Titre original: Sins of the Innocent

Auteur: reapertownusa

Traduction: Allys-33

Note de la traductrice: Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!

ATTENTION: Les thèmes abordés ici sont sombres et lourd, les punitions corporelles extrêmes, la violence domestique consensuelle, la violence sur des enfants, la mort de certains personnages, certaines scènes perturbantes impliquant des enfants, l'inceste (le genre pas sexy), la prostitution, les références à la maltraitance passée, l'auto-régulation, thèmes concernant le suicide, la torture, le sexe des mineurs (rien concernant des enfants de moins de 15 ne sera montré, mais implicite).

...

Les péchés de l'innocence

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Chapitre 7

La balle perfora le plafond, égrainant quelques morceaux de la texture en pop-corn sur les deux jeunes hommes. Sam avait enjambé le corps de papa pour pousser l'arme loin de la tête de Dean et déjouer la trajectoire de la balle.

Il n'avait pas été assez rapide.

Sam se laissa tomber à genoux, tandis que Dean s'effondrait contre lui. Des résidus rigides du plafond blanc s'engluèrent dans le sang sombre qui s'échappait de sa tête. Sam prit son frère dans ses bras et le sera contre sa poitrine.

"Putain ne me fait pas ça Dean."

Son frère haleta contre son épaule. D'un geste rapide, Sam le saisit par les bras et l'éloigna suffisamment pour pouvoir regarder son visage. Dean ne semblait pas le voir. Sa tête pendait lamentablement sur le côté et ses yeux étaient sans vie. Mais il respirait.

Sam l'immobilisa contré lui et prit son visage entre ses mains. Il avait peur de regarder. L'image de la plaie béante à l'arrière du crâne de papa s'imposait à lui. Il retient son souffle et passa lentement l'une de ses mains dans le cuir chevelu de Dean. Ce n'est que lorsqu'il lui sembla que tout allait bien, que Sam eut le courage de tourner la tête de son frère pour l'examiner correctement.

Les seules traces de sang qui n'appartenait pas à papa provenaient de la tempe de Dean.

Soit la balle n'était pas entré, soit elle était encore logée à l'intérieur de sa tête.

Sa main tremblait désespérément quand il la plongea dans le bac à linge qui se trouvait près de lui. Il saisit un tissu au hasard et le pressa contre la tête de Dean. Il essuya les premières traces de sang, et lâcha un long soupir de soulagement.

La balle l'avait juste effleuré.

Il fallut un moment pour que le soulagement fasse place au choc et qu'il réalise ce qui venait de se passer. Une balle avait effleuré Dean. Une balle qui avait été tirer de son propre revolver.

Son père était mort et son frère venait tout juste d'essayer de le rejoindre.

Sam hésitait entre frapper son frère ou l'étreindre, alors qu'il pressait le tissu contre sa tempe. L'entaille était monstrueuse et il y avait beaucoup trop de sang pour que le cadet Winchester ne se sente à l'aise. Après des années à soigner son frère il savait que les blessures à la tête saignaient abondement. Mais cette connaissance ne le rassurait pas.

Il n'arrivait plus à tenir le tissu tellement il tremblait. Il le laissa tomber et serra son frère, à peine conscient, contre lui. Dean était éveillé, mais il devait surement être en état de choc, car il commença à bafouiller des paroles incompréhensibles dans le coup de son cadet.

"Ça a toujours été toi Sammy, mais il n'y a plus personne... tu es le suivant... tu dois le faire..."

Dean continua de marmonner des paroles incohérentes, mais d'une voix si basse, que même en ayant l'oreille à quelque centimètre de sa bouche, San ne parvint pas à les comprendre.

"Je vais te sortir de là, ok?" Lui dit Sam.

La police ne tarderait pas à arriver. Sam regarda le corps de leur père par-dessus l'épaule de Dean. Ils ne pouvaient pas juste partir et le laisser là. Le cadet Winchester savait très bien que son frère demanderait à récupérer le cadavre de leur père, une fois qu'il aurait repris ses esprits. Et papa leur avait toujours dit que tous les flics étaient des démons.

"Tu peux marcher?" Demanda Sam. Quand il n'obtint aucune réponse, il saisit fermement les épaules de son frère et réessaya. "Dean, j'ai besoin de toi."

Son désespoir dut se faire sentir, car son frère remua, semblant revenir à la réalité. Il s'écarta et Sam le laissa s'en aller à contrecœur, le regardant se traîner à quatre pattes vers le corps de papa.

Sam échoua à étouffer un sanglot, quand Dean prit le cadavre de leur père dans ses bras, laissant le rouge du sang maculer le vert olive de sa chemise. Il étreignit le corps sans vie et lui murmura quelque chose à l'oreille. Avant que Sam n'ait pu se résoudre à lui dire de le laisser, Dean commença à retirer la veste en cuir de papa.

"Dean, qu'est-ce que tu fais?"

"Va attendre dans la voiture."

Sam secoua vivement la tête, quand il comprit que Dean cherchait les recharges pour briquet dans les poches de la veste. Si son frère avait l'intention de brûler le corps de leur père, il n'allait certainement pas le laisser faire ça tout seul. Il n'avait aucune garantie que Dean n'essaierait pas de s'immoler avec papa.

"Alors va chercher l'essence." Reprit l'aîné. "C'est dans le grenier."

Sam resta immobile. Il regardait le sang qui s'échappait toujours de la blessure de Dean pour glisser lentement sur son cou et il ne pouvait pas se résoudre à bouger. Il avait trop peur de ce qui pourrait se produire s'il perdrait son frère de vu juste un instant.

"Aller!" Hurla Dean. "Je ne mettrais pas le feu à la maison tant que tu seras à l'intérieur."

Ça, au moins, Sam en était sûr.

En quelques minutes à peine tout le nécessaire fut fait et les deux jaunes hommes étaient debout, épaule contre épaule, à l'entrée de la chambre. Le cadet posa une main rassurante sur le dos de son frère. Ce dernier craqua une allumette et la balança sur la ligne d'essence.

Sam n'attendit pas de voir si son frère partirait de lui-même. À la seconde où le corps de papa s'embrasa, il saisit le bras de Dean, se précipita dans le hall et dévala les escaliers en traînant pratiquement son aîné sur ses talons, tandis que les flammes engloutissaient la pièce derrière eux.

