Je toquai à la porte du bureau du directeur, et attendis.

-"Entrez !" lança une voix forte depuis l'intérieur.

Je m'exécutais, et, à l'intérieur du bureau, je découvris le directeur -Dumbledore, si je me souvenais bien, ainsi que la professeur qui m'avait donnée mon emploi du temps.

-"Que puis-je pour vous ?" commença le directeur.

Il avait était plutôt agréable avec moi depuis la veille, et je m'en voulais un peu de les déranger parce que je ne savais pas me tenir dès le premier jour -même si l'autre crapaud l'avait bien mérité.

-"Le professeur Ombrage m'a envoyé vous voir." bougonnais-je dans ma barbe.

-"Pourquoi ?" demanda la professeur debout près du vieux sorcier.

-"Hum ... disons que ... je me suis peut-être un peu trop fais remarquer pour un premier jour."

-"Et qu'est-ce que vous avez fait ?" continua la sorcière.

-"C'est une longue histoire."

-"Nous avons tout notre temps." intervint le directeur.

-"Premièrement, lorsque je suis arrivée en classe, j'avais baissé mes chaussettes et enlevé ma cravate. Ensuite, la teinture de mes cheveux ne lui a pas plue. Et après, parce que j'ai dessiné en plus de juste faire une rédaction sur le sortilège de Bouclier, elle m'a crié dessus, et je lui ai dit que nous n'étions pas qu'une bande de moutons sans cervelle."

J'avais tout débité d'un coup, sans m'arrêter. Je m'attendais à une brimade, à une remarque sur le fait que c'était un comportement immature et indigne d'une élève de Poudlard, mais au lieu de ça, Dumbledore se contenta de me regarder, et je vis même la professeur de Métamorphose esquisser un sourire. Le directeur reprit :

-"Bon, j'imagine que notre chère envoyée du Ministère vous a déjà punie, je ne vois donc pas l'interêt d'en remettre une couche. Vous pouvez y aller."

-"Merci, Monsieur."

Je sortis, mon cerveau tournant à plein régime. Durant cette conversation, j'avais appris deux choses qui me semblaient très importantes : Ombrage venait du Ministère de la Magie, et les professeurs ne l'aimaient pas non plus.

Arrivée dans le couloir, j'avais jeté vite fait un coup d'oeil à mon emploi du temps, et d'après ce qu'il indiquait, ma prochaine classe était Potions. En déambulant un peu au hasard -Ombrage m'avait jeté de son cours plus d'un quart d'heure avant la fin- je tombai sur les deux jumeaux que j'avaient rencontrés à mon arrivée.

-"Salut !" me lancèrent-ils gaiement en m'apercevant.

Je leur sourit.

-"T'es pas sensée être en cours, là ?" me demanda l'un d'eux.

-"Et vous ?" demandai-je en riant.

-"Disons qu'on ne pense pas que le plus important c'est la réussite scolaire ..."

-"En gros, vous séchez les cours, quoi."

-"Ouais. Et toi ?"

J'hésitai à leur raconter, mais après, ils avaient été honnêtes avec moi, et je n'avais rien à perdre.

-"Ombrage m'a jeté de son cours." dis-je en essayant de prendre un air détaché.

-"Waouh ! T'as fait quoi ?"

-"Surement un truc grandiose, Fred, même nous on s'est pas fait éjectés dès le premier jour avec Ombrage !" répondit celui qui était donc George.

-"Je vous fais les grandes lignes : j'ai fais un dessin au lieu d'une rédaction, et quand elle m'a crié dessus, je lui ai dit que ses élèves n'étaient pas des moutons incapables de penser par eux-mêmes. Et puis, mon manque de respect pour l'uniforme scolaire et ma teinture ne m'ont pas aidés..."

Ils laissèrent échapper un sifflement admiratif.

-"Pas mal pour une nouvelle élève."

-"Tu nous plaît bien. Et après ça, je crois que tu vas vite te faire des amis ici."

