Episode 19 : Un garde pas comme les autres

Par Myfanwi

Un brouhaha d'armures et de gardes se faisait entendre à l'extérieur de la bâtisse alors que les aventuriers, toujours à l'intérieur, poursuivaient leur exploration des lieux, à la recherche du Codex, ou tout du moins d'informations concernant les précieux documents. La tension grimpait dans le groupe maintenant qu'ils se savaient pris au piège. Les uns proposaient de rebrousser chemin, quitte à affronter le monstre. Les autres voulaient créer une diversion pour se créer une voie de sortie.

Shin jeta un coup d'oeil dans la salle qu'ils venaient de quitter. Le colosse avait rejoint la messagère et échangeait à voix basse avec elle, ce qui lui fit serrer les dents. Ces deux-là ne lui inspiraient guère confiance et il craignait une trahison dans les secondes à suivre. Théo, déjà loin devant, entreprit d'ouvrir une porte à sa droite pour y jeter un discret coup d'oeil.

"L'idée que Grunlek avait soumise, chuchota Balthazar, c'était de créer une explosion à l'une des fenêtres, histoire que les gardes devant se déplacent. Ne serait-ce que pour affaiblir le siège de la porte principale. Ils s'attendent à ce qu'on sortent par là bas. Ils sont sans doute au courant de nos capacités et je pense que ça pourrait leur mettre la pétoche. On est certainement les quatre glandus les plus effrayant de la ville actuellement, autant jouer sur ça.

- Donc… Le but, c'est de leur faire croire qu'on va sortir par une fenêtre du premier étage ? demanda Shinddha. Ca veut dire qu'ils ont conscience qu'on est des aventuriers totalement timbrés et prêts à mourir ? Cette réputation…

- Et toi, Théo, t'en penses quoi ? demanda Balthazar, vexé."

Pas de réponse. Les trois aventuriers se tournèrent comme d'un seul homme vers la position où il se tenait quelques secondes plus tôt. La porte était grande ouverte et le paladin semblait avoir décidé de faire cavalier seul. Balthazar leva les yeux au ciel et poussa un juron, alors que Shinddha et Grunlek partaient à sa suite, pour prévenir tout possible futur problème. Le guerrier était une catastrophe ambulante et ils en avaient tous conscience.

Balthazar se tourna lui vers une pièce fermée derrière lui, qui avait attiré son attention précédemment. Avec précaution, il ouvrit la porte et soupira de soulagement en s'apercevant qu'il n'y avait personne. La pièce était encombrée de nombreux objets et il se mit à fouiller dans les caisses, à la recherche d'huile ou de liquides inflammables. Il trouva sans problème ce qu'il cherchait et enfourna tout dans ses sacoches, récupérant en passant quelques flèches pour Shinddha, en prévision d'une nouvelle pénurie de psyché.

Théo de son côté déboucha sur un escalier en colimaçon qui descendait au rez-de-chaussée. Il s'aventura sur quelques marches, sur ses gardes, avant de jeter un regard derrière lui. Personne. Il leva les yeux au ciel et poursuivit sa descente. Il se figea très vite en entendant des voix s'élever en contrebas, d'au moins deux personnes. Caché dans l'ombre, il tendit l'oreille.

"La garde est dehors, murmura une voix. Vous croyez qu'ils vont nous confondre si on sort ? Ils… Ils pourraient nous abattre si on sort… Et si on se fait attaquer dans une mêlée ? Je voudrais vraiment partir, s'il vous plaît…

- On a reçu l'ordre de rester ici le temps qu'il faudra.

- Oui… Mais quand même ! Tout ceci m'inquiète…"

Théo hésita à en attraper un mais ne sachant pas à quoi s'attendre, il remonta à l'étage en silence, pour rejoindre ses compagnons. Shinddha lui lança un regard réprobateur avant de prendre la parole.

"On devrait bouger, il y a des messes basses dans la salle d'à côté, ça ne sent pas bon pour nous.

- Grunlek, prend de la corde, le coupa Bob en posant un rouleau de cordage dans les bras du nain."

Voyant qu'ils n'étaient pas encore prêts, le paladin poussa un soupir agacé et retourna vers l'escalier. Il trépignait d'impatience et si personne n'agissait, il y avait fort à parier qu'il détruise ce manoir à la seule force des mains. Il descendit quelques marches, prenant cette fois un peu plus de risques. Les voix résonnaient toujours, un peu plus loin cependant. Personne ne semblait l'attendre en bas, ce qui était plutôt une bonne nouvelles. Il leva la tête vers le haut des escaliers.

