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Chapitre 2 : Sans réponse

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Scott se souvenait encore du jour où Stiles avait quitté Beacon Hills. Il avait pleuré pendant une semaine après ça, tous les jours en allant à l'école, proclamant que la vie n'avait plus de sens sans son meilleur ami.

Ils avaient neuf ans. Cela faisait juste six mois que le père de Stiles avait été tué en service. Une histoire stupide. Un homme qui était devenu fou après que sa copine l'ait quitté et qui était venu lui demander des explications, armé d'un révolver. Le sheriff l'avait calmé, mais au dernier moment, l'homme avait quand même décidé de tirer sur la fille. Le père de Stiles s'était placé devant la victime et intercepté la balle. Ça n'aurait pas dû faire de grands dégâts, il portait un gilet pare-balle après tout. Sauf que le sien comportait un défaut et que la balle transperça son abdomen. Il était mort dans l'ambulance le transportant à l'hôpital. Considérant que la faute revenait à un 'manque de protection', l'assurance n'avait pas aider la mère de Stiles. La compagnie responsable des gilets avait fait faillite et Claudia s'était retrouvé sans aucun recours. Elle avait fini par retrouver du travail, dans une autre ville. Et Stiles avait déménagé.

Au début, les deux garçons s'étaient promis de s'écrire, et ils l'avaient fait. Mais Stiles avait bientôt commencé à déménager encore et encore, de plus en plus rapidement. Scott n'était jamais sûr qu'il reçoive ses lettres, même s'il les envoyait toujours à la dernière adresse qu'il connaissait. Mais même quand ses lettres se perdaient, Stiles continuait de lui écrire. Ils planifiaient comment, quand ils seraient grands, ils prendraient une voiture et feraient le tour du pays ensemble. Ils s'envoyaient de longues lettres sur leurs possibles aventures, sur ces lieux qu'ils voulaient visiter, avec des descriptions complètes trouvées dans des livres de la bibliothèque.

Ça avait marché pendant deux ans. Puis, un jour, Stiles arrêta d'écrire. Scott avait continué d'en envoyer, mais un jour, l'une d'entre elle lui revint, lui indiquant que personne du nom de Stiles Stilinski ne vivait là. Scott avait continué d'écrire des lettres sans les envoyer, attendant que son ami lui envoie sa nouvelle adresse. Mais il ne reçut plus jamais de nouvelles. Parfois, quand les choses devenaient trop, il écrivait une lettre à Stiles. Les folles aventures de leur enfance remplacées par ce qu'il avait besoin de fuir. Mon père est parti et ma mère pleure la nuit. Les filles sont tellement stupides et tellement jolies en même temps. Tu savais que les loups-garous étaient réels ? J'ai failli être tué par la mère de ma petite-amie aujourd'hui. Ma meilleure amie est une banshee, en gros elle hurle et entend des voix, et, oui, c'est flippant. Alison a parlé d'un road-trip, aujourd'hui, j'ai détesté l'idée, elle n'a pas compris.

Parfois, il jetait les lettres. Parfois, il les gardait dans une boite qu'il cachait sous son lit. Il était certain que sa mère pensait qu'il gardait du porno dans cette boite. Il n'avait jamais parlé à qui que ce soit de ces lettres, jusqu'à ce soir. Il ouvrit la boite sans prêter attention à la présence d'Alison dans la pièce.

« C'était mon meilleur ami, » dit-il. Elle se rapprocha de lui sur le lit, et lui prit la main. « J'arrive pas à comprendre ce qu'il s'est passé. Est … Est-ce qu'ils l'ont enlevé ? Et sa mère ? Il est arrivé quoi à sa mère ?

- Deaton a dit que ce n'était jamais des kidnappings, » lui rappela Alison. Il secoua la tête car aucune autre possibilité ne pouvait exister.

Scott tomba en arrière sur son lit et plaqua ses mains sur son visage, contre ses yeux. Il n'avait pas envie de pleurer, mais il avait l'impression de devenir fou. Le visage fermé de Stiles lui revenait en tête encore et encore, hantant son esprit dès qu'il fermait les yeux. Son regard froid, ses traits stoïques n'avaient rien à voir avec le garçon qu'il avait connu. Pourtant, ils étaient la même personne. Esclave. Il avait la nausée.

