« Une boule de gui magiquement guidée ? Mademoiselle, vous, là ! Je vous sens intéressée ! Il suffit de marquer le nom de votre cible sur le petit papier que voici et le gui se placera au-dessus de ladite cible au moment de votre passage... Romantisme assuré pour deux gallions seulement ! Prix d'ami. Sautez sur l'occasion, l'offre ne tient qu'aujourd'hui ! », s'exclamait Rabastan, devant les portes de la Grande Salle en hélant une deuxième année qui fouillait déjà dans son porte-monnaie.
A quoi reconnaissait-on l'approche de Noël ? Aux ventes à la sauvette de Rabastan, entre deux couloirs, essayant de refourguer une de ses inventions douteuses à tout badaud assez naïf pour ralentir le pas.
« Babydolly, une boule de gui ? Non ? Je te la fais à un gallion. Je te la fais même gratuite, si c'est mon nom que t'inscris sur le papier... »
Dolly roula des yeux.
« Range ça avant que McGonagall ne te tombe dessus ou tu vas encore nous faire perdre des points. »
Il regarda autour de lui, suspicieux, vérifiant qu'aucun professeur ne traînait dans les parages avant de hausser les épaules.
« Faut bien gagner de quoi payer notre lune de miel. Je suis à trois cent gallions et vingt-deux mornilles des Bahamas. »
« Non merci. Et je préfère l'Islande. »
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et rentra dans la Grande Salle, rejoignit Sati et Héméra, déjà attablée. Des boules de Noël rouges et blanches flottaient un peu partout dans la pièce, et une véritable forêt de sapins, têtes retournées, avait été suspendue au plafond. Personnellement, Dolly détestait cette décoration. Lever les yeux et apercevoir des dizaines d'arbres, prêts à vous tomber sur la tête, et à peu près autant de boules voletant dans tous les sens, ça lui donnait le tournis.
Elle s'assit en face d'Emma, qui avait le visage couvert de sucre glace – la faute à la troisième part de pudding de Noël qu'elle venait de s'enfiler – et se servit une portion de purée de pois.
« Donc, je disais... », reprit Emma pour inclure Dolly dans la conversation. « Maintenant que je sais que Sirius m'aime bien, pas que j'en doutais avant mais bon voilà, faut bien avouer que c'est pas le mec le plus démonstratif de la planète, quoi... »
Ce à quoi la blonde répondit d'une moue qui signifiait c'est le moins qu'on puisse dire alors que Sati, elle, hochait la tête avec conviction, pendue aux lèvres d'Emma.
« Bref, j'ai décidé que j'allais sortir le grand jeu pour le bal. »
Dolly releva la tête de sa purée, horrifiée.
« Ça veut dire quoi, pour toi, sortir le grand jeu ? Tu vas pas le demander en mariage devant tout le monde, comme l'année dernière ? Emma, s'il te plaît... »
« Mais non, relaaax, Dolly », la rassura-t-elle en s'essuyant la bouche avec une serviette qu'elle venait de prendre des mains d'Avery.
Il la regarda faire, scandalisé, retint un haut-le-cœur et devint tout rouge, les narines dilatées. Il se mit à beugler des insultes, hurlant qu'à tous les coups, il allait attraper une Fièvre Scorpionne, que c'était une nouvelle maladie très rare qui n'existait qu'en Colombie, mais que ça l'étonnerait pas qu'Emma soit contaminée avec ses fréquentations douteuses de débauchée sexuelle. Quelque chose dans le genre, mais Héméra ne l'écoutait pas, elle avait déjà repris le cours de sa conversation :
« Donc, j'ai décidé que j'allais m'habiller super canon et que j'allais tous les faire pleurer en débarquant dans la salle du Bal avec mon style de bombasse. »
« Tu as quand même une vision très contestable des réactions humaines, Emma, mais admettons... C'est peut-être le plan le moins bancal que tu nous aies sorti jusque là. Tu as ma bénédiction. »
Emma sourit, fière d'elle, ouvrit la bouche pour parler mais fut interrompue : une chouette se prit une des boules de Noël en pleine tête, s'écrasa sur leur table en renversant la moitié des plats, éjectant le contenu du pichet d'eau sur l'uniforme de Dolly.
« Habibi ! », s'écria Sati en prenant sa chouette dans ses bras avant de lui essuyer le plumage. « Combien fois je t'ai dit de regarder devant toi quand tu voles ? »
« MERLIN. »
Dolly bondit du banc, terrifiée. Les petites gouttelettes d'eau qui tâchaient son pull s'étaient mises à crépiter, avant de s'agrandir, comme des trous de cigarette, creusant des sillons, dévorant la laine de son uniforme. On aurait dit que des centaines de vers invisibles rongeaient ses habits, fil par fil. Bientôt son pull tomba à ses pieds, en lambeaux, et des trous apparurent sur sa chemise. Elle poussa un hurlement, battit ses habits de ses mains pour éteindre ce feu invisible, mais rien n'y fit. Les trous s'agrandirent, laissant apparaître sa peau, la dentelle de son soutien-gorge, le moindre grain de beauté, impudiquement exposé au milieu de la Grande Salle. Tout le monde la fixait, bouche-bée. Et elle, au milieu de tous ces regards, elle ne pensa même pas à s'enfuir, à se couvrir de ses bras. La bouche ouverte, les yeux écarquillés, elle resta paralysée, observant la scène de sa dénudation publique comme à travers d'autres yeux que les siens. C'est Rabastan qui réagit le premier, il courut jusqu'à elle, jeta son caban sur ses épaules et la tira par la main hors de la pièce. Elle eut tout juste le temps de tourner la tête pour apercevoir une centaine d'yeux rivés sur elle, et le regard de Korynthia, à l'autre bout de la salle. Froid, dur. Intraitable.
Rabastan la traîna à l'écart, la conduisit jusqu'aux Cachots, puis jusqu'à son dortoir. Elle se laissa faire, toujours sous le choc. La porte refermée, il la fixa une longue poignée de seconde, en silence, sa main toujours dans la sienne. Puis, il fit glisser le caban le long de ses épaules, découvrit sa chemise presque entièrement déchirée. Avec douceur, il la déboutonna. Comme elle cilla, il précisa :
« Je vérifie juste que ta peau n'ait pas été touchée. »
Elle hocha la tête, incapable de prononcer le moindre mot, laissa les mains froides de Rabastan courir sur son ventre, son dos. Il ne dit rien de plus, se contenta de l'inspecter, avec un air sérieux qu'elle ne lui avait jamais connu.
« C'est bon. Je pense que ça va aller. »
De nouveau, elle acquiesça, comme un automate.
« Merci. »
Elle s'apprêtait à partir, regagner son dortoir à elle, prendre une douche, laver l'humiliation, la voir disparaître dans le siphon de la salle-de-bain, mais il l'arrêta, la retenant par le coude.
« Dolly, ça va ? »
« Je crois, oui. Je suis juste un peu... »
Elle ne termina pas sa phrase, se passa une main tremblante sur le visage. Il s'avança vers elle, tout près. Il était plus grand qu'elle, pas de beaucoup. Il ne souriait pas, son visage avait quelque chose de grave qui le transformait tout entier. Quelque chose de beau. Il posa une main sur l'épaule de Dolly. Un frisson lui remonta la colonne vertébrale. Elle réalisa soudain qu'elle était en soutien-gorge, dans le dortoir de Rabastan, et qu'il se tenait là, à quelques centimètres d'elle, sa main sur sa peau nue.
« Il va falloir que tu arrêtes ces conneries, avec Korynthia. Ça commence à devenir de plus en plus compliqué de garder un œil sur toi. »
Elle se recula brusquement, dégagea sa main d'un geste de l'épaule.
« J'ai pas besoin de garde du corps », s'énerva-t-elle. « Et puis je croyais que tu te mêlais pas de ce qui ne te regardait pas. »
« Mais tout ce qui te concerne, je surveille de près », expliqua-t-il avec un haussement d'épaule et un sourire en coin.
« Te donne pas cette peine. Je sais très bien me défendre toute seule. »
Elle croisa les bras, dans une vaine tentative pour couvrir son soutien-gorge et un peu de peau avant de quitter le dortoir, furieuse.
X
Il faisait nuit depuis longtemps et Dolly attendait patiemment, assise par terre, appuyée contre un mur de la Salle d'Observation. Percée en son milieu par un escalier en colimaçon qui venait de l'étage du dessous et menait à l'étage du dessus, la Salle d'Observation était la dernière pièce avant la Salle Commune des Serdaigle. Ajourée d'une dizaine d'immenses fenêtres, la pièce circulaire offrait une vue imprenable sur le domaine de Poudlard, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud. Les Serdaigle, eux, s'en servaient surtout pour observer la faune écossaise et noter les migrations de grues argentées, annonçant les matins de grand gel.
Des pas résonnèrent dans l'escalier, une lanterne s'alluma dans la pièce. Dolly se redressa au moment où Korynthia mit un pied dans la salle.
« Salut, Kora. »
Immédiatement, Korynthia lâcha son sac, se mit en position de garde, ses deux poings dressés devant elle. Dolly ne put s'empêcher de sourire.
« C'est marrant, t'as toujours le même réflexe. Merlin, t'es une sorcière, pas une moldue. Tu devrais te défendre avec ta baguette, pas tes poings. »
Korynthia se détendit légèrement, baissa les bras. A la lumière de la lanterne, Dolly l'observa. Deux tresses hautes qui finissaient leur course sur ses épaules, une salopette noire sur un pull marinière blanc rayé rouge. Et des boucles d'oreille en nacre blanc, tranchant contre sa peau sombre. A quelques centimètres près, la même Korynthia que la gamine de six ans qui chevauchait son balai mécanique en criant qu'elle était la meilleure poursuiveuse de tous les temps.
« Qu'est-ce que tu veux ? », demanda Korynthia, méfiante.
« Il est presque minuit », éluda Dolly. « Tu devrais pas être au lit, à cette heure-là ? C'est pas joli-joli une Serdaigle qui contourne le couvre-feu. »
« C'est moi qui suis en charge de l'observation des grues argentées, ce soir. J'ai l'autorisation de Filius. Et puis, je t'en prie, mêle-toi de ce qui te regarde. »
« Du calme, Kora. Je viens en paix. »
« Arrête de m'appeler comme ça. Qu'est-ce que tu veux ? Me fais pas croire que tu viens aux nouvelles par bonté d'âme. Viens-en au fait, s'il te plaît. »
Dolly poussa un soupir, regarda par la fenêtre : une lune argentée, toute ronde, passait jusqu'à travers les carreaux, illuminant la salle d'une lumière blafarde.
« Bien. Pas la peine de tourner autour du pot. Ton père, il travaille toujours comme garde rapproché à la protection des membres du Ministère ? »
Korynthia leva un sourcil, croisa les bras.
« J'ai dû mal à le croire, mais je rêve pas, hein ? Après tout ce temps, après ce foutu jour, à la rivière, tu viens me demander un service. Pas d'excuses, rien. Tu sais combien de temps, j'ai attendu que tu viennes me voir ? Merde, je t'aurais pardonnée, j'aurais tout pardonné si t'avais seulement pris la peine de t'excuser », elle eut un rire étranglé : « Tu sais quoi, c'est faux. J'attendais même pas que tu t'excuses, je te connais trop pour ça, Dolly. Juste que tu viennes me voir. Je t'aimais trop pour t'en vouloir. Mais merde... six ans de sales coups, sans un regard, et te voilà à ma porte pour un service. Je sais même pas quoi te dire. »
Mal à l'aise, Dolly passa la main sur une des jumelles d'observation qui pointaient leurs loupes vers le Parc, avant de soupirer.
