« Roulette russe. Choisis une de ces trois dragées. »
Rabastan présenta à Héméra, sur un plateau d'argent, trois dragées verts. Elle le dévisagea, méfiante.
« Avant de choisir, j'ai deux questions. Premièrement, c'est quoi une roulette russe ? Et deuxièmement, pourquoi c'est à moi que tu demandes de faire ça ? »
« Ok, dans l'ordre : la roulette russe, c'est une vieille tradition russe – tu t'en doutes. Six mecs sont réunis autour d'une table. Devant eux, six verres. Dans l'un d'eux, une dose d'Arsenic. Les verres sont posés sur un plateau tournant. Quand il s'arrête, chacun boit le verre devant lui d'une traite. Un d'eux meurt, les autres reçoivent l'équivalent de leur poids en Gallions. Et sinon, pourquoi je te demande à toi ? Parce que t'es la seule Serpentard de toute la Salle Commune à t'ennuyer assez pour accepter de jouer le jeu. »
« Pas faux », acquiesça Héméra. « Et si je gagne, j'obtiens quoi ? »
« Je croyais que t'avais juste deux questions. »
« C'est le petit 2, alinéa 4, de la question une. »
« Tu gagnes... je sais pas... »
Il regarda autour de lui, en quête d'inspiration, avant de fouiller ses poches et d'en évaluer le contenu d'un air expert.
« Tu gagnes une Patacitrouille à moitié mangée, deux mornilles et un vieux bouton. »
« Ok, je suis partante ! »
« Tu es affreusement bon marché, Vanity. »
« Je vais pas te mentir, tu m'as eue à Patacitrouille. Les temps sont durs, mon bon ami, et je crève la dalle. »
« Bon, t'es prête ? »
Elle se redressa sur le canapé sur lequel elle était précédemment affalée, l'air concentré.
« Une dragée menthe, une goût surprise, et une vomi de chat. J'ai jeté un sort d'amplification sur leur goût, je te préviens. »
« Ok. »
« Vas-y, choisis. »
Au hasard, elle prit celle de gauche. A peine la friandise effleura-t-elle sa langue, qu'Héméra dut retenir un haut-le-cœur violent. Un affreux goût poisseux atteint le fond de sa gorge. Elle eut l'impression d'avoir avalé une flaque d'eau stagnante dans laquelle on aurait déversé la gangrène. Elle se leva d'un bond dans l'intention de se précipiter aux toilettes pour régurgiter le vomi de chat mais la main de Rabastan s'abattit sur son épaule.
« C'est ça, oui... », haleta-t-il, deux grosses larmes au bord des paupières. « Si tu crois qu'eux, ils... », il suffoqua. « … ils recrachaient leur Arsenic... », cette fois il était plié en deux, toussant. « Tu... tu rêves... », il se releva, le visage cramoisi. « Je crois... je crois que j'ai eu piment vert. »
Le goût de vomi de chat emplissait maintenant toute la bouche de la jeune fille. Elle crut un instant qu'elle allait tourner de l'œil, tomba à genoux, les mains sur la bouche. Quel genre de malade mental créait des bonbons au vomi de chat et les vendait à des gamins ? Un sadique comme ça, à tous les coups, il avait fait ses classes à Poudlard. Rabastan se recroquevilla à son tour au sol en gémissant. C'est à ce moment qu'Evan Rosier sortit de son dortoir. Il dévisagea tour à tour la poche de dragées de Bertie Crochue renversée au sol, Héméra à genoux, les mains sur sa bouche, secouée de spasmes, et Rabastan roulé en boule par terre, couinant comme un petit animal en détresse.
« Va vraiment falloir arrêter vos paris à la con. »
Et il les enjamba pour quitter la Salle Commune.
X
« Tu comprends, ça ? », demanda Sati en flanquant son livre d'Arithmancie sous les yeux de Dolly. « Là, cette ligne, là, tu vois ? L'obturation de la lumière du Soleil par la Lune agit sur la perception de la réalité des enfants nés dans le premier décan. T'y comprends quelque chose ? »
Dolly repoussa le livre d'Arithmancie avec agacement.
« J'y connais rien, à l'Arithmancie, moi. C'est juste de la Divination avec des formules un peu partout histoire de faire croire à papa et maman qu'on a fait des études sérieuses. Si ça ne tenait qu'à moi, Auguro et Trelawney seraient déjà en train de brûler sur un bûcher. »
« S'il te plaît, aide-moi ! », supplia Sati avec un petit couinement plaintif.
« T'es pas censée bosser avec McKinnon ? »
« Mais j'ai pas envie d'avoir l'air complètement débile. Regarde, juste le titre : Etude périnumérique de l'acclimatation natale au regard de l'influence astrale. J'y comprends rien. J'ai même pas ouvert le livre et je comprends déjà rien ! J'ai besoin de ton aide ! »
C'était, à présent, une supplique désespérée matérialisée par deux mains jointes, un air de chien battu et un sourire plein d'espoir. Dolly balaya la demande d'un haussement de sourcils.
« T'as pas l'impression que je suis occupée ? »
Elle désigna d'un geste de la main un atelier de couture improvisé. Sachant reconnaître une cause perdue quand elle se présentait à elle, Sati abandonna tout espoir, balança son livre par dessus son épaule et se pencha sur le bureau de Dolly.
« Qu'est-ce que tu fabriques, au juste ? »
« Une vengeance. »
Sur la surface en bois, une chemise blanche, une jupe noire et une cravate bleue étaient sagement disposés, encerclés d'une dizaine de livre qui s'empilaient sur chaque centimètre carré d'espace libre que la table avait à offrir. Ça ressemblait quand même plus à un uniforme entouré de livres qu'à une vengeance.
