Francis avait gardé le regard fixé sur l'écossais fendant la foule d'un pas rageur et disparaissant dans la nuit. Il resta quelques secondes immobile, les yeux grands ouverts, avant de se retourner vers Owen et Shannon en quête d'une explication quelconque. Owen prit la parole avant que sa sœur ne le fasse.

"Et c'est tout ? Tu vas rester là à le regarder partir ?!"

Le français ne dit rien et interrogea le gallois du retard.

"J'y crois pas ! Mais comment il peut aimer autant un crapaud aussi stupide et aveugle que toi ?!" s'enflamma l'irlandaise.

"Quoi ?"

"Tu es vraiment aussi idiot que tu en as l'air ? Juste une belle gueule sur un crâne vide, ou bien tu es juste totalement insensible ? Si tu me dis que tu n'as même pas remarqué ce qu'il portait ce soir, je te colle mon poing dans la figure !"

"Allistor n'a jamais aimé que toi, sombre crétin !" ajouta Owen. "Et toi, tu l'ignores depuis des siècles, tu ne le vois que comme un allier militaire ou un bon moyen de taquiner Arthur ! Ni avant ni depuis la signature de votre traité d'alliance, jamais il n'a pensé à qui que ce soit comme il pense à toi !"

"Tu as envie de te taper Arthur ? Ok, amuse-toi bien ! Tu es assez grand pour faire ce que tu veux mais tu as intérêt à faire ce genre de truc plus discrètement ! Parce ce que si Al souffre encore autant à cause de toi, Liam et moi, on frappera là où ça fait mal, genre je sais pas, on réitère l'épisode de la pucelle d'Orléans !"

Sous le choc, Francis ne disait plus rien. Les mains tremblantes, il posa maladroitement sa coupe de champagne sur le comptoir et s'éloigna d'un pas mal assuré. Il alla finalement s'asseoir à la table de Matthew, comptant sur la discrétion de ce dernier pour ne pas trop lui poser de questions ou lui demander de conversation.

Le lendemain, juste avant de repartir, alors que tout ce qui avait été installé pour le festival était démonté pièce par pièce, Francis se rendit au manoir d'Allistor dans le but de lui présenter au moins des excuses.

"Sir Bonnefoy ?" l'accueillit une employée de la maison. "Ça fait si longtemps que nous n'avons pas eu votre visite !"

"En effet..." répondit le français avec un léger sourire, plus protocolaire que volontaire. "Je souhaiterais échanger quelques mots avec Allistor si c'est possible."

"Il n'est pas encore levé. Il est rentré très tard. Dois-je le réveiller ?"

"Non, laissez-le se reposer, je... Je verrai ça plus tard."

Francis quitta l'Ecosse l'esprit préoccupé. Lui qui n'avait pas l'habitude de s'attacher à ses conquêtes ne pensait pas non plus que ses dernières puissent s'attacher à lui. Certes, son flirt avec Arthur durait depuis pas mal de temps maintenant car il aimait la façon d'être du londonien et sa façon de lui résister. Mais quand il y repensait, sa liaison avec Allistor avait été sans pareille et pourtant, il l'avait laissée s'estomper et s'éteindre quand Arthur avait peu à peu commencé à occuper toutes ses pensées. L'anglais, celui-là même contre qui il luttait, avait tout simplement effacé l'écossais de son esprit et l'avait remplacé. Et il n'avait rien fait pour lutter contre ça. En vérité, il ne l'avait pas vu venir et ne s'en était pratiquement pas rendu compte jusqu'à présent.

Quelques jours plus tard, Francis apprit qu'Allistor devait faire une halte d'une nuit sur Paris mais l'écossais avait jugé préférable de ne pas lui en parler. Le blond se souvenait qu'il avait ses habitudes dans un pub franco-écossais du 4e arrondissement. Il avait toutes les chances de le trouver là. À la nuit tombée, il décida de se préparer et d'y faire un tour. Il avait été aveugle et son petit jeu pour attiser la jalousie d'Arthur s'était révélé très maladroit. Francis commença à fouiller dans ses placards, comme à son habitude quand il s'apprête à sortir. Il allait opter pour un costume crème et une chemise pastel quand finalement, il se ravisa et fouilla plus profondément dans un tiroir pour en sortir quelques choses de bien différent.

Un peu plus tard, un taxi le déposait à l'angle de la rue. Il fit quelques pas en direction du pub et sourit en voyant l'écriteau à l'entrée annonçant fièrement "ALCOHOL Because no great story ever started with someone eating a salad !". Son sourire s'effaça un peu quand ses yeux se posèrent sur les lettres peintes sur fond noir, nommant le pub à la devanture défraîchie. Francis franchit l'étroite porte et se dirigea vers le comptoir. En attendant sa commande, il scruta des yeux les clients, appréciant un match de rugby, à la recherche des cheveux auburn et ne le vit pas. Il prit le verre à pied que lui apporta la serveuse et se rendit vers le fond du bar, dans un recoin un peu plus sombre, pourvu de hauts tabourets. Et effectivement, il le trouva là, seul, adossé au mur. Francis s'approcha sous le regard surpris de l'écossais et s'installa à côté de lui.

