Double Damned... J'était à fond sur l'ecriture d'un passage qui va se passer bien plus tard et je viens de voir qu'on était déjà mercredi et en plus que je n'avais plus d'avance pour le chap de la semaine prochaine.. Je m'y met.. promis...

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Précédemment : Après une soirée qui avait pourtant bien démarrée, John est très en colère de l'attitude de Sherlock qui a consommé bien plus de choses que ce qu'il a avoué à la base.

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A force de côtoyer le génie, le cerveau de John s'était exercé à la déduction. Il n'avait certes pas la rapidité de son confrère mais pouvait désormais envisager des pistes sans trop se tromper.

Il se mit en action.

Sherlock avait décrété avoir voulu cacher sa prise supplémentaire à un frère qu'il savait hors circuit. Donc ce n'était pas à lui que la tromperie était destinée. La seule possibilité était qu'il n'avait pas voulu que sa surdose soit prise en compte dans son traitement. Pourquoi ? Alors qu'il savait pertinemment qu'il aurait facilement pu en mourir. Et si c'était ça ? John ne voulait pas y croire. Il l'aurait vu, il est médecin. En même temps il n'était pas beaucoup présent ces derniers temps. Si il était passé à coté.

Etait-ce possible que Sherlock soit entré dans une sévère dépression et qu'il ait décidé d'en finir ? Et pourquoi ?

Les yeux le piquaient de culpabilité et de colère.

Il se tourna cherchant les yeux bleus qui maintenant fixaient tristement le sol pour y discerner une réponse, un indice qu'il aurait loupé.

Il vit Sherlock, vraiment. Sans façade, sans jeu, sans son arrogance et son air supérieur. Les coudes sur les genoux, mains tombantes, dos courbé, fatigué émotionnellement. Ce n'était pas possible, il n'en était pas arrivé là.

John s'accroupit devant lui, empoignant sur une de ses mains, plus pour le contact que le besoin d'équilibre.

- Regarde-moi !

Le ton était volontairement sec et autoritaire. S'apitoyer n'avait jamais sauvé personne.

Sherlock lui lança une œillade furtive mais détourna le regard aussi vite. Il ne supportait pas cette promiscuité, pas dans ce contexte, pas quand il ne la contrôlait pas.

John se pencha pour être face à son visage serrant plus sa main cette fois pour ne pas tomber.

Sherlock ferma les yeux tiraillé entre se sauver à toutes jambes ou garder cette main qu'il ne voulait plus lâcher.

- Sherlock, s'il te plaît. Il faut que je sache.

- On ne reviendra pas sur mes raisons.

- Ce n'est pas ça. Est-ce que tu voulais...

Les mots s'entremêlaient dans la gorge du blond. Comment en étaient-ils arrivés à ce qu'il soit obligé à poser la pire question qu'il lui ai été donné de prononcer ?

L'attente de la suite de la phrase fit rouvrir les yeux du détective mais il n'osa pas le brusquer. Pas cette fois. Il avait étudié John sous toutes ses facettes, ses traits de visage, ses mimiques. Il avait discerné la joie, la colère, l'incompréhension et tout un panel d'émotions mais oh grand jamais il n'avait vu ce visage se tordre de cette manière. Douleur, difficulté de s'exprimer, peine incommensurable. Il ne pu que se taire et attendre.

Attendre jusqu'à remarquer ces yeux qui ne lui portaient plus d'attention mais qui commençaient à se gorger de larmes sous le poids des mots qui ne voulaient pas sortir.

Sherlock comprit ce qu'il avait en tête et l'attira légèrement par la nuque de son bras libre.

John tomba un genou au sol, se laissant happer, incapable de réfléchir à autre chose que cette maudite phrase et finissant par poser son front sur son épaule.

Sherlock lui murmura calmement.

- Non John, ce n'était pas voulu.

