Titre original: Sins of the Innocent
Auteur: reapertownusa
Traduction: Allys-33
Note de la traductrice: Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!
ATTENTION: Les thèmes abordés ici sont sombres et lourd, les punitions corporelles extrêmes, la violence domestique consensuelle, la violence sur des enfants, la mort de certains personnages, certaines scènes perturbantes impliquant des enfants, l'inceste (le genre pas sexy), la prostitution, les références à la maltraitance passée, l'auto-régulation, thèmes concernant le suicide, la torture, le sexe des mineurs (rien concernant des enfants de moins de 15 ne sera montré, mais implicite).
...
Les péchés de l'innocence
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Chapitre 6
Sam voulait dire à son père d'aller au diable.
Dans sa tête, il saisissait le bras de son frère et s'enfuyait avec lui; peut-être même qu'ils voleraient l'impala pour partir là où papa ne pourrait jamais les retrouver. Et il l'aurait déjà fait, s'il ne connaissait pas d'avance le résultat, s'il ne savait pas d'avance qu'entre eux deux, Dean choisirait toujours papa.
Il ne pouvait pas éloigner son frère d'ici, mais il ne pouvait pas non plus partir sans lui.
Une question lui trottait à l'arrière de la tête. Il se demandait si les récentes tentatives de rejets de Dean étaient sincères. Peut-être que son frère ne voulait pas le protéger, peut-être qu'il voulait, réellement, rester seul avec papa.
Dans ce cas, c'était bien dommage, parce que Sam refusait d'abandonner son frère à cette vie. Si Dean voulait être avec papa, c'était, uniquement, parce qu'il pensait que personne d'autre ne voulait de lui.
Dean avait tout donné pour son cadet et, aujourd'hui encore, il ferait n'importe quoi pour lui. Par contre, il ne lèverait jamais le petit doigt pour se protéger de papa. Alors, si Sam partait, il n'y aurait plus personne pour le protéger, ni de son père, ni des démons, ni de lui-même.
Si Sam engageait ce combat maintenant, il le finirait en partant, seul. Et il était hors de question qu'il franchisse le pas de la porte sans Dean à ses côtés.
Alors, il se força à rester immobile, pendant que papa poussait Dean dans l'impala. En les regardant, il lui vint à l'esprit que son père pouvait très bien emmener Dean loin de lui. Rien ne l'empêchait de partir et de ne jamais revenir.
Rien, excepté Dean.
Après avoir attaché sa ceinture de sécurité, Dean tourna son attention vers la fenêtre et croisa le regard de son frère. Il reviendrait. Il y avait, dans ses yeux, la promesse silencieuse, qu'il ne laisserait pas papa l'emmener loin de son cadet.
Sam hocha la tête, renouvelant sa propre promesse, alors que l'impala quittait le parking.
Il se ressaisit et força son attention sur la chasse. Ce n'était pas qu'il avait le désir particulier de sauver des étrangers, surtout quand ceux-ci se fichaient royalement de son frère. Son seul intérêt était d'obtenir les informations nécessaires pour s'assurer que Dean survivrait à la chasse.
La maison de Maria Carter était à plus d'un kilomètre et demi du restaurant et sur la route du lieu de la chasse. Il aurait été plus logique que papa le dépose chez la jeune femme. Mais Sam savait bien que son père agissait plus par souci de division que d'efficacité.
La seule et véritable priorité de papa était d'isoler Dean avec lui. Sam ne voulait pas penser à ce qui pouvait arriver quand il n'était pas là.
Pendant un moment, il songea à appeler un taxi, par pure rancune. La distance n'était pas vraiment énorme. Il ne pouvait même pas imaginer le nombre de kilomètres que papa faisait courir à Dean, durant les journée ordinaires. Et, bien que Sam ne suivait pas un entrainement aussi intensif que celui de son frère, il devait, quand même, se maintenant en forme.
Mais même si Sam aurait voulu gaspiller de l'argent dans un taxi, juste pour énerver papa, il se contenta de marcher. Pour chaque sous qu'il dépensait, Dean aurait à s'offrir à des étrangers en compensation.
Il avait besoin d'air, de toute façon.
Le problème avec la marche, était que ça lui laissait un trop long moment de réflexion. Il passait énormément de temps loin de Dean et c'était trop dur de savoir qu'a l'instant même, peu importe où il se trouvait, son frère souffrait. Dean devait être confus et effrayait et papa était surement entrain de le battre, de le baiser ou simplement de lui répéter à quel point il le trouvait inutile.
Si Dean voulait mourir et surtout s'il pensait que sa mort rendrait service à tout le monde, c'était à cause de leur père. Sam était sûr que papa le voulait aussi, ainsi il serait débarrassé de son aîné et pourrait prétendre ne pas en être responsable.
L'estomac de Sam était douloureusement noué, au moment où il atteignit l'adresse qu'on lui avait donnée. En réalité, le jeune homme avait été tellement distrait qu'il l'avait largement dépassé, jusqu'à ce qu'il finisse par remarquer que les numéros des maisons étaient trop élevés.
Sam retira son manteau en remontant l'allée. Il ne faisait pas spécialement chaud; en fait, la température était plutôt agréable, mais il avait besoin d'une distraction.
Il n'avait jamais été très à l'aise en banlieues.
C'était là que vivaient les gens pour qui Dean avait tout sacrifié. Ils habitaient dans de belles et grandes maisons, dormait dans des lits bien chauds et mangeait de la bonne nourriture en abondance. Ils avaient des parents aimants, des chiens et faisaient des barbecues entre voisins tous les week-ends.
Ils ne connaissaient, ni l'odeur des cadavres, ni la force nécessaire pour briser des vertèbres avec une machette. Ils n'avaient pas grandi en voyant leurs frères se faire baiser, juste pour avoir assez d'argent afin de rejoindre un autre motel infesté de cafards. Ils n'avaient pas à se demander combien de temps leurs frères pourraient encore supporter tout ça.
Ils ne savaient pas qu'ils devraient avoir peur
Il jeta un coup d'œil à la pelouse fraîchement tendue et au parterre de fleurs en pleine éclosion. Il y avait un tapis de bienvenue devant la porte et il entendit un chien à l'intérieur quand il sonna. Sam passa sa main dans sa frange en se demandant s'il était assez présentable pour que quelqu'un veuille bien lui ouvrir la porte.
