Titre original: Sins of the Innocent

Auteur: reapertownusa

Traduction: Allys-33

Note de la traductrice: Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!

ATTENTION: Les thèmes abordés ici sont sombres et lourd, les punitions corporelles extrêmes, la violence domestique consensuelle, la violence sur des enfants, la mort de certains personnages, certaines scènes perturbantes impliquant des enfants, l'inceste (le genre pas sexy), la prostitution, les références à la maltraitance passée, l'auto-régulation, thèmes concernant le suicide, la torture, le sexe des mineurs (rien concernant des enfants de moins de 15 ne sera montré, mais implicite).

...

Les péchés de l'innocence

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Chapitre 9

1 Juin 2001 - Garage Singer - Sioux Falls, Dakota du sud

Le grondement rauque du moteur Chevrolet V8 327 4 barils retentit dans les oreilles de Bobby. Il détestait ce satané moteur. Presque deux décennies avaient passé et pourtant il n'avait jamais oublié le son de celui qu'il avait été incapable d'arrêter. Chaque fois qu'il entendait l'un de ses moteurs, chaque fois qu'il voyait un petit garçon avec son père, il sentait cette vieille blessure se rouvrir. C'était comme lui enfoncer un couteau dans une vieille plaie jamais cicatrisée.

Il grommela des injures dans sa barbe et jeta sa clé à douille sur son établie dans un bruit sourd. Il s'essuya les mains sur son vieux jean graisseux que Karen refusait d'approcher de près ou de loin de sa machine à lavé.

Quand il sortit dans la cour de récupération qui lui servait de garage, son cœur douloureux se gela dans sa poitrine.

Un sombre fantôme du passé s'avançait lentement, écrasant le gravier et soulevant presque toute la poussière du sol aride. Il y avait bien plus d'une décennie que Bobby n'avait pas vu une Chevy Impala aussi bien conservé. Il plissa les yeux pour se protéger des reflets du soleil que la peinture noir brillante reflétait vers lui.

Passé l'éblouissement, il ne lui fallut qu'une minute pour reconnaître la voiture qui s'approchait. Tout comme son cœur, ses poumons se gelèrent quand il vit qu'il s'agissait bien du vieux modèle de 67. Un coup d'œil rapide à la plaque immatriculé au Texas et il souhaita sincèrement avoir une arme à feu dans son poing serré.

Même Karen, qui d'ordinaire ne savait pas différencier un coupé d'une berline délaissa son désherbage pour regarder la voiture. Elle était trop loin de lui pour qu'il puisse réellement voir ses yeux, mais la question était claire dans sa posture inconfortable.

Sa mâchoire était tellement serrée qu'il en avait mal aux dents alors que l'impala s'arrêtait. Le silence remplissait l'air, uniquement troublé par le grondement du moteur. Dans la quiétude du moment et avec les reflets aveuglant du soleil qui empêchait de distinguer le conducteur, la voiture noire ressemblait davantage à un fantôme.

John Winchester était surement le bâtard le plus stupide que cette terre n'ait jamais porté s'il pensait pouvoir, une fois de plus, quitter cette cour en un seul morceau. S'il mettait un pied hors de cette voiture, il pourrait s'estimer heureux de pouvoir encore ramper après ce que Bobby lui ferait.

En seize ans, la voiture aurait aisément pu changer de propriétaire plus d'une fois et bien que le véhicule fut solidement ancré dans sa mémoire, Bobby n'avait jamais pris la peine de noter le numéro d'immatriculation. Il avait passé des nuits blanches à souhaiter avoir eu la présence d'esprit de noter ce satané numero pendant qu'il visait la voiture avec son fusil de chasse.

Ça pourrait aussi bien n'être qu'un pauvre tocard du Texas en vadrouille dans le Dakota du Sud. Mais Bobby ne croyait pas aux coïncidences.

Les portières du passagers et du conducteurs s'ouvrirent simultanément. Deux paires de bottes usées touchèrent le sol presque en même temps. Mais ce fut le passager qui se redressa le premier.

C'était un garçon, en fin d'adolescence peut être, habillé simplement et long comme une perche. La légère brise fit voltiger ses cheveux devant ses yeux, mais il ne les chassa pas. Dire qu'il semblait mal à l'aise était un euphémisme. Il jeta un coup d'œil à Bobby, avant de se pencher vers la voiture pour parler au conducteur

Après qu'une sorte d'accord ait apparement été conclu, le conducteur se leva à son tour. En quelques secondes, Bobby sentit le poids de plusleurs années s'abattre sur ses épaules, accompagné d'une rivière gelée de regret.

Peut-être était-ce la veste en cuir usé bien connu, ou le regard perdu et tout aussi familier du plus court des deux garçons, mais Bobby était sûr que devant lui se trouvait les fils Winchester.

Alors vint le soulagement. Mais une nouvelle vague de culpabilité l'envahi en voyant la douleur si évidente dans les yeux verts du garçon. Les deux jeunes hommes semblaient nerveux. Ils s'approchèrent, en restant tout de même à bonne distance. Ils étaient assez proches pour qu'ils puissent avoir une conversation polie sans crier, mais assez loin pour rendre la situation gênante.

Il était clair qu'ils ne voulaient n'être ni toucher, ni approché. Ils se tenaient si proches l'un de l'autre que Bobby aurait pu jurer qu'ils étaient littéralement reliés par les hanches.

Ce n'était pas des gamins heureux qui se tenaient devant lui.

Les souffrances de leurs courtes vies étaient déjà gravées sur leurs visages.

Sous son regard, Bobby sentit le plus court devenir nerveux, puis il tourna son attention vers le plus méconnaissable des deux.

Tout d'abord, il réalisa que le plus court n'était pas du tout le cadet des deux frères. Il paraissait avoir besoin d'un bon repas. Il ne devait pas y avoir beaucoup de chaire sous la douzaine de couche de vêtement qu'il portait et s'il semblait petit, c'était uniquement parce que le garçon avec la frange était incroyablement grand.