Il s'étonna de ne pas non plus pouvoir dire ce mot tant redouté par John mais il le fallait, pour lui, pour le rassurer.

- Je n'ai jamais voulu mourir... Je ne veux pas mourir...

Il sentit toute la raideur dans le corps de John disparaître de soulagement.

Le médecin se dégagea aussitôt et se sauva dans sa chambre. Il se laissa tomber sur le lit et fixa le plafond alors que les larmes coulaient d'elles-mêmes pour s'écraser sur le matelas. C'était tellement difficile pour lui de voir son meilleur ami se détruire sans en connaître la raison et être aussi impuissant face à son mal-être.

Qu'est-ce qu'il lui était passé dans la tête pour mettre sa vie en danger à ce point ? Et que pouvait-il faire pour y remédier ?

Il devait juste se reprendre, garder son but premier en tête et s'obstiner à le faire parler.

Il était sa dernière chance car si lui n'y arrivait pas, personne ne le pourrait.

Il se ressaisit après quelques minutes et retourna au salon. Le détective avait déserté le canapé, et dans son état, il était bien plus conseillé de se reposer que vadrouiller dans la maison.

Il le trouva à la cuisine, de dos, les deux mains agrippant au plan de travail, immobile.

- Mais qu'est-ce que tu fais ?

- Je te fais du thé.

- Du thé ? Pour moi ?

John sourit à l'attention avant de voir que la théière se trouvait à l'autre bout de la cuisine, l'eau ne chauffait pas. Il y avait juste la boite ouverte à coté de lui, du thé renversé.

- Laisse-moi faire et va te reposer, j'arrive.

Sherlock ne bougea pas et serra les dents.

- Je vais bien, je vais le faire.

- Dans l'état où tu es tu devrais plutôt ...

- Tu ne voudrais pas me lâcher un peu ?

- Quoi ?

- Je suis encore capable de faire chauffer de l'eau, non ?

Voila, on y était. John savait que le comportement agréable de Sherlock avait du lui demander beaucoup d'effort, qu'il ne durerait pas et que leur récente conversation avait dû le secouer un peu aussi. Une nouvelle crise débutait.

Il croisa les bras, droit comme un « i », de la colère et un air de défi dans les yeux.

- Très bien. Débrouille-toi. Tout seul.

Il ne le laisserait pas sans surveillance mais resta assez loin pour lui montrer qu'il ne le soutiendrait pas.

Sherlock se sentit obligé de lui prouver qu'il était capable. Ca n'avait beau être que du thé mais c'était tellement important pour lui. Il n'y a que les loques, indignes d'être aux cotés de John, qui ne sont pas capables de faire une chose aussi simple que du thé.

Il serra les dents, sentant le regard oppressant du médecin dans son dos, et tenta de se reprendre. Tout son corps lui était douloureux et ne lui répondait plus vraiment. Il se concentra et ramassa les feuilles qu'il avait renversé précédemment et mit enfin l'eau a chauffer. Chaque geste prenait énormément de temps et lui demandait un effort colossal, pourtant il n'arrivait pas à être parfaitement coordonné.

C'est au moment de verser le liquide qu'il perdit patience. Il tenait la théière au dessus de la première tasse mais resta bloqué ainsi. John se décala alors pour voir ce qu'il attendait pour servir.

Ces saletés de tremblements.

Sherlock se surprit à douter de lui-même, de ses fameuses raisons, étaient-elle valables au point d'en arriver là ? D'en arriver à être si minable au point de ne pas pouvoir verser du liquide dans un verre ?

Le tintement répétitif du bec en porcelaine qui frappait le bord de la tasse au rythme des soubresauts de sa main le sortit de ses pensées. Il posa l'objet lourdement et se retourna vers John dont la colère avait laissé place à une certaine désolation.

- Pourquoi tu es là ?

John fronça les sourcils. Il arrivait souvent qu'il ne suive pas le cheminement de raisonnement de Sherlock. Là dans la cuisine ? Là dans le chalet ?