Alison passa une main apaisante dans ses cheveux. Scott fut debout en un bond. « Faut que j'aille voir Lydia.

- Scott, tu es au moins sûr que c'est lui ? » Il la regarda avec étonnement. « C'était il y a huit ans, peut-être –

- Alors pourquoi il m'a pas corrigé quand j'ai dit qu'il s'appelait Stiles ? » Alison ouvrit la bouche pour répondre, mais soupira, incapable de trouver un contre argument. « Faut que je voie Lydia, » dit-il en se relevant.

« Lydia ? Je ne pense pas qu'elle puisse –

- Pas la banshee, la fille de neuf ans avec qui j'allais à l'école, » l'interrompit-il. Alison se leva pour suivre son petit-ami qui avait déjà quitté la pièce.

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Il faisait nuit quand Stiles se réveilla. Il n'avait pas ouvert les yeux pour en être certain, mais l'obscurité se pressait contre ses paupières. Il n'ouvrait jamais les yeux en se réveillant. Il savait que c'était mieux ainsi. Son sommeil était léger, presque autant que celui d'un loup désormais. Le moindre bruit, la moindre présence qui s'approchait le réveillait. Il avait appris qu'il était mieux d'être conscient quelques secondes avant, plutôt qu'être ramené de force hors de ses rêves quand sa tête était trop pressée contre un oreiller pour qu'il puisse respirer.

Les pas qui l'avaient réveillé arrivèrent près de lui, puis le dépassèrent. Il entendit quelqu'un se servir un verre d'eau et soupirer. Stiles savait que l'alpha ignorait qu'il était réveillé. Les battements de son cœur changeaient trop peu entre le sommeil et cet état pour qu'il le remarque. Encore une chose qu'il avait apprise.

Il entendit d'autres bruits de cuisine, quelque chose qu'on fait cuire. Sachant qu'il ne pouvait pas simuler le sommeil éternellement, il fit semblant de se réveiller. Troubler sa respiration, troubler les battements de son cœur, bouger, gémir, ouvrir les yeux, se redresser, se lever. Il s'avança jusqu'à la cuisine, posant une main sur la table comme pour se reposer sur elle, et se permit d'observer l'alpha puisqu'il était de dos. Il prit en compte les muscles de ses bras et de son dos, la force concentrée qu'il pouvait y voir. Ses yeux s'arrêtèrent sur la main qui était posée contre le meuble, sur ses ongles.

Derek tourna la tête par-dessus son épaule juste une seconde. « Bonjour, » marmonna-t-il.

Stiles jeta un rapide coup d'œil par la fenêtre. La lune était haute dans le ciel, brillante alors qu'aucun nuage ne la cachait. Il ne le reprit pas en lui disant qu'il ne faisait pas jour. Il ne parle pas. Derek se tourna une nouvelle fois pour le regarder et Stiles ne baissa pas le regard. « Bien dormi ? » Stiles hocha la tête. Derek soupira, « Et ils trouvent que je ne suis pas bavard. »

Il y eut un autre silence avant que Derek ne parle à nouveau. « T'aimes le bacon ? »

Il se tourna vers Stiles quand celui-ci ne répondit pas immédiatement, et le plus jeune en profita pour hocher la tête en réponse. « Mets deux assiettes sur la table. » Stiles s'avança vers les placards et, après une hésitation, leva la main pour en ouvrir un au hasard. Derek interrompit son geste en désignant le placard d'à côté, le plus proche de lui. La main de Stiles mit une seconde à aller vers l'autre poignée. Son geste fut lent quand il ouvrit la porte, encore plus lorsqu'il prit les deux assiettes. Il se retourna pour les poser sur la table et Derek se demanda s'il faisait exprès d'agir au ralentit ou si le garçon était vraiment naturellement lent.

Il lui demanda ensuite de mettre les verres et couverts. Il avait fini de cuisiner lorsque Stiles eut fini de mettre la table. Il servit les plats avant de s'assoir devant son assiette. « T'attends quoi ? » demanda-t-il alors que Stiles restait debout à côté de la table. L'humain le regarda fixement pendant un instant avant de s'assoir à son tour.

