Chapitre 3 :

Rogue ne sut pas ce qui l'avait réveillé : peut être était-ce l'absence de douleur (impossible vu qu'il n'avait pas pris de potion hier à son retour de mission), ou bien la musique qui résonnait dans la pièce voisine ? Il se redressa en grimaçant car il se sentait quand même courbaturé et sursauta : ce n'était pas sa chambre !

La pièce où il se trouvait était spacieuse, avec une grande fenêtre qui baignait la pièce de lumière, les murs nus portant des armes diverses moldues, une grande armoire en bois clair aux portes coulissantes fermées, le lit à baldaquin dont les rideaux avaient dû être retirés et dont les supports de ces rideaux portaient des traces de griffes profondes. Peut être qu'un ancien occupant avait possédé un Niffleur ou un autre animal à griffes, ceci expliquait les traces qui avaient fortement abîmé le bois. Il repoussa les couvertures bleues nuit et se leva avec précautions. Le violon ne cessait pas de jouer, envoûtant, entraînant, l'invitant à pousser la porte pour pénétrer dans la pièce voisine. Il hésita un instant, puis ouvrit la porte.

Il arriva dans le séjour, une pièce rectangulaire, spacieuse et bien éclairée par la grande fenêtre qui donnait sur le parc de Poudlard, un canapé sombre inoccupé, 2 fauteuils de la même couleur, une table basse ouvragée sur un épais tapis bleu turquoise, une bibliothèque à moitié pleine de livres, un sabre rangé dans son fourreau accroché au mur, et surtout l'occupant des lieux qui fit se figer le professeur.

Un homme vêtu d'un pantalon noir serré et d'une tunique en lin blanche qui flottait un peu sur lui. Une ceinture de cuir noir retombait lâchement sur ses hanches. Il se déplaçait avec grâce, pieds nus sur le sol pierreux, d'apparence frêle si on se fiait à la largeur de ses épaules, des cheveux argentés noués en une natte lâche qui descendait jusqu'en bas du dos du joueur, le visage fin et élégant mais dont les yeux était fermés. Une cicatrice courait de son cou à l'épaule gauche, de forme vaguement étoilée, très certainement le résultat d'un maléfice. L'homme semblait valser au rythme de la mélodie qu'il jouait sur son violon, se déplaçant avec grâce entre les meubles sans en toucher un seul, ni même les frôler.

D'un coup, il s'arrêta sur une longue note puis ouvrit les yeux, laissant Severus admirer le bleu acier qui s'y trouvait puis bougea avec rapidité pour ranger son instrument. Une fois fait, il se tourna vers l'homme en noir et lui fit un sourire qui se voulait chaleureux.

« Bonjour. Je vois que vous vous êtes bien remis. »

La voix n'était pas inconnue au professeur qui fronça les sourcils :

« Angelis ?

-Pour vous servir, répondit l'autre rieur en s'inclinant profondément.

-Je… vous avez pourtant dit de me ramener aux cachots et de me laisser me débrouiller. »

Le sorcier aux pieds nus prit un air affligé :

« Je n'allais quand même pas vous laisser tout seul sans connaissance dans les cachots, surtout après avoir subi un Doloris. N'importe qui aurait pu vous faire du mal.»

Rogue grogna : ce maudit Samael avait raison ! Il aurait suffi d'un Serpentard dont les parents doutaient de sa position en tant que Mangemort fidèle pour que ça lui attire des ennuis. Voire même d'un élève mécontent d'une autre maison qui serait un peu plus rancunier que les autres. Mais n'empêche, il ne l'avait pas écouté ! De la part d'un bleu, il devait quand même un minimum de respect envers lui. Il se contenta de se taire et d'observer cet étrange collègue qui semblait danser à chaque mouvement, parfaitement à l'aise dans sa tunique et chantonnant quelque chose que le maître des potions n'arrivait pas à comprendre car trop bas pour que les paroles soient parfaitement audibles. Comment pouvait-il avoir des cheveux aussi blancs alors qu'il paraissait avoir à peine 25 ans ? S'agissait-il d'un accident de potions ? Ou d'un sortilège, peut-être ?

Finalement, il s'arracha à la contemplation de cet étrange personnage, regarda par la fenêtre et soupira : il ne pleuvra pas encore aujourd'hui.

Il se dirigea vers la sortie mais Samael l'accompagna avec pour explication :

« Celui qui vous a lancé ce sortilège doit être encore ici, je viens juste pour être sûr qu'il ne vous arrivera rien. »

Il avait dit ça avec un sourire, ne lui laissant pas le temps de refuser. Severus soupira à nouveau, et marcha dans les couloirs en compagnie du sorcier aux pieds nus qui lui demandait comment fonctionnait le château. Il se força donc à faire des phrases non sarcastiques et entreprit de raconter rapidement la fondation de Poudlard, son histoire et également le fonctionnement, les elfes de maison, les passages secrets, les escaliers ainsi que les tableaux qui chuchotaient sur leur passage.

Minerva, qui les croisa un peu plus tard, marqua un temps d'arrêt quand elle les vit marcher et parler comme des personnes civilisées. Après que Angelis se soit présenté, elle consentit à lui sourire et lui souhaita un bon retour parmi les vivants, du fait que personne ne l'avait vu durant quelques jours, puis félicita Rogue à voix basse.