« Je comprends pas. »
« J'ai pas fini, encore. C'est un de mes uniformes, j'ai juste piqué la cravate à un Serdaigle de première année. De toute façon, à cet âge-là, ils passent leurs journées à chialer... quelques pleurs de plus, quelques pleurs de moins, ça va pas changer grand chose. »
« Euh, ok, mais c'est quoi le projet ? »
« J'ai trouvé un Sortilège de Rapetissement que j'essaye de coupler à un Sort de Chronométrie... J'y suis presque, il me suffit juste de mêler les deux formules et ça devrait marcher, mais je dois trouver l'ordre exact des mots et ajuster les déclinaisons latines pour ne pas risquer de... »
« Bon sang, Dolly, je comprends rien. Simplifie. »
« Ok, je reformule : Héméra m'a donné un double des clés du vestiaire. Après-demain, pendant le match contre Serdaigle, j'irai échanger l'uniforme de Korynthia contre celui-là, après l'avoir ensorcelé. Il se raccourcira d'un centimètre tous les jours. C'est tellement subtil que le moment où elle le remarquera, la moitié de l'école aura déjà aperçu ce qu'il se passe sous sa jupe. »
« Mais... c'est horrible. »
« Ah, tu crois ? Cette garce a planqué un minuteur-perpétuel dans la doublure de mon manteau et de mon sac. Tu sais combien de temps j'ai mis à les trouver ? UN MOIS. Un mois entier de tic, tac, tic, tac, tic, tac, jour et nuit. J'ai cru devenir folle. »
Sati la dévisagea, les yeux ronds. Elle était tentée de suggérer que la vieille rivalité qui suivait Dolly et Korynthia depuis plus de dix ans commençait très légèrement à dégénérer, mais son regard glissa jusqu'aux dix livres ouverts, à la cravate volée et à l'air déterminé de Dolly et elle décréta qu'il valait mieux éviter de la contrarier histoire de rester en bons termes avec elle.
« Tu me fais peur, Dolly. Promets-moi de ne jamais t'en prendre à moi », souffla-elle avec un sourire nerveux.
« Jamais, chaton. Mais dans le doute, ne me parle plus jamais d'Arithmancie. »
Sati hocha la tête avant de décamper hors du dortoir.
X
« Je ne sais pas, j'y avais jamais vraiment réfléchi, mais maintenant que tu me poses la question, je pense que je préfère quand même les citrons aux oranges. »
Sirius la dévisagea avec lassitude, les bras étendus sur le dossier du banc.
« Je ne t'ai pas posé de question, ne fais pas comme si on était en pleine conversation. Tu viens de t'asseoir sur le banc. »
« Ah oui, c'est vrai. Mais tu me parles tellement jamais, que parfois je nous invente des discussions imaginaires. Du coup, à la fin, je mélange un peu tout, et je ne sais plus si c'est toi ou mon Sirius imaginaire qui me parle. »
« Partons du principe que ce n'est jamais moi. »
« Ok, c'est noté. Sache que mon Sirius imaginaire vient de te traiter de gros con. Ah, et là, il vient de me rouler une pelle. Il est quand même beaucoup plus docile que toi. »
Sirius fronça les sourcils, dévisageant Héméra de la tête aux pieds.
« T'es vraiment bizarre, comme fille. »
« Merci. »
Elle savait bien que ce n'était pas un compliment. Mais, au regard de toutes leurs conversations réunies, de toutes leurs interactions, de tous leurs échanges combinés, allant des regards proprement dégoûtés, aux insultes relativement descriptives (les deux venant évidemment de Sirius), c'est ce qui se rapprochait le plus d'un compliment. Et vraiment, elle était désespérée au point de considérer ça comme une petite victoire.
« Tu veux un bout de Patacitrouille ? »
Elle en détacha un morceau qu'elle lui tendit avec un sourire innocent, se gardant bien de préciser que la confiserie venait d'un fond de poche de Rabastan. Il avisa longuement la sucrerie avant de hausser les épaules.
« Au point où j'en suis... », abdiqua-t-il en acceptant l'offrande.
« Oui, d'ailleurs, comment ça se fait que tu sois tout seul ? Ils sont où, les autres ? »
« On devait bosser l'Astronomie avec James. Mais on a croisé Lily sur le chemin, et James a donc estimé que c'était le moment idéal pour se prendre un énième râteau », expliqua-t-il en pointant du doigt la cour dans son dos.
Héméra s'agenouilla sur le banc pour apercevoir, derrière le muret de pierre, James appuyé contre un pilier couvert de lierre, en train de sortir le grand jeu à une Lily exaspérée. Un moment, Lily tenta de s'échapper mais James la saisit par le bras, se mit à gesticuler en essayant visiblement de la convaincre de rester. Tout ce qu'il obtint fut des bras croisés, un regard noir et ce qui sembla être un long soupir irrité.
« Il sait vraiment pas s'y prendre, ton pote », conclut Héméra en se rasseyant sur le banc.
« Ah oui ? La technique de harceler quelqu'un pour avec un rencard, ça ne marche pas ? Qui l'eut cru ? », releva-t-il en lui lançant un regard appuyé.
Elle leva les mains au ciel pour plaider son innocence.
« Ah non, mais moi c'est pas pareil. C'est juste que tu es amoureux de moi, tout au fond, et je te donne un petit coup de main pour t'aider à en prendre conscience. »
« Ça doit être ça, oui. »
Il poussa un soupir, détourna le regard, s'absorba dans la contemplation du couloir vide. A croire qu'un corridor désert était plus intéressant qu'elle. Elle en profita pour tenter un rapprochement de quelques centimètres. Il ne releva pas.
« Pourquoi tu me détestes, au fait ? »
Il haussa les épaules, les yeux toujours fixé quelque part au fond du couloir.
« Déjà, t'es à Serpentard. J'aime autant te dire que ça commence plutôt mal. »
« Je tiens à te faire remarquer que c'est quand même plutôt ironique pour un mec qui prêche l'ouverture d'esprit d'avoir la haine comme ça contre une maison. Je sais pas trop ce que t'imagines, qu'on a une salle dédiée à la torture cachée quelque part dans les Cachots, ou qu'on sacrifie des poussins en offrande à Satan tous les mercredi, mais tu serais étonné de voir que pour la plupart on est juste comme vous, hein. Sauf que nous on se gèle dans les Cachots et qu'aucune maison peut nous blairer donc forcément, je te cache pas que ça pousse un peu à l'envie de meurtre, ce genre de choses. »
Enfin, il se retourna. Il haussa les sourcils, surpris, sûrement, de trouver Héméra si près de lui. Il pencha la tête, un sourire moqueur en coin.