Tout à propos de leur langage corporel était différent. On aurait dit que le plus court essayait de se faire assez petit pour disparaitre, tandis que l'autre garçon se tenait droit, les épaules carrées, se servent de sa grande taille comme un d'avertissement. Dommage pour lui, mais Bobby n'était pas du genre impressionnable.

Cependant il semblait tout aussi inquiet et sur les nerfs que l'autre garçon. Leurs yeux se rencontraient et Bobby y décela une note, plus légère, de curiosité. Son corps et son visage étaient plus en chaire. Il ne portait qu'un tee-shirt et une chemise à flanelle.

Ce fut Karen qui le fit sortir de sa contemplation en l'appelant. Totalement à court de mots, il se contenta de lui faire un signe de main rassurant.

Il ne pouvait pas simplement s'avancer et leur demande ce qu'ils voulaient sans risquer de faire fuir les deux garçons, déjà très anxieux.

"Qu'est-ce que je peux faire pour vous?" Demanda-t-il avec toute la légèreté dont il était capable.

Le plus long semblait indécis, ne trouvant aucun soutien de l'autre garçon qui baissait la tête un peu plus à chaque fois que Bobby le regardait. A ce rythme-là il finirait bientôt par creuser un trou pour s'y enterrer.

"Heu… On a besoin d'un nouveau phare arrière." Le plus court lui donna un coup de coude dans les côtes et il ajouta "Le boitier et les câbles complet pour une impala de 67, mais on ne veut rien de seconde main..." Un autre coup de coude et une autre rectification. "...du marché secondaire."

"Il n'y a pas de ces trucs-là ici, mon garçon" .Bobby ricana et retira sa casquette pour se gratter la tête. "Je n'ai pas d'impala dans la cour, par contre une Chevrolet Bel Air a été remorquer ici la semaine dernière. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'y jeter un coup d'œil, mais je crois qu'elles doivent se partager des pièces."

Le garçon avait l'air encore plus confus, ne pouvant toujours pas compter sur son frère. "C'est bon?"

Bien que le plus petit de taille refusait même de regarder dans la direction de Bobby, il croisa aisément le regard de l'autre garçon et acquiesça.

"Ouais, ça ira." Dit-il. "Merci."

Bobby était sur le point de se retourner, mais quelque chose l'arrêta. "Vous deux, vous êtes déjà passé par ici?"

Alors que le plus long des deux secouait la tete dans un 'non' silencieux, le olus court se raidit et sembla sur le point de détaler. Ce fut, une fois de plus, Karen qui brisa l'inconfort du moment. Elle traversa la pelouse pour venir derrière les deux garçons.

"Bobby, tu n'as pas bientôt fini de harceler ses pauvres garçons?" Demanda-t-elle.

Bobby ne sut pas quoi penser de la réaction des deux frères qui, à l'entente de la voix soudaine, avaient sursauté et réagit immédiatement, comme prêt au combat. Ils s'étaient mis dos à dos en à peine quelques secondes; le plus court s'était retourné pour faire face à Karen alors que l'autre était resté face à Bobby.

La voix de Karen était calme et joyeuse, mais Bobby pouvais lire la question silencieuse dans ses yeux. Il haussa les épaules, ne sachant quoi lui répondre. Tout en eux lui hurlait qu'il s'agissait des fils de John, mais même si c'était le cas, qu'aurait-il put leur dire?

Qu'il savait ce que John leur faisait, mais qu'il n'avait pas levé le petit doigt pour les aider et qu'il avait probablement empiré les choses pour eux? Il comprenait que les yeux verts du plus âgé refusaient de rencontrer les siens.

Quand ils furent calmés, Karen s'avança avec assurance. Elle retira ses gants de jardinage et les glissa sous son bras, avant de tendre sa main au plus long des deux. L'autre garçon s'était écarté, mais grâce à Dieu Karen ne s'en était pas offusqué et avait gardé son sourire.

"Bonjour, je suis Karen." Elle jeta un regard désapprobateur vers la cour de récupération. Il était rare qu'elle traverse la petite barrière qui séparait son côté de la maison de celui de son mari. "Bobby, excuses-toi pour le désordre."

"C'est hors de question."

Après une brève hésitation, le garçon prit la main que Karen lui tendait toujours et la secoua maladroitement. "Bonjour, je suis Sam et lui-"

Bobby vit sa douleur se refléter dans les yeux de sa femme.

"Dean, ho chéri."

Les mots de Karen n'étaient que des murmures brisés. Elle lui ouvrit ses bras, mais le jeune homme recula brusquement. Il faillit s'emmener les pieds dans un effort pour éviter tout contact physique.

Bobby pouvait presque entendre le cœur de Karen se briser. Il vint se tenir à ses côtés et posa une main sur son épaule. Quand elle le regarda, il reconnut dans ses yeux brillants la douleur de la culpabilité.

...

5 Février 1985 - Garage Singer - Sioux Falls, Dakota du sud

Une impala bien conservée se gara dans la cour et un homme à l'allure peu aimable et impatiente en descendit, claquant la portière derrière lui. La journée était froide, l'homme glissa ses mains dans ses poches et donna à Bobby un grognement en guise de salutation.

Bobby était là pour vendre des pièces de voiture, pas pour juger les gens. Il tenait un business honorable, mais il avait déjà eu à traiter avec toutes sortes de personnes - des types qu'il ne laisserait jamais approcher de karen, qui était trop généreuse pour voir la méchanceté des gens.

L'homme ne paraissait pas être du genre de ceux qui le poussaient à bout, mais il y avait quelque chose d'étrange chez lui qui faisait se hérisser les poules de Bobby. Le garagiste lui rendit son grognement et prit un air professionnel jusqu'à ce qu'il aperçoive un petit garçon sortir de la voiture.

L'enfant ne devait pas avoir plus de cinq ou six ans, et était accompagnée d'un autre garçon, plus petit, qui le suivait de près. Bobby sentit son cœur fondre dans sa poitrine à la vue des grands yeux de l'enfant et de la précaution avec laquelle il tenait son petit frère sur le chemin. L'aîné frissonna, mais au lieu de fermer correctement son mantau, il se baissait pour vérifier celui de son cadet.