Au moment où ils furent de l'autre côté de la rue, Dean était appuyé contre lui et, ensemble, ils regardèrent la maison disparaître dans un tourbillon de flammes.

À la lumière du feu, Sam pouvait voir le sang qui suintait encore lentement de la blessure de son frère et le regard vide qu'il posait sur la maison en se blottissant dans la veste de papa. Sam savait que Dean aurait voulu être à sa place, qu'il aurait voulu être celui qui se faisait consumer par les flammes. Et ce n'était vraiment pas passé loin. Si Dean ne l'avait pas arrêté, papa les aurait tué tous les deux. Si Dean n'avait rien fait, c'est eux qui auraient été consumés par les flammes.

À en juger par le regard de Dean, c'était encore possible.

Sam avait passé le bras de Dean sur ses épaules pour le soutenir et ils s'étaient abrités sous un grand chêne, les yeux toujours rivé sur la maison en feu. Soudain, Sam eut un déclic, une autre pièce du puzzle se mettait en place.

"La nuit où maman est morte, notre maison aussi à brûler." Dit-il.

Dean hocha simplement la tête.

"C'est papa qui a allumé le feu?"

"Ouais, après avoir tué les démons." La voix de Dean s'affaiblit. "Il aurait dû me tuer aussi."

Sam l'étreignit et pressa de nouveau le tissu contre sa blessure. Il avait tant d'autre question, mais il devait d'abord éloigner son frère de cet endroit, tant qu'il avait encore assez d'adrénaline en lui pour étouffer le choque.

Quand ils arrivèrent au motel, Sam portait quasiment Dean. Il le conduisit directement à la salle de bain et lui retira ses vêtements tachés de sang pendant que la baignoire se remplissait d'eau. Son frère était tremblant et il y avait trop de sang pour déterminer lequel était le sien. "Il faut du sel." Dit Dean en regardant la baignoire avec des yeux brumeux.

"Pas ce soir."

Sam vérifia la température de l'eau et retira également ses vêtements, avant d'aider son frère à entrer dans le bain. Dean s'assit exactement là où son cadet l'avait placé. Il resta immobile pendant que Sam s'agenouillait pour frottait sa peau meurtrie et laver le sang, qui ne tarda pas à maculer l'eau d'un rouge pâle.

Heureusement Dean était encore dans les vapes, ainsi il ne se plaignait pas du fait que Sam touchait le sang. C'était aussi probablement parce que la majorité de celui-ci appartenait à papa.

"Tu dois le faire, Sammy."

Sam fut étourdi. Son frère voulait toujours mourir.

Il entra dans la baignoire et se glissa derrière Dean. L'eau s'agita légèrement lorsqu'il déplia ses jambes pour les passer de chaque coter de son frère. Quand Sam le prit dans ses bras, il ils tremblaient presque aussi fort l'un que l'autre.

Il ne pouvait pas, honnêtement, dire à Dean que tout irait bien.

La main de Sam quitta la chaleur de l'eau et alla tâtonner dans la pile de vêtement sur le sol près de la baignoire. Il prit une respiration tremblante, tira le Colt de sous son jean et le tint devant eux. Le revolver semblait peser des tonnes dans ses mains.

Il suffirait d'appuyer deux fois sur la gâchette.

"À ton avis, il est où?" Demanda Sam.

"Nulle part." Dean laissa sa tête reposer sur la poitrine de son cadet. "Mais s'il est quelque part, j'espère que c'est avec maman."

Maman. Vu comme Dean en parlait, Sam pouvait difficilement s'imaginer autre chose qu'un ange, bien qu'il soit facile de remettre en question la validité de ses propos. Dean n'était pas vraiment le plus fiable en matière de souvenirs familiaux. Selon lui, leur famille était parfaite et toutes les mauvaises choses qui s'étaient produites étaient entièrement de sa faute à lui.

Et si maman avait été à moitié comme Dean l'a décrivait, alors Sam espérait de tout cœur qu'elle ne les voyait pas; qu'elle n'avait pas vu tout ce que papa avait fait à Dean.

Sam enroula l'un de ses bras autour de la poitrine de Dean, tenant l'arme à une main. "Si c'est vraiment ce que tu veux... je le ferais."

"Tu vas me tuer?"

Il y avait de l'espoir dans la voix de Dean. San ne pouvait pas voir à travers les larmes qui inondaient ses yeux. Il enfonça son visage dans les cheveux de son frère et acquiesça.

"Je vais nous tuer."

Dean se raidit dans son étreinte. Il se redressa brusquement, faisant gicler l'eau hors de la baignoire et fit volte-face pour le regarder. "Non Sammy, juste moi."

"Pas question. Si tu meurs, je meurs avec toi. On reste ensemble. C'est ça ou rien Dean."

Dean reprit sa position initiale et retourna à sa contemplation du carrelage. "On ne sera pas ensemble. S'il y a vraiment quelque chose après la mort, pour moi, ce sera l'enfer."

"Alors pour moi aussi."

De nouveau, Dean tourna la tête vers lui en levant un sourcil interrogateur.

"Tu ne peux pas juste décider d'aller en enfer."

"Qui m'en empêcherait?"

"Moi. Je ne te laisserais pas faire ça."

"Bonne chance alors, parce que moi je ne te laisserais pas mourir tout seul."

Dean posa sa main sur celle de Sam. "Je ne crois pas pouvoir le retenir davantage." Murmura-t-il. "Je suis tellement fatigué."

"Moi aussi Dean."

C'en était trop. Trop d'années à regarder Dean se faire torturer sans rien pouvoir faire. Trop de personnes innocentes mortes par leurs fautes. Finalement, s'ils mouraient ici, ce ne serait peut-être que justice. Mais il s'en fichait pas mal et il ne voulait pas réellement mourir.

Ce n'était pas du bluff. Il ne resterait pas ici sans son frère. Dean devait le comprendre. Il ne pouvait pas constamment le surveiller, alors Dean devait comprendre que se tuer, c'était les tuer tous les deux.

"Peut-être que tout finira par s'arranger."'Dit Sam.

"Ça n'a fait qu'empirer jusque-là."