« Si t'essayes de me convaincre que les Serpentard sont des martyres, je t'arrête tout de suite : ça marchera pas avec moi », il ajouta, le regard noir : « Et arrête tout de suite ce que t'es en train de faire. »
Elle était, à cet instant, en train de tenter un nouveau rapprochement. Evidemment, elle se trouvait, à présent, quasiment collée à son torse donc la manœuvre avait perdu en discrétion. Elle se recula pour retrouver une distance appropriée avant de concéder :
« Non mais d'accord, je te dis pas non plus que tous les Serpentard sont des anges. Bellatrix, par exemple, c'est vraiment une grande tarée. Pardon, hein, je sais que c'est ta cousine mais... »
« Y'a pas de mal, j'ai jamais pu l'encadrer. Elle m'a planté sa fourchette dans la main quand j'avais trois ans parce que j'avais pioché un morceau de tarte au citron dans son assiette. Résultat, une cicatrice à la main gauche et une haine absolue des tartes au citron. Autant te dire que nos relations ne partaient pas sur une bonne lancée. »
« Bellatrix mange des tartes au citron ? Intéressant. Je la voyais plutôt se nourrir exclusivement des cris des enfants qu'elle torture dans sa cave et de sang de chaton. »
« L'un n'empêche pas l'autre. Elle change sûrement son régime pour les réunions familiales, ça ferait désordre de sacrifier des chatons dans le salon d'honneur des Black, j'imagine. »
Héméra rit de bon cœur en imaginant Bellatrix se balader avec son thermos de sang de chaton. Sirius se laissa lui-même aller à un bref sourire. A cet instant précis, elle sentit une connexion se nouer entre eux, le genre de connexion qui précède une étreinte langoureuse, le genre de connexion qui ne peut signifier qu'une chose : l'amour.
« Enlève. Immédiatement. Ta. Main. De. Ma. Cuisse. »
Ok, ça valait le coup de tenter. Fairplay, elle retira sagement sa main. Elle n'eut pas le temps de s'excuser – pas qu'elle en ait eu l'intention, de toute façon – puisque James débarqua devant eux, tirant Lily par le bras.
« Sirius, dis-lui pourquoi j'ai poussé Rogue dans le Lac. »
« Parce qu'il avait essayé de t'embrasser ? Ça ne m'étonnerait pas, il est vraiment bizarre, ce mec. Et j'ai toujours soupçonné que votre relation amour-haine dissimulait quelque chose... »
James jeta un regard meurtrier à Héméra.
« Je t'ai pas parlé, il me semble. Donc tu serais gentille de ne pas contribuer à notre discussion. »
« Voilà, c'est typiquement de ce genre d'attitude passive-agressive qui porte à confusion, James. Je vais commencer à croire que t'es un peu amoureux de moi aussi », ponctua Héméra, arrachant un rire à Sirius.
« Sirius, s'il te plaît ! », supplia James.
Lily attendait, les bras croisés, le pied battant le sol. Héméra se demanda même si elle avait déjà vu autrement que dans cette exacte posture dès que James avait le malheur de s'approcher d'elle dans un périmètre de moins de trois mètres. La Serpentard n'était pas vraiment une experte en relations amoureuses, mais elle aurait quand même mis sa main à couper qu'il ne se passerait jamais rien entre ces deux-là.
« Ecoute, Lily. James a eu raison. Rogue et Avery ont insulté Dorcas, ils méritaient une petite correction. T'énerve pas pour ça... »
« C'est pas à toi de me dire pour quoi j'ai le droit de m'énerver ou non ! », s'exclama Lily folle de rage.
Ses joues avaient rosi avec la colère, une boucle rousse se balançait devant ses grands yeux verts, écarquillés de fureur. C'est vrai qu'elle était plutôt jolie. Héméra comprenait mieux pourquoi James lui faisait la cour comme ça. Sirius leva les mains en signe d'apaisement, mais Lily s'était de nouveau tournée vers James.
« Et toi... et toi... », s'énerva-t-elle en le pointant du doigt. « Grandis un peu, James. Arrête de te conduire comme un gamin. Le pousser dans le Lac, c'est tout ce que t'as trouvé comme solution ? Et puis, tu sais quoi ? Je crois que Dorcas est assez grande pour se défendre toute seule, elle pas besoin d'un prétendu chevalier servant qui sauterait sur la moindre occasion pour humilier un Serpentard. »
« Sois pas fâchée, Lily », plaida James. « C'était pas méchant, et puis vu l'état des cheveux de Rogue, c'est presque un service, cette baignade surprise. »
Grosse erreur tactique de la part de James disqualifié d'office dans la course aux faveurs de Lily. La Gryffondor lui jeta un regard dégoûté avant de tourner les talons. James voulut la suivre mais elle lui lança, par dessus son épaule :
« Laisse-moi tranquille, Potter ! Reviens me parler quand t'auras un peu plus de cinq ans d'âge mental. »
Désespéré, James la regarda quitter le couloir, le bruit de ses talons s'estompant peu à peu, avant de se laisser tomber sur le banc à côté de Sirius qui lui tapota l'épaule avec compassion.
« T'as merdé, mon vieux. Mais si ça peut te rassurer, moi ça m'a bien fait marrer. »
« Ça me rassure pas du tout. Cette fille est incompréhensible, bon sang. »
« Alors, petit conseil », intervint Héméra en se penchant pour croiser le regard de James. « Arrête de t'en prendre à son ami d'enfance. Je sais pas à quel moment tu t'es dit que ça allait jouer en ta faveur, mais laisse tomber, change de stratégie. »
James lui lança un regard méprisant, comme s'il venait tout juste de réaliser qu'elle était là et qu'elle avait assisté à toute la scène. Il l'ignora royalement, se tournant vers Sirius.
« Pourquoi elle est là, elle ? C'est notre pote, maintenant ? »
« Non, Merlin, non. Je ne sais pas ce qu'elle fait là. Comme d'habitude, elle est apparue d'on ne sait où... »
Sympathique. C'était toujours un vrai plaisir, pour Héméra, de sentir sa compagnie aussi appréciée que celle d'un Détraqueur.
« Allez, viens. On va bosser, ça te changera les idées. »
Et sans un regard de plus, ils laissèrent là Héméra et regagnèrent leur salle d'étude.
X
« Merde, merde, merde ! », jura Sati en courant d'un bout à l'autre de la Salle Commune.
« Qu'est-ce qu'il te prend ? », demanda Avery.
Il la dévisageait avec méfiance comme s'il avait peur qu'elle se transforme tout à coup en Loup-Garou et lui saute à la gorge. D'ailleurs, il avait déjà sa baguette à la main, prêt à la neutraliser au cas où ses prédictions se réaliseraient. Il était comme ça, Avery. Légèrement paranoïaque.