"J'ai besoin de certaines pièces pour le moteur." Dit l'homme sans un regard pour les deux enfants. "Vous avez quelque chose pour une impala de 67?"

"Peut être, je vais vérifier. Ça va prendre un moment." Répondit Bobby. "Ce n'est pas un endroit pour laisser traîner des enfants et ils risquent de prendre froid. Ça vous dirait pas d'aller attendre à l'intérieur pendant que je fouille ici?"

"Je vais rester avec la voiture, merci." Il n'y avait que de la méfiance dans la voix de l'homme. Mais finalement il tourna la tête vers les enfants et donna à l'aîné un hochement de tête sec. "Dean, emmène Sammy à l'intérieur et garde l'œil ouvert."

L'enfant acquiesça et conduisit son frère sur la pelouse saupoudré de neige. Ils s'arreterent un instant pour jouer avec des flocons de neige et l'homme à côté de Bobby siffla d'impatience.

"Arrête de traîner et ne laisse pas ton frère se geler les mains."

Dean s'empressa d'éloigner son cadet de la pelouse. Puis il retira sa veste et la passa sur celle que le plus petit portait déjà. Bobby regarda leur père, en attente d'une protestation, mais l'homme sembla satisfait jusqu'à ce que son fils aîné se tourne vers lui pour une quelconque confirmation qu'il avait bien agie.

L'homme le chassa simplement. "Vas-y, emmène ton frère à l'intérieur."

A l'aboiement de son père, Dean guida son petit frère vers les petites marches qui menaient à l'entrée de la maison.

"Ils ont l'air sages." Grommela Bobby.

"Ça, ce n'est pas vos affaires."

Aussi vrai que fut cette remarque, le ton employé lui hérissait tout de même le poile.

Karen et lui avait essayé d'avoir des enfants, sans succès. Ils avaient même déjà envisagé l'adoption. Ils auraient donné n'importe quoi pour avoir deux garçons aussi adorable que ceux dont cet homme semblait ne pas vouloir s'encombrer.

Jamais il n'avait vu d'enfants aussi bien élevés et ça lui brisant le cœur de les voir tous deux si silencieux. L'aîné ne se conduisait pas du tout comme un gosse, son comportement était trop sérieux et ses yeux portaient le poids d'une lassitude qu'un enfant aussi jeune ne devrait pas connaître.

Bobby les regardait encore, quand l'homme grommela de nouveau. "Je n'ai pas toute la journée, on pourrait peut-être accélérer un peu?"

L'homme s'était présenté sous le nom de John Winchester et avait clairement fait comprendre qu'il n'en dirait pas plus sur lui. Bobby constata vite que John n'était pas un grand bavard, outre bien sûr les commentaires sarcastiques et les murmures impatients qui se rapprochaient plus de grognements. Tout en travaillant, le garagiste jeta un œil vers la maison en priant pour que le père de ces enfants se soit juste levé du mauvais pied et qu'il ne s'agissait pas là de son humeur habituel.

Bien que John l'exaspérait au plus haut point, Bobby alla lentement dans son travail pour laisser plus de temps à Karen avec les enfants. Elle devait être aux anges à l'heure actuelle et ça serait un véritable défi de la convaincre de les laisser partir.

Quand finalement il escorta leur père jusqu'à la maison pour les récupérer, les enfants étaient attablés et mangeaient la fameuse tarte aux cerises de Karen. Sammy, assis sur les genoux de son frère, balançait ses pieds, un grand sourit au lever que sa femme trouvait adorable. Et au milieu de ce charmant tableau, Dean était assis en silence, avec le regard le plus triste que Bobby n'ait jamais vu.

La sonnette d'alarme retentit dans la tête du garagiste quand il vit toute cette tristesse se changer brutalement en terreur. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour apercevoir John debout derrière lui, fixant l'enfant d'un alr menaçant.

Dean posa rapidement son frère au sol et se leva d'un bond. Il ressemblait à un soldat au garde-à-vous, avant que Karen ne le prenne subitement dans ses bras. Elle s'était accroupi pour éteindre les deux enfants.

Sammy lui rendit instantanément son câlin, s'accrochent à elle comme un petit singe, tandis que Dean semblait sur le point de détaler à toute vitesse. Après quelques secondes, le garçon lui rendit son étreinte dans un geste de désespoir. Ses yeux pleins de douleur se remplirent de larmes.

Bobby avait envie d'enlacer les enfants lui aussi et il dut se mordre la langue pour se retenir d'en coller une à ce bâtard qui, manifestement, était un père odieux.

La vérité était que John pouvait être un homme bien qui avait simplement connu des moments difficiles. Il était évident que ces enfants n'avaient pas de mère et Bobby ne pouvait même pas imaginer le genre d'homme qu'il serait devenu sans Karen à ses côtés.

"Viens ici, Dean." Dit John.

Bobby se força à ignorer le fait que les mots sonnaient comme un avertissement, d'autant plus que l'enfant semblait les prendre comme tel. Dean s'éloigna instantanément, entraînant son frère avec lui.

"Faites attention à vous, les garçons." Dit Karen. Elle tenta de sourire mais ses yeux étaient aussi brillants de larmes que ceux de Dean.

John saisit le bras de Dean, quand il ne bougea pas assez rapidement à son goût et le poussa vers l'extérieur. Karen croisa ses bras sur son tablier et lança un regard vers Bobby à l'instant ou la porte se refera derrière eux.

Sa femme n'était pas du genre à avoir un langage déplacer envers qui que ce soit, mais Bobby voyait bien qu'elle était à deux doigts de passer un savon à cet homme. Il dut la retenir par le bras pour l'empêcher de leur courir après.

"Je m'inquiète pour ces enfants." Dit-elle doucement.

"Ce n'est pas à nous de nous mêler de leur histoire."

