Chapitre 5 :

Le lendemain, personne ne vit le maître des potions avant le début de l'après-midi, ce qui ne surprit pas grand monde : tous pensaient qu'il était dans son laboratoire à travailler sur ses potions. Mme Bibine et Flitwick avaient attrapé Angelis par la natte et l'entraînaient vers une salle de classe vide pour « tester son potentiel et voir s'il est vraiment digne d'être professeur ».

Le pauvre n'avait plus le droit de remettre sa capuche noire sous prétexte que la prof de vol y mettrait le feu sans aucune hésitation. Tenant à garder ses vêtements intacts, il préféra coopérer et laissa la professeur le montrer à tout le personnel présent et dire que « c'était un crime de vouloir cacher une si jolie tête. ». Mme Pomfresh l'avait déjà poursuivi afin d'examiner sa cicatrice au cou. Ce fut d'ailleurs une scène assez comique. L'infirmière avait couru après dans presque tous les étages et il ne lui échappa que quand il se cacha dans la salle commune de Serdaigle.

Lorsque le sombre professeur quitta son antre, tous purent voir qu'il avait passé une mauvaise nuit, mais sans en savoir plus. Il s'était contenté de leur jeter un regard froid puis de sortir dans le parc pour aller chercher des plantes.

Il ne revint que pour dîner, découvrant trois professeurs les cheveux en désordre, les vêtements tâchés et un peu brûlés, ainsi que quelques égratignures sur le visage et les mains. Leur explication : un petit test pour le bleu, qui avait réussi à faire vaincre Mme Bibine avant de se faire laminer par le professeur d'enchantements. Samael souriait, annonçant que Filius était sans doute le meilleur duelliste du pays et que, par conséquent, il était normal de perdre face à lui.

Dumbledore profita de cette distraction pour faire un tour dans l'esprit du jeune professeur où il fut violemment repoussé avant même d'avoir essayé de toucher aux barrières mentales. Il décida donc d'aller dans celui du maître des potions mais là, il se prit littéralement un mur mental, manquant de le faire chuter en arrière et coupant la tentative de connexion. Secoué mais ne montrant rien, il préféra se concentrer sagement sur son assiette, bien plus inoffensive.

A la fin du repas, il rappela à tous que la rentrée était pour le lendemain et souhaita une bonne soirée à toute l'équipe qui réagit plus ou moins bien selon les personnes. Et oui, adieu le calme des vacances ! Et bonjour les enfants/morveux/cornichons/futures victimes…

Après avoir vaguement interrogé le jeune prof au sujet de ses méthodes d'enseignement, il hocha la tête et quitta la Grande Salle, persuadé que les yeux bleus acier du jeune sorcier avaient vu jusqu'aux tréfonds de son âme. Bon sang que ce regard était perturbant ! Il ne devait plus le croiser, c'était décidé.

Le professeur Flitwick proposa à Angelis de lui donner quelques conseils pour tenir une classe sans trop de problèmes, il les accepta avec joie entre 2 bouchées de fondant au chocolat. Très vite, les autres se prirent au jeu, sauf Rogue évidemment, et lui donnèrent des astuces, des idées plus ou moins loufoques, des moyens de se faire respecter, et surtout l'ordre de ne jamais s'énerver.

« Pourquoi ? Demanda innocemment Samael qui eut la surprise de retrouver une seconde part de dessert dans son assiette -les elfes de Poudlard semblaient le trouver trop maigre car il avait toujours un 2ème service-.

-Parce qu'ils voient que vous êtes vulnérables et en profitent. Cracha Rogue. Soyez sévère et insensible. Et seulement là, ils vous respecteront. N'ayez pas peur d'enlever des points et de distribuer des retenues.

-Oui, c'est une technique très efficace pour dégoûter les élèves de la matière qu'on enseigne, philosopha Chourave. Combien de jeunes sorciers sont intéressés par les potions au début de leur première année et qui ne veulent plus en entendre parler ensuite ? »

Personne n'osa répondre, et tous finirent leur repas en silence.

Le soir, le maître des potions, dans ses habituelles promenades nocturnes, fut dérangé par un chant suivi par une voix fantomatique.