"Je savais que je te trouverai ici" dit le blond.

L'interrogation remplaça la surprise sur le visage du plus âgé. Et il y avait de quoi ! Francis portait un kilt en tartan noir, bleu et blanc avec une ample tunique crème au col fendu et lacé, de longues chaussettes de la même couleur et des chaussures noires.

"Et... Que me vaut cet honneur ? Tu n'as pas porté de kilt depuis des siècles..."

"Eh bien, vu les menaces qu'ont proféré Shannon et Owen, je crois que je te dois au moins des excuses..."

Allistor posa son verre de whisky et ouvrit de grands yeux.

"Je ne pensais pas que ce que je prenais pour un jeu pourrait t'affecter à ce point. C'était très maladroit de ma part, je suis désolé. J'aurais dû... faire plus attention... à toi..."

L'écossais avait peine à croire ce qu'il était en train d'entendre. Et il ne savait pas si ce n'était que des excuses ou s'il était en droit d'espérer que les choses s'arrangent un peu avec le français. Francis détourna le regard et saisit son verre. Il en but une gorgée et essuya la crème sur ses lèvres d'un revers de la main, puis il fit une grimace qui fit sourire son vis-à-vis.

"Tu as pris un irish coffee ?"

"Je ne sais pas..." répondit le blond en détaillant le contenu sombre recouvert de chantilly.

"Comment ça tu ne sais pas ?" rit Allistor.

"A vrai dire, j'ai pris ce que la charmante serveuse m'a donné... Et toi, tu as pris quoi ?"

"Burger au haggis, scottish eggs et whisky, des valeurs sûres."

"...Ne m'en veux pas mais je vais rester sur mon café... Qui n'en est pas vraiment un..."

Les 2 hommes discutèrent un moment de tout et de rien. Le mélange de café et de whisky amenait peu à peu le français sur la voie de l'ivresse, le poussant à être plus tactile avec son allié.

"Dis Al, je peux te poser une question ?" tenta le blond.

"Bien sûr..."

"Depuis tout ce temps... Depuis tous ces siècles... Tu penses encore à moi ?"

"Pardon ?!" s'étouffa presque l'écossais.

"C'est que Owen a dit que tu m-"

Allistor serra les dents, il bondit presque de son tabouret et saisit Francis par la chemise avant même qu'il ait eu le temps de finir sa phrase. Ce dernier, déjà un peu éméché, manqua de peu de tomber de son propre tabouret et se rattrapa de justesse. Le plus âgé le traina jusqu'à un pilier juste derrière eux et le planta devant la copie d'un document très ancien conservé sous un cadre poussiéreux qui devait être doré. Le titre typographié sur ce document avait donné son nom à ce pub : l'Auld Alliance.

"Tu crois vraiment que si tu n'avais été qu'un flirt, j'aurais signé ça ? Tu n'étais pas juste un moyen de me protéger d'Iggy, ou un bon coup dont on profite pendant un temps. Si je me suis fiancé à toi, c'est parce que je t'aimais !" déclara-t-il avant de poursuivre d'une voix plus faible. "...et c'est toujours le cas..."

Francis tendit la main vers le document et frôla la vitre poussiéreuse du bout des doigts, sans un mot, alors que l'autre se retournait d'un air résigné. L'écossais tendit le bras vers son verre et but une gorgée de whisky. Il avait déballé tout ce qu'il pensait sans réfléchir et se demandait un peu tard si c'était une bonne chose, si ça allait seulement servir à quelque chose. Une chose était sûre : il ne s'attendait pas à ce qui suivit. Le français glissa une main dans les mèches auburn et déposa un bref baiser sur les lèvres d'Allistor sans prévenir. Ce dernier hésita un moment et repoussa doucement le blond.

"Ne refais pas ça..."

"Pourquoi ?"

"Parce que c'est pas à moi que tu penses quand tu fais ça, pas vrai ?"

"Et à qui tu crois que je pense quand je me rappelle nos 1000 ans d'alliance ?"

"Ne me donne pas de faux espoirs comme ça, tu as Arthur maintenant..."

"Non... Arthur et moi, ce n'est pas sérieux, ni pour lui, ni pour moi... J'ai été curieux, on s'amuse lui et moi mais... Ça n'a jamais été aussi fort que quand c'est avec quelqu'un que je désire vraiment... Ça ne m'a jamais enflammé comme quand c'était tes mains... Je t'assure... Il n'y a jamais eut que toi."

L'écossais sentit son cœur s'emballer un instant. Francis s'approcha presque timidement de lui, et lui offrit un baiser tendre. Allistor avait l'impression de rêver. Il espérait ressentir ça à nouveau depuis des siècles et avait l'impression de s'embraser de l'intérieur. Le français se lova un peu plus contre son vis-à-vis, et ce dernier l'attira dans la pénombre. Sans rompre ce contact qu'il attendait depuis si longtemps, Allistor agrippa Francis par la taille et le plaqua contre un mur recouvert de boiserie, les mains crispées sur le tissu de son kilt, comme s'il avait peur qu'il lui échappe encore une fois.

