Le lendemain matin, après m'être habillée avec l'uniforme, je descendis, accompagnée d'Hermione, prendre le petit déjeuner. Nous nous installèrent aux mêmes places qu'hier, bientôt rejointes par Harry et Ron. Une autre fille arriva ensuite, Ginny si j'avais bien tout compris, la petite soeur de Ron. Après le repas, une professeur me demanda de l'accompagner dans son bureau pour me donner mon emploi du temps. Je la suivie donc dans les longs couloirs, jusqu'à son bureau. Je pris place sur une chaise en face d'elle. Elle avait l'air assez sévère, avec son chignon bien serré et sa tenue impeccable, mais elle me paraissait assez gentille malgré tout.
-"Tout d'abord, Miss Hawk, je suis le professeur McGonagall, et j'enseigne la Métamorphose. Je serai aussi la directrice de votre Maison. Si vous avez des questions, vous pourrez soit venir me voir, soit demander à vos camarades.
-"Oui, Madame."
-"Voici donc votre emploi du temps."
Elle me tendit une feuille de parchemin, sur lequel étaient marquées les différents cours, suivis de la salle de classe correspondante, ainsi que les heures.
-"Vous avez le même que Miss Granger. J'ai pensé que ce serait ainsi plus simple pour vous orienter, et elle pourra vous aider."
-"Merci, Madame."
-"Vous pouvez y aller, maintenant."
Je me levai et me dirigeai vers la porte. Au moment de sortir, je me retournai vers elle :
-"Hum ..."
-"Troisième étage, près de la tour Ouest. Je vous souhaite bonne chance. Vous allez en avoir besoin."
Elle avait dit la dernière phrase de façon presque inaudible, marmonnée dans sa barbe.
-"Hum ... merci beaucoup."
Je sortis, et me dirigeai vers la salle de classe. Je mis un petit bout de temps à la trouver. Franchement, quelle idée de mettre autant d'escaliers partout, et qui bougent en plus ! Mais j'arrivai finalement à bon port, et toquai à la porte.
Elle s'ouvrit toute seule, et j'entrai, restant dans l'encadrement de la porte, ne sachant pas où aller m'asseoir. Je sentais le regard de tous les élèves présents, certains encourageants, comme ceux d'Hermione, et d'autres plutôt moqueurs, notamment celui d'un grand blond à l'air hautain, qui ne semblait pas trop m'apprécier. Pourquoi, mystère. Mais c'était réciproque.
Je reportai mon attention sur la professeur, qui, manque de chance, était la petite femme en rose. Le sourire mielleux qu'elle avait affiché la veille ne me disait rien qui vaille. Quand j'étais entrée, j'avais vu son visage changer. Elle ne souriait plus, mais me dévisageait méchamment. Elle s'approcha de moi lentement, avec sa démarche de grenouille, les pieds vers l'extérieur.
-"Puis-je savoir pourquoi êtes-vous habillée de la sorte ?"
Bon, d'accord, j'avais baissé les chaussettes et enlevé la cravate, mais elle m'étouffait !
-"Je ne pensais pas que des chaussettes et une cravate feraient un tel drame." dis-je.
Je sais, c'était bête de ma part de répondre à un professeur dès mon premier jour, mais je comprenais facilement pourquoi elle ne plaisait tellement pas à Hermione, Harry, et Ron -et à la plupart des élèves, vu comment ils la regardaient.
-"Et bien si, voyez-vous. Vous allez donc me faire le plaisir de vous habiller correctement. Je passerai un trait sur votre tenue puisque c'est votre premier jour, mais que ce soit la dernière fois."
Elle se retourna pour se diriger vers la petite estrade. Sans manquer de lui jeter un regard assassin, je remontais les chaussettes blanches qui m'arrivaient mi-mollet à bordure rouge et or, et remettais la cravate, assortie aux chaussettes. Je trouvai une place -la dernière- devinez où ? Au premier rang, bien évidemment ! Je m'assis le plus silencieusement possible -je savais où étaient les limites, quand même. Je sortis de mon sac un bout de parchemin et une plume. Ombrage me regardait bizarrement.
