Hello les louloups
On se retrouve pour le deuxième chapitre. On plonge plus profondément dans l'intrigue et les premières révélations ont lieu ici.
Je vous demande très sérieusement de lire les warnings avant de commencer ce chapitre parce qu'il peut heurter la sensibilité.
Le chapitre a une fois de plus été corrigé par Amalko et Zephire
WARNING: VIOL. Syndrome de choc post traumatique. Manipulation. Kidnapping.
Si malgré ça vous voulez tenter l'aventure:
Bonne lecture.
Chapitre 2
Tu veux te rendormir
Le livre est un sacré bordel. Mais comme d'habitude, vous creusez plus profond. Même si cela signifie retourner à l'endroit que tu crains le plus. Lydia et Kira sont devant l'interphone. Tu les entends sonner à répétition, mais tu n'arrives pas à décrocher ton regard de la grille des lieux. Il te rappelle tant de mauvais souvenirs...
Tu as toujours trouvé que les lieux avaient un air assez caricatural quand tu passais devant en voiture avec tes parents. Mais maintenant que tu as eu à y résider, toute cette ambiance morbide te donne froid dans le dos. Tu as l'impression que cet endroit, au même titre que le Nemeton, attire des êtres et des créatures que personne n'aimerait rencontrer. Tu sais qu'il réside en son sein, des créatures bien plus terrifiantes que ce que tu n'oses imaginer. Parce que tu as été une de ses créatures. Tu détestes la vivacité avec laquelle Eichen House te rappelle que tu es faible et impuissant. À quel point il est facile de te soumettre. Tu as le tournis. Tu repenses à ce que t'a expliqué le Docteur Morell. La possession est un viol. Tu te sens tellement mal.
_ Ça ira à l'intérieur ?
Scott est devant toi, avec cette mine inquiète qui te fait te demander si tes effluves chimiques lui ont permis de déceler quelque chose. Alors tu préfères lui demander quel est le fil de sa pensée avant de faire une erreur. Ce n'est pas le moment de commettre un impair.
_ Oui, pourquoi ?
_ Tu as l'air un peu à bout.
Ho. Tu as presque envie de sourire. Toi qui pensais que ton état ne se remarquerait pas dans le stress général des recherches.
_ Je pense qu'on l'est tous un peu, réponds-tu le plus nonchalamment que tu puisses.
_ Certains plus que d'autres.
Ton cœur loupe un battement. Mais Scott se tourne et regarde Kira. Tu comprends alors qu'il ne parle pas de toi. Qu'il a besoin de toi. De se confier. De TE parler. Alors tu l'y pousses :
_ Attends, qu'est-ce qui s'est passé ?
_ Quand l'autre chimère, Lucas, nous a attaqués, j'ai entendu Kira dire un truc en japonais.
Tu ne comprends pas. Tu ne vois pas où est le problème dans le fait de parler japonais. Kira est Nippo-coréenne. Donc c'est assez logique.
_ C'est pas si grave.
_ Elle ne connaît pas le japonais.
Ok. C'est peut-être un peu plus insolite. Mais partant du principe que la petite-amie de ton meilleur ami est une créature surnaturelle, c'est du domaine de l'envisageable et ce n'est pas la chose la plus alarmante à laquelle tu as eu affaire depuis le début du lycée. Alors tu essaies de relativiser.
_ Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
_ Je pense l'avoir empêché de tuer Lucas.
Tu comprends ce qui le gêne maintenant. Mais tu as presque l'impression de voir Donovan empalé sur les barres de fer forgé de la porte de l'asile et tu ne peux pas t'empêcher de prendre la défense de Kira parce que vos expériences se ressemblent, n'est-ce pas ?
_ Ok. Il essayait de vous tuer, non ? C'était de l'autodéfense.
Tu crois discerner du sang couler le long des barreaux et la douleur à ton épaule se rappelle à toi. Si seulement tu pouvais ne pas sentir le sang.
_ C'était plus que ça. Elle lui a presque tranché la tête.
Et toi, tu as laissé le gars se faire transpercer par une barre de fer. Mais il voulait te tuer ? Et probablement qu'il aurait tué ton père. Non. Tu sais qu'il aurait tué ton père. Les Wendigos deviennent de plus en plus inhumains à mesure qu'ils dévorent de la chair. Il détestait ton père. Il l'aurait forcément tué à son tour.
_ Peut-être qu'elle n'avait pas le choix. À certains moments, l'autodéfense est justifiée. Tracy a tué son propre père. Et Lucas t'aurait tué.
Tu pries pour qu'il te dise qu'il est d'accord avec ça. Pour qu'il l'excuse et lui pardonne, mais...
_ Ce ne sont pas de mauvaises personnes. Ce sont des victimes. On devrait pas tuer les gens qu'on est censé sauver.
Scott est ce qu'il est. Et tu l'aimes pour ça. Tu ne veux pas qu'il change à cause de toi. Tu réalises alors que... parfois, tu devras faire des choix, pour lui, contre sa loi, et que tu es celui qui devra faire ça. Pour le préserver. Pour le protéger. Parce que c'est de ta faute si vous en êtes là.
Tu sursautes quand le mécanisme de la porte retentit et qu'elle claque pour s'ouvrir. Tu suis le mouvement, mais tes membres sont lourds. Tu as froid. L'air est humide. Il s'infiltre jusque dans tes os. Tu ne te sens pas bien. Ta tête tourne.
Tu dois continuer.
Tu dois accompagner Lydia.
Tu sais qu'il n'y a que toi qui connais vraiment cet endroit. Mais tu regardes encore une fois la grille. Cette présence fantôme. Et tu sombres.
Tu te réveilles. Tu es dans un des fauteuils de l'entrée de l'asile et Lydia te regarde, attentive. Scott et Kira ne sont pas là. Tu sursautes. Tu observes autour de toi. Plus personne n'est avec vous. Pas même l'aide-soignant de l'entrée. Tu veux dire quelque chose, mais...