Des bruits de pas qui descendaient rapidement des escaliers, se firent entendre. Puis, il distingua une forme, à travers la texture vitrée d'un cadre au milieu de la porte. "Ho oui, on a de la compagnie." Dit la femme, à l'intérieur, d'une voix chantante. "Je sais, tu es toute excité. Maintenant tais-toi Molly."
Une jeune femme, tenant un petit chien dans ses bras, lui répondit. D'abord, elle passa sa tête dans l'embrasure de la porte en souriant, puis quand elle vit Sam, elle l'ouvrit entièrement.
La jeune fille portait un jean serré et un tee-shirt avec un dessin de fée. Elle avait des cheveux brun, coupé en un carré court, qui lui arrivait juste au-dessus des épaules. Les fossettes sur ses joues étaient saupoudrées de tache de rousseur, ce qui suscitait, à nouveau, des craintes pour Dean.
"Je peux vous aider?" Demanda-t-elle.
"Mademoiselle Carter?"
"Seulement pendant les heures de cours. Tu peux m'appeler Maria." Dit-elle avec un clin d'œil. La jeune femme s'arrangea pour tenir la petite boule de poile d'un seul bras afin de libérer une de ses mains pour son invité. "Et voici Molly. Ne t'inquiètes pas, elle aboie beaucoup mais elle est très gentille. N'est-ce pas bébé?" Elle frotta sa joue contre la fourrure du petit chien.
Sam eut l'impression d'avoir atterri dans la quatrième dimension. Alors qu'il espérait désespérément que son frère ne recevrait que quelques coups de ceintures, sur sa peau déjà abusée, et ne se prendrait pas une balle dans la tête, cette femme, elle, semblait passer la meilleure journée de sa vie.
Il n'avait jamais été aussi heureux que l'avait été cette jeune femme, juste en tenant son chien. Et son frère n'avait jamais été, à moitié, aussi bien traité que cet animal.
"Tout va bien?"
La question de Maria sortie Sam de sa stupeur. "Ouais, désolé." il s'empressa de lui serrer la main. "je m'appelle Sam, je suis... heu..."
Sam avait eu plus d'un kilomètre de marche pour se trouver une couverture convenable, pourtant il n'y avait pas pensé une seule seconde. Mais peu importe, il avait été élevé par John Winchester et construire des mensonges en urgence lui était aussi facile que de respirer.
"Je suis étudiant en droit à l'université. Je me demandais si ça te dérangerait que je te pose quelques questions à propos de ton frère, Albert... pour mon devoir sur l'actualité."
Le sourire de Maria vacilla, mais ne disparu pas. "Bien sûr que non Sam, pourquoi pas? Viens entre."
Elle ne l'aurait jamais invité dans sa maison si elle avait su que, le soir même, le frère de Sam tuerait le sien.
...
Après une vérification intensive des faits, Sam passa le reste de l'après-midi à attendre que son téléphone sonne. Il le sortait de sa poche toutes les deux minutes pour s'assurer que la batterie n'était pas morte. Quand, finalement, il reçut un appel, il s'agissait d'un ordre crypté de papa. John s'était contenté de lui donner un lieu de rendez-vous avant de raccrocher.
Sam avait rappelé une douzaine de fois après ça, mais papa ne décrochait plus et le téléphone de Dean était éteint. Ce n'était pas étonnant que le portable de son frère soit éteint quand il était avec papa, étant donné que John était la seule personne qu'il était autorisé à appeler; mais, à l'heure actuelle, ça ne faisait qu'accroître l'angoisse de Sam.
La nuit était tombé et Sam se jura que, s'il tombait encore une fois sur la messagerie vocale de papa, il écraserait se téléphone inutile sur le trottoir.
Le fait que papa lui avait donné un point de rendez-vous signifiait, au moins, qu'il n'avait pas filé avec Dean en revanche, ça ne prouvait pas qu'il ne s'était pas débarrassé de lui. Et, même s'il allait bien, Sam devait absolument parler à papa, avant que Dean et lui n'aille à la maison prévu pour la chasse.
Tout ce que papa pensait à propos des gens qu'ils chassaient était faux.
Un grondement familer attira son attention. Il leva les yeux pour voir l'impala venir lentement dans sa direction. Le jeune homme courut vers la voiture et ouvrit la porte du coté passager avant même que papa n'ait coupé le moteur. Dans sa précipitation pour sortir son frère de son siège, Sam l'avait presque étranglé avec la ceinture de sécurité.
Dean gémit en se levant et ses mouvements étaient rigides. Sam passa ses mains sur son frère, sentant sa peau sous sa chemise, en s'attendant presque à trouver des taches de sang. Plusieurs des zones qu'il toucha déclenchèrent des gémissements silencieux, mais il ne détecta aucune plaie ouverte. Ce qui ne signifiait pas qu'il n'y avait pas de bleus là-dessous.
Au moment où Sam regarda le visage de son frère, Dean avait les sourcils relevés dans l'interrogation, mais il fixait le trottoir. "Qu'est-ce qui ne va pas chez toi?" Demanda-t-il.
Sam le dévisagea, incrédule. "Tu vas bien."
"Heu... ouais." Dean rajusta sa chemise. "Désolé de te décevoir."
Physiquement, Dean semblait mieux qu'il ne l'avait été au restaurant. Sa peau n'était plus livide et il ne semblait plus être sur le point de s'évanouir, même s'il ne paraissait pas en pleine forme non plus. Il y avait quelque chose de sombre et distant dans ses yeux et il refusait de croiser ceux de Sam.
"Qu'est-ce qu'il a fait?"
"Il m'a emmené sur le lieu de la chasse, comme il l'avait dit." Le ton de Dean était aussi vide que ses yeux. "On a vérifié la maison."
"Pendant cinq heures?"
"À peu près. Tu connais le truc. On y est allé, on a préparé la maison et posé les lignes de sel."
Quand papa quitta la voiture, Dean s'éloigna de Sam. Il enfonça ses mains dans ses poches et baissa la tête. John s'approcha et s'arrêta juste à coté de lui, ainsi son épaule frôla celle de son fils. Dean haleta à ce contact.
Ce ne fut que lorsque Dean détourna la tête de papa, que les lampadaires éclairèrent le bleu sombre sous son œil gauche.