Ils mangèrent en silence. Stiles avait l'estomac rempli à la moitié de son assiette et savait qu'il serait incapable de la finir. « Ça va aller ? » demanda Derek quand il remarqua la difficulté que le plus jeune avait à avaler. Les yeux de Stiles se plantèrent dans les siens et il hocha la tête. Derek soupira et posa sa fourchette. « Okay, je ne suis pas fan des longues discussions, mais réponds à voix haute. J'ai l'impression d'être taré à parler tout seul. » Il le fixa, confrontant son regard en sachant que Stiles ne le détournerait pas.

Ce dernier reste stoïque encore un instant avant de répondre. « Ça va aller.

- On dirait que tu vas vomir, » contra le loup.

Stiles inspira avant de répondre. « C'est très bon. » Derek haussa un sourcil. Il y eut un léger tremblement dans les battements du cœur de Stiles, rien qui ne se répercuta sur l'expression de son visage, rien qui ne dura plus d'une seconde. « Mais, je n'ai plus faim.

- Alors arrête de manger, » répondit Derek, sans voir où était le problème. Il ne comprenait pas comment l'humain pouvait être rassasié en ayant aussi peu manger, mais il n'allait pas le forcer à continuer. La surprise se marqua dans les traits de Stiles, juste une seconde avant qu'il n'arrive à la cacher. Lentement, il posa sa fourchette sur le bord de son assiette. Derek recommença à manger en silence alors que Stiles le regardait.

Derek débarrassa. « Reste assis, » dit-il lorsque Stiles allait se lever pour l'aider. Rien ne traversa sur le visage du plus jeune, et Derek devina qu'il allait devoir faire très attention s'il voulait connaitre ses émotions. Puis, il se tint debout contre le comptoir. « Bon, qu'est-ce que tu fais de tes journées, normalement ? » Stiles se leva et s'avança jusqu'à lui. Lorsqu'il essaya de poser ses mains sur son torse, Derek écarta ses poignets. « Non, en dehors de ça, » feula-t-il.

Stiles réfléchit, ou attendit pour répondre, Derek ne savait pas. « Rien, » finit-il par répondre. Derek avait envie de frapper quelque chose.

Il soupira. « Eh bien, trouve quelque chose. Je t'ai dit que ça n'arriverait pas.

- Pourquoi ? » La question était arrivée si vite que Derek était presque certain que Stiles n'avait pas eu le temps de la filtrer. Mais les yeux bruns étaient toujours aussi fixes, plantés dans les siens sans aucune émotion.

« Parce que ça me dégoûte, » répondit Derek avec animosité.

Stiles ne cilla pas. « Je ne vous dégoûte pas. Je vois dans votre regard que je ne vous dégoûte pas. » Derek serra les dents en se maudissant. Même s'il était figé dans un masque neutre et presque aussi pâle que du plâtre, Derek n'aurait pas pu dire le contraire, Stiles était beau. Le brun de ses yeux résolument vide avait été tranché d'éclat d'or dans le soleil qui baignait l'entrée de la clinique la veille. Les mèches brunes de ses cheveux en bataille semblaient lisses et douces. Malgré la raideur dans ses muscles, il se mouvait silencieusement et rapidement, ses membres fins. Stiles était fait pour plaire au premier regard, et il était évident qu'une grande part de ça était naturelle.

« D'accord, » dit Derek à contre cœur, « tu es attirant. Tant mieux pour toi. Mais tu as aussi dix-sept ans. » Il sut en le disant que ça n'était en rien un contre-argument pour l'humain. « Putain, » marmonna-t-il avant de reprendre. « Je ne vais pas te toucher, compris ? Jamais. Pas comme ça. » Derek se força à desserrer son emprise autour des poignets de l'humain.

« Je suis votre cadeau », reprit Stiles. « Si c'est à propos de votre meute – »

À ça, Derek rit. « Ils ne sont pas les seuls à être dégoûtés par l'idée. Je n'arrive même pas à penser à pour quoi tu es là. » Il sentit Stiles se raidir de façon infime et regretta ses mots.