Le cadet Winchester posa un baiser sur le sommet de la tête de son frère. "Je sais." Il l'étreignit et réfléchit au meilleur moyen de lui expliquer comment les choses pourraient changer maintenant que papa n'était plus là. Mais c'était impossible, sans que Dean ne se braque. "Peut-être qu'on pourrait essayer. Juste un temps et après, si tu veux toujours..."

"Les choses ne s'arrangeront pas, mais je ne te tuerai pas toi aussi."

...

Le soleil venait à peine de se lever le lendemain, quand la panique envahie Sam. Encore engourdi par le sommeil, il ne comprit pas tout de suite d'où provenait le malaise, jusqu'à ce qu'ils tendent la main à la recherche de Dean pour ne rencontrer que la fraîcheur d'un lit vide.

D'un seul coup, Sam était totalement réveillé. Son cœur tambourinait tellement fort dans sa poitrine qu'il n'entendit pas la respiration haletante, pourtant si familière. Il s'assit lentement pour inspecter les alentours. Sur le sol, près du lit, il aperçut la silhouette de Dean.

La légère lumière qui filtrait à travers les rideaux brillait sur la peau pâle du corps nu de son frère. Ses halètements devinrent progressivement des grognements étouffés alors qu'il terminait rapidement une série de pompes qu'il avait, visiblement, entamée depuis un bon moment.

Il fallut à Sam quelques secondes pour comprendre ce que faisait son Frère. C'était tellement normal que ça en devenait déplacé. Papa était mort et Dean démarrait sa routine quotidienne comme si rien n'avait changé.

Après quelques pompes supplémentaires, Dean s'effondra sur le tapis rugueux. Ses membres épuisés s'établirent sur le sol dans une position que Sam aurait pu considéré comme obscène, si elle n'était pas aussi naturelle pour Dean. Mais c'était aussi le signe que quelque chose avait changé.

Peu importe son degré d'épuisement, Dean ne se permettait jamais de se laisser aller de la sorte, quand papa était dans les alentours.

La poitrine serrée, Sam se demanda si c'était ce que Dean faisait- prétendre que la nuit dernière n'avait été qu'un mauvais rêve et que papa était, en fait, sur une chasse en solo. Il n'était pas le seul; une partie de Sam voulait aussi que tout ça ne soit qu'un cauchemar et que papa revienne comme si rien ne c'était passé.

Au moment où Sam alluma la lampe, Dean bondit pour se tenir au pied du lit, les poings serrés et prêt au combat.

Beaucoup de gens auraient l'air ridicules ainsi, debout, complètement nu, semblant sur le point d'affronter une armée; mais pas Dean. Le manque de vêtements ne faisait qu'accentuer sa force, même si ses bras étaient tremblants, sûrement parce qu'il avait fait plus de pompes que nécessaire.

Les pensés de Sam devinrent amers quand il trouva les bleus violacés éparpillés sur le torse de Dean. Ses yeux remontèrent le long de la peau rougie jusqu'à croiser le regard fatigué de son aîné. Ce dernier se concentra lentement, comme s'il sortait d'une transe ou qu'il quittait cet endroit de son esprit où il se réfugiait quand les choses allaient mal.

Quand il reconnut son cadet, Dean se détendit et s'assit au bord du lit en luttant pour reprendre son souffle. Bien qu'il fût de dos, Sam n'eut qu'à pencher la tête pour apercevoir les mouvements rapides de sa poitrine.

Sam suivit des yeux un filet de sueur qui glissa sur sa nuque, coula entre ses omoplates et traversa les longues cicatrices qui s'entremêlaient sur son dos. Il se redressa correctement et se mordit la lèvre.

Qu'était-il censer dire?

'Salut, oh et désolé hin, pour la mort de papa.'

Il se moqua de ses propres pensées. Il n'y avait pas de mots. Rien ne pourrait arranger les choses. Et la posture affalée de Dean faisait écho, haut et fort, à ce sentiment.

Sam ne savait pas ce qu'il devait faire, mais ils ne pouvaient certainement pas rester assis là tout le reste de leur vie. "Tu as dormi un peu?"

Dean haussa les épaules et se leva rapidement. Il boita autour du lit pour prendre son pantalon, l'enfila à la hâte et alla prudemment ranger les affaires de papa dans son sac. Son expression était complètement illisible, même pour Sam.

"On va où?" Demanda Sam.

De nouveau, Dean haussa les épaules et Sam comprit que ça n'avait pas d'importance. Ils avaient tous deux besoin de s'éloigner de la dernière chambre qu'ils avaient partagée avec papa, du dernier lit dans lequel John avait probablement baisé son fils et de la salle de bain dans laquelle, lui et son frère, avaient failli mettre fin à leurs jours.

C'était ce que papa avait fait après maman. Il avait fui le plus vite et le plus loin possible. Il n'avait jamais cessé de fuir, jusqu'au jour de sa mort. Au lieu d'affronter la réalité en face, il avait passé sa vie à façonner son fils en un regroupement de tout ce qu'il haïssait le plus, juste pour avoir quelqu'un à blâmer.

Le regard de Sam s'arrêta sur le pansement fixé à la tempe de Dean. Alors il se dit que s'il n'arrivait pas à lire sur son visage, c'était peut-être parce qu'il n'y avait rien à lire; et cette pensé le terrifia. La vie entière de Dean avait tourné autour de papa. Il avait vécu pour lui, jusqu'au jour où il fut obligé de le tuer pour Sam. Et la seule raison pour laquelle il était encore là, c'était pour ne pas que Sam meurt, lui aussi.

Il se demandait si c'était à cause de ça que son frère ne voulait pas lui parler. Quand il réfléchissait bien à ses sentiments consternant la mort de papa, il se dit que Dean avait peut-être de bonnes raisons de le détester.

C'était pourtant ça. C'était ce qu'il voulait pour son frère. Pas de cette façon, mais la mort de papa était le seul moyen pour Dean de reprendre à zéro.

Sam avait passé tellement de temps à essayer d'éloigner Dean de cette vie, qu'il n'avait pas réfléchie à ce qui se pourrait se passer après. Dans sa tête papa n'était plus là et tout était parfait. Quelle connerie.

Rien n'était parfait, mais il fallait bien commencer quelque part. "On peut s'arrêter dans un resto."

Dean balança le sac chargé à ras bord sur son épaule. "Si tu as faim."