Toute la journée, Sam avait eu l'estomac noué d'angoisse et il avait lutté pour étouffer sa rage. Alors, quand il vit la posture de soumission, inhabituellement, nerveuse de son frère et le cocard, ce fut trop.
Il s'approcha de papa et tenta d'ignorer le fait que Dean s'éloigna, à nouveau, de lui. Il fit son possible pour contenir sa voix. "Quoi? tu le frappes à coup de poing, maintenant?"
Papa le regarda comme s'il n'avait, honnêtement, aucune idée de ce dont son fils parlait. Puis, il suivit le regard de Sam jusqu'au visage de Dean et lâcha un soupire ennuyé.
"On s'est entraîné. Les réflexes de Dean n'étaient pas aussi bons qu'ils auraient dû. J'ai besoin qu'il soit prêt pour cette chasse."
Sam regarda son père, bouche bée. "Alors, après l'avoir exorcisé toute la nuit, tu t'es dit que vous battre l'aiderait à aller mieux?"
"Tu penses que les démons en ont quelque chose à foutre que ton frère ait passé une mauvaise nuit?"
"Une mauvaise nuit... Ouais, merci à toi." Sam secoua la tête. "Peu importe. Il n'y a pas de chasse ici."
La certitude, sur le visage de papa, disparut une fraction de seconde, avant d'être remplacé par de l'agacement. "Tu es en train de me dire que tu as passé la journée dehors, sans trouver la moindre information sur cette chose?"
"Si, justement. Papa, ce ne sont pas des démons. C'est juste un gars avec sa femme et ses deux enfants. Ils sont humains."
"Tu ne crois pas que les démons peuvent avoir des familles?" Papa fit un mouvement négligé en direction de Dean et regarda Sam, les yeux plissé. "Tu n'es même pas capable de voir le démon qui dort dans ton propre lit. Tu n'es pas qualifié pour juger ce genre de chose."
Sam serra la mâchoire, quand Dean recula à nouveau. Il se força à prendre une grande inspiration et retourna son attention sur son père.
"J'ai vérifié toutes les informations que j'ai trouvées. Cet article dans le journal, c'était une erreur. Albert Carter n'a tué personne. Lui et sa famille était à un anniversaire, dans un restaurant, avec une douzaine de témoins. La police a déjà arrêté le véritable auteur du crime."
"Alors, ils ont coffré un innocent. J'ai vu les caméras de sécurité. C'était lui."
"J'ai vu des photos en plus. Ils se ressemblaient beaucoup et ça a prêté à confusion."
"Tu ne crois pas que j'ai déjà vérifié sous tous les angles? Tu ne crois pas que je me suis assuré de ce que je faisais?"
"Non. Je crois que tu as vu ce que tu voulais voir." Sam fit un pas de plus, pour se tenir face à papa. "Si ces démons sont aussi horribles que tu le dis, alors, qu'est-ce qu'on fait ici?"
Il se tenait à l'extérieur d'un bar miteux. Plus aucun des néons de son enseigne ne fonctionnait, pourtant, d'une certaine façon, elle était encore efficace. Les fenêtres étaient principalement recouvertes d'affiche publicitaire de bières et les lumières intérieures étaient trop faibles pour qu'ils puissent apercevoir quoi que ce soit depuis la rue.
Sam n'avait pas besoin de voir l'intérieur pour savoir que ça n'avait rien à voir avec la chasse. Ils savaient déjà où se trouvait la famille, ils n'étaient donc pas là pour une mission de reconnaissance et ce n'était surement pas ici qu'ils se procureraient de l'équipement.
Il leva les sourcilles quand, pour seules réponses, il n'obtint qu'un regard irrité de papa.
"Ils ne vont pas fuirent." Dit-il finalement. "Et on doit attendre qu'il soit tard."
"Quand toute la famille sera bien endormie?" Continua Sam.
Du coin de l'œil, Sam vit son frère se déplacer, mal à l'aise, Dean alla s'arrêter près du coffre de l'impala. Il posa une main sur l'acier glacé, gardant l'autre toujours dans sa porte. Il leur tournait le dos et semblait plus intéressé par la circulation routière que par leur conversation. Pourtant, il était évident qu'il les écoutait.
"Jusqu'à ce qu'ils baissent leurs gardes." Confirma papa. "On est là parce qu'ont à besoin d'argent."
"Pour se payer du carburant? Comme ça on pourra quitter la ville après avoir abattu une famille innocente?"
"Assez Sam." Les mots de papa étaient froids et amers. "Tu sais ce que sont ses choses. Elles sont partout et peuvent être n'importe qui. Et tu sais ce qu'elles sont capables de faire- ce qu'elles ont fait à ta propre famille."
"C'est ce que tu prétends." Maugréa Sam dans sa barbe.
"Qu'est-ce que tu as dit?"
"Rien."
Même si Sam était prêt pour le combat, il savait que rien n'en ressortirait. Son père ne l'écouterait pas. Son seul espoir était de passer par Dean; mais pour ça il devait l'éloigner de papa s'il voulait avoir la moindre petite chance. Et même là, ça resterait improbable. Si papa ordonnait à son aîné de s'arracher les deux yeux avec une cuillère, la seule chose que Dean demanderait serait qu'on lui donne une cuillère.
Il semblait qu'il aurait, au moins, une chance d'essayer, quand papa laissa tomber et marcha vers le bar. Il n'attendit aucun de ses fils et poussa la porte pour se glisser à l'intérieur.
Sam lança un regard méprisant au dos de son père, avant d'aller vers Dean. Avec douceur, il posa une main sur son bras.
Dean n'eut aucune réaction, les yeux toujours rivés sur les lumières des voitures qui passaient. Sam se rapprocha, enroula son bras autour de ses épaules, se pencha vers lui et regarda la circulation, à ses côtés.
"Je m 'inquiétais pour toi." Dit-il.
"Arrête de perdre ton temps."
"Je n'ai que toi, Dean. De quoi d'autres je suis censé m'inquiéter?"
"T'en fais pas." Le ton de Dean était effroyablement calme. "Tout ira bien."
"Dean?" La poitrine de Sam se serra quand il regarda son frère. "Qu'est-ce que papa t'a dit?"
"Que les choses allaient changer. Je ne peux pas..." Dean se frotta la nuque. Sam déplaça sa main pour prendre le relais. "Mais pas moi."
