que je lui portais. Et elle est allée voir ailleurs…

-Ecoutez Jordan, si elle n'est pas capable de comprendre ça, c'est qu'elle n'est pas faite pour vous.

-Je l'aimais …

-L'amour est compliqué. C'était votre première relation ?

-La première sérieuse, oui. Cela faisait deux ans.

-Il arrive de faire un … choix qui n'est pas le bon. Et qu'on s'en rende compte après. Vous allez penser à elle tous les jours, puis progressivement vous allez l'oublier. Parce qu'elle vous dégoûte pour ce qu'elle a fait. John fit une petite pause. Puis petit à petit vous retrouvez quelqu'un. Le monde est vaste Jordan, et parmi toutes les femmes de votre âge, il y en a forcément une qui vous attend quelque part. Le plus dur dans tout cela, ce sont les premiers jours qui suivent votre rupture.

John posa une main sur le dos de l'adolescent et caressa doucement.

-Vous pouvez surmonter cette épreuve. Comme beaucoup. Ne vous laissez par abattre. Vous voulez réussir vos études ? Ne pensez plus à elle et ça ira mieux.

-Vous avez raison mais … Il faut que je parvienne à me faire à l'idée. Et puis je risque de la croiser. Emit Jordan en se redressant.

-Elle étudie ici aussi ?

-Oui. Soupira Jordan. Sauf que c'est en langues.

-Elle travaille bien ?

-Les premiers mois oui mais là c'est la … catastrophe. J'ai le sentiment qu'elle est ici pour faire la chasse aux garçons. Surtout les plus idiots.

Devant la mine triste de l'adolescent, John lui offrit un sourire sincère.

-Oubliez là, c'est un conseil. Vous irez mieux dans quelques jours.

Jordan cessa de pleurer et ancra son regard dans celui de l'agent. Puis un timide sourire apparu.

-Vous vous sentez mieux ? Questionna John.

-Un peu oui. Ca m'a fait du bien d'en parler un peu.

John se leva et tendit une main au jeune pour l'aider à se lever. Jordan se leva à son tour, acceptant l'aide.

-Jeune homme, surtout parlez quand vous en avez besoin.

-Je vous ai dis que je n'avais pas d'ami.

-C'est ce que vous croyez. Vous pourriez vous en faire quelques uns si vous y mettiez du vôtre.

-D'accord, je prendrai votre conseil en compte. Merci John. Je suis désolé pour …

-Ce n'est rien. Je ne dirais rien au doyen. Mais promettez-moi d'en parler si vous vous sentez seul.

-J'y penserai plus sérieusement.

-Bien. Passez votre visage à l'eau froide. Dit John, désignant le petit lavabo. Jordan s'y rendit et s'aspergea le visage, afin d'effacer toute traces de pleurs. Il attrapa le morceau de papier que John lui tendait et s'essuya le visage. Puis il se tourna vers l'agent, hésitant.

-Allez. Intima John.

Jordan resta immobile, ce qui étonna l'agent. L'instant d'après, il se retrouva avec le jeune homme dans ses bras.

-Merci. Murmura Jordan.

John lui donna quelques petites tapes amicales sur l'épaule et lui donna des derniers encouragements. Ils finirent par sortir de la salle, chacun prenant une direction différente. John saisit son talkie walkie et informa Louis.

-Alors ce n'était qu'une histoire d'amour qui a mal tourné ? Emit Louis.

-Oui. Je lui ai parlé et il n'y aura pas de prochaine fois.

-Bien. Je vais devoir faire un rapport au doyen.

-A propos de cela, est-il possible de ne pas en faire Louis ?

-Pourquoi ?

-Ce serait bien pour le gamin, ça lui évitera de se souvenir d'un moment de faiblesse.

-Je vois. On passe l'éponge ?

-Oui. Et préviens Marie, elle ne doit rien dire non plus.

-C'est comme si c'était fait.

John raccrocha l'appareil à sa ceinture et retourna rôder à proximité de la salle du professeur. Il appela Finch afin d'avoir des nouvelles, mais Harold lui annonça que tout se passait bien et qu'il n'y avait rien d'alarmant. A la fin de la matinée, Jacques quitta sa salle, déposa ses affaires dans son casier attitré dans la salle de repos et se rendit au réfectoire. John le suivait discrètement comme son ombre. Etonnamment, le réfectoire n'avait pas une partie destinée aux professeurs et ils se retrouvaient donc mélangés aux étudiants. John prit un plateau et s'installa à une table de quatre pas de distance de Jacques. Il vit Louis arriver et lui sourit alors qu'il s'installait en face de lui. Ils échangèrent un peu mais sans plus. Un moment John sentit un regard sur lui et pivota la tête pour croiser le regard du professeur de chimie. Ce qui troubla l'agent était la gêne dans le regard de l'homme. Qu'est ce qui le gênait ? Il eut soudain un doute sur sa discrétion et sourit à Jacques pour se donner contenance. L'homme détourna le regard et termina son repas dans le silence alors que ses collègues parlaient bruyamment.

A la fin du repas, Jacques récupéra ses affaires et se rendit dans sa prochaine salle de cours. John contacta Finch.

-Qu'est ce qui peut bien clocher chez Jacques ?

-Vous êtes en manque d'action Mr Reese ?

-Exactement.

-A un moment ou à un autre la menace finira par se montrer.

-Oui. Avez-vous pensé à manger ?

-Bien sûr John, je n'oublie pas. Sinon je suis certain que vous allez veiller à mon alimentation.

-Qu'avez-vous mangé ?

-John, dois-je vraiment vous donner mon menu ?

-Pourquoi pas.

-A condition que vous me donniez le vôtre ? Tenta Finch.

-Oh ça je peux vous le donner de suite ! Salade, frites, un steak haché sorti du congélateur et un yaourt aux fruits vraiment fades. Fit John avec une grimace.

-Et pourtant vous avez tout mangé.

-Vous me surveillez Harold ?

-Comme toujours.

John soupira et sourit.

-J'ai mangé une salade composée John. Ce n'était pas mauvais mais je crains que le préparateur y ai été un peu fort sur la vinaigrette.

-Vous avez testé le nouveau dans la rue ?