Ils regardèrent l'homme emmener les enfants le long de l'allée. Karen retint son souffle quand John saisit Dean par le bras et le tira vers lui pour lui donner une fessée tellement violente que les jambes de l'enfant en tremblèrent.

Tout dans cette action porta à ébullition le sang de Bobby dans ses vienes. Tout ça semblait tellement normal pour les Winchester. Le petit Sammy ne réagit même pas et Dean ne fit rien de plus que de frotter son fessier endolori.

Bobby comprenait bien que des parents avaient parfois besoin de sévir avec leurs enfants et il concevait même la fessée occasionnelle. Le mécanicien savait bien que la parentalité n'avait rien d'une petite balade tranquille. Il avait été gamin lui aussi et pas l'un des plus agréables.

Les enfants étaient capables du pire parfois, mais ces gamins-là n'avaient rien fait d'autre que de se tenir à carreau pour contenter leur père.

Dieu savait à quel point Bobby aurait préféré garder ces gosses avec eux que de les laisser repartir avec John, mais même s'ils auraient donné n'importe quoi pour que ce soit le cas, ces enfants n'étaient pas les leurs.

Machinalement, il se penche contre l'évier pour se laver les mains, quand Karen cria son nom. Sur le coup, il se dit qu'elle voulait l'engueuler pour avoir lavé ses mains pleines de graisse dans la cuisine, puis il enregistre la panique dans sa voix.

Bobby laissa le robinet ouvert et se précipita pour trouver sa femme devant la fenêtre, regardant à travers les rideaux en dentelles. Elle lui agrippa le bras et Bobby put voir l'horreur clairement dessinée sur son visage.

"Il a jeté Dean sur la voiture."

Karen était une femme très calme et pas du genre à exagérer les choses, sauf quand il s'agissait d'enfants.

Il vint à ses côtés pour regarder ce qu'il n'avait pas vraiment envie de voir. Dean était couché sur le capot de la voiture, les fesses relevées et nues. John pensait surement être hors de vue. C'était sans compter sur le trou dans la clôture que Bobby était censé avoir réparé il y a un moment de cela.

Le mécanicien serra les dents. Même si ce n'était pas mérité, ils ne pouvaient pas appeler le shérif à cause d'un père qui donnait une fessée à son fils. Mais une chose était sûre, Bobby n'allait certainement pas laisser ça arriver sur sa propriété.

La seule chose qui l'empêchait de foncer dehors pour remettre cet homme à sa place, était qu'il n'était pas réellement entrain de fessée l'enfant. En fait Bobby ne savait pas vraiment ce qu'il faisait à laisser Dean sur le capot gelé, sans manteau, le pantalon baissé et sous la neige qui tombait encore.

John faisait dos à la voiture et regardait autour de lui comme s'il avait fait tomber quelque chose. Finalement il s'accroupit et se releva avec quelque chose de long et fin à la main. Vu comme l'objet brillait au soleil, il devait sans aucun doute s'agir d'un morceau de ferraille.

Sans outre mesure, John abattu la tige de métal sur les fesses de l'enant dans un claquement sourd.

Pendant une fraction de seconde, Bobby fut gelé dans l'horreur, pas uniquement à cause de la brutalité insensée du geste, mais aussi à cause du manque de réaction de Dean. Il ne pleura même pas. C'était à peine s'il se tortilla sous la violence du coup. Le pauvre garçon s'agrippa au coffre de la voiture de ses petites mains, tentant de toutes ses forces de résister immobile sous les coups de l'homme.

Ce fut la dernière pensée consciente qu'eut Bobby avant de se précipiter dehors, ignorant les appels désespérés de Karen. La détresse dans sa voix avait surement rapport avec le fusil double canon qu'il avait attrapé en sortant.

Bobby traversa la cour avec l'intention de tuer et un fusil de chasse armé et chargé en main. Quand John le vit, il ramassa l'enfant et le jeta sur le siège arrière.

John fut à la place du conducteur et la voiture s'éloigna dans un grincement de pneus avant même que Bobby n'ait pu refermer sa prise sur la gâchette.

…..

1 Juin 2001 - Garage Singer - Sioux Falls, Dakota du sud

Karen avait emmené les garçons à l'intérieur et leur avait offert de quoi manger. Bobby n'était pas sûr qu'il s'agissait de la meilleure idée au monde, mais dans cette affaire la culpabilité l'emportait sur le bon sens.

Ces deux-là mettaient Bobby mal à l'aise et lui donnait envie de les protéger tout en même temps. Cependant, le malaise s'intensifia quand il ouvrit le coffre de leur voiture pour vérifier le phare arrière. Il semblait avoir été arraché de l'intérieur.

Il y avait un bon nombre de bidons d'essence et de boîte de sel à l'intérieur. Il y avait également une étrange entaille sur la moquette du coffre. Bobby se demandait à quoi pouvait bien leur servir ces pelles, quand il découvrit le faut plancher.

Fouiller les voitures n'était pas sa façon habituelle de les réparer, mais il n'y avait rien de très habituel dans cette situation.

Il souleva le faux plancher et contempla un long moment ce qu'il cachait, avant de se reculer d'un pas. Le coffre débordait d'armes en tous genres. Il y avait des bouteilles de liquide inflammable, des machettes, des pistolets, des fusils, des couteaux et une grande collection d'objets religieux. Des trucs de psychopathe niveau 1.

Les deux garçons qui transportaient tout ça étaient dans sa maison, avec sa femme.

…..

Dean savait qu'il avait merdé en venant ici au moment où il avait garé la voiture et qu'il avait vu s'approcher le vieux mécanicien. Il avait failli faire demi-tour, mais il ne s'en serait pas sorti sans devoir donner une explication à Sammy.

Il n'avait pas besoin d'empirer la situation alors que Sammy était déjà énervé qu'il ait foiré leur dernière chasse.

Le démon s'était réveillé alors que Dean était dans la maison. Si papa avait été là pour le bloquer tout se serait bien passé. Mais papa était mort, Sammy ne voulait plus chasser avec lui et Dean, lui, avait trouvé un nouveau moyen intéressant de tout gâcher.