Il y avait une finalité dans sa conclusion, mais pas d'explications. Sam avait une boule dans la gorge, quand il tourna son frère face à lui. Ce dernier se laissa faire. Au moment où la lumière des lampadaires chassa l'ombre sur le visage de Dean, Sam put apercevoir les traînées de larmes sur ses joues.
La prise de Sam se resserra sur le bras de son aîné et son ton se fit plus anxieux. "Dean, qu'est-ce que papa a dit?"
"Il a dit beaucoup de choses, Sammy. Mais peu importe, ce n'est pas papa le problème." Dean leva la tête vers le ciel, sans vraiment regarder Sam, avant de laisser ses yeux se fermer. "Ça fait tout le temps mal... cette chose à l'intérieur de moi." Dans un mouvement vif, il baissa la tête et ouvrit ses yeux pour les verrouiller dans ceux de Sam. "Je crois que les exorcismes ne sont plus efficaces."
"Alors on trouvera quelque chose d'autre.
"Je suis dangereux, pour tout le monde. Et papa, il..." Dean détourna le regard. "Si tu n'es plus là, je ne veux plus l'être non plus. Mais il a raison. je ne peux pas partir avec toi."
"Qu'est-ce que tu racontes? Je ne vais nulle part, Dean."
"Tu as promis que tu le ferais."
"Non." Sam secoua la tête "Je te l'ai déjà dit et je le pensais."
"Sam, je peux te faire sortir de tout ça."
"Alors, fais-nous sortir, tous les deux. Montons dans la voiture et partons. S'il te plaît Dean, allons-nous-en."
"Dean!" La voix de papa raisonna dans la tranquillité de la nuit.
Il était debout sur le pas de la porte, claquant son point contre le mur du bâtiment, comme si faire rentrer son fils dans le bar était une urgence nationale. Dean se retourna, d'un seul coup, et se dirigea vers papa. À l'instant où il était à portée de main, John lui saisit le bras et lui donna une tape dure sur les fesses.
Les pas rapides de Sam le rapprocha d'eux, juste à temps, pour qu'il entende papa siffler froidement dans l'oreille de Dean. "Tu restes là où je peux te voir."
"Oui monsieur."
Tout comme il lui arrivait parfois de se demander si Dean était resté un enfant, il se demandait également si papa avait remarqué qu'il n'en était plus un. John poussa son aîné sur l'un des tabourets du bar, ignorant le bruit douloureux que provoqua l'impact.
Malgré le regard d'avertissement de papa, Sam glissa sur le tabouret à coté de son frère. John grogna en s'éloignant. Apparemment, il était déjà en pleine conversation avec quelqu'un.
Peu importe ce qu'ils se disaient, c'était trop bas pour être entendu. Sam était reconnaissant aux bruits de verres qui s'entrechoquaient et aux vacarmes du sport diffusé à la télé car papa, non plus, ne pouvait pas entendre ce qu'il disait à son frère.
Dean était encore plus mal à l'aise qu'il ne l'était à l'extérieur, regardant nerveusement par-dessus son épaule. Sam tapota son bras pour attirer son attention.
"Dean, on ne peut pas tuer cette famille."
"Papa sait ce qu'il fait." C'était la première fois que Dean disait ces mots, sans paraître entièrement convaincu.
Sam enfonça sa main dans sa poche, quand son frère se tourna sur son tabouret pour regarder papa. Il en sortit une coupure de presse et une photo que Maria lui avait donnée. La photo représentait monsieur Carter et la coupure de journal montaient l'homme qui avait été condamné. Il les jeta sur le bar devant Dean.
"Regard ça."
Dean lança, sur les photos, un regard dédaigneux, avant de retourner son attention sur papa. "C'est le démon qu'on chasse."
"L'un d'eux l'est."
Sam tira sur la manche du manteau de son frère, quand il ne daigna pas le regarder. Dean repoussa sa main.
"Quoi?" Demanda-t-il sèchement. "J'essaie de bosser là."
C'est alors que Sam réalisa ce que son frère faisait. Il ne regardait pas papa, il s'affichait lui-même à l'homme chauve et en surpoids à qui John parlait. Sam serra les poings et donna un léger coup de coude dans les côtes de son aîné.
"Arrête d'essayer d'appâter ce gars, deux minutes. Regarde ces photos et ose me dire qu'on ne dirait pas le même homme."
"Tu es tellement chiant, c'est pas vrai." Avec un soupir de frustration, Dean se tourna et regarda les photos. "C'est le même type, qu'est-ce que tu veux que je te dise?" Il les fixa encore, les yeux pleins d'incertitudes. "C'est juste l'éclairage."
"Ce sont deux personnes différentes, Dean." Il poussa la coupure de presse vers son frère et tapa dessus. "Celui-ci a tué des gens innocents et est maintenant en prison." Puis il glissa la photo d'un homme brun, au visage tout à fait similaire. "Celui-là n'a fait de mal à personne et nous allons le tuer, lui et sa famille."
"Tu te trompes."
"Parce que papa le dit? Dean, j'ai parlé à un paquet de gens dans la ville-"
"Qui sont probablement tous des démons."
"Bien sûr, parce que c'est plus logique de se dire que tous les habitants de cette ville sont des démons, plutôt que d'admettre que papa à juste besoin de lunette. Dean? Est-ce que tu m'écoutes, au moins?"
Sam frappa la cuisse de son frère, quand il ne répondit pas. Dean lui lança un regard douloureux et bordé de tellement d'anxiété, mais Sam était bien trop énervé pour s'en préoccuper.
"Tu veux vraiment baiser avec ce type?" Demanda Sam.
"C'est nécessaire."
"Pour quoi? Pour que papa soit heureux?"
"Pour que tu aies quelque chose à manger, pour que tu aies un endroit où dormir. Alors, pour l'amour du ciel, ferme-la."
"Foutaise. Papa et moi, on gagne de l'argent, sans que personne ne nous touche."
"Parce que je ne les ai jamais laissé faire." Les mots sortirent trop rapidement de la bouche de Dean et, à en juger par l'expression sur son visage, il aurait tué pour les reprendre.
"Quoi?"
"Rien. Écoute, Sammy. C'est ce que je fais. C'est ce que j'ai toujours fait et tu le sais." Dean glissa du tabouret, quand papa fit un signe dans sa direction. "Laisse tomber."
"Tu ne le rendras jamais heureux."