-Oui. Ils font d'autres menus à emporter mais je préférais quelque chose de léger.

John haussa un sourcil.

-Finch, je n'ai pas mis de caméra dans cette salle.

-Ce n'est pas un souci. Je vois ce qui se passe.

-Comment ça ?

-Il se trouve qu'il y a quelques ordinateurs équipés de webcam dans le fond de la salle. Il me suffit d'en activer une.

-Je croyais qu'il ne devait pas y avoir de caméras dans les salles ?

-C'est exceptionnel. Mr Hajime se trouve dans une salle de cours de langues ordinairement. Il a demandé cette salle car celle qu'il a habituellement est occupée pour une conférence aujourd'hui. A la base, dans cette salle, les étudiants du cursus Langues échangent avec leurs correspondants.

-Je vois. Emit John. Vous captez bien ?

-Oui la qualité est excellente. L'audio aussi.

-Hum.

-Quelque chose vous contrarie John ?

-J'ai l'impression qu'il m'a vu au club.

-Pourquoi cette impression ?

-Il semblait … gêné. Ou étonné. Je ne saurais dire Harold.

-Tant qu'il ne vient pas vous en parler, nous devons considérer que c'est non. Sauf si vous sentez vraiment qu'il vous a vu. Faites attention Mr Reese, nous ne devons pas le perdre.

-Nous ne le perdrons pas Harold.

-Je sais, j'ai confiance John.

John sourit.

La sonnerie annonçant le début des cours de l'après midi retentit et John observa les élèves de troisième année qui rentraient dans la salle. Finch, qui regardait les images, reconnu cette classe mais un détail l'interpella.

-John, avez-vous vu Eric ?

-Non, c'est étrange.

-Je vais essayer de localiser son téléphone.

Finch fit une rapide manipulation.

-Sa dernière position était à quelques mètres de l'université. A 13h30, son portable a été coupé.

-Ca fait trente minutes déjà.

-Eric éteint parfois son téléphone mais jamais avant d'arriver à l'université. Remarqua Finch.

-Une panne de batterie ? Ce n'est pas lui notre numéro Harold.

-S'il revient sur le réseau, je vous avertirais. Je vais essayer de voir si je le trouve sur les caméras de sécurité de l'université.

John prit son téléphone et suivit le cours de Jacques. De toute évidence le professeur semblait avoir remarqué l'absence d'Eric et paraissait contrarié. Sans doute parce que le jeune homme dont il était amoureux n'avait jamais manqué un seul de ses cours, sauf lorsqu'il était malade. Il venait d'interroger ses élèves, leur demandant s'ils avaient eu cours dans la matinée. Mais la réponse avait été négative et par conséquent Jacques ne pouvait pas poser la question qui lui brûlait les lèvres. L'ex-agent de la CIA sentait son inquiétude et quelque chose lui disait que la menace avait quelque chose à voir avec la relation qu'il entretenait. Quelqu'un était-il au courant ? Eric l'avait-il trahi et en avait-il parlé avec quelqu'un ? Le cours fut un peu moins animé que d'habitude, conséquence du stress ressenti par le pauvre professeur. Pourtant les étudiants ne prêtèrent guère attention à son attitude étrange, prenant des notes, gribouillant de drôles d'expressions chimiques sur leurs bloc de feuilles, leurs carnets, leurs cahiers. Soudain un bip se fit entendre. Tous les élèves redressèrent la tête. Jacques était figé sur place et s'excusa. Il prit son deuxième téléphone et lu le message.

Viens me retrouver dans les toilettes du deuxième. Tu me manques. Eric ».

John et Finch venaient de voir le message également. Quelque chose n'était pas clair.

-John, c'est de son propre portable mais …

-Ce n'est pas lui qui l'a envoyé, c'est impossible .Fit John.

Mais ce qui choqua les deux hommes, fut la réaction du professeur. Ils le virent s'excuser et demander à ses élèves de rester sage quelques minutes en leur ordonnant de travailler sur des exercices. John vit le danger et prit de l'avance. Au passage il vola une bouteille d'eau neuve qu'un étudiant avait posée sur le petit muret, alors qu'il était occupé à discuter avec ses camarades. John sortit son canif et fit un trou sur le bouchon avant de plaquer la bouteille dans sa veste, tout en restant lui-même afin de ne pas attirer l'attention.

-Mr Reese, Mr Hajime vient de sortir de la salle.

-Bien, j'arriverais avant lui.

John entra dans l'espace homme. Il y avait juste une personne dans une cabine. John plaça rapidement une caméra dans l'angle et s'enferma dans la cabine du bout, celle qui était inoccupée. Il sortit la bouteille et la vida dans la cuvette, créant l'illusion. La porte se fit entendre puis John pu entendre jacques prononcer le prénom de Eric. Une porte de cabine s'ouvrit et une voix féminine se fit entendre.

-Ça alors Jacques.

Finch, assistait à la scène. Que faisait cette femme ici ? Un homme entra dans l'espace et emprisonna Jacques en passant un bras sous son menton. L'informaticien le reconnu.

-John ! C'est Mr Heluin, celui que vous avez empêché d'agresser Mr Hajime l'autre jour !

-Et la femme ? Marmonna John.

Finch tapa rapidement sur le clavier et cette fois-ci il la trouva deux fois.

-Oh non…

-Qui est-ce ? Demanda John.

-C'est la sœur de Mr Heluin. Et aussi la meilleure amie de Mr Hajime.

-Quoi ?!

-C'est son amie d'enfance John. Et si j'en crois ce que je lis et ce que je vois, ils étaient ensemble à un moment. Pendant six mois puis après Mr Hajime a rompu avec elle et est parti.

-Elle a comprit. Fit John. C'est elle qui a envoyé le message j'en suis sûr. Mais où est donc Eric ?

-Je continue à chercher Mr Reese !

John se concentra sur l'échange qui avait lieu à côté de lui.

-Qu'est ce que ça te fait de me revoir Jacques ? Demanda la femme.

-Qu'est ce que tu veux Sophie ?

-Te faire regretter.

-Je t'ai déjà expliqué pourquoi je ne pouvais pas rester avec toi.