Le démon s'était échappé et si papa avait été là, Dean serait encore entrain de payer pour ça. Il aurait dû payer pour ça.

Il avait fallu près d'une demi-heure pour chasser le de mon dans les bois. Sammy était venu avec lui pour ça, mais il avait passé la majorité du temps à essayer de convaincre Dean de laisser tomber.

Il avait failli frapper Sammy encore une fois. Il était même allé jusqu'à serrer le poing et lever le bras, mais Il s'était lentement amélioré dans le fait de réfléchir avant de taper. Si son cadet l'aidait, il pourrait peut-être vivre avec le démon. Le problème était que Sammy ne l'aidait que quelques fois.

Dean avait gardé sa colère pour le démon qu'ils chassaient et lui avait donné une sacrée raclée, avant que Sammy ne s'interpose. Il avait tellement retardé la mise à mort, que leur seule option fut de le bâillonner et de l'enfermer dans le coffre. Il y avait eu trop de sirènes de police dans le coin pour faire ça là-bas.

Cette saloperie avait passé tout le trajet à saccager le coffre de l'impala, arrachant le phare arrière et entaillant le tapis avec un couteau que Dean avait été trop paresseux pour ranger correctement.

Quand Dean avait finalement ouvert le coffre, il avait été à deux doigts de se faire poignarder dans le ventre. Sammy avait pris le Colt donc il avait dû briser la nuque du démon pour en finir.

Il ne comprenait pas pourquoi son frère l'avait poussé à échouer. Peut-être que c'était un test.

Papa le testait tout le temps, mais dans ces cas-là Dean savait quand il échouait. A l'heure actuelle il se savait pas trop quoi penser de la situation parce que Sammy avait été très en colère hier soir, pourtant il n'avait pas levé la main sur lui.

Plus rien n'avait de sens maintenant.

Tout ce qu'il avait voulu en venant ici était un nouveau phare arrière. Papa l'aurait sévèrement puni s'il avait su que Dean avait laissé un démon toucher à la voiture.

Il avait choisi de venir ici parce qu'il savait déjà que les Singer n'étaient pas des démons. Papa les avait mentionnés dans son journal comme étant humains et Dean avait reçu une raclée mémorable pour avoir failli les transformer. C'était un lieu sûr pour Sammy et il semblait y avoir ce don ils avaient besoin.

Il n'était encore qu'un enfant la dernière fois qu'il était venu ici. Il n'y savait aucune chance que ces gens puissent réellement se souvenir de lui, même si lui ne les avaient jamais oublié.

En vérité, Il n'avait pas choisi de venir ici uniquement pour les pièces. Dean avait besoin de savoir si madame Singer était encore en vie.

Papa lui avait dit qu'elle serait morte à cause de lui. Parce qu'il l'avait touché. Qu'il y avait de forte chance qu'elle soit devenu un démon -qu'il l'avait infecté. Mais elle ne semblait pas différente de ses souvenirs. Le soulagement fut rapidement étouffé par la conscience que sa présence ici pouvait toujours la faire tuer.

Alors la brillante idée de Sammy fut de Le traîner dans une maison avec elle. C'était une autre des aventures de son frère dans le monde normal. Dean ferait n'importe quoi pour son cadet, mais s'il continuait à l'envoyer près des civils, des gens innocents finirait par mourir.

La maison était aussi accueillante et chaleureuse que dans ses souvenirs. La peinture était gaie et il y avait un grand jardin à l'extérieur où poussaient d'innombrables fleurs. L'intérieur de La maison était propre et lumineux, il y avait des pots de fleurs un peu partout et une couverture colorée posée sur le canapé.

La maison avait la même odeur que maman. Il pourrait presque la voir debout dans la cuisine.

Dean aurait préféré être n'importe où ailleurs et en même temps il ne voulait plus jamais quitter cet endroit. Il ne méritait pas d'être ici et il devrait s'éloigner le plus possible de madame Singer.

Sammy dut s'apercevoir de sa tension et enroule son bras autour de lui. Dean se pressa contre son frère et regarda par la porte madame Singer s'affairer en cuisine.

Revenant au salon, elle posa deux assiettes sur la table et leur fit signe en souriant. "Et bien, ne restez pas arrêté comme ça, venez vous asseoir."

Son cadet le regarda pour avoir la confirmation que c'était sans danger. Dean hocha la tête et lui tira une chaise avant de s'installer sur celle d'à côté.

Madame Singer ressortie de la cuisine, une tarte dans les mains. Elle la posa sur la table en face d'eux avec un petit couteau. Dean n'avait pas mangé de tarte depuis la dernière fois qu'il était venu ici. C'était à peine s'il en avait vu une.

'Vous voulez de la limonade?" Demanda madame Singer.

"Heu… je crois. Enfin, oui ce serait génial." Dit Sammy. "Dean va en prendre une aussi."

Dean lui lança un regard suspicieux. Il n'avait jamais bu de limonade et il doutait d'y avoir droit.

Ce fut en regardant son frère, qu'il réalisa à quel point ce dernier semblait confus par la situation. A cause de lui, Sammy n'avait jamais eu de mère. A cause de lui, il n'avait jamais eu de véritable maison et madame Singer ne savait pas quel monstre elle venait d'inviter dans la sienne

...

Bobby oublia la voiture et se précipita jusqu'à la maison. Il ouvrit la porte tellement violemment qu'elle alla rebondir contre le mur. Sa respiration était haletante au moment où il atteignit le salon.

Les garçons étaient assis côte à côte, mangeant de la tarte.

C'était exactement la même scène qu'il y a seize ans, quand Booby était entré avec le monstre qui leur servait de père. Et c'était terriblement loin de l'horrible scène de crime qu'il avait imaginé trouvé.

Même en sachant ce qu'ils transportaient, les deux garçons ne lui semblaient pas plus menaçant qu'ils ne l'avaient été là toute première fois. Sam l'observait prudemment, tandis que Dean avait l'air totalement terrorisé. Le garçon jeta sa fourchette et bondit, lançant à Bobby le même regard terrifié qu'il avait lancé à son père des années auparavant.

