Le château hanté d'Edimbourg accueillait comme souvent la fratrie Kirkland pour quelques jours de vacances. Le maître des lieux en avait profité pour inviter Francis, ils n'avaient pas pu se revoir depuis ce soir-là dans le pub parisien et cela remontait maintenant à plusieurs semaines.
Une chose préoccupait les 2 ex-amants nouvellement réunis : le cadet londonien et la confrontation qui suivrait. Cette dernière arriva plus rapidement qu'ils ne le pensaient. A peine le français avait-il posé ses valises dans le hall d'entrée du château, alors qu'Allistor le rejoignait pour l'accueillir et l'embrasser, les yeux pétillants, que l'anglais apparu devant eux.
"Francis ?" s'étonna le londonien.
"Arthur... Bonjour... Euh... Il faut que je-"
"Oui, je crois qu'il faut qu'on parle." le coupa le petit blond. "Je me demandais quand ce buveur de whisky allait venir te récupérer..."
"Oye !" tenta d'intervenir l'écossais.
"Je pensais que tu avais tourné la page" poursuivit l'anglais en ignorant son aîné. "Mais tu ne changeras jamais..."
"Mais..." tenta le français un peu perdu. "Tu étais conscient que nous 2, ce n'était pas vraiment sérieux, tu m'as dit que-"
"Après toutes ces années, je n'ai vraiment été qu'un divertissement pour toi ?"
"Oye ! On est fiancés ! Tu devais bien te douter que je finirai par faire quelque chose ! Soit je le récupérais, soit j'en mourrais. Et même si ça te plaît de m'ignorer, tu sais très bien que ce n'est pas qu'un bout de papier pour moi !"
"Et ben on peut dire que tu as été lent à la détente et pas très soigneux avec tes affaires !"
L'écossais resta un instant sans voix, interrogeant son frère du regard.
"Ce n'est pas un objet. On n'est pas en train de se battre pour un territoire ou un château. Je ne suis pas intervenu parce que vous aviez l'air heureux tous les 2, mais moi, je dépérissais. Alors oui, j'étais jaloux parce que je l'aime !"
"Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Tu n'es même pas capable de le garder !"
"Tu écoutes au moins ce que je dis ?! Francis n'est pas un jouet que 2 gamins se disputent !"
"Oye ! Ça suffit vous 2 !" intervint Shannon avant de s'adresser à son cadet. "Al a fait assez de sacrifice pour toi quand tu étais petit et depuis qu'il a accepté de signer l'acte d'union. Et toi, tu l'as assez emmerdé avec tes guerres et tes luttes de pouvoir. Si tu n'as pas compris qu'il t'adore au delà même du fait que tu sois son frère, c'est que tu es un crétin ! Tu aurais au moins pu te retenir de séduire cet escargot baveux, c'est un Don Juan mais tu n'es pas aussi innocent que tu veux le paraître !"
Le petit blond fusilla sa sœur du regard mais ne répondit pas. Il savait trop bien qu'elle avait raison mais il refusait de le reconnaître publiquement. Il se contenta de serrer les poings et de tourner les talons pour quitter la pièce d'un pas rageur. La jeune femme rousse se retourna alors vers Francis et le désigna du doigt.
"Toi, tu m'en dois une !"
Le français acquiesça d'un vif mouvement de tête et Shannon s'en retourna à ses occupations. Enfin seuls, la tension retombant peu à peu, Allistor se précipita sur Francis et le serra dans ses bras. Ce dernier, un peu surpris, ne réagit pas immédiatement. Il lui fallut quelques instants pour reprendre ses esprits et rendre son étreinte à l'écossais, se blottissant contre son épaule. C'était un geste simple, une marque d'affection ordinaire, mais jamais il n'avait imaginé que ça puisse lui manquer à ce point, surtout quand il s'agit de quelqu'un à qui on tient vraiment.
Le soir, après un repas dans une ambiance plutôt tendue, Francis sortit encore trempé de la salle de bain des appartements d'Allistor, une simple serviette autour de la taille.
"Al, qu'est-ce que tu as fait de mes affaires ?"
L'écossais était en train de se préparer pour la nuit et ne portait plus que son kilt.
"Je n'y ai pas touché."
"Mais elles étaient là, dans la salle de bain, et quand je suis sorti de la douche, elles n'y étaient plus !"
"Je te jure que je ne suis pas entré pendant que tu te douchais."
Le français devint livide et cramponna sa serviette.