La soirée avançait, le match se terminait et le pub passait du calme quasi religieux du match à la douce euphorie de la victoire. Les supporters se pressaient au comptoir et enchaînaient les bières dans la bonne humeur tandis que les 2 amants se retrouvaient lentement. Leur baiser se fit soudain plus passionné, Francis enroula ses bras autour de la nuque de l'écossais qui se pressait un peu plus contre lui. Ses caresses se faisaient plus insistantes mais il se retenait autant que possible de glisser ses mains sous les vêtements du français, se contentant de froisser le tissu alors que le contact de sa peau lui manquait tant. Il agrippa finalement le tartan breton et crispa ses doigts dessus à tel point que le vêtement plissé remonta de plusieurs centimètres le long de la cuisse du français. Ce dernier rompit le baiser et tenta d'articuler quelques mots.

"Al... Pas ici... Si on nous voit..."

"Et alors ?..."

Le plus âgé poussa le blond dans un coin plus sombre et mis un genou à terre devant lui.

"Al, qu'est-ce que tu- !"

L'écossais posa une main sur le genou de Francis et remonta lentement le long de sa cuisse alors que le blond se retenait de faire le moindre bruit. Arrivé en haut de sa jambe, le plus grand s'étonna et fusilla le français du regard.

"Ça, c'est un sacrilège, et tu le sais !"

"Oui, mais... Je n'ai vraiment pas l'habitude de-"

Sans même lui laisser le temps de finir sa phrase, Allistor saisit le boxer du français et le fit glisser jusqu'à ses chevilles, le libérant de la pression naissante et laissant apparaître un début de bosse sous les rayures du kilt au niveau des hanches. L'écossais souleva alors le tartan avec un regard carnassier et s'empara délicatement de la hampe dressée alors que Francis se mordait déjà la lèvre inférieure. Il commença doucement un mouvement de va-et-vient, presque du bout des doigts, alors que de l'autre main, il caressait distraitement l'intérieur des cuisses du français. Il se souvenait avec satisfaction de chaque zone sensible, où et comment le toucher pour le faire réagir et gémir. Quand ses lèvres approchèrent de la hampe durcie du blond, ce dernier se bâillonna lui-même d'une main, récoltant un petit sourire en coin de la part du plus âgé. Allistor commença à la suçoter du bout des lèvres, maintenant le français contre l'angle du mur d'une main fermement ancré sur sa hanche.

La respiration de Francis s'accéléra quand Allistor approfondit la caresse et le pris un peu plus en bouche. Il glissa une main tremblante dans les mèches auburn et y crispa ses doigts. Loin de s'arrêter pour si peu, l'écossais affairé entre ses cuisses amplifia encore le mouvement jusqu'à ce que le blond ait trop de mal à retenir ses gémissements. Le contact de cette langue sur sa virilité se fit brûlant, sa prise dans les cheveux de son allié se fit encore un peu plus ferme. Il vint finalement entre ses lèvres alors qu'Allistor se délectait de ce contact à chaque seconde, de chaque gémissement.

L'écossais se releva avec un sourire satisfait, et tira un haut tabouret pour permettre à Francis de s'asseoir le temps de reprendre le contrôle de ses jambes tremblantes. Puis il s'approcha à nouveau de lui et l'enlaça doucement. Il hésita un instant à reprendre la parole de peur de ne pas avoir de réponse à ce qu'il allait dire, ou de recevoir une réponse contraire, comme s'il avait rêvé ce qu'il avait entendu un peu plus tôt.

"Tha gaol agam ort... Bidh gaol agam ort fad mo bheatha, thusa 's gun duine eile..."

[Je t'aime… Je t'aimerai toute ma vie, toi et aucun autre…]

Il ferma les yeux, le coeur battant, espérant que s'il était en train de rêver, le réveil ne vienne jamais. Francis lui rendit son étreinte et enfouit son visage dans le cou du plus grand, gardant le silence quelques instants pour en profiter, mais ces secondes semblèrent une éternité pour l'écossais.

"J'étais persuadé que jamais plus tu ne me dirais ces mots... Moi aussi, je t'aime..."

Allistor le serra un peu plus fort contre lui et tous deux profitèrent encore un peu de cette étreinte jusqu'à ce que Francis tienne à nouveau parfaitement sur ses jambes. Alors qu'il s'apprêtait à descendre de son tabouret, Allistor se leva et s'empara du boxer du français avec un petit sourire malicieux et victorieux.

"Ça, c'est pour moi !"

"Mais je..."

L'écossais coupa toute protestation en déposant ses lèvres sur celles du blond. Ils quittèrent le pub ensemble avec la promesse de se retrouver aussitôt que leur emploi du temps le leur permettrait.