« Je dois rejoindre Marlène pour manger et réviser avec elle ! Je devais passer dans les cuisines pour prendre à manger mais je me suis fait choper par Miss Teigne qui m'a soufflé dessus jusqu'à la Salle Commune ! Sérieusement, jusqu'à la Salle Commune, depuis les cuisines ! Ce chat est vraiment horrible ! Et... comment je fais, maintenant ? Je vais pas pouvoir réviser trois heures sans manger ! Je vais tomber dans les pommes ! »
« Techniquement, un humain peut survivre plus de trente jours sans manger, tu sais ? »
Assez ironique de la part du mec persuadé chaque hiver qu'il va mourir parce qu'il a le nez bouché. Sati se retint de le lui faire remarquer.
« Je sais ! », s'enthousiasma-t-elle. « Augustus et Rabastan vont toujours piquer des trucs en cuisine, le soir. Ils doivent bien avoir deux trois trucs en réserve... Avery, comment on fait déjà, pour rentrer dans votre dortoir ? »
« Oublie tout de suite. Hors de question que je te donne tranquillement accès à ma chambre. »
« Ok, très bien. Tu me laisses pas le choix », commença-t-elle en frottant le sol de ses mains. « Là, t'as vu ? T'as pas idée de combien de microbes doivent grouiller sur mes mains en ce moment même. Je retire : je crois qu'au contraire, tu sais très exactement le nombre de microbes et de maladies potentielles qui se tapent une petite balade de santé sur mes mains, là, tout de suite. Si tu m'expliques pas immédiatement comment on ouvre ce foutu dortoir, je te colle mes mains dans la figure. »
Le visage d'Avery se métamorphosa. Sa bouche prit un pli apeuré, ses yeux s'écarquillèrent. Il observa tour à tour les mains que Sati approchaient lentement de lui et son rictus sadique, cherchant à sonder la part de bluff dans sa menace. Le pourcentage de bluff ne l'emporta pas puisqu'il poussa un long soupir vaincu.
« Trois coups sur la porte, et après, appuie sur la pierre en forme de lune, à gauche de la poignée. »
« Bah tu vois, quand tu veux. »
Elle ignora ses grommellements et se précipita dans le dortoir des garçons. Elle eut à peine le temps de constater que leur chambre était mille fois mieux tenue que celle qu'elle partageait avec Héméra et Dolly, avant d'enfourner la première chose comestible qu'elle trouva dans son sac – à savoir, des muffins – et de courir sans reprendre son souffle jusqu'à la salle de révision. Elle arriva pantelante, décoiffée et la respiration saccadée, devant la porte. Marlène l'y attendait déjà, un sourire amusé aux lèvres.
« C'est l'idée de réviser avec moi, qui te met dans cet état ? »
« Non c'est... je... je trouvais pas à manger et... et... »
« Relax, Sati », apaisa Marlène en lui posant une main sur l'épaule. « Relax. C'est juste de l'Arithmancie. »
Marlène la guida dans une petite pièce éclairée par un lustre. Trois tables cernées de chaises occupaient la totalité de l'espace, et une horloge tintante avait été fixée au mur. Elles s'installèrent dans un silence martelé des tic tac de l'horloge.
« C'est quoi cette pièce ? », demanda finalement Sati, que le silence mettait extrêmement mal à l'aise.
« Une des nombreuses salles inconnues du château. Tu sais qu'un jour, je suis tombée sur une pièce remplie de statues qui étaient tranquillement en train de jouer au Poker Inversé ? »
« Ah bon ? »
« Oui. J'ai jamais pu retrouver l'endroit. Lily pense que je l'ai rêvé... du coup, ça fait trois ans que je chercher la salle pour pouvoir lui prouver que je délirais pas. Sans succès. Pour l'instant. »
Sati ne sut pas vraiment quoi répondre à ça et le silence se réinstalla. Elle aurait aimé avoir une anecdote amusante à raconter, quelque chose à dire, n'importe quoi, mais le fait est qu'il ne lui arrivait pas grand chose. Elle pensa un instant à lui parler de la fois où sa mère s'était trompée de Portauloin et qu'elles s'étaient retrouvées dans un troquet mal famé de Brixton... mais elle abandonna l'idée. Au fond, c'était pas si intéressant que ça. Elles y étaient restées à peine une dizaine de minutes avant de reprendre le Portauloin en sens inverse. Peut-être qu'elle pouvait glisser que, dans son jardin, elle avait plus d'une trentaine de Jobarbilles rouges en liberté et qu'elle essayait de les apprivoiser. Non. Elle aurait l'air bizarre de sortir ça, comme ça, sans lien avec la conversation.
Marlène était déjà plongée dans son livre, qu'elle feuilletait d'un air concentré. Le silence commençait vraiment à devenir embarrassant. Est-ce que Marlène le sentait aussi ? Elle avait l'air plutôt détendu. Sati, elle, commençait à sentir sa peau la démanger. Mais elle ne pouvait décemment pas se gratter comme un chien plein de puces. Bon, elle pouvait toujours se gratter discrètement. Dans le creux du coude, là où elle sentait monter la brûlure de la démangeaison. Il fallait qu'elle se gratte ou elle allait devenir folle. Mais dans ce silence, à tous les coups, ça allait résonner comme des cloches un jour de mariage et Marlène la trouverait bizarre.
« Ça va ? T'as pas l'air bien. »
Sati releva le regard de son coude, sourit maladroitement à Marlène.
« Euh, non. C'est juste que... j'ai faim. Je suis un peu bizarre quand j'ai faim. Des fois j'ai des spasmes, alors t'étonne pas si je te donne des coups de pieds sous la table, hein. »
« Ah. D'accord... »
Sati eut envie de se coller une gifle. Non seulement c'était faux, mais en plus c'était quand même le genre de phrase qui avait le don de mettre tout le monde mal à l'aise. Elle aurait aimé que Dolly et Héméra soient là, elles, elles auraient su quoi faire. A court d'idée, elle farfouilla dans son sac, en tira les muffins à demi écrasés qu'elle avait récolté dans le dortoir des garçons, et les posa sur la table.
« Si tu veux un muffins... n'hésite pas, sers-toi. »
Marlène jeta un regard circonspect au muffins avant d'en prendre un, clairement plus par politesse que par gourmandise. Gênée, Sati en avala un tout rond pour se donner un peu de contenance. Elle ressentit d'abord un vague étourdissement, puis un franc coup de barre dans l'arrière du crâne. Elle voulut dire quelque chose à Marlène, mais tout ce qu'elle réussit à faire, ce fut d'ouvrir et de refermer la bouche trois fois d'affilée. La Gryffondor aussi, avait l'air bizarre. Elle fixait sa moitié de muffin, l'approchant et le reculant de son visage en souriant. Sati eut l'impression qu'une éternité s'écoula dans cet espace temps mou, dans cet entre-deux bizarre où Marlène était obsédée par sa moitié de muffin et qu'elle, elle voyait les murs valser.