-Sous prétexte que tu préfères les mecs. Comment dire ? J'ai été vraiment blessée. A cause de toi je crois que c'est de ma faute.

-Ce n'est pas de ta faute Sophie, on en a déjà parlé !

-Tous les jours, je souffre. Tous les jours je repense à ce que tu m'as dis. Je t'aimais tellement tu sais ?

-Je sais mais je ne pouvais pas faire semblant ! Grogna Jacques. Il gémit alors que l'homme derrière lui resserrait sa prise.

-Menteur. Pourquoi tu as réussi à bander quand tu étais avec moi ?

-Je ne l'explique pas Sophie.

-J'ai du mal à croire que tu préfères vraiment les mecs. Tu me déçois. Alors je vais te faire un peu de mal pour la peine.

- Que comptes-tu faire ?

La femme baissa les yeux et eut un sourire bien à elle. Le visage de Jacques se décomposa lentement.

-Non ne fais pas ça.

-Je vais me gêner.

La femme s'approcha d'un pas déterminé et d'une main rapide, empoigna les parties de Jacques.

-Oh mon … S'exclama Finch.

-Elle ne rigole pas. Siffla John.

-John, il faudrait faire quelque chose !

-Pas tout de suite, je veux savoir pourquoi elle s'en prend à lui. Intima John. Reese se pencha et se coucha sur le sol, et vit les pieds et les chevilles des trois personnes par-dessous les séparations des cabines. Il prit son arme et retira le cran de sécurité au cas où.

- Ne me dis pas que ça t'excite pas. Clama la femme.

-Tu me fais mal surtout. Grogna Jacques, gémissant.

-Je devrais t'arracher les parties à cause de ton homosexualité. Je déteste ces personnes.

-Je te croyais ouverte d'esprit Sophie.

-Eh bien, tu peux voir que non… Et si tu ne changes pas de camp, je vais m'assurer que tu seras mort dans d'atroces souffrances.

Jacques étouffa un gémissement.

-Tu crois qu'en me menaçant, tu vas parvenir à me faire changer d'avis ?

-Faut bien essayer.

Sophie passa la main derrière son dos et en sorti un petit canif suisse. Le professeur ouvrit grand les yeux, pétrifié alors que Sophie venait de sortir la petite lame et de la mettre pas loin de sa nuque.

-Ne fais pas ça.

-Pourquoi ?

-Parce que tu n'es pas une meurtrière.

-Peut être que si finalement ?

Un coup de feu retentit. Sophie s'écroula au sol, frappée par la douleur violente qui s'emparait de sa cheville. L'autre homme, confus, avait relâché Jacques. Le professeur tomba à genoux sur le sol, ses deux mains sur ses parties, essoufflé. John quitta la cabine, furieux, Heluin grogna, se dirigeant vers John. Mais l'ex-agent visa son genou et il se retrouva à terre également. Rangeant son arme fumante, John se pencha vers Jacques.

-C'est fini.

-J'ai contacté l'inspecteur Fusco Mr Reese. Et j'ai peut être retrouvé Eric.

-Où est-il ?

-Peut être dans les vestiaires de la salle de sport. La dernière trace que j'ai de lui s'arrête là. Il était avec Mr Heluin.

-D'accord. Professeur ?

-Mr Riley. Fit le professeur en se redressant avec une grimace. Je dois vraiment vous remercier.

-Il faut qu'on aille retrouver Eric, Jacques.

-Pourquoi ? !

John l'aida à se mettre sur ses jambes et le fixa intensément.

-Je sais que vous l'aimez. Et lui aussi.

-Je …

-N'ayez pas peur, je ne dirais rien à l'administration, cela vous regarde professeur. Vous pouvez marcher ?

-Oui, je pense que ça ira.

-Venez.

John prit le bras du professeur pour le soutenir et ils traversèrent le couloir vide. A l'entente des coups de feu, les étudiants avaient dû avoir peur et prendre la fuite. John l'amena vers les salles de sports et trouva rapidement les vestiaires. Jacques prit place sur le banc au milieu des casiers et se mordit la lèvre. Reese fouilla les pièces sur les côtés et finit par trouver Eric, assommé dans une cabine de douche, les poignés et les chevilles liées. John défit les liens et le porta pour aller le poser sur le banc. Jacques s'étrangla en le voyant inconscient, une petite entaille sur le front. Il prit le visage de son élève entre ses mains et tenta de le réveiller tout doucement, en l'appelant par son prénom. John prévint Finch d'appeler les secours également. Quelques secondes après, il capta les sirènes des policiers et préféra sortir des vestiaires pour se rendre dans la cour. De loin Fusco le repéra et John le rejoignit.

-Hey superman.

-Bonjour Lionel.

-Où sont les paquets ?

-Dans les toilettes du deuxième, tu trouveras facilement.

Fusco ordonna à ses collègues d'y aller.

-Finch m'a dit qu'un professeur avait été victime ? Où est-il ?

-Dans les vestiaires.

-Comment ça se fait ?

-On te racontera Lionel. Mais surtout ne le juge pas.

-Pourquoi ?

-Il entretient une relation avec un élève majeur.

-Et alors ? Ils ont le droit !

-Lionel… Tempéra John. Ce sont deux hommes.

Lionel lui lança un regard faussement outré.

-Et alors ? Ils sont majeurs. Tant qu'ils s'aiment.

John fut agréablement surpris de voir que l'inspecteur était très ouvert d'esprit. Peut être devrait-il lui dire pour lui et Finch ? Mais connaissant son compagnon, il serait préférable d'attendre un peu. Parce que Finch ne le criait pas sur tous les toits. Parce que Finch était pudique et réservé. Si personne n'était au courant, ce n'était pas pour rien. Evidemment à part les filles, Bear et l'inspecteur Fusco, ils n'avaient personne d'autre et dans un sens c'était mieux pour eux.

-Bien. Dit Fusco, refermant son calepin sur lequel il venait de prendre la disposition de Jacques et de Eric. Autant que je vous le dise, ces deux là vont avoir de sacrés problèmes avec la justice.

-Inspecteur, est ce que ce serait possible que ma relation avec Eric ne soit pas ébruitée ?