_ Les Dread Doctors sont venus pour Valack. Ils ont profité de la présence de Kira dans l'asile.
Tu comprends alors que ce livre n'était pas chez Tracy pour rien. Ces fameux docteurs savaient que vous iriez en groupe. Qu'un Alpha ne laisse pas sa compagne en arrière. Ils le savaient.
_ C'est de notre faute, souffles-tu.
_ Qu'est-ce que tu veux dire ?
_ Ce qui arrive, ce qui va arriver, c'est de notre faute, Lydia.
Elle réfléchit et semble comprendre ce que tu cherches à lui dire parce qu'elle renchérit :
_ C'est notre responsabilité.
Tu as toujours apprécié Lydia. Au-delà de ton crush d'adolescent, tu as toujours apprécié son esprit vif et sa façon de raisonner. Vous êtes bien souvent sur la même longueur d'onde. Ça fait d'elle une amie précieuse.
_ Est-ce qu'au moins il t'a parlé du livre ?
_ On va devoir le lire. Tu peux te déplacer ? Tu te sens mieux ?
_ Ouais... ne t'inquiète pas, je vais reconduire tout le monde.
_ C'est génial, parce que Scott n'aurait pas pu le faire avant plusieurs heures. Il ressemble à une saucisse grillée.
OoO
Tu es au self. Tu fais défiler ton plateau, mais tu ne prends rien. Pizza. Burger. Frites. Salade. Beignet. Tarte aux pommes. Rien, rien, rien. Tout te donne des haut-le-cœur. Tu t'es servi par automatisme. Pourtant tu sais que tu vas encore tout jeter. Tu ne sais plus quand est-ce que tu as eu faim pour la dernière fois. Tu veux juste paraître normal. Tu espères que dans le stress de la conversation personne ne remarquera que tu ne manges rien. Tu soupires. Tu vas rejoindre le reste du groupe.
Tu sais que Lydia est en cours de Mathématiques avancées. Elle a déjà mangé. Malia prend des cours de conduite et Scott est en train de faire un compte-rendu à Théo. Ils devraient arriver d'une minute à l'autre. Liam et Mason sont en train de discuter d'une fille selon toute vraisemblance et Kira est penchée sur les photocopies du livre comme s'il venait de l'insulter.
_ Il y a un passage qui te dérange ?
Elle redresse la tête. Surprise et craintive.
_ Non, c'est... je crois que je suis fatiguée, j'ai du mal à me concentrer.
Tu n'oses pas lui dire que tu n'as pas encore ouvert le livre. Tu as peur. Peur de ce que tu pourrais découvrir. Tu ne sais pas vraiment quoi faire. Tu ne veux pas leur dire. Alors tu laisses Kira te mentir. Tu n'as pas envie de lui demander. Lui demander ce qui la freine. Tu la regardes ouvrir sa boîte à bento en soupirant. Tu souris. Elle est adorable.
Soudain, ton estomac gronde.
L'odeur est alléchante.
Ton estomac se rappelle à toi et tu as des crampes. Tu as faim. Tu as vraiment très faim.
_ Ça va, Stiles ? te demande Kira visiblement inquiète.
_ Ouais... C'est rien, je, j'ai faim.
_ Tu ne manges pas ?
_ Non, leur bouffe me donne envie de vomir.
_ Tu veux qu'on échange ?
_ Quoi ?
_ Tu me donnes ton plateau et je te donne mon bento.
_ Mais...
_ Donne... je mange des bentos tous les jours, changer de menu me fera du bien aussi.
Elle ne te laisse pas le choix. Elle te prend ton plateau et te colle sa boîte à repas sous le nez. Tu essaies de te contrôler. L'odeur te fait saliver. Tu avais oublié la dernière fois que tu as eu faim comme ça. Ton estomac gronde.
_ Ça sent bon, qu'est-ce que c'est ?
Elle te sourit. Elle décale le plateau sur le côté et se penche un peu au-dessus de la table.
_ Là, c'est une salade de pousses de soja, avec des algues et du chou. Là, c'est du riz vinaigré au sésame. Ici, tu as des légumes marinés et des morceaux de tofu. Et là, ce sont des daifuku mochi. Ma mère en fait toujours pour les périodes de fêtes. Si tu n'aimes pas, tu n'auras qu'à laisser.
Tu hoches la tête. Mais tu sais d'avance que tu ne laisseras rien. Tout te paraît juste divin et tu as tellement faim. Tu casses les baguettes et commences religieusement avec la salade. C'est bon. Tu te sens à la maison. Ça faisait longtemps que manger ne t'avait pas fait autant de bien. Il ne te faut pas longtemps pour découvrir que tu aimes le tofu. Le goût roule sur ta langue, explose et tu crois que tu as gémi.
Tu ouvres les yeux. Tu ne sais pas vraiment quand tu les as fermés.
Tu te renfrognes en voyant Théo arriver. Tu aurais aimé que le mec n'apparaisse jamais. Scott s'installe à côté de Kira et sourit en voyant que vous avez échangé vos repas.
_ Vous êtes adorables tous les deux. On dirait une mignonne petite famille.
Scott et sa bienveillance naturelle te tuent. Un jour, tu vas mourir d'une flèche en plein cœur s'il continue de s'extasier devant des choses aussi banales. Tu souris. La bouche pleine de riz et tu arrives presque à ignorer la présence de Théo.
Vous finissez de manger en silence. Kira continue de te regarder avec douceur. Elle rit en voyant ta tête. Tu viens de croquer dans un daifuku. C'est probablement la chose la plus incroyable et plus addictive que tu n'aies jamais goûtée. Tu adores. Plus encore que le riz vinaigré, les légumes marinés ou les pousses de soja. C'est indescriptible. Le Paradis dans ta bouche.
_ Tu aimes ?
