Soundtrack : Under the Milky Way - Grant Lee Philips

All Rights Reserved (c) JK Rowling


Hiraeth (n.)

The feeling of longing for a home that never was. A deep and irrational bond felt with a time, era, place or person.


May 4th, 1998


Ils s'en étaient tous retournés au Terrier après l'enterrement. Les enterrements.

Cet endroit si familier, emprunt de souvenirs d'enfance et habituellement haut en couleur avait perdu de son charme. C'est drôle, songea Hermione, comme un endroit qu'on croyait connaître par coeur peut tout à coup paraître aussi étranger.

Plus tard, elle compris que le Terrier avait toujours reflété l'état d'esprit de ses habitants. Aujourd'hui, la famille Weasley était brisé par le deuil. Leur maison, tout comme chacun d'entre eux, semblait prête à s'effondrer à tout moment.

Bien qu'elle fut toujours traitée comme un membre de la famille, Hermione avait la désagréable impression qu'elle n'avait pas sa place ici et se sentait presque coupable d'être témoin d'un tel moment de détresse au sein d'une famille aussi bienveillante que les Weasley. Elle avait l'impression de violer leur intimité à chaque instant. Elle redouta bientôt d'entrer dans chaque pièce de la maison, de peur d'apercevoir un membre de la famille essuyer une larme silencieuse.

Elle savait qu'Harry ressentait la même chose. Voire pire, se dit-elle en soupirant. Heureusement que Ginny était avec lui, car elle aussi avait vite compris le penchant qu'avait Harry pour s'apitoyer sur son sort et celui des autres. Bien que les séquelles de la bataille se voyait toujours sur son visage, la benjamine de la famille restait imperturbable. Elle était, à cet instant précis, exactement ce dont Harry avait besoin. Cette pensée réconforta Hermione pendant un court instant, puis elle croisa le regard de Ron, assis en face d'elle.

Ils avaient dîné dans le jardin, comme ils avaient pu le faire à de nombreuses reprises par le passé, lors des chaudes soirées d'été avant la reprise des cours. Elle avait senti le regard de Ron se poser sur elle pendant le dîner. Il n'y a pas si longtemps, cette simple sensation lui aurait donné des frissons. Aujourd'hui, elle évitait son regard autant que possible.

Elle savait que Ron avait besoin d'elle autant qu'Harry avait besoin de Ginny. La veille, elle n'avait pu se résoudre à le repousser lorsqu'il avait pris sa main au bord du lac, mais elle savait au fond d'elle-même que ce geste lui avait demandé un effort colossale. Ron entrouvrit la bouche et Hermione se crispa d'appréhension sur sa chaise.

- …Entièrement brûlé, dis-tu ? s'exclama soudain M. Weasley à l'autre bout de la table, captant l'attention d'une partie de l'audience, dont celle de Ron qui se ravisa et tourna la tête vers son paternel.

- Les Aurors étaient sur les lieux tôt ce matin, mais il ne reste rien. Au Ministère, ils sont convaincus qu'ils ont voulu couvrir leurs traces. On ignore où ils peuvent se trouver à l'heure actuelle, répondit Kingsley en tirant sur une sorte de cigarillo projetant des volutes de fumées violacées.

- Cela ne m'étonne pas, poursuivit M. Weasley, c'est typique des Malefoy de prendre la fuite dans la nuit. Je pense qu'ils ont voulu supprimer tout ce qui pouvait risquer de les incriminer, dans le cas où ils se feraient capturer.

Hermione leva finalement les yeux vers les deux hommes. L'introspection à laquelle Hermione s'adonnait depuis quelques jours lui avait fait oublier que le combat n'était pas encore tout à fait terminé. Le Ministère avait lancé une véritable « chasse aux Mangemorts » dès la fin des combats. Parmi les rescapés de la bataille de Poudlard, certains avaient préféré se rendre pendant que d'autres avaient choisi la fuite. Les Malefoy, vaincus et humiliés, avaient donc préféré la seconde option. Ils vont avoir du mal à s'en sortir indemnes cette fois-ci, songea Hermione.

Hermione ne pouvait s'empêcher de ressentir de la pitié pour son ancien camarade, malgré l'antipathie qu'il avait pu lui inspirer à travers les années. Il avait assisté, impuissant, à la mort de son ami d'enfance dans les flammes ; Hermione l'imagina assister à l'embrasement de sa maison avec la même expression d'horreur que celle qu'elle avait aperçu dans la Salle sur Demande. Elle réprima un frisson d'effroi. Le passé de Drago Malefoy était littéralement parti en fumée.