-Elle sera secrète publiquement. Mais au tribunal, il faudra en parler.

-Je vois. Soupira Jacques.

-Ce n'est pas grave, on essayera de faire en sorte que ce soit en comité réduit. Fit Lionel.

-Merci. Fit le professeur.

-Jacques, ce n'est pas grave. Dit Eric, alors qu'un ambulancier lui posait une petite compresse sur la tête.

John était resté en retrait. Voir que Jacques et Eric se tenaient par la main lui rappela bien évidemment son compagnon. Et les petits gestes timides du début. La façon dont Finch lui avait dit qu'il l'aimait, à cet instant là, John avait craqué face à ce visage si timide, si gêné. Si leur premier baiser avait suivit la révélation, ce qu'il y avait eu après avait été très intéressant. John avait prit les mains de Finch dans les siennes pour savourer un nouveau contact intime avec lui. Harold n'avait pas résisté et s'était laissé faire malgré ses joues toutes rouges. Puis doucement John avait déposé un baiser sur chacun de ses doigts. Finch avait retenu ses soupirs mais au moment où John avait déposé le tout dernier baiser, il s'était avancé vers lui et avait posé sa tête contre sa poitrine, cherchant du réconfort. John avait sourit et il avait posé sa main dans les cheveux de l'informaticien, l'autre main sur sa hanche et ils étaient restés un long moment enlacés.

John revint à lui lorsqu'il vit le professeur se lever, suivit de son élève. Il sourit quand ils s'approchèrent de lui.

-Mr Riley, je ne sais pas comment vous remercier mais …

-Merci beaucoup Mr L'agent. Sans vous, je ne sais pas ce qui aurait pu se passer. Continua Eric, avec un sourire timide.

-Ce n'est rien. Fit John. C'est mon travail d'assurer votre sécurité.

-Tout de même. Fit Jacques. Vous vous mettez en danger pour nous.

-Je suis habitué.

-Jacques ?

-Oui Eric ?

-Tu ne crois pas que tu devrais … l'inviter ?

-Tu n'as peut être pas tort. Mais tu sais que je risque d'être jaloux ?

-Ne t'inquiètes pas pour ça, combien de fois t'ai je dis que je n'avais d'yeux que pour toi ? Rétorqua l'étudiant.

John était amusé.

-Eh bien. Mr Riley, sachez que c'est un hasard mais je vous ai croisé au Swag Altitude.

-Je …En effet j'y étais.

-Je comptais vous inviter au spectacle de vendredi soir. Mais …

John fronça les sourcils.

-Attendez. Eric, vous êtes aussi dans ce club ? Demanda John.

-Oui, sous un faux nom. Je fais la même chose que Jacques et c'est moi qui l'ai pistonné. Parce qu'il avait besoin de revenus.

-Oh. Emit John.

-Oui. Fit jacques. J'étais en train de dire que je voulais vous inviter mais j'aimerai inviter aussi votre compagnon.

-Comment savez-vous que j'en ai un ? Demanda John.

-Pour plusieurs raisons. Lorsque je vous ai vu au bar, vous ne sembliez pas chercher un autre homme avec qui passer du bon temps. Je pensais que vous étiez hétéro mais … j'ai compris que vous ne l'étiez pas. Vous n'étiez pas dégoûté de voir des hommes s'embrasser, ni de me voir sur scène. J'ai appris à décoder les clients depuis le temps que je travaille Mr Riley. Et je sais que vous êtes avec quelqu'un.

-J'ai bien quelqu'un en effet. Avoua John, vexé d'être aussi lisible.

-Nous voudrions vous remercier à notre manière en vous offrant une entrée gratuite et la boisson à volonté.

-C'est gentil. Concéda John. Mais il faut que je lui en parle, je ne sais pas s'il acceptera.

Jacques sourit.

-Il a du mal à accepter ?

John sourit à son tour.

-Je ne sais pas en fait. C'est peut être seulement le fait de s'exprimer en public qui le gêne. Mais je suis heureux.

-C'est l'essentiel John. Dit Eric. Essayez de le convaincre, nous serons ravis de vous voir !

-Je vais lui transmettre le message. Maintenant faites attention à vous. Ajouta Reese.

Eric et Jacques saluèrent John. Reese se demanda comment aborder le sujet de l'invitation avec son partenaire…

Reese rentra vers 20h au loft et ne fut pas étonné d'y voir son compagnon dans le canapé, ordinateur sur les genoux. Il alla le voir et lui arracha un baiser.

-Bonsoir John.

-Bonsoir Finch. Je pense que vous avez assez travaillé pour aujourd'hui ! Fit John, en lui prenant son ordinateur et en le posant sur la table basse. Finch lui lança un regard courroucé parce qu'il n'avait pas terminé sa mise à jour. Quoi ? Questionna John avec un sourire charmeur qui fit fondre l'informaticien, effaçant toute trace de colère.

-Depuis quand décidez vous si j'ai suffisamment travaillé ? Bouda Finch pour la forme, les bras croisés sur sa poitrine.

-Depuis que je suis votre compagnon ! Je dois prendre soin de vous !

Finch lui sourit tendrement.

-Vous avez écouté la proposition de Jacques ? Fit John, se débarrassant de sa veste pour se mettre à l'aise.

-Non, j'étais en communication avec l'inspecteur Fusco pour lui confirmer ce qui s'est passé.

-Ah.

-J'aurai dû écouter ?

-Je ne sais pas Finch. Jacques veut nous remercier à sa façon.

-C'est-à-dire ? Se méfia Finch.

John prit place à côté de lui, passant un bras derrière lui, le posant sur le dossier du canapé.

-Il nous invite à une soirée au club.

-« Nous » ? Demanda Finch, éberlué.

-Oui nous. Et avant que vous ne disiez quoi que ce soit, sachez que je n'ai rien dit.

-Il a deviné ?

-Apparemment c'est ancré en moi. Plaisanta John. Je n'allais pas le démentir.

-Vous … avez eu raison John. Admit Finch.

-Alors que pensez-vous de sa proposition ?

-Je ne suis pas très …

-Emballé ? Termina John.

-Voilà. Mais après il s'agit d'un remerciement John.