Elle a encore son rire dans sa voix et tu hoches la tête. Ta bouche est encore pleine. Tu voudrais te rouler dans cette douceur. T'en gaver. Il faut absolument qu'elle te dise où elle se fournit ou comment les faire.
_ J'ai toujours été impressionné de voir tout ce que tu peux engloutir dans cette bouche. Déjà quand on était gosse... Qu'est-ce que tu en dis Scott ?
Tu te figes aux paroles de Théo. Tu as la mauvaise impression qu'il y a un double sens dans ses paroles et tu n'aimes pas le regard qu'il te lance. Comme si tu étais un bout de viande. Scott ne sait pas trop quoi dire et il bafouille sans parvenir à prononcer quelque chose de clair. Il a l'air plus atteint par ta réaction que le fait de répondre à votre ancien ami.
Plus personne ne dit rien et tu veux juste que la meute t'oublie. Tu n'es pas sûr d'avoir très envie de manger le dernier daifuku même si tu le regrettes. Tu redonnes son bento à Kira. Tu la remercies. Tu pars. Tu en as marre.
OoO
Tu viens de rentrer de votre petite séance de lecture chez Scott. Vous vous êtes tous endormis en attendant de voir ce qu'il se produirait, mais rien n'est venu. Tu ne sais pas trop ce qui aurait dû se passer. Ou plutôt comment ça aurait dû se passer.
Quelque part, tu es content que ça n'arrive pas. Les paroles de Malia te reviennent en tête. Comme si j'y étais. Ça te fait peur. Tu aurais préféré ne jamais avoir à l'ouvrir. Tu ne veux pas savoir ce qu'il te manque. Habituellement, tu te serais probablement jeté sur ce livre. Rongé par la curiosité. Mais aujourd'hui, savoir te fige. Quelque chose au fond de toi sait que quelque chose ne va pas. Ça grouille en toi. Et c'est pire depuis l'arrivée de ces docteurs de l'enfer.
Tu bâilles.
Il est encore tôt. Vous ne commencez les cours qu'en début d'après-midi, alors tu décides de monter dans ta chambre pour finir ta nuit. Tu sursautes dans les escaliers. Ton téléphone sonne. C'est ton père.
_ Hey, papa !
_ Hey gamin. Tu es rentré ?
_ Ouais... Quelque chose ne va pas ?
_ Non. Tout va bien ici. Je voulais juste m'assurer que tout allait bien de ton côté. Je ne vais pas tarder à rentrer. Je bois un dernier café et je pars. Ça ira ?
_ Ouais... je vais dormir un peu...
_ Ok.
Tu entends la machine à expresso en arrière-fond. Celle qui se trouve dans la salle du personnel. Tu entends encore l'eau. L'eau et l'air, la pression.
_ À t'BAM… sui... SHHHHH... min
Tu as mal. Tout est humide autour de toi. Tu ne peux plus bouger et tu as peur. Tu ne vois que des formes, ta vision est floue. Tu entends encore l'eau. L'eau et l'air, la pression. Des bruits de métal. Tu ne sais pas ce qui se passe. Tu as la sensation que quelque chose grince à l'intérieur de toi. Tu ne sais pas ce que tu fais là. La lumière est encore là. Mais tout est sombre autour de toi.
Tu as peur. Tu ne peux plus bouger. Pourtant, tes nerfs sont à vif. Le moindre courant d'air, la moindre variation de température.
Tu sens tout.
On t'enfonce une aiguille dans la colonne vertébrale. Trop longue. Trop épaisse. Tu aimerais crier, mais tu ne peux pas. Tu frissonnes, tu as froid, tu as chaud. Tu as de la fièvre. Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Qui sont ses gens ? Tu ne sais pas. Tu ne te rappelles pas ce que tu fais là.
_ C'est bientôt fini
Tu l'entends comme un murmure. Tu ne reconnais pas la voix. Tu ne sais pas.
_ Je te tiens. Concentre-toi sur ma main. Tout va bien.
Tu aimerais le croire, mais l'injection te brûle le corps. C'est extrêmement douloureux. Tu ne peux pas l'exprimer. Tu ne peux pas crier. Et tu aimerais l'envoyer balader avec ses consolations à la con.
_ C'est bientôt fini. Tu le prends très bien. Je suis tellement fier de toi.
Tu n'aimes pas ce ton. Ce type aurait pu vomir des horreurs que ce serait pareil. C'est malsain. Tu veux bouger. Tu veux crier, mais... toujours rien. Les larmes coulent.
_ Rendors-toi.
Peut-être que c'est plus facile de dormir. Dormir et oublier.
Et tu sombres, tu sombres.
_ Stiles ? Stiles, tu m'entends ? Hey gamin, tu es avec moi ?
Tu sens les larmes couler le long de tes joues. Tu as l'impression de ne plus pouvoir bouger. De ne plus pouvoir parler. Tes vêtements ressemblent à du papier de verre contre ta peau. Tu as encore la sensation fantôme de cette aiguille dans ta colonne.
_ Pa... papa...
Ta voix tremble. Rauque et mal assurée. C'est difficile.
_ Papa, j'ai peur.
Tu ne sais pas trop ce que tu dis. Tu as froid. Tout est humide autour de toi. Ton cœur fait une course folle. Tu as tellement peur.
_ Stiles. Stiles, que se passe-t-il ?
_ Je peux plus bouger. Papa, j'arrive pas à bouger.
Ton souffle est saccadé. Tu as si froid. Et cette buée autour de toi. Tu te sens glacé. Comme dans une chambre froide. Aucun de tes membres ne répond. Tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas ce dont tu viens de te souvenir. Ça n'a aucun sens. Tu as peur de ce qu'ils t'ont fait.
Au fond de toi, tu sais.
_ Stiles ? Tu m'entends ?
_ Oui
_ J'arrive gamin, je fais vite, d'accord ? Je suis dans la voiture. J'arrive dans dix minutes. Je ne te lâche pas. Je suis avec toi.