Soudain, l'horloge sonna vingt-huit coups. Sati la regarda, éberluée, avant de la pointer du doigt pour attirer l'attention de Marlène.
« Nooooooon. Marlène, regarde ! Regarde ! Ça fait vingt-huit heures qu'on est dans cette pièce ! On a raté le cours d'Arithmancie ! »
Marlène éclata de rire en se tenant les côtes. L'instant d'après, Sati avait décroché l'horloge du mur et la tenait entre ses mains, le nez collé au cadran.
« Marlène ! Regarde ! On a raté le cours d'Arithmancie ! »
Sati se mit à pleurer. Parce qu'elle avait raté le cours d'Arithmancie. Et parce qu'elle était amoureuse du professeur Auguro et qu'il devait la demander en mariage pendant le cours, devant les Serdaigle. Il lui avait dit la dernière fois. Et peut-être même qu'elle prendrait la Serdaigle du premier rang comme demoiselle d'honneur. Ça avait l'air d'être le genre de fille à être bonne en discours de mariage. Peut-être même qu'elle glisserait un subséquemment dans son discours et alors là... Là, Sati serait vraiment vraiment heureuse.
Elle était toujours en train de pleurer sur son cadran quand elle sentit quelqu'un lui tapoter l'épaule. Elle releva les yeux, se retrouva nez à nez avec le sourire immense de Marlène.
« Mais noooon, c'est l'aiguille des minutes ! Pas des heures ! Ça fait vingt-huit minutes qu'on est là ! Vingt-huit minutes ! »
Cette bonne nouvelle inattendue la mit en joie. Elle attrapa les mains de Marlène avec solennité.
« Merci, t'es une vraie amie, Marlène. Sans toi, j'aurais raté mon mariage. »
« Tu crois que c'est possible que je sois un chien déguisé en humain ? »
« Je sais pas. Peut-être... Peut-être qu'on est tous des animaux déguisés en humains et qu'il y'a qu'un seul humain-humain sur terre. »
Elles se regardèrent, la bouche et les yeux grands ouverts, convaincues d'avoir mis le doigt sur un secret bien gardé par le Ministère de la Magie.
Après, Sati se souvint vaguement d'avoir dansé, d'avoir pleuré parce qu'elle pensait avoir perdu sa cravate, d'avoir retrouvé sa cravate autour de son cou, d'avoir couru dans les couloirs jusqu'à la salle d'Arithmancie, d'avoir applaudi lorsque Marlène était montée sur la table en hurlant qu'elle était un Hypogriffe libre, d'avoir demandé à la Serdaigle du premier rang d'être sa demoiselle d'honneur, d'avoir vu la porte de la salle d'Arithmancie leur claquer au nez, d'avoir pris Marlène dans ses bras, de la poigne ferme de Tetra Jugson, la préfète Serpentard, qui la traînait jusqu'à son dortoir et puis... plus rien.
X
« Sati Apollina Zabini ! »
Sati ouvrit grand les yeux, les referma, plongea sa tête dans son édredon en étouffant un grognement plaintif. Sa tête bourdonnait comme une caisse de résonance et sa bouche était horriblement sèche. Elle releva la tête, crut apercevoir les contours flous de Dolly et Héméra, à ses côtés. Elle tendit la main, à tâtons, et aussitôt une main enveloppa la sienne, tandis qu'une autre caressa ses cheveux.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », maugréa-t-elle, en deux gorgées du verre d'eau que lui avait apporté Héméra.
« Tu as goûté aux muffins à la liqueur de pavot d'Augustus, voilà ce qu'il s'est passé », expliqua Dolly, assise sur le lit, aux côtés de Sati.
« Oh, Merlin », gémit-elle en plongeant son visage dans ses mains. « Oh, Merlin, Merlin, Merlin... C'est grave ? »
« J'en sais rien. Mais Marlène et toi, vous êtes convoquées ce soir par Sulghorn et McGonagall. »
« Oh non... Je vais me faire exclure de Poudlard. Ou pire, je vais être envoyée à Azkaban. On peut être envoyé à Azkaban pour ça ? Vous viendrez me voir, hein ? Vous m'apporterez des berlingots à la bergamote ? Vous savez que j'adore ça... A tous les coups, c'est interdit à Azkaban... »
« Calme-toi, Sati », ordonna Dolly. « Tu ne vas pas être renvoyée, en encore moins finir tes jours à Azkaban. Au pire, tu récolteras quelques heures de colle. »
« Des heures de colle ? Oh, Merlin ! Mais j'ai jamais eu d'heures de colle... »
« T'inquiète pas, moi j'en ai eu plein, c'est pas si désagréable que ça ! », la rassura Héméra en lui tapotant la main. « Si ça se trouve, on se croisera ! J'ai encore dix heures à faire. »
Elle regarda l'horloge du dortoir.
« Il faut que j'y aille, si je veux pas être en retard pour l'entraînement de Quidditch pré-match ! Courage, Sati, tu vas t'en sortir ! »
Elle fila sans autre forme de politesse, laissant une Sati désespérée, la tête reposant sur les genoux de Dolly.
X
« LESTRANGE ! T'AS CRU QUE LES BATTES C'ÉTAIT POUR FAIRE JOLI OU QUOI ? NON, ALORS TAPE DANS CE FOUTU COGNARD ! », beugla Héméra en descendant en flèche pour éviter un Serdaigle qui lui fonçait droit dessus.