-Vous n'avez pas peur que nos couvertures soient en danger si on y met les pieds ?

-N'ayez crainte. Si nous y allons, je ferais en sorte que nos identités ne soient pas les plus connues si on en venait à nous les demander.

-Dites moi Harold, j'avais pensé que vous seriez contre.

-John… Quand vous y étiez, j'ai regardé ce qu'il s'y passait aussi. Il y a plusieurs caméras.

-Vous avez vu le spectacle du numéro ?

-Un peu. Avoua Finch. Cependant malgré le but du club, je n'ai pas trouvé cela vulgaire. C'était assez synchronisé avec la bande sonore et Mr Hajime était concentré sur ses gestes mais aussi sur le public.

-Vous êtes donc curieux ?

-Un peu. Sachez que je n'y aurai jamais mis les pieds mais avec vous …

-Vous voulez tenter ? Demanda Reese, souriant.

-Oui, je ne serais pas contre, à condition que la Machine ne nous donne pas de numéro. Puis vous sembliez très surpris lorsque vous l'avez surveillé. Alors j'aimerai savoir ce que vous avez ressenti.

-Harold… Vous savez que ça peut être dangereux ?

-Que voulez-vous dire ?

-Quand Jacques s'est donné en spectacle je me suis imaginé que c'était vous.

-Je me souviens. Mais à ce que je sache vous êtes resté « sage ».

Reese fronça les sourcils et réalisa alors quelque chose. Ce soir là, ce n'était pas lui qui avait sauté sur son compagnon mais plutôt Finch ! En sachant maintenant qu'il avait regardé le spectacle de Jacques, John se demandait si cela ne l'avait pas aidé dans un sens. Peut être que si, peut être que non.

-C'est vrai. Admit John. Contrairement à vous Harold.

Finch écarquilla les yeux et rougit.

-Mais cela ne me déplaît pas. Souffla John à son oreille.

-Heureusement. Grinça Finch.

John éclata de rire. L'informaticien comprit que John venait de le taquiner et qu'il était une fois de plus tombé dans le piège. Il se renfrogna et fit mine de bouder.

-Vous êtes machiavélique Mr Reese.

-Allons Harold, ne boudez pas ! Vous me donnez envie de vous embrasser !

Finch prit un coussin du canapé et l'envoya sur John.

-Oh on se rebelle Harold ?

-Vous êtes désespérant !

John écarta le coussin et prit possession des lèvres de Finch. Harold gémit sous l'assaut inattendu mais eut toutefois le réflexe de prendre le visage de l'agent entre ses mains, comme pour approfondir ce baiser. Il sentit son compagnon remuer et se mettre à califourchon sur lui, sans pour autant reposer tout son poids, poursuivant le baiser. Ils le cessèrent lorsqu'ils furent à bout de souffle. Harold soupira.

-J'ai le sentiment de m'être fait avoir.

-Du tout Harold, ce n'est pas dans mes intentions !

John déposa un baiser sur la nuque de Finch, le faisant frissonner. Mais un bruit bien étrange résonna et Reese lança un regard perplexe à son patron alors que celui-ci était confus.

-Visiblement votre salade de ce midi n'était pas assez chargée !

-Je pensais que cela m'aurait suffit.

-La preuve que non ! Vous n'avez pas dîné ?

-Non, je voulais vous attendre.

John sourit.

-Vous voulez me donner un coup de main en cuisine ?

-John, vous savez que ce n'est pas ma spécialité ?

-Je sais Harold, mais il faut bien essayer !

-Vous dites cela car vous ne voulez pas me voir sur mon ordinateur ?

-Aussi. Et peut être parce que j'ai besoin d'un peu de soutien en cuisine ?

-Dit comme ça, je m'en voudrais de refuser. Taquina Finch.

John sourit de plus belle et se redressa. Puis il tendit une main à son compagnon. Finch l'accepta et se leva. Puis ils se rendirent dans la cuisine, main dans la main…

Deux jours après les évènements et un petit numéro vite résolu, Finch et Reese se préparaient pour la soirée au club. John était ravi et s'était habillé comme à son habitude. Finch quant à lui avait retiré le gilet de son costume, estimant qu'il ferait sans doute chaud. L'informaticien était un peu nerveux pour plusieurs raisons : il n'avait jamais mit les pieds dans un tel club, il n'aimait pas vraiment la musique forte ni les lumières agressives. Et surtout il ne tenait pas beaucoup l'alcool, il le savait et prévoyait donc d'être prudent là-dessus. Ils se rendirent donc au club en début de soirée et le vigile à l'entrée les laissa entrer sans les fouiller. John se douta qu'il avait reçu l'ordre de ne pas les fouiller et de les laisser tranquilles. Il traversa le couloir avec un Harold perdu, qui se demandait sans doute encore pourquoi il avait accepté de venir. Une fois parvenus à l'intérieur, la salle n'était pas entièrement remplie. Ils étaient parmi les premiers à arriver. John et Harold furent interpellés par un homme. Lorsque l'agent se tourna, il reconnu le professeur. Finch le détailla, le voyant pour la première fois. Jacques n'était pas en tenue de scène pour le moment.

-John, je suis content de vous voir ici. Alors vous avez réussi à convaincre votre compagnon ?

-Bonjour Jacques, oui il est là.

Finch s'approcha de lui et lui tendit la main. Jacques la serra en retour.

-Harold Paine. Fit Finch.

-Bonjour Harold. Je peux vous dire quelque chose ?

-Si vous voulez Mr Hajime.

-Oh avant ! Appelez moi Jacques c'est mieux ! Je dois dire que vous avez de la chance d'avoir un tel homme rien que pour vous. Fit le professeur avec un clin d'œil appuyé.

-Doucement Jacques, c'est chasse gardé ! Défendit John, en passant un bras autour de la taille de Finch pour le rapprocher davantage. Harold lança un regard courroucé à son agent puis répondit à Jacques :

-John est déjà prit Mr… Jacques.

-Oh je ne comptais pas vous le voler !

-Sinon je pourrais toujours voir Eric dans ce cas ? Taquina Finch.

-Oh alors là c'est bas Harold !