Il lâcha ses poignets et s'écarta de lui. Il se passa une main sur le visage en allant jusqu'à la commode. Là, il prit des affaires, alla se changer dans la salle de bain, puis, il quitta l'appartement en disant qu'il reviendrait dans quelques heures. Quand il ferma la porte, Stiles n'avait toujours pas bouger d'un centimètre.

Quand il ferma la porte, Stiles continua à contrôler sa respiration et commença à compter jusqu'à cent. Il fixa la porte et se concentra sur les chiffres qui défilait dans sa tête alors qu'elle tournait. Lorsqu'il arriva à cent, il expira un souffle tremblant. Il posa la paume de ses mains contre ses yeux et inspira, expira, inspira, expira. Il se dirigea dans la salle de bain d'un pas chancelant et vomit son petit-déjeuner. Puis, il prit une douche brulante en se mordant l'intérieur des joues. Ses mains passèrent rapidement sur son corps, frottant assez fort pour rendre sa peau rouge et irritée. Lorsqu'il se rhabilla avec les vêtements dans lesquels il avait dormi, il se sentait vide. Il alla se recroqueviller sur le canapé et tira la couverture sur lui, même s'il savait que ça ne le réchaufferait pas. L'alpha avait dit qu'il ne le toucherait pas, mais Stiles n'y croyait pas. Tu peux me faire confiance, Stiles. Il savait que c'était un mensonge. Stiles, ne t'inquiète pas. Il le savait.

Le soleil commença à se lever, et Stiles s'assit pour le voir. C'était magnifique. Toutes les couleurs du monde étaient étalées dans le ciel et se mariaient ensemble. Il n'avait pas vu ça depuis des années. Il n'avait pas pensé le revoir un jour. Seul, en paix, il laissa un sourire éclore sur ses lèvres. Puis, il entendit du bruit derrière lui, quelqu'un qui ouvrait la lourde porte du loft. Il replaça son masque en se levant, tourna le dos à la fenêtre et fit face à la porte.

Ce ne fut pas Derek qui entra, mais l'un de ses bêtas, le plus grand des deux garçons, ses cheveux bouclés rebondissaient avec ses pas alors qu'il avançait dans l'appartement. « Hey, » salua-t-il. Il fouilla l'endroit du regard avant de demander. « Où est Derek ? »

Stiles l'observa une seconde. « Il a dit qu'il revenait. » Isaac hocha la tête avant de mettre les mains dans ses poches.

« Tu faisais quoi ? » demanda-t-il en s'avançant dans la pièce.

« Rien, » répondit Stiles.

Isaac hocha lentement la tête avant de détourner le regard. Puis, avec un soupir, il alla vers le fauteuil qui faisait face au canapé où Stiles avait dormi. « Je suppose que j'ai plus qu'à l'attendre, » marmonna-t-il. Une fois assis, il leva les yeux sur Stiles. Il l'observa une seconde, puis, avec une lueur d'amusement, il demanda. « Alors, Stiles. C'est quoi le truc ? »

Stiles ne pouvait pas dire qu'il n'avait pas vu ça venir. Issac, en revanche, ne comprit pas ce qui lui arriva. Avant qu'il n'ait le temps de réagir, l'autre avait grimpé sur ses genoux, ses lèvres étaient dans son cou et ses mains sous son t-shirt. Lorsqu'il retrouva ses réflexes, Isaac repoussa violement Stiles. Le loup avait seulement oublié que celui-ci était humain. Stiles bascula en arrière, s'écroulant sur le sol, le coin de sa tête percutant de plein fouet le coin de la table basse. « Merde ! » s'exclama Isaac en se relevant.

Il se pencha vers Stiles, posant une main sur son épaule. Du sang tâchait déjà le tapis, et le visage de l'adolescent était encore plus pâle qu'avant. Ce dernier essaya de s'échapper à la poigne d'Isaac, mais celui-ci ne cilla pas. Passant un bras autour de Stiles, il le redressa et l'assit dans le canapé. L'humain était raide contre lui et son cœur s'agitait, mais le loup était trop paniqué pour y prêter attention.

