Chapitre 10 :

Petit à petit, l'hiver passa, laissant les températures redevenir à peu près clémentes. Et là, dans les appartements du maître des potions se tenait un sorcier récalcitrant assis en tailleur sur le canapé, vêtu d'un pantalon moulant noir et dont la tunique était enlevée avec un maître des lieux qui lui passait un baume sur les plaies encore sanguinolentes qui ornaient son dos.

« Cessez de faire l'enfant, Samael, râla Severus. C'est pour votre bien.

-Votre truc pue et çà pique. Sérieusement, c'est encore pire que de verser de l'alcool directement dessus !

-Parce que vous trouvez que des plaies à vif qui risquent une infection et qui ne cicatrisent pas, c'est beau ? En plus, certaines sont profondes. Là par…

-Aïeuh !

-… exemple. Donc maintenant vous vous taisez et vous arrêtez de gigoter. »

Samael grogna de mécontentement mais se laissa faire de mauvaise grâce. Il ne se gêna pas pour grincer des dents et montrer clairement son désaccord ainsi. Mais son collègue avait raison : sans ce baume, il ne guérirait pas. Et malgré toute sa mauvaise volonté, il n'avait pas d'autre choix que de laisser Severus faire. C'était lui ou Pompom… L'infirmière de Poudlard étant un vrai dragon, il n'avait franchement pas envie d'aller la voir. Surtout si c'était pour se prendre un savon à cause de sa condition.

Le professeur de potions avait insisté pour lui en mettre sur toutes les zones blessées. Le plus jeune n'avait pas apprécié l'ordre et heureusement qu'il n'en avait pas reçu sur ses jambes ou au niveau du bassin : il aurait fallu le tuer pour accéder à cette zone sans sa permission. Il retint un sifflement quand il sentit les mains appuyer un peu trop fort sur une zone douloureuse et s'empêcha de bouger. Que faire en attendant que Rogue ait terminé d'appliquer le « baume-miracle » ? Peut-être que réfléchir à un nouveau moyen pour pourrir la vie de Potter… Que pourrait-il lui faire cette fois ? Il avait essayé diverses potions aux effets très amusants, des runes, des sortilèges, l'avait coincé dans la cuvette des WC du 2ème étage, avait lâché des lutins de Cornouailles dans sa salle de classe… Quoi d'autre ? Laisser Doï-Dee jouer avec lui ? Ah… Il tenait quelque chose… Mais peut-être était-ce un peu trop méchant pour la dracoliche ? Ouais, il serait mieux de ligoter Potter dans la Forêt Interdite et de voir si les araignées géantes seraient intéressées ou non.

A moins que…

Oh si…

Severus ne savait pas à quoi Samael pensait mais au ricanement sadique qui en sortit, il se doutait vaguement du sujet.

« Qu'allez-vous faire à Potter cette fois ? »

Le sourire qu'il reçut en réponse le fit frémir, mais pas autant que le bref éclat doré qu'il aperçut dans le regard bleu glacé. Quelque chose n'était vraiment pas normal avec celui-là…

Depuis qu'il avait décidé d'étudier Samael Angelis, le professeur Rogue commençait à voir quelques indices ici et là. Cela pouvait un réflexe exceptionnel (Ronald Weasley lui avait jeté un couteau en direction du visage et il l'avait rattrapé au vol par la lame), une furtivité stupéfiante (tenter de provoquer une crise cardiaque chez Potter semblait être son dernier jeu favori), des capacités qui semblaient inhumaines (« Sérieusement, Samael. Qu'est-ce qu'il vous a prit de vous battre contre trois sirènes dans le lac ?! Sans baguette en plus ! Je m'en contrefiche que le jeune Paello a été sauvé, vous auriez pu vous faire tuer ! Quoi ?! Non, je ne m'en fiche pas que vous ayez sauvé un de mes serpents… Ne changez pas de sujet ! »), des comportements parfois étranges (en quoi se percher en hauteur comme çà avait du sens, à part pour échapper à l'infirmière?) et surtout ces brefs éclats dorés dans son regard quand il semblait examiner des personnes ou des lieux.

De son côté, Samael ricanait : il avait rapidement compris le manège des ses trois collègues. Ils se doutaient de son appartenance à la Confrérie des Assassins, et ils avaient raison. Il lui fallait juste un moyen de les rencontrer pour les confronter sans attirer trop d'attention. Pour Rogue, ce serait pas trop difficile… Et les autres non plus, d'ailleurs… Il pouvait leur parler seul à seul sans problème. Ce n'était pas comme si ils étaient des cibles à abattre… Avec qui pourrait-il commencer ?

Le professeur Chourave serait la première dans la confidence…

Il avait décidé d'aller la voir à la fin de ses cours, alors qu'elle se trouvait encore dans les serres. Enfin, quand il disait aller la voir… Descendre de son perchoir où il avait passé trois heures à regarder sa collègue faire cours était une description plus exacte. La pauvre directrice de Poufsouffle avait failli faire une crise cardiaque lorsqu'elle l'avait entendu atterrir sur le sol derrière elle.