"Eh, les danseuses ! Vous allez bouger votre cul, oui ?!"

Les trois aventuriers toujours à l'étage se dépêchèrent de le rejoindre. En passant, à travers les rideaux, Bob capta le regard du colosse qui lui souriait d'un air mauvais. Ce n'était pas de bon augure. Une manifeste satisfaction illuminait son visage, signe qu'un plan quelconque avait pu être fermenté dans leur dos. Le mage fronça les sourcils et accéléra la cadence. Ils voulaient jouer ? Ils allaient jouer. Il ralentit le pas et arracha le bouchon de son pot d'huile. Il en imbiba tout le tapis les séparant du couloir, puis lança une petite flamme dessus. Le tapis s'embrasa sous les rires du demi-diable qui passa devant ses deux compagnons bouches bées, la tête haute. Les trois joyeux lurons s'empressèrent de descendre les marches pour rejoindre leur compagnon en armure.

En bas, Théo fut surpris par un bruit au bout du couloir. Un garde se rapprochait de sa position et s'apprêtait à tourner à l'angle. Il recula, peu silencieusement, faisant claquer son armure contre le mur. Il se figea, une main sur le pommeau de son épée, au cas où l'imbécile aurait l'idée de venir à lui.

"Qui va là ? demanda la voix. C'est toi, Bjorn ?"

L'inquisiteur se mordit la langue. Les pas se rapprochaient de plus en plus. Il attendit quelques secondes que les cheveux de l'homme dépassent. Quand son regard croisa le sien, Théo fonça sur le misérable, bouclier en avant. Le garde poussa un cri de surprise et réussit à esquiver le paladin à la dernière seconde grâce à un coup d'épée qui dévia sa trajectoire. Couché sur le dos, l'inquisiteur au dessus de lui, Théo s'apprêta à lui asséner un coup fatal.

"Oh bah ça va, dites-le si on dérange ! railla la voix agaçante de Balthazar qui lui fit lever les yeux au ciel.

- C'est ça que t'appelles de la discrétion ? poursuivit une seconde, plus grave, appartenant au nain.

- Tu nous présentes pas ton ami ? demanda Shin, tout aussi moqueur."

Pour toute réponse, Théo mordit violemment la nuque de son agresseur qui gesticulait contre lui. Il lui cracha son propre sang au visage.

"C'est un comportement de paladin, ça ? intervint Bob.

- Je suis inquisiteur ! hurla le guerrier.

- Ah bah ça ! T'es paladin quand ça t'arrange, inquisiteur quand ça t'arrange… Faudrait que tu te décides !

- Je suis biclassé !

- Bicla…

- Bon, vous allez m'aider ou il faut que je vous embroche pour que vous vous bougiez le cul ?!"

Le garde gesticula sous lui.

"Théo, soupira Balthazar. Quand est-ce que tu apprendras à utiliser ta tête ?

- Bah… Maintenant par exemple."

Sous les yeux choqués de ses compagnons, Théo prit de l'élan et claqua sa tête dans le visage du pauvre garde qui se recroquevilla en poussant un gémissement de douleur. Fatigué, le mage laissa retomber ses bras. Cette fois, il abandonnait : le cas Silverberg serait pour toujours une énigme.

Ce qui n'était pas le cas du garde. Dans une vaine tentative, il donna un coup dans l'entrejambe de Théo et se redressa, le nez en sang, probablement en petits morceaux. Il recula, visiblement choqué, épée à la main.

"Mais vous n'êtes pas Bjorn ! Qui êtes vous ?! A LA GARDE !

- Et merde… cracha Balthazar."

Le garde reculait, beuglant après la garde qui ne tarderait pas à arriver s'il continuait comme ça. Théo baissa son épée et se tourna vers ses compagnons, consternés par tant d'incompétence..

"Bon, j'ai fait ma partie, c'est à vous, grogna t-il. Moi, j'en ai marre."

Grunlek jura dans sa barbe et prit de l'élan pour charger le fuyard, toujours en train de reculer et menaçant désormais de fuir. Il essaya de lui asséner un coup de poing mais le garde dévia une nouvelle fois l'attaque d'un coup d'épée. Tout ceci avait un doux goût de déjà-vu et tous se rappelaient amèrement comment l'homme à la rapière les avait tous les quatre mis au tapis sans la moindre difficulté au début de leurs aventures. Hors de question que cela se reproduise de nouveau. Shin banda son arc et décocha à son tour une flèche, qui vint se planter dans son épaule. Malgré la douleur, leur assaillant continua à hurler, à leur grand désespoir.

A l'extérieur, le brouhaha des armes et des armures gagna en intensité.