En jurant, il se précipita dans la salle de bain et prit plusieurs serviettes avant de retourner vers Stiles. Il appuya l'une d'elle contre la blessure du front qui saignait abondamment. « Je suis désolé, » se précipita-t-il de dire. Puis, il remarqua combien l'humain était immobile. « Oh, merde. »

Il pouvait encore entendre son cœur et sa respiration, mais il se dépêcha de prendre son téléphone dans sa poche. « Cora, j'ai besoin d'aide ! »

Cora arriva une dizaine de minutes plus tard, accompagnée de son frère. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Il s'est pris la table basse, » expliqua Isaac.

« Comment ? » s'exclama Cora. Derek se pencha et écarta la serviette que Isaac tenait contre la blessure.

« Il a besoin de points de sutures, faut qu'on l'emmène à l'hôpital, » dit l'alpha. Il y avait déjà un large hématome qui entourait la blessure et du sang avait coulé le long du visage de Stiles, sa peau rendue encore plus pâle par contraste.

Alors que Derek contournait le canapé pour passer un bras dans le dos de Stiles et l'autre sous ses genoux, Cora répéta sa question. « Je l'ai poussé, » avoua Isaac. Les deux Hale relevèrent la tête vers lui.

« Mais pourquoi t'as fait ça ?! » s'exclama Cora. Isaac grimaça. Il ouvrit la bouche pour répondre avant de la refermer et de se racler la gorge.

« Cora, continue d'appuyer pendant que je le transporte. Isaac, tu t'expliqueras en chemin. » Il souleva Stiles, qui était encore plus léger que ce que Derek avait imaginé.

Alors qu'ils descendaient les escaliers, Isaac essaya de s'expliquer. « Il, euh … j'ai … j'ai dit quelque chose qu'il a mal comprit et il, euh, a, m'a genre, euh, grimpé dessus. » Cora s'immobilisa.

« Il a quoi ?! » feula-t-elle, détendant la pression contre la tête de Stiles.

« Cora ! » la rappela à l'ordre Derek. Elle regardait l'humain comme si elle allait lui briser le crâne avec ses mains. Isaac avait l'air terrifié. « Sérieusement ?! Tu vas t'en prendre à lui ? Essaie de te souvenir pourquoi il croit être là, bordel ! » Une lueur de compréhension flasha dans les yeux de Cora et elle appuya à nouveau sur la blessure.

Derek confia Stiles à Isaac et Cora à l'arrière de la voiture alors qu'il conduisait pour l'hôpital. Il trouva immédiatement Mélissa. « J'ai besoin de ton aide, » se pressa-t-il de dire en lui montrant Stiles dans ses bras.

« Par ici, » instruit-t-elle en montrant un brancard. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Il s'est ouvert le crâne sur le bord de la table.

- Qui c'est ?

- Longue histoire. »

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Stiles était toujours inconscient, allongé sur le lit d'hôpital, un large bandage autour de sa tête. Mélissa s'avança vers Derek, agacé, Cora, furieuse, et Isaac, gêné. « Bon, qu'est-ce qu'il se passe ? Je pensais que vous aviez signé une paix. »

Cora eut une exclamation moqueuse, elle trouvait Scott ridicule pour parler de toutes leurs histoires à sa mère. Derek était reconnaissant qu'ils puissent simplement arriver à l'hôpital et avoir quelqu'un pour leur venir en aide sans devoir inventer un mensonge à chaque fois. Il jeta un regard en biais à sa sœur, mais elle l'ignora et répondit. « C'est leur cadeau de paix. » Mélissa fronça les sourcils.

« Un adolescent blessé ?

- Non, juste un adolescent. Isaac l'a blessé.

- Cora …

- J'ai été surpris !

- Et pourquoi il t'est monté dessus de toute façon ? Il est à Derek.

- Qui est à Derek ? » demanda Mélissa, n'associant pas les informations. Son regard passait sur les trois loups tour à tour.

« Ce gosse, » répondit Cora en serrant les dents.

« Quand tu dis que –

- Isaac, pourquoi –

- Cora, Isaac, sortez d'ici. Tout de suite, » gronda Derek. Il voyait que Mélissa était sur le point de se mettre à crier pour avoir une réponse claire et il n'avait pas envie de supporter la jalousie stupide de sa cadette. Il soupira alors que les deux adolescents partaient dans le couloir. Mélissa, toujours les bras croisés, attendait une explication, la tête penchée sur le côté.

