Précédemment
John lui désigna la chaise face à celle ou il avait dîné juste avant et le regarda se mouvoir tel une personne âgée pour arriver à se poser correctement sur cette chaise. Il s'éclipsa pour revenir avec une assiette garnie d'un sandwich appétissant et un verre d'eau qu'il posa devant lui sans aucune douceur puis s'installa en face de lui.
Leur première partie d'échec allait commencer...
Bonne lecture.
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La piece etait sombre, seulement éclairée par le feu de cheminée et un halogène posé dans un coin. L'ambiance était propice au duel. Le futur vainqueur jubilait déjà de sa victoire.
- Manges.
Sherlock fronça les yeux et se recula sur sa chaise en croisant les bras.
- Il faut que tu manges un peu. S'il te plait.
Il ne s'attendait pas à ce que John baisse aussi rapidement les bras. Ce serait encore plus facile que d'habitude.
- Tu es médecin, non ? Tu sais d'où je viens ? Je n'ai pas le cœur à manger.
- Justement il faut que tu reprennes des forces.
- Et si j'en ai pas envie ? - Regard de provocation – Tu pourrais plutot me donner quelquechose pour - il serra les dents – calmer.. ces.. fichues.. douleurs !
Il resterent quelques minutes à se jauger, chacun cherchant à déceler la faiblesse dans les yeux de l'autre.
En temps normal et comme toujours Sherlock gagnait à ce petit jeu, John ne tenant pas sous le regard percant et insistant du brun. Mais cette fois il avait n'avait pas l'avantage. Son t-shirt sans forme, coutures dehors, ses cheveux hirsutes, ses yeux qui clignaient plus qu'il n'en faut et ses soubressots musculaires ne lui laissait aucune credibilité.
Sherlock tenta un ultime effort de concentration pour maitriser son corps mais ne reçu de celui-ci qu'un énorme frissons en réponse qu'il ne pu cacher à son adversaire.
John se leva, fouilla dans son sac de sport et passa dans le dos de Sherlock. Il deposa la robe de chambre du détective sur ses épaules.
- C'est vrai qu'il ne fait pas très chaud ici, je vais pousser le feu pendant que tu commences à manger.
John rajouta quelques bûches dans la cheminée, le laissant volontairement seul face à son assiette.
- Euh.. Merci..
Sherlock fut étonné de l'attention du blond. Il retrouvait celui qui s'occupait de lui à BakerStreet. Puis il réalisa que ce serait d'autant plus facile d'obtenir ce qu'il voudrait s'il adoptait la bonne tactique. Ce bon John, il ne pouvait rien lui refuser.
John se remit à table pendant que le détective arborait son visage le plus malheureux.
- John, j'ai vraiment besoin de quelque chose. Il faut que tu m'aides.
Le médecin sortit une petite boite contenant une pilule qu'il posa devant lui. Une lueur de satisfaction éclaira les yeux de Sherlock. Il tendit un bras pour la saisir mais déchanta rapidement quand elle fut retirée de sa portée.
- Pas tant que tu n'auras pas avalé quelque chose.
- Pas faim.
Il resta sur sa position un moment fixant machinalement la petite boîte avec envie. Il commença à bouger nerveusement sur sa chaise puis a taper du bout des doigts sur la table.
John le regardait, impassible mais prêt à l'éventualité qu'il n'arrive plus à se contenir.
Il passa les mains sur ses genoux, puis dans ses cheveux par des geste rapides et désordonnés. Des petits grognements imperceptibles se mêlèrent au craquement du feu quand il posa le front sur la table pour cacher son agacement.
Il se redressa brusquement faisant presque sursauter John. Il aurait cru voir un diable sortir de sa boîte tellement l'expression sur son visage était crispée.
- Je vais devenir dingue ! Donne-moi ça !
- Reconsidère ma demande.
John farfouilla sous la table et posa à côté du médicament, une cigarette et un briquet devant les yeux froncés de Sherlock.
Bon dieu qu'elle lui faisait envie et l'optique d'être soulagé par le comprimé ne le laissait pas indifférent non plus. Il résista pourtant, ne voulant pas céder à sa faiblesse.
John ne le quitta pas du regard une seconde tout ce temps qui dura une éternité. Il se sentait comme un parent qui interdisait à son enfant de sortir de table sans avoir terminé son repas.
Il sourit tristement à l'image, ce qui n'échappa pas a Sherlock. C'est peut-être cela qui débloqua la situation.