"Ouais, hé bien, encore une chose que je fous en l'air." Dean s'arrêta et passa une main sur son visage. "Je dois essayer de rattraper les choses avec lui, d'une façon ou d'une autre."
Sam ne savait pas ce que Dean voulait rattraper avec papa, mais il était sûr d'une chose. "Ça ne fonctionnera pas."
"Peu importe. Je t'ai dit de rester le plus loin possible de moi. Voilà ce que je veux."
"Tu t'attends à ce que je crois papa? Que tu n'es qu'une pute à démons?"
"Ouais, probablement." Dean se retourna et quand il parla à nouveau, son ton s'était adouci. "Va-t'en, temps que tu le peux encore."
...
Cette fois, l'homme choisi par papa avait pratiquement été un gentleman. Ses compliments avaient été sincères, bien que Dean ne les aurait pas rajouté à son CV.
L'homme lui avait permis de garder ses vêtements pendant que Dean le suçait, ce que papa avait probablement négocié. Cela avait été une excellente chose, car les lumières des toilettes étaient allumées et Dean n'était pas très beau à voir.
Ce n'était pas uniquement à cause des bleus, beaucoup de gens aimaient ça, mais ces temps-ci, les entraînements n'étaient pas mieux que les exorcismes. Peut-être qu'il se faisait vieux, tout simplement. En tout cas, c'était ce qu'il ressentait.
Peu importe les exercices de musculation ou les abdominaux qu'il faisait, il était incapable de perdre la douceur de son ventre. Papa le lui rappelait constamment et Dean ne devait jamais l'oublier. Si plus personne ne voulait le regarder, leurs finances en serait considérablement affectées. Mais très bientôt, ce ne serait plus nécessaire.
Au moins, l'homme n'avait pas vu son corps et l'avait gratifié d'un pourboire décent. C'était les derniers sous qu'il mettait de côté pour Sammy.
Il n'avait pas réussi à éloigner son frère, et papa et lui s'étaient engueulés tout le chemin vers le site prévu pour la chasse. Même sur le porche arrière de la maison, ils se disputaient encore. Son cadet ne comprendrait jamais.
Les démons pouvaient posséder des petits enfants et c'était dégueulasse, mais ça ne changeait rien à ce qui devait être fait. Bien sûr, les enfants n'étaient pas forcés de mourir, ils pouvaient être gérés, comme papa le faisait avec lui. Mais ils n'avaient encore tué personne. Ils ne méritaient pas d'être punis.
Chaque centimètre de la peau de Dean lui faisait mal, rien qu'à être arrêté là. Ça faisait toujours mal, il se sentait toujours mal et ce n'était jamais suffisant. Il souhaitait juste que quelqu'un lui ait mis une balle dans la tête, la nuit où le démon était entré en lui.
Tuer ces enfants serait une miséricorde et le seul moyen de s'assurer que plus personne ne souffrirait.
Tant qu'il respirait, le fils de pute de démon à l'intérieur de lui avait une chance de sortir. Dean s'affaiblissait de plus en plus et il sentait le démon se renforcer et ronger le peu qui restait de lui. Bientôt, il ne resterait plus rien et toutes les protections du monde seraient insuffisantes.
Il ne pouvait pas prendre le risque que la nuit où il perdrait le contrôle soit l'une de celles où Sammy serait seul à le surveiller. Dean voulait partir en gardant quelque chose d'humain en lui.
Il avait peur.
Pas de la mort, mais de ce qui arriverait à Sammy et papa une fois qu'il ne serait plus là. Au moins, il était sûr que son frère ne resterait pas.
Dean refusait de croire que papa pourrait faire du mal à son cadet. Pourtant, il l'avait vu frapper Sammy sans une seconde pensée, ce matin. La joue de son frère était encore rouge et, à en juger par la façon dont Sammy le poussait, il ne faudrait pas longtemps avant que papa ne perde son sang-froid et ne fasse quelque chose qu'il regretterait
Son frère ne mentait pas quand il disait qu'il n'avait personne d'autre, mais c'était juste une autre raison pour laquelle Dean devait partir.
Sammy pourrait être ailleurs, à vivre la vie heureuse et normale dont il avait toujours rêvé. Il pourrait avoir autant d'amis qu'il le voudrait et même une famille, une vraie famille, pas seulement une pute démoniaque pour frères. Si Sammy se forçait à rester là, c'était uniquement pour prendre soin de lui.
Il en avait assez de gaspiller le temps de tout le monde. Sammy méritait mille fois mieux et, avec le temps, il s'y ferait et irait bien. Mais Dean avait peur que ce ne soit pas aussi facile pour son père. Papa était différent de Sammy. Il ne pouvait pas, simplement, démarrer une nouvelle vie. Ce n'était pas le meilleur des scénarios, mais il ne savait pas quoi faire d'autre.
Dean n'avait pas l'arrogance de s'imaginer une fin heureuse.
Sa paume était moite contre le manche en bois du Colt. Ça devrait être facile, juste une chasse de plus. Peut-être qu'il aurait pu s'en convaincre, si cette après-midi n'avait pas existé.
Ça faisait dix-huit ans qu'il n'avait pas été dans une maison comme celle-ci. C'était la première fois qu'entrer sur le lieu d'une chasse semblait être une invasion. Il avait passé toute l'après-midi à aller et venir dans la maison, avec des portraits de famille accroché aux murs, l'odeur persistante de brioche dans la cuisine et des jouets éparpillés au hasard un peu partout. C'était une maison. C'était une famille. Exactement comme la sienne l'avait été.
Papa devait avoir raison. Peu importe ce que pensait Dean. Il n'était pas capable de prendre des décisions. Ce qu'il ressentait, c'était le démon qui essayait de protéger les siens.
Il tourna légèrement la tête vers Sammy, quand il réalisa que son frère avait cessé de se disputer avec papa et lui parlait. "Dean, tu n'es pas sérieux? On ne peut pas faire ça."
Dean serra la mâchoire et hocha, simplement, la tête vers le cadenas que Sammy était censé avoir déjà ouvert. Ses plaintes et ses arguments, qui avait du sens pour Dean, n'aidaient en rien. L'incertitude le poussait déjà vers l'inertie.
Il était rare qu'il ait à prendre des décisions. La dernière fois qu'il lui avait été donné de faire un choix important, maman était morte.
Papa écarta Sammy pour crocheter la serrure lui-même. "Si tu ne peux pas te ressaisir, va attendre dans la voiture."