« Je suis désolée... c'est ce que tu voulais entendre ? Voilà, je suis désolée. Je crois que tu t'es bien vengée, non ? Toute la Grande Salle m'a vue à moitié nue, qu'est-ce qu'il te faut de plus ? »
Comme elle ne répondait pas, Dolly demanda :
« T'as inversé le sort d'imperméabilité que j'avais jeté à mes vêtements pour qu'ils prennent feu au contact de l'eau, c'est ça ? »
Korynthia haussa les épaules, regarda ailleurs.
« C'était bien trouvé, en tout cas. Tu sais, dans d'autres circonstances, j'aurais beaucoup aimé travailler avec toi. Je suis sûre qu'on aurait pu faire des choses incroyables, toutes les deux. »
Korynthia lui jeta un regard noir.
« T'es vraiment devenue une Serpentard, hein. Jusqu'aux bouts des ongles. Mielleuse, sournoise, hypocrite. Tu crois sérieusement que ça marche avec moi ton cinéma ? Épargne-nous ça, s'il te plaît. »
Elle mit un pied sur les marches de l'escalier pour gagner sa Salle Commune.
« Je vais prendre mon carnet de note dans mon dortoir. Fais en sorte d'avoir disparue quand je reviens, sinon je me verrais dans l'obligation d'aller chercher Rusard. »
« Attends ! »
Dolly se précipita vers elle, lui saisit le poignet. Korynthia, déjà à trois marches d'avance, dévisagea Dolly d'au-dessus, imperturbable.
« C'est Betty », finit par lâcher la Serpentard. « J'ai peur qu'elle soit en danger. »
« T'en as jamais rien eu à faire, de Betty. C'est moi qui me suis occupée d'elle, après la rivière. Toi, t'as pas levé le petit doigt. Ne viens pas me faire croire que maintenant, tu t'inquiètes pour elle. »
D'un geste sec, elle dégagea son poignet de la prise de Dolly. Monta encore trois marches. S'arrêta pour la toiser.
« Tu veux un conseil ? Laisse Betty tranquille. Elle comme moi, on est beaucoup plus heureuses depuis que t'es sortie de notre vie. »
Elle disparut dans le colimaçon de l'escalier sans même lui avoir adressé un dernier regard.
X
« Noël approooooche, Noël est lààààà, le ciel est blaaanc, la neige fondraaaa, l'amour survivraaaaa, pas les tracaaaas ! »
« Non, non, non », s'exaspéra la Grosse Dame. « C'est POINT DE tracas... Combien de fois vais-je devoir vous le répéter ? Allez, on reprend depuis le début. »
Il y'eut une vague de protestations vite étouffée par les remontrances de la Grosse Dame. Elle était allée de tableau en tableau récupérer tous les enfants qu'elle avait pu croiser pour tenter de monter une chorale de Noël. Sati reconnut les orphelins du troisième étage. La Grosse Dame avait visiblement essayé de les coiffer mais sans succès, et les avait donc cachés en arrière plan, derrière le Prince du tableau du premier étage, qui hurlait qu'il voulait retourner dans son cadre parce qu'il n'avait pas le droit de fréquenter les roturiers et en particulier ceux qui ne se lavaient pas. Ce à quoi un des orphelins répondit d'un coup de pied. S'ensuivit des hurlements, des pleurs, des sermons et les applaudissement des deux chérubins que la Grosse Dame était allée chercher au sixième étage et qui veillaient habituellement sur une Vénus endormie dans un coquillage.
« TAISEZ-VOUS, BON SANG ! », s'égosilla la Grosse Dame. « Continuez comme ça et vous allez finir dans le désert du septième ! »
« Noooon ! », pleurnicha un des orphelins. « S'il vous plaît, ne nous enfermez pas dans le désert. Il fait chaud et on n'a rien à faire. »
« Je vais le dire à ma mère ! », s'écria le prince en rajustant sa couronne. « Ça se passera pas comme ça ! Elle vous fera couper la tête ! »
« Votre mère, ça fait quatre cent ans qu'elle vous supporte. Elle sera ravie de prendre des vacances, croyez-moi ! »
« Nous, on n'a pas de mère ! », se mit à pleurer un des orphelins.
Les chérubins se mirent de nouveau à applaudir – comme il ne parlait que latin, la communication se révélait fastidieuse.
« Je n'en peux plus ! JE N'EN PEUX PLUS ! », s'énerva ma Grosse Dame. « Vous allez tous finir une semaine dans le désert, c'est tout ce que vous allez gagner ! Et vous, là, vous croyez que je ne vous vois pas à fouiner dans mon coffre à bijoux ! Bravo, dites tous merci à l'orphelin, vous venez de passer à deux semaines de désert ! Deux semaines ! »
Pleurs, protestations, supplications. Sati conclut que c'était le bon moment pour intervenir. Elle toussota pour attirer l'attention de la Grosse Dame. Celle-ci la dévisagea de la tête aux pieds, s'attardant sur l'emblème Serpentard cousu sur son uniforme, les sourcils froncés.
« Vous désirez ? »
« Pardon de vous déranger... »
« Oui, voyez, ce n'est pas le moment. Et puis, les Cachots, ce n'est pas ici. »
La flatter. Emma lui avait dit de la flatter.
« Très... harmonieuse, votre chorale. J'aime beaucoup. »
La Dame parut enchantée, elle eut un petit sourire de contentement en hochant la tête.
« Voulez-vous l'entendre une nouvelle fois ? Attention, c'est un privilège, mademoiselle. Mais vous avez l'air d'être une jeune fille de goût, et entre esthètes, on peut bien se faire une petite fleur de temps à autres. »
« Euh... oui. D'accord... »
« Allez, les enfants, un, deux, trois et... »
« Noël approooooche, Noël est lààààà, le ciel est blaaanc, la neige fondraaaa, l'amour survivraaaaa, pas les tracaaaas ! »
La Grosse Dame devint toute rouge, jeta un de ses verres en cristal contre le sol.
« Mais vous le faites exprès ? Exprès ! Point de tracas, j'ai dit. POINT-DE-TRACAS. Ne vous a-t-on pas appris à parler correctement ? DOIS-JE AUSSI M'OCCUPER DE VOTRE EDUCATION ? »
« Nous, on n'a pas eu de mère ! », éclata en sanglot un des orphelins.
Et c'était reparti pour une cacophonie infernale : les orphelins se mirent à pleurer bruyamment, le chérubins applaudirent et le Prince se mit à pleurer aussi, en exigeant de retourner dans son tableau sans quoi il enverrait la garde royale faire un carnage. Sati toussota de nouveau.
« Excusez-moi, Madame. C'est très joli, vraiment, c'est... conceptuel. Très novateur, comme chorale. Et j'aurais aimé rester plus longtemps pour écouter mais je suis assez pressée et j'aurais besoin de savoir si Marlène est là. »
La Grosse Dame marmonna dans sa barbe, quitta le tableau un instant avant de réapparaître, suivie de près par Marlène.
« Sati », la salua-t-elle simplement. « Que me vaut ce plaisir ? »
« C'est pour notre dernière heure de retenue. Slughorn veut qu'on aille décorer les arbres du Parc. Y accrocher des lampions, ou quelque chose dans le genre. J'ai pas trop compris. »
Marlène sourit, s'éclipsa dans sa Salle Commune le temps d'enfiler un gros pull en laine rouge et suivit Sati jusque dans le Parc. Dehors, de petits groupes d'élèves traînaient encore avant le repas du soir, assis sur les marches du perron ou abrités de la neige sous des arbres.
Elles trouvèrent, sur un banc, une dizaine de boîtes en bois empilées qui remuaient et tressautaient dans tous les sens.
« Qu'est-ce que c'est ? », demanda Sati, soudain méfiante.
« Aucune idée. »
Avec prudence, Sati souleva le couvercle d'une des boîtes. Elle eut juste le temps d'apercevoir des éclats dorés, l'instant d'après, un fil lumineux, tintinnabulant de grelots, s'éleva de la boîte pour s'enrouler autour de son bras. Elle voulut se défaire mais le fil se resserra, se contorsionnant autour de son cou. Elle poussa un cri, fit un pas en arrière pour essayer de se libérer mais la corde tint bon, s'enroulant tout autour de son buste.
« Marlène ! », s'écria la Serpentard. « Marlène, fais quelque chose ! »
« Attends, arrête de bouger ! C'est des serpentines ! »
Sati n'avait aucune idée de ce qu'était une serpentine. Tout ce qu'elle savait, là, tout de suite, c'est que cette foutue corde essayait de l'étrangler. Prise de panique, Sati se mit à courir, essayant de s'éloigner, mais la serpentine s'accrochait désormais à ses jambes, elle trébucha, tomba à terre, face contre neige. Elle battit des pieds en poussant des cris horrifiés alors que le fil la tirait de nouveau vers le banc.
« Marlène ! »
« J'essaye de t'aider mais arrête de bouger ! »
La main de Marlène saisit la sienne et elle la tira de toutes ses forces pour essayer de la défaire de l'emprise de la serpentine. Elles furent toutes les deux traînées vers le banc. Un fil lumineux poussa le couvercle d'une autre boîte, serpenta jusqu'à Marlène et s'agrippa à sa jambe, la soulevant. Marlène, pendue à trente centimètres du sol, toujours accrochée à la main de Sati, essaya de donner des coups de pieds pour faire céder la serpentine. Tout ce qu'elle réussit à faire, c'est l'énerver un peu plus. Le fil la secoua dans tous les sens.
« Sati ! », l'appela-t-elle, tête à l'envers. « Essaye de... te relever ! Il doit... il doit y avoir... une cloche ! Sonne la cloche ! Sonne la cloche pour les... », elle fut brusquement soulevée un mètre plus haut, arrachée à la main de Sati, et sa phrase se finit dans un cri.
Sati appuya ses paumes contre le sol, se releva d'un bond, essaya de courir vers les boîtes, fut fauchée aux jambes par une serpentine. Elle roula sur elle-même, se remit sur pied, titubante, se précipita vers le banc, saisit un couvercle pour se protéger. Elle était sur le point de fouiller dans la boîte quand une serpentine la tira par le bras. Elle tomba au sol, renversant au passage toutes les boîtes du banc. Une trentaine des serpents lumineux se dressèrent en faisant vibrer leurs grelots, la surplombant de leur quatre mètres de hauteur. Hors d'haleine, Sati attrapa au hasard une des boîtes en bois, la jeta sur une des serpentines qui fondait sur elle. La boîte cogna dans le mille, la serpentine fut projetée quelques mètres plus loin. Toujours au sol, Sati farfouilla entre les caissons, les bras déjà enroulés de cordelettes lumineuses. Elle sentit soudain le contact dur d'un objet métallique, elle l'attrapa, roula sur elle-même pour éviter une serpentine, lança son projectile sans même savoir ce que c'était. Un long gong retentit et d'un seul coup, les serpentines retombèrent au sol, inanimées, éteintes. Marlène s'écrasa dans la neige. Sati contempla le carnage, sonnée, avant de se précipiter jusqu'à la Gryffondor pour l'aider à se relever. La blonde épousseta la neige qui constellait son visage et ses cheveux, regarda Sati, puis les serpentines étalées tout autour d'elles.
« Eh ben... »
Elle se passa une main dans les cheveux en poussant un soupir de soulagement.
« On n'est pas passées loin de la catastrophe... », conclut-elle.
Sati la regarda, ahurie, se demandant à quoi correspondait le mot catastrophe sur son échelle. Elle secoua la tête.
« Promets-moi qu'on s'arrangera pour ne plus jamais avoir d'heure de colle. »
« Promis. »
Elle s'assirent sur le banc pour reprendre leur souffle. Trois minutes passèrent en silence jusqu'à ce que Marlène éclate de rire, se laissant aller en arrière sur le banc. Sati la dévisagea, les yeux ronds.
« Qu'est-ce qui te fait rire ? »
« Mes chances de survie. Qui diminuent en flèche en ta présence. »
Vexée, Sati croisa les bras, dévisageant Marlène sévèrement.