« Et un nouveau but pour les aigles ! Ce qui nous fait donc 80 à 0, quatre-vingt à zéroooo ! », claironna le commentateur. Omar Fellini. Un Gryffondor, bien sûr. « On va pas aller jusqu'à dire que ça nous étonne, hein, parce qu'ils sont quand même sacrément nuls, ces Serpentard. Mais 80 à 0 en trente-cinq minutes de match, c'est quand même un exploit, même pour eux. »
Heureusement qu'aucun Cognard ne se baladait à proximité d'Héméra, parce qu'il aurait fini sa course droit dans la tribune du commentateur. Héméra ne pouvait pas se l'encadrer. Elle avait déjà protesté auprès de Slughorn – son directeur de maison – auprès de McGonagall – la directrice de maison d'Omar Fellini – et de Chourave et Flitwick – ça, c'était pas franchement utile mais elle était déjà partie sur sa lancée donc elle s'était dit que, tant qu'à faire, autant essayer de manger à tous les râteliers. Sans succès. En dernier recours, elle avait déposé six lettres de plaintes anonymes pour abus de pouvoir et déconcentration anti-fairplay devant le bureau de Dumbledore mais il ne semblait pas en avoir fait grand cas.
« MULCIBER ! TROIS ANNEAUX, IL Y A TROIS ANNEAUX ! ILS VONT TENTER UN CONTRE SUR L'ANNEAU OUEST ! PROTEGE CE PUTAIN D'ANNEAU OUE... »
« Et un nouveau but pour Serdaiiiiiiigle ! Ils sont chauds comme des Phénix, nos aiglons, aujourd'hui ! Comparaison mal choisie, puisque qu'on assiste à une réduction en cendres des Serpentard, qu'on se le dise ! Et nous avons donc un 90 à 0 ! »
Héméra récupéra le souaffle – elle était batteuse, mais visiblement, elle allait devoir faire le boulot toute seule, si elle voulait éviter une défaite cuisante d'humiliation – évita deux Serdaigle d'un brusque virage à gauche, renvoya le Cognard qu'elle entendit siffler à sa gauche d'un coup de batte, sinua entre trois défenseurs, ignora royalement les appels de Cordello et envoya le souaffle dans l'anneau central.
« Mais c'est que les Serpentard se reprennent ! Nous sommes à présent à 10 contre 90 et j'aime autant vous dire que le suspense est au point mort ! »
« CORDELLO ! BLOQUE MALLONE, ENVOIE-LA A TERRE S'IL FAUT MAIS NE-LA-LAISSE-PAS-PASSER ! »
Autant parler à un mur. Korynthia Mallone esquiva sans aucune difficulté la mollesse de Cordello et inscrivit un nouveau but. Folle de rage, Héméra fonça sur Korynthia, intercepta le souaffle et d'un coup d'épaule, l'envoya tourbillonner quelques mètres plus loin. La Serdaigle se réceptionna contre une des tourelles d'observation, vacilla mais réussit à rester sur son balai. Tous les Serdaigle s'arrêtèrent d'un même mouvement, levant la main pour réclamer une intervention de l'arbitre. Une sacrée bande de pleurnichards.
« Et quelle décision va prendre l'arbitre ? Ooooh, mais c'est avantage pour les Serdaigle, qui récupèrent le souaffle, exécutent une formation Mercure parfaite, par-faite, eeeeeet... c'est le but ! Excellent ! On sent que du côté des bleu et bronze, les formations ont été bien apprises ! Mais... que fait la Capitaine Serpentard ? Elle frappe un joueur de sa propre équipe avec sa batte ! Mesdames et Messieurs, nous assistons à un grand jour ! La déchéance, sous vos yeux ébahis, de l'équipe des vert et argent ! Vont-ils réussir à se remettre de ce chaos pour, au moins, marquer un deuxième but et ne pas perdre à plus de cent point d'écart ? »
« FERME-LA, FELLINI, OU JE TE FAIS BOUFFER MA BATTE ! »
Dans les gradins, elle aperçut Dolly et Sati lui faisant signe de se calmer. Elle inspira un grand coup, puis un deuxième. C'est bon. Elle avait retrouvé un calme relatif. Tout à fait temporaire et à la merci du moindre énervement, mais c'était déjà un début. Elle accéléra pour se placer à côté de Rabastan.
« Lestrange, laisse tomber les Cognards, je m'en charge. Concentre-toi sur Mallone, c'est leur meilleure tireuse. Ne la lâche pas d'une semelle, gêne-la pour pas qu'elle accède aux buts. »
Après avoir envoyé un Cognard sur un Poursuiveur Serdaigle, elle sprinta, saisit Avery par le col.
« Je vais récupérer le souaffle, et te faire la passe. Dès que tu as le souaffle en main, tu me le renvoies. On évolue comme ça jusqu'aux anneaux. A un moment, je ne vais pas te le renvoyer, mais fais quand même semblant de l'avoir reçu et fonce vers les buts. Ça va les perturber et j'en profite pour marquer. Capiche ? »
« Euh oui. »
Elle fila à toute allure vers ses propres buts, manqua un Cognard qui percuta Mulciber en plein bras, le sonnant assez longtemps pour permettre aux Serdaigle de marquer un nouveau but. Omar en profita pour rappeler que les Serpentard étaient classés derniers de la compétition depuis maintenant cinq ans, attisant rires et quolibets de la part des trois autres maisons.
Le souaffle entre les mains, elle ignora les chants des Gryffondor (quelque chose du goût de : Serpentard, tête de chiards. Très élégant.) et fit la passe à Avery qui – merci Merlin – lui renvoya aussitôt le souaffle. Ils firent encore trois échanges, et puis elle fit mine de lui envoyer de nouveau et tous les défenseurs foncèrent sur lui, lui libérant un boulevard sur l'anneau Est.
« Oooooh, mais que voilà donc ? Vous pensiez que les Serpentard étaient mous comme des Gommes Collantes dans lesquelles vous auriez accidentellement marché et qui vous colleraient à la semelle, et bien il semblerait que non ! Les voilà qui remontent, pour un 20 à 120 ! »
Lestrange était occupé à suivre partout Korynthia qui lui hurlait dessus au lieu de s'occuper de son souaffle, distraction qui permit à Héméra d'intercepter le souaffle en question, et de foncer sur Cordello.
« Cordello, je te fais la passe, vole jusqu'aux anneaux. A cinq mètres, fais une passe en arrière SANS REGARDER. Je tirerai le souaffle avec ma batte, c'est compris ? N'ESSAYE PAS DE LE METTRE TOUT SEUL ! »
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et lui lança la balle. Il atteignit les anneaux, hésita une brève seconde, avant de lancer en arrière. Héméra tira de toute ses forces, le souaffle rebondit contre l'anneau ouest et retomba dans l'anneau central.