Tandis que papa ouvrait la porte arrière, Sammy garda ses yeux sur son frère. John entra et fit un geste de la main, ordonnant à Dean de monter les escaliers et d'aller dans la deuxième chambre sur la gauche. La chambre des enfants.
Après l'acquiescement de son aîné, John parti sceller les issues. Le souffle de Dean se prit dans sa gorge, quand il regarda son frère par-dessus son épaule.
"Dean..."
Dean déglutit et, avec anxiété, passa sa main dans ses cheveux. "Tu es vraiment sûr?"
"À propos de cette famille?" Demanda Sammy. "Suffisamment, oui."
Ce n'était pas du cent pour cent, mais Dean savait que ce n'était jamais le cas avec les démons. C'était ça le problème.
Sammy était intelligent, vraiment très intelligent. Il y avait une chance que papa se trompe cette fois. Dean savait qu'il n'y avait plus de retour possible: il ne pourrait ni reprendre les balles qui tueraient ces gens, ni les morts qu'ils causeraient s'ils s'avéraient être des démons et qu'il les laissait s'échapper.
"Dean, qu'est-ce que tu vas faire?"
"Ce qu'il faut." Dean vérifia les balles dans le revolver et hocha la tête vers la porte arrière. "Va attendre dans la voiture."
"Je refuse de te laisser."
Dean saisit la veste de son petit frère. Il lutta pour soulever les muscles atrophiés aux coins de ses lèvres dans un sourire brisé. Il se pencha vers l'avant, écarta la frange de Sammy et posa un baiser sur son front.
"Je suis désolé. Je suis vraiment désolé, Sammy."
"Pas moi." Murmura le cadet. "Pour rien de tout ça."
Ils posèrent leurs fronts l'un contre l'autre, jusqu'à ce que Dean ne se force à s'écarter. Il passa sa main dans les cheveux de Sammy pour ébouriffer sa frange. "Tout ira bien."
"Si on reste ensemble."
Dean secoua la tète et se détourna. Les deux frères se séparèrent et il se décida à monter les escaliers avant le retour de papa.
Chaque escalier était différents. Mais Dean avait assez d'expérience en matière de discrétion pour savoir comment éviter les craquements les plus bruyants. Habituellement, il était courbé, pour pouvoir se replier si nécessaire.
Ce soir, cette position appuyait sur les muscles endoloris de son dos. La douleur lancinante de ses côtes l'empêchait de respirer quand il se penchait trop vers l'avant. De toute façon, il se fichait bien d'être pris entre deux-feux.
La première porte était celle des parents. Dean y était entré, plutôt. Papa et lui avait fouillé toute la maison et s'étaient assuré de remettre chaque objet à sa place après y avoir touché; si bien que même la poussière était restée intacte. Ils avaient fait une liste de tout ce qui pouvait valoir la peine d'être vendu, après la chasse.
Il y avait plus de bien dans cette maison que Dean n'en avait jamais possédé, mais très peu d'assez coûteux pour attirer l'attention de papa. Dans la chambre Dean avait trouvé des bijoux, qui devaient avoir de l'importance pour la famille, à en jugé par la façon dont ils les avaient soigneusement caché dans un tiroir. Chez un prêteur sur gage, cependant, ça ne vaudrait pas très cher; il obtiendrait sûrement plus après s'être fait baiser deux fois.
Dean regarda par l'entrebâillement de la première porte et vit le couple. Il ressentit la même chose que lorsqu'il regardait maman et papa par la porte, quand il était encore humain et qu'il essayait de décider s'il devait, ou pas, réveiller ses parents après avoir fait un cauchemar.
Ils dormaient, blottis l'un contre l'autre, sur le lit où papa et lui avait baisé l'après-midi même.
Dean était peut-être stupide, mais il avait bien compris que la majorité du temps passé ici, n'avait pas été pour préparer la maison. C'était pour que papa fasse le point. Pour qu'il lui rappel bien tout ce que maman, lui et Sammy auraient pu avoir si Dean n'avait pas tout foiré.
Laissant papa s'occuper du couple, Dean se glissa vers la fin du couloir. Il pressa son dos contre le mur, leva le revolver et tenta d'attirer de l'oxygène dans ses poumons brulants.
Une fois que papa fut devant la porte des parents, Dean hocha la tête et ouvrit celle des enfants. La chambre était lumineuse, comparée à la noirceur du couloir. La lumière des lampadaire extérieure rayonnait dans la pièce et une veilleuse illuminait dans un coin.
Ce ne fut pas difficile de distinguer les deux petits corps cachés sous les couvertures. L'une tenait un ours en peluche dans ses mains et l'autre s'étalait à côté, à moitié découverte.
Il s'enfonça assez dans la chambre pour rabattre légèrement la porte derrière lui. Un frissonnement intense le traversa alors qu'il se rapprochait et armait le Colt.
Au son métallique, la première petite fille remua. Elle cligna des yeux et sortit une de ses petites mains de sous la couverture pour se les frotter. Sans le moindre soupçon de panique, elle s'étira un peu et serra son ours en peluche contre sa poitrine. Elle bougea pour s'asseoir sur le lit.
Ses grands yeux confiant rencontrèrent les siens et elle sourit. Les genoux de Dean faillirent céder. Il n'y avait qu'une seule et unique raison pour laquelle une enfant aussi douce pourrait sourire à quelque chose comme lui. Sammy avait tort.
"Mattie, réveilles-toi." La petite fille, toute excité, secoua le bras de sa soeur. "Mattie, c'est la fée des dents. Elle existe."
Dean fronça les sourcils, son doigt, sur le point d'appuyer sur la gâchette, se stoppa net. Il ne savait absolument pas qui était la fée des dents, mais il était presque sûr que ce n'était pas un code pour désigner une salope démoniaque.
La petite fille, visiblement indigné, croisa les bras sur sa poitrine en regardant, tout d'abord vers une Mattie toujours endormie, puis vers Dean. "Pourquoi la fée des dents a besoin d'un pistolet? Tu devrais avoir des ailes et une baguette magique et être une fille aussi."
Il ne put déchiffrer ce qu'elle disait, avant que Mattie ne se réveille. La petite fille, plus âge, roula lentement sur le dos. Dès qu'elle aperçut Dean, elle sauta sur le lit, tira sa petite sœur près d'elle et se mit à hurler le plus fort possible.