"Ne me dis pas que..." murmura-t-il.
"Edimbourg est toujours la ville la plus hantée de Grande Bretagne, et tu es dans l'aile la plus ancienne du château" sourit le plus grand.
Francis en frissonna. L'écossais abandonna sa chemise sur une chaise et s'approcha de lui, pieds nus. Il caressa sa joue humide du revers de la main.
"Ne t'en fais pas, ils sont farceurs mais pas méchants. Ils aiment juste faire peur aux visiteurs..."
"Ça ne me rassure pas particulièrement..."
Le plus âgé glissa une main dans les mèches blondes dont quelques gouttes d'eau s'échappaient encore et déposa tendrement ses lèvres sur les siennes. Le français n'hésita pas une seconde et se blotti dans ses bras pour approfondir le baiser. D'un mouvement lent et sans rompre le contact, Allistor le guida à travers son immense chambre, jusqu'à son vieux lit à baldaquin en bois sculpté, au ciel de lit recouvert de tartan. Ils mirent fin au baiser pour reprendre leur souffle et le propriétaire des lieux alla s'asseoir en tailleur au milieu du lit, prenant le français par la main, l'incitant à le rejoindre. Ce dernier s'exécuta et se positionna au-dessus des cuisses de l'écossais, un genou de chaque côté, et enroula ses bras autour de sa nuque. La respiration d'Allistor et les battements de son cœur s'accéléraient. Ses mains commençaient à trembler et Francis s'en aperçut quand elles se posèrent un peu maladroitement sur sa taille.
"Ça va ?" demanda-t-il par réflexe.
"Oui... C'est juste que... Ça fait tellement longtemps... Tu m'as tant manqué que j'ai rêvé de cet instant et... Et maintenant, je suis aussi stressé que si je te touchais pour la première fois..."
Francis lui sourit tendrement et se pencha vers lui pour lui offrir un baiser rassurant, comme pour lui confirmer qu'il ne rêvait pas. Ses mains remontèrent le long du dos du français, le maintenant alors qu'il se cambrait. De fines gouttes d'eau fraîches glissaient sur sa peau. Le blond s'abandonna totalement aux caresses du plus âgé qui avait entrepris de le dévorer de baisers, à commencer par le cou et les épaules dont il savourait chaque parcelle de peau, insistant par endroit jusqu'à y laisser une légère marque violette qui s'effacerait dans quelques jours. D'une main, Allistor caressait le torse du français, en redessinant chaque courbe, alors que la serviette de bain se dénouait et glissait sur les cuisses des 2 amants. La bouche d'Allistor se fit plus gourmande et s'aventura sur le torse du blond alors que ses caresses gagnaient en intensité. Francis ancra ses mains sur les épaules de son vis-à-vis pour ne pas perdre l'équilibre. Ses doigts se crispèrent peu à peu et griffèrent légèrement la peau trop blanche de l'écossais quand ce dernier laissa sa main s'aventurer plus bas sur le ventre du plus jeune, jusqu'à caresser lentement sa virilité fièrement dressée.
Au bout de quelques minutes de ce traitement, Francis décida qu'il n'y avait pas de raison qu'il soit le seul exposé au regard gourmand de son fiancé et s'attaqua aux 2 petites boucles de ceinture qui ferment le kilt de l'écossais. Une fois vaincues, il dégagea le tissu et d'un mouvement de hanches, se rapprocha un peu plus de lui, faisant se rencontrer leurs virilités mises à nu et leur arrachant un gémissement trop longtemps bâillonné. Le français sentait que le plus grand hésitait presque à passer à la suite. Il se cambra alors à outrance et murmura sensuellement à son oreille :
"Je me souviens à quel point tu savais me faire aimer nos corps à corps. J'ai tellement hâte d'être à nouveau tien..."
Allistor l'attira contre lui, peau contre peau. Les mèches blondes laissèrent échapper quelques gouttelettes sur les épaules des 2 nations, coulant sur leur peau qui devenait peu à peu brûlante. L'écossais laissa glissé sa main le long de la colonne vertébrale du français, jusqu'à ses fesses, et entrepris de le préparer à la suite. Au bout de quelques instants, Francis s'appuya sur les épaules de son fiancé et plongea ses yeux embrumés de désir dans les siens. Le plus grand compris facilement le message et passa les mains sous les fesses du blond pour le soulever. D'un mouvement lent et agile, le français s'enfonça de lui-même sur la fierté brûlante de son amant. Puis ils cessèrent tous deux tout mouvement l'espace d'un instant.