Sherlock, lui, analysait parfaitement la logique de John. Il soupira avant de lui apporter une précision.

- Là avec moi, à me supporter, à faire tout ce que tu fais.

Le médecin haussa les épaules.

- C'est ce que font les amis, non ?

- Je t'avoues que je n'ai pas beaucoup de points de comparaison à ce sujet.

John lui sourit

- Et bien je te confirme que c'est ce que font, en tout cas, les meilleurs amis.

Sherlock fut touché par cette phrase et resta un instant sans bouger ni parler, assimilant le fait que malgré tout, John le considère toujours ainsi. Il se sentit mieux. Pas physiquement mais un peu de tension s'était envolée. Il avait besoin de l'entendre, besoin de se rappeler qu'il n'était pas là à souffrir pour rien.

John ne pu faire face plus longtemps au détective et à son air si désemparé. Il prétexta devoir aller vérifier « un truc » dehors pour se sortir de cette scène avant de fléchir devant lui. En aucun cas il ne voulait lui montrer un signe de faiblesse, ni de doute.

Il se retrouva sur le seuil de la porte, dans le noir presque total et se mit assis à même la petite marche que formaient les planches en bois. Il respira à grands poumons.

Evidemment qu'il ne gérait rien. En tout cas c'est l'impression qu'il avait. Sherlock allait droit dans le mur et emportait inexorablement John avec lui. Et en théorie ce n'était absolument pas comme ça que cela devait se passer.

Ils étaient bien beaux ses plans ! Comment avait-il pu être si présomptueux pour penser pouvoir sauver Sherlock là où tout le monde avait échoué ?

Puis il eut cette pensée qui le résigna : Sherlock n'avait que lui et lui n'avait que Sherlock. Il se battrait avec lui et pour lui jusqu'à ses dernières forces. Peu importe où cela devrait les mener, ils y iront ensemble.

Il se releva pour rentrer et se stoppa net avant d'entrer. Il se rappela qu'il n'avait pas que Sherlock et se maudit intérieurement d'en avoir oublié sa petite amie. Il regarda sa montre et – tant pis pour l'heure un peu tardive – décrocha son téléphone.

- Bonsoir ma chérie.. Je sais qu'il est tard, excuse-moi.. oui.. Désolé.. Promis, le plus tôt possible.. Je t'aime, bonne nuit.

Sherlock usait de toutes ses forces pour rester éveillé et l'avait épié de l'autre cote de la porte dès qu'il avait entendu le son de sa voix.

Alors c'était ça, son " truc" a vérifier.. John l'avait délaissé en pleine conversation pour appeler celle à cause de qui il était devenu si souvent absent, voire distant.
Le dégoût monta en lui sans qu'il puisse mettre un mot sur le pourquoi de ce ressenti. Ou plutôt il ne voulait pas avouer cette jalousie mal placée. Hors de question d'admettre d'être relégué au second plan derrière une conquête sans importance qui finira tôt ou tard par partir et brisera le cœur de John comme les autres l'avaient fait avant elle.
La colère avait atténué les effets du médicament et le voilà qui était bien plus réveillé mais quand il comprit que la conversation était terminée il sauta dans le canapé et s'allongea face au dossier. Il calma sa respiration, détendit ses muscles au possible et fit semblant de dormir. Il voulait juste être tranquille pour la fin de la soiré et surtout ne pas parler à John.

Le médecin s'arrêta dans l'entrée du salon, analysa rapidement la situation.

- Tu veux dormir ici ?

Pas de réponse.

- Sherlock, je sais que tu ne dors pas.. Tu voudrais me répondre ?