"Papa!"
Dean pointa l'arme vers sa tête. Il visa et appuya sur la gâchette. La balle traversa l'oreiller à côté d'elle. Immédiatement, Dean se précipita vers le lit. D'un mouvement rapide, il jeta Mattie contre le matelas et, avec force, claqua sa main sur sa bouche.
Sa petite sœur commença à hurler en poussant et tirant, inutilement, la main de Dean. Il la regarda, lui transmettant une menace silencieuse: tais-toi ou meures. Elle l'ignora et continua de se battre.
Il hésita, puis se pencha pour poser l'arme à terre, afin de libérer sa main. Mattie continuait de se débattre sous lui. Ce serait facile de lui tordre le cou. tellement facile; parce qu'elle n'était pas un démon. Il pouvait le voir dans ses yeux.
Il pouvait se revoir, lui-même, avant d'avoir été possédé.
Avec sa main, nouvellement libéré, Dean renversa la plus petite sur le lit. Il lui donna une fessée, espérant ainsi la faire taire, mais il obtint l'effet inverse et elle hurla encore plus fort. À l'autre bout du couloir, ses parents criaient tout aussi fort.
Il saisit la petite fille par son pyjama et la ramena vers lui, quand elle essaya de se glisser hors du lit. Ses cheveux lui tombèrent sur les yeux. Dean prit une profonde respiration.
Ses enfants n'étaient pas comme lui. Elles étaient comme son petit frère, avec qui il n'aurait jamais été violent. Sa prise se desserra.
"Hey, je vais vous faire sortir d'ici, mais vous devez arrêter de crier, ok?"
La plus petite se calma et il tourna son regard vers Mattie, qui essayait encore de mordre sa main. Elle se figea et le fixa, les yeux larges.
"Et maman et papa?" Demanda la plus petite.
"Ils vont bien." Menti Dean. Dès que les filles quittèrent leur lit, il balança les couvertures et tira le drap.
Dean lança un regard prudent vers la porte, attrapa le revolver et conduisit rapidement les petites filles vers la fenêtre. La plus petite se retourna et le regarda, incertaine.
"Est-ce qu'on va aller dans un portail magique?"
"Un truc du genre." Dean ravala une grimace, quand il se baissa devant les filles. "Je vais vous faire passer par la fenêtre, allez dans l'abri de jardin et cachez-vous. Peu importe ce que vous entendez, ne sortez pas. Et si je viens vous chercher..." La voix de Dean craqua et il dut, à nouveau, prendre une grande respiration. "Vous devrez courir le plus vite possible, c'est compris?"
Elles hochèrent la tête, terrifiées, et il savait qu'il n'obtiendrait rien de plus.
"Très bien, couvrez-vous les oreilles."
Il leva sa main gauche sur le loquet de la fenêtre et tira un autre coup de feu sur le lit vide, pour faire croire à la mort de la deuxième petite fille et couvrir le son de l'ouverture de la fenêtre. Une fois fait, il se pencha pour vérifier qu'il n'y avait que du gazon en dessous.
"Allons-y." Dit Dean en soulevant Mattie. Il lui mit un des bords du drap dans les mains. "Tiens-le bien fort et laisses-toi tomber. Après je t'enverrais ta petite sœur. Tu devras bien faire attention à elle, ok?"
Elle essuya ses larmes et saisit la couverture de toutes ses forces. Il la baissa à l'extérieur de la fenêtre et attendit qu'elle se laisse tomber, avant de remonter le drap et de soulever la seconde petite fille, qui s'accrochait douloureusement à sa poitrine abusé.
"J'ai peur." Murmura-t-elle dans son oreille.
Dean inspira profondément. "Ouais, moi aussi, mais ne t'en fait pas, tout ira bien pour vous deux."
"Pour toi aussi." Dit-elle en l'étreignant rapidement, avant de saisir fermement le drap.
Il passa une main dans son dos, lui rendant son étreinte, puis la fit passer par la fenêtre. Elle laissa échapper un petit cri aigu, quand le drap stoppa sa chute. Dean se figea et tendit l'oreille pour s'assurer que papa n'avait rien entendu. Heureusement, il n'y avait encore que des cris, à l'autre bout du couloir.
Dean regarda les petites filles courir vers l'abri et s'y cacher. Il avait été dans le petit hangar, ou plutôt, il avait essayé. C'était étroit et rempli de tellement de merde, qu'il avait été incapable de bouger. Il était impossible que qui que se soit n'aperçoive deux petites filles cachées derrière tout ça.
Quand il retourna dans la chambre des parents, Sammy et papa étaient rouges de s'être criés dessus. Albert Carter et sa femme étaient, tous deux, à genoux, sous la menace de l'arme de papa.
"Où sont nos filles?" Cria Albert.
Dean baissa la tête, sous la pression des regards accusateurs que tout le monde dans la pièce lui lançait; chacun pour des raisons différentes. Il ne savait même plus lesquelles d'entre eux avaient tort.
"Dépêches-toi, Dean." Aboya papa.
"Oui, monsieur."
Tout son corps tremblait alors qu'il armait le Colt et regardait la mère. Il savait à quoi ressemblerait son visage, quand il aurait terminé.
Tout ce qu'il pouvait voir était ce même moment qu'il revoyait à chaque fois qu'il fermait les yeux. Il se rappelait de la nuit où il n'avait pas été assez fort pour combattre le démon et de cette balle qu'il avait tiré et qu'il suppliait, toutes les nuits, de pouvoir reprendre.
...
Dans sa tête, Sam se rejouait en boucle le cri de la petite fille et le silence qui avait suivi. Sa vision était floue, alors qu'il passait ses doigts sur son front, à l'endroit exact où Dean avait si soigneusement posé ses lèvres.
Dean ne savait pas ce qu'il faisait. Sam essayait de ne pas l'oublie, alors qu'il imaginait les oreillers couverts de sang.
Son frère n'était pas un monstre. Il était juste confus.
Sam voulait y croire, tandis qu'il regardait son frère tenir le revolver sur la tête de la mère. La femme était sur ses genoux, se balançant d'avant en arrière, les joues humides. Elle alternait entre crier pour ses filles et marmonner des prières pour eux-mêmes.
Il ne laisserait pas ça se produire. Dean se détesterait assez, quand il découvrirait la vérité sur les enfants. Il s'approchait de son frère, quand ce dernier parla.