« Bonsoir Pomona. Salua-t-il poliment. Je viens juste vous parler de quelque chose d'important que vous ainsi que Severus et Rolanda êtes actuellement en train d'enquêter. »

La professeur déglutit en voyant l'uniforme et les gantelets. Allait-il la tuer là ?

« Que vas-tu me faire, Samael ? Tu ne vas quand même pas…

-Vous tuer ? Oh non, non non non. Ce serait complètement idiot et contre les lois du Credo. Ne vous inquiétez pas, Pomona : vous ne risquez rien.

-Mais tu fais parti de ces…

-Assassins ? Oui, c'est le cas. Mais les Assassins sont bien plus que des criminels. Croyez-moi, nous ne tuons que ceux qui le méritent. Vous n'en faîtes pas partie, et je ne crois pas que vous en ferez partie un jour.

-Que veux tu, alors ?

-Rien du tout. J'ai vu que vous enquêtiez sur moi et même si c'est amusant à observer, j'ai préféré couper court à votre recherche. Donc, oui : je suis un Assassin. Et non : je ne vais pas massacrer tout le monde dans ce château. Sauf Potter et Weasley s'ils continuent de me chercher, mais c'est une autre histoire.

-Donc, en cas de conflit avec le Seigneur des Ténèbres…

-Je ferais de mon mieux pour protéger les enfants, si c'est ce que vous voulez savoir. La Confrérie est neutre et préfère protéger la population ainsi que la connaissance. Jamais on ne s'attaquerait à une école. »

Étrangement, cela suffit pour la professeur de botanique. Samael avait, après tout, combattu un dragon pour les protéger, elle et Rolanda. Si il avait voulu les supprimer, il l'aurait fait depuis bien plus longtemps. Elle lui fit faire la promesse de ne jamais blesser ou tuer un élève de Poudlard, ce qu'il accepta de faire à une condition : si cet élève était un danger pour les autres, la promesse ne tenait plus. Elle grimaça mais décida que c'était mieux que pas de promesse du tout.

Mettre Mme Bibine dans la confidence fut à peu près pareil… à l'exception de la batte qu'il avait dû esquiver en lui faisant peur sans même le faire exprès. Et aussi la menace de lâcher une douzaine de cognards sur lui s'il osait s'en prendre aux élèves… Non, çà s'était assez bien passé…

Il ne restait plus qu'une personne à faire… Par contre, il n'était pas sûr de survivre à celle-là.

Peut-être devrait-il trouver quelque chose pour amadouer la terreur des cachots ? Mais quoi ?

Il aurait le temps d'y réfléchir pendant la soirée.

Le soir-même, le professeur de potions se trouvait dans l'allée des Embrumes, à parler avec d'autres Mangemorts. Ces derniers semblaient avoir des informations intéressantes pour le Seigneur des Ténèbres. Il les examina brièvement du regard, se retenant de cracher son dédain pour Macnair et cette bande d'abrutis finis qui l'admirait pour sa propension à torturer et à tuer des moldues sans défense. Il soupira intérieurement : qu'est-ce qui n'allait pas chez leurs nouvelles recrues ? Ce n'était pas comme si ils avaient mis une annonce dans la Gazette du Sorcier : « Recherche sadiques psychopathes pour agrandir les rangs du Seigneur des Ténèbres. »

Enfin bref, il écoutait Macnair raconter avec moult détails comment il avait torturé et tué la dernière femme moldue qu'il avait soit-disant croisée au détour d'une ruelle dans Londres. La pauvre avait dû vivre un véritable enfer avant qu'il ne s'en soit lassé et ait décidé de l'achever. Il débattait intérieurement avec l'idée de lui jeter un sortilège de Mutisme lorsque le bourreau poussa un cri bref et se tende comme un arc.

« Qu'est-ce que… ? »

Il s'effondra sur les pavés et le groupe put voir se tenir un Assassin en bleu derrière lui, la lame dépassant de son gantelet droit encore sortie et tâchée de sang.

« Assassin ! » Hurla une recrue Mangemort.

L'individu se mit à courir sous les cris paniqués des recrues et de la foule. Il se faufila entre 2 maisons et disparut dans la nuit.

« Rogue ! Appela une jeune recrue. Pourquoi ne l'avez-vous pas arrêté ?! »

Il gronda en montrant les dents face au manque de respect et finit par répondre :

« Parce que vous voulez essayer, vous ? Allez-y que je vous regarde faire. »

Jamais il n'irait s'opposer à un membre de la Confrérie : il n'était pas fou à ce point, merci bien !

La recrue se mit à la poursuite du tueur, suivie par trois de ses acolytes. Le professeur soupira : que devait-il faire ? Attendre ici que ces imbéciles reviennent – ou pas -, ou bien les suivre et voir s'ils se faisaient massacrer – ou pas - ?

Il n'avait rien contre un peu d'animation…

Il décida de les suivre.