Après le départ de la limousine de Mycroft, John resta un moment sur le perron. L'air frais qui lui balayait le visage l'aidait à assimiler la dureté des paroles du grand frère. Il n'avait aucune envie de rentrer. A l'intérieur ses remords et sa culpabilité l'attendaient.

Il mit les mains dans les poches et observa la forêt autour de lui. Non pas que cela l'intéressait à ce moment précis mais c'était un bon moyen d'occuper ses pensée sur des choses plus futiles.

Puis il fut ramené à la réalité plus vite que prévu.

- Mycroft ?... MYCROFT!?

Ce même ton déchirant de panique qu'il avait déjà entendu, mais cette fois ce n'était pas son prénom. Et cela lui a fait mal.

Il accouru à la chambre de Sherlock.

- Tout va bien je suis là.

Le détective s'était redressé sur le lit et semblait chercher au dessus de l'épaule de John.

- Où est Mycroft ?- il hurlait terrorisé - Mycroft !

Ses yeux étaient hagards et John n'était même pas sur qu'il soit complètement réveillé. Il s'approcha pour l'apaiser et parla à voix basse. Il tenta d'accrocher son regard complètement vide.

- Sherlock.. Regarde-moi.. Je suis là..

Il provoqua l'effet inverse de celui souhaité. Sherlock se recula vivement et s'emmêla dans les draps risquant presque de tomber de l'autre côté du lit.

- Non, non, pas toi !

Sa voix tremblait de peur. Il se protégeait d'un bras devant son visage tandis qu'avec l'autre il semblait chercher quelque chose à tâtons derrière lui. John remarqua ses pupilles complètement dilatées, ses yeux exorbités qui bougeaient trop rapidement. Il était de nouveau en plein délire. Et sûrement persuadé dans sa folie que John allait encore le frapper.

John leva les mains en signe de paix et fit quelques pas en arrière.

- Sherlock.. Je… Merde… Je veux juste t'aider.

Sherlock ne l'écoutait pas, plus préoccupé à s'éloigner de lui du maximum qui lui était possible. Et John fini simplement par battre en retraite, doucement à reculons, sans le quitter des yeux, jusqu'à se retrouver seul dans le salon.

Il respirait fortement, abasourdi par ce qui venait de se passer. Il avait laissé la porte de la chambre ouverte et jetait un œil régulièrement espérant avoir mal interprété le comportement du détective. Mais on en était bien là. L'impassible sociopathe sans émotion tremblait maintenant de peur devant lui. Il savait que ses agissements étaient contrôlés par le délire mais cela cachait quelque chose de plus profond.

Mais comment avait-il pu en arriver là? Il se rappela la façon dont il lui avait parlé un peu plus tôt et rectifia pour lui-même : c'était lui le monstre. Il avait vu sa vrai nature dans les yeux de Sherlock.

Le plus simple à faire fut d'attendre que les effets s'estompent à nouveau, juste le laisser se calmer. John se laissa tomber dans son fauteuil sous le poids de la culpabilité tout en gardant une oreille attentive à ce qu'il se passait dans la chambre.

Il entendit uniquement le bruit du matelas. Sherlock s'était réinstallé sans quitter le lit. Il espérait juste qu'il s'endorme et qu'il puisse prendre soin de lui sans l'effrayer. Il avait beau fermer les yeux, tout ce qu'il voyait c'était ce regard horrifié qu'il avait provoqué par sa simple présence.

Il se leva et se servit un verre. Il rangea aussitôt la bouteille dans le meuble verrouillé même si il savait que l'alcool n'avait jamais attiré Sherlock. Son whisky en main, il traversa la pièce de façon à pouvoir voir dans la chambre sans trop se faire remarquer et ce qu'il vit lui déchira le cœur. Sherlock s'était recroquevillé à la tête du lit, entourant les genoux avec ses bras, effrayé, le regard dans le vide, les larmes lui coulant silencieusement sur les joues. Seuls quelques reniflements ponctuaient de temps à autres le calme étrange de la pièce.

John ne pu supporter plus longtemps cette vision et retourna s'asseoir. Il aurait voulu lui dire que… Que quoi ? Tout allait bien ? C'était loin d'être le cas. Qu'il serait là ? Il voulait l'abandonner il y avait encore moins d'une heure. Il bu son verre presque d'une traite et fut tenté un moment de s'en resservir une quantité d'autres mais ce n'était pas le moment de flancher.

Il décida d'agir et de tenter un contact.

D'abord faire du thé.