« Je rêve, c'est quand même pas ma faute... »
Le fou rire de Marlène se calma peu à peu et elle observa Sati, la tête penchée, un sourire amusé aux lèvres.
« Fais pas la tête... », s'adoucit-elle en se penchant vers Sati. Elle déposa un baiser sur sa joue. « … mais en matière de catastrophes, tu es l'équivalent d'un cyclone tropical. »
Sati s'empourpra d'un coup. Elle sentit le rouge lui monter jusqu'aux tempes. Savoir qu'elle rougissait augmenta d'un cran la panique qui la gagnait. Elle devait avoir l'air ridicule. Elle pouvait toujours faire croire qu'elle rougissait sous le coup de la colère. Non, mieux, elle avait qu'à prétendre qu'elle avait hérité d'une maladie génétique qui la faisait rougir de manière intempestive à des moments tout à fait aléatoires, sans raison apparente. Une maladie qu'elle tiendrait de son oncle. Voilà. Son oncle Amir. Parfait.
« C'est à cause de mon oncle Amir », bredouilla-t-elle.
« Quoi ? »
Elle regretta aussitôt ses mots. Pas son oncle Amir, il était mort de la Dragoncelle, le pauvre, elle n'allait pas, en plus, lui inventer une maladie génétique.
« Enfin, non, pas mon oncle. Ma tante. Enfin, le cousin de ma tante », s'embrouilla-t-elle.
« Je comprends rien à ce que tu racontes, Sati », l'interrompit Marlène, un sourcil haussé.
Sati l'observa, penaude. Comme le silence se prolongeait, elle hésita sérieusement à se lever d'un bond, attraper la cloche, la secouer, et se laisser étouffer par les fils constricteurs.
« Bon, on se remet au travail, si on veut avoir fini avant demain ? »
« Oui ! Très bonne idée, oui ! », s'exclama Sati avec un peu trop d'enthousiasme, en sautant sur ses pieds.
Elles s'affairèrent à ramasser les serpentines inertes, en veillant bien à ne pas toucher à la cloche. Une par une, elles les suspendirent aux arbres du Parc. Au bout d'une heure, quand elle eurent enfin terminé, Marlène alla récupérer la cloche en veillant bien à bloquer le battant. Elle la tendit à Sati.
« A toi l'honneur. »
Avec un tadaaa ! emphatique Sati secoua la cloche. Les serpentines s'illuminèrent, se coulèrent sur les branches des arbres en agitant leurs grelots, couvant le Parc de lueurs dorées. Sati jeta un regard en coin à Marlène, qui se tenait droite, les mains sur les hanches, le visage tigré de lumières et d'ombres.
Et elle se dit qu'il y avait quelque chose, chez cette fille, quelque chose qui éveillait en elle un tumulte, un fracas de sentiments étranges. Un cyclone tropical.
X
C'était la deuxième fois, en une semaine, que Sati rêvait de Marlène. Allongée en travers de son lit, le menton sur les bras, elle observait ses amies s'affairer à leurs occupations. Héméra courait dans tous les sens, essayant tout à la fois de ranger ses vêtements dans sa valise, de réviser l'examen d'Astronomie et d'élaborer une stratégie de Quidditch pour la dernière rencontre contre les Gryffondor. Ce qui résultait en une confusion de mouvements contre-productifs. A cet instant précis, elle venait de balancer son livre d'Astronomie dans sa valise – à la place du pull qu'elle tenait toujours sous le bras – repartit en courant vers son bureau pour réviser, se rendit compte qu'elle ne trouvait plus son livre, se mit à crier qu'on lui avait volé ses affaires de cours, que c'était sûrement les Elfes de Maison qui voulaient se venger d'elle parce qu'elle avait eu le malheur de critiquer le flan de courgettes qu'on leur avait servi la veille, défit la pile de vêtements qu'elle avait plié quelques minutes auparavant en marmonnant des insultes, avant de réaliser que son bouquin se trouvait dans sa valise.
Dolly, à côté, révisait calmement l'Astronomie, imperturbable. Elle avait accroché une carte du ciel au-dessus de son bureau, et notait le mouvement des constellations en temps réel, tandis que ses vêtements se pliaient et se rangeaient d'eux-même dans sa valise. Elle avait bien essayé d'apprendre le sortilège à Héméra, qui lui avait ri au nez : Dolly, va vraiment falloir que t'apprennes à faire des choses par toi-même, tu ne peux pas toujours compter sur la magie. Sati connaissait assez Dolly pour savoir qu'intérieurement, elle devait jubiler de l'avancée laborieuse des préparatifs d'Emma.
Sati avança un peu la tête par dessus la rambarde de son lit superposé.
« Les filles... vous avez déjà rêvé de quelqu'un... enfin, je veux dire rêver, dans le sens rêver, quoi... »
Dolly ne releva même pas les yeux de sa carte, demanda :
« Tu veux dire, un rêve érotique ? »
Sati rougit furieusement.
« Non, pas un rêve érotique. Juste... rêver de quelqu'un et après, je ne sais pas... après tu te sens bizarre. »
Héméra, à quatre pattes sous le bureau, cherchant désespérément son pull parmi un tas informe de vêtements froissés, s'arrêta net, releva la tête pour dévisager Sati.
« Un jour, j'ai rêvé que je me mariais à un poulet rôti. Il était là, dans son costard, devant l'autel, tout dégoulinant d'huile, il me faisait coucou avec le bout d'os qui lui servait de main... et au moment de l'embrasser, je l'ai mangé. Très perturbant... »
Sati fronça les sourcils, dévisagea Héméra une seconde.
« Ok, non, mais ça n'a aucun rapport. Ça, c'est juste bizarre. Je parle pas de ça... Je parle de rêver de quelqu'un... et d'être troublée, après. »
Du bout de la baguette, Dolly fit revenir la carte quelques secondes en arrière, griffonna quelque chose sur son carnet de note, avant de demander :
« De qui tu as rêvé, chaton ? On devrait peut-être commencer par là. »
« Je... euh... »
Là, Sati se trouva bête. Elle n'avait pas envisagé un instant que Dolly puisse lui demander ça. Cette dernière s'était d'ailleurs détournée de son Astronomie, pour la fixer, les bras croisés sur le dossier de sa chaise. Emma s'était assise en tailleur, attendant la réponse.
« De Mulciber », répondit Sati, dans la panique.
Ses deux camarades s'échangèrent un regard.
« Hum, effectivement, ça c'est bizarre. Ne me dis pas que tu commences à être attirée par lui, Sati. Sinon, on ne va pas avoir le choix, on va devoir t'enfermer dans le dortoir quelques jours, le temps que tu retrouves tes esprits. »
« Non ! C'est pas ça ! C'est juste que... », elle étouffa un soupir de frustration. « C'est rien. Je ne sais même plus pourquoi je vous demandais ça... »
Les filles la dévisagèrent suspicieusement dix bonnes secondes avant de hausser les épaules et de retourner à leurs occupations.
Sati ne savait pas vraiment pourquoi elle leur avait menti. Quelque chose, chez Marlène, trouvait écho chez elle. Elle n'avait encore jamais vraiment ressenti ça, l'impression étrange que le monde était soudain plus net, plus vif, qu'elle avait fait peau neuve, que tout était à portée de main, le frémissement excitant de quelque chose de fort, qui couve, et la perspective effrayante, nichée quelque part au fond d'elle, de grands bouleversements à venir.
Elle retomba dos contre le lit, posa ses mains sur ses paupières fermées, en se demandant si dans dix ans, elle se souviendrait de tout ça. De ce tumulte, de ces interrogations, des grands vents qui agitaient tout, au plus profond d'elle-même. Et de Marlène. Surtout de Marlène.
X
« Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? »
Héméra fit glisser son peignoir au sol, découvrant une robe faite de morceaux de différents tissus, cousus ensemble, et s'ouvrant par une large fente au niveau de la jambe, retenue par des croisillons en chaîne.
« C'est quoi, ça ? », demanda Dolly, horrifiée.
« Ma robe de bal. Jolie, hein ? », s'enthousiasma-t-elle en tournant sur elle-même.
Le reste de ses amis, assis sur les fauteuils de la Salle Commune, la dévisageaient en silence, partagés entre le rire et l'horreur.
« Non, Emma. Non. Vraiment, non », bredouilla Dolly, toujours sous le choc. « Combien t'as payé ça ? »
« Quinze gallions. »
« Quinze... quinze gallions ? », répéta Augustus, incrédule. « Quinze. Gallions. Je suis pas fou, c'est bien ce que j'ai entendu ? »
« Bah oui. C'est une affaire, d'après Madame Daury. Apparemment, c'est à la pointe de la mode. Un brin avant-gardiste, même. »
« Mais pourquoi tu écoutes les conseils de Madame Daury ? Elle a 96 ans et c'est une escroc de première. Tout le monde sait ça, Emma, quand même. En troisième année, elle avait essayé de me vendre un chaudron troué en m'assurant que c'était le nouveau sac à main en vogue. Un chaudron. Troué. »
« Oui, bon, ok... Elle se trompe parfois... Peut-être ? »
« Euh, Emma. Le prends pas mal, hein... Le prends pas pour toi... », commença Sati. « Surtout te vexe pas... Mais ta robe est vraiment immonde. On dirait du vomi. Du vomi mais... en robe, quoi. »
Emma regarda sa tenue puis Sati, puis sa tenue à nouveau, puis Rabastan qui se marrait dans son coin et enfin Augustus, qui continuait de répéter : quinze gallions... quinze gallions, sérieusement ?
« Bon, mais je fais quoi, alors ? », demanda-t-elle, penaude.
« Laisse tomber, on te prêtera une robe, avec Sati. Mais par pitié, va te changer. »
Emma haussa les épaules, blasée, avant de disparaître dans le dortoir.
X
C'était l'effusion, dans la Grande Salle. On sentait que Noël n'était plus que dans quelques jours. Certains élèves étaient déjà en train de recevoir des cadeaux qu'ils déballaient sous le regard envieux de leurs camarades. Un feu crépitait dans le grand âtre et des cantiques a cappella résonnaient aux quatre coins de la pièce. Il faisait bon, les pulls de Noël étaient de sortie, ponctuant la salle de rouge et de vert, et une odeur de pain d'épice flottait dans l'air depuis près d'une semaine.
« Tu rentres chez toi pour les vacances, Dolly ? », demanda Emma.
L'intéressée hocha la tête, plongée dans son livre de Défense contre les Forces du Mal. Elle avait repoussé son assiette pour y installer un carnet de note, dans lequel elle griffonnait avec frénésie.
Sati hésita. Ça faisait un petit moment qu'elle voulait aborder le sujet mais elle ne savait pas comment s'y prendre. Elle réunit son courage et tenta le tout pour le tout :
« Ta sœur sera là ? »
Dolly s'arrêta un instant. Un bref silence occupa tout l'espace entre elles.
« Oui », répondit-elle froidement.
Sati décida de pousser sa chance.
« Et... vous vous entendez bien ? »
Cette fois, Dolly ne s'arrêta pas dans ses notes. Elle laissa un deuxième silence passer, bien plus long que le premier.
« Arrête tout de suite ce que tu es en train de faire, chaton. Ça ne sert à rien. »
Ok. Bon. Ça avait le mérite d'être clair. Et Sati avait beau aimer les théories à peu près autant que l'air qu'elle respirait, elle n'avait pas la moindre idée de ce que signifiait tout ce mystère autour de l'aînée Greengrass.
« Non, mais c'était juste pour savoir, te fâche pas... », marmonna-t-elle.
« Tu veux pas arrêter de bosser un peu, Dolly ? », la sermonna Emma. « Pas quand on mange, quand même. Ça me coupe l'appétit, de voir des livres de cours pendant le repas. Surtout de Défense contre les Forces du Mal. »
Sati releva les yeux de son assiette, alarmée.