« Qui est-il ? »

Derek soupira, puis lui expliqua la situation. Dès la prononciation du mot esclave, il l'avait entrainée dans une chambre d'hôpital vide pour que personne ne la voit hurler. Il ne l'avait jamais entendu jurer avant, mais la mère de Scott avait définitivement du vocabulaire.

« C'est un gosse ! » s'écria-t-elle. Derek hocha la tête pour lui signifier qu'il savait. Elle secoua lentement la tête. « Il doit avoir l'âge de Scott.

- C'est le cas, il a dix-sept ans.

- Derek –

- Je ne vais rien lui faire, » l'assura-t-il. Il avait l'impression de n'avoir fait que répéter cette phrase durant les dernières vingt-quatre heures. Mélissa se détendit légèrement. « Je suis forcé de prendre le cadeau, pas de l'utiliser.

- Alors il va rester ici ? » Derek hocha la tête. « Pendant combien de temps ? Qu'est – qu'est-ce qu'il va lui arriver ? » Derek fronça les sourcils. Il n'avait pas pensé à ça. Il avait juste pensé à accepter le cadeau pour assurer le traiter de paix et ne pas offenser la meute d'Ennis, afin de pouvoir se concentrer sur le problème actuel du Nemeton. Ce qui arriverait à l'humain ne lui avait pas effleuré l'esprit.

« Je vais devoir le garder pendant un moment. Jusqu'à ce que la meute d'Ennis se calme et l'oublie.

- Tu parles de lui comme d'un objet, » remarqua Mélissa. Derek se raidit, elle confronta son regard pendant un moment avant de fermer les yeux et inspirer profondément. « Comment il s'appelle ?

- Stiles.

- Stiles ?

- Oui, j'avais jamais entendu un nom comme ça non plus avant.

- Moi oui, » répondit-elle. Elle fixait un point dans le vide, sourcils froncés, semblant fouiller sa mémoire, déterrer quelque chose. Elle entrouvrit la bouche, mais la referma.

Alors, Derek se souvint de quelque chose. « Scott dit qu'il le connait. »

L'infirmière pâlit instantanément. Elle porta une main à sa bouche, ses yeux s'écarquillèrent d'horreur. Elle se retourna et fila hors de la chambre, entrant dans celle où dormait encore Stiles. Derek la suivit, fermant la porte derrière eux. Lorsqu'il reposa les yeux sur elle, Mélissa était penchée par-dessus Stiles. Elle passa une main sur le côté de son visage et la remonta dans ses cheveux. Ses lèvres étaient pincées, ses yeux brillaient, sa respiration était tremblante. « Oh mon Dieu, » chuchota-t-elle. Puis, elle secoua la tête et chassa les larmes dans ses yeux.

« Tu le connais, » devina Derek. Un poids tomba dans son estomac quand Mélissa hocha la tête.

Elle inspira profondément. « Il était le meilleur ami de Scott quand ils étaient enfants.

- Il vient d'ici ? »

Mélissa hocha à nouveau la tête. « Son père était sheriff ici. C'était il y a des années, tu ne t'en souviens peut-être pas. Stilinski. Il a été abattu en service. Presque tout le comté est venu à son enterrement. Stiles n'avait que neuf ans. » Sa voix se brisa sur sa dernière phrase et elle caressa la joue de Stiles de son pouce. « C'était le gamin le plus adorable que j'ai connu. » Elle eut un rire entrecoupé de larmes. « Il était juste si gentil. »

Derek regarda le visage endormi de Stiles. Il semblait paisible, plus paisible que plus tôt lorsqu'il dormait sur le canapé. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda Derek.