« J'ai rencontré un troll, il marchait dans la forêt...

-J'ai rencontré un troll, il marchait dans la forêt… »

A première vue, le fantôme qui s'amusait à répéter tout ce que l'homme chantait, c'était Peeves.

« Il tenait derrière lui un elfe tout empaqueté…

-Il tenait derrière lui un elfe tout empaqueté…

-Ah ce qu'il est fort ! Ah ce qu'il est beau ! Ah ce qu'il est grand mon ami Troll du Chaos ! »

La chanson dura encore longtemps, d'après ce que le maître des potions comprit, il s'agissait d'une histoire de troll qui voulait manger un elfe farci aux pommes, et qui voulait également ajouter un humain en plus dans son repas. Il suivit discrètement les chanteurs pour en connaître la fin. Sa patience et sa discrétion finirent par payer :

« Alors, j'ai vu le troll prendre un objet pointu…

-Alors j'ai vu le troll prendre un objet pointu…

-Et pour le farcir de pommes, il lui enfonçait dans l'… »

Plus jamais Rogue ne verrait les pommes comme avant… Il fit demi-tour et retourna dans ses cachots dans un mouvement de cape. Quelques mètres plus loin, Samael et un Peeves se frappaient dans la main, hilares.

Le lendemain matin, il fut dégoûté quand Samael lui proposa un fruit et lui jeta le regard le plus noir qu'il savait faire, sous les regards étonnés des collègues qui ne comprirent pas pourquoi l'un se retenait de rire et l'autre de lui jeter un sort. Jugeant la situation trop complexe et dangereuse, ils préférèrent ne rien savoir.

Et toute la journée, Peeves chantonna cette curieuse chanson dans le château, sous les regards outrés de quelques fantômes prudes.

Le soir du banquet de début d'année, Samael fut officiellement présenté par le directeur mais n'écouta pas du tout le discours, préférant se concentrer sur ses barrières mentales au cas où il sentirait une nouvelle intrusion. Il la sentit, et se mit à sourire : ce soir, Dumbledore allait avoir l'histoire du troll farceur et de l'elfe farci dans la tête pour au moins toute la soirée. Et il fut très fier de son coup, qu'il garda secret bien sûr. Mais dont l'amusement qu'il en tirait ne passa pas inaperçu pour tous. Les élèves qui le virent eurent peur, se demandant quel sadique on leur avait donné cette année.

« Tu crois qu'il est méchant ? Demanda un première année à un autre tout aussi peu sûr de lui.

-J'espère pas, il parait qu'il y a déjà eu des Mangemorts comme enseignants dans cette école. Il ne peut pas être pire qu'eux, si ?

-… »

Samael ne le sut pas, mais en moins d'une heure, il avait déjà une réputation de psychopathe sadique.

« Bon, alors, bonjour à tous. Salua le jeune professeur alors que les adolescents entraient dans sa salle de classe.

-Bonjour, répondirent vaguement les élèves devant lui : des troisièmes années Gryffondor et Poufsouffle.

-Bien, vous n'aurez pas besoin de vos livres aujourd'hui. D'ailleurs, les avez-vous lu ces livres ? »

Quelques personnes répondirent par l'affirmative.

« Bien, et les avez-vous compris ? –regard perplexes et désolés des ados devant lui- Non ? Moi non plus, ne vous en faites pas. Ils ont été choisis par le Ministère, parait-il... Donc, les livres, nous ne les utiliserons pas de l'année. Ce sera moins lourd dans vos sacs. »

Au vu des regards reconnaissants, il comprit qu'il avait marqué un point.

« Aujourd'hui, les baguettes seront également inutiles. Mais je vous promets qu'on s'en servira dans l'année. Maintenant, parlons des cours. »

Chacun se tendit : qu'allaient-ils apprendre cette année ?

«Bien, maintenant que nous avons réglé ces petites formalités, j'aimerais commencer sur un point très important dans la vie de tous les jours, et surtout si vous vous faîtes attaquer alors que vous êtes en groupe : le travail d'équipe. Et comme je suis un partisan de la pratique... »

Il prit une cage recouverte d'un tissu noir et la posa sur le bureau.

