Chapitre 13:

Samael grogna lorsqu'il reprit conscience : que s'était-il passé ? Il se rappelait de la forêt, des animaux morts, de Rogue qui lui disait de se calmer, quelque chose qui l'avait blessé dans le dos, et après plus rien.

Le trou noir...

Et maintenant, il était allongé, sur une surface assez dure, et des liens magiques le maintenaient en place. Il faisait frais et il sentait un mélange d'odeurs qui n'appartenaient qu'à un seul endroit : les cachots du Maître des potions. Que s'était-il passé ? Il avait l'impression de s'être fait piétiner par une tribu de centaures enragés...

« Angelis, vous êtes enfin réveillé. J'ai eu peur d'avoir surdosé la potion. »

Hein ?

« Vous avez essayé de m'égorger pendant les soins, ce qui m'a obligé à forcer la dose pour vous maîtriser. »

Holà... Il avait raté quelque chose... Les soins, il pouvait comprendre : il se rappelait d'une blessure dans le dos, mais de là à attaquer son collègue...

A moins que...

Oh merde !

« J'ai... perdu le contrôle, c'est çà ? »

Il ouvrit les yeux et vit le maître des potions assis à son propre bureau, en pleine correction de parchemins. Il se trouvait dans le laboratoire de potions et... sur un brancard ? Ses gantelets avaient été retirés et il se trouvait torse nu sous la couverture qui le recouvrait.

« Vous appelez çà une perte de contrôle ? Vous avez pourchassé deux sorciers dans la Forêt Interdite, en avez tué un et failli faire de même avec le second avant que je n'ai pu vous arrêter. J'ai moi-même écopé d'une blessure au bras. Vous avez fait çà alors que vous aviez une flèche d'arbalète dans le dos et pris un Sectumsempra de plein fouet. Si ceci était une perte de contrôle pour vous, pour moi, c'était plus une crise de folie meurtrière. Il était impossible de vous raisonner. Et vos yeux étaient dorés alors qu'ils sont bien redevenus bleus à présent. Que s'est-il passé exactement, Samael ? Pourquoi une réaction aussi... extrême ? »

Tiens donc, il s'inquiétait pour lui à présent ? Il avait refusé de lui adresser la parole suite à la révélation de son statut d'Assassin. Samael hésita à l'envoyer se faire voir ailleurs mais se rappela qu'il était actuellement dans une position qui ne lui permettait pas ce luxe. Et dans la Confrérie, les guérisseurs étaient parmi les plus respectés. Il lui avait sauvé la vie, il pourrait au moins faire un effort...

« Dois-je comprendre que vous ne m'en voulez plus pour vous avoir caché mon lien avec la Confrérie ? »

Le professeur sembla surpris par la question, s'attendant à une réponse.

« Honnêtement, si, encore un peu. Mais je comprends que ce n'est pas quelque chose que vous pouvez annoncer à tout le monde dès le départ. Maintenant, si je pouvais en savoir plus sur votre... réaction dans la forêt...

-J'ai perdu le contrôle, tout simplement.

-Je crains que nous n'ayons pas la même définition de perte de contrôle.

-C'est pourtant le cas. Nous, les Assassins, sommes entraînés et conditionnés pour traquer, combattre et tuer. Notre fonctionnement est plus... bestial que celui de la population lambda. Nous sommes des prédateurs, nous sommes dangereux, et lorsque que nous sommes fortement blessé ou soumis à un stress extrême, nos instincts prennent le dessus.

-Comment çà ?

-Nous ne réfléchissons plus : c'est action-réaction. Les deux sorciers que j'ai attaqué devaient être les agresseurs. Notre Vision d'Aigle ne se trompe jamais dans ce cas...

-La Vision d'Aigle ?

-Usage de la magie spécifique aux Assassins. Çà nous permet de ne pas perdre notre cible, même au milieu d'une foule. On ne sait pas trop comment cela fonctionne, mais tous les membres de la Confrérie la possèdent. Elle nous permet de détecter des personnes, parfois même au travers des murs, de suivre des pistes qu'un œil normal ne saurait voir, et surtout de reconnaître les auras. Lorsqu'on l'utilise, nos yeux ont quelques éclats dorés et çà demande des efforts. Si nos yeux sont entièrement dorés, çà veut dire que nous avons perdu le contrôle de nos pouvoirs et que nous sommes en Vision d'Aigle non-stop. Dans ces cas-là, nous sommes complètement sauvages... Je suppose que vous avez eu un aperçu.

-Oui, et je m'en serais bien passé. Donc, le fait d'être blessé ou d'être soumis à trop de stress peut déclencher cette perte de contrôle ?

-Oui, et c'est là où nous sommes les plus dangereux. En temps normal, nous avons une cible, et nous n'éliminons que la cible, à part si cette dernière utilise du personnel pour nous mettre en danger, dans ce cas nous avons le droit d'éliminer le personnel en plus de la cible. Mais si nous devenons sauvages, tout ce qui est sur notre chemin risque sa peau, et nous ne faisons pas dans le détail. Si jamais vous êtes face à un Assassin hors de contrôle, faîtes comme avec un prédateur blessé : ne l'approchez pas tant que vous n'êtes pas certain qu'il soit bien sous sédation et immobilisé. Nos médicomages sont habitués à ce genre de problème, mais les autres médicomages...

-Seuls ceux de la Confrérie sont formés à gérer des Assassins ?

-Oui, et il paraît que nous sommes les pires patients qui existent... Dumbledore avait capturé un assassin, il y a une quinzaine d'années. Il l'avait enfermé et fait torturer pendant des semaines avant qu'il ne craque complètement. L'Ordre du Phénix a perdu au moins une dizaine de personnes ce jour-là et la Confrérie a pu aller le sauver. Il ne s'en est jamais vraiment remis... Il n'est plus aussi agressif mais disons qu'il est...