Sam ravala ses larmes en entendant le désintérêt fulgurant dans la voix de son aîné. Son corps entier hurlait à la défaite. Il devait trouver une solution; Dean ne tiendrait pas longtemps et lui, il n'était pas prêt à mourir.

Le cadet Winchester enfila rapidement des vêtements et saisit son sac. Dean se précipita hors de la pièce comme si elle était en feu. Sam, lui, hésita quelques secondes; il jeta un dernier regard circulaire dans la chambre, avant de fermer définitivement la porte derrière lui.

...

Étant donné qu'ils n'avaient rien de mieux à faire, ils allèrent au restaurant. Mais juste avant d'entrer, à l'instant où Sam posait sa main sur la poignée, Dean le saisit par le bras et le tira en arrière.

Après des années à chasser ensemble, Sam avait appris à se fier aux intuitions de son frère. Il le suivit hors de vu des fenêtre du restaurant et se tourna vers lui, à la recherche d'explication.

L'aîné resta silencieux et se contenta d'un signe de tête vers le bâtiment. Sam suivit la direction indiqué pour apercevoir la petite foule dans le retaurant. Le patron et deux serveuses entouraient une famille. En y regardant de plus près, il remarqua qu'il s'agissait de la famille de la nuit dernière.

C'était la communauté qui se réunissait pour les gens que Dean avait sauvé. Un sourire étira les lèvres de Sam, jusqu'à ce qu'il retourne son attention vers son frère.

Les yeux de Dean étaient sombres quand il les posait sur cette famille. Sam ne savait pas à quoi il pensait. Peut-être se demandait-il pourquoi sa famille à lui ne pouvait pas être à leur place ou peut-être reconsidérait-il ses actions de la veille et regrettait de les avoir laissés partir.

Sam ne pouvait pas envisager le fait que Dean puisse regarder le sourire de ces fillettes et regretter ses actions.

"On doit y aller." Dit Sam, en trainant son aîné derrière lui.

Dean sembla sur le point d'argumenter et lança un autre regard vers la famille, mais finalement il se retourna et suivit son cadet. Ils marchèrent rapidement sur le trottoir et tournèrent au coin de la rue en direction de leur voiture. L'aîné grimpa du côté conducteur et Sam le regarda s'installer.

Sam ne l'avait jamais vu conduire avant ce matin. Il savait que son frère était plus que capable de démanteler l'impala pièce par pièce et de la remonter intégralement. C'était d'ailleurs Dean qui lui avait appris à conduire. Pourtant c'était toujours papa ou Sam qui conduisait lors de leurs déplacements en voiture.

Son frère n'était pas spécialement nul au volant, il était juste imprudent. Il considérait, apparemment, les limitations de vitesse et les panneaux stop comme de vagues suggestions. Bien que la situation l'effrayer, il était évident que Dean aimait conduire, alors Sam attachait sa ceinture et s'assurait que son frère faisait de même.

La main de Dean hésita légèrement sur la clé, avant d'allumer la voiture et de sortir du parking pour reprendre la route, sans plus reparler du petit déjeuné.

Dean n'aurait surement rien mangé de toute façon. Ils réessaieraient au déjeuner.

Ils roulaient en silence depuis des heures déjà, quand Sam réalisa que Dean ne conduisait pas à l'aveuglette juste pour s'éloigner de cette ville. Il suivait une direction particulaire et faisait réellement attention au panneau de circulation. Le cadet Winchester fronça les sourcils en voyant la détermination dans les yeux de son frère.

"On va où?"

"Boise."

Sam était soulagé d'entendre de nouveau la voix de son frère, mais il avait peur de ce à quoi il pouvait penser. Ils ne connaissaient personne dans l'Idaho. Ils ne connaissaient personne nulle part.

"Qu'est-ce qu'i Boise?"

Sans détourner les yeux de la route, Dean fouilla dans la veste en cuir posé entre leur siège. Il lui tendit une coupure de presse. La peur s'empara de Sam, quand il découvrit que l'article contenait la photo d'un homme, qui avait été entouré et encadré de notes écrites par papa.

"Non, Dean. Non non non. Tu ne peux pas faire ça."

"Faire quoi? Sauver des gens?"

"Tu ne peux pas faire comme s'il était encore là." Dean serra la mâchoire et plissa les yeux sur la route. "C'est un humain, Dean." Poursuivit Sam en indiquant le papier dans sa main. "Papa était fou."

La tête de Sam faillit heurter la fenêtre, quand la voiture s'écarta brusquement de la route dans un bourdonnement de Klaxons. Évitant de justesse un mini-van, L'impala s'arrêta brutalement sur le bas-côté. Dean coupa le moteur puis serra les points et ouvrir violemment la porte pour sortir. Et tout ça avant même que Sam n'ait pu reprendre son souffle.

Le cadet Winchester resta assit un long moment, avant d'ouvrir sa portière à son tour. Il frotta son épaule endolorie, là où la ceinture de sécurité s'était presque enfoncé pour le retenir. et sorti rejoindre son frère. En arrivant de l'autre côté de la voiture, il évita de justesse le coup de poing que Dean lui envoya.

Sam ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Son aîné n'avait jamais levé la main sur lui avant. Il était trop abasourdi pour se défendre, quand Dean le saisit par le col de sa veste pour le plaquer contre l'impala.

Dean semblait prêt à le tuer.

Pendant une seconde, Sam se demanda si c'était exactement ce qu'il avait l'intention de faire. Il savait que son frère en était capable. Il était plus intelligent que ça, pourtant il ne pouvait empêcher son esprit de rejouer en boucle la voie de papa qui lui criant qu'il s'agissait du démon. Sam savait qu'il devait prendre son arme, mais il savait aussi qu'il laisserait son frère le tuer en premier.

Aussi vite qu'elle était arrivé, la bref colère de Dean fut ravalé par le chagrin et complètement étouffé. Son frère regardait ses mains comme s'il ne comprenait pas ce qu'elles faisaient. Il relâcha Sam et s'éloigna de lui.

Dean se tourna et marcha sur une petite route de terre envahie par la végétation, bien qu'il ne savait manifestement pas où elle menait. Sam le regarda s'éloigner avant de se rendre compte qu'il était censé le suivre.