« Pourquoi tu bosses la Défense contre les Forces du Mal ? On a un examen ? Oh Merlin, on a un examen ! J'en étais sûre ! Qui t'a dit ça ? Qui ? Ohlala, je devais encore être dans la lune et j'ai pas entendu. Dolly, passe-moi ton livre, il faut que je révise ! S'il te plaît ! »
Dolly récupéra le livre que Sati était déjà en train de tirer vers elle.
« Relax, on n'a pas d'exam. C'est un livre de septième année, de toute façon. Je bosse pas pour les cours, je bosse pour moi. »
Sur le point de croquer dans une tartine de fromage, Emma s'arrêta, les sourcils froncés.
« Comment ça, pour toi ? »
« Je préfère être prête. Armée. Plus j'en sais, mieux c'est. Rodolphus et sa bande, ils ont, au minimum, un an d'avance sur moi dans leur apprentissage de la magie. Si je veux assurer mes arrière, j'ai intérêt à me préparer. »
« Attends, me dis pas que tu les prends au sérieux, Rodolphus et toute sa bande de cramés du cerveau ? », s'impatienta Emma.
Dolly s'arrêta d'écrire seulement pour avaler une gorgée de jus de citrouille. A peine le verre reposé, sa main était déjà repartie en pleine course.
« Si, je les prends très au sérieux. »
« Je peux pas y croire. C'est pas à toi que je vais faire la leçon, mais tu te souviens bien de tous les illuminés qui ont essayé de monter leur petite secte, non ? Ça n'a jamais marché. »
« Cette fois, c'est pas la même chose. »
« Arrête de dire ça, tu vas faire peur à Sati. »
« Hé ! Je vous entends ! J'ai pas cinq ans, hein. Pas la peine de me surprotéger, non plus. »
« On sait, chaton. »
« Non mais je rigole pas, Dolly », reprit Héméra. « Plus tu leurs donnes du crédit, plus tu leur donnes du pouvoir. »
« Écoute, Emma. T'es bien gentille avec tes discours moralisateurs mais c'est pas toi qu'ils ont menacée. Je suis pas idiote, je me souviens très bien de Blanchi, je me souviens de Bronan, je me souviens même de la petite Liu, la Serpentard qui avait tenté de renverser la direction et de donner le pouvoir aux élèves. Je me souviens de tout ça. Mais là, c'est pas pareil. »
« Mais bon sang, ça veut rien dire c'est pas pareil. Pourquoi, c'est pas pareil ? »
Dolly se pencha vers ses amies, baissa d'un ton.
« Parce que... parce que celui qui est derrière tout ça, celui qui dresse les Mangemorts à manger dans sa main comme des petits toutous, ce mec-là est puissant, Emma. »
« Puissant comment ? »
Dolly n'eut pas le temps de préciser sa pensée : un Poufsouffle de septième année se planta devant elles, ouvrit d'un seul coup son blouson, déclenchant un jet de confettis en forme de cœur qui se répandirent un peu partout dans leurs assiettes. De grandes lettres clignotantes avaient été tricoté sur son pull : SATI VEUT-TU ÊTRE MA CAVALIÈRE ?
Ahurie, Sati cligna des yeux. Un silence décontenancé s'installa, avant que Dolly ne le brise :
« Y'a une faute, sur ton pull », signala-t-elle en pointant du doigt le T indésirable.
« Oui, je sais », geignit le Poufsouffle. « C'est ma grand-mère qui m'a tricoté le pull. Elle est nulle en orthographe. »
« Ah, d'accord. »
« Enfin bref, Sati. Est-ce que tu voudrais m'accompagner au Bal ? Ça fait des jours que je veux te demander, mais je voulais faire les choses bien. Donc voilà. »
Sati décrocha un confetti-cœur qui s'était collé sur sa joue, en dégagea un autre de son épaule d'une pichenette.
« Euh... est-ce que je peux... y réfléchir ? »
Le garçon sembla déçu mais se força à sourire.
« Bien sûr ! Prends tout ton temps. Enfin pas trop non plus, parce que le Bal est dans trois jours », finit-il avec un petit rire.
Il lui fit au revoir de la main et repartit à sa table. Sati poussa un long soupir, en essayant de sauver ce qui pouvait être sauvé de sa tartelette au citron, recouverte d'un glaçage de confettis qui palpitaient comme de vrais cœurs.
« Pourquoi tu lui as pas dit non ? », demanda Dolly en jetant de nouveau un coup d'œil vers le Poufsouffle, en train d'essayer de changer son T en X d'un coup de baguette. Il n'obtint rien de plus qu'un trou carbonisé et fumant.
« Je sais pas. Pour l'instant, j'ai personne avec qui y aller et il a l'air sympa, non ? »
Emma hocha la tête, en empilant une tranche de jambon sur une tartine déjà croulante sous la tonne de courgettes, de fromage, de moutarde et carottes râpées qu'elle essayait de faire tenir dessus. Elle avait pour ambition de se faire un sandwich avec à peu près tout ce qui traînait de comestible sur la table.
« C'est vrai qu'il est sympa. Je le connais, il est dans la réserve de l'équipe de Poufsouffle. Il s'entraîne parfois avec eux. Jamie Corkswell ou Corkswood, un truc dans le genre. Bref, en tout cas, c'est un mec cool. »
Dolly leva les yeux au ciel.
« De toute façon, si on t'écoutait, Emma, on refourguerait notre Sati au premier venu. »
« Hého, on n'est pas au marché des esclaves, là ! Vous pourriez arrêter de parler de moi comme si j'étais une lampe de chevet qu'on aime bien mais qui est quand même un peu encombrante ? Et puis, je suis capable de prendre des décisions toute seule. Donc, si personne qui me plaît plus que lui ne m'a demandé d'ici ce soir, j'irais au bal avec James, qui m'a l'air d'être un garçon formidable. »
« Jamie. »
« Oui, bon, c'est bon. James, Jamie. C'est la même chose. Excuse-moi mais il n'a qu'à avoir un vrai nom, aussi, et les choses seraient beaucoup plus simples. »
« Commence le rendez-vous en lui disant ça, chaton, il va t'adorer. »
Sati ne releva pas et finit son repas en bougonnant.
X
« Plus que 57 heures ! 57 heures ! »
« Sati, arrête de faire le décompte, on a compris. »
« C'est pas ma faute si j'aime les bals ! Les gens s'habillent bien, s'invitent à danser, se lisent des poèmes, s'embrassent sous du gui... C'est romantique, quand même... », argua-t-elle, rêveuse.
« T'as jamais assisté à un Bal à Poudlard, ou quoi ? Tu sais très bien que ça se passe pas comme ça... Tout le monde est gêné, dans un coin de la pièce, avec une boisson sans alcool et un sourire crispé, à saluer hypocritement les professeurs qui passent leur soirée à nous surveiller en attendant la moindre bavure à sanctionner. »
« Pourquoi tu fais ça, Dolly ? Si t'aimes pas les bals, c'est ton problème, mais n'en dégoûte pas les autres, s'il te plaît... »
« Mes petites fleurs en pot ! De quoi parlez-vous donc ? J'espère que vous êtes en train de disserter sur la meilleure façon de croiser un dahlia bleu avec une fleur de léthargie, sinon je me verrais dans l'obligation de vous sermonner... », les prévint Chourave.
Les filles hochèrent la tête, en se remettant au travail, alors que Pomona gambadait gaiement d'un élève à l'autre pour observer l'avancée de leurs travaux. Evidemment, environ 98% des élèves étaient en train de discuter du Bal, les 2% faisant exception étant Sirius, Rémus et Lily – occupés avec leurs dahlias bleus. Et Rogue. C'est surtout parce qu'il n'avait personne à qui parler. A peu près tout le monde était d'une humeur aussi euphorique que Sati – que tout ramenait au Bal, les fleurs, l'éclairage, une tache sur le sol : tout. Chourave posa une question à laquelle personne ne répondit. Pourquoi les professeurs s'obstinaient à leur faire cours alors qu'il était évident que tout le monde s'en foutait royalement ? Ça, mystère. Par mesure de précaution, ils auraient dû prévoir une semaine de vacances en plus, histoire de les laisser se préparer aux festivités comme il se devait.
Emma, plus que quiconque, se foutait complètement des dahlias bleus, des fleurs de léthargie, des pots en terre de taille 3 et de la pollinisation des acacias argentins. Elle observait Sirius en décomptant les minutes qui la séparaient de la fin du cours. Elle avait déjà tout prévu : dès le tintement de la cloche, elle bondissait, contournait Evans – qui prenait toujours quelques minutes pour discuter avec Chourave – évitait James – qui attendait Lily pour la harceler d'une manière ou d'une autre – enjambait les trois énormes plantes en pot qui avait été (très judicieusement) placés entre les élèves et la sortie, jouait des coudes pour rejoindre Sirius et lui demander : alors tu as personne pour le Bal ? Ce à quoi il répondrait : Non, je déteste les bals, donc je vois pas l'intérêt de me trouver une cavalière. Elle hocherait la tête, l'air compréhensif (étape cruciale pour lui donner l'impression amen, mon frère, toi et moi on est sur la même longueur d'ondes) avant de lui dire : tiens, c'est marrant, moi non plus. Et si on y allait ensemble, pas comme cavalier et cavalière, hein. Juste comme deux personnes lambdas qui passent les portes de la salle de bal en même temps – et qui finissent la soirée tous les deux à s'embrasser comme des fous dans un couloir dérobé. Bon, la dernière partie de la phrase elle ne le dirait pas à haute voix, mais elle le penserait très fort.
Ting ! Pomona venait de sonner la cloche et s'évertuait à donner ses consignes de devoirs pour la rentrée face à une foule d'élèves inattentifs. C'était un peu sa faute, aussi, depuis le temps qu'elle enseignait là et elle aurait dû savoir qu'il fallait donner les devoirs avant de sonner la fin du cours.
Emma bondit sur ses pieds, poussa à peu près tout le monde, renversa une des plantes en pots et arriva aux côtés de Sirius, pantelante et essoufflée. Une entrée en matière un peu moins sophistiquée qu'elle ne l'avait imaginé. Il lui adressa un bref regard avant de s'arrêter pour la laisser reprendre son souffle.
« Alors... tu as... personne pour le Bal ? », demanda-t-elle entre deux respirations.
Pas très subtil. Raté pour le côté 'conversation anodine lancée au hasard'. Il la regarda en plissant les yeux alors que dans sa tête elle révisait déjà la suite de la conversation. Tiens, et si on y allait tous les deux... Pas comme cavalier et cavalière mais juste...
« Si, j'ai quelqu'un. Tu es mal renseignée, Vanity. Tu relâches la surveillance, c'est très décevant. »
« Oh. »
C'est tout ce qu'elle trouva à dire. Elle sentit un immeuble lui tomber sur la tête, non, une montagne, l'Everest, s'écrouler sur elle, l'enfoncer à un millier de kilomètres de profondeur. C'était bête. Elle s'était pris un nombre incalculable de râteaux – panoplie quasi exclusivement constituée par Sirius – mais là, tout à coup, ça lui fit de la peine. Elle pensait que quelque chose avait changé entre eux, elle pensait... elle ne savait plus vraiment ce qu'elle avait bien pu penser, mais de toute évidence, elle s'était trompée.
« Tu croyais quand même pas être la seule à me draguer outrageusement ? », lança-t-il avec un sourire en coin.
« C'est qui ? », arriva-t-elle à articuler du bout des lèvres.
Il haussa les épaules.
« Séléna Deauclair. Tu veux sa date de naissance et son tour de taille, aussi, ou ça va aller ? »
« Non, ça va aller. »
Elle avait envie de disparaître. Elle saisit son sac, le balança un peu maladroitement sur son épaule et quitta Sirius sans un mot de plus.