-Apprivoisé ?

-Oui, le terme exact serait apprivoisé. Il y a toujours un risque qu'il attaque sans prévenir cependant.

-Et vous ?

-J'ai repris le contrôle et mon esprit n'est pas fracturé : vous ne risquez rien. Pouvez-vous me détacher à présent ?

-Êtes-vous certain d'avoir tout votre self-control ? Je ne veux pas retrouver le cadavre de Potter ou de Weasley dans mes cachots. Cela me ferait trop de paperasse à remplir... Je vais vous retirer le sortilège d'entrave mais je vous conseille d'attendre encore un peu avant de vous asseoir et de vous lever.

-Pourquoi ?

-Le sédatif contenait un puissant décontractant musculaire. Vous allez avoir quelques problèmes de coordination pendant quelques heures. Mon conseil pour vous serait de dormir le temps que çà passe, mais quelque chose me dit que nous n'allez pas écouter.

-Puis-je au moins retourner dans mes appartements pour me reposer ?

-Je préfère vous surveiller encore un peu. Votre réaction dans la forêt et la gravité de vos blessures ne me donnent pas envie de vous laisser tout seul, surtout en sachant que vous seriez capable d'aller provoquer Potter et sa cour. La dernière fois, ils ont essayé de vous jeter du haut de la Tour d'Astronomie.

-Oui, ils ont essayé. Ils n'y sont pas arrivé. Par contre eux... J'ignorais que Potter pouvait monter dans les sopranes lorsqu'il faisait une chute de 30 mètres. Et sa petite-amie a presque poussé des ultrasons. Impressionnant. »

Rogue retint un ricanement à ce souvenir : autant il avait chéri cette scène que ses oreilles avaient souffert des hurlements de la Miss Weasley. La prochaine fois, il prendrait des boules Quiès. Il corrigea quelques parchemins en silence avant de se rappeler des multiples cicatrices sur le corps de son collègue. Venaient-elles toutes de son « autre travail » ? Il en avait une qui courait verticalement le long de son sternum, ressemblant à un sortilège de découpe peu puissant mais qui aurait pu faire bien plus de dégâts. Celle qui recouvrait sa clavicule qui était le résultat d'une brûlure causée par un maléfice qui avait frôlé sa cible de très près. Des traces causées par des griffes (vampires ? Loup-garous ? Les deux?), des armes blanches... et même une marque de morsure qui semblait... d'origine humaine, et non vampirique.

Le maître des potions était tenté d'y ajouter sa propre marque de morsure...

« Possessif ? Demanda Samael en haussant un sourcil. Avez-vous le besoin de vous faire une tribu ou quelque chose s'en rapprochant ?

-Co... Comment ?

-J'ai compris que vous étiez un vampire le jour de mon arrivée grâce à votre aura. Mais je n'arrivais pas à déterminer à quelle race vampirique vous appartenez. Donc je redemande : avez-vous besoin d'une tribu ou quelque chose s'y ressemblant ?

-... Oui.

-Çà explique pourquoi vous êtes aussi protecteur avec les serpentards... Vous les avez clamés comme étant de votre tribu.

-Je n'en ai mordu aucun.

-Il n'est pas nécessaire de mordre pour clamer quelqu'un. Pour vous, les serpentards sont de votre tribu et vous devez les protéger. C'est tout à fait normal pour un vampire méditerranéen.

-J'ai été mordu à Londres !

-De race méditerranéenne, si vous préférez.

-Il y a plusieurs races de vampires ?!

-Oui. Vous ne le saviez pas ?

-Du tout. J'ai été mordu et laissé comme çà dans la nature. J'ai appris à me maîtriser seul.

-Pas très idéal comme situation... Mais bon, comme vous avez une tribu de substitution grâce aux élèves de Serpentard, il n'y a pas trop de risque. Est-ce que le personnel de Poudlard en fait aussi partie ?

-Tous les anciens, excepté le professeur Dumbledore... Et j'ai décidé de vous inclure dans ma... tribu comme vous dîtes, même si je préfère appeler çà mon clan.

-Oh ? C'est un honneur. Je suppose que vous êtes l'alpha de cette tribu ? Est-ce pour çà que le Directeur n'en fait pas partie ? Et pour les autres professeurs ? Sont-ils au courant ?

-Personne ne le sait... A part vous, maintenant. Et je suppose que votre Confrérie va le savoir aussi.

-Je fais déjà partie d'un groupe d'Assassins, je peux sans problème faire partie d'une tribu vampirique, même si je peux me défendre tout seul.

-J'y compte bien : j'ai suffisamment d'enfants à protéger ! Vous serez l'un des protecteurs de mon clan. Et j'ai l'intention d'y ajouter d'autres protecteurs !

-Je vais vous présenter à mon groupe. Peut-être qu'ils vous conviendront.

-Une meute d'Assassins en guise de protection ? Je demande à voir.

-Vous savez, les vampires, loup-garous et assassins ont tous un point commun : ils protègent les membres de leur clan, tribu ou autre. Et ils feront tout pour que leur groupe soit en sécurité. Et puis franchement : un assassin peut venir à bout d'un vampire, ils ne se sentiront pas menacés avec vous.

-Moi, par contre, si.

-Vous ne craignez rien. »

Le maître des potions haussa les épaules et retourna à ses parchemins, jusqu'à ce qu'il remarque son collègue qui essayait de s'asseoir.

« Par la barbe de Merlin, Angelis ! Pouvez-vous rester couché ? Je n'ai pas envie de recommencer les pansements à cause d'une chute causée par votre idiotie ! »

L'intéressé n'eut même pas le tact de paraître coupable.

« Vous êtes insupportable ! »