La bonne humeur s'étant installée, Jacques invita les deux hommes à s'installer à une table, entourée d'un canapé avec des dossiers hauts, ce qui permettait aux tables voisines de ne pas les voir et de leur donner un sentiment d'intimité. L'emplacement offrait une bonne vue sur la piste, toute en restant un peu à l'écart pour éviter le contact avec les hommes qui pourraient s'approcher de la piste pour y glisser quelques billets ou oser toucher les danseurs. Jacques leur souhaita de passer une bonne soirée. Un serveur en jean, chemise débraillée, passa pour prendre leurs commandes et quelques minutes après, ils avaient deux verres de Whisky sur la table, accompagné d'un petit bol de cacahuètes.

-Tout va bien Harold ?

-Ça va. C'est plutôt confortable. Fit Finch.

-Détendez vous Harold. Essayez de profiter. Depuis combien de temps n'êtes vous pas sorti en dehors de nos missions?

-Depuis bien trop longtemps John. Avoua le petit homme, en buvant une gorgée du breuvage.

La salle se remplissait doucement, créant une ambiance chaleureuse et conviviale. Contrairement à ce qu'avait pensé l'informaticien, tout le monde semblait se respecter et il n'y avait aucun écart de conduite entre les différents hommes qui prenaient place. Mais ce qui étonna Finch était que la majorité des hommes avaient dans la trentaine, voire la quarantaine. Il y avait toutefois quelques personnes plus âgées mais aussi des jeunes hommes d'une vingtaine d'années, sans doute en plein questionnement sur leur orientation sexuelle. Etrangement, il sentait qu'il se détendait. Il capta le regard intense de John sur lui et lui sourit timidement. Une fois que tout le monde fut installé, les lumières se tamisèrent et une douce musique se fit. Le thème de la soirée fut évoqué brièvement puis rapidement, les pistes furent éclairées par les projecteurs, les boules à facettes commencèrent à tourner. C'est ainsi dans une ambiance curieusement sensuelle que la soirée débuta. Jacques entra sur la piste. John haussa un sourcil, amusé.

Le professeur avait ce soir troqué sa tenue habituelle par une autre. Il portait une chemise blanche à moitié déboutonnée, les manches retroussées, le bas enfoncé dans un bermuda en jean, arraché. Des bretelles pendaient. Il avait des chaussures de soldat et marchait avec une démarche provocatrice le long de la piste. De toute évidence, l'ensemble de son corps était recouvert d'un produit un peu brillant. Des sifflements, des acclamations et des encouragements se firent entendre. Jacques s'arrêta en bout de piste, une main posée sur la barre de pole dance. Il lança un regard aguicheur à son public, avant de tourner doucement autour de la barre. De nouveau pas se firent entendre et cette fois-ci Eric apparut. Le jeune étudiant était différent. Harold fut étonné de le voir changé, comme s'il n'était pas le même. Eric s'avança à son tour, sur le rythme lent de la musique. Lui portait un polo bleu, loin d'être boutonné, noué au niveau du ventre et un pantalon aux couleurs marron et kaki, donnant un style militaire. Il portait des bottes montantes comme Jacques. La petite folie en plus était le bandeau jaune autour de sa tête, comme pour retenir ses cheveux. Sous les exclamations, Eric avançait vers Jacques, avec un sourire à la fois charmeur et ravageur.

Finch assistait à cet échange bien particulier. Ce n'était en aucun cas de la provocation dans les regards de Jacques et d'Eric, mais bel et bien de l'amour. Eric lui rappelait John. Sans le bout de tissu noué autour de sa tête, ni le polo maltraité, il était persuadé que John avait été comme ça au début. Les deux hommes sur la piste se taquinèrent, suivant le scénario du spectacle de la soirée. Un coup ils étaient sur le point de s'embrasser, un coup ils s'éloignaient, se moquant mutuellement, se frustrant aussi. Le thème était basé sur l'amour compliqué. Jacques et Eric s'en sortaient très bien et jouaient leurs rôles à la perfection. Il y eu quelques gestes de mains provocateurs sans plus. John se cala bien contre le dossier, suivant le spectacle et surveillant son partenaire en même temps. Au bout de trente minutes de provocations et de taquineries entre les deux hommes de la soirée, la musique changea et devint beaucoup plus sensuelle, plus rythmée.

Eric s'approcha soudainement de Jacques et collant sa poitrine contre le dos de celui-ci, l'entoura de ses bras pour le piéger. Jacques sourit et se mit à rire quand Eric commença à retirer les pans de chemise coincés dans le bermuda. Puis les mains du jeune homme se placèrent sur la poitrine découverte, caressant le corps huilé de Jacques. Quelques hommes devant eux s'extasièrent. Peu après, Jacques fut libéré des bras d'Eric puis pivota. Un long échange muet eu lieu puis Jacques fit reculer Eric et le coinça contre la barre de pôle dance. Finch écarquilla les yeux en voyant Jacques lécher le cou de Eric, puis retirer le polo. De toute évidence, Eric aussi avait subi le même traitement que Jacques. Sa poitrine bien taillée et musclée, brillait sous les projecteurs. Harold but une gorgée pour se donner contenance.

Ensuite, Jacques dénoua le nœud du bandeau jaune et le retira, passant une main dans les cheveux du jeune homme. Eric soupira avec exagération puis repoussa Jacques, qui tomba sur la piste. Des exclamations de surprise se firent. Eric se pencha vers Jacques, s'installant sur ses genoux et passa un doigt sur les contours du visage du professeur, avant de le poser sur ses lèvres, comme pour l'empêcher de protester. Avec une lenteur calculée, Eric se pencha plus et scella enfin ses lèvres contre celles de Jacques. A nouveau le public s'extasia devant cette scène qu'ils attendaient tant.