Il fit donc de grands pas pour le rattraper. Dean avait la tête baissée, alors Sam ne pouvait pas voir son expression. Il semblait chercher quelque chose. Finalement quitta le sentier de terre pour se diriger vers une clairière.

Le nœud dans l'estomac de Sam se serra davantage, alors qu'il écartait les derniers feuillages de son passage pour rejoindre son frère dans la petite clairière. Dean fouilla les alentour un instant, passa sa main sur les nouvelles pousses estivales d'un jeune arbre et lui arracha une branche.

Il frappa le bois souple contre la paume de sa main avec assez de force pour faire sursauter Sam. Apparemment satisfait, il se retourna vers son cadet et lui tendit la branche.

Sam ignora la tige de bois et attrapa la main libre de son frère à la place. Ses doigts tracèrent la longue marque rouge qui s'y était déjà formée.

"C'est normal que tu sois en colère." Dit Sam dans un murmure à peine audible en relâchant la main de son frère. "C'était de ma faute."

"Quoi?"

"Maman, papa... ils sont tous partis parce que tu as dû choisir" Sam comprenait maintenant ce que Dean avait essayé de lui dire la nuit dernière. Il n'était toujours pas sûr de ce qui s'était passé avec leur mère, mais il pouvait aisément se l'imaginer. "C'était maman ou moi, n'est-ce pas? Comme avec papa. Si tu l'avais choisi elle, plutôt que moi, ils seraient tous les deux encore en vie."

"Ne fais pas ça." La prise de Dean se resserra sur la branche qu'il pointa vers lui-même. "C'est ce truc à l'intérieur de moi. Il sent mes faiblesses."

Sam se rapprocha pour tirer son frère dans ses bras.

"Non." Dean s'écarta brusquement. "Ne me touche pas. Pas avant de t'être occupé de ça."

Dean lui tendit de nouveau la tige de bois. Quand Sam la refusa, il commença à retirer sa ceinture. Son cadet saisit ses mains et les emprisonna dans les siennes.

"S'il te plaît." Dean le regarda désespérément.

Face à son frère, Sam eut l'impression de se voir dans un miroir, leurs yeux reflétait exactement la même frustration. Le corps de Dean était raide, mais il cessa de lutter et laissa son cadet l'étreindre. Sam reposa son menton sur le haut de sa tête, le sentant trembler dans ses bras.

La prise de son aîné se relâcha et Sam prit la branche pour la balancer là où, il l'espérait, Dean ne prendrait pas la peine d'aller la chercher.

Il avait déjà utilisé ses choses sur Dean avant et il les avait encore plus souvent choisi pour papa. Des fois son frère en avait besoin, mais à l'heure actuelle, il cherchait juste quelqu'un pour lui faire mal. Sam ferait n'importe quoi pour lui, n'importe quoi, mais pas ça.

Dean secoua la tête contre sa poitrine. "Papa se trompait sur cette famille. Et tout ce qui concernait maman le foutait toujours en l'air, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a plus aucun de démon."

"Ce sont des humains, Dean."

"T'en sait rien."

L'aîné recula pour regarder son cadet dans les yeux. C'est vrai, ce n'était qu'une théorie. Mais c'était la meilleure qu'il avait.

"Cette chose a déjà violé et tué quatre petites filles du même âge que celles qu'on a sauvé l'autre nuit." Annonça Dean. "Dit moi quel être humain fait ce genre de choses."

À contrecœur, Sam ressortit la coupure de presse que Dean lui avait donnée plus tôt et en la lisant, il n'avait aucune réponse à donner. Dean avait raison sur une chose. Ce n'était pas parce que les informations du dernier article étaient fausses, que celles-ci l'étaient aussi.

"Je ne sais pas Dean." Sam passa une main dans ses cheveux. Les choses semblaient tellement plus claires avec la famille de la nuit dernière. "On doit se calmer deux minutes et réfléchir à tout ça."

"Réfléchir à quoi? Tu veux juste t'asseoir, les doigts de pieds en éventail pendant que ce monstre kidnappe une cinquième, une sixième ou une septième petite fille? C'est notre travail Sammy."

"C'était l'obsession de papa."

Dean sera le point avec force, ses doigts se crispèrent, mais il se força à les détendre. "En quoi c'est mal de sauver des gens? Réponds-moi putain..."

"Je ne sais pas, je pense juste qu'ont-"

"Fais ce que tu veux." Dean se retourna et se dirigea vers la petite route menant à l'impala. "Moi je vais essayer de sauver ses gamines des griffes de cette saleté de démon."

...

23 Mai 2001 - Boise, Idaho

Sam refusa de chasser. Il avait été incapable de trouver un argument valable pour arrêter Dean, mais il n'aiderait pas pour autant à tuer quelque chose, quand il n'était même pas sûr de ce que c'était.

Ce n'était pas comme si Dean aurait besoin d'aide pour tuer ce démon solitaire de toute façon, ou cet humain, où peu importe ce que c'était.

Alors Sam resta assis dans la voiture à lire le journal de papa avec une lampe de poche. Cela faisait des années qu'il ne l'avait pas lut. À l'époque, ça n'avait pas été très clair, il en avait compris juste assez pour avoir la peur de sa vie. Maintenant, ça le rendait malade.

Le journal contenait le rituel qu'ils utilisaient pour faire l'eau bénite de Dean et les différentes façons de tuer ou repousser un démon. Beaucoup de pages étaient remplies d'observations sur Dean et de diverses méthodes d'exorcisme que papa avait essayés sur lui.

Il y avait une note concernant l'inscription tatouée sur la poitrine de Dean, au niveau de son cœur. D'aussi loin que Sam s'en souvenait, elle avait toujours été là. Son frère n'avait jamais voulu en parler. Selon la date de l'annotation, Dean devait avoir environ sept ans, quand elle a été posé là. Sam ne comprenait pas où papa avait pu dégoter un connard capable de tatouer un enfant.

Sam avait supposé qu'il s'agissait d'un symbole de protection ou qu'il permettait de repousser les autres démons. Selon les notes de papa, le tatouage était censé verrouiller celui qui était à l'intérieur de Dean. Ce qui n'avait pas vraiment de sens. D'ailleurs, peu de chose en avait dans ce journal.