Mélissa s'essuya les yeux. « Claudia, sa mère, avait besoin de boulot. Elle est partie de Beacon Hills, et Stiles avec elle. Elle avait du mal à joindre les deux bouts. Elle ne trouvait que des petits boulots, des trucs courts qui ne rapportaient rien. Un jour … un jour elle m'a appelée. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas nourrir Stiles, qu'elle avait besoin d'argent. » Elle secoua imperceptiblement sa tête de gauche à droite. « Mais j'avais pas d'argent à lui envoyer, on – on avait pas beaucoup d'argent non plus. Mais, je lui ai dit que … que je pouvais aider. Je lui ai proposé de prendre Stiles quelques temps si elle voulait. Scott aurait été tellement heureux. Mais … elle a commencé à hurler. Elle m'a dit que je voulais lui voler la seule chose qui lui restait. Elle a raccroché et n'a plus jamais rappelé. On n'a plus eu de nouvelles. Je – je sais pas ce qui a pu arriver. »

Derek posa une main sur son épaule alors que Mélissa cachait son visage derrière les siennes. Il continuait de regarder Stiles, essayait d'imaginer ce qui avait pu arriver après. « C'était quand ? »

Mélissa renifla et réfléchit un instant avant de répondre. « Hum … Scott avait dix ou onze ans, je crois. » Derek acquiesça, prenant en compte l'information.

Mélissa dut retourner travailler et Derek demanda s'il pouvait ramener Stiles chez lui. Elle n'eut pas l'air d'accord, mais finit par accepter. Elle lui expliqua qu'au moindre signe, il devait immédiatement le ramener. Mais les médecins lui avaient déjà fait faire une IRM, et tout semblait normal. Avant qu'il ne parte, Mélissa lui posa une dernière question. « Cette autre meute, elle ne risque pas de mal le prendre si tu … n'utilises pas ton cadeau ? »

Derek la fixa un instant avant de froncer les sourcils. « Je préfère ne pas y penser. » Lorsqu'il fut chez lui, Derek allongea Stiles dans son lit et étendit la couverture sur lui. Puis, il alla nettoyer le sang dans le salon.

Il eut à peine fini lorsque Stiles se réveilla. Il essaya de se lever, mais Derek le lui interdit. « Reste là, » dit-il et Stiles s'immobilisa. Même s'il avait du mal à garder les yeux ouverts, il continuait de fixer Derek droit dans les yeux. Le loup voyait dans sa posture qu'il s'attendait à ce que quelque chose se passe et Derek essaya d'ignorer ça. Il suivit la procédure de Mélissa. Quand Stiles fut debout sans perdre son équilibre, il conclut, « Bon, tu vas bien. »

Il perçut quelque chose dans les yeux de l'humain qu'il ne sut pas identifier. « Quoi ? »

Stiles prit, comme toujours, son temps avant de répondre. « Je me suis juste cogné, ce n'est pas grave.

- T'as des points de suture, » lui fit remarquer Derek. Stiles eut un demi-sourire, juste un instant, juste le temps de lui faire comprendre que ce n'était rien. Qu'il avait eu pire. Derek prit une profonde inspiration. « Alors … ça t'arrive souvent ? » Il savait en posant sa question qu'il n'avait pas envie d'entendre la réponse.

« Oui, » répondit Stiles sans ciller. Derek aurait aimé qu'il ne cache pas ses émotions, il aurait voulu voir Stiles perdre ses moyens en parlant de ça. Tout pour ne pas avoir l'impression que les pires horreurs étaient naturelles pour lui. Les mots de Deaton lui revinrent en tête. Les humains marquent. Instinctivement, Derek rechercha des cicatrices sur le moindre centimètre de peau exposée de l'humain. Il portait un pantalon et des manches longues, alors cela se limitait à ses mains, son visage et son cou. Mais Derek put voir le début d'une marque sur la droite de son cou, descendant vers son torse, certainement plus longue qu'il ne voulait l'imaginer.

Lorsqu'il releva les yeux dans ceux de Stiles, il sut que celui-ci avait suivi ses pensées. Derek changea de sujet. « Isaac ne voulait pas faire ça. Te blesser. Il n'avait pas pensé que tu allais, hum, monter sur ses genoux. C'était un réflexe, il ne voulait pas te faire mal. » Stiles hocha simplement la tête. « Pourquoi tu as fait ça, d'ailleurs ? »

Il ne savait pas si Stiles ne comprenait pas sa question, ou si son regard stoïque signifiait es-tu stupide. Mais finalement, celui-ci répondit. « C'est généralement ce qu'on me demande de faire. » Derek serra les dents.

« Je t'ai dit que ça n'arriverait pas, » lui rappela-t-il.

« Vous m'avez dit que vous ne me toucheriez pas.