- C'était sans compter sur les Mangemorts que nous avons capturé, observa Kingsley, qui en plus de mépriser amèrement Lucius, ont une excellente mémoire et sont plutôt bavards. Si jamais nous mettons la main sur la famille Malefoy, je ne donne pas cher de leurs peaux face au Magenmagot. Si cela ne tenait qu'à moi, je réhabiliterais Azkaban uniquement pour eux.

- D'ici là Kingsley, ce sera peut-être le cas, répondit M. Weasley dans un faible sourire.

Cela mit un terme à la conversation. M. Weasley, suivit de Kingsley, Percy, Charlie et George se dirigèrent vers la maison, laissant les plus jeunes autour de la table. En un coup de baguette magique, Mrs Weasley débarrassa la table, les assiettes et les couverts virevoltant jusqu'à la maison. Puis, elle s'éloigna à son tour.

Ils restèrent ainsi attablés pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que le soleil se couche enfin et que Kingsley transplane au bout du jardin. Harry suivit Ginny dans sa chambre et Hermione se retrouva finalement seule avec Ron.

Il ne mit pas longtemps avant de chercher son regard. Hermione gardait les yeux résolument fixés sur le sol en se tordant les mains dans le dos.

C'est comme si Hermione avait érigé un mur entre Ron et elle-même. Elle restait sourde face à ses suppliques silencieuses. Insensible à sa détresse. A cet instant, Hermione ne ressentait rien. Face à la souffrance physique et émotionnelle de cette dernière année, elle avait préféré contenir ses émotions. Plutôt que de souffrir, elle avait choisi de ne rien ressentir.

- Tu devrais éviter de regarder le sol aussi fixement, ironisa Ron. Si ma mère te surprend, elle penserait que tu remets en doute ses qualités de ménagère.

En temps normal, Hermione aurait rit à ce trait d'humour inopiné. Elle se contenta simplement de lever les yeux vers Ron. Ce dernier laissa échapper un soupir de soulagement ; son simple regard l'avait tiré de son supplice.

Il avait toujours su trouver les mots pour la faire rire, songea Hermione en esquissant un faible sourire. Même lorsqu'il ne trouvait pas les mots, il faisait en sorte de tourner la situation en ridicule dans le seul but de la faire rire. Un geste d'affection dont elle ne se sentait plus digne aujourd'hui.

Ses pensées s'égaraient encore mais Ron s'en était aperçu. Il se rapprocha doucement d'elle, ce qui eut pour seul résultat de la faire sursauter brusquement. Elle reprit ses esprits et son regard se planta de nouveau sur Ron.

- Je dois partir, dit-elle simplement.

Ces trois mots avaient franchis ses lèvres avant qu'elle n'eut réellement le temps de les soupeser, ni même d'évaluer l'impact qu'ils auraient sur Ron. Son unique objectif était de se tirer de cette situation au plus vite, quitte à divaguer pour de bon.

- Comment ça ?

Elle s'attendait à de l'incompréhension. Quoi de plus normal après l'année qu'ils venaient de passer. Partir, alors qu'ils venaient tout juste de rentrer ?

Elle remarqua que les joues et le front de Ron commençait à rosir. Il fallait désamorcer la situation. Trouver une excuse au plus vite afin d'amortir le choc causé par sa déclaration.

Au bout d'un moment, une idée la frappa de plein fouet.

- Mes parents…, précisa-t-elle, mes parents sont toujours en Australie. Toujours amnésiques. Maintenant que tout est fini, je voudrais les retrouver.

Elle s'en voulut de ne pas y avoir pensé avant. Sa meilleure excuse n'en était pas une. Elle avait simplement oublié ses parents. Hermione se mordit l'intérieur des joues pour ne pas hurler. Des larmes lui montèrent aux yeux. Comme ses émotions, elle avait relégué ses parents dans un coin de son cerveau.

Son 'excuse' eut cependant l'air d'avoir l'effet escompté - les larmes aidant considérablement. Ron se détendit et la prit dans ses bras avant qu'elle n'eut le temps de réagir.

- Bien sûr que tu dois les retrouver, souffla-t-il. Je suis désolée, Hermione. Je vais t'accompagner.

- Non, objecta-t-elle en le repoussant doucement. Non, Ron, je préfère y aller seule. Reste avec ta famille, ils ont besoin de toi en ce moment et tu le sais.

Il ne chercha pas à la contredire. Il savait qu'elle avait raison. C'était gagné, pensa-t-elle tristement. Depuis quand était-elle devenue aussi morbide ?

Il posa ses mains sur ses bras et baissa les yeux sur elle, une étrange lueur dans le regard.

- …Tu reviendras ici juste après, hein ?

Hermione leva les yeux vers lui, soutenant son regard. Cher Ron.

Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas regardé d'aussi près. Avait-il toujours eu autant de tâches de rousseur ?

- Oui, oui, je reviendrais.


Feel free to review.

- P.