Séléna Deauclair. Ok. Super. Au fond, elle avait un peu espéré qu'il lui annonce qu'il y allait avec James, juste pour rire, parce que de toute façon, ils se foutaient de ce Bal débile. Ou qu'il avait décidé de prendre Cassie Warp pour cavalière. Cassie Warp, ça va, Emma aurait pu concurrencer. Une petite, empruntée, bizarre, qui rigolait souvent toute seule et quand on lui demandait pourquoi, elle répondait des trucs vraiment pas nets, du genre qu'elle venait de se souvenir qu'elle avait vu un écureuil mort près de la forêt. Voilà. Là, Emma se serait sentie de taille à lutter. Mais Séléna Deauclair... Aussi belle qu'elle était blonde et elle avait les cheveux quasiment platine, c'est dire. Gracieuse, mystérieuse, élégante. A peu près tout ce qu'Emma n'était pas, comme un double en négatif.
Elle se sentit tout à coup maladroite et empruntée. Pas à la hauteur. Maintenant, l'idée même de franchir les portes de la salle de Bal lui paraissait écœurante. Dire qu'elle avait pensé se faire belle, débarquer au milieu de tous les élèves, faire son petit effet. C'en était presque risible, avec du recul. Elle aurait sûrement eu l'air ridicule avec une robe mal coupée, trop de maquillage et une coiffure qui aurait hurlé : j'ai beaucoup trop essayé, j'ai beaucoup trop essayé !
Elle remonta le couloir au pas de course. Il y'avait du monde, autour d'elle. Les gens étaient heureux, riaient forts, parlaient avec enthousiasme. Le parfum de Noël qui les gagnait peu à peu, les intoxiquait de bonne humeur. Elle avait envie de les tuer, de leur hurler pourquoi vous êtes heureux comme ça ? De toute façon, dans quatre-vingt ans, vous serez tous morts, alors s'il vous plaît, calmez-vous un peu. Ok, c'était injuste, de vouloir que tout le monde soit aussi malheureux qu'elle. Mais elle était triste et quand elle était triste, elle avait tendance à être excessive.
On lui attrapa brusquement le bras.
« Hé, Vanity ! »
Elle se trouva nez à nez avec James Potter qui la dévisageait, avec un grand sourire.
« Quoi ? », aboya-t-elle.
Il eut un mouvement de recul, les yeux écarquillés. Oh, Monsieur Potter ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui parle sèchement.
« Bah qu'est-ce qu'il t'arrive, Vanity ? C'est l'idée de jouer contre nous demain qui te met dans cet état ? »
« Non, c'est ton abruti de meilleur pote. »
« Oh. »
Il la lâcha, n'ajouta rien. Évidemment. Le pacte Potter-Black. Toujours dans la même équipe, jamais un pour dire du mal de l'autre. Pas tout à fait vrai, d'ailleurs. Eux, ils avaient le droit de se charrier autant qu'ils voulaient mais c'était un terrain miné, une chasse gardée. Le reste du monde devait se contenter de les approuver en hochant la tête bien gentiment.
Elle ignora la moue perplexe de James et fila droit vers sa Salle Commune. Même ici, l'humeur était au beau fixe. La salle, d'habitude déserte, bouillonnait d'activité. Un tourne-disque mécanique hérité des parents de Rosier s'épanchait en vieilles chansons, Sati était en train d'emballer ses cadeaux, Mulciber avait déjà une bière à la main et riait à on ne sait quelle blague qu'il venait lui-même de sortir, Dolly avait refermé ses livres, et écoutait Rabastan, assise sur la table basse, avec un sourire amusé qu'elle essayait tant bien que mal de réprimer. Augustus, lui, discutait avec une cinquième année. Lana Revers, si les souvenirs d'Emma étaient exacts.
Elle fonça vers lui.
« Augustus, s'il te plaît, accompagne-moi au Bal. »
Il s'interrompit au milieu de sa phrase, adressa un sourire navré à Lana – le genre qu'on adresserait à une amie pour excuser une grand-mère sénile qui se mettrait à hurler des insultes – et se tourna vers Emma.
« Pardon ? »
« Accompagne-moi au Bal », réitéra Héméra avec tout l'aplomb abîmé qu'il lui restait.
« Qu'est-ce qui se passe, Emma ? »
« Sirius m'a laissée en plan. »
Il fronça les sourcils, perdu.
« Tu devais y aller avec Sirius ? »
« Oui. Enfin non, mais c'est compliqué... S'il te plaît. »
« Non. »
Elle eut l'impression de se prendre une claque monumentale en pleine figure.
« Mais... pourquoi ? », bredouilla-t-elle, prise au dépourvu.
« Entre autres, parce que je ne suis pas une roue de secours, Emma. Je ne suis pas un plan B. »
« Mais si, allons-y ensemble, on sera chacun le plan B de l'autre. »
Il y'eut un long silence gêné. Et peut-être qu'Emma aurait dû sentir venir le coup, parer l'uppercut avant qu'il ne l'expédie à terre. Mais elle ne vit rien venir.
« J'y vais avec Lana. »
« Oh. Oh... »
Tout à coup, toutes les pièces du puzzle se réemboîtèrent. Lana, ses délicates taches de rousseur, ses longs cheveux roux, ses yeux d'un bleu presque gris, sa légère crispation à l'évocation du Bal, sa main posée sur le bras d'Augustus.
« Oh... Pardon, Lana. J'avais pas... enfin, pardon », bafouilla-t-elle.
« C'est rien », répondit Lana avec un haussement d'épaules.
Comme un robot, Héméra tourna les talons. Monta une à une les marches de son dortoir. S'étala de toute sa longueur sur son lit. Elle enferma dans une petite boîte le flot de sentiments qui tentait de s'évader, rangea la petite boîte quelque part dans un coin perdu de son esprit. Dormir, c'est tout ce qu'elle avait en tête. Le reste, la tristesse, la déception, l'humiliation, elle aurait bien le temps de leur ouvrir la porte demain.
X
Dolly descendit les marches de la tour d'Astronomie, relut les annotations et les schémas dont elle avait rempli son cahier. Elle avait observé des variations au niveau de la Beltégeuse, dans la constellation d'Orion. Depuis quelques temps, Dolly était en proie à de violentes crises d'insomnie. Autant mettre ces heures perdues à profit. Alors, presque toutes les nuits, elle se rendait à la tour d'Astronomie pour observer le mouvement des étoiles. Elle avait remarqué des variations dans sa magie, en fonction de la position des constellations dans le ciel et des phases de la lune. C'était la nouvelle piste qu'elle tentait d'explorer. Il fallait tout envisager, tout étudier, se donner le plus de chances possibles de s'en tirer.
Elle n'avait pas encore une idée très claire de ce qu'elle avait en face, mais elle avait suffisamment côtoyé Bellatrix, Rodolphus, Wilkes et Yaxley pour imaginer avec une précision terrifiante quel genre de tortures ils réservaient à ceux qui leur tournaient le dos. Ce qui l'intriguait, non, ce qui l'effrayait c'était d'imaginer que tous ces petits despotes avides de pouvoir avaient prêté allégeance à quelqu'un. Parce que ça voulait dire que quelqu'un... quelqu'un avait réussi à leur faire plier le genou. Et ce quelqu'un, Dolly espérait ne jamais croiser sa route.
Elle s'arrêta quelques secondes le temps de relire une page de son carnet, entoura les résultats d'un calcul, en se promettant de creuser un peu plus : en cycle de lune croissant, ses sorts gagnaient de 3,2 à 6,9% de puissance, selon l'échelle qu'elle avait mise en place elle-même. Elle utilisait le même sort, chaque nuit, et notait religieusement la moindre variation d'efficacité, de puissance et de précision.
Elle mit un genou à terre pour poser son sac, et y rangea minutieusement son carnet. Elle entendit des voix, pas plus hautes que des murmures, bruisser dans le couloir. Un frisson la parcourut quand elle reconnut l'intonation traînante, cruelle, de Rodolphus. Elle suivit le couloir jusqu'à son angle, veillant à se fondre dans l'obscurité. Là, dans un corridor dérobé, devant une fenêtre qui découpait leur silhouette en ombre chinoise, Rodolphus parlait à une fille que Dolly n'arriva pas à identifier.
« C'est un privilège, ne l'oublie pas. Vous n'êtes que deux. »
La fille se tourna légèrement. La lumière de la lune éclaira son visage. Le sang de Dolly se glaça. C'était la Ségestrie.
« Je sais. C'est un honneur », murmura-t-elle.
Sa voix ondula, roula comme une vague contre les pierres du couloir. Rodolphus eut un mouvement de recul.
« Arrête ça tout de suite », gronda-t-il entre ses dents.
La Ségestrie se décala de nouveau et son visage disparut dans l'ombre. Elle ne répondit pas. Prise d'une pulsion incontrôlable, Dolly se pencha légèrement, essayant d'apercevoir un peu mieux la scène. Le bout de sa chaussure rencontra durement le mur et elle dut se faire violence pour réprimer un cri de douleur. La Ségestrie tourna la tête, si brusquement, que Dolly eut l'impression qu'elle la faisait pivoter à 180 degrés. Les lueurs nocturnes balayèrent son visage : sa peau mate, ses cheveux blancs, ses iris d'un gris si clairs qu'ils paraissaient translucides, et sa bouche, presque trop grande pour s'accorder avec le reste de ses traits.
« Je dois y aller », annonça-t-elle de sa voix atone.
Son regard croisa celui de Dolly une brève seconde, la tétanisant au plus profond d'elle-même. Elle se sentit comme un insecte pris au piège dans la toile d'une araignée, incapable de bouger, de s'enfuir. La Ségestrie tourna les talons et disparut derrière une porte. Tapie dans l'obscurité, Dolly osait à peine respirer. Rodolphus attendit quelques secondes avant de se mettre en mouvement. Ses pas claquèrent dans le silence. Il passa devant Dolly, s'arrêta. De là où il se tenait, il ne pouvait pas la voir mais par mesure de précaution, elle se recula encore un peu dans l'ombre. La voix du Serpentard résonna dans tout le couloir, grave, traînante.
« Je te laisse jusqu'à la rentrée, Dolly. »
Il lui avait dit ça sans même tourner la tête vers le coin d'obscurité dans lequel elle était recroquevillée. La clarté de la lune, qui passait par la fenêtre, découpait un rectangle de lumière au niveau de sa bouche et de ses épaules. Sa bouche n'était qu'un trait fin, blême.
Les mains dans les poches, il se tourna vers elle, s'avança d'un pas. Le rectangle lumineux dévoila ses yeux, noirs, froids.
« Les choses vont changer, Dolly. Assure-toi de faire le bon choix. »
Il fit demi-tour et elle crut longtemps entendre ses pas, en écho dans tout le château.
X
Inspirer. Expirer. Héméra noua ses cheveux en queue de cheval, bien serrée. Enfila ses protections. Examina son balai sous toutes les coutures, enleva les brindilles fendues ou tordues, avant de le poser et de se redresser, les mains dans le dos, face à son équipe.
« Bon... ça fait plus d'une semaine que j'y pense, que j'essaye d'établir des stratégies mais autant vous le dire tout de suite, Potter est une pointure. Un génie du Quidditch. Tous les plans que je pourrais emprunter à des bouquins, il les connaîtra. Sans mentionner le fait que techniquement, ils sont beaucoup plus balèzes que nous. »
« Mais alors... qu'est-ce qu'on fait ? », demanda Gianni, les lèvres tremblantes. « On déclare forfait ? »
Elle aimait bien Gianni. Il avait quatorze ans mais on lui en aurait plus facilement donné onze. Un maigrichon, blond, les cheveux bouclés et l'air toujours vulnérable. Une gueule d'ange, en somme. Mais à Serpentard, on se méfie toujours de l'eau qui dort.