Bobby n'avait jamais souhaité que qui que ce soit le regard avec autant de peur, et encore moins ce garçon.

Karen posa ses mains sur ses hanches en signe de désapprobation. "La maison est-elle en feu?" Demanda-t-elle.

Ce ne fut pas surprenant de la voir si réticente à la perspective qu'il lui enlève les garçons aussi tôt. Bobby s'éclaircit la gorge et tenta de rester calme alors que tous les yeux étaient braqués sur lui.

"J'ai juste besoin de leur parler de la voiture. Je ne crois pas qu'un phare arrière soit ce que vous cherchez."

Les garçons échangèrent un long regard, semblant avoir une conversation silencieuse, avant de se redresser en même temps. Le vieux garagiste les regarda prudemment, se demandant s'il ne valait pas mieux appeler le shérif Mills, mais aucun des deux Winchester ne sorti d'arme.

Bobby resta entre eux et Karen jusqu'à ce qu'ils furent à l'extérieur, là, il reprit la tête de fille. Les garçons le suivaient sans un mot. Quand il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, il vit qu'ils étaient penchés l'un contre l'autre et que Sam frottait doucement l'épaule de Dean.

Les deux frères devinrent pâles, quand ils virent le coffre de l'impala ouvert.

"Rien de tout cela ne me concerne." Dit Bobby en désignant les différents objets devant lui. "Mais soit vous me donnez une explication valable, soit vous partez d'ici. Je ne vous créerais aucun ennuies."

Dean s'éloigna de son frère, c'était étrange de les voir séparé de plus de quelques centimètres l'un de l'autre. Le garçon ressemblait à un condamné à mort sur le chemin de la potence et pour la première fois depuis son arrivée, Sam semblait réellement paniqué.

"Ne fais pas ça, Dean." Dit-il.

Prudemment, Bobby le regarda marcher jusqu'à l'avant de la voiture. Quand il porta sa main à sa ceinture, ce ne fut pas pour en sortir une arme, mais pour la déboucler. Il baissa son jean, ne portant apparemment rien en dessous.

Body resta figé dans l'incompréhension, puis il baissa la tête et réalisa qu'il avait sorti un large cuire à rasoir quand il fouillait le coffre et l'avait posé bien en évidence. Cet objet ne servait évidemment pas uniquement à aiguiser les nombreux couteaux. Bobby le rejeta dans le coffre.

C'était encore pire que n'importe lequel des cauchemars qu'il avait eu concernant ce garçon; et il en avait eu beaucoup. Dean se tenait là, le pantalon baissé, attendant de se faire battre par un étranger – attendant de se faire battre par Bobby.

Il n'avait jamais pu oublier le petit garçon, pas plus haut que 3 pommes, agrippé à l'arrière de cette même voiture. Des mains plus grandes étaient là désormais, s'accrochent au capot. Toutes les lignes de son corps étaient tendues.

Bobby s'avança lentement et bien que le gamin semblait sur le point de se briser en mille morceaux, il ne put s'empêcher de tendre la main vers lui. Il la posa doucement sur son dos, sentant ses tremblements sous son contact.

"Allons mon garçon. Remets ton pantalon, 'parler' n'est pas un code pour dire 'frapper' ici."

Le garçon parut incrédule, il secoua la tête et accentue sa posture. A la lumière du soleil, Bobby vit les longues cicatrices et les nombreuses meurtrissures encore fraîches qui recouvraient le corps de Dean.

Chacune d'elles était la preuve d'un coup que Bobby aurait pu empêcher.

"Dean, c'est bon." Sam s'avança entre son frère et Bobby. Il remonte le pantalon de Dean et, tout en zippant sa fermeture éclair, lança un regard reconnaissant au vieux mécanicien.

La dernière chose dont Bobby avait besoin été que le garçon le remercie de ne pas avoir fouetté son frère. "Vous vous faites souvent frapper par des gens que vous ne connaissez pas?"

"Dean oui… avant." Sam rectifia rapidement.

La seule chose qui fut pire que les mots de Sam, fut le fait que Karen avait suivi toute cette satanée conversation et qu'elle se précipitant vers eux, complètement paniqué. "Bobby peut-on savoir ce que tu as faits à ces garçons."

"C'était juste un malentendu." Les joues saupoudrées de taches de rousseur de Dean s'empourprèrent sans même qu'il ne soit entré dans les détails. "On parlait juste de leurs bagages."

"Et depuis quand es-tu devenu agent de sécurité?" Demanda Karen. "Je suis sûr qu'il y a une excellente explication à…" Sa voix s'éteignit lorsqu'elle vit le contenu du coffre. "A cette magnifique collection de couteaux. Ce doit être un de leurs hobbes."

"Notre père était un grand collectionneur d'armes." Confirma Sam.

Était.

Étant donné que les armes étaient encore dans le coffre, la collection n'appartenait pas au passé. Bobby devrait se sentir coupable d'éprouver de la joie à la nouvelle de la mort de John, mais de ce qu'il avait pu voir de la peau de Dean, sa mort n'était pas venu assez tôt.

"Où est-ce que vous habitez tous les deux?" Demanda Karen.

Bobby savait très bien où elle voulait en venir avec cette question. Il l'aurait déjà mis en garde, s'il ne pensait pas exactement la même chose.

Sam roula des épaules presque comme s'il s'agissait d'une question toute particulière. "On est très souvent sur la route."

"Vous n'avez pas de maison?"

Sam parut réellement perplexe à cette question et se pencha inconsciemment vers son frère. La reponce était plus qu'évidente, le garçon pensait avoir tout ce dont il avait besoin. "On a la voiture."

"Vous fuyez quelqu'un?" Demanda Bobby en refermant le coffre. "John ne vous a pas attiré d'ennueis, n'est-ce pas?"

Les yeux de Dean s'élargirent, alors que ceux de Sam passèrent successivement entre les deux hommes. "Vous connaissiez notre père?"