-"Attendez, personne ne l'aime ou quoi ?" demandai-je.

-"À part les crétins comme Malfoy, disons qu'elle n'est pas très appréciée."

-"J'imagine que c'est bon à savoir ..."

À ce moment-là, la sonnerie retentit et me coupa. Mon premier cours avait été, disons le, un désastre, alors autant ne pas gâcher mes chances avec le deuxième.

-"Est-ce que vous pouvez me dire où est la salle des potions ?"

-"Tu prends cet escalier-là, tu descend jusqu'au premier étage, et c'est tout de suite à ta gauche."

-"Merci beaucoup." dis-je en m'éloignant.

En m'engageant dans les escaliers, je les vit du coin de l'oeil se retourner pour partir.

J'allai donc jusqu'au laboratoire de Potions, et j'entrai. Quelques élèves étaient déjà là, mais je n'étais pas en retard. Je m'assis au fond, je préférais ne pas me faire -encore- remarquer. Après quelques minutes, tous les élèves étaient arrivés. C'était quasiment tous ceux du cours précédent. Je me ratatinée un peu sur mon siège quand ils entrèrent. Je n'avais vraiment pas besoin de commentaires.

Puis le professeur arriva. C'était un homme de taille moyenne, avec d'horribles cheveux gras qui pendaient des deux côtés de son visage sévère. Il portait une longue cape noire, qui voleta quand il se retourna pour nous faire face. Il balaya la pièce du regard, et s'attarda sur moi. Génial.

-"Oh, notre nouvelle élève serait-elle timide ?" fit-il avec un petit rictus.

J'ouvris la bouche pour répondre, mais il ne m'en laissa pas le temps.

-"Vous arrivez en cours d'année, vous allez devoir vous remettre à niveau. J'attends de vous la plus grande attention, est-ce que c'est bien clair ?"

Je hochai la tête, et évitai de croiser son regard.

-"Bien. Ouvrez vos livres page 394."

Le cours de Potions se déroula sans encombre, tout comme les autres classes. J'appréciai assez le professeur Flitwick, professeur de Sortilèges -ma classe préférée, ainsi que le professeur McGonagall.

Ensuite, arriva le dîner. Le repas était délicieux, ce qui semblait être une habitude ici. Mais je n'oubliai pas ma retenue avec Ombrage. Alors que tous les élèves étaient en train de sortir pour regagner leurs dortoirs, je me dirigeai vers le bureau du crapaud rose.

Juste avant que je parte, Hermione m'attrapa le bras. Elle sembla chercher ses mots, et me dit finalement :

-"Bonne chance."

Je lui sourit, et m'en allai. Sur le chemin, je m'interrogeai. Qu'est-ce qu'elle allait me faire faire ? À Ilvermorny, les rares fois où je m'étais faite collée, j'avais dû aider les professeurs à ranger les salles, ou les aider à corriger des devoirs. Mais elle, que me réservait-elle ?

J'en étais là de mes réflexions quand j'arrivai devant la porte de son bureau. Je toquai, et entrai. Elle me fit son petit sourire mielleux, et me dit de m'asseoir. Je m'exécutai, et elle me tendit une feuille et une plume. Elle m'annonça que je n'aurais pas besoin d'encre, et me dit de copier la phrase "Je ne dois pas être insolente".

Insolente, insolente, non mais je rêvais ! J'étais aussi insolente qu'elle est bonne prof ! J'avais juste dit ce que je pensais, c'est tout ! Elle connaissait la liberté d'expression, ce pourquoi des gens s'étaient battus pendant des années ? Mais je me calmais, et commençais à écrire.

À partir de la troisième fois, je sentis une douleur à ma main gauche. Elle ne fit qu'empirer à mesure que j'écrivais. Peu à peu, je vis des lettres se former sur le dos de ma main, des lettres qui faisaient ... Je ne dois pas être insolente ! Non mais elle se fichait de qui, là ? Pour punir les élèves, elle leur infligeait des douleurs physiques ? C'était le Moyen-Âge ou quoi ? Puis je sentis son regard sur moi. Elle voulait me voir souffrir. Niveau sadisme, là, elle était imbattable. Mais je refusais de la laisser gagner. Je serais donc les dents, et continuais à écrire. Mais qu'est-ce que ça faisait mal ! Puis, lorsque les lettres furent bien visibles et nettes sur ma peau rougie, elle me laissa partir.