_ Ok... ok
OoO
Tu es dans la voiture avec Lydia. Vous allez à l'hôpital. Ce n'est pas l'endroit où tu aimerais être. Pas après ta réminiscence de ce matin. Tu es resté bloqué pendant vingt minutes après l'arrivée de ton père. Tu ne te souviens pas du brouillard. Tu avais juste froid. Il a eu du mal à te trouver dans cette mélasse nuageuse présente dans votre maison. Tu étais gelé. Il avait beau te parler. Il avait beau te rassurer. Ton corps était raide.
Tu as fini par t'effondrer contre lui. Il était terriblement inquiet. Il voulait prévenir la meute. Tu l'en as empêché. Tu lui as fait promettre de ne rien dire. Tu as promis d'en parler. Tu n'as rien dit à Scott. Tu as peur de ce que ça veut dire. Tu as peur de ce qu'il pourrait dire. Tu ne veux plus voir ce regard. Celui qu'il posait sur toi. Après Allison. Après la possession. C'est pour ça que tu es avec Lydia. Tu as peur. Peur de ce que ton meilleur ami pourrait sentir sur toi.
Tu réalises que vous venez d'arriver. L'idée de rentrer ici ne te plaît pas. Tu ne le veux pas. Tu la vois sortir de la voiture. Tu la suis. Tu veux la dissuader d'y aller :
_ Ok, qu'est-ce qu'on fait là si tu as déjà retrouvé tes souvenirs ?
_ C'était pas le bon souvenir, je me suis souvenue de ma grand-mère à Eichen House. Ça n'avait rien à voir avec les Dread Doctors. Si j'ai lu le livre, pourquoi je ne me souviens pas entièrement de mon expérience avec eux ?
On t'enfonce une aiguille dans la colonne vertébrale. Tu sais que tes propres souvenirs ne s'arrêtent pas là. Tu le redoutes. Elle te regarde intensément. Tu prends peur. Est-ce qu'elle a compris ? Est-ce qu'elle sait ? Tu veux juste oublier. Qu'on te laisse tranquille. Tu veux juste être en paix. Tu t'agaces. Tu en as marre de devoir combattre la terre entière dans cette ville de malheur.
_ Je ne suis pas censé le savoir, si ?
Tu as essayé d'être le moins désagréable possible. Mais ce n'est pas facile. Tu as envie de hurler sur tout le monde. Et c'est pire encore depuis ce matin.
_ Non, quelque chose s'est passé pendant l'opération, mais... C'est plus lié au fait que je sois une Banshee.
Tu détestes quand elle dit ça. Ça ne présage jamais rien de bon.
_ Ce n'est pas ma mémoire, c'est celle de quelqu'un d'autre.
Elle part vers l'hôpital, plus déterminée que jamais. Tu sais que tu n'arriveras pas à la ramener. La convaincre de partir. Tu ne veux pas qu'elle se souvienne à ta place. Tu ne veux pas qu'elle sache. Tu essaies de te raisonner. Lydia est liée à la mort. Si elle se souvient pour toi... c'est que tu vas mourir. Tu souffles. C'est bien mieux pour tout le monde si quelqu'un te tue. Tu ne feras plus de mal. Plus de Nogitsune. Tu préfères mourir plutôt que de recommencer.
Quand tu arrives à l'accueil, l'infirmière te sourit. Vous avez pratiquement passé votre enfance entre l'hôpital et le commissariat avec Scott. Tout le monde vous connaît. Il y a quelque chose d'assez troublant dans cette constatation. À la fois réconfortant et gênant. Les enfants de Beacon Hills. Des fois, tu redoutes le fait de ne jamais quitter cette ville. Tu te demandes à quel moment c'est devenu votre combat. Depuis toujours, non ?
Melissa finit par apparaître à côté de vous. Tu sursautes. Elle te regarde perplexe. Lydia lève les yeux au ciel. Tu te sens un peu con. Tu te rappelles que Melissa a l'habitude. Tu lui demandes discrètement si la salle d'opération de Lydia est disponible. Elle la regarde. Lydia sourit, gênée. Melissa ne pose pas de question. Elle a compris. Elle prend place face à un des moniteurs. Tu pries pour qu'un chirurgien soit en pleine opération. Tu pries pour qu'elle y retourne plus tard. Mais tu vois le sourire triomphant de Melissa. Tu sais que tu n'y couperas pas.
Quand tu arrives devant les portes battantes du petit bloc, tu ne réfléchis pas. Tu suis Lydia. Tout est sombre. Tu discernes à peine ce qu'i l'intérieur et tu ne veux pas regarder.
_ Est-ce que tu peux allumer la lumière ?
Tu cherches l'interrupteur et te précipites dessus. Au point où tu en es, tu ne peux plus reculer. Tu es soulagé de voir que rien ne se passe. Tu le lui dis.
_ Ça ne fonctionne pas.
_ Demande à quelqu'un, insiste-t-elle.
Tu soupires. Tu ne vois pas trop l'intérêt de toute façon. Après tout...
_ Je croyais que c'était un truc avec les sons.
_ Je veux quand même voir ce que j'entends, explique-t-elle en tournant dans la pièce.
Tu n'aimes pas cette façon qu'elle a de tout examiner. Tu ne veux pas qu'elle découvre quelque chose en te regardant. Tes yeux se portent malgré toi sur la table d'opération. Tu es attaché.
_ Logique, souffles-tu avant de t'enfuir.
En sortant, tu secoues la tête. Tu ne veux pas te souvenir maintenant. Pas maintenant.
Tu essaies de courir quelque part, mais tu ne sais pas trop où tu vas. Tu ne veux pas qu'on te trouve. Tu ne veux pas qu'elle sache. Tu espères juste trouver les toits avant que ça n'arrive. Les brancards, les malades, tout te donne le tournis. Tu entends hurler. La douleur est insupportable. Tu veux y échapper. Tu pousses une porte. Tu ne sais pas où tu es. Tu as froid.
