Episode 13 : Le souterrain des intendants

Par Juliabakura

Nos aventuriers se trouvaient dans la pièce avec une demi-élémentaire de métal, ainsi que leur intermédiaire pour récupérer leur précieux matériel. Ils se regardaient les uns, les autres. Les masques commençaient à tomber.

« Vous ne sortirez pas d'ici, souffla Théo en direction de la demi-élémentaire de métal.

- Tant qu'on aura pas discuté. Il veut dire. Évidement, rattrapa Grunlek, connaissant le caractère explosif de son camarade. »

La demi-élémentaire de métal ne semblait pas montrer le moindre signe d'inquiétude. De son côté, Josias était en train de se frotter les mains, et les regardait avec un certain enthousiasme.

« Ah ! Vous voilà ! Enfin. J'ai tellement de choses à vous dire et puis... Euh... s'arrêta t-il brièvement, en regardant la demi-élémentaire.

- Très bien. Déshabillez-vous ! Enfin, je veux dire... Asseyez vous ! reprit le paladin.

- Mettez vous à nu ! Enfin, je veux dire, au sens figuré ! enchaîna Shin pour reprendre les paroles de son camarade. Videz votre sac. »

Josias se retourna en pointant la jeune demoiselle.

« Euh... Vous connaissez dame Sygne ? Vous semblez assez familier avec elle. »

Shin émit un petit bruit aiguë en relevant les épaules avant que la demi-élémentaire ne réponde :

« Non. On ne se connaît pas, déclara t-elle croisa ses bras. Et j'aimerais savoir ce qui me vaut cet encerclement. »

B.O.B retira son casque, les cheveux encore collés sur sa peau, à cause de la transpiration. Les pupilles de chats se tournèrent en direction de la nouvelle venue.

« Regardez-moi. Et comprenez qu'il va se passer des choses dans cette ville. Très bientôt. C'est à vous, ensuite d'en tirer les profits et les bénéfices. En tant que marchande bien entendu.

- Peut être que ce que vous me direz m'intéressera. Ou peut être que je vous demanderai de vous écarter gentiment et de me laisser sortir, reprit Dame Sygne.

- Pour cela, il faudra me passer sur le corps, intervint le paladin, agressif.

- DU CALME ! s'inquiéta B.O.B avant de reprendre par télépathie. On va arrêter de la menacer 5 secondes. On essaye d'en faire une vraie alliée pour le coup.

- Peut-être que la personne qui pourrait mieux nous renseigner, ce serait Josias, demanda Grunlek par télépathie, avant d'enchaîner vers leur commanditaire. Vous comprenez à quel point la situation est délicate. Est-ce que l'on peut faire confiance à cette personne ?

- Euh... C'est une noble et euh... Je fais affaire avec elle. Elle est très dure en affaire. Et ça... Enfin, j'ai beaucoup de respect pour elle. Après vous savez, c'est la loi des affaires. Les contrats vont, viennent. Et je... J'ai envie dire que... répondit Josias avant d'être interrompu par Grunlek.

- Vous êtes en train de tourner autour du pot. Vous savez qui nous sommes. Vous savez quelle est la situation! »

Grunlek et B.O.B perçurent que le discours consensuel et gêné de leur contact leur révélaient que Josias lui-même ne savait pas s'ils pouvaient leur accorder leur confiance. C'était une bonne femme d'affaire. Et par son discours, il fallait comprendre qu'avant tout, c'étaient les affaires qui intéressaient dame Signe.

« C'est une excellente affaire, pensa le pyromage. Je la situe au même niveau moral et ou social que la voleuse, reprit-il en connexion mental avec tout le groupe. Bon, la seule chose qui intéresse madame, ce sont les affaires. Pas l'aspect moral, pas l'aspect politique. Uniquement le moyen pour elle de se faire plus de fric. Vous me suivez ?

- Je pensais que j'avais une chance, soupira mentalement Shin.