"Non."
Ce simple mot fut prononcé avec une conviction que Sam n'avait jamais entendu venant de Dean. C'était même assez pour déstabiliser papa.
"Qu'est-ce que tu as dit?"
Il posait souvent cette même question à Sammy, mais quand il le faisait, ce n'était pas réellement une interrogation. Cependant maintenant, en regardant Dean, papa semblait véritablement confus, comme s'il venait d'entendre quelque chose d'absolument impossible.
Dean relâcha sa prise sur la gâchette. "Ce ne sont pas des démons."
"Regarde-les Dean! Tu vas me dire que tu ne peux pas les voir?"
La certitude dans les yeux de Dean vacilla. "Je-je sais pas..."
Papa alla vers Dean. Celui-ci se tendit et sembla attendre, mais le coup qu'il avait visiblement prévu ne vint pas. Papa se contenta de saisir son bras et de désigner le couple, blotti l'un contre l'autre, sur le sol.
"On n'a pas le temps pour ça. Appuis sur cette putain de gâchette, Dean!"
Dean regarda alternativement entre son père et les parent, puis baissa la tête et releva le Colt. Papa fit un pas en arrière, lui donnant un peu d'espace.
"Je suis désolé." Avec ces mots tremblants, Dean pivota et tourna l'arme vers papa.
"Dean, qu'est-ce que tu fous?"
"Sortez d'ici!" Cria-t-il au couple. "Vos enfants sont dans l'abri. Allez-y! Vite!"
C'était la première fois que Sam voyait Dean parler à quelqu'un d'autre que lui et papa.
Il était submergé de soulagement en voyant ce qu'il se passait et à la connaissance que Dean n'avait pas tué les enfants.
Le couple hésita juste un instant avant de suivre l'ordre de Dean. Albert aida sa femme à se relever, la serra contre lui et se plaça entre elle et Dean. Sam bloqua la sortie, après qu'ils aient descendu les escaliers en courant, pour empêcher papa de les suivre. Mais la colère de John était déjà entièrement tourné contre Dean.
"Je n'aurais jamais dû prendre le risque de te garder en vie." Dit papa. "Depuis que ce démon t'a nourri de son sang et t'a murmuré cette incantation à l'oreille... c'est fini, maintenant. Je vais terminer ça."
Dean n'eut pas le temps de se déshabiller ou de remettre sa ceinture à papa. John se jeta sur lui en le frappant directement à coups de poing. Il le balança au sol et continua en lui donnant des coups de pied dans les côtes. Sam n'avait jamais vu papa battre son frère, du moins, jamais à coups de poing et jamais de façon aussi brutale.
Sam se précipita sur papa, pour aider son frère. Malheureusement, il avait beau être plus grand de taille, papa restait le plus costaud. Il ne faisait définitivement pas le poids contre son père et même si son frère essayait, il ne parierait pas non plus sur lui.
Il devait juste l'arrêter, avant qu'il ne tue Dean. Quand, enfin, il éloigna papa, son frère ne bougeait pas.
Papa jeta brutalement Sam sur le côté. Il heurta le sol avec tellement de force qu'il en eut le souffle coupé.
"J'aurais dû le voir plutôt." Dit John. "Ça dure depuis combien de temps?"
"Papa, je ne suis pas possédé et Dean non plus!" Sam s'éloigna, toujours au sol, jusqu'à être dos au mur. "Il n'y a aucun démon."
Il y avait un mélange froid de défaite et de désespoir dans les yeux de papa, quand il leva son arme vers Sam. "Bien essayé."
Sam n'eut pas le temps de réagir à la position de son père, avant qu'un coup de feu ne soit tiré. Moins de quelques secondes plus tard, un deuxième coup de feu suivit, provenant de l'arme de papa, cette fois. La trajectoire de la balle fut déviée de Sam, alors que John s'effondrait sur le sol.
Il regarda la marre de sang qui s'échappait de la tête de papa. Puis, lentement, il leva les yeux pour voir le revolver dans les mains tremblantes de son frère. Dean se leva maladroitement et boita vers leur père.
Le sang suintait de la tête de papa. Il avait appris à Dean à ne tirer que des coups de feu mortels. Sam les avait entendu en parler quand il était plus jeune et qu'il essayait de faire ses devoirs.
Vise la tête ou le cœur, ou ce n'est même pas la peine de gaspiller une balle. Rien d'autre ne peut les arrêter.
Les mots avaient été inscrit violemment au plus profond de Dean.
"Papa?" La voix de Dean tremblait, alors qu'il se laissait tomber à genoux, près de leur père. "Ça va aller, tiens le coup." Il prit le corps flasque de papa dans ses bras, le couchant à moitié sur ses genoux. Il leva, vers Sam, des yeux emplis d'un désespoir vif. "Ne reste pas arrêté là sans rien faire putain, appel une ambulance!"
Sam ne pouvait pas bouger. Papa était mort.
"Dean..."
"Non, il va..." Mais son frère sembla se rendre compte de la plaie béante, qui donnait une nausée acide à Sam. Dean enterra sa tête dans l'épaule de papa. "Il était possédé."
Même maintenant, Dean essayait encore de défendre papa. Sam voulait être d'accord avec lui, pas parce qu'il y croyait, mais parce que ce serait plus facile. Dire à Dean qu'il avait juste tué un démon et qu'il n'y avait pas d'autre solution. Il n'y avait effectivement pas d'autre solution, mais il refusait de perpétuer les illusions de leur père. Il ne mentirait pas à son frère.
"Non, Dean. Il n'était pas possédé. Aucun d'entre eux ne l'était."
Sam ferma les yeux devant la vue de ce qu'il restait de sa famille. Il essayait de comprendre ce qu'il devait faire maintenant, alors qu'il n'était toujours pas sûr de ce qui venait de se passer. Sam rouvrit les yeux en entendant un son métallique.
Dean avait posé le corps de papa à coté de lui et s'apprêtait à presser la gâchette de l'arme qu'il appuyait désormais sur sa tempe.
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A SUIVRE!
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Komakai: Ho tu n'es pas seule du tout. J'espère que ce chapitre te plaira autant et merci d'avoir recommenté.
Courtney Ackles: Complètement malsaine et tordue tu te rends pas compte à quel point. Merci encore et toujours pour tes commentaires.