Divers exorcismes mentionné dans le journal -qu'il ne se rappelait pas avoir vu papa essayé - pouvaient expliquer de nombreuses cicatrices sur le corps de Dean et des réflexes dont il avait toujours ignoré la provenance. Comme le fait que son frère était toujours nerveux quand Sam s'approchait trop près de câbles électriques. Certaines autres méthodes ne laissaient pas de marque visible, pourtant en les lisant, Sam senti la nausée monté en lui.

Sam n'avait plus à chercher la raison pour laquelle son frère était aussi paumé. Il se demandait juste comment Dean avait été asse fort pour garder un semblant de santé mentale aussi longtemps.

Le reste du journal détaillait les chasse et parlait de faits divers sur les démons. Mais Sam n'arrivait pas à déterminer les signes physiques qui permettaient de différencier ces créatures des êtres humains . Ça coïncidait avec ce que papa disait toujours: la seule preuve était le mal en eux.

Quand il était enfant, ça lui semblait sensé. Mais c'était avant qu'il ne comprenne que le mal ne pouvait être ni mesurer, ni compté, ni pesé. Il y avait encore beaucoup de zones d'ombre. Son instinct lui disait qu'ils avaient tort de faire ce qu'ils faisaient, mais peut-être que ça n'avait pas d'importance.

La chasse aux démons donnait à Dean un but. Si chasser permettait à son frère de rester en vie et de sauver des gens par la même occasion, alors ça ne pouvait pas être si mal que ça. Du moins il l'espérait.

Papa s'était assuré de les tenir éloignés de toute personne en désaccord avec ses opinions. Sam avait peur que l'isolement forcé de Dean ne soit pour protéger personne d'autre que papa lui-même.

Il y avait quelques noms dans le journal qui n'étaient pas marqués comme cibles. L'un d'eux était un autre chasseur nommé Gordon Walker; c'était apparemment lui qui avait montré un bon nombre d'exorcismes à papa. Il y avait aussi William Harvelle, qui avait servi dans les marins avec John et un pasteur de Blue Earth au Minnesota, qui avait essayé d'emmener Dean.

Le journal lui échappa des mains, quand la maison de l'autre côté de la rue explosa brusquement. Dean émergea du brasier, le visage couvert de sang. Mais à en jugé par la position et la répartition des taches rouges, Sam savait que ce n'était pas le sien.

Son frère tenta vainement d'ouvrir la voiture, en gardant l'un de ses bras serrés sous sa veste. Sam se pencha et déverrouilla la porte pour lui. Dean l'ouvrit entièrement en s'aidant de son pied, avant de grimper sur le siège.

"Tu prends une pose café ou quoi?" Dean claqua la portière et le regarda les sourcils levé. "Allé roule."

Dean ne semblait pas blessé. D'ailleurs, il y avait longtemps qu'il n'avait pas semblé aussi bien. En y regardant de plus près, Sam réalisa que la bosse sous le vêtement de son frère n'était pas son bras, comme il l'avait cru. Une petite fille était tendrement accrochée à lui, à moitié caché sous la veste que Sam aurait préféré voir brûler.

Le cadet Winchester démarra la voiture, avant de retourner son attention sur son frère. La fillette leva, vers lui, des yeux effrayés avec une telle intensité, que pendant un instant Sam aperçu, sous la façade du tueur sanguinaire, le héros que Dean désirait être.

La petite se déplaça sur les genoux de Dean pour enrouler ses bras autour de son cou. Il y avait du sang dans ses cheveux et quand son frère réajusta son bras pour mieux la tenir, Sam se rendit compte qu'elle ne portait aucun vêtement. Dean ne semblait pas l'avoir remarqué et il n'y avait aucune raison pour qu'il l'ait fait, étant donné qu'il avait, lui-même, été nu toute son enfance.

Aucun parent sensé ne voudrait voir leurs enfants comme ça. Sam dégluti difficilement et hocha la tête en direction de la petite fille. "Tu devrais lui mettre un t-shirt."

Sa voix sembla surprendre Dean, mais ce dernier n'ajouta rien et fouilla dans leur sac pour en sortir un veux t-shirt noir.

"Tu vas devoir me lâcher une minute d'accord?" Dit-il à la fillette.

Apparemment Dean avait choisi de faire une exception avec les enfants et d'oublier sa politique de ne pas parler aux étrangers. Papa ne l'avait jamais vraiment laissé s'approchant d'enfants, alors il n'avait probablement jamais été punis pour leur avoir adressé la parole. Au point où il en était, que Dean parle à quelqu'un était déjà un excellent début.

Il habilla la fillette. Le t-shirt était tellement grand qu'il faillit glisser de ses petites épaules, mais Dean le remonta et la laissa remettre ses épaules autour de son cou. Sam était sûr qu'elle le serrait à s'en étouffer, même si Dean ne disait rien et ne la déplaçait pas.

Elle était à peine assez grande pour savoir où elle habitait. Il aura fallu des cajoleries de Dean et quelques devinettes de Sam, mais ils finirent par obtenir une adresse plausible. Ils arrivèrent donc devant une petite mais accueillante maison.

Sam laissa le moteur tourner et regarda son frère bercer la fillette comme s'ils n'avaient plus l'intention de se lâcher tous les deux.

"Tu veux l'emmener à l'intérieur?"

"Non." Dean la berça encore un moment avant de regarder l'allée de gravier. "Je vais juste la déposer devant la porte."

Le jeune Winchester pouvait se rappeller les nombreuses fois où il s'était retrouvé assit sur le sol de la salle de bain, près de son frère qui pendait ses pieds ensanglantés pour ne pas salir le tapis. Sam ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire en ayant les pieds nus, ni pourquoi, mais s'il était sûr d'une chose, c'est que Dean essayait d'épargner à la petite fille quelque chose qui l'avait blessé.

Un sourire étira les lèvres de Sam tandis qu'il regardait son frère serrer la fillette contre lui pour la tenir au chaud sur le chemin vers la maison. Dean n'était pas mort. Une partie de lui existait encore.

Dean dut faire preuve de patience pour convaincre la petite fille de le lâcher. Il la posa au sol et s'agenouilla en face d'elle. Ils parlèrent ensemble un bon moment, au point où Dean finit assit, à ses côtés, sur les marches. Sam aurait donné n'importe quoi pour savoir ce qu'ils se disaient. Aussi étrange que cela puisse paraître et en dépit du fait que Dean était à moitié muet et que la fillette n'avait pas plus de cinq ans, ils semblaient avoir une conversation tout à fait normale.