« 30 à 120 ! »
« AVERY, NE RESTE PAS... »
« On dirait bien que Melvin Felt à repéré le vif d'or ! Mais oui, il file à toute allure ! Il coupe la route à la Capitaine Serpentard, ça, ça risque de ne pas de plaire à notre hystérique de service... hum, oui, pardon professeur », s'excusa Fellini face aux remontrances justifiées de McGonagall. « Melvin Felt descend en piqué mais que fait Regulus Black ? On dirait bien qu'il dort. Peut-être n'a -t-il pas compris que le match avait commencé ? Melvin tend le bras et... c'est une victoiiiiiiire pour les Serdaigle ! 270 à 30 ! Quelle défaite pour les Serpentard, quelle défaite... »
Hors d'elle, Héméra arracha ses protections, les jeta au sol. Elle refusa de serrer la main à ses adversaires et descendit en piqué vers les vestiaires. Le temps de se changer, les Serpentard avaient déjà investi les lieux, la mine sombre et le regard noir.
« Bravo, Vanity. Encore une brillante victoire », cracha Cordello en donnant un coup de pied dans un des bancs du vestiaire. « Je vais pas subir ça toute l'année. La prochaine défaite, je demande un changement de Capitaine. »
Héméra n'eut même pas le cœur à répliquer, elle réunit ses affaires et sortit par la porte de derrière. Dolly et Sati l'attendaient déjà là, assise à même le sol. A peine Héméra eut-elle poussé la porte qu'elle se précipitèrent vers elle pour la prendre dans leur bras. Héméra ne put pas se retenir, elle éclata en sanglots. C'était idiot, elle le savait très bien. Mais elle avait investi tant d'énergie, fait tant d'efforts pour cette équipe, lu tellement de livres de stratégies, élaboré des dizaines de tactiques possible... elle méritait mieux que cette humiliation publique et l'ingratitude de ses coéquipiers.
« Tiens, Augustus m'a donné ça pour toi », lui souffla Dolly en lui tendant une fiole d'un bleu presque fluorescent.
« C'est quoi ? », demanda Héméra, les joues trempées de larmes et le nez coulant.
« Un petit remontant. D'après l'odeur et la couleur, je dirais que c'est de la liqueur de prunes lunaires. Il nous a dit de te faire passer le message qu'il t'en avait gardé une autre flasque de côté dans la Salle Commune. »
« Et puis, si ça peut un peu te remonter le moral, Sirius n'a pas chanté avec les autres Gryffondor quand ils nous insultaient », ajouta Sati en essuyant les larmes d'Héméra avec un mouchoir.
« Tu dis ça pour me faire plaisir. »
« Non, je te jure. Et en plus, Dolly a jeté un sort pour que l'uniforme de Korynthia rapetisse. »
Héméra les regarda tour à tour, et elle se mit à rire, entrecoupé de sanglots qui s'étaient sournoisement planqués dans le fond de sa gorge.
« Je vous aime. »
« Nous aussi, on t'aime, Emma. »
Elles s'accordèrent encore quelques minutes pour critiquer ces tricheurs de Serdaigle et cet incapable de Cordello en buvant tour à tour leur liqueur, et puis, avant que les Serpentard ne sortent de leurs vestiaires, elles regagnèrent leurs dortoirs.
X
Un parchemin avait été déposé sur l'oreiller d'Héméra. Elle le déplia :
« 1941. Les Abeilles d'Acapulco. Défaite contre les Canon de Chudley : 10 à 320.
Les Abeilles ont fini premières de la ligue Latino-Américaine trois ans plus tard.
1955. Les Merles de Marseille. Défaite contre les Harpies de Holyhead : 40 à 410.
Les Merles ont battu les Harpies six mois plus tard lors d'un match amical. 150 à 90.
1957. Les Limiers de Ljubjana. Défaite contre les Buses de Belgrade : 0 à 170.
Les Limiers reçoivent la même année le prix de Tactique Exemplaire, et celui du Plus Beau Jeu de la Coupe par la fédération internationale de Quidditch.
1964. Les Salamandres de Salamanque. Défaites contre les Tornades de Tutshill : 60 à 540.
Les Salamandres seront championnes de la coupe d'Espagne de Quidditch en 1965, 1966 et 1967.
Perds pas espoir,
Augustus. »
Avec un sourire, Héméra replia le parchemin et le cala dans la poche de son uniforme de Quidditch. Elle posa sa bouteille de liqueur sur la table de nuit. Le fond d'alcool illuminait la pièce de lueurs bleutées. Elle se glissa sous ses couvertures et s'endormit, un sentiment confus enroulé dans le fond de son ventre.
X
« C'est inacceptable, vous m'entendez ? Inacceptable ! »
Marlène et Sati étaient assises devant le bureau de McGonagall, têtes baissées et mines déconfites.
« Vous êtes à Poudlard, Mesdemoiselles, pas chez vos parents, ici ! Arriver en cours dans cet état ! C'est tout bonnement irresponsable ! Quel exemple vous donnez aux nouvelles années ? »
« Désolée », marmonnèrent-elles en chœur.
Ce ne fut pas suffisant pour atténuer la fureur de la directrice des Gryffondor.
« Vous mériteriez des retenues jusqu'à la fin de l'année ! »
« Enfin, enfin, Minerva. Ne soyons pas si radicaux. Mademoiselle McKinnon est une élève exemplaire. Quant à Mademoiselle Zabini... Mademoiselle Dolly Greengrass, meilleure élève de mon cours, a longuement plaidé en sa faveur. Je ne peux qu'apporter du crédit à ce plaidoyer. »
« Ce ne sont pas les élèves qui décident des sanctions ici, dois-je vous le rappeler, Professeur Slughorn ? »
« Non, ce ne sera pas nécessaire. Toutefois, peut-être que ces jeunes filles ont quelque chose à dire pour leur défense. »
Le regard de leurs professeurs se braquèrent sur elles. Sati se sentit immédiatement rougir. Son cerveau turbina à toute allure : elle se retrouvait devant un choix délicat. Soit elle se disculpait, protégeant Marlène au passage, en mettant en cause Augustus, soit elle se taisait et acceptait le châtiment pour protéger son camarade. Elle poussa un bref soupir.
« C'est de ma faute... », commença-t-elle.