Toujours pas de réponse.
Il déposa une couverture sur Sherlock et déplaça son fauteuil jusqu'au bord du canapé, s'installa confortablement et, sous la couette, passa son bras au dessus de sa taille afin que sa main repose sur son abdomen.
Malgré ses efforts pour paraître endormi, le détective ne pu empêcher ses muscles de se raidir au contact. Personne ne le touchait, surtout de cette façon et c'était d'autant plus dérangeant que ce soit John qui le fasse.
Le médecin militaire se justifia.

- C'est une technique qu'on fini par apprendre quand on est en Afghanistan. Juste pouvoir se reposer quelques heures tout en gardant sous contrôle la vie de quelqu'un qu'on a pas envie de perdre.

Il bailla sans ménagement.

- Et avec ce qu'il s'est passé tout à l'heure je préfère te garder sous surveillance si jamais il m'arrive de fermer un œil... Dors..

Sherlock se relâcha un peu mais gardait ses yeux grands ouverts tournant toujours le dos à John.

- Comment tu as deviné que je ne dormais pas ?

John pouffa.

- Si il y a bien une chose sur laquelle tu ne peux pas me berner c'est celle là.

Sherlock se retourna légèrement pour lui lancer un regard interrogatif. Il savait pourtant parfaitement imiter le calme paisible d'un dormeur. Il le vit sourire.

- A peine tu as les yeux fermés tu ronfles à faire trembler les murs.

Sans relever, il reprit sa place initiale et se pelotonna dans la couverture. John lui tapota le ventre.

- Bonne nuit.

Cette main protectrice contre lui l'empêchait de se focaliser sur autre chose que le mouvement de sa respiration et du balancement régulier du bras qui reposait sur lui et se faisait de plus en plus lourd au fur et à mesure que John s'endormait.
Cette nuit là, Sherlock ne dormit pas. Il ne bougea pas d'un pouce non plus. Il avait, à la place, tenté d'assimiler ce qu'il qualifiait d'informations en ce qui concernait ce contact imprévu. D'habitude il détestait le moindre effleurement, se barricadant même derrière son grand manteau épais et ses gants comme si il en faisait des remparts contre le monde entier. Mais là, c'était presque agréable, enfin ça ne l'ennuyait pas spécialement et ça c'était déstabilisant.
Même quand le jour pointait son nez a travers les rideaux et qu'une nouvelle crise de manque s'était faite ressentir il serra les poings sur la couverture de toutes ses forces espérant contrôler ses tremblements et ne pas réveiller John. Il savait que ce moment était unique et devait durer le plus longtemps possible.
Mais malheureusement tout à une fin et cette nuit également.
John s'éveilla doucement et machinalement resserra son étreinte dans un demi sommeil accompagnant le geste d'un soupir agréable pensant sûrement être en compagnie féminine.
C'en fut trop pour Sherlock. Les souvenirs de l'appel téléphonique de la veille remontèrent aussitôt qu'il comprit que ce réflexe affectif s'adressait à sa petite amie. Il dégagea le bras sans ménagement et tira la couverture au dessus de sa tête.
La violence du geste réveilla complètement John qui cru que c'était lui qui avait dérangé Sherlock.

- Oh excuse-moi... Alors tu as réussi à dormir un peu ? Comment tu vas ?

L'autre grommela un mensonge enfoui sous la couette.

- Oui, je vais bien. Ne t'inquiète pas.

John posa sa main sur son épaule pour l'inciter à au moins sortir sa tête et juger lui-même de son état mais Sherlock le repoussa en s'enfonçant plus dans le canapé.

- Mmm d'accord. Je te laisse tranquille, je vais préparer le petit déjeuner.

Il se dirigea à pas lents vers la cuisine.

- C'est plus de mon âge de dormir dans un fauteuil!

Sherlock se retourna mais garda la tête cachée. Juste un œil se dévoila pour observer John de dos, s'étirant, les bras tendus au dessus de la tête puis allant s'affairer sur le plan de travail.
Œufs, farine, lait et un tour de main plus tard, des pancakes bien chauds trônaient au milieu de la table.

- Tu viens manger ?