- Si t'étais riche, tu aurais pu, oui. Entre elle et la voleuse, la seule différence...

- C'est que c'est une capitaliste, abrégea Théo.

- Voilà, approuva B.O.B. La seule différence entre elle et la voleuse c'est qu'elle est déjà riche.

- On a qu'à la tuer et plus de problèmes ! hurla intérieurement Théo, fatigué par les digressions de l'érudit.

- Et en plus, c'est une demi-élémentaire de métal, quoi. De métal ! pleurnicha Shin. »

B.O.B demanda mentalement à ses coéquipiers qu'est-ce qui pourrait appâter une femme, dont le boulot est principalement la marchandise de métaux précieux. Sa réponse ne trouva jamais de réponse, le mage soupira et reprit, tout seul.

« Les intendants doivent avoir un paquet de pognon. Limite, elle peut récupérer l'argent qu'il y a dedans. Une fois qu'on a tout fait péter.

- Ce sont pas des affaires ça, souffla Grunlek. »

Théo insista lourdement sur à quel point l'assommer et l'attacher irait plus vite, mais Grunlek refusa de suite. La jeune femme pouvait être une alliée supplémentaire, non négligeable à plus long terme. Une idée germa alors dans l'esprit du mage. B.O.B rappela que le chaos qui allait être provoqué, permettrait aux voleurs de se servir dans les différents lieux de richesse, car la maréchaussée serait occupée à éteindre l'incendie. La jeune femme pouvait elle aussi y trouver un intérêt, dans la reconstruction de la ville. Elle pourrait devenir une figure après cet accident qui lui donnerait plus de pouvoir. La guilde des marchands, ou sa famille pourrait avoir envie de récupérer cette forme de puissance par la richesse. Le plan n'était plus vraiment secret, puisque partagé avec des voleurs et cette élémentaire. Cependant, les intendants ne seraient pas informés, du moins pour le moment.

« Excusez moi. Dame Sygne. C'est bien ça ? engagea B.O.B.

- Absolument.

- Votre importance et votre célébrité vous précède. Notamment, chez la guilde des marchands et même chez les mages, ajouta le demi-diable, enjôleur.

- Je vous remercie.

- Mais de rien ! continua le Pyromage, tandis que en connexion mentale, Théo faisait quelques bruits de pipo mentalement. Une façon pour lui, de dire que son allié essayé d'embobiner la demi-élémentaire. »

Cependant, la flatterie semblait avoir un effet sur la marchande. Il y avait presque un petit frétillement de sourcil sur ce visage impassible. Elle n'était pas insensible à ce genre de discours. Le mage poursuivit donc, en hurlant mentalement aux autre d'empêcher le paladin de l'interrompre.

« De ce fait, les informations que nous allons vous donner sont capitales. Et pourrait changer énormément de choses dans cette ville. Nous vous avons apporté dans cette pièce, parce que nous savons qu'une personne telle que vous, du moins de votre réputation qu'on vous octroie, est capable de puiser toutes les ressources nécessaires pour accroître, disons, son influence. Ou sa richesse. Si c'est ce que vous... Si c'est ce que vous convoitez. »

Un silence régna avant que le mage ne reprenne :

« Bien, mais avant toute chose, il faut que...

- Il faut la flatter c'est ça ? rugit Théo dans l'esprit du demi-diable. »

Ce dernier lui répondit dans un soupir :

"Non, d'abord je lui dit ce que j'ai à lui dire. Moi, lui dire à elle qu'avec informations données, elle pouvoir accroître pouvoir et/ou richesse. Toi comprendre ?

