Chapitre 6 : Stefano
L'homme d'une quarantaine d'année s'asseya dans son canapé en cuir rouge luxueux, comme le reste de la pièce qui servait d'ailleurs de salon de réception pour ses clients les plus riches.
Doté de son foulard rouge, l'hispanique regarda de son seul oeil valide son invité en arborant un sourire intrigué :
-Pour que Ruvik lui-même me ramène quelqu'un c'est que la chose doit-être importante, dit-il en prenant une gorgée de son bourbon, que me vaut l'honneur de votre visite M. Castellanos?
L'ancien inspecteur, assis face à lui avait eut beaucoup de mal à venir jusqu'ici malgré l'aide de Ruvik : ses blessures de la veille le tourmentant et le suppliant de dormir au plus vite. Cependant son obsession pour l'enquête l'empêchait de se reposer: une sixième victime avait été annoncée le matin même, ce fait excluant Ruvik comme coupable sans pour autant qu'il parvienne à faire confiance au jeune toxico qui ne l'avait pas suivi jusque dans la pièce.
-Vous me connaissez?
-Qui ne vous connaît pas à Krimson City inspecteur? Déclara à bras ouvert le gérant du réseau de prostitution du nom de Stefano.
Dès le premier coup d'oeil, Sebastian le catégorisa comme un bobo imbu de lui-même et s'autoproclamant artiste avec ses croûtes de mauvais goûts. Même s'il avait une tête à claque avec son sourire niais, le brun savait qu'il valait mieux rester sur ses gardes : la personne en face de lui avait fait disparaître bon nombre de ses employés dès lors qu'il les considérait comme nuisibles et personne ne sut jamais ce qu'ils devenaient… une rumeur s'étant élevée pour dire qu'il utilisait le sang de ses victimes pour réaliser ses toiles morbides…
Serait-il possible que ce soit lui derrière tous ces morts? Il serait assez fou pour le faire et en aurait les moyens...
D'un soupir, notre héros récupéra son propre verre pour boire quelques gorgées sans se faire prier, la soif le tenaillant toujours malgré l'épuisement :
-Ex-inspecteur, je n'y travaille plus depuis hier…
-Oh, quelle tristesse! Ils ne savent pas ce qu'ils perdent...vous qui avez toujours été si efficace quand il s'agissait de coincer quelqu'un...railla-t-il en lui reservant un verre.
-Oui, bon...Sebastian se râcla la gorge devant ce discours dédaigneux, Stefano pouvait très bien avoir contribué à son renvoi juste en mettant la pression sur son employeur.
Peu importe, à présent je ne suis plus obligé de suivre la procédure, je vais pouvoir enquêter comme j'en ai envi et dieu sait que j'ai envie de coffrer cet enfoiré de meurtrier et de violeur !
Revenant à lui, le blessé au chômage reposa de nouveau ses yeux injectés de sang sur son suspect :
-J'aurai cependant quelques questions quant à l'enquête en cour sur la mort de vos "employées"
-L'enquête en cour? Oh je vois, effectivement cette histoire de meurtre en série est de plus en plus préoccupante, avoua-t-il, je dois sans cesse renouveler mes contrats et rassurer mes compagnons, le coupable doit vraiment être appréhendé au plus vite!
-Donc vous dites n'avoir aucun lien avec cette histoire en dehors de votre fonction?
-Aucune en effet. Je n'ai absolument aucune raison de tuer mon gagne-pain, ce serait contre-productif, n'importe quel nigot le saurait…
-Pourtant beaucoup de personne disent que vous n'a rien de reluisant, cela ne doit pas aider pour le recrutement...
-Je sais ce qu'on dit de moi, le coupa-t-il sèchement en terminant son verre un peu agaçé par ces accusations sans fondements tandis qu'il se redressa. Je me fiche des rumeurs quelles qu'elles soient et je ne parle pas que des miennes! Dit-il en le toisant du regard, je pense que l'on a assez parlé de ce sujet, le coupable doit forcément chercher à me nuire même si j'ignore pourquoi... et je vous rappelle que vous n'êtes plus en fonction, "ex"-inspecteur!