Tu te réveilles en sursaut.
Tu es attaché. Mais la raison de ton réveil te rattrape et tu hurles. La douleur est insupportable. Ton souffle se saccade. Tu fais une crise de panique. Tout ton corps se déchire sous la pression. Que se passe-t-il ? Où es-tu ?
Tu voudrais te rendormir, mais la douleur te tient. Tu voudrais déchirer tes liens, mais la douleur t'achève. Tu te sens trop faible. Trop mal. Quelque chose est en train de se produire et tu ne comprends rien.
Tu as mal.
Tu as froid
L'endroit est humide. Tu es encore nu.
Tu as peur.
Ta respiration siffle et tu cries encore. La transpiration te pique les yeux. Tu as tellement mal.
_ Sshht, Shht Sht Sht, Sht, je suis là. Sois courageux. Tout va bien. Tout va bien.
Tu sens une main sur ton front. Tu détestes ça. Tu as envie de l'arracher. Qui est cet homme ?
_ Tu t'en sors très bien. C'est bientôt fini, c'est presque sorti.
De quoi parle-t-il ?
_ Ne t'inquiète pas, tu oublieras tout. C'est une promesse.
Tu ne veux pas oublier. Tu ne veux pas oublier ce qu'on est en train de te faire. Tu veux t'accrocher à lui, mais tu es encore attaché. Tu as l'impression d'être retourné à Eichen House. Tu n'aimes pas ça. Tu n'aimes vraiment pas ça.
_ Je te ramène bientôt chez toi. Dors. Dors, joli renard.
Renard. Tu n'arrives plus à réfléchir. Ta tête tourne et tu t'endors.
Tu es au sol. Tu entends du bruit. Un combat. Tu ne sais pas comment tu as atterri ici. Ta respiration se choque quand un gars du lycée échoue juste à tes pieds, la gorge tranchée. Théo est là. La main pleine de sang. Tu n'arrives pas à décrocher ton regard de ce mec qui glapit et s'étouffe avec son sang. Tu te redresses lentement. Tu essaies de comprendre comment vous en êtes arrivé là. Pourquoi est-ce que la mort t'entoure autant ? Pourquoi Théo a fait ça ? Pour te défendre ? Pour... t'intimider ? T'impressionner ?
_ Stiles. Tu ne peux rien dire.
Tu n'arrives pas à décrocher ton regard de la chimère au sol.
_ S'il te plaît, ne dis rien.
Tu finis par redresser ton regard sur Théo. Ça te fascine cette panique qu'il ressent à l'idée que tu le trahisses. Il vient de faire sa première erreur.
_ Pourquoi ?
Le mot glisse sur tes lèvres et tu te délectes du sursaut de peur qu'il a en te regardant gravement.
_ Parce que j'ai tenu ma promesse pour Donovan.
Tu rigoles. Cynique. La situation est vraiment à mourir de rire.
_ Je savais que tu te servirais de ça contre moi.
Il n'y a pas de reproche dans le ton que tu emploies, tes paroles suffisent bien à elles seules.
_ Tu m'y obliges.
Tu vois rouge. Tu le pousses contre la paroi grillagée qui borde l'alimentation électrique. Tu as envie de lui faire mal. De le voir souffrir. Tu le détestes. Tu lui craches tout ton fiel au visage :
_ Non. C'est toi qui m'obliges. Tu as tué ce gars parce que tu savais très bien que tu avais de quoi me faire chanter. À croire que c'est toi qui voles les corps.
Ce n'est pas suffisant. Tu veux voir le sang. Tu veux voir sa mort. Toute ta haine exhale de toi et tu dois puer tellement tu as envie de le tuer. Il s'énerve. Te retourne et te plaque à son tour. Ça fait mal. Vous n'avez pas la même force. Dans sa rage, il l'oublie. Tu veux le frapper encore plus.
_ À quel moment j'aurais volé le corps de Donovan ? J'étais en train de m'occuper de toi. Je t'ai même raccompagné chez toi... J'ai rien dit parce que tu n'as rien dit.
Tu t'apprêtes à rétorquer, mais vous entendez tous les deux le son d'une sirène. Les voitures de fonction du shérif.
_ Ce n'est pas une ambulance.
Tu secoues la tête. Tu as envie de cracher un « Merci Captain Obvious », il y a mille et une raisons pour lesquelles les adjoints de ton père peuvent être présents. Vous pouvez probablement vous en sortir sans encombre.
_ On devrait partir, insiste Théo
_ Nous ne pouvons pas le laisser là.
Si vous le laissez là, il y aura une enquête. S'il y a une enquête, vous allez au-devant de gros problèmes.
_ D'accord. On le prend avec nous. Puisque quelqu'un vole les cadavres. C'est l'occasion de découvrir qui. Stiles, Allez. On doit faire quelque chose.
Tu sais qu'il en train de souligner une évidence. C'est l'occasion rêvée pour dénouer le mystère. D'un autre côté, tu ne veux pas avoir à couvrir Théo. Mais il te l'a bien fait comprendre : tu n'as pas vraiment le choix. Il te dégoûte. Tu sais qu'il a profité de l'occasion pour faire couler le sang.
_ Tu l'as tué.
_ Je me suis défendu.
Tu lâches presque un rire désabusé. À qui essaie-t-il de faire croire ça ? Certainement pas à toi.
_ Il allait te tuer et moi aussi. Si on reste, il faudra raconter la vérité ou une histoire très convaincante. À toi de voir. Je ne peux pas te demander de mentir à ton père.
Ton père... Combien de choses lui as-tu cachées ? Combien de choses comptes-tu encore lui cacher ? Tu sais que le compte est loin de prendre fin. Alors tu cèdes.
_ Ne t'en fais pas, je suis bien entraîné.