- A quoi ça peut bien ressembler un Théo qui dit des compliments ? pensa Grunlek. N'oublie pas de lui rappeler B.O.B que l'information ne lui coûte rien. Elle ne perd rien. Puisqu'elle doit faire juste comme si elle ne nous avait pas vu. Mais qu'en échange, ça peut lui rapporter quelque chose. »

Balthazar était entièrement d'accord, tandis que Théo voulait lui faire comprendre qu'elle devait se décider tout de suite. Le mage reprit en direction de cette charmante femme :

« Vous n'êtes pas sans savoir que les intendants de cette ville possèdent un artefact de puissance innommable, qui doit être retiré pour la sécurité de TOUS les royaumes environnants, et de la balance du pouvoir dont ils abusent par ce fait.

- Oui.

- Très bien. Le vide créé par le changement de gouvernance pourrait être une occasion inespérée pour un groupe de marchands habiles, ou une marchande éclairée telle que vous, en l'occurrence, d'augmenter sa position et son pouvoir. Politique et matériel.

- Très bien.

- A savoir, que de toute façon quoi que vous fassiez, ses changements auront lieu dans quelques instants. Parce que même si vous décidiez de sortir, et de prévenir qui que se soit, malheureusement, mes amis et surtout mon ami ici présent, poursuivit-il en montrant Théo, vous en empêcheront. Même si je ne doute pas de votre capacité de vous en défaire. Mais vous comprenez bien que cela n'est profitable pour personne. Ni pour nous, ni pour vous.

- Donc si je comprends bien, vous allez vous occuper de vos affaires. Et moi, je vais m'occuper des miennes, avec les informations que vous venez de me délivrer. »

Le mage sourit.

« Je vais être franc, ajouta Balthazar. Dans quelques instants, vont se déclencher des incendies dans des endroits non-civils, dans cette partie de la ville. La maréchaussée sera un petit peu débordé. Il y aura une petite usurpation, dirais-je, de l'artefact qui leur donne cet avantage politique sur toutes les autres églises. Et toutes les guildes de marchands de la région. Je suis sûr, qu'une femme aussi intelligente que vous, n'aura aucun problème à tirer parti de cette situation délicate. »

Le beau discours et la flatterie eut un bel effet sur la jeune dame. Elle fit quelques pas vers Théo qui gardait la porte. Elle le regarda profondément dans les yeux, alors que Théo la regarde avec des yeux, injecté de sang. Elle finit par dire :

« Ecoutez ! Faites ce que vous avez à faire. Je vais faire, moi, ce que j'ai à faire. Puis, je sens que la fortune de ma famille va probablement gagner dans les temps qui viennent. Et à ce moment là, il faudrait que je fasse transporter ma richesse, ou une partie de ma richesse, en lieu sûr. Donc si vous survivez à ce qui vous attend, je pense que j'aurais besoin de personnes de confiance, afin d'escorter une partie de la fortune familiale. Des aventuriers à la recherche de travail, par exemple.

- Avec un extrême plaisir madame, répondit B.O.B du tac au tac. Vous avez bien vu que nos idéaux convergent, mais pas forcément nos méthodes. Tout ce que nous venons de vous dire n'est pas gratuit. L'information que nous venons de vous donner doit contribué, certes, à votre avancement, mais ne doit pas porter préjudice à la population civile. »

La jeune femme rigola légèrement.

« Il est sérieux, ne nous baisez pas ou je vous retrouve, grogna Théo. »

Le ton du paladin, sa grandeur et sans nul doute sa présence intimidante, fit froncer les sourcils de la marchande.

« Très bien. Le message a l'air clair, ravala la gente demoiselle. Je ferais ce qu'il faut. »

Tout en essayant de garder une certaine contenance, elle joint ses mains d'une manière un peu nerveuse.

« Vous avez confié votre confiance à la bonne personne.

- Nous n'en doutons absolument pas, sourit Balthazar, les yeux scintillants. »

Théo se poussa légèrement, l'air toujours froid, presque menaçant, pour la laisser sortir. La porte claquée, Balthazar reprit une voix candide pour dire à ses compagnons :

« Ah ! Je suis sûr que nous ne verrons aucune conséquence suite à cette action que nous venons juste d'entreprendre. »

Josias reprit le fil de son plan :

« Nous n'avons plus une minute à perdre. Je ne savais pas comment gérer cette situation. Vous avez réussi à la saisir d'une main de maître messieurs.