- Exactement. Alors pourquoi tu – » Il s'interrompit lorsqu'il comprit. Il se força à garder son calme, sachant que Stiles ne méritait pas de se faire hurler dessus. « Personne ici ne va te toucher. » Stiles ne répondit rien, ne sembla même pas réagir. Derek savait que s'il continuait à parler plus longtemps avec ce qui semblait être un pantin sans esprit, il allait devenir dingue.

Il se détourna, se dirigeant dans la cuisine pour prendre une bière. Évidemment, ça n'avait aucun effet alcoolisant sur lui, mais il aimait le goût. Il essaya de ne pas remarquer Stiles, immobile à l'endroit où Derek l'avait laissé. Il soupira avec exaspération. Il se leva, alla jusqu'à sa bibliothèque, prit le premier livre sur lequel sa main tomba et le tendit à Stiles. « Tu sais lire ? » s'assura-t-il avant de se frapper mentalement la tête, évidemment qu'il savait lire. Stiles hocha la tête. « Bien, alors lis. » Stiles prit le livre qu'on lui tendait. Derek alla récupérer sa bière et s'apprêtait à s'assoir dans le fauteuil quand, « Tu comptes rester debout ? » Stiles releva la tête de la première page du livre. « Assis-toi, » soupira Derek en pointant le canapé. Il fixa l'étiquette de sa bouteille alors que Stiles s'asseyait dans le canapé et recommençait à lire.

Derek releva les yeux et observa l'humain. Il se sentait plus à l'aise à le faire lorsqu'il n'avait pas le regard brun braqué sur lui. Lorsqu'il regardait Stiles, il y avait deux choses qui le frappaient immédiatement : combien il était pâle et combien il était jeune. Et maintenant, le début de cicatrice dans son cou était pour lui aussi visible d'un spot lumineux dans une ville plongée dans le noir. Dans la lumière décroissante du jour, les yeux bruns prenaient des teintes orangées. Ils bougeaient lentement sur la page et Derek se demanda si Stiles ne faisait que semblant de lire. L'index d'une de ses mains marquait la ligne et descendait en même temps que ses yeux. Un léger froncement de sourcils apparut sur son visage alors qu'il tournait la page. Après un chapitre, Stiles se mordit inconsciemment la lèvre, son majeur commença à tapoter le côté du livre. Concentré dans sa lecture, il semblait plus détendu qu'il ne l'avait été depuis son arrivée.

Quand la lumière eut trop diminué pour que Stiles puisse lire correctement, Derek se leva. Même s'il ne bougea pas d'un cil, les yeux de Stiles s'immobilisèrent sur la page et Derek savait qu'il était alerte au moindre de ses mouvements. Le loup vint allumer la lampe sur la table à côté du canapé. Puis, il s'écarta à nouveau. « Je vais cuisiner, continue de lire. »

Il appela Stiles pour qu'il mette la table quand ce fut prêt. Comme au petit-déjeuner, l'adolescent mangea à peine la moitié de son assiette, et Derek dût l'arrêter pour qu'il ne se force pas. Il lui dit de retourner à son livre alors qu'il prenait son ordinateur. Ils passèrent la soirée en silence, Derek levant régulièrement les yeux sur Stiles. Quand il remarqua la fatigue qui s'accumulait dans les yeux bruns, il déclara qu'il était temps d'aller dormir. Stiles se glissa sous la couverture une fois que Derek fut sous la sienne.

« Bonne nuit, Stiles, » dit-il à travers la pièce avant d'éteindre la lampe. Juste avant que la lumière ne s'éteigne, il put attraper la surprise dans les yeux de l'humain.

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Bonjour, Bonsoir !

Merci à tous ceux qui ont lu le premier chapitre. Un énorme merci pour toutes vos reviews et follows, ça me touche énormément et j'espère que la suite ne vous décevra pas !

A Alicia : Les publications ne seront peut-être pas extrêmement régulières. J'ai prévu de toujours poster au moins un chapitre par semaine. Si tout se passe bien, il devrait y en avoir deux (comme c'est le cas cette semaine). Ce n'est pas une traduction, toute cette histoire vient de ma petite tête. Et il devrait y avoir 28 chapitres. Merci pour ton commentaire et à bientôt :)

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