« Non, on ne déclare pas forfait. On va essayer de les piéger. On va jouer en défense, d'accord ? On ne va jamais attaquer, on va se contenter de protéger nos anneaux. Assez longtemps pour qu'ils deviennent négligents au niveau de leur défense, et là, on passera en attaque, on va essayer d'exploiter leur inattention. Pas sûr que ça marche, mais c'est ce que j'ai trouvé de mieux. Vous voyez l'écharpe que j'ai autour du cou ? »
La majorité des joueurs acquiesça : leur victoire contre les Poufsouffle conférait à Emma une nouvelle légitimité à diriger l'équipe. Deux-trois éléments problématiques continuaient de jouer les indisciplinés, Cordello en tête de liste.
« Observez-moi bien pendant le match. Tant que j'ai l'écharpe, on la joue en défense. Le moment où je m'en débarrasse, on attaque. C'est bien compris ? »
« C'est complètement débile. Faut les prendre de vitesse », contesta Cordello.
« Primo, je t'ai pas demandé ton avis, Cordello. Et deuxio, ils sont mille fois plus rapides que nous. Donc t'es gentil, tu te la fermes. »
Cordello murmura une insulte dans sa barbe mais n'insista pas. Ils finirent de se préparer en silence avant de monter les marches. Le coup de sifflet retentit.
X
Voilà. A peine vingt minutes de jeu et déjà, Cordello foutait la merde. Il se bornait à foncer en attaque, avec l'ambition ridicule de feinter les Gryffondor, de mettre un but et d'être sacré homme du match. Résultat : l'équipe était complètement paumée, jouait n'importe comment et était menée 70 à 0.
« CORDELLO ! ARRÊTE ! », lui hurla-t-elle alors qu'il venait de prendre le Souaffle des mains de Gianni et fonçait vers les anneaux rouge et or.
Evidemment, quatorze secondes plus tard, Sirius récupérait le Souaffle, et fonçait vers leurs buts à eux. Héméra n'hésita pas une seconde, elle fit tournoyer sa batte et l'abattit sur un Cognard avec un peu plus de violence que nécessaire. Sirius l'évita en plongeant vers le bas, sans manquer de lui adresser un sourire goguenard doublé d'un haussement de sourcil provocateur. Elle réprima un grognement de frustration, et fonça vers un autre Cognard qu'elle envoya de nouveau vers le Gryffondor. Il l'esquiva d'une embardée à droite.
« Va falloir faire mieux que ça, Vanity », se moqua-t-il avant d'envoyer son Souaffle droit dans l'anneau central.
Elle eut envie de lui arracher les yeux. Cordello récupéra la balle et sprinta vers les buts adverses, ignorant les rappels à l'ordre de sa Capitaine. Elle donna un coup de fouet à son balai pour essayer de rattraper Adrian, lui hurla :
« CORDELLO ! SI TU ARRÊTES PAS TOUT DE SUITE TES CONNERIES, JE TE VIRE DE L'EQUIPE ! »
« Ta gueule ! »
Elle s'arrêta net, cligna des yeux, abasourdie. Il lança son Souaffle qui fut dégagé sans mal par la gardienne Gryffondor. Le reste de l'équipe des Serpentard, déboussolé, volait un peu au hasard, perdait le Souaffle à la moindre occasion, se laissait passer devant sans réagir. Un carnage. Un putain de carnage.
Elle vola de nouveau vers Cordello. Merde, c'était elle la Capitaine. C'était à elle de reprendre en main son équipe. Sinon, ça voulait dire qu'ils avaient tous raison : elle n'avait pas le cran nécessaire pour faire une bonne meneuse.
« Adrian ! », cria-t-elle, arrivée à son niveau. « Tu es en train de perdre le reste de l'équipe ! Arrête de jouer perso, s'il te plaît ! »
Il se tourna vers elle, un sourire mesquin aux lèvres.
« J'en ai rien à foutre, de l'équipe ! Rien à foutre de tes bons sentiments ! Tu sais pas gérer une putain d'équipe et aujourd'hui, tout le monde va s'en rendre compte. »
Il lui donna un coup d'épaule et traça tout droit vers un attaquant Gryffondor qui venait de s'emparer du Souaffle. Héméra le regarda s'éloigner, décontenancée. Elle mit quelques secondes à se reprendre, repéra Rabastan et le rejoignit.
« S'il te plaît, calme Adrian avant que je lui arrache la tête. »
Rabastan acquiesça, vola jusqu'à Cordello, lui barra la route. Le match continuait à se jouer, tout autour d'eux. Elle entendit vaguement le commentateur annoncer un 110 à 0. Dans les tribunes, ça remuait en tout sens. Du rouge, du vert, des cris, des applaudissements, des chants. Tout lui paraissait flou. Cordello voulut contourner Rabastan qui s'énerva, cria quelque chose à Adrian en faisant de grands gestes. Héméra dut manquer quelque chose parce que la seconde d'après, Cordello saisissait Rabastan par le col pour essayer de le faire tomber de son balai.
« Lâche-le ! », hurla Héméra en fonçant vers eux. « Lâche-le ! »
Et le reste s'enchaîna trop vite pour qu'elle ait le temps de réagir. Cordello donna un coup de coude dans le ventre de Rabastan, lui arracha sa batte, se retourna vers Héméra et frappa de toutes ses forces un Cognard qui lui passa sous le nez. A peine dix secondes. A peine le temps de reprendre sa respiration. Le Cognard fonça vers elle, la percuta de plein fouet. Ses poumons se vidèrent d'un coup brusque, elle fut propulsée en arrière dans un hurlement étranglé. Accrochée au manche de son balai, elle tournoya sur elle-même. Ciel, terre, ciel, terre, le monde changea un bon millier de fois de sens. Elle se sentit tomber, voulut ralentir la chute, s'accrocha à son balai. Ne lâche pas, ne lâche pas, ne lâche pas. Sinon tu meurs. C'est la dernière pensée qui lui traversa l'esprit avant qu'elle ne s'écrase au sol. Un violent craquement se répercuta dans tout son corps. Dos au sol, elle hoqueta, cherchant désespérément de l'air. De l'air. Respirer. Respirer. Elle n'arrivait plus à remplir ses poumons, l'oxygène lui échappait. Ses mains tirèrent son col, déchirant le tissu. Le décor devint flou, le blanc du ciel, la silhouette des joueurs qui s'étaient tous arrêtés. Quelqu'un se posa à côté d'elle.
« Emma, ça va ? »
Elle reconnut la voix de Rabastan.
« Emma ? »
Il se pencha au-dessus d'elle, obstruant le reste du paysage, et elle perdit connaissance.
X
« Emma ! »
Des bruits de pas résonnèrent dans l'infirmerie. Dolly et Sati arrivèrent en courant, malgré les remontrances de Pomfresh, et se précipitèrent à son chevet. Dolly l'inspecta immédiatement, prit son pouls, vérifia qu'elle n'avait pas de fièvre, tandis que Sati fondait en larmes, se jetant dans les bras d'Héméra, lui arrachant une grimace douloureuse.
« Mes... côtes, Sati. »
« Pardon, Emma », hoqueta-t-elle sans pour autant mettre fin à son étreinte. « J'ai eu tellement peur ! J'ai cru que t'étais morte... Rabastan n'arrêtait pas de répéter que tu ne respirais plus quand il t'a amené à l'infirmerie et cette vieille peau ne nous a pas laissé te voir avant aujourd'hui... »
« Tu as eu de la fièvre, cette nuit ? Tu as des côtes cassées ? Tes cervicales ont été touchées ? Au niveau de ta vision, tout va bien ? Tu as des vertiges ? », demanda Dolly, en levant le bras d'Emma pour observer ses plaies.
« Et après... après... j'ai pensé qu'ils te gardaient cachée pour une bonne raison... J'avais peur qu'ils se servent de toi comme cobaye... pour des expériences... des expériences secrètes... On a essayé de venir te voir pendant la nuit, vers quatre heures du matin, pour te faire sortir avant qu'ils ne te transforment en mutant hybride... »
« Non, on est venu la voir pour nous assurer que tout allait bien », corrigea Dolly. « Ça te fait mal, quand j'appuie là ? Et là ? Tu as combien de tension ? »
« … mais la porte était fermée ! Fermée ! Je voulais casser la fenêtre pour te faire sortir mais Dolly ne voulait pas. Elle a dit qu'on allait avoir des ennuis... Et toi, pendant ce temps, t'étais là, derrière la porte, au seuil de la mort... »
« Elle n'était pas au seuil de la mort. C'est quoi, le diagnostic ? Tu pourras sortir quand ? Pomfresh t'a donné de la poudre de pavot ? Pas plus de 0,05 grammes, surtout. Et chaque dose doit être espacée de six heures. »
« Et Pomfresh... Pomfresh nous disait que tout allait bien... Arrêtez de marteler la porte en hurlant, vous allez réveiller mes patients, elle disait, vous verrez votre amie demain... Demain ! Je savais que tu serais morte, le lendemain ! »
« Qui a parlé de mort ? », s'offusqua Dolly. « Pomfresh t'a dit que ton pronostic vital était engagé ? C'est n'importe quoi. Je vais aller m'expliquer avec elle. »
« Sati, Dolly, calmez-vous, s'il vous plaît ! Je n'arrive même plus à penser », les interrompit Emma.
Elle repoussa Sati avec douceur et dégagea sa main de l'emprise de Dolly qui vérifiait ses articulations.
« Tout va bien, tout va bien ! », leur assura-t-elle. « A moins qu'on m'ait fait subir des expérimentations pendant mon sommeil, tout va bien... »
Devant les yeux grand écarquillés de Sati, elle s'empressa de préciser :
« C'est une blague, Sati, une BLAGUE ! Personne n'a fait d'expérience et je sortirai dimanche, juste à temps pour prendre le train avec vous. »
« Mais... tu peux pas sortir ce soir ? Tu vas rater le Bal ? », s'inquiéta Sati.
« Pour l'instant, je peux à peine marcher. Et puis, de toute façon, j'ai pas envie d'y aller. »
« Oh. Pourquoi ? »
Elle n'eut pas le temps de répondre, Madame Pomfresh débarqua en trombe, leur jetant un regard désapprobateur.
« Vous avez sept minutes de retard sur la fin des visites. C'est l'heure du déjeuner, allez, on déguerpit. »
Sati lui jeta un regard noir mais consentit à quitter la pièce, précédée de Dolly. A l'instant où la porte de l'infirmerie se referma, le silence lui parut insoutenable.
X
« Donc plutôt comme ça ? », demanda Sati en nouant ses cheveux en tresse. « Ou comme ça ? », continua-t-elle en les ramenant grossièrement en chignon.
« Chignon », vota Dolly.
« Carrément chignon », approuva Héméra.
Sati se tourna vers Dolly, le regard implorant.
« Tu peux me le faire ? »
« Bien sûr, chaton. »
Dolly avait le coup de main, pour ça. A croire qu'elle avait passé sa vie à coiffer des têtes de poupées. Maintenant qu'Emma avait appris l'existence de sa sœur, pas mal de choses s'expliquaient. Elle observa Dolly brosser les cheveux de Sati, puis, avec douceur, échafauder un chignon. Elles étaient venues se préparer pour le Bal à l'infirmerie, toutes les deux assises sur le lit d'Emma. Une pile de robes et d'accessoires en tout genre jonchaient le sol. Étonnant que Pomfresh ne soit pas déjà venue piquer sa crise, d'ailleurs.
« Elle est passée où, Pomfresh ? Je suis sûre qu'elle fricote avec Rusard. »
Sati détourna les yeux, le regard fuyant, bredouilla deux trois phrases incompréhensibles mais qui avaient tout l'air de suggérer qu'elle savait quelque chose qu'elle ne voulait pas dire. Elle finit par lâcher un très peu convaincant je sais pas.
« Comment ça, tu ne sais pas où elle est ? », insista Emma. « Elle vous a bien laissé rentrer, non ? »
« J'en sais rien. Je sais plus... C'était il y'a longtemps, tu sais... »
« C'était il y a vingt minutes, à peine. »
Sati était carrément nerveuse, maintenant.