OoO
Tes doigts pianotent contre le volant de la Jeep. Tu sais très bien que tu ne peux pas laisser Théo seul pour des tours de garde comme il l'a proposé. Après tout, tu ne sais pas ce dont il est capable pendant que tout le monde a le dos tourné, mais tu en viens à le regretter. Te retrouver seul avec lui dans l'habitacle de ta voiture te rend nerveux. Tu stresses. Il peut le sentir. Un silence pesant s'est installé. Tu ne cherches pas spécialement à le dissiper. Tu veux qu'il se sente mal à l'aise lui aussi. Tu as envie qu'il se sente comme une merde.
Tu le scrutes.
Tu essaies de savoir à quoi il pense, ce qu'il veut. Cette carapace est un secret que tu ne saurais résoudre et ça te rend fou. Ces petits sourires en coin te donnent envie de le cogner.
_ Tu te demandes pourquoi j'ai rien dit ?
Si tu ne t'attendais pas à l'entendre dire n'importe quoi pour avoir ton attention, tu aurais probablement sursauté. Mais tu commences à cerner un peu le garçon.
_ Peut-être.
Tu veux rester le plus évasif possible. L'agacer est devenu un challenge. Non. Le mettre en colère. Voir son vrai visage.
_ Tu penses que je cache un truc ?
_ Probablement.
_ Tu me crois si je te dis que tout ce que je veux, c'est que vous me fassiez confiance ?
_ Non.
Il soupire. Tu aimes ça.
_ Tu es là parce que tu ne me croiras jamais ?
_ Oui, ravi d'avoir pu crever l'abcès.
Ta satisfaction n'a plus de limite. Tu réalises à quel point ça te fait du bien de lui dire que tu le détestes. Mais quelque chose, quelque part en chemin, te dit que c'est mal. Ça te perturbe.
_ Tu sais à qui tu me fais penser ?
_ Théo, je m'en fiche.
Tu te fous de ce qu'il pourrait te dire actuellement. Tu essaies de comprendre ce qui ne va pas chez toi. Ton intuition te crie des choses aux antipodes l'une de l'autre et tu voudrais dénouer ce mystère. À quel moment les choses ont-elles autant disjoncté ? Pourquoi tu as toujours envie de le frapper et de t'endormir contre lui ?
_ À ma sœur.
La révélation te perturbe suffisamment pour sortir de tes pensées. Quoi ? Est-ce que lui faire penser à une personne morte est une sorte de menace ? Tu n'arrives pas à voir ça comme un compliment. C'est soit très insultant, soit très inquiétant et tu as envie de l'envoyer sur les roses, mais il continue :
_ Elle aussi, elle était plus intelligente que tout le monde. Et aussi gonflante que toi.
Tu as envie de rire. Au moins, tu as fissuré le vernis bien lisse de ce joker. Tu penses qu'il a fini, que c'était juste une façon de te dire que tu le fais suer, mais il reprend :
_ Elle prenait soin de moi. Comme tu prends soin de Scott.
Tu voudrais lui dire que sa sœur ne s'est jamais salie pour le sauver. Qu'elle n'était pas non plus responsable de sa transformation. Que tu n'as rien à voir, de près ou de loin, avec lui. Tu n'as pas le temps.
_ C'est moi qui ai trouvé son corps. Elle était tombée dans un ruisseau. Sa jambe était cassée. Elle aurait pu s'en sortir si la nuit n'avait pas été aussi glaciale, si elle n'avait pas souffert d'hypothermie... Quand je l'ai trouvée, je me suis dit que j'aurais dû deviner. Que j'aurais dû prendre soin d'elle.
Tu trouves que quelque chose cloche dans cette histoire. Trop lisse. Trop parfaite. Tu ne peux pas y croire. Au-delà même de cet énorme mensonge, tu ne comprends pas où il veut en venir. Ce qu'il cherche à te faire croire.
_ Pourquoi tu me dis tout ça ?
_ Parce que même si tu ne me fais pas confiance et que tu ne m'aimes pas, je prendrais soin de toi.
Tu sens une main dans tes cheveux. Tu crois qu'ils sont mouillés. Ils sont lourds sur ton crâne et ta tête te lance. Tu vois flou. Tu te sens comme ailleurs. Ces caresses qui se veulent rassurantes ne te disent rien qui vaille.
Tu veux bouger, mais tu es attaché. Où es-tu ? Eichen House ? Un cauchemar ? Tu ne sais pas. Tu ne sens que le métal froid contre ton dos. Tu crois bien que tu es nu. L'air est humide. Tu crois entendre le bruit d'une bouilloire. Ou peut-être du métal. Tu ne sais pas trop. Tu as une forte nausée qui t'empêche de réfléchir.
_ Vous vous baignez souvent près de la berge à côté de chez Lydia ?
Tu ne comprends pas la question. Tu ne sais même pas qui te parle. Tu voudrais ouvrir la bouche, mais tu n'arrives pas à parler. Tu ne sais même pas si tes lèvres bougent. Rien ne se passe. Tu te sens mal.
_ Ne t'inquiète pas je vais te détacher.
Tu sens ses mains sur ton corps. Tout te paraît trop aigu. Tu sens ses griffes autour de ta taille. Tu te demandes si elles vont percer ta peau.
_ Là... Laisse-toi faire, fais-moi confiance, tout va bien se passer.
Il finit par défaire tes liens. Il te contrôle comme un pantin. Il t'oblige à te redresser et s'il ne te tenait pas, tu tomberais au sol. Tu ne sais pas ce qu'il t'a fait. Tu ne te sens pas normal. Drogue ?
_ Les effets vont bientôt passer, ne t'inquiète pas.
Sûr, c'est de la drogue.
Tu sens d'instinct que cet inconnu ne te sera d'aucune aide et tu as peur. Tu ne le vois même pas bien. Ta vision ne veut pas se fixer. Son sourire contre ton épaule t'énerve. Ton cœur martèle quand tu sens qu'il te porte. Tu ne veux pas qu'il t'emmène. Être attaché sur cette table froide était sans doute moins effrayant. Ta tête est lourde et retombe contre lui. Ton corps est mort, mais toi tu es là, bien là, et tu as peur.
