Disclaimer : Life is Strange est l'oeuvre de Dontnod.

Résumé : Nathan est sorti de prison. Mais alors qu'il se demande ce qu'il va faire de son avenir, son passé le croise au rayon condiments.

Note de l'auteur : Cet écrit a été réalisé dans le cadre du défi hebdomadaire n°198 de la page Facebook « Bibliothèque de Fictions ». Les règles étaient : Cent mots minimum, alors qu'il fait ses courses, votre personnage tombe nez-à-nez avec une personne de son passé.

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 50 nuances de jeux vidéos (26/50) + Prénom 66 : Nathan + Prompt 658 : "Je te pardonne pour le mal que tu m'as fait" + Titre du 07/11/2022 : Quand le passé refait surface

Quand le passé refait surface

C'est la première fois en cinq ans qu'il fait ses courses seul, comme un citoyen lambda. C'est presque oppressant en fait : le monde, la musique, l'impression que tout le monde l'observe. Il faut dire qu'un homme sortant de prison, ça attire normalement les regards. Il aurait dû faire dix ans. C'était le prix pour avoir accidentellement tué Chloe Price dans les toilettes de son lycée. C'était le prix à payer pour s'être laissé manipuler par Jefferson, pour l'avoir aidé à droguer ces filles, à les amener à lui pour ses poses phots perturbantes, pour avoir tué accidentellement Rachel, pour avoir fait souffrir Kate... Il a laissé ses faiblesses mentales prendre le dessus sur ce qui est juste. Son lui du passé le dégoûte.

On lui a proposé de sortir pour bonne conduite : aucune vague, un suivi psychologique régulier.

Il a dit non en premier lieu. Parce qu'il ne se sentait pas légitime à l'idée de partir sans avoir payé sa dette envers toutes les victimes, envers les parents des deux mortes. Le beau-père et la mère de Chloe lui avaient écrit, suite à sa lettre, lui disant qu'ils appréciaient son geste: vouloir purger toute sa peine, c'était en effet vouloir rendre Justice à leur fille. Sauf qu'ils savaient désormais les circonstances qui l'entouraient. Son jeune âge de l'époque. Ils ne pardonnent pas: ça, ils n'y arrivent pas. Mais ils ne lui souhaitent pas de mal non plus, sinon la haine ne fera que se renforcer. Alors, s'il peut sortir, qu'il sorte et que sa vie soit un exemple de rédemption.

Il leur a promis.

Alors il est là, à essayer d'avoir une vie normale, une vie sans vagues et à chercher un moyen de faire en sorte que le mal qu'il ait pu commettre ne reste pas le mal pour le mal. Il recommence de zéro: son père ne veut pas s'associer à lui, lui a retiré sa fortune. C'est tant mieux : il avait été aussi toxique qu'un poison pour lui.

-Nathan?

Il se retourne et se fige: face à lui, l'image de ce fameux passé. Celle qui a pu en réchapper. Celle qui, à en juger par l'alliance à son doigt et à son ventre rond, a pu passer à autre chose ou juste assez pour ne pas s'empêcher de vivre.

-Bonjour, Kate... Parvient-il à bafouiller

-Tu es sorti plus tôt. Constate-t-elle sans malice ni jugement

-Bonne conduite.

Elle acquiesce.

-Je vois.

Le silence lui pèse plus que l'annonce trop forte des speakers.

-J'ai reçu ta lettre. Dit-elle

Un exercice du psy. Ecrire à ses victimes, leur demander pardon. Kate est la seule à qui il a osé l'envoyer.

-Je ne t'ai pas répondu. Je ne savais pas quoi en faire.

C'est elle qui est à la limite de s'excuser alors que c'est lui le criminel, lui l'instigateur du harcèlement qu'elle a eu à subir.

-Ce n'est rien. Tu n'as pas à me pardonner. Je ne mérite aucun pardon.

-Pourtant, je te pardonne, Nathan.

Le monde se fige.

-Et c'est sincère. Je ne dis pas que le passé ne me fait plus mal. Mais je ne veux pas le laisser gagner. Je pardonne parce que Dieu dit qu'il faut pardonner. Je pardonne pour ma propre paix, même si c'est égoïste. Tu as reconnu tes fautes, tu as payé ta dette envers la société et tu as eu le courage de m'écrire. Je refuse de laisser la haine gagner. Je ne dis pas que tu n'es coupable de rien car c'est faux. Mais je sais certaines choses. Cela pèse dans ma balance morale.

Il essaye de retenir une larme. Ce n'est pas lui la victime, il n'a pas le droit de pleurer, il ne peut que lui baiser les pieds.

-Je t'ai imposé une épreuve horrible...

-Dieu me l'a imposée à travers toi. Et elle a eu le mérite de me réveler qui étaient mes vrais amis, ma vraie famille, ceux qui m'ont soutenue contre ceux qui m'ont traitée de pute et n'ont pas cru que j'avais été droguée.

-Je suis désolé... pour ça aussi. Quoi que cela puisse signifier pour toi.

-Cela signifie beaucoup pour moi. Je te remercie, Nathan. Vraiment. Ta lettre et tes excuses, ça m'a fait du bien. Savoir que tu réalisais que tu m'avais fait du mal. Que tu reconnaissais que j'avais été ta victime. Combien de fois j'ai pu entendre que j'avais plus ou moins provoqué mon sort...

Classique. Facile. Ecoeurant.

-Tu vas être maman. Dit-il pour changer de sujet

-C'est une fille. Sourit-elle, rayonnante

-Ton mari doit être content.

-Je n'ai pas de mari.

Il s'étonne. Kate est pieuse, avoir un enfant hors mariage ne serait pas son genre ou alors un autre malheur... mais il y a cette bague à son annulaire. Une veuve?

-J'ai une femme.

Celle-là, il ne l'avait pas vue venir.

-Euh... Félicitations?

-Merci.

Elle se saisit d'un pot de moutarde, profitant d'être dans le bon rayon.

-Je prierai pour toi, Nathan. Si tu es d'accord. Pour que Dieu t'accorde un peu de paix.

Jadis, il en aurait ri. Aujourd'hui, il est touché.

-Je dois d'abord m'amender.

-Tu as apuré ta dette envers moi.

-Alors, ça me fera très plaisir. Merci, Kate.

-Je dois y aller. Bonne chance, Nathan. C'est sincère.

Elle s'en va, la lumière autour d'elle lui donnant un halo. Kate est un ange trop pur pour ce monde.

Et s'il se sent soudain épuisé, il se sent aussi léger : si elle a pu lui pardonner, c'est qu'il y a peut-être encore assez de bien en lui pour faire en sorte qu'il serve d'exemple à ne pas suivre?

FIN