« Je sais pas, moi. Peut-être qu'elle est partie faire une balade. C'est joli, les bords du Lac. »
« En hiver ? A dix-neuf heures ? »
« Mais arrête de me harceler, je sais pas, je t'ai dit ! Peut-être qu'elle est partie en vacances plus tôt que prévu ou peut-être... peut-être qu'elle est morte, voilà, t'es contente ! »
Emma la dévisagea suspicieusement.
« Wow, ça a vite dégénéré cette histoire, quand même. Ça commence par une balade au bord du Lac et ça finit en présomption de mort. »
« C'est parce que tu m'angoisses avec toutes tes questions, là. »
Emma se détourna de Sati, au bord de la crise de nerfs, se pencha pour apercevoir Dolly, toujours affairée à faire tenir en place le chignon de sa camarade.
« Bon, Dolly, tu m'expliques avant que Sati ne nous fasse une crise cardiaque ? »
Dolly haussa les épaules.
« On a mis du somnifère dans son thé », répondit-elle simplement, comme si ça tenait de l'évidence.
« Quoi ? Mais vous êtes folles ! »
« Elle ne voulait pas qu'on reste plus de trente minutes. J'avais pas envie de batailler donc j'ai opté pour la solution simple. »
Emma écarquilla les yeux, les dévisagea tour à tour. Le niveau de culpabilité de Dolly avoisinait les zéro alors que celui de Sati semblait crever le plafond. Elle était au bord de l'apoplexie, se frottait les mains nerveusement en soupirant, le regard toujours fuyant. Emma éclata de rire, le regretta immédiatement quand elle sentit son rire se répercuter dans chaque fissure de ses côtes abîmées.
« Je crois que c'est le plus bel acte d'amour qu'on ne m'ait jamais destiné », acheva-t-elle avec un sourire.
Ça eut le don de calmer Sati qui arrêta de se triturer les mains et lui sourit. Dolly, derrière elle, se pencha pour lui adresser un bref clin d'œil.
« Alors ? », demanda Sati en se relevant.
Avec sa robe de velours bleu nuit, ses bracelets dorés à chaque poignet, et son chignon bas, Sati était à couper le souffle. Emma se sentit émue sans trop savoir pourquoi. Dolly posa une main sur son épaule, s'assit à côté d'elle.
« Elle a bien grandi notre petite Sati, hein ? Et comment on va faire, quand elle quittera la maison ? Oublie pas de donner des nouvelles à tes vieux parents, chaton. »
Sati leva les yeux au ciel, irritée, mais un sourire en coin vint discréditer son semblant d'agacement.
« Bon, on y va ? », initia Dolly en se levant.
Elle était jolie aussi, dans le style Dolly : toujours simple, couleurs neutres et coupes parfaites. Un chignon tressé, une robe noire près du corps, un dos en dentelle. Élégant sans fioritures. Du Dolly tout craché.
« On repassera te faire un topo dans la soirée ! », promit Dolly en se dirigeant vers la sortie.
« Je serai tes yeux et tes oreilles, Emma ! », ajouta Sati en lui faisant un petit signe de la main avant de disparaître derrière la porte de l'infirmerie.
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Elle passa le reste de la soirée à se demander comment était le Bal. Peut-être qu'elle aurait dû y aller, tout compte fait. Mais... non. Elle avait fait le bon choix. Qu'est-ce qu'elle aurait fait là-bas, de toute façon ? Elle aurait dansé cinq minutes, se serait sentie mal à l'aise le reste du temps, aurait bu une mixture infecte qu'Augustus aurait préparé pour l'occasion, aurait vu Sirius danser avec Séléna, peut-être même l'embrasser. Pas vraiment le programme idéal. En attendant, elle s'ennuyait toute seule dans cette grande salle déserte. Évidemment, l'infirmerie, habituellement toujours bondée, était aussi vide qu'une bouteille de Bière-au-beurre après un passage de Mulciber. Plombée par le silence, elle se concentra sur l'horloge au-dessus de sa tête, comptant les secondes en suivant des yeux la trotteuse.
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« Bon, on est d'accord, ça, on n'en parle pas à Emma. »
Ça, c'était un décor à couper le souffle. Une brise chargée de flocons tourbillonnaient entre les élèves, ébouriffant les cheveux, bruissant entre les robes, des sculptures de glace pirouettaient dans tous les sens et un gigantesque lustre en cristal tournoyait au plafond, envoyant des lueurs tantôt dorées, tantôt argentées se refléter sur tous les visages émerveillés de la salle. L'humeur était plus festive qu'à l'habitude, un joyeux brouhaha régnait et même McGonagall se laissait aller à un petit mouvement des épaules qui avait tout l'air d'être les prémices d'une danse. Une seconde, Dolly et Sati restèrent ébahies, avant de se ressaisir.
« Ça non plus, on ne lui en touche pas un mot », murmura Dolly en pointant le mur du fond contre lequel Sirius était appuyé, les bras croisés, un sourire lascif aux lèvres.
Séléna était penchée à son oreille, lui chuchotant on ne sait quelle promesse nocturne. Quelque chose de visiblement assez suggestif pour lui arracher un sourire.
« Bon, notre version des faits, c'est que tout était laid, que l'ambiance était pesante et la nourriture immangeable. »
Sati hocha la tête.
« On peut même lui dire que j'ai vomi à cause d'une intoxication alimentaire. Non, mieux, que tout le monde était malade et que le Bal a été annulé », enchérit Sati.
« Chaton, il va vraiment falloir que tu apprennes le sens de la mesure. »
Sati en convint. Elle avait légèrement tendance à se laisser entraîner par son imagination. Elle devait bien être la seule Serpentard sur dix générations à ne pas savoir mentir.
Elle s'orientèrent vers le buffet se servirent une part de carrot cake. Mauvaise nouvelle : il était délicieux. Même là-dessus, elles allaient devoir mentir. Rabastan les rejoignit d'un pas nonchalant, les mains dans les poches de son costume bleu nuit. Après des années à le fréquenter, Sati fut étonnée de remarquer qu'il était beau. Ça la frappa pour la toute première fois. Ses cheveux bouclés, ses yeux bruns, sa peau mate aux embruns méditerranéens, ses longs cils et son air toujours amusé, détaché, comme si tout ce qui l'entourait n'était rien d'autre qu'un immense terrain de jeux.
« Tu danses, Babydolly ? »
Elle s'apprêtait à refuser mais Sati la poussa sans ménagement vers Rabastan.
« Elle va te dire non mais ne l'écoute pas. Elle a bien besoin de se détendre un peu. »
Dolly lui jeta le regard qu'on réserve généralement aux cas de hautes trahisons alors que Rabastan l'entraînait vers la piste de danse.
« J'aime pas danser », marmonna Dolly.
« Moi non plus », sourit Rabastan. « C'est juste une bonne excuse pour pouvoir poser mes mains sur tes hanches sans me prendre une gifle. »
Dolly pencha la tête, une esquisse de sourire aux lèvres.
« Tu es infernal, Rabastan. »
Il fit son éternelle moue, celle du gamin indiscipliné, et elle se laissa aller à passer ses bras autour de son cou. A travers la dentelle de sa robe, elle sentit la main de Rabastan suivre la ligne de son dos. Quelque chose s'anima au fond d'elle.
« Et qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? »
« On fait semblant de danser et on fait des paris. »
« Hors de question que je t'encourage dans ce qui m'a tout l'air d'être une addiction de plus en plus inquiétante... »
« C'est ça, ou je demande l'attention de toute la salle et je me lance dans une longue, fastidieuse et très humiliante déclaration d'amour publique. »
Elle poussa un soupir, pesa rapidement le pour et le contre. Rien ne pouvait concurrencer l'angoisse d'une centaine d'yeux fixés sur eux pendant qu'un Rabastan à genoux lui déclarait sa flamme. Oh, elle n'avait aucun doute sur le fait que Rabastan saurait rendre ça extrêmement embarrassant. Il lui adressa un sourire victorieux, sentant sa motivation vaciller.
« Quel genre de paris ? », abdiqua-t-elle, méfiante.
Il la fit légèrement pivoter, et de la main qui enserrait la sienne, il pointa Mulciber en train de danser tout seul, les bras en l'air, essayant de chanter sur la musique. De toute évidence, il ne connaissait pas les paroles et se contentait de réinventer les siennes : c'est qui, c'est qui le meilleur ? C'est Mulci, Mulciber ! Dolly leva les yeux au ciel devant tant d'humilité.
« Je te parie qu'il finit torse-nu, à danser sur la table, avant la fin de la soirée. »
« Trop facile », protesta Dolly. « Se désaper et danser sur les tables, c'est son activité préférée sur terre. »
Du menton, elle indiqua quelqu'un dans le dos de Rabastan.
« Je te parie qu'ils finissent ensemble avant la fin de l'année. »
Feignant toujours de danser, Dolly dans les bras, Rabastan tourna pour apercevoir de qui elle parlait. Potter et Evans. Rabastan secoua la tête de gauche à droite.
« Non, pas de paris à long terme », conclut-il, intransigeant. « On doit avoir la réponse ce soir. »
« Dommage, je voulais parier que ton frère allait finir l'année avec au moins une bonne dizaine de MST. »
« J'aurais jamais accepté de parier », répondit-il avec un regard sévère, avant de se fendre d'un grand sourire. « Je ne parie jamais quand je suis sûr de perdre. »
« Ok, ok. Plus sérieusement, je te parie que Sati rembarre Mulciber avant la fin de la soirée. »
« Autant parier que le soleil va se lever demain. Merlin, mais où est passé ton goût du risque ? »
Elle fit exprès de marcher sur son pied, par vengeance. Pour toute réponse, il la renversa en arrière, une main dans son dos. Rabastan penché au-dessus d'elle, elle n'apercevait plus que son grand sourire, et son sourcil arqué avec arrogance.
« Alors, tu fais moins la maligne, maintenant. »
« Relève-moi ! », protesta-t-elle.
« Si tu promets de bien te tenir. »
« Crève. »
Elle se sentait légèrement étourdie, basculée en arrière comme ça, et Rabastan, penché au-dessus d'elle, tout sourire.
« J'ai pas bien entendu, tu m'as dit je t'aime, c'est ça ? »
Elle rit à gorge déployée, des mèches de cheveux lui tombant dans les yeux.
« Non, j'ai dit crève. »
« De si vilains mots, dans une si jolie bouche. »
« Allez, relève-moi, idiot ! »
Il approcha son visage de son cou, elle le sentit tout près, sa peau frôlant la sienne. Il prit un malin plaisir à l'effleurer du bout des lèvres, suivre la ligne de son cou. C'est si gentiment demandé, murmura-t-il et elle sentit chaque mot courir sur sa peau. Elle ferma les yeux, sentit les lèvres de Rabastan embrasser son cou, une rivière de frissons la parcourut, la bouleversa, la remua comme un séisme.
Et soudain, il la remit sur pied et le monde retrouva son équilibre. Il continuèrent de danser, l'un contre l'autre. Mais quelque chose avait changé, elle était tout à coup consciente de la chaleur du corps de Rabastan, de sa main droite qui tenait toujours fermement la sienne, de sa main gauche sur la cambrure de son dos, de la fièvre qui embrasait son propre corps, de son parfum, tout autour d'elle, quelque chose qui lui rappelait le soleil du sud et la terre craquelée.
« Je te parie que Rosier embrasse Alecto avant la fin de la soirée », reprit-il, comme si de rien n'était.
Dolly mit quelques secondes à réagir, le temps de retrouver pied, d'atterrir. Puis, réalisant ce qu'il venait de dire, elle écarquilla les yeux.
« Qui ? »
Il la fit tournoyer sur elle-même – pour qu'elle puisse apercevoir Alecto, assise sur une chaise, dévorant des yeux Evan Rosier en train de danser avec une Serdaigle quelconque – avant de la réceptionner entre ses bras, dans la même position qu'un instant plus tôt.