Un matelas.
C'est ce qu'il te semble. C'est assez moelleux, quoique assez rugueux. Tu te demandes encore. Encore et encore. Est-ce que tu es à Eichen House ? Cela y ressemble trop. Tu as peur. Les soignants là-bas te font peur. Les malades te font peur. Tu détestes cet endroit. Ton père n'a jamais donné son accord pour des drogues. Tu ne devrais pas être sous sédatif. Pas comme ça. Si ça revient ? Tu ne veux plus de renard. Plus de Nogitsune.
Tu sens ses mains sur tes cuisses. Toute ton attention se focalise sur ce qu'il est en train de faire. Tu n'arrives pas à protester. Pourquoi est-ce qu'il te touche là ? Il ne devrait pas. Tu ne veux pas. Ta respiration se bloque. Ton cœur bat plus vite. Mais ton corps ne bouge toujours pas. Tu es mou et flasque. Tu ne sais pas quoi faire. Tu as peur. Il rit.
_ Quel plaisir de t'avoir à ma merci, Stiles. Je vais adorer ça, faire de toi mon compagnon.
Tu ne comprends rien à ce que te raconte cet étranger. Tu es humain. Tu ne peux pas être un compagnon. Tu ne veux pas. Tu ne veux pas. Ses mains continuent de remonter. Soulève tes jambes. Il t'expose. Tes bras ne bougent pas et tu détestes ça. Ta voix est bloquée. Tu aimerais crier. Il te contrôle comme un pantin. Il t'oblige. Tu ne peux rien faire.
_ Tu es tellement parfait. Tu fait exactement ce que j'attendais de toi. Tu es tellement chaud entre mes bras, Stiles. Tu es tellement beau comme ça, tout pour moi.
Il t'a redressé. Ta tête retombe sur son épaule et il joue avec toi. Tu as l'impression de tanguer. Peut-être qu'il essaie de danser. Ta tête bourdonne. Ce qu'il te dit te rend malade. À moins que ce ne soit ce qui se passe. Il te bascule en avant. Tu sens ses griffes autour de ta taille. Son souffle sur ta nuque et son rire bas. Tu aimerais ne pas être là.
Ailleurs
Ailleurs
Ailleurs
Tu ne veux pas.
_ Scott a vraiment un beau bêta, dommage qu'il n'en profite pas, il te le murmure à l'oreille et ton cœur gèle.
Tu sens sa langue courir le long de ta colonne vertébrale et tu sens la nausée monter. Tu penses à Scott. Tu te demandes s'il est en train de te chercher. Tu veux qu'on te libère, que ce cauchemar prenne fin.
_ Je ne crois pas qu'il le sache.
Tu voudrais qu'il se taise. Tu voudrais qu'il s'en aille, mais rien ne prend fin et tout prend une ampleur terrifiante. Tu sens les larmes couler le long de tes joues, mais rien ne se produit. Tu ne peux pas crier. Tu ne peux pas protester. Où est la meute ?
_ Ça a vraiment marché.
De quoi parle-t-il ? Tu ne veux plus l'écouter.
_ Tu bandes. Regarde-la. Tendue et suintante. Tu me veux.
Non. NON. Tu ne le veux pas. Tu ne sais pas pourquoi tu bandes. Tu ne contrôles rien. Rien. RIEN. Tu détestes l'idée d'être en érection. Tu détestes l'idée que ton corps réponde. Tu ne le crois pas. Tu ne veux pas le croire. Tu ne veux pas. Tu ne veux pas ? C'est impossible.
Tes larmes redoublent.
Silencieuses.
_ Je ne dois pas être le seul à prendre du plaisir, Stiles. Pour qui me prends-tu ? Je veux que tu aimes ça. C'est important, tu sais.
Tu crois qu'il écarte tes fesses. Tu ne veux pas te concentrer sur ce qu'il fait. Mais c'est difficile de l'ignorer. Tu sens sa salive contre ton entrée. Tu sursautes. Enfin, tu crois. Ton cœur, lui, manque un battement et un soupir de plaisir retentit dans la pièce. Il a mis un doigt à l'intérieur de toi et tout ton corps crie. Tu ne veux pas aimer ça.
Tu ne comprends pas ce qui se passe. Tu veux l'ignorer, l'ignorer.
Tu as peur.
Ton souffle se saccade. Tes yeux te brûlent. Qu'est-ce qu'il se passe ?
Tu es là, mais tu n'es pas là. Tu veux t'envoler. Oublier. Ton corps n'existe plus. Ta douleur n'est qu'une illusion. Tu t'échappes. Tu veux juste qu'il arrête de te ramener. Tu ne veux plus rien d'autre que disparaître. Il te torture.
Tu entends un gémissement. Peut-être un autre. Tu réalises que c'est toi. Tu comprends que tu aimes malgré toi. C'est un cauchemar. Tu ne veux pas savoir ce qu'il fait, mais tu le sens. Ça te remplit. Ton corps répond. Tu ne veux plus que Scott soit là. Tu as peur qu'il te voie. Qu'est-ce que ça fait de toi ?
_ Vois comme tu aimes ça.
Il t'embrasse l'épaule. Tu frissonnes de dégoût. Tu ne comprends pas pourquoi ton corps te trahit comme ça.
_ Tu la prends tellement bien, Stiles. Tu es fait pour moi.
Tes gémissements se transforment en cris et tu pleures. Tu pleures. Tu as peur. Peur de te perdre. Avaler par ce monstre. Distrait par ce menteur. Corrompu par cet imposteur. Il te fait mal en te faisant du bien. Tu ne veux rien. C'est un mensonge. Tu détestes. Tu te détestes.
Tu veux hurler.
Mais tu pleures.
Il rit.
Sa main sur ta queue te révulse. Tes réactions te répugnent. Tu te sens sale. Anormal.