La suite se fit encore plus intense. Eric fut repoussé par Jacques. Le professeur se mit à genoux et rampa tel un petit félin vers Eric. John capta un mouvement et se tourna vers Finch. A sa grande surprise, Harold semblait apprécier. Mais ce qu'il ne savait pas, c'est que l'informaticien imaginait John à la place d'Eric. Et ce depuis le début de la soirée. Ce mélange de tendresse, de taquineries et de gestes brusques entre les deux hommes était puissant et Finch le ressentait. Inutile d'être à côté d'eux pour comprendre l'amour qui existait entre eux. Harold remua légèrement. John fronça les sourcils en voyant la lueur dans les yeux de Finch. Il l'avait rarement vue. Soudainement le regard de Finch croisa le sien. John lui demanda discrètement si tout allait bien. Harold acquiesça avec un petit sourire. Ils regardèrent la suite du numéro de la soirée et cela s'intensifia, devenant de plus en plus intense. Jacques avait perdu sa chemise depuis bien longtemps et maintenant il se baladait en caleçon et pieds nus. Eric quant à lui n'avait pas changé de tenue. Mais l'ambiance était chargée en électricité et également en testostérone. La musique était devenue plus rythmée.

Finch déglutit lorsqu'il vit Eric se coucher sur Jacques, pour faire de lui son prisonnier. Il ferma les yeux un instant, pencha la tête et soupira doucement. Pourquoi avait-il accepté de venir ? La curiosité était décidément un bien vilain défaut ! Pourtant lorsqu'il avait visionné les prouesses du professeur, il n'avait pas un instant soupçonné qu'il était capable d'une telle grâce, capable de partager ses sentiments, peu importe lesquels. Mais si en plus Eric était sur scène et apportait une touche supplémentaire…Il était évident que Jacques et Eric se débrouillaient comme des chefs alors qu'aucun des deux n'avait prit de cours. Ils improvisaient tout simplement. Il rouvrit les yeux et se mordit la lèvre.

-John ? Murmura-t-il.

L'ex-agent de la CIA capta son faible appel et fut à son écoute.

-Oui Harold ? Chuchota-t-il.

-Le spectacle est … bien mais …

Il grimaça.

-Je préférerais que nous soyons tous les deux.

Reese eut un large sourire. Il prit la main de Finch discrètement.

-Rien ne nous retient ici Harold.

Finch approuva et glissa pour sortir de l'espace. Il remercia le fait que la salle était à moitié plongée dans la pénombre, seulement éclairée par les projecteurs et les petites couleurs créées par la boule à facettes. Reese posa une main dans son dos et le poussa vers la sortie, évitant de passer devant les autres tables. Il remarqua qu'il boitait plus lourdement. Ils se retrouvèrent dehors et Finch leva la tête pour prendre une bonne bouffée d'air frais. Reese resta étonné devant son comportement. Dans la ruelle, il n'y avait plus personne. Même le videur de la boîte était rentré mais pas loin. Seuls les lampadaires éclairaient la rue sombre, la lune étant aux abonnés absents ce soir là. Finch croisa le regard de l'agent. Un silence s'installa entre eux puis Finch, d'un geste décidé, prit la main de Reese dans la sienne et le força à le suivre vers la voiture. Reese déverrouilla les portières puis ils prirent place. Il entendit son compagnon émettre une plainte.

-Harold ? Ça va ?

-Je ne sais pas. Je crois que …

Mais l'informaticien ne termina pas sa phrase, sans doute honteux. Reese nota que ses joues étaient un peu colorées. Harold jeta un œil nerveux aux alentours puis s'autorisa un geste qu'il ne se serait pas permis en temps normal. John resta surprit en le voyant poser une main sur son entrejambe et déglutir.

-Finch, il y a des toilettes au club si vous…

-John. Ce n'est pas … ça…

Reese fronça les sourcils et comprit. Il glissa sa main sur celle de son compagnon et sentit immédiatement son excitation. Finch grogna.

-Ne me touchez pas Mr Reese. C'est assez…

-Pénible ? Douloureux ?

Finch approuva d'un geste de la tête.

-Rentrons s'il vous plaît. Murmura Finch.

Reese ne se fit pas prier et démarra. Ils furent au loft en sept minutes. John gara sa voiture dans le parking souterrain privé. Heureusement, à cette heure-ci, il n'y avait personne dans les parages et Finch pu sortir de la voiture sans risquer de se faire prendre. John se glissa tout près de lui et ils allèrent vers l'ascenseur. John avait le privilège de vivre seul au 4eme étage étant donné que son loft prenait toute la superficie. Dans la petite cage de fer, Finch gémit. John voyait qu'il se retenait de faire quelque chose mais il n'aurait su dire de quoi il s'agissait. Une fois sortis, ils arrivèrent devant la porte, que John ne tarda pas à déverrouiller. Alors qu'il poussait la porte et s'écartait pour laisser entrer son compagnon, Finch l'attrapa par le col de sa chemise et le fit entrer de force, claquant la porte derrière eux. Reese se retrouva contre le pilier proche de l'entrée, ses lèvres prisonnières de celles de Finch. L'informaticien s'était collé à lui, l'embrassant furieusement, prit d'une frénésie impressionnante.

L'ancien militaire sentait l'excitation de Finch contre sa jambe. Rapidement son corps s'embrasa sous les baisers gourmands de Finch, sous ses gestes impatients alors qu'il tentait de repousser sa chemise pour accéder à sa peau. Il commençait à devenir faible. Finch était sa seule faiblesse. L'unique qu'il avait. Reese se décolla de la poutre et plaqua gentiment l'informaticien contre le mur en face, à côté de la porte d'entrée. Reese se défit de sa veste et de sa chemise à moitié inutilisable à cause des boutons arrachés. Puis il laissa ses mains dériver sur le corps de Finch, en glissant une dans le creux de ses reins pour le rapprocher de son corps. Finch poussa un gémissement lorsqu'il comprit que son partenaire était tout aussi embrasé que lui. Les lèvres de John parcouraient la peau fragile de sa nuque, le léchant, mordillant. L'informaticien ne retenait plus ses gémissements et ses petits cris.

Les deux hommes se retrouvèrent en un rien de temps, débarrassés de leurs hauts. Tous les deux torses nus, Ils poursuivaient les préliminaires. John se laissa tenter et avec sa bouche, il mordilla et lécha un téton de l'informaticien. Finch glapit et glissa ses mains dans le dos de John, les joues en feu. John le torturait avec sa langue, bon sang, il avait encore plus envie. D'un geste brusque, il força son agent à se redresser et il le prit par la ceinture du pantalon pour le guider dans la cuisine. John fut étonné.