Il enroula ses jambes autour des hanches de l'écossais et ses bras autour de son cou. Du bout de la langue, il frôla les lèvres de son amant et lui offrit un baiser, au début volontairement lent et frustrant mais qui gagna rapidement en intensité.
D'un subtil mouvement de bassin, le français commença un léger mouvement de va-et-vient. L'écossais agrippa les hanches du français et se mordait la lèvre inférieure. Il se délectait de chaque soupir de Francis comme s'ils les entendaient pour première fois. Peu à peu, les soupirs se changeaient en gémissements, leurs respirations et leurs cœurs s'emballaient comme leurs sens s'embrasaient. Ils gagnaient en intensité à chaque mouvement plus profond, plus fort, plus intense. Les mains du blond se crispaient sur la nuque de l'écossais.
"Al... Han !... Al ! Je..."
Peau contre peau, en entendant son fiancé gémir ainsi son prénom, il n'en fallut pas plus pour qu'Allistor se libère en même temps que Francis qui s'effondra dans ses bras.
De l'autre côté de la lourde et ancienne porte de la chambre mal fermée, Shannon et Owen avait profité de l'entrebâillement pour surveiller discrètement les retrouvailles du couple.
"Après tout le mal qu'ils se sont fait, j'espère que maintenant, ça va bien se passer..." chuchota le gallois, à genoux devant la porte, le cou tordu pour ne pas rater une miette du spectacle par le mince espace entre le bois usé par le temps et le mur défraîchi.
"Ça m'a l'air bien parti en tous cas" répondit sa sœur le plus doucement possible sans quitter la scène des yeux.
"...J'aimerais bien que Jett me fasse ça..." laissa-t-il échapper.
"Jett ?!" s'étonna la rousse.
"Chut !" répondit-il en rougissant avant qu'elle n'ait l'occasion de poser plus de questions.
C'était sans compter sur l'irlandais qui passait par là, les mains dans les poches. Voyant son frère et sa sœur se contorsionner pour espionner au pied d'une porte, Liam se demanda ce qui valait tous ses efforts.
"Mais qu'est-ce que vous foutez tous les d-"
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il se prit les pieds dans le tapis qui recouvrait une grande partie du couloir et atterri sur sa jumelle, qui s'écrasa à son tour sur Owen. Ce dernier ne put soutenir les 2 autres et tenta de se rattraper. Sans succès, le gallois se cogna à la porte qui s'ouvrit dans un grincement interminable alors que la pyramide humaine s'effondrait dans l'entrée de la chambre.
Francis sursauta et se blottit contre le torse de son amant alors que l'aîné de la fratrie les fusilla du regard.
"...On peut savoir à quoi vous jouez, bande de tarés !"
"...Euh... Rien... Rien ! Rien du tout !" tenta Owen en détournant le regard et en essayant de se dégager.
"...Ohooo !..." lâcha Liam avec un grand sourire en constatant ce qui accaparait l'attention des 2 autres intrus.
"Les gars !... Les gars... Vous savez depuis combien de temps je rêvais de le retrouver ?..." dit le maître des lieux d'une voix faussement calme, le regard devenant aussi sombre qu'une nuit sans lune dans les Highlands. "…Donc… Vous savez courir ?... "
Les battements d'un tambour commencèrent à se faire entendre, montant peu à peu depuis salles les plus profondes du château.
"Oh merde !" laissa échapper Shannon en se relevant.
Elle donna un coup de coude à son jumeau et le poussa dans le couloir alors qu'Owen tentait de se remettre sur ses pieds. Le rythme du tambour d'accélérait et se rapprochait, le son d'une cornemuse se joignit à lui et il semblait qu'un chien aboyait au loin. Allistor bondit de son lit, seulement vêtu d'un kilt et se lança à la poursuite de ses cadets qui fuyaient maladroitement dans cet interminable couloir sombre.
"DÉGAGEZ DE MA VUE AVANT QUE JE REPEIGNE LES MURS AVEC LE CONTENU DE VOS CRÂNES !"
Francis entendit les 3 intrus supplier, l'écossais jurer en gaélique et une lourde porte claquer contre la pierre. La fureur du maître des lieux avait réveillé les fantômes d'Edimbourg et le français sourit en pensant qu'il serait peut-être le seul capable de l'apaiser.