- Je suis sûr que vous-même, vous réussirez à prendre toutes les opportunités qui se présenteront. Sinon, vous n'auriez jamais accepté de nous aider, souffla Balthazar accueillant.

- Rendez-nous nos armures ! réclama le paladin froidement, recevant un regard noir du pyromage. »

Non décontenancé, Josias continua :

« Messieurs, suivez-moi. J'ai un passage qui mène vers les souterrains. Par contre, il va falloir vous méfier. Même si ces passages mènent directement vers la demeure des intendants, ils sont assez sécurisés. Il va falloir jouer de prudence, messieurs. J'ai ouï dire de plans, d'incendie... Enfin, c'est bien ça hein ? »

Les aventuriers approuvèrent.

« J'ai pris les mesures nécessaires. Vos équipements sont ici. Vous allez pouvoir vous préparer, pour faire ce qu'il faut pour contrer la guilde des intendants. »

Un silence plana dans la pièce avant que B.O.B ne s'approche de lui et lui mette la main sur son épaule.

« Ami Josias. Nous ne nous connaissons pas, mais comme je l'ai dit à Dame Sygne, nos idéaux convergent. Menez nous à votre passage secret.

- Suivez-moi ! »

Avant de partir, Grunlek demanda une nouvelle aide à Josias : des potions pour soigner leur blessures ou pour restaurer d'énergie magique afin de pouvoir être endurant durant les épreuves auxquelles ils devraient faire face. Le marchand chercha dans ses réserves et retira quelques éléments : deux potions de soins, fabriquées avec de la poudre de gemmes de pouvoir, comme le montraient les scintillement à l'intérieur du liquide un peu fluorescent, voir phosphorescent. Théo en but une immédiatement qui lui cicatrisa instantanément ses blessures, comme s'il n'avait jamais combattu, ou n'avait jamais été blessé. Grunlek conserva la seconde, en cas d'extrême urgence. Une corde de bonne qualité fut ajoutée à leur matériel. Une fois équipés, ils furent emmené dans une pièce à l'arrière.

Ils savaient qu'une fois entrés sous la demeure des intendants, ils ne seraient plus que livrés à eux même. Grâce aux indications de Josias, l'équipe s'avança dans les souterrains.

Les couloirs étaient sombres. Pas d'éclairage à part le bouclier de Théo qui passa devant pour guider les autres. Grunlek le suivait de près, soucieux de son état de santé. De plus, le nain avait une vue plus perçante dans le noir et pouvait distinguer les formes dans l'obscurité. B.O.B alluma des flammes au bout de son bâton à l'arrière, il avait beau avoir des yeux reptiliens, ou de chat (selon votre point de vue), cela n'avait aucun effet bénéfique. Il se positionna près d'un poteau plutôt que de foncer au centre. Il s'imagina des scorpions ou des orques dans chaque cavité obscure.

Shin le seul à ne pas posséder de super vue ou de point de lumière, se concentra sur le point central où Théo avançait. Ils finirent par entrer dans une pièce plus vaste.

Balthazar examina les environs et perçut quelque chose. Il regardait une armure contre le mur, les sourcils froncés, concentré. Tout près de Théo, il y avait une sorte de distorsion, semblable aux horizons qui formaient des vagues dans le désert sous la chaleur. Il remarqua une émanation magique de cette armure. Il comprit qu'elle était imprégnée de magie, envoûtée. Un golem. Le mage se mit à hurler :

"THEO STOP ! NE DESCEND PAS L'ESCALIER ! NE BOUGE PLUS !"

Le paladin s'arrêta au dernier moment. Il entendit un crissement à sa gauche. Quand il se retourna, suite à la prévention de B.O.B, il vit un mouvement au niveau de l'armure enchâssée dans le mur.