J'empruntai quelques couloirs dans la direction des dortoirs, et à mi-chemin, dans un coin désert, je m'adossai au mur, et me laissai glisser à terre. Je pris mes jambes entre mes bras. J'avais toujours été forte, c'était dans ma nature. Et j'allai continuer à l'être. Pas seulement pour moi, mais pour tous ceux à qui Ombrage infligeait ça. Mais parfois, même les personnes les plus solides étaient vulnérables. Je sentais de petites larmes qui coulaient sur mes joues, et je les laissais mouiller ma peau pâle. Après quelques minutes, je m'essuyais les yeux d'un revers de main, et me levai.

Je me dirigeais ensuite vers les dortoirs, en priant pour ne rencontrer personne. Heureusement, j'arrivai à destination sans avoir croisé le chemin d'aucun élève ni de professeur. Je donnai le mot de passe à La Grosse Dame, et j'entrai.

Il y avait encore quelques Gryffondors dans la salle commune. Je reconnus Fred et George, Hermione, Harry, Ron et celui que je croyais être Dean Thomas, si ma mémoire ne me faisait pas défaut. Quand ils me virent, ils s'approchèrent de moi.

-"Comment ça va ?" me demanda Hermione.

-"Bien, pourquoi ça n'irait pas ?" lui répondis-je en souriant, en espérant que mes yeux ne me trahissaient pas.

-"À cause de ça !" s'exclama-t-elle en me prenant la main gauche pour l'exposer à la lumière du feu qui brûlait dans l'âtre central.

-"C'est rien, ça ne me fait presque plus mal de toute façon ..." dis-je en baissant ma main.

-"Je ne dois pas être insolente. Elle abuse, t'as seulement eu assez de courage pour lui tenir tête !" ajouta Dean.

-"Ouais bon, on peut parler d'autre chose, s'il-vous-plaît ?"

Les garçons acquiescèrent, mais Hermione continuait de me regarder d'un air inquiet. Je lui sourit, et nous allâmes tous nous asseoir sur les canapés. La soeur de Ron, Ginny, nous avait rejointe, et nous discutâmes pendant une bonne heure. Ils m'expliquèrent quasiment tout, les points pour chaque maison, ce qu'il y avait à savoir sur les profs, les préfets, etc, etc.

Ensuite tout le monde monta se coucher, mais je restais encore un peu dans le salon. Je fixai les flammes orangées qui dansaient sur les bouts de bois utilisés pour la cheminée. Il n'y avait plus un bruit autour de moi, et l'atmosphère semblait lourde. Quelques minutes plus tard, j'entendis la pluie que s'abattait sur les fenêtres. Mon regard se perdit dans le feu. Il ressemblait à Ombrage. Il dévorait tout sur son passage, sans se soucier des conséquences. Puis le bruit des gouttes d'eau me rappela quelque chose. Pour éteindre un feu, il faut de l'eau. Il faut une force opposée. C'était pareil avec Ombrage. La seule façon de la vaincre, c'était de s'opposer à elle, de présenter un obstacle qui peu importe combien de fois elle le repousserait, reviendrait. Il fallait quelque chose qui lui était radicalement opposé. Ou quelqu'un. Quelqu'un que représenterait tout ce qu'elle n'était pas. Quelqu'un qui pensait librement, qui ne se pliait pas aux règles qu'il n'acceptait pas. Et si personne n'était prêt à prendre ce rôle ici, je le ferais. Un coup de tonnerre résonna derrière moi. La lumière projetée par l'éclair dans la pièce teinta mon visage d'un reflet blanc.

Je le ferais, peu importe les conséquences.