Dans le hall, le professeur sombre décida qu'il pouvait faire le reste du chemin tout seul et le dit clairement. L'autre se contenta de ricaner et regarda par la fenêtre où il pouvait voir le soleil briller comme il le faisait depuis plusieurs semaines. Puis lentement, il ouvrit la grande porte pour sortir dans le parc, pas gêné par le fait qu'il ne portait aucune chaussure à ses pieds. Il sautilla dans l'herbe, suivant un parcours que lui seul semblait voir pour arriver jusqu'à la cabane de Hagrid où il vit un hyppogriffe gris attaché une barrière. Il alla directement le saluer et passer un peu de temps à caresser les plumes de l'animal. Ensuite il se dirigea vers la forêt Interdite avec curiosité : qu'avait donc cette forêt de spécial pour être INTERDITE (Rogue avait beaucoup insisté sur ce mot) ?

Pour le moment, il ne pouvait que constater les effets secondaires de la sécheresse qui s'abattait sur le pays, l'herbe sèche et jaune, l'eau moins abondante et la chaleur étouffante. Même le vent était chaud. Il prit rapidement un air blasé puis regarda le ciel sans nuage. Et si… ?

Rogue accueillit avec soulagement la fraîcheur de ses cachots et s'engouffra dans son laboratoire de potions. Il fallait à tout prix refaire son stock de potions de soins et post-Doloris, il n'en avait plus. D'ailleurs, il se demandait comment Samael Angelis avait fait pour faire disparaître toutes ses blessures alors qu'il avait une telle cicatrice sur le corps. Qu'avait-il pu bien faire pour se faire blesser de la sorte ?

Réfléchissant à la question, il rassembla ses ingrédients et constata une chose : il lui manquait de l'eau. Bien sûr, un simple Aguamenti aurait suffi, mais il voulait de l'eau de pluie car elle donnait plus d'efficacité à sa potion. Il fouilla son armoire d'ingrédients et ne trouva aucune autre bouteille d'eau de pluie qu'il pourrait utiliser. Ce qui voulait dire qu'il allait devoir attendre la prochaine pluie pour refaire son stock de potions ? Mais quand allait tomber cette pluie ? Et combien de temps allait-il devoir supporter ces missions toutes plus dangereuses les unes que les autres et se prendre des Doloris à chaque que quelque chose ne plaisait pas au Lord ou à Dumbledore ? Il commençait sérieusement à saturer, même si le cher directeur lui répétait sans cesse que c'était en hommage à son ancien élève lâchement tué par des Mangemorts.

Cet assassinat, il en avait parlé à Voldemort. Ce dernier avait semblé vraiment surpris puis avait demandé à l'assemblée de ses fidèles qui avait osé faire ça. Car une chose était sûre pour le camp des Mages noirs : on ne touchait pas aux membres de la Confrérie sans conséquence. Mais aucun ne s'était manifesté, laissant tout le monde perplexe : personne n'était assez fou pour s'attaquer à un sorcier apparemment membre de la célèbre et mystérieuse Confrérie des Assassins. Le lord lui-même ne comprenait l'intérêt d'agresser ce type de sorcier : ils étaient les seuls faisant réellement partie neutre dans le conflit, veillant surtout à la protection de la population. C'était plutôt le genre d'individu qu'on laissait en vie.

Quelqu'un frappa à la porte, le dérangeant dans ses réflexions :

« Severus, appela le professeur Flitwick. Peux-tu aller chercher Angelis dans le parc ? Il y a un orage qui monte et il reste dehors. »

Un orage ? Rogue ne pouvait pas rêver mieux ! Il saisit un chaudron suffisamment pratique pour pouvoir courir avec sans se prendre les pieds dedans et se hâta vers le parc, suivi par le petit professeur.

Il ouvrit la porte à la volée et fut surpris par une bourrasque qui manqua de le renverser en arrière. Rapidement, il chercha Samael et le vit au loin, au milieu du parc, avec son violon, visiblement en train de jouer. Le sombre professeur s'approcha et lui cria :

« Angelis ! Vous ne devriez pas rester là ! Il y a un orage qui arrive !

-Je sais. Répondit l'interpellé avec un grand sourire. Et c'est tant mieux. »

Il reporta son attention sur le ciel qui se couvrait peu à peu de nuages et continua à jouer, les cheveux à moitié détachés volant au musique semblait appeler quelque chose, et ce quelque chose semblait se trouver dans ces nuages noirs menaçants. On aurait dit qu'il dansait avec le vent.

Il continua, tournoyant sur lui-même, jusqu'à ce que la pluie orageuse surgisse et les trempe abondamment, là il laissa l'eau couler sur lui, ses vêtements et son instrument tout en continuant à jouer. Severus ne partageait pas son enthousiasme, mais au moins réussit à obtenir l'eau tant désirée. Il entendit son collègue remercier les créatures de l'eau et éclater de rire. Un rire qui secoua Rogue, lui remuant fortement les entrailles, lui rappelant un rire du passé, un rire qu'il n'avait que trop peu entendu à son goût.

Plus loin, les autres professeurs, bien à l'abri derrière les fenêtres se demandèrent pourquoi Rogue était soudainement tombé à genoux alors que l'autre professeur débutant dansait joyeusement sous la pluie, entouré par un courant d'air qui, mêlé à la pluie, donnait l'impression qu'un dragon translucide à la silhouette serpentine l'accompagnait.