Le détective souleva le pain de mie en triangle pour disséquer le sandwich. Il se pencha pour l'envisager sous divers angles et plus il y pensait et plus que, oui, il ne se rappelait pas à quand remontait son dernier repas.
Il prit une première bouchée sans grande conviction. Il n'avait pas d'appétit mais ce n'était pas si mauvais. Sa seule motivation était son "dessert".
De longues minutes plus tard, il mit enfin le dernier morceau dans sa bouche et John pu se lever pour regagner un des fauteuils devant la cheminée. Au passage il eut droit au plus joli des sourires hypocrites de Sherlock qui semblait dire « Ca y es ? T'es content ? ». Il lui répondit par une petite tape sur l'épaule et un sourire sincère après avoir glissé vers lui le trésors si convoité.
- Tu vois quand tu te montres coopératif. C'est bien.
Echec et mat.
John posa un cendrier sur la petite table entre les fauteuils et ne remarqua pas le regard en coin et la légère moue satisfaite de Sherlock. Il avait certes perdu ce petit combat cérébral – dans son état il ne s'en tenait pas rigueur – mais cela l'avait positivement distrait. John l'avait même impressionné.
- Viens avec moi, il faut que je te parle.
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Sherlock se trouvait déjà collé dans son dos attendant qu'il se retourne. Quand John lui fit face, il eut un recul de tête ne pensant pas être aussi proche de ce visage contrarié dont il était sépare uniquement par une main qui tenait une pilule.
- C'est une blague ?
- Qu'est-ce qui se passe encore ?
- Ca ! - le médicament faisait loucher le médecin. - C'est un décontractant ! Une faible dose en plus !
- Et ?
- Tu m'as promis de la Méthadone.
- Euh.. Non. Tu as déduis tout seul que ça devait en être mais il en a jamais été question. Prends-le, ça va te faire du bien. Et fais-moi confiance, je sais ce que je fais.
Sherlock souffla et bu son verre d'eau sachant très bien que ce soir il ne pourrait en aucun cas négocier avec le médecin. Il s'était fait duper en beauté.
Il attrapa le cendrier, grimpa sur le deuxième fauteuil et s'y assit les genoux recroquevillés contre la poitrine. Il leva la cigarette devant son nez et l'étudia de long en large. Il avait bien reconnu la marque mais ne pu s'empêcher.
- Et celle la ? C est une légère ? Tu vas me faire le coup la-dessus aussi ?
- Tu peux arrêter une minute, j'ai besoin que tu m'écoute. Je te dois des explications.
Sherlock le regarda de haut, le menton bien relevé et alluma sa cigarette. Il tira une longue bouffée qu'il bloqua un instant dans ses poumons, ferma les yeux pour savourer pleinement puis entrouvrit les lèvres pour laisser s'échapper doucement la fumée qui semblait caresser son visage au passage.
John l'observa faire. Comme d'habitude. Et Sherlock le savait.
Il y avait ce « je n'sais quoi » dans la façon de fumer de Sherlock qui avait toujours fasciné le blond.
Il se demanda si c'était parce qu'il s'agissait des uniques fois où il le voyait apprécier quelque chose d'autre que ses enquêtes, comme quelqu'un aurait apprécié par exemple la première bouchée d'un succulent repas ou comme rentrer dans un bon bain chaud après une dure journée.
- Alors ? - toujours les yeux fermés -
- Alors quoi ?
- Alors … Je t'écoute... John. - appuyant bien sur le prénom de sa voix grave-
John revint de ses pensées instantanément non sans un léger rose aux joues. Il n avait absolument rien à se reprocher mais n'aimait pas qu'on puisse avoir des doutes ou qu'on le taquine à ce sujet.
- Euh.. oui... bon... par où commencer ?
- Par le début ? Je pense que c'est le plus approprié.
- Sherlock s'il te plaît, tu vois bien que c'est assez compliqué.
Le détective se tue aussi vite, pressé de savoir ce qui pouvait être aussi important. En espérant que ce ne soit pas ennuyeux.
- C'est arrivé quand Mycroft a décrété qu'il ne s'occuperait plus de toi la dernière fois où il t'as ramassé et que tu as été odieux avec lui en remerciement. Jusque là je savais que quelqu'un veillait sur toi mais à partir de ce jour j'ai réalisé qu'à n'importe quel moment je pourrais te retrouver... Enfin tu vois.. Je me suis senti responsable de toi, tu l'as jamais été..