"Je l'ai rencontré une fois." Bobby fixa Dean et ce dernier s'empressa de détourner la tête. Il tourna donc son regard vers Sam. "Vous vexez pas les garçons, mais si ça ne tenait qu'à moi, votre père s'en serait pris une il y a des années."

Bobby avait probablement mérité le coup de poing qui s'abattit sur sa mâchoire. Sa tête vola en arrière et il trébuche sur le côté, se rattrapent à la voiture, pendant que Sam hurlait le nom de son frère.

Au moment où la vision de Boby se stabilisa de nouveau, Sam avait saisi son frère et le poussait contre le capot de l'impala. Le vieux mécanicien leva une main à sa mâchoire douloureuse et sentit son cœur se disloquer dans sa poitrine en regardant Sam asséner plusieurs coups puissants avec sa main sur l'arrière vêtu de Dean.

Alors, Bobby se demanda depuis combien de temps John était mort et combien de bleus sur la peau de Dean avaient été causé par Sam. Tout sonnait faux, du début à la fin.

Ce n'était pas ce que Bobby avait initialement compris de la situation. Il avait vu John battre Dean sans la moindre considération. Mais dès que Sam eut terminé, il releva son frère en le prenant dans ses bras. Le garçon était au bord des larmes alors qu'il serrait son aîné contre lui quelques secondes, avant de le lâcher.

"Va dans la voiture, Dean."

C'était l'un des ordres tranchants de John, pourtant Sam ne le força pas dans le véhicule. Au contraire, il lui ouvrit la porte et s'assura que sa tête était bien baissé. Bobby ne put s'empêcher de noter que Dean semblait en transe, ses yeux vitreux fixant le vide.

Sam ferma la portière après que Dean soit entré et se tourna vers Bobby. "Je suis désolé. Je vais m'occuper de ça."

Le garçon aurait probablement sauté dans la voiture et serait déjà loin avant même que Bobby n'ait eu le temps de cligner des yeux, si Karen ne s'était pas précipité sur lui pour le prendre dans ses bras.

Sam semblait déconcerté sur le coup, mais il bougea lentement pour lui rendre son étreinte. Par la magie de Karen, il ne fallut que quelques secondes pour que la distance dans les yeux du garçon ne disparaisse et qu'il enroule son grand corps autour d'elle. Il tremblait contre elle, alors que la femme passait sa main dans ses cheveux avec tout l'amour qu'elle lui aurait donné s'il avait été son propre fils.

"S'Il te plaît, restez." Lui murmura-t-elle.

Sam lança un regard vers la voiture. Ses yeux étaient pleins de réticence et d'indécision. "Je ne crois pas que ce soit judicieux."

Bobby passa son bras autour de la taille de Karen et regarda Sam dans les yeux. "Fais ce que tu dois faire." Lui dit-Il. Il avait du mal à parler. "Mais ne laisse personne d'autre lever la main sur ton frère. Ce n'est pas bien."

Au vu du temps de réflexion qu'il fallut à Sam, cette déclaration était, de toute évidence, une révélation. Il essuya ses joues. "D'accord."

"Votre nouveau phare est dans le coffre. Essayez d'éviter les ennuies." Bobby lui tendit sa carte professionnelle. "Et si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, vous pouvez revenir ou nous téléphoner, ok?"

C'était dur d'entendre le vrombissement du moteur de l'impala s'éloigner une seconde fois.

...

1 Juin 2001 - Garage Singer - Sioux City, Dakota du sud

Sam avait fouetté Dean sur la route à quelques kilomètres de distance du garage Singer.

L'autre jour, Sam avait regardé son frère briser la nuque d'un homme sans le moindre scrupule. Dean aurait très bien pu tuer Bobby aussi facilement qu'il ne lui avait donné ce coup de poing.

Sam était toujours convaincu que papa était fou et il ne lui pardonnerait jamais toutes les douleurs infligées à son frère, mais il comprenait pourquoi John avait eu peur. Dean était dangereux, sans même vouloir l'être. Sam l'avait toujours su, mais les choses étaient différentes quand c'était à lui de le contrôler.

Ça ne voulait pas dire qu'il pensait que battre aveuglément son frère serait une quelconque solution. Ça ne voulait pas dire non plus que tous les discours de Dean sur tout ce que papa avaient faits pour lui était plus tolérables.

De ce qu'il avait compris, Bobby avait rencontré leur père qu'une seule fois et ça lui avait suffi pour le détester. Tout le monde savait que John avait été un bâtard sadique. Du moins, tout le monde sauf Dean.

Cette journée l'avait totalement embrouillé. Il se sentait exactement comme la première fois qu'il avait lu le journal de papa.

Ce n'était pas ce que Dean avait faits - c'était dingue, mais pas nouveau. C'était la réalisation que sa rencontre avec Maria Carter n'avait pas été un hasard. Les Singer étaient gentilles, enjoué et ils voulaient sauver son frère. Il y avait des gens qui connaissaient Dean et qui avaient tenté d'arrêter papa. Il y avait des gens qui savaient que Dean n'était pas démoniaque et qu'il ne méritait pas de souffrir.

Toit ce que Sam avait toujours connu était un monde dangereux pour eux. Mais maintenant, il ne savait plus quoi penser.

Alors que Sam goûter le premier véritable espoir qu'il avait connu depuis très longtemps – peut-être même jamais – Dean frôlait l'hystérie. Il avait abandonné la ceinture et arpentait la pièce, le cuir à rasoir en main.

"Tu sais que j'en ai besoin. Tu l'as fait cette après-midi." Dit Dean.

"Parce que tu avais frappé Bobby." Sam soupira et s'installa sur l'une des chaises de la chambre en regardant son frère. "Tu étais énervé à cause de ce qu'il avait dit sur papa. C'est normal Dean. C'était une erreur, pas une attaque. Tu devrais juste faire plus attention."

"J'aurais pu le tuer… j'aurais pu les tuer tous les deux." Dean ne cessait de tourner en rond comme un animal en cage. "Je les tuerais tous."