« Oui, enfin non, pas tout à fait. C'est de ma faute, en fait », l'interrompit Marlène. « C'est moi qui ai demandé à Sati de m'aider à réviser pour mon examen d'Arithmancie. Comme le cour a été déplacé à 19h30, on a décidé de manger en révisant. Je n'ai pas eu le temps de passer dans la Grande Salle pour nous ravitailler, alors j'ai amené une part de gratin de Géastre de la veille que j'avais mis de côté. Le plat a dû tourner entre temps et je pense que c'est qui a provoqué cette suite d'évènements facheux. »
Slughorn était conquis par l'explication, il hochait la tête, un sourire aux lèvres. C'est tout juste s'il n'applaudissait pas la superbe performance mythomanesque de Marlène. McGonagall, en revanche, ne semblait pas convaincue.
« Mademoiselle McKinnon, au regard de vos excellents résultats et de votre attitude irréprochable jusque là, je veux bien faire un immense effort et croire à cette version des faits rocambolesque. Il en va de même pour vous, Mademoiselle Zabini. »
Sati s'autorisa enfin à reprendre une respiration normale. Elle détacha ses mains l'une de l'autre, jusque là si crispées, qu'elle arrivait à peine à les sentir.
« Toutefois, il est évident que je ne peux pas laisser impuni un tel comportement. En ce qui concerne Mademoiselle McKinnon, élève sous ma responsabilité, j'estime qu'une dizaine d'heures de colle seront suffisantes pour lui faire prendre conscience de la gravité de ses actes. »
Le regard dur de McGonagall se posa sur Slughorn qui haussa les épaules, avant de hocher gravement la tête, visiblement aussi motivé à donner des heures de colle que Sati l'était à en recevoir.
« Idem pour vous, Mademoiselle Zabini », conclut-il d'un geste de la main. « Vous pouvez disposer. »
Les deux élèves quittèrent la salle. A peine la porte fermée dans leur dos, elle éclatèrent de rire, soulagée d'avoir échappé à l'expulsion. Elles marchèrent en silence quelques instants, le temps d'atteindre les escaliers mouvants, puis, Sati se tourna vers la Gryffondor.
« Merci, Marlène. C'est vraiment sympa de ta part de m'être venue en aide, comme ça. »
« T'en fais pas, c'est normal. Si cette vieille peau de McGo était pas intervenue, on aurait pu s'en sortir sans aucune sanction. Vous avez de la chance d'avoir Slughorn comme directeur de maison. C'est une crème. »
« J'ai une théorie là-dessus. »
Marlène lui jeta un regard interrogateur alors qu'elles descendaient de l'escalier. Elles passèrent devant une acrobate, dans un des tableaux suspendus au mur, qui interpellait tous les élèves en leur demandant de l'aider à retrouver son cheval que Peeves avait effrayé et qui s'était échappé dans une des centaines de peintures du château.
« Ah oui ? Laisse-moi deviner ! Slughorn est le cerveau sadique de cette machination et, en réalité, c'est lui qui contrôle McGonagall ? »
« Non. Slughorn s'est arrangé pour échapper à la Formation de Défense Sorcière en se faisant passer pour fou, après quoi il rejoint un camp de Sorcières-Libertaires, dans le sud de l'Angleterre qu'il fournit en Potions d'Euphorie pendant trois ans, avant qu'une Auror infiltrée ne leur tombe dessus et fasse fermer le camp. Aveuglé d'amour par le double-jeu et le sang-froid de cette Auror, Slughorn décide de se couper les cheveux, de renoncer à sa dose quotidienne de Potion d'Euphorie, de suivre l'infiltrée jusqu'en Ecosse et d'essayer de décrocher un poste dans l'école dans laquelle elle travaille pour être à ses côtés jusqu'à ce que la mort les sépare... »
« Et cette infiltrée, c'est McGo ! »
« Non, c'est Chourave. »
« Waow. Brillant. J'adhère. »
Elles évitèrent une troupe de deuxième année poursuivis par un balai détraqué. Elles arrivèrent aux Cachots une dizaine de minutes plus tard, mais Sati ne pensa même pas à s'esquiver. Elles discutèrent encore longtemps, ignorant les regards offusqués lancés par les Serpentard, indignés par la présence d'une rouge et or sur le pas de leurs quartiers généraux.
X
« Emma, tu me prêtes ta chouette ? »
Héméra releva les yeux de son puzzle dont les pièces sautaient d'elles-mêmes hors du cadre.
« Pas possible. Elle est partie ce matin apporter une lettre à mes parents. Pourquoi tu prends pas la tienne ? Je l'ai vue tout à l'heure dans la volière. »
Dolly pinça les lèvres, passa et repassa trois fois la même mèche de cheveux derrière son oreille. C'était son tic nerveux.
« Je peux pas. »
Héméra écrasa ses pièces de puzzle fugueuses sous un livre de l'Histoire de Poudlard et concentra toute son attention sur son amie.
« Ça va, Dolly ? Tu sais que si t'as besoin de parler, je suis là, hein ? »
« Ça va. »
C'était un peu trop sec pour paraître convainquant.
« Laisse tomber, je vais demander à Sati. »
« Mais c'est pour quoi, exactement ? »
« Je dois écrire à quelqu'un. »
« Oui, c'est le principe des chouettes messagères. Mais encore ? »
« Ecoute, Emma. C'est pas contre toi, mais s'il te plaît, ne te mêle pas de ça. »
Elle quitta la Salle Commune, débusqua Sati dans la salle d'études.
« Sati. Tu peux me prêter ta chouette ? »
Concentrée sur ses devoirs, Sati acquiesça.
« Pas de problème. Il faut juste que le trajet soit court. Elle panique si la route est trop longue et elle fait demi-tour à mi-chemin. »
« Ce sera pas un problème. »
Au pas de course, Dolly arpenta les couloirs, remonta quatre à quatre les escaliers de la tour Ouest, ignora les salutations de Séléna Van Heek, sa binôme de Soins aux Créatures Magiques et déboucha enfin dans la volière. Un vent glacé lui ébouriffa les cheveux, faisant battre sa tresse dans son dos.
Elle appela Habibi, la chouette de Sati, qui vint docilement se poser sur un perchoir près de Dolly. Sur un parchemin, elle griffonna à la va-vite :
Contact par Cheminette jeudi prochain. URGENT.
Dolly.
L'instant d'après, la petite chouette tigrée s'envolait dans le ciel glacé de Novembre.
XXXXX
Salutations nocturnes,
J'espère que ce deuxième chapitre vous a plu. Merci pour vos messages et reviews. Déjà, c'est vraiment sympa de votre part de prendre le temps de me donner votre avis et puis, c'est encourageant. Ça motive pour la suite !
On se revoit pour le chapitre trois. (Merci encore.)