-"Excusez-moi Madame, y a-t-il un problème ?"
-"Qu'est-il arrivé à vos cheveux ? "
-"Je les aient teints."
-"Et bien vous allez me faire le plaisir d'enlever ça !"
-"Je suis désolée mais c'est une teinture permanente, je ne peux pas l'enlever."
-"Voyez-vous ça ? Je suis sûre qu'un petit sortilège règlera le problème." répliqua-t-elle avec son petit sourire hautain.
Elle pointa sa baguette vers mes cheveux, et lança le sortilège Décoloris. En principe, c'était sensé marcher, mais ce qu'elle ignorait, c'était que j'avais lancé un sortilège de Protection à mes cheveux, parce que je ne voulais pas avoir à refaire tout le temps ma teinture.
L'expression d'incrédulité, bientôt suivie par de la colère, qui s'affichait sur le visage d'Ombrage était très satisfaisante.
Elle décida donc de laisser tomber -en tout cas, pour le moment- et retourna vers son estrade, pour continuer son cours. Elle nous demanda de traiter du sortilège de Bouclier sur les feuilles de parchemin devant nous. Je commençais à comprendre pourquoi Harry m'avait dit que son cours n'était pas vraiment de la Défense contre les Forces du Mal. On ne pratiquaient aucuns sorts, et à voir la tête des élèves, ce n'était pas inhabituel.
Je me mis donc au travail. Je finissais assez rapidement. À Ilvermorny, le niveau était assez élevé, et en plus, Ombrage ne semblait pas être une vraie professeure. Mais surtout, dans mon ancienne école, on nous apprenait à développer notre créativité, en nous donnant des projets qui ne se limitaient pas à écrire. Et j'avais toujours adoré le dessin. Une idée me vint donc en tête. Au lieu de juste faire ma rédaction, je commençais aussi à dessiner. Sous mon crayon naquit un sorcier qui lançait un sortilège de Bouclier vers un centaure qui avait une jambe cassée, attaqué par des loups. J'élançais aussi de hauts arbres autour de la scène. Je n'utilisai rien d'autre que mon crayon à papier pour colorier, ce qui donner un effet assez "rétro" que j'aimais bien. Le résultat final montrait parfaitement bien ce que je voulais exprimer : le sortilège de Bouclier ne devait pas servir uniquement à se protéger soit-même, mais aussi et surtout à aider ceux qui ne pouvaient pas le faire. Être capable de se défendre soit-même c'est bien, mais avoir assez de coeur pour penser d'abord aux autres, c'est encore mieux.
Environ vingt minutes avant la fin du cours, Ombrage passa dans les rangs pour ramasser les copies. Elle s'arrêta devant moi en dernière. En regardant sur ma table, elle vit mon dessin.
"Qu'est-ce que c'est que ... ça ?" fit-elle avec une moue de dédain.
À l'origine, je l'avait dessiné juste pour moi, car, même si j'avais un côté un peu, "rebelle", disons, je ne voulais quand même pas m'attirer d'ennuis dès le premier jour. Mais avec celle-là, nous n'allions jamais nous entendre.
-"Mon travail, Madame."
-"J'avais dis de faire une rédaction."
-"Non, vous avez dit de travailler sur le sujet du sort de Protection, et vous n'avez jamais précisé qu'il fallait écrire."
-"Je pensais que tous mes élèves étaient assez intelligents pour le comprendre, mais apparemment ce n'est pas le cas."
-"Vous pensez surtout que tous vos élèves sont assez stupides pour ne pas être capables de penser par eux-mêmes, et qu'ils vont faire exactement ce que vous leur dites de faire. Mais ça ne marche pas avec moi. Je dis et je fais ce que je veux."
-"Assez ! hurla-t-elle. Allez dans le bureau du directeur ! Et vous avez une retenue. Vous viendrez dans mon bureau ce soir."
Je me levai en faisait le plus de bruit possible, attrapai mon sac que je passai en bandoulière, et allai vers la sortie la tête haute. Juste avant de sortir, je me retournai vers Ombrage :
-"Comme vous l'avez dit, nous sommes des élèves, Madame, pas des moutons."
Puis je passai la porte.