-La cuisine ? Murmura John alors qu'il taquinait Finch, manquant de l'embrasser, pour le frustrer.

-Oui… Ce sera… mieux…

-Pourquoi ?

Finch se rapprocha de son oreille, mordilla le lobe puis souffla tout doucement :

-Parce que je veux que tu me prennes.

Cela embrasa encore plus l'ex-agent. Finch et Reese accrochèrent leurs regards. Du désir, de l'amour, de la douceur. Et surtout un besoin. Reese cala Finch contre l'îlot central, plaquant son corps chauffé contre Finch. Harold gémit de plus en plus, et pencha la tête en arrière, la bouche ouverte alors que l'agent se frottait contre lui d'un mouvement lascif. Finch glissa une main entre leurs corps et s'attaqua à la boucle de ceinture de son agent, la défaisant. Le pantalon glissa au sol. John se débarrassa de ses chaussures avec ses pieds et se baissa quelques secondes pour retirer ses chaussettes et son pantalon pour les repousser. Il retira les chaussures de Finch, chaussettes aussi puis se redressa pour reprendre là où il en était. Mais Finch voulut aller plus vite, grisé par le désir qui traversait tout son corps. Sa main se faufila dans le caleçon de John, malaxant son postérieur. John eut une respiration hachée.

-Harold. Grogna John.

-Arrête de jouer… Supplia Finch.

-Je ne veux pas te faire de mal…

-Je m'en fiche John… S'il te plaît…

Reese sourit puis à son tour, défit le pantalon de son partenaire. Alors que celui-ci glissait le long des jambes de l'informaticien, John se pencha et engloba la forme arrondie à travers le caleçon. Finch écarquilla violemment les yeux.

-John non… Je ne vais pas… tenir longtemps…

Reese fit glisser le caleçon mouillé et eut un sourire lubrique devant le membre fièrement dressé de son compagnon. Il se débarrassa du sien aussi. Finch prit le membre de John en main et le caressa doucement. John prit possession des fesses de son partenaire et le frustra, glissa un doigt. Finch soupira et grogna. Après quelques longues secondes de ce traitement, l'informaticien n'en pouvait plus.

-John, je t'en prie…

Reese souleva son partenaire et l'installa sur le bord du plan de travail.

-Tu es prêt ?

-Oui… et s'il te plaît, ne t'arrêtes pas…

Finch se coucha sur le dos, sur le plan de travail, retira ses lunettes, qu'il posa plus loin, alors que John passait ses mains sur son torse, traçant un chemin imaginaire. Avec mille précautions, il souleva les jambes de son partenaire. Finch fit une grimace mais ne cria pas. John capta une dernière fois le regard intense de son compagnon. A travers ses yeux, il pouvait presque l'entendre le supplier de continuer. John se mordit la lèvre, prit son membre en main et pénétra doucement ce corps qu'il avait longtemps rêvé de découvrir. Finch gémit, nullement habitué à sentir quelque chose à cet endroit. Doucement la grimace fut remplacée par un sourire. Comme si l'informaticien se sentait enfin entier, enfin heureux. John commença doucement les va et viens pour l'habituer. Finch bloqua sa respiration quelques secondes et se laissa envahir par un sentiment de bien être et de plénitude. Il se mit à prononcer le prénom de son partenaire, plusieurs fois. John, grisé par les appels de Finch, accéléra le rythme. Finch gémit fortement de plaisir.

L'îlot central craquait sous les puissants coups de rein de l'agent. Le pot d'ustensiles vacilla plusieurs fois avant de tomber au sol. Le rouleau de papier de table tomba à terre puis se déroula sur quelques mètres. John posa ses mains sur le plan de travail, ses coups devenant de plus en plus courts. Finch ondulait sur le plaisir que l'agent lui procurait. Son dos était en feu, tout comme le reste de son corps, surtout son membre qui palpitait de plus en plus. Finch le prit en main et suivit le rythme de John. Rapidement, il fut en feu. L'agent de terrain ne fatiguait pas mais lâchait des gémissements perceptibles.

-Harold… je vais …

-Moi aussi…

En parfaite synchronisation, leurs corps se raidissaient sous le plaisir. Puis ce fut l'explosion. John souffla le prénom de Finch et l'informaticien cria. John cessa de bouger, restant toutefois en place, essayant de retrouver son souffle, complètement en nage. Finch respirait laborieusement, ses mains sur son visage. Puis un rire sincère s'échappa des lèvres de Finch. John étonné, fit exprès de lui donner un petit coup de butoir.

-Oh. Fit Finch.

-Pourquoi tu ris ? Demanda John, avec un sourire.

-Parce que … je suis heureux ?

-J'en déduis que tu as apprécié ? John se retira doucement. Du liquide coula sur le plancher.

-Oui. Avoua Finch d'une petite voix. John l'aida à s'asseoir. Instantanément, Finch chercha à se blottir contre lui, malgré le fait qu'ils étaient en sueur.

-Ne m'amène plus jamais dans un club pareil.

-Pourquoi ?

-Je me suis imaginé que tu étais sur la piste. Avoua Finch.

-Je vois. Rit doucement John. Ca faisait longtemps que tu …

Finch grogna.

-Je n'ai pas compté les minutes.

Un rire doux se fit.

-Une petite douche ? Proposa John.

-Hum. C'est préférable, sauf si vous voulez changer les draps demain ? Fit Harold, avec un large sourire.

John rit de nouveau et porta son partenaire jusqu'à la salle d'eau. Parfois il suffisait d'un encouragement pour y arriver. Ou certains évènements. Au moins Harold Finch, l'homme timide et très tatillon, avait-il réussi à exprimer son amour et à dire ce qu'il voulait. Il avait surmonté ses peurs face à John, à cette perspective d'exercice physique. Il avait réussi à démontrer son amour pour lui à travers ses gestes, certes encore un peu timides et maladroits mais Finch savait que ce n'était qu'une question de temps et d'habitude. Tout comme il savait que John lui enseignerait sûrement, lui apprendrait à s'exprimer plus librement. Pour le moment, tout ce qu'il voulait, c'était être avec John Reese et être heureux de partager sa vie.

FIN