Finalement, Dean se releva, lui tapota l'épaule et pointa la sonnerie du doigt, avant de retourner vers l'impala en courant. Ils s'arrêtèrent sur le côté de la route juste assez longtemps pour voir un homme ouvrir la porte. Il regarda de droite à gauche, puis baissa les yeux sur la petite fille. Il tomba à genoux et la saisit dans une étreinte d'ourse.

"Qu'est-ce que tu lui as dit?" Demanda Sam, une fois de retour sur la route.

Dean secoua la tête et essuya le sang sur sa joue. "Tout ira bien pour elle."

Grâce à Dean, oui, mais Sam ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas vraiment ce qu'ils venaient de faire. Le corps qui avait brûlé dans la maison était celui d'un homme ou d'un démon? En voyant le demi-sourire sur le visage de son aîné, Sam décida que, pour l'instant, ça n'avait pas d'importance.

"On devrait se chercher un boulot" Dit Sam.

Dean fronça les sourcils et s'adossa à son siège. "La chasse aux démons n'est pas assez excitante pour toi?"

"On a besoin de manger."

"C'est pas une nouveauté."

Les mots de Dean confirmaient les craintes de Sam. "Tu veux continuer à te vendre?"

"Tant que ça marche."

Sam prit une respiration tremblante et dévisagea son frère. "Pourquoi ne pas cambrioler une banque tant qu'on y est?"

Dean sembla réfléchir silencieusement à sa suggestion, puis il haussa les épaules. "On n'a pas besoin d'autant d'argent. Peut-être juste une épicerie, quand on sera à sec. Mais si on fait bien attention, on a de quoi tenir un bon moment."

Sam aurait rigolé, si son frère n'avait pas été aussi sérieux.

"Tu plaisantes? Tu ne peux pas aller voler des gens comme ça!"

"Hé, ne t'énerve pas contre moi, c'est toi qui l'as proposé. Ça me va très bien, à moi, de faire comme on a toujours fait. J'en prends deux ou trois à l''arrière d'une ruelle et on a de l'essence pour une semaine."

"Tu peux pas, au moins, jouer au billard?"

Dit rit amèrement. Quand il n'ajouta rien de plus, Sam l'invita à poursuivre d'un regard.

"je ne sais pas jouer."

Sam fronça les sourcils. "Tu as pratiquement été élevé dans un bar."

La seule chose que papa m'a appris sur ce jeu, c'est que les queues de billard font un mal de chien."

Sam senti la colère monter en lui, alors que son esprit lui fournissait une image claire de papa battant Dean sur une table, avec une queue de billard, devant une foule qui profitait du spectacle. Il abattit son point contre le volant, faisant sursauter Dean.

"Je suis désolé, Sammy. Je ne suis pas aussi intelligent que toi."

"Bien sûr que si." Sam se força à adopter une posture plus détendue. "Je pourrais t'apprendre."

Dean fut surpris. Mais même s'il sembla considérer l'idée un moment, il finit par secouer la tête. "Ce n'est pas ma place."

"Et elle est où ta place? Dans une ruelle, à te faire baiser par un étranger?"

"C'est juste du sexe. C'est de l'argent facile."

Mais ce n'était pas juste du sexe. C'était ce que Dean se sentait obligé de donner. C'était son corps qui se faisait abuser, comme s'il n'avait aucune importance. "Non. Je ne laisserais personne te toucher."

"Ce n'est pas à toi de décider, Sammy."

"Alors c'est à qui? Papa? Je te signale qu'il est parti, Dean."

Pour la deuxième fois ce jour-là, l'impala faillit percuter un autre véhicule, mais ce coup-ci, la tête de Sam heurta la vitre de la fenêtre. Il serra les mains sur le volant et tenta de rester sur la route, malgrès le brouillard devant ses yeux. L'impala zigzagua violemment jusqu'à ce que sa vision s'éclaircisse.

Ce n'est que lorsqu'il enregistra la douleur des deux côtés de son visage, qu'il réalisa que Dean lui avait donné un coup de poing alors qu'il roulait à plus de quatre-vingt-dix kilomètres-heure sur l'autoroute.

Sam avala le sang cuivré qui envahissait sa bouche et se força à rester concentré assez longtemps pour quitter l'autoroute. Dean se rabaissa dans son siège en avalant de grande gorgé d'eau bénite et utilisa sa main libre pour chercher le paquet de sel dans la boîte à gant. Sam prit la première sortie qu'il vit, tourna sur une route de gravier isolée menant à une impasse et gara la voiture.

Il se pencha pour arracher le sel des mains de Dean et désigna la porte d'un geste d'épaule.

"Sort de la voiture."

Dean laissa l'eau bénite sur son siège et fit ce qui lui avait été dit. Il alla jusqu'au côté conducteur et dézippa son pantalon. Après l'avoir baissé sur ses genoux, il se pencha sur le capot de la voiture.

"Tu essaies de nous faire tuer ou quoi?"

Dean ne nia pas. Il se contenta de se pencher davantage. Sam ne savait pas si la réponse était positive, ou si Dean n'avait tout simplement aucune idée de ce qu'il faisait, ce qui était le plus plausible. Papa avait toujours contrôlé ses moindres fait et gestes.

La poitrine de Sam était tellement serré, qu'il pouvait à peine respirer, alors que c'était maintenant à son tour de chercher la bonne branche. Il en coupa une du jeune saule pleureur à côté de la voiture. Sam la tortillait inconsciemment en marchant vers son frère.

"Tu ne peux pas faire ça, Dean." Sa voix était tellement tremblante, qu'il arrivait à peine à parler. "Tu ne peux pas faire des conneries aussi imprudente, juste parce que papa n'est plus là."

Il passa une main sur le dos de son frère en guise d'avertissement, avant que la branche ne siffle dans l'air pour s'abattre sur ses fesses exposées. Dean bougea, uniquement, pour élargir la zone d'accès du bâton.

"Tu devrais réfléchir à ce que tu as faits."

Sam se mordit les lèvres et essuya l'humidité de ses yeux d'un coup d'épaule avant de continuer avec une succession de coups rapide.