« Il y a là-dedans, une créature vicieuse, malfaisante, qui est capable de nous déchiqueter en un seul coup de dents. Méfiez-vous, avec lui, il ne faut pas montrer que l'on a peur, surtout pas ! Rien n'est plus dangereux que cette bête-là, surtout adulte. »

Ils commençaient à stresser dans la classe, ce qui l'amusa grandement.

« Vous allez voir, il vaut le détour. Votre mission aujourd'hui : l'attraper, sans baguette, en équipe. Levez-vous s'il-vous-plait. »

Chacun se leva, tremblant, et il fit un geste de la main pour mettre les tables sur les côtés de la pièce.

« Tout le monde est prêt ? –il se tourna vers la cage- Et au fait, je le veux vivant à la fin du cours. »

Il reprit la cage et la mit sur le sol, sans enlever le tissus, et glissa la main sous l'étoffe pour l'ouvrir.

« Ne criez surtout pas : ça pourrait l'énerver. »

Une forme jaillit de la cage à toute vitesse, faisant peur à tous les élèves qui crièrent sous le coup de la surprise. La chose fit rapidement le tour de la classe puis s'immobilisa, laissa les autres voir… un lapin.

« Un lapin ?! S'exclamèrent plusieurs élèves. Mais… »

Samael sourit :

« J'ai galéré pour l'attraper, cette bestiole est plus rapide que les simples lapins normaux. Celui-ci vient des Iles-de-Pâques. A vous de travailler en équipe pour le capturer et le remettre dans sa cage. »

Tout le monde s'échangea un regard, puis reportèrent leur attention sur le prof nonchalamment assis sur son bureau qui haussa un sourcil :

« Et bien alors, qu'attendez-vous ? Que je vous donne le signal ? Allez : 20 points à celui qui l'attrape. »

Ce fut un joyeux bazar : chacun se mit à courir après l'animal sans pouvoir le rattraper, ni même frôler sa fourrure sombre. Le lapin était vraiment rapide, semblant ne jamais se fatiguer. Le professeur s'amusait de les voir poursuivre le petit mammifère comme des enfants, sans réfléchir à une stratégie pour l'acculer dans un coin et le prendre tout simplement par la peau des épaules et le remettre dans sa cage. Une technique aussi simple…

Au bout d'une demi-heure, il en fit une triste conclusion : personne dans cette classe n'était fichu de travailler en équipe. Navrant, surtout que le travail en équipe était très important dans la vie courante. Lorsque l'heure fut passée, il s'accroupit sur le bureau, tendu comme un arc et vit le lapin courir vers le bureau pour faire une énième feinte.

L'action ne prit qu'une seconde : il bondit en avant du bureau, tendit ses mains et retomba sur le petit lagomorphe avec souplesse, une main posée sur la tête et l'autre sur les épaules de l'animal immobilisé de cette façon. Il souleva le lapin et le prit dans ses bras sous les exclamations admiratives des élèves.

« Le cours est terminé. Vous n'êtes pas capable de travailler en équipe, il faudra améliorer ça. Ce genre de chose peut vous sauver la vie lorsque vous êtes en danger et dans la vie quotidienne, comme lorsque vous travaillez en duo sur une potion par exemple. Et travailler en équipe ne signifie pas qu'avec ceux de sa maison, mais avec ceux de toutes les maisons. »

Lorsque les élèves sortirent de sa classe, ils étaient épuisés et un peu énervés : depuis quand il fallait travailler avec des élèves des maisons ? Pas besoin, non ? Le travail en équipe ne sert à rien, n'est-ce-pas ?

Minerva McGonagall fut très satisfaite : ils étaient très calmes les troisièmes années de Gryffondor et Poufsouffle. Un plaisir à enseigner. Peu attentifs mais très calmes, elle leur fit faire des exercices dans une discipline absolue, sans avoir de points à enlever. Elle fut fière de le raconter à Chourave le soir-même, qui lui expliqua que la plupart des élèves qu'elle avait eu aujourd'hui étaient plutôt mous. Et au milieu de tout çà, un Samael Angelis avec un air innocent qui se contentait de manger son repas sans rien dire, encore amusé par sa journée.