« Alecto et Rosier, t'es malade ? Jamais. »
« On parie ? »
« Je te sens venir. Qu'est-ce que tu veux parier ? »
« Tu le sais très bien, Babydolly. Une soirée avec toi. Avec ou sans dîner aux chandelles, c'est toi qui vois. »
Elle baissa d'un ton, se mit sur la pointe des pieds pour lui glisser à l'oreille :
« D'accord. Et si je gagne, tu me donnes toutes les informations dont j'ai besoin sur les Mangemorts. »
« Deal. »
Il déposa un furtif baiser sur sa joue et quitta la piste de danse.
X
« Ouh la, je peux pas te répondre comme ça », paniqua Jamie Corkswood. « Tu me prends au dépourvu. Faudrait que j'y réfléchisse. »
« Euh, d'accord. »
« Non, mais quand même, c'est une question compliquée. »
Oui, enfin, non. Pas vraiment, en fait. Sati ne lui avait pas non plus demandé de lui expliquer la théorie de la relativité. Elle lui avait juste demandé sa couleur préférée. Elle avait déjà exploité tout ce qu'elle pouvait en matière de discussions, de alors, Poufsouffle, c'est sympa ? à et sinon, tu t'es déjà demandé ce qui arriverait si on devenait tous muets, tout d'un coup ? Elle avait eu une réponse assez claire à cette question en endurant un long silence embarrassant de plusieurs minutes.
« A la limite, je peux te répondre en pourcentages. Voilà, on va faire ça. Donc, je dirais que j'aime le bleu à 28% en admettant que 100% soit le pourcentage qui corresponde à ma couleur préférée. »
Sati le dévisagea, pas tout à fait sûre de la réponse à apporter à ce type d'affirmation.
« Non, je m'emballe un peu. Pas 28%, plutôt 24%. Oui, voilà, ça me semble déjà plus correct. Et alors, le rouge... le rouge, 16%. Sans aucune hésitation, 16%. »
« Oui, d'accord. C'est très... précis. »
« Attends, parce que c'est là que ça se complique. Le jaune, de base, obtiendrait un petit score de 11%. Mais comme c'est la couleur de ma maison, je lui rajoute un indice bonus de +12%, ce à quoi j'additionne 2% parce qu'il paraît que je porte super bien le jaune. Ce qui nous fait donc un total de 25%. En toute logique, le bleu devrait donc être ma couleur préférée, mais finalement le jaune l'emporte avec un petit pour cent supplémentaire. Tu vois, c'était pas évident, hein. Alors, les couleurs secondaires, je t'en parle même pas ! Là, c'est carrément une équation à plusieurs inconnues ! »
Il se mit à rire. Sati étouffa un soupir. Assise sur une chaise, à l'écart de la piste, elle n'avait pas dansé de la soirée. Dolly avait raison, elle aurait dû dire non à Jamie. D'ailleurs, Dolly, elle, avait l'air de bien s'amuser dans les bras de Rabastan. Sati en était presque jalouse.
« Cela dit, j'aime pas le vert. Étonnant, non ? Quand on pense aux pourcentages du jaune et du bleu... »
« Non non, mais c'est bon, j'ai compris. Oublie ma question », s'empressa-t-elle d'intervenir, en prévision de la longue explication pourcentée qui risquait de s'ensuivre.
Il se tut et la regarda, blessé. Elle sentit son cœur se serrer.
« Pardon, Jamie. C'est juste que... »
« Je t'ennuie, j'ai compris. »
« Non, c'est pas ça. Mais tu dois bien avouer qu'on a un peu du mal à communiquer, tous les deux... »
Il haussa les épaules, rajusta la rose rouge fixé à sa boutonnière.
« C'est parce que tu m'intimides. »
Sati éclata de rire avant de se reprendre, réalisant que Jamie était on ne peut plus sérieux. Elle ne comprenait pas vraiment comment, elle, elle pouvait intimider qui que ce soit. Qu'on puisse être impressionné face à Dolly, ça, elle comprenait : son autorité naturelle, son érudition, ses regards noirs plus dissuasifs que n'importe quelle menace. Ok, ça, elle l'entendait. Avant de la connaître, Sati avait une peur bleue de Dolly. Elle pouvait aussi imaginer qu'on puisse être décontenancé par Héméra, avec son aisance frôlant l'arrogance, sa facilité à ne s'embarrasser d'aucune barrière, d'aucune limite. Mais elle ? Elle ?
« Tu rigoles, non ? Moi, je t'intimide ? »
« Oui », avoua-t-il en triturant un accroc sur son pantalon de costume. « Tu es... je ne sais pas. Tu es tellement Sati que j'ai du mal à trouver un autre adjectif. J'ai hésité plus de trois mois avant de te demander de m'accompagner au Bal. Non, c'est même pas vrai. J'y pense depuis trois ans. J'ai envie de te parler depuis la cérémonie de répartition. Et pour ce qui est du Bal, je voulais déjà te demander de m'accompagner, en cinquième année. Mais tu y étais allée avec un Serdaigle de septième année. Voilà. Je sais, c'est pas très glorieux. Et je suis pas tout seul, tu as ton lot d'admirateurs dans chaque maison, Sati. »
Sati se trouva complètement déboussolée.
« Euh, bon. Et si... si j'allais nous chercher à boire ? Ça nous aidera à nous détendre un peu... »
Jamie hocha la tête et Sati déguerpit sans demander son reste. Elle fila jusqu'au buffet, le temps de remettre de l'ordre dans ses pensées. Elle avait du mal à trier convenablement le flot d'informations qu'elle venait d'assimiler. Elle n'en eut pas le temps, un Mulciber excessivement éméché s'approcha d'elle.
« Hé, Sati. Sati jolie... Tu veux pas qu'on... »
« Non, Mulciber. »
« Allez, on remonte dans ma chambre et on fait ça vite fait. »
« Présenté comme ça, ça donne très envie, mais je vais quand même devoir me faire violence et décliner. »
Elle se servit un verre de liquide violet, le porta à ses lèvres. Sirop de violette. Ça ferait l'affaire, le temps de taxer un peu de liqueur à Augustus.
« Si tu veux pas le faire dans ma chambre, y'a toujours les toilettes, hein. »
Sati roula des yeux. Rester polie, surtout. Sa mère lui avait toujours dit : quelle que soit la situation, il y'a toujours une façon de s'en tirer avec élégance. Elle essayait, du mieux qu'elle pouvait, de suivre les adages maternels mais Mulciber ne lui facilitait pas la tâche.
« Allez, c'est bon. Sois sympa, un peu. »
Elle se décala à l'autre bout du buffet, se contentant de l'ignorer. Il tituba jusqu'à elle, exhalant des relents de whisky.
« Allez, Sati. C'est pas ma faute si t'es belle comme ça, aussi. »
« Bon, Mulciber, laisse-moi tranquille maintenant. »
« Allez. »
Il la saisit par le poignet. Rester élégante. Surtout, rester élégante. Elle se dégagea de son emprise d'un geste du bras, assura un sourire crispé.
« Ne me touche pas. »
Elle se retourna pour partir pour de bon, mais cette fois, il l'attrapa plus fermement, la maintint en place d'une poigne brusque.
« Je veux juste que tu m'embrasses. Allez, fais pas ta coincée. »
Les yeux écarquillés, son regard se posa sur la main de Mulciber accroché à son bras, remonta jusqu'à son visage, ses yeux rouges d'alcool, ses lèvres sèches. Elle eut envie de vomir.
« Lâche-moi », murmura-t-elle.
Il lâcha un ricanement étranglé, colla ses lèvres contre les siennes. Elle n'eut même pas l'occasion de le repousser, il tomba au sol, les yeux exorbités, le visage rouge. Ses mains saisirent sa gorge, comme s'il se débattait contre un étrangleur invisible. Sati se retourna, frappée de stupeur, chercha des yeux une explication logique. Trouva le sourire de Marlène, à une dizaine de mètres d'elle, au milieu de la foule, la baguette à la main. Son poignet exécuta un bref demi-cercle et Mulciber se mit à suffoquer. De la salive blanche se forma à la commissure de ses lèvres. Une seconde plus tard, Dolly déboula, se planta devant lui et abattit froidement le talon de sa chaussure sur sa main. Un long craquement retentit et Mulciber retrouva sa respiration en même temps qu'un hurlement rauque s'extirpait de sa gorge.
« La prochaine fois que tu la touches, je te tue », murmura Dolly avant d'aller se servir un verre au buffet.
« Connard », ponctua Sati.
Et tant pis pour l'élégance.
X
Emma se réveilla en sursaut quand elle entendit geindre dans l'infirmerie. Elle ouvrit lentement les yeux, avisa immédiatement l'horloge. 4h16. Les bougeoirs s'allumèrent un à un, alors que Pomfresh rentrait en furie dans l'infirmerie, escortée par Tetra et un élève en piteux état. Héméra mit une bonne minute à le reconnaître tant il était amoché. Adrian Cordello, le nez cassé, en sang, et un œil au beurre noir courant jusqu'au milieu de sa pommette, gémissait à chaque pas, malgré le bras de Tetra passé autour de sa taille.
« Installez-le sur le lit dix-sept, s'il vous plaît », ordonna sèchement Pomfresh. « C'est pas croyable, quand même, pas croyable. Parfois je me demande si c'est une école ou une animalerie, ici. Non mais vraiment, c'est pas croyable... Un soir de festivités, qui plus est... Vraiment, ces enfants sont des sagouins... »
Tetra ne dit rien, se contenta d'installer Cordello sur le lit indiqué sous le regard circonspect d'Emma. Alors que Pomfresh s'agitait à grands renforts de sorts de soin et de bandages, Tetra rejoignit Héméra, lui tendit une feuille de papier pliée.
« Tiens, Cordello avait ça sur lui. »
Déroutée, Emma prit le papier, l'observa un instant. Une écriture fine, avec de jolies boucles, indiquait simplement : Vanity. Elle déplia la lettre :
« Joyeux Noël. S. »
Avec un sourire entendu, Tetra s'éclipsa. Héméra relut vingt-sept fois le message, pour être bien sûre de ne pas être en proie à des hallucinations nocturnes dues à la poudre de pavot. Non, c'était bien Sirius. Qui lui offrait, pour Noël, la gueule cassée de Cordello. Un sourire aux lèvres, elle s'endormit, avec, pour toute berceuse, les pleurnichements d'Adrian.
XXXXX
Piapiapia ! (ma nouvelle façon de dire bonjour, j'expérimente des trucs)
Bon, pardon pour le retard. Le pire, dans cette histoire, c'est que ce chapitre est prêt depuis un bon bout de temps mais je voulais prendre le temps de vous répondre à tous et à toutes avant de publier. Mais j'ai pas eu le temps - applaudissons tous en chœur mon organisation déplorable - et comme je pars dès ce soir pour une destination sans internet, je préfère publier maintenant ! C'est le plus long de tous les chapitres que j'ai jamais écrit. ça se fête... non ?
En tout cas, j'aurais du mal à vous dire combien vos reviews m'ont touchée, vraiment vraiment vraiment vraiment, et comme elles m'ont motivé à écrire ! Donc dès que je rentre, je vous réponds un par un, avec toute l'attention que vous méritez, mais en attendant, recevez tous une demi-tonne d'amour par colis télépathique (avec accusé de réception - vous me direz si vous l'avez reçu, du coup). Un peu encombrant, mais vous l'avez mérité.
On se retrouve très très très vite ! (En plus, le prochain chapitre - qui commence par le retour dans les familles - est déjà bien bien entamé).
MUCHAS GRACIAS ENCORE, ENCORE & ENCORE.
(Et un merci tout spécial à mes amours de lectrices qui prennent le temps de commenter tous mes chapitre, ou presque. Je sais que ça vous prend du temps, et un sacré effort de mémoire pour vous souvenir de ce qu'il s'est passé dans le chapitre et me donner vos impressions. Et ça compte vraiment pour moi. Merci, un milliard de fois).