Pendant que l'eau chauffait, il élaborait une stratégie. Si il reprenait les habitudes de BakerStreet, peut-être que Sherlock serait dans une meilleure configuration pour le laisser approcher.

Il lui apporterait une tasse de son breuvage préféré ainsi que son violon. Peut-être cela serait suffisant pour le distraire et lui faire oublier la mésaventure précédente. Si il était encore sous les effets du mélange cela pourrait marcher.. Comme complètement louper. C'était un risque à prendre, il ne pouvait plus rester à attendre.

Une vingtaine de minutes plus tard, la tasse fumante en main, il récupéra l'instrument et se positionna dans l'encadrement de la porte de la chambre. Il avança de telle sorte que le thé et le

violon soient les premières choses dans le champ de vision de Sherlock. Il prit sa voix la plus douce.

- Sherlock ?.. Est-ce que je…

Il entra complètement, quelque part soulagé, quand il se rendit compte que le détective s'était endormi à nouveau. Il alla à côté de lui sans un bruit, posa la tasse et l'instrument et il resta immobile à le fixer.

Sherlock était resté plus ou moins dans sa position initiale mais avait basculé sur le côté. Il était roulé en boule et ne recouvrait même pas la moitié du lit. Il paraissait si petit et vulnérable pour John.

Le médecin remonta la couverture sur lui sans trop le toucher de peur de le réveiller et s'installa sur la chaise à son chevet. Il resterait la jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux.

Et il a du se passer un bon moment, peut-être quelques heures, car John avait passé déjà beaucoup de temps à le veiller puis avait somnolé jusqu'à ce que sa tête glisse de sa main qui la soutenait et cogne le mur en tombant. Il se redressa aussitôt.

- Oh !

John fut embarrassé quand il ouvrit les yeux et se trouva face à face avec Sherlock, emmitouflé dans la couette jusqu'aux oreilles, n'ayant que le haut du visage et ses boucles qui dépassaient, mais parfaitement réveillé et le fixant avec un air d'incompréhension.

Avec l'épisode précédent, John craignait un réveil agité et se leva pour laisser toute la place nécessaire au détective pour reprendre ses esprits, s'excusant presque d'être là. Il s'apprêtait à fuir la pièce.

- John ?

L'interpellé se stoppa net, déjà prêt de la porte. Il n'osa pas se retourner, comme si le moindre geste pourrait l'effrayer. Sa voix était pourtant douce et paraissait plus confuse qu'inquiète.

- Oui ?

- Je te demande pardon.

La fin de la phrase avait été étouffée par la couverture mais John avait parfaitement entendu et n'en croyait pas ses oreilles. Il serra les poings pour éviter de trembler. Il ne pu cependant pas se retourner et affronter ces yeux clairs qui attendait qu'on leur accorde l'absolution.

- Je vais chercher quelque chose à boire.

Il disparu aussi vite que possible de la chambre et Sherlock ferma les yeux pensant que John lui en voulait toujours pour son comportement.

Dans la cuisine, le médecin se relâcha. Il s'en voulait tellement de n'avoir pas été à la hauteur pour Sherlock et c'était Sherlock qui s'excusait. Le détective avait certes des tords mais beaucoup aurait pu être évités si il avait géré la situation autrement. C'était à lui de s'excuser.

Il soupira, attrapa un verre et une bouteille d'eau. Pas le temps d'attendre que la bouilloire chauffe à nouveau. Il se devait d'être dans la pièce à côté avant que ses pensées ne s'emmêlent.

Il l'appela doucement pour signaler sa présence à la porte tout en avançant vers lui.

- Sherlock ? Je peux ?

Sans réponse, il retourna vers sa chaise et posa le verre et la bouteille sur la table de chevet. Quand il remarqua que Sherlock s'était rendormi, sa main se dirigea vers les boucles indisciplinées pour dégager son visage trop dissimulé à son goût.

- Je ne dors pas.

Ses doigts étaient à moins de trois centimètres de la chevelure. Il sursauta et se mit à rire nerveusement de s'être fait surprendre, comme d'habitude. Sherlock ouvrit alors les yeux sans y prêter attention.

- Est-ce que tu peux m'aider ?

- Bien sur.

John se sentit tout à coup nerveux. Sherlock ne semblait pas lui en vouloir pour ce qu'il s'était passé et lui faisait toujours confiance. Avait-il oublié ? Sa bouche se mit à bouger presque seule.

- Tu préférerais du thé ? Tu as peut-être faim ? Tu as besoin de te lever ?

Sherlock le coupa, toujours sous la couette.

- J'ai surtout besoin que tu me laisse parler.

- D'accord, d'accord. Dis-moi.