Les mots se bloquaient dans la gorge de John. Sherlock venait d écraser sa cigarette et commençait à s'ennuyer. Il posa vivement le cendrier sur la petite table.
- Tu es brouillon ! Les faits John ! Les faits !
Le médecin s'offusqua et se pencha en avant pour appuyer ses dires.
- Les faits ? Il n'y a besoin que te regarder pour les avoir ! Regarde-toi dans l'état où tu es.. Regarde-moi où tu m'emmènes avec toi.. Alors pour une fois, Sherlock Holmes, veux tu la fermer et me laisser continuer ?
Sherlock reprit sa position recroquevillé, encercla ses genoux de ses bras et fixait à présent les flammes qui dansaient à côté de lui, évitant le regard accusateur.
- Bien, je vais faire court si j'ennuie Monsieur à ce point. J'ai demandé de l'aide à ton frère pour établir un plan d'urgence si cela devrait se reproduire. J'en prenais toutes les responsabilités et lui me fournissait les moyens. On a étudié le problème à grand nombre de réunions..
Sherlock le coupa.
- Bien évidemment.. Ces nombreux appels à cette fameuse Martine.. En même temps j'aurais du me douter avec un prénom pareil.. Personne ne s'appelle comme ça..
- Tu peux éviter de m'interrompre ? Et Je te rappelle que Martine est ma petite amie, je te l'ai présenté il y a quatre mois. -il baissa la tête- Mycroft c'est Myranda.
- Mais sinon je peux reprendre ? - silence- Bon, ça a été compliqué mais Myran.., euh Mycroft m'a tout fourni, ce chalet, hautement sécurisé, une équipe des services de haute sécurité au cas où tu te serais enfuis ou montré récalcitrant. J'ai travaillé avec Molly sur ton dossier médical pour calculer les différentes doses nécessaires pour te soulager en cas de crise. Enfin bref, il suffisait d'attendre et je n'avais qu'un SMS à envoyer pour déclencher le plan. J'ai pas eu a attendre longtemps.. Sherlock qu'est-ce qu'il se passe?
Pas de réponse immédiate puis l'intéressé releva la tête.
- C'est vraiment toi qui a tout manigancé ?
- Oui même si je n'aurais jamais souhaité être ici avec toi.
Le visage de Sherlock se ferma.
- C'est pas ce que je voulais dire.. Je t'ai trouvé.. J'ai cru que tu étais..
Il mit le poing devant la bouche comme pour bloquer ce mot maudit.
- J'ai vu mon meilleur ami en train de mourir dans mes bras.
Il retenait difficilement ses larmes, revoyant les images de Sherlock allongé au sol, pâle, les lèvres bleu, le pouls quasi inexistant puis la colère monta. Il se mit à hurler.
- C'est ce que tu veux pour moi ? Pourquoi tu t'obstines à toujours m'infliger ça ? Parle- moi Sherlock !... Sherlock ?
- Je me sens pas très bien...
La colère du médecin s'envola aussitôt laissant place à l'inquiétude.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- J'ai comme l'impression..de perdre toutes mes forces.. Je sens plus mon corps.
John sourit
- Je crois que le médicament fait effet, tout va bien.. Viens, je t'aide à aller te coucher avant que tu en sois incapable. Tu vois que la dose était suffisante.
Sherlock se pelotonna contre l'accoudoir moelleux du fauteuil et articula difficilement.
- Je préfère rester ici.. Avec toi.
- Allez.. Viens..
Il tenta de le lever par le bras mais fut repoussé mollement.
- Naannn... ici...
Ce fut évidemment peine perdue. Il dormait déjà. Ses douleurs s'étaient calmées pour un moment, il avait prit un repas, peu consistant, mais un repas quand même et le calme avait enfin gagné le chalet. John soupira grandement, il pouvait faire redescendre la pression quelques heures et se reposer un peu.
Il alla chercher une couverture qu'il posa sur Sherlock, remis une bûche dans le feu et s'installa un livre à la main. Il profita également de se servir un verre de whisky avant de remettre aussitôt la bouteille sous clef.
Il ne fallu pas bien longtemps pour que la pièce soit remplie d'un duo de ronflements, John étant tombé de fatigue dans son propre fauteuil, le livre sur ses jambes tendues, son poing retenant sa mâchoire.
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A mardi prochain.. Merci d'être passé !