"Bien sûr que non."

Sam en avait assez de regarder son frère s'énerver tout seul. Sam traversa la pièce pour s'approcher de Dean, mais ce dernier ne le vit pas arriver. À peine l'eut-il effleuré de la main, que Dean se retourna violemment, balançant son bras armé du cuir à rasoir.

Sam recula, esquivant de justesse l'épais morceau de cuir. Il s'avança pour tenter de reprendre l'objet, mais s'arrêta en voyant le visage de son frère.

Par sa voix, Sam avait pensé que son aîné était en colère, mais il y avait des larmes, pas de la rage, dans ses yeux. Dean avait peur et se souvenait de choses que Sam n'avait pas connues.

Sam fit un pas en arrière. "C'était comme ça qu'était maman? Comme Karen?"

Sam le regarda dans les yeux et Dean sembla se décourager le premier. "Il est en train de gagner Sammy, s'il te plaît. Tu sais que papa avait raison sur cette chose. Tu le faisais avant."

"Je ne le faisais pas parce que je pensais que papa avait raison. Je le faisais pour toi, parce que c'était important pour toi. Mais c'est aller trop loin il y a longtemps. Je pense que papa avait tort."

"Mais tu n'en es pas sûr."

C'était vrai, mais il n'était pas loin de tout comprendre. Il lui manquait juste quelques détails concernant leur vie. "J'ai besoin de savoir ce qui est arrivé à maman."

"Tu t'occupes du démon d'abord, et peut-être qu'on parlera après."

"Tu me dis ce que je veux savoir d'abord, et peut-être que je m'occuperais du démon après." Répliqua Sam. "Je le ferais si tu en as réellement besoin. Bon sang Dean, je ferais n'importe quoi pour toi. Je veux juste être sûr." Il s'assit au bord du lit. "J'ai lu le journal de papa."

Dean baissa la tête et jeta le cuir sur le lit à côté de Sam. "Alors tu sais déjà."

"Ça dit que le démon ta lancer un sort de sang et après tu as tiré sur maman."

"Ouais, c'est ce que papa a dit."

"Tu ne t'en souviens pas?"

Dean enroula ses bras autour de lui et donna dos à son frère. "Bien sûr que si, j'ai juste… j'était un gosse, à quoi tu t'attendais?"

"Rien Dean, mais tu ne te souviens pas du sort?" La lividité du visage de son frère quand il se retourna fut une réponse suffisante. "Si tu ne te souviens pas du sort, comment tu pourrais le lancer à quelqu'un d'autre?"

Dean sembla perplexe une seconde, avant de lui sortir une logique stupide qui aurait rendu papa fier. "Le démon le connaît sûrement."

"On a toujours été ensemble et je n'ai jamais entendu le démon parler. C'était toujours toi, n'est ce pas ."

Dean fut soudainement très captivé par ses pieds. "Ouais, il me semble."

"Alors, si tu dis 'salut' à Karen et Bobby, qu'est-ce qui pourrait se passer?"

"Je ne sais pas Sammy et je n'irais pas risquer la vie d'innocents pour le savoir."

"Tu me parles, à moi."

"J'imagine que c'est différent." Dean semblait sur le point de cogner quelque chose et recommença à faire les cent pas. "Comment tu veux que je le sache." Il se frotta l'arrière du cou et désigna le cuir à rasoir d'un mouvement de tête. "Tu ne vas vraiment pas le faire?"

"Je ne peux pas le faire, Dean. Je déteste ça. Je déteste que tu me donnes tout et qu'en retour je ne te donne que de la douleur."

Il y eut un flash de défaite dans les yeux de Dean, puis il sembla acquiescer à lui-même. "Ouais, ok." Il se tourna et regarde Sam par-dessus son épaule. "Tu ne m'as jamais fait de mal. Tu es tout ce que j'ai et je comprends. Si c'était toi… je ne te demanderais plus de faire ça et je réfléchirais à ton truc – tu sais, sur le fait de parler."

Le soulagement de Sam était presque écrasant. Si Dean essayait réellement de dormir, s'il arrêtait de demander à se faire battre pour des choses qu'il n'avait même pas faites et qu'il commençait à parler aux gens, alors ils auraient une chance d'avoir une vie normale.

La tentative de Dean de rendre le sourire que son frère lui donnait était faible, mais au moins il avait essayé. "Super, j'ai juste besoin de quelques minutes, ok?"

"Oui, bien-sûr."

Dean se glissa dans la salle de bain. Dès que la porte fut fermée, Sam se laissa tomber sur le lit. Il jeta le cuir à rasoir sur le sol et se sent libéré d'un autre poids. Ça n'allait pas être facile, mais après une décennie à le pousser, Dean était finalement prêt à essayer.

Sam ne savait pas combien de temps il était resté allongé sur le lit à se prélasser dans les paroles de Dean, avant de réaliser que ce dernier était encore dans la salle de bain.

Dean prenant une douche de plus de deux minutes était quelque chose d'inhabituel. En fait, que Dean décide, de lui-même, de prendre une douche était étrange, mais s'Ils agissaient ainsi, beaucoup de choses allaient changer. Tout ça, c'était beaucoup à réfléchir pour son frère et il n'avait pas besoin de raison supplémentaire pour prendre un moment seul.

Sam se força à rester couché, relâchant un nouveau soupire de soulagement.

Quand Dean sorti de la salle de bain, il portait son jean. C'était bizarre de regarder son frère marcher dans une chambre, toujours sans chemise, mais avec un pantalon. Sam pourrait s'y habituer.

Un sourit étira ses lèvres quand Dean vint se blottir sur le lit à ses côtés. Sam s'attendait à ce qu'il reste réveillé toute la nuit, mais très rapidement, il entendit le souffle léger de son frère contre son oreille.

Pour la première fois depuis bien longtemps, Sam fut capable de passer une bonne nuit.

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A SUIVRE!

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Merci à tous pour vos gentils commentaires et vos encouragements, ça me fait vraiment plaisir.