Sherlock soupira, attendant le silence.

- Je ne suis plus sûr de ce qu'il s'est passé depuis ce matin. J'ai des flash plus ou moins flous, je ne sais même pas si certains moments sont réels ou juste des cauchemars pendant que j'étais inconscient. Il faut que tu me donnes les faits exacts.

John se crispa au mot " cauchemar" ayant plusieurs passages en tête qui auraient pu être interprétés comme tels et dont il n'était pas fier. Il voulait être prudent.

- De quoi te souviens-tu ?

Sherlock pouffa puis fronça les sourcils comme si il tentait de remettre de l'ordre dans son palais mental.

- D'abord…

Il évita le sujet à propos de la petite amie, la brume.. La jalousie.

- Est-ce que c'est toi qui m'as retrouvé ?

- Oui

John baissa la tête au souvenir de son ami gisant dans les bras à même le sol. Il sentit un regard insistant et su qu'il devait continuer.

- Dans la cuisine, au milieu d'un bazar pas possible comme si tu t'étais battu - il croisa le regard - Mais je ne sais pas avec quoi ou qui. Tu étais déjà inconscient et complètement gelé quand je suis arrivé.

- Après j'ai plus ou moins le fil. Mais..- il se cacha un peu plus le visage-.. Est-ce que j'ai eu un comportement... inapproprié ?

- De... Quoi ?

John sourit à la gêne de son ami.

- Oui, j'ai un vague souvenir d'être allongé avec toi sur le canapé et toi qui me dit un truc à propos de.. ne pas faire.. des papouilles..

Il fit une pause mais trop courte pour que John ait le temps de répondre.

- Est-ce que j'aurais eu des gestes mal placés ? John tu dois me le dire si j'ai...

Le médecin se retenait de rire et finit par abréger ses souffrances.

- Non tu n'as rien fait de tel. C'était juste une phrase comme ça, je ne savais même pas que tu m'avais entendu.

- Mmm … D'accord.

Sherlock resta silencieux, réfléchissant sûrement à ce qui lui manquait encore dans la chronologie mais John continua, amusé.

- Tu as vraiment cru que tu aurais pu faire.. Des choses ?

Il n'avait même pas eu le temps de préciser quoi que ce soit et Sherlock s'offusqua et grogna, probablement rouge pivoine sous la couverture.

- Peut-on rester sur les faits, s'il te plaît ?

John leva les mains en signe de résignation mais relativement amusé.

- Ok, ok. Tu veux savoir quoi ?

- Est-ce que Mycroft était là ?

- Oui il est venu quand il a appris l'urgence de la situation.

Sherlock soupira.

- Je suis rassuré..

- Qu'il s'inquiète toujours pour toi ?

- Non, que ce soit bien réel. Ca aurait été vraiment une horrible hallucination.

Les deux rirent un peu puis il bascula sur le dos pour réfléchir et John vit la pommette qui devenait bleue. Le médecin eut du mal à contrôler son sentiment de culpabilité et voulu en parler mais Sherlock reprit, énonçant les souvenirs qui revenaient au fur et à mesure. Il affirma.

- Tu as changé d'avis. Pourquoi ?

John resta la bouche ouverte.

- De quoi ?

- C'est toi qui l'a appelé… tu étais en colère.

John ne pu rien faire d'autre que le regarder.

- Tu voulais… partir ?

- Je ne vais nulle part.

- Encore une hallucination ?

John esquiva les explications.

- Non mais je ne vais nulle part

Un silence s'abattit dans la chambre le temps pour Sherlock d'assimiler et comprendre les informations. John ne tenait plus en place ce qui le dérangea jusqu'à ce qu'il retourne les yeux sur lui.

- Chhhhhhhut

Il n'avait pas envoyé à John un de ses fameux "arrête de penser" agressifs, juste une douce demande de se calmer.

- Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ?

Les mains de John tremblaient. Que pouvait-il lui répondre ? Qu'il se sentait honteux, coupable, qu'il se blâmait pour son manque de contrôle ? Et ces pensées le dégoûtèrent. Il ne pensait encore une fois qu'à lui et non pas à ce Sherlock pouvait ressentir.

Puis il se rappela aussi la menace de possible prise en charge de Mycroft qui flottait au dessus de la tête de Sherlock. Cela non plus il ne pouvait pas lui dire. Le détective aurait peut être pris cela pour de la pitié.

- J'ai changé d'avis, c'est tout. J'ai complètement dérapé et je ne peux juste pas partir parce que…

Merde, Sherlock.. T'es mon meilleur ami, je peux pas te laisser comme ça, tu comprends ?