D'un claquement de doigts, Zehn et son frère apparurent avec un rictus mauvais tandis que Sebastian grogna : son corps se souvenant très bien de ceux deux-là et surtout de leur force hors du commun lors des évènements de la veille.
Résigné, il vida néanmoins son verre en espérant trouver une issue autre que la fuite ou sortir son arme :
-Tient, tient, comme on se retrouve… murmura-il en se redressant non sans dévoiler une grimace de douleur qui fit rire les deux gardes du corps.
-Si vous n'êtes pas ici pour faire marcher mon commerce, reprit Stefano en sortant sa lame qui était ingénieusement cachée dans la poche intérieure de sa veste, je me vois contraint de vous indiquer la sortie inspecteur…
-Ex-inspecteur je vous ai dis!
Souriant à l'énervement de son prisonnier, l'artiste incompris laissa, après cette menace à peine déguisée, les jumeaux avancer pour faire leur boulot jusqu'à soudainement voir Sebastian mettre la main à sa poche, celle-ci étant trop petite pour détenir une arme, la curiosité et l'incrédulité lui faisant froncer les sourcils quand ils vit plusieurs billets de 100€ être jeté sur la table :
-Qu'est ce que...?
-En effet, je ne suis pas là que pour l'enquête! Je viens louer le merdeux et je considère avoir droit a un peu plus d'égard que ça putain!
Aussi surpris que les deux autres, Stefano compta néanmoins les billets en faisant sortir ses gardes du corps, son regard plongeant dans celui du brun
-Vous parlez de Ruvik? ….! Mais quelle agréable surprise, il fallait le dire plus tôt!
Ses yeux brillèrent alors de plaisir : un ancien flic était devenu pédé avec un de ses meilleurs esclaves, la journée promettait donc d'être excellente!
Il jeta un regard hautain au brun pendant qu'il rangeait l'argent ainsi que son arme dans sa veste :
-Je m'excuse pour ce malentendu M. Castellanos, vous l'avez pour vous tout seul. Faites-en bon usage. Il lui décocha un sourire prétentieux en se rendant vers la porte pour le laisser seul, je vous souhaite bon courage pour votre enquête, au plaisir!
Vidé de ses forces, Sebastian se rasseya brutalement dans le canapé du salon haut de gamme où il se trouvait en soupirant : il avait claqué ses derniers billets pour un toxico afin d'éviter un combat perdu d'avance et, par-dessus le marché, il n'avait eut aucune piste concrète pour avancer dans l'enquête. Son moral arriva alors au point mort…
Retour à la case départ...
Soudain, il vit le blond apparaître dans son champ de vision avec un rictus en coin :
-Merde...me dis pas que t'as tout entendu?
-Et bien si, confirma joyeusement le blond en s'asseyant face à lui avec son air suffisant et un air enjoué dans la voix, je vois que tu ne peux plus te passer de mes services et que je vais devoir m'occuper de toi pour un bon moment~
Épuisé et n'arrivant plus à lutter, l'homme à la barbe mal rasé se fit entraîner un peu plus tard dans une chambre dont Ruvik avait la clef tandis qu'il l'allongea dans le lit sans avoir à trop forcer: Sebastian avait bien comprit que cet escort était trop bourique pour arriver à lui faire entendre raison.
Bien que conscient de ce fait, le grand blessé essaya malgré tout de l'avoir par la supplication :
-Tout ce que je veux, c'est qu'on me foute la paix putain…
-Je suis désolée monsieur, répondit le blond en grimpant à son tour dans le lit avec son regard de chat joueur, cette demande ne figure pas dans la prestation!
Amusé, Ruvik put voir le désespoir du brun apparaître sur les traits de son visage fatigué tandis qu'il se demanda par quoi il allait commencer :
Cette souris grincheuse était venue d'elle-même se coincer dans ses griffes et il comptait bien profiter de lui sans l'épargner une seule minute sur les heures à suivre, un duo improbable s'était alors crée en plein District Nord de Krimson City.