Il te mord.
Tu viens.
Tu l'entends gémir contre ton épaule. Il brusque ton corps, une fois, deux fois peut-être quatre. Tu ne sais plus. Tu ne penses plus. Tu es sale. Tellement sale. Qui prend du plaisir à être forcé ? Obliger. Violer. Tu ne comprends pas et les larmes coulent... coulent... coulent.
_ Je vais adorer te consoler, Stiles. Je prendrais soin de toi. C'est toi et moi maintenant. Tu le sens ?
Sentir quoi ? Tu sens trop. Tu ne sens plus rien. Tu ne veux plus penser.
_ Tu sens ce lien entre nous ? Scott va m'adorer. C'est ce que font les alpha, non ? Accepter le compagnon de son bêta de tête. N'est-ce pas ?
Il rit.
_ Ne t'inquiète pas. Je veille sur toi. Tu ne mourras pas. Tu es à moi maintenant. Rien ne peut défaire ça, tu sais, même pas la mort. Seulement la folie nous attend à travers la mort. Et personne ne veut ça... n'est-ce pas ?
Il te caresse le dos. Tu arrives à peine à te décaler. Ton corps commence à répondre. Encore combien de temps pour t'échapper ?
_ Tu seras ma plus belle pièce. Mon Void. Mon renard.
Il est fou. Tu le sais. Tu n'es pas son compagnon. Tu es humain.
_ Fais-moi plaisir, Stiles, bats-toi contre moi. Lutte contre notre lien. Je vais adorer te faire tomber. Je veux te voir dépendant. À ma merci. Bats-toi. Et la prochaine fois que tu gémiras sur ma queue, je veillerai à ce que tu ne sois pas drogué. Je vais te faire prendre ton pied. Tu vas en redemander.
Tu sens son sperme couler sur tes cuisses et un sanglot t'échappe dans le silence de la pièce. Tu te refais toujours le même refrain depuis tout à l'heure : qu'est-ce que Scott penserait de toi s'il te voyait comme ça ?
_ Non. Non, non, non. Ne pleure pas.
Il te prend dans ses bras. Il te caresse les cheveux. Il se veut rassurant et t'embrasse le crâne. Tu as chaud contre lui. Tu te sens étrange. Un frisson te parcourt. Tu as froid.
_ Je ne pourrais plus vivre sans toi maintenant, mais tu ne pourras plus vivre sans moi, chéri. Je vais te faire aimer ça.
Tu aimerais bien voir ça. Tout en toi renie cet homme, hurle au rejet.
_ Dors maintenant, Stiles. Dors. On se revoit dans trois mois, mon amour.
Ce n'est pas de l'amour.
_ Rendors-toi.
Tu te sens partir. Sombrer.
_ STILES ! Stiles, tu m'entends ? Stiles, réponds !
Tu es sur le siège arrière. Théo est au-dessus de toi. Le hurlement qui sort de toi est puissant. Si puissant qu'il se recule. Il semble choqué. Tu sais maintenant que c'est un jeu. Tu vois trouble. Les larmes se déversent le long de tes joues sans que tu n'y puisses rien. Tu as peur. Tu as très peur. Tu t'éloignes le plus possible de lui. Tu as envie de vomir. Tu as froid. Tu as l'impression que tout est humide autour de toi. Avec quoi remplit-on du vide ?
Il tente de te toucher.
Tu le frappes. Tu le frappes encore.
Et encore.
Et encore.
Tu ne veux pas qu'il t'approche. Tu ne veux pas qu'il soit là.
Tu hurles.
Tu sors de la Jeep.
Tu trembles.
Tu as froid.
Tu te noies.
Avec quoi remplit-on du vide ?
Tu cries. Ou tu pleures. Tu ne sais plus. Tu n'arrives plus à respirer. Tu tombes. Ton souffle se fait rare. Il pose sa main sur toi. Tu cries. Tu cries. Tu cries et tu pleures. Tu pleures encore. Encore.
Avec quoi remplit-on du vide ?
Tu te noies.
Tu trembles.
Tu voudrais t'arracher la peau. Le tuer. Voir son sang couler.
_ Stiles, murmure-t-il faussement inquiet.
Tu te débats. Tu le repousses. Tu te lèves. Tu tombes. Il veut t'aider. Tu cries. Tu te redresses. Tu le frappes. Tu te recules. Tu ne sais pas où aller. Tu ne sais pas quoi faire. Tu es avec lui. Lui. Lui. LUI. LUI ! Tu veux mourir. Ta peau te brûle. Tu as froid. Tout est acide. Tout est humide. Tu le vomis. Et tu vomis. Encore.
Tu veux Scott.
Tu veux Scott.
Tu veux Scott.
Mais Théo partage des secrets avec toi. Il veut le détruire. Il va le détruire. Tu as froid.
_ Stiles, arrête ça.
_ C'était toi.
Tu ne sais pas si tu l'as crié ou si tu l'as pleuré.
Plus rien n'a de sens. Plus rien n'a de valeur. Ta respiration siffle. Tu transpires. Tu ne veux pas de ça. Tu ne veux pas être avec lui. Tu sens les chaînes autour de tes poignets. Tu sens le désastre dans ton cœur. La vérité pleure. Le mensonge chante. Tu as l'impression de mourir.
Tu veux ta mère.
_ C'est trop tôt, Stiles. Je ne peux pas te laisser lui parler.
_ Qu'est-ce que...
Tu as mal. Tu sombres... tu t'endors, dors, dors, mon bébé. Je veille sur toi.
Tu rêves de ta mère. Tu vis un cauchemar.
Toujours là ?
Je n'en voudrais a personne si vous n'avez pas pu. Je savais bien que c'était un pari risqué ;)
En tout cas, pour ceux qui sont arrivé jusqu'ici et qui en découvrir d'avantage sur la situation, je vous dis à la semaine prochaine ~
A bientôt