"Je vais sûrement dire des choses que tu n'aimes pas. Et je voudrais que tu me signales quand je le ferais, mais putain, Dean. Tu vas finir par nous faire tuer, tous les deux."

Deux autres coups puissants tombèrent contre la peau de Dean. Ça n'avait rien à voir avec les coups déchirants que lui infligeait papa. Le seul but de Sam était d'arrêter Dean et de le faire réfléchir à ses actions. Il n'avait absolument aucune envie de lui faire mal.

"On ne va plus vivre seul. On sera entouré par plein de gens et tu ne peux pas te permettre d'agresser quelqu'un comme ça. Tu ne peux pas te permettre de donner un putain de coup de poing à quelqu'un qui conduit à toute vitesse sur une putain d'autoroute."

Même si les mots de Sam étaient désespérés, ses actions restaient calculées. Il posa doucement sa main sur le dos de Dean et enchaîna plusieurs coups rapides sur ses cuisses. Il s'arrêta quand il le sentit trembler sous lui.

Dean s'était effondré sur la voiture, le front posé contre le métal. Sam lui donna un moment, avant de l'aider à se lever. Lorsque son aîné s'appuyait lourdement contre lui, il enroula son bras autour de ses hanches pour le soutenir.

Ils firent quelques pas maladroits vers une parcelle d'herbe près des arbres. Dean se baissa lentement, son pantalon toujours à ses chevilles. Sam se laissa tomber à ses côtés et s'allongea dans le gazon.

"Merci, Sammy."

Sam soupira et roula son frère pour qu'il soit couché, sur son ventre, au-dessus de lui. L'herbe lui chatouilla le visage, quand il tourna la tête pour regarder la lune.

"Tu sais pourquoi j'ai fait ça?" Demanda Sam.

"J'ai perdu le contrôle."

"C'était toi, pas un démon."

Dean se blottit contre la poitrine de son frère. "Parce que je suis un idiot imprudent."

Sam secoua la tête. "Tu n'es pas un idiot, Dean."

"Accorde- moi au moins le imprudent."

Avec un léger rire, le cadet Winchester passa son bras autour de son aîné. "Ouais, je t'accorde ça."

"Un sur deux, c'est déjà pas mal. Et reconnais que c'était plutôt stupide."

"Ce n'était pas ton idée la plus brillante." Sam dessina des cercles sur le dos de son frère. "Tu dois juste t'habituer à prendre tes propres décisions."

"Quand je le fais, les gens meurent."

Il savait que ce n'était pas vrai. Dean prenait beaucoup de décision, quand il n'en était pas conscient. Sam était patient. Pour son frère, il attendrait une éternité. Ils devaient juste y aller en douceur.

"Tu veux qu'on aille dans un motel à Boise?"

"Je ne veux pas dormir dans un motel." Répondit-il.

"Pas de motel?"

Dean secoua la tête contre la poitrine de son frère. "Pas de motel."

Il avait le 'pourquoi' au bord des lèvres, mais au final ça n'avait pas vraiment d'importance. Sam ne refuserait rien à son frère et remettre en question les décisions qu'il le poussait à prendre, ne les aiderait pas particulièrement à progresser.

"Tu veux rester ici?"

Dean acquiesça et, presque simultanément, Sam le senti frissonner contre lui.

"Ok, mais on va dormir dans la voiture."

L'été s'installait lentement et les nuits étaient encore loin d'être chaudes. Sam ne savait pas exactement où ils se trouvaient. La lumière de la lune leur permettait de voir les alentour proches. Il y avait de forte chance qu'ils soient sur une route menant à une propriété privée et qu'il y ait une maison derrière les arbres.

Ils ne savaient pas s'il y avait des démons dans les environs.

Dean gémit doucement en se levant. Il retira ses bottes et son jean pendant que Sam sortait du coffre une vieille couverture militaire à moitié rongé par les mites.

Même avec le manque de chaleur ambiant, Sam ne pourrait pas convaincre son frère de garder ses vêtements pour dormir. Il ne l'avait jamais vu dormir habillé, sauf quand il s'évanouissait de fatigue.

Dean vint se tenir près de lui, ses vêtements entassés dans ses bras. Le sang séché sur son visage avait formé une croute dans laquelle se dessinait le sillon de ses larmes et qui devait être lavé. Sam ne voulait pas voir ça, au réveille, le lendemain.

"Grimpes et allonge-toi." Dit Sam en lui ouvrant la porte arrière de la voiture. "Je vais te nettoyer."

Sam prit un chiffon, une bouteille d'eau et la trousse de premier secours, avant de refermer le coffre. Quand il revint vers les sièges arrière de la voiture, Dean était allongé sur le ventre, au bord de la banquette en cuir, les bras repliés sous le menton.

Sam s'accroupit sur le sol face à son frère, humidifia le chiffon et essuya son visage, avant de changer le bandage sur sa tête. À la lumière de la lampe torche, la plaie était encore ouverte, mais semblait en voie de guérison.

Quand il eut terminé, Sam passa une main dans les cheveux de Dean et attendit qu'il se déplace, avant de se glisser sur la banquette, à ses côtés. Son aîné s'était assis pour lui laisser la place et semblait sur le point de dormir dans cette position.

"Viens là." Sam le baissa de sorte que sa tête repose sur ses genoux. "Ça va."

Dean plia ses pieds pour tenir dans le petit espace et laissa son cadet le couvrir. Les jambes de Sam se plaignaient déjà de sa position exigus, mais en sentant la respiration lente de son frère, finalement endormi, il n'y prêta plus attention.

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A SUIVRE!

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NOTE DE LA TRADUCTRICE: Je m'excuse vraiment pour cette attente intolérable. J'ai quelques problèmes de santé qui n'aide pas mon organisation déjà désastreuse. Je ne suis pas sûr d'aller plus vite avec le temps vraiment désolé. Mais encore une fois je vous assure que l'histoire sera terminée. Il y a 12 chapitres en tout, tous aussi longs. Ça va mettre du temps, mais ça sera terminé.

Encore toutes mes excuses.

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Komakai: ho mais de rien, jasper que se chapitre te plaira. Sam a évité la catastrophe en tout cas.

Courtney Ackles: Le pauvre dans son état je pense pas qu'il se rend vraiment compte de ce qu'il fait ou alors qu'il le savait qu'il se sentait trop